Speaker #0Bienvenue à vous, je suis Caroline du blog Apprendre la Philosophie, et dans ce podcast, je vais vous présenter la notion de travail, qui est une des 17 notions du programme de philosophie en terminale. On peut définir le travail comme l'ensemble des activités effectuées par l'homme pour satisfaire ses besoins et transformer le monde qui l'entoure. Le travail est productif, et il possède une fin extérieure à lui-même, contrairement au jeu, par exemple, qui a sa fin en lui-même, c'est-à-dire que lorsque l'on joue, on joue pour jouer. et pas pour obtenir quelque chose d'autre. Si vous jouez pour obtenir quelque chose d'autre, alors cela devient un travail. Lorsque l'on travaille, on vise un résultat utile, pour nous et ou pour les autres. Par exemple, l'agriculteur transforme la nature pour produire de la nourriture et gagner sa vie. L'architecte construit des bâtiments pour que nous puissions nous loger. L'enseignant transforme ses élèves pour les rendre meilleurs dans une matière, plus avisés, plus cultivés. et il est payé pour ce travail qui lui permet de satisfaire ses besoins. Ce que l'on appelle un métier, c'est la forme sociale et réglementée du travail. On oppose souvent le travail et le loisir, car le travail est souvent considéré comme une activité subie, que l'on fait par nécessité, c'est-à-dire parce que nous devons satisfaire nos besoins. On l'oppose alors souvent au loisir, qui vient du terme grec skole, qui désigne une activité libre. Dans l'Antiquité, c'est ce qu'un citoyen pouvait faire car il n'était pas contraint de travailler pour vivre. Aujourd'hui, le loisir désigne plus généralement le temps libre qu'un individu peu consacré à des occupations personnelles qui relèvent du divertissement, de la culture ou encore du délassement. Voilà pour les définitions. J'en profite pour vous rappeler que si vous voulez apprendre à faire une dissertation ou une explication de texte, vous pouvez télécharger tous mes conseils de méthode sur mon site Apprendre la Philosophie. J'y partage également 17 fiches de révision, une par notion, sur le programme de philosophie en terminale. Bien, à présent, quels sont les grands problèmes philosophiques qui peuvent être posés sur la question du travail ? Premier sujet très classique, sommes-nous condamnés à travailler ? Vous voyez qu'il y a dans cet intitulé l'idée que le travail serait une condamnation, donc à la fois quelque chose que l'on n'a pas choisi et quelque chose de vraiment pénible. Peut-on alors dire que le travail est une punition ? Une fois n'est pas coutume, je vais utiliser essentiellement sur ce sujet un auteur vraiment central sur la question du travail, j'ai nommé Marx. Marx, philosophe allemand du XIXe siècle, a notamment écrit Le Capital. Pour Marx, le travail permet à l'homme, en affrontant la dure résistance des choses, de prendre conscience de ce qu'il est et de ce qu'il peut. En travaillant, il développe ses capacités. et prend conscience de ce qu'il est au travers des produits de son travail. Il tire du résultat de son travail à la fois fierté et satisfaction. Et ce, d'autant plus qu'en travaillant, il aide à satisfaire les besoins des autres, et obtient ainsi la reconnaissance de ses semblables. En ce sens, le travail n'est pas une punition, mais plutôt un bienfait. Pourtant, ça n'est pas le cas, selon Marx, de tous les types de travail. Il montre ainsi dans les manuscrits de 1844 Combien le travail à la chaîne aliene l'homme ? Selon lui, l'homme est mutilé par la division des tâches excessives. C'est-à-dire quand il est amené à effectuer dans son travail un très petit nombre de tâches ou de mouvements de manière répétitive et mécanique. Or, cette spécialisation des tâches ne fait que s'accentuer avec les progrès de la mécanisation. On est passé de l'artisanat où un artisan réalise un objet du début à la fin à la manufacture où le travailleur ne fait plus qu'un ou deux éléments de l'objet final. Cette progression de la division des tâches culmine avec le travail à la chaîne où le travailleur effectue un seul geste répétitif entouré de machines qui amène à lui l'objet. La tâche est de plus en plus simple, les gestes de plus en plus décomposés et mécaniques. L'homme est alors intégré à la machine et il perd ici son humanité. C'est alors que Marx parle d'aliénation du travail, car alors l'homme devient autre. Être aliéné ou subir une aliénation, c'est devenir étranger à soi-même. Pour Marx, dès lors que le travailleur ne peut plus développer et épanouir ses capacités proprement