- Pauline Leroux ArtEcoVert
Bonjour et bienvenue dans le podcast ArtEcoVert, le podcast de celles et ceux qui veulent comprendre, structurer et déployer la couleur végétale et du vivant dans le monde réel. Je suis Pauline Leroux, ingénieure agronome passionnée de plantes et depuis trois ans, chaque jeudi, je reçois celles et ceux qui font la couleur du vivant. On part de la graine à la couleur finale. On parle plantes et autres sources tectoriales, usage concret, filière, santé. environnement, innovation et biotechnologie. Du textile à la cosmétique, de l'artisanat à l'industrie, du design aux fibres naturelles, une seule approche, relier la couleur du vivant aux usages réels. L'objectif est clair, fédérer et démocratiser la couleur végétale et recréer une souveraineté de la couleur du vivant chez nous.
- Audrey Kuhn
Belle écoute !
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Bonjour à tous, je suis ravie d'accueillir sur le podcast Aréco Vert Audrey Kuhn. Je suis ravie de... de te rencontrer parce que tu es la première représentante de la Suisse qui vient parler sur le podcast. Quelle honneur ! Et je voudrais qu'on commence par une première question pour reposer le cadre pour les auditeurs. On va parler avec toi de plein de choses. On va parler de l'Indigo des Alpes, mais pas que, et plein d'autres choses. Mais j'aimerais d'abord que tu puisses nous resituer un petit peu qui tu es et comment t'en es arrivé à travailler chez Mediplan, ce que tu y fais et on parlera aussi de Mediplan pour savoir leur mission. Vas-y Audrey.
- Audrey Kuhn
Je vais parler pour la Suisse, même si effectivement je suis d'origine française alsacienne Mais je suis basée sur le canton du Valais depuis 25 ans. Et puis il faut savoir que mon parcours a débuté par les études de biotechnologie et j'ai passé presque 20 années dans le domaine de la biopharma. La grande industrie biopharmaceutique, j'en ai fait le tour. C'était passionnant. Et puis un jour, peut-être crise de la quarantaine, j'en sais rien, mais ça s'est passé autour de 40 ans. Je me suis souvenue de mes amours d'enfant dans le jardin, à préparer les décoctions, l'amour pour les plantes, la nature, etc. Tout ça est revenu à moi et je me suis dit non, non, c'est fini. Moi, qui ai plus de sens dans ma vie pour la suite, la pharmaceutique ne correspondait plus à ma philosophie de vie. Puis j'ai eu la chance d'être presque invitée par Julien Héritier, le directeur de Mediplan. à rejoindre l'équipe 2020, qui a été une année difficile pour la plupart, mais en fait, là, moi, c'était un nouveau départ exceptionnel. Et puis, je suis chargée de projet en recherche et développement, depuis ce moment-là, chez Mediplan. Et Mediplan est donc un centre de recherche et de compétences sur les plantes médicinales et aromatiques. Nous sommes une association. Cette association a été fondée en 88 déjà. Par Médiplan ont été développées les variétés d'Artemisia annua. C'est la plante du paludisme en fait, anti-paludisme, entre autres. Parce qu'entre-temps, on connaît des propriétés encore plus intéressantes dans l'antiviral, l'antitumoral, etc. Mais voilà, la variété qui est aujourd'hui cultivée, notamment en Afrique, contre le paludisme, elle a été développée chez Mediplan à l'époque.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Mais est-ce que tu peux me dire le lien entre biotechnologie et biopharma ? Qu'est-ce que tu... Donnez des exemples un peu de ce qu'était l'usage de la biotechnologie dans la biopharma.
- Audrey Kuhn
Dans les biotech, dans la biotechnologie, tu vas de la biologie moléculaire, c'était plutôt mon domaine justement, donc génie génétique, clonage, voilà. jusqu'à la biologie cellulaire, microbiologie. Là aussi, c'était l'autre microbiologie où tu touches à la fermentation. La fermentation, c'est un gros domaine des biotech. Et là, c'était de la fermentation de micro-organismes en tant que producteur de futurs actifs pharmaceutiques, on va dire, ou d'ingrédients pharmaceutiques.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
C'était plutôt dans les actifs, ce n'était pas dans la couleur ?
