Speaker #0Bienvenue à vous, je suis Caroline du blog Apprendre la Philosophie et dans ce podcast, je vais vous présenter la notion de temps, qui est une des 17 notions du programme de philosophie en terminale. Je vais d'abord faire un point sur la définition ou les définitions possibles du temps, puis je vais passer en revue plusieurs grands problèmes classiques sur le temps, en mentionnant quelques auteurs intéressants à connaître sur cette notion. Le temps est une de ces notions en philosophie qui pose problème dès la définition. Car il est difficile de dire ce qu'est le temps. Comme le dit Saint-Augustin, qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne me demande ce qu'est le temps, je sais ce qu'il est. Et si on me le demande et que je veuille l'expliquer, je ne le sais plus. On peut néanmoins commencer par cette définition imparfaite. Le temps est la dimension dans laquelle se produit le changement. Si la petite pousse dans le jardin est devenue une belle fleur, c'est que du temps s'est écoulé. Quand nous parlons du temps, nous pensons souvent au temps de la montre. Le temps s'écoule uniformément, minute après minute, seconde après seconde. Cette vision du temps correspond à ce que l'on appelle en philosophie le temps objectif. Le temps objectif, c'est le temps qui nous permet de mesurer le changement avec nos montres. Il est uniforme, il s'écoule à la même vitesse pour tout le monde. Néanmoins, cette façon de voir le temps ne rend pas compte de la façon singulière dont chacun vit le temps, ce que l'on va appeler le temps subjectif. Le temps subjectif, c'est le temps vécu, c'est-à-dire la manière toujours singulière dont nous ressentons l'écoulement du temps. Ce temps, contrairement au temps objectif, est hétérogène. Une heure de temps objectif peut passer très lentement pour moi, si je m'ennuie, ou passer en un rien de temps, si je fais quelque chose qui me plaît. Voilà pour les définitions. A présent, voyons quelques grands problèmes philosophiques sur le temps. Premier sujet, peut-on échapper au temps ? A première vue, il semble évident que non, car nous sommes des êtres temporels. Notre existence est inscrite dans le temps. Nous naissons et nous mourons. Il semble donc difficile de pouvoir échapper au temps en ce sens. Mais échapper au temps, est-ce que cela ne peut pas vouloir dire également ne pas le sentir passer ? Ne pas avoir conscience du temps qui passe, par exemple ? comme dans ces moments qui semblent hors-temps et où on ne voit pas passer le temps. C'est en ce sens que Pascal peut dire que nous nous divertissons, c'est-à-dire que nous détournons notre attention du temps qui passe et de notre existence mortelle en nous occupant. Pour Pascal, ce divertissement peut prendre la forme de jeux, d'activités plaisantes, mais également de travail. Il suffit que cela soit une activité qui nous permette de ne pas rester seul avec nos pensées. Alors, on peut échapper au temps. Mais est-ce raisonnable d'échapper ainsi au temps ? Pour Pascal, il n'est pas raisonnable d'agir ainsi car cela nous fait en réalité perdre notre temps dans des activités futiles qui n'ont pas grand sens. Deuxième sujet, faut-il oublier le passé pour se donner un avenir ? A cette question, Nietzsche répondrait sans doute qu'il est effectivement nécessaire d'oublier le passé pour aller de l'avant. Car, à ses yeux, notre capacité à oublier le passé n'est pas une mauvaise chose. mais une fonction vitale. Si nous n'oublions rien, nous ressasserions davantage le passé. L'oubli est parfois nécessaire pour digérer de vieilles souffrances, par exemple. A ses yeux, cette capacité d'oublier nous permet d'agir au présent, et donc d'influer sur ce que sera notre avenir. L'expression « se donner un avenir » pourrait ainsi signifier « avoir un avenir meilleur » . Au