humaines, telles que l'imagination, la raison, le libre arbitre, dans son travail, alors il devient une machine. Or cette forme de travail rend l'homme tel un automate. Il le rend stupide. Deuxième sujet, peut-on opposer le loisir au travail ? Chez les grecs, le terme loisir se dit scolé et désigne la liberté que nous avons de ne pas avoir à assurer notre subsistance. C'est donc un temps où nous n'avons pas à travailler pour assurer la satisfaction de nos besoins et où nous pouvons faire autre chose. Or, pour un grec, ce « autre chose » , c'est essentiellement se consacrer aux études. D'ailleurs, vous remarquez que « scoler » donne « école » en français et « school » en anglais. En ce sens, le loisir pour les grecs, ce n'est pas le divertissement ou la distraction, comme on peut le définir aujourd'hui. Selon Aristote, dans l'éthique à Nicomac, le loisir permettait la réflexion philosophique et le développement intellectuel. C'est, à ses yeux, l'activité la plus haute et la plus proprement humaine, car ainsi l'homme n'est plus comme l'animal, soumis à la nécessité de travailler pour subvenir à ses besoins vitaux. Il s'arrache de ses basses préoccupations reliées au corps pour se consacrer aux choses élevées de l'esprit et développer ainsi ses facultés réellement humaines. On peut alors dire que, pour les grecs, travail et loisir s'opposent diamétralement. Mais... Ils ont une conception bien spécifique du loisir et du travail. A cette première réponse, on pourrait ajouter la thèse du philosophe français Baudrillard, qui montre combien dans nos sociétés, le loisir, tout comme le travail, doit être productif. Marx avait déjà dit que le loisir était en réalité une condition du travail, car il est le temps nécessaire pour reprendre des forces et retourner travailler. Il montrait en ce sens que loisir et travail ne s'opposaient pas tant que ça. Baudrillard va un peu plus loin. Selon Baudrillard, dans nos sociétés occidentales, la logique du travail a contaminé le loisir. Nous sommes tellement modelés par l'idée qu'il faut rentabiliser son temps et être productif, que même lorsque nous avons des loisirs, nous allons chercher à rentabiliser notre temps. Il faut que nos loisirs soient bien organisés, efficaces, que nous ne perdions pas notre temps, que nous fassions un maximum de choses. En ce sens, à ses yeux, le loisir et le travail... ne s'opposent pas. Troisième et dernier sujet, travaillez moins, est-ce vivre mieux ? Sujet très intéressant et néanmoins difficile, car vous le remarquez, il contient une expression « vivre mieux » . L'erreur serait ici de ne pas y prêter attention, sous prétexte que ça n'est pas une notion du programme. Mais en faisant cela, vous risquez de passer à côté de beaucoup d'idées intéressantes pour le sujet, et encore pire, de manquer le problème du sujet. Donc il faut se poser la question, qu'est-ce que l'on peut comprendre par vivre mieux ? Et le but va être d'avoir plusieurs sens différents que vous pourrez traiter et envisager tout au long de votre devoir. Par exemple, vivre mieux, cela pourrait signifier vivre plus humainement, ou vivre plus heureux, ou encore vivre plus libre. Si vivre mieux c'est vivre humainement, en développant nos facultés spécifiquement humaines, en exerçant notre liberté, notre créativité, en réfléchissant, et pas simplement en exécutant, alors si l'on a un travail aliénant au sens de Marx, il est évident que travailler moins, ce serait vivre mieux. Mais le travail, quelle que soit par ailleurs sa forme, n'a-t-il pas certains avantages ? N'était-ce pas une victoire pour les femmes en 1965 d'avoir désormais l'autorisation d'exercer une profession sans l'autorisation de leur mari ? On pourrait dire qu'en ce sens, le travail libère parce qu'il permet d'être indépendant. N'est-ce pas vivre mieux que d'être indépendant plutôt que dépendant ? Par ailleurs, travailler, c'est aussi parfois atteindre une forme d'excellence dans son domaine. Nietzsche, dans Humain trop humain, remarque qu'on a beaucoup trop tendance à penser que le grand artiste a un don naturel. En réalité, les grands artistes sont, selon lui, surtout de grands travailleurs. Ils se sont beaucoup exercés et ils atteignent ainsi l'excellence. N'est-ce pas là une manière de vivre mieux ? Voilà pour ce podcast. J'espère qu'il vous aidera à mieux comprendre la notion de travail et les différents problèmes qu'elle peut poser. Si vous voulez découvrir davantage la philosophie, n'hésitez pas à vous rendre sur mon site Apprendre la Philosophie. Très bonne journée à vous !