- Audrey Kuhn
Ah non, pas du tout.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Tu n'as pas eu de sujet fermentation et couleur ? parce que je sais qu'il y a des projets en cours, du coup je te pose la question. Donc ça, c'est pour les biotech. Alors donc si on revient à Mediplant, donc on a déjà un développement avec la plante antipaludisme, il y a d'autres exemples que tu voudrais citer de Mediplant ?
- Audrey Kuhn
Il y a eu un super boulot qui continue, là maintenant qui perdure d'ailleurs, avec une toute petite équipe dont je fais partie, sur l'Orpain Rose, Rodiola rosea. Il y a eu un gros travail aussi de sélection sur des variétés endémiques. Et il se trouve que la variété la plus riche en principes actifs adaptogènes, on parle aujourd'hui des plantes adaptogènes comme le ginseng, la chavadanda. Et donc, l'orpe rose, il y a une variété valaisanne, qui est la variété matemarque et qui est la plus riche en principes actifs adaptogènes. Donc là, on a une petite société. On dirige une petite société de la semence jusqu'au produit chini en complément alimentaire à base d'orfin rose.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Génial.
- Audrey Kuhn
La culture se trouve à peu près, si tu vois mon doigt là, à 2000 mètres d'altitude. On a une culture en biodéméthère parce que la plante doit geler. Au jour d'aujourd'hui, cette altitude est encore adaptée parce que la plante soit couverte de neige. Mais voilà, on verra pour l'instant. pour les dix prochaines années, on est bon. Selon nos estimations, après, on verra.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
J'avais entendu une notion que tous les... Je ne sais plus, ce n'était pas tous les ans, les climats remontaient de 15 kilomètres, ou je ne sais plus, je ne sais pas si tu as cette donnée-là, mais comment vous anticipez ce réchauffement climatique et justement vos cultures ?
- Audrey Kuhn
On se fie aussi, on suit aussi pour l'instant les estimations des spécialistes, mais on voit bien que ça... peut éventuellement s'accélérer finalement quand même d'année en année. À ce moment-là, on verra si on doit déplacer... C'est à l'observation. Oui. De toute façon, pour nous, le domaine en général des plantes, ça demande énormément d'observation. On travaille avec l'observation, avec l'attention, et moi je dirais avec la contemplation. Voilà.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
C'est ça pour les passionnés. Est-ce que tu peux définir le rôle des recherches agronomiques ? Parce que pour pas mal de monde, c'est un peu abstrait. Nous, clairement, dans la filière tinctoriale, c'est quand même une chose qui nous manque, qui n'est pas beaucoup développée. Je sais que pour vous, les pâmes et les plantes médicinales, vous êtes beaucoup plus avancés. Est-ce que tu peux expliquer pour les auditeurs, en gros, les grandes lignes ? En quoi ça consiste ? Comment ça vous aide ? Comment ça vous fait avancer ?
- Audrey Kuhn
Alors, ce sera effectivement... uniquement dans les grandes lignes, parce qu'il se trouve que quand même, Mediplan s'est spécialisé déjà depuis... ça fait dix ans en tout cas, même un peu plus, sur vraiment l'extraction. Donc cette partie agronomique, ça faisait partie des premières années de Mediplan, et maintenant, elle a été reléguée au Centre de Recherche Agronomique Suisse, qui s'appelle Agroscope. C'est un peu comme l'INRA. Mais en revanche, on collabore toujours étroitement avec eux sur l'essentiel des projets. Donc, par exemple, pour le pastel, puisqu'on va y venir, il a été essentiel pour nous de travailler avec ces experts en agronomie pour, déjà, premièrement, les localisations de différents spots. Parce que, bien sûr, on est parti, pourquoi le pastel ? Tu vas me le redemander, mais en fait, parce qu'il est indigène. Donc, en Valais, il y a énormément de vignes. Le pastel, c'est une mauvaise herbe qui peut-être commence à être envahissante. Mais, voilà, pour nous, c'était plutôt... On a le pastel de teinturier, c'est une herbe indigène qui s'épanouit chez nous, mais alors on va faire un test d'extraction de l'indigo,
- Pauline Leroux ArtEcoVert
ce n'est pas possible autrement.
- Audrey Kuhn
En revanche, pour localiser des spots avec des conditions climatiques différentes, même sur un secteur assez restreint, on trouve quand même bien sûr des conditions climatiques différentes, donc des semences, des variétés différentes. sur vue. Donc, il y a eu... Déjà par les collaborations avec AgroScope, donc la collecte de différentes semences. Ensuite, des essais de mise en culture, parce que voilà, nous aussi, le développement pour lequel on bosse, c'est de proposer la mise en culture du pastel des teinturiers, simplement pour des questions de reproductibilité, mais aussi surtout d'avoir un... un projet viable et pérenne pour les agriculteurs de diversification. Parce que, voilà, plantes à valeur ajoutée, etc. Donc, toutes ces mises en, des essais de germination à partir des graines, voir si ça fonctionne, ensuite, mise en culture sur le terrain, ensuite, selon le terrain, et ensuite aussi, quelles conditions hydriques, quelles conditions dans le soleil, etc.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Voilà.
- Audrey Kuhn
Pour ça, ils sont super experts et là, c'est vraiment génial de pouvoir avoir cette étroite collaboration. Elle nous fait gagner beaucoup de temps parce que parfois aussi, on est confronté peut-être à une plante qui… C'est rare, mais si ça arrive quand même, on est obligé de… On est devant la culture, elle ne va pas fonctionner. C'est vraiment trop compliqué. Cette plante, ses conditions de croissance sont spécifiques au point où ça va être un casse-tête. Il faut la laisser vivre sa vie de plante sauvage et c'est fini. On arrête là. Et par exemple, l'artemisianois, pareil, il y a eu ce développement. C'était plus ensuite aussi sur un dosage des principes actifs, par exemple, de sélectionner la meilleure variété sur sa teneur en principe actif.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Et alors du coup, si on revient sur la filière... PAM avant de passer aux plantes tinctoriales, parce qu'on a pas mal de choses à dire, mais sur les PAM, plantes à parfum aromatiques et médicinales, comment vous calculez notamment cette teneur en bioactivité ? Est-ce qu'elle se fait tout au long de la culture ? Est-ce que vous avez des stades précis où vous faites des relevés ? Comment ça fonctionne cette analyse pour que tu puisses dire, tiens, dans telle condition, c'est là où elle donne le max, entre guillemets ?
- Audrey Kuhn
Par exemple, on prend l'orquin rose. Donc effectivement, il y a des stades ou des étapes clés, des étapes à laquelle on fait des prélèvements, des échantillonnages ou même de la carotte en fait, parce que l'orpe rose, ce qui nous intéresse, c'est la partie souterraine. Et donc, il y a avant récoltage, on fait un petit prélèvement, une petite carotte sur un rhizome. Voilà. pour savoir si cette année de culture sera assez bonne pour être récoltée ou peut-être nécessitera-t-elle une année de plus.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
D'accord. Et quand tu dis une carotte, c'est que vous prenez un morceau dans le rhizome pour l'analyser, c'est ça ? D'accord.
- Audrey Kuhn
On a quand même assez de plan pour… Voilà, on prélève un rhizome et ensuite, à partir d'un morceau de ce rhizome, on fait une petite extraction au labo. Les principes actifs, il faut les connaître quand même. On a aussi l'équipement, on a le labo qui permet de faire ce dosage en chromatographie liquide. On a aussi des principes actifs. Avant la récolte et aussi au moment de la récolte, on vérifie aussi. On vérifie, on fait aussi des... Puisqu'en fait, on a même cette chance, ce challenge d'aller jusqu'au produit fini. On effectue aussi tous les contrôles qualité nécessaires sur les produits, on finit les extraits. Il y a presque trois étapes d'échantillonnage.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Vérifier la bioactivité. Et donc du coup, tu l'extrapoles au rang de culture. Et donc si un des échantillons est bon et prêt, vous faites l'extraction. Je fais un parallèle avec les tinctoriales. On se rend compte que ce qui permet à la plante de produire les colorants qu'elle contient, c'est notamment un peu les agressions, trop de soleil, du frottement, des attaques, etc. Est-ce que pour les pâmes, plantes à parfum aromatiques et médicinales, c'est la même chose ? Est-ce qu'il y a des fois où vous ne torturez pas vos plantes, mais vous les stimulez un peu pour les aider à produire plus et plus ou pas ?
- Audrey Kuhn
Pas du tout. Mais en revanche, on est plutôt du genre à s'adapter. On s'adapte à ce que la nature aura permis ou pas. En revanche, souvent quand même, quand on leur permet d'être dans les conditions optimales, comme par exemple cette hors-parose qui sera à 2000 et qui a le droit d'hiberner, avoir du soleil à plus savoir qu'en faire de mai jusqu'à septembre. effectivement, là, lui, il a les conditions optimales pour avoir cette concentration de principes actifs dans les...
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Mais vous n'avez pas fait d'essai de... Tiens, si on l'expose 15 jours à intense... Enfin, si on attend... Tiens, on regarde la météo, il y a une fenêtre de 15 jours d'exposition intense. On va attendre, on va récolter après pour être sûr que... Est-ce que ça, vous regardez un peu les paramètres, les facteurs agronomiques ?
- Audrey Kuhn
Alors oui, bien sûr, tout ça, ce sont des métabolites secondaires. Et les métabolites secondaires, effectivement, on sait, vous le savez encore mieux que moi, tous ceux qui sont dans le réseau, effectivement, ils sont produits par les plantes, soit pour se défendre, se protéger ou pour attirer les pollinisateurs, des choses comme ça. Donc, effectivement, ça, c'était par exemple aussi, ça faisait partie un peu du job des chercheurs en agronomie, d'ingénieur agronome, par exemple sur les conditions. de gel des semences pour leur pain rose. Est-ce qu'on peut avoir un aussi bon résultat en faisant... Je vais dire bêtement, mais ils ont fait ça quand même sur certaines variétés, en les mettant au congélateur au lieu de les... Voilà. Et ouais, ça peut fonctionner, ça peut donner, mais...
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Ça ne remplace pas la nature.
- Audrey Kuhn
On pourrait si on voulait, mais puisqu'on a la chance, on a l'expérience d'avoir cette culture vraiment exceptionnelle qui fonctionne. Bien sûr, c'est une question d'organisation, de logistique, mais qui n'est pas non plus... puisqu'on la réalise depuis depuis 2000, ça fait 10 ans même plus que cette culture existe donc voilà c'est tout à fait faisable et puis c'est dans ces conditions qu'on a les meilleurs au final le meilleur produit c'est ça après on a quand même la satisfaction de voir un retour phénoménal des gens qui sont tellement soulagés par ces produits ou qui se rendent compte de l'effet. Il n'y a pas seulement l'histoire de la concentration en principe actif qui est, elle, prouvée, démontrée par les résultats labos, mais au final aussi, on a la chance d'avoir des clients, des gens qui sont vraiment aidés, soulagés. Soit une phase. Oui. qui sont en bonne forme avec ça.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Les recherches agronomiques vous aident à mettre les plantes dans les meilleures conditions pour qu'elles donnent le meilleur d'elles-mêmes. En plus, vous avez donc un cadre particulier. On va parler, vous êtes dans le domaine alpin, je ne sais pas si on peut dire ça, des plantes alpines, etc. Donc, une fois que la plante est au top, on va dire, est au top de sa culture, là, vous avez une étape de maîtrise qui est l'extraction chez Mediplant. Est-ce que tu peux nous raconter aussi ? Maintenant qu'on a vu à quel moment vous déclenchez les récoltes, vous vous spécialisez dans quelle extraction ? Parce que pareil, il y a plein de choses à raconter.
- Audrey Kuhn
Oui, en plus, ce qui est essentiel et indispensable, une condition sine qua non chez nous, c'est la chimie verte. C'est-à-dire, pour simplifier, nos seuls solvants sont l'eau ou l'alcool. On se focalise sur des extractions écologiques, comme je disais, alcooliques. ou aqueuse. Ensuite, l'équipement nécessaire pour travailler sur des macérations, des coctions basiques, ou alors on a un peu de distillation, un peu d'ultrasons, qui lui est un peu en pause parce que il est un peu trop gourmand en énergie électrique.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Et alors il fait quoi celui-là ? Le lyophilisateur ?
- Audrey Kuhn
Il y a une autre technique qui est un peu plus à la mode en ce moment, c'est l'atomisation. C'est un séchage, une déshydratation. On passe d'un extrait liquide congelé à de la poudre sèche en déshydratant. Tu vois, l'hyophilisé, si je parle des soupes ou des produits, on rajoute de l'eau pour les réhydrater. Oui, voilà, exactement. Le café est soluble ? Soluble, voilà. Le moins bon café.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
On est d'accord. On est bien d'accord. D'accord, donc le liésophilateur. Je n'arrive pas à le dire.
- Audrey Kuhn
C'est vraiment une méthode qui préserve de façon... Pour nous, c'est une vraie belle méthode de préservation des principes actifs.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Et donc là, c'est des principes actifs que tu conserves sous forme de poudre ?
- Audrey Kuhn
En fait, d'abord, on aura passé par une extraction, un liquide. Et cette extraction... Donc on a ce liquide qui doit d'abord être congelé, ça se passe sur des plateaux, tu congèles les plateaux et ensuite ces plateaux congelés, tu les glisses dans le lyophilisateur, et ensuite c'est par sublimation que les molécules d'eau vont être évaporées par l'état gazeux de vapeur. Donc voilà, vraiment ça, l'eau sera évaporée, on se retrouvera avec de la poudre, un extrait sec.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
D'accord, ok. Est-ce que vous faites des choses au CO2 supercritique ? Tout le monde me parle de ça en ce moment, non ?
- Audrey Kuhn
Non, on a fait le choix. Alors, c'est juste qu'on a ces questions de moyens. Il faut faire des choix. Il y a eu un moment, les équipements et le CO2 supercritique. Alors, c'est une méthode qu'on a choisie de ne pas faire cet investissement chez nous.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
D'accord, ok. Mais bon, de toute façon, vous arrivez au même rendu. Ok, alors, donc... vous êtes spécialisé dans l'extraction, vous avez plusieurs méthodes, vous avez les labos, les labos l'analysent. Alors c'est là où il ne faut pas trop parler avec la couleur, mais du coup, vous avez des extraits de concentrés bioactifs. différents usages. C'est quoi les domaines d'application que vous couvrez aujourd'hui ?
- Audrey Kuhn
Tout ce dont tu parles... C'est vrai ? Tout ce dont tes invités parlent, de la cosmétique jusqu'à l'alimentaire, en passant par les compléments alimentaires, que c'est à cet intermédiaire entre pharma et alimentaire.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Nutraceutique.
- Audrey Kuhn
Voilà, nutraceutique, exactement. Et puis, on essaye de développer maintenant les pigments colorants naturels spéciaux. Comme on débute là-dedans et qu'on a débuté avec le pastel, et ensuite on a été invité aussi à participer à un projet européen sur les textiles. Donc voilà, il y a ce focus textile aujourd'hui.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
On en parlera, ça, du projet européen.
- Audrey Kuhn
Il y a quand même aussi, par exemple, des acteurs cosmétiques qui s'intéressent à nous.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
D'accord. Et alors, si on reste encore sur les principes actifs, les PAM. vous avez une particularité, c'est donc la flore alpine que vous valorisez. Et du coup, c'est aussi pour ça qu'on vient chercher Mediplan, c'est par rapport à son expertise et par rapport à cette flore particulière ?
- Audrey Kuhn
Totalement. En fait, on est pluridisciplinaire. Il y a effectivement, comme je te l'ai dit, en aparté, on a la chance en Valais d'avoir 3500 espèces végétales présentes sur les 350 000 espèces mondiales, donc ça représente 1%. Euh... des espèces mondiales, donc c'est pas mal pour un petit secteur. Donc il y a vraiment un intérêt à valoriser cette flore alpine locale. La possibilité qui est rare est recherchée de proposer des développements de moyenne échelle, enfin on peut dire des développements de niche, mais surtout de proposer une production d'un premier batch commercial. La plupart des clients qui arrivent chez nous ont été stoppés ou freinés dans leur projet. Parce que, voilà.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Ils n'apportent pas assez de quantité pour faire fonctionner les machines.
- Audrey Kuhn
Ou les minimas de production chez les industriels, c'est beaucoup. C'est un budget, une quantité juste énorme.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Et vous, vous arrivez pour combien de quantité ? En gros, quelqu'un, donc là, je parle aux agris qui nous écoutent beaucoup. En gros, on peut venir chez vous avec quelle quantité de biomasse à travailler environ ?
- Audrey Kuhn
Mais... Bon, alors, ça dépend plutôt du produit final souhaité. Ça dépend du produit. Est-ce qu'on parle d'une boisson ? Est-ce qu'on parle d'une crème cosmétique ? Là, ce n'est pas du tout le même travail. Par exemple, sur de la boisson, on pourra proposer un... Je ne vais pas dire de bêtises. Je sais qu'on est dans les 3000. Parce qu'on a... Alors nous, on travaille sur l'extrait de plantes qui sera contenu dans la boisson et ensuite on a quand même encore un partenaire de conditionnement pour les boissons. Donc il faut s'adapter à lui, mais c'est vrai qu'on a aussi cette chance d'avoir vraiment aussi un riche réseau de partenaires dans les différents domaines dont on a, qui eux aussi travaillent à cette échelle intermédiaire. On ne part pas tout de suite dans ces productions industrielles, cette définition qui, moi, aujourd'hui, presque me révulse.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Et puis freine, freine clairement les projets, l'innovation.
- Audrey Kuhn
Simplement, on pourrait parler d'une production utile, développement déjà local. Et ça, c'est possible. En tout cas, en parlant de cosmétique, on peut déjà avoir plus... On le fait, nous. quand c'est vraiment un bon projet où on voit qu'on est prêt à proposer pour un premier batch d'une centaine de crèmes, idéalement, on situe autour des 300 quand même, pour se situer dans un développement cosmétique. Et puis ensuite, les boissons, c'est plus quand même 3000 litres, je crois que ce n'est pas une erreur. Mais en tout cas, je sais que ce sont toujours des conditions qui sont... impossible à trouver chez les industriels en proposition.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
C'est votre vrai plus de permettre justement un niveau intermédiaire génial. Ok. Donc, tu as parlé d'un écosystème. Donc, tu as derrière ce système d'extraction. Donc, on a vu en amont les ingés agronomes, la connaissance de la plante, l'observation. Vous avez l'extraction avec plusieurs méthodes développées, donc pour plusieurs cahiers des charges, on va dire. Vous avez cette notion aussi de niveau intermédiaire pour permettre... l'innovation, les nouveaux projets, etc. Tu as parlé d'un réseau derrière pour la mise, on va dire, le packaging ou pour la valorisation. Qui ces acteurs ? Cet écosystème que vous avez autour de vous, plutôt sur l'après-extraction, vous travaillez avec qui ? Comment vous pouvez ? Si tu peux me raconter la suite, vu qu'on a vu l'amont.
- Audrey Kuhn
Alors, on a déjà la chance de se trouver sur un écosystème hyper concentré, c'est-à-dire le même bâtiment qui s'appelle le phyto-arc. Et ce phyto-arc, il regroupe... C'est un bâtiment. À une extrémité, on a Mediplan avec cette partie extraction du labo jusqu'à l'échelle pilote. À l'autre extrémité, on a un atelier cosmétique qui engage des personnes en situation de handicap. Cet atelier propose du conditionnement, du codage et de l'étiquetage. Ça marche top. On fonctionne depuis longtemps avec eux pour, typiquement, étiquetage, codage et conditionnement de compléments alimentaires dans des boîtes. Donc, on produit de l'huile aussi parce que l'huile est aussi un extrait. Donc, on a une presse à huile.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Ça, c'est hyper intéressant.
- Audrey Kuhn
C'est hyper important, la presse à huile, la peau. J'ai failli oublier. Donc, on a une presse à huile. Voilà. Et au milieu de ce bâtiment, il y a encore des labos, des partenaires en cosmétologie, aussi plus du développement pour travailler en collaboration sur le développement cosmétique. Ce qui fait vraiment que juste sur ces 150... C'est juste que je dis ? Non, ce n'est pas possible. Nous, on met des plans à 150 mètres, donc 500 mètres carrés, allez, on va dire.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Vous avez toute la chaîne.
- Audrey Kuhn
Voilà, là, il faut la matière première. Oui,
- Pauline Leroux ArtEcoVert
je veux dire, après, tu as toute la chaîne.
- Audrey Kuhn
Pour la transformation, la chaîne de transformation jusqu'au produit fini, là, on ne peut pas faire plus court. Et puis, effectivement, on travaille avec des producteurs aussi du Valais. On a le plus grand producteur du Valais, des pommes, qui s'appelle Valplante. Son plus gros client, c'est Ricola. Et ensuite, il y en a quand même plusieurs autour aussi. Donc, on peut travailler avec ses partenaires pour une demande spécifique de mise en culture. D'ailleurs, après, j'en parlerai pour l'alchimie. Donc, voilà. Ou alors, on a aussi des producteurs ou des personnes, des particuliers qui ont une plante spécifique à valoriser. Et puis, ils viennent vers nous pour savoir quelle serait la meilleure valorisation pour cette matière première végétale ou cette plante. On peut être confronté à des développements clients, soit pour aboutir à un produit fini, une recette, une formulation définie, ou alors en partant d'une matière première, voire…
- Pauline Leroux ArtEcoVert
On va parler quand même des huiles. C'est très important. Donc, presse à huile. Bon, sur le pastel, ça me semble évident parce qu'on peut faire des choses avec les graines. Ce n'est pas secret. Mais je sais que dans les pâmes, pareil, il y a plein de graines qui peuvent être valorisées. Donc là, c'est une presse à huile, tu disais ?
- Audrey Kuhn
Première pression à froid. Première pression à froid. non dénaturées, non désodorisées, etc. Vraiment brutes, de chez brutes. On en a 5, maintenant 6, commercialisées en huile alimentaire. Et pour certains, on a aussi le partenariat dans le réseau cosmétique, on a aussi la possibilité de commercialiser certaines huiles en cosmétique. De toute façon... En fait, l'huile de tournesol, l'huile de lin, l'huile de pin de raisin, finalement, elles sont presque toutes aussi intéressantes en cosmétique. Mais on a quand même la chance d'avoir cet approvisionnement en graines bio. Alors, c'est vrai que je ne l'ai pas dit, mais on travaille aussi, outre le fait de ne travailler qu'avec... L'eau ou l'alcool pour les extractions, on favorise vraiment les plantes culture bio, si possible. Et donc, huile alimentaire bio, de tournesol, de colza.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Ensuite, on a pépins de raisin, mais là, ce n'est pas encore facile d'avoir du