contraire, pour Sartre, L'oubli n'est pas une nécessité pour améliorer notre avenir, car en réalité notre passé ne nous détermine pas. C'est plutôt nous qui réinterprétons notre passé en fonction de ce que nous faisons au présent. Pour Sartre, le passé n'est donc pas réellement ce qui pèse sur nous. S'il y a quelque chose qui nous empêche d'évoluer, c'est plutôt nos décisions ou pensées présentes. Sartre dit ainsi, je cite, « Qui décidera si le séjour en prison que j'ai fait après un vol... » a été fructueux ou déplorable ? Moi, selon que je renonce à voler ou que je m'endurcis. En d'autres termes, le passé ne décide pas de notre avenir. C'est plutôt nos décisions présentes qui donnent un sens ou un autre à notre passé. C'est parce que je renonce à voler qu'on pourra dire que ce séjour que j'ai fait en prison a été bénéfique. Troisième sujet, prendre son temps est-ce le perdre ? Ici encore, c'est un sujet qui contient des expressions. Il faudrait ici se demander ce que peut bien signifier « prendre son temps » et « perdre son temps » . Si l'on envisage la thèse de Machiavel, alors on pourrait dire qu'effectivement, Prendre son temps, c'est parfois le perdre. Car si par prendre son temps, on veut dire agir avec une certaine lenteur, alors cette lenteur peut nous faire rater une occasion ou une action. Si l'occasion est manquée, si l'action n'est pas réussie faute de vitesse, alors on peut dire que nous avons perdu notre temps. Pour Machiavel, car nous n'avons pas obtenu le résultat attendu. Alors prendre son temps signifie parfois le perdre. Mais nous pourrions opposer à cela la thèse d'Armoutrosa. philosophe et sociologue allemand, né en 1965, qui montre combien l'impératif d'aller vite et d'être productif que nous subissons dans nos sociétés a tendance à nous faire perdre de vue l'essentiel. Selon lui, nous avons une approche quantitative du temps. Il faut faire beaucoup en peu de temps, mais nous perdons alors en qualité de temps vécu. C'est le contraire d'une bonne vie, selon lui. Cela ne nous laisse plus le temps de vivre réellement un deuil. ou d'avoir des relations sociales de qualité avec les vivants. Et vous comprenez qu'en ce sens, prendre son temps, ça n'est pas du tout le perdre, au contraire. Ce serait plutôt bien user de son temps. Quatrième et dernier sujet, est-il possible de vivre au présent ? Pascal remarque sur cette question combien il est difficile pour l'homme de vivre au présent, et combien il a plutôt tendance à se tourner vers le passé ou vers le futur. Je cite, Nous vivons dans des temps qui ne sont pas les nôtres. dit Pascal. Nous regrettons le passé et nous anticipons l'avenir, mais nous ne vivons pas au présent, et cela nous rend malheureux. C'est pourquoi Marc Orel, en bon stoïcien, rappelle que pour être heureux et libre, nous devons agir sur ce qui dépend de nous. Or, parmi ce qui dépend de nous, il y a nos pensées et le moment présent. Le passé et le futur échappent à notre contrôle. Ce que nous devons faire, c'est nous concentrer sur le présent. Il dit ainsi dans ses « Pensées pour moi-même. Je cite « Ne te soucie de vivre que l'instant où tu vis, c'est-à-dire l'instant présent, et tu pourras passer tout le temps qui te reste jusqu'à la mort noblement, dans la paix morale, en souriant à ton génie. » Voilà pour ce podcast. J'espère qu'il vous aidera à mieux comprendre la notion de temps et les différents problèmes qu'elle peut poser. Si vous voulez découvrir davantage la philosophie, n'hésitez pas à vous rendre sur mon site Apprendre la Philosophie et à vous inscrire pour recevoir mes petites et grandes histoires de la philosophie. J'y partage également des conseils pour aider les terminales à bien réussir leur bac de philo et des fiches de révision sur les grandes notions du programme. Très bonne journée à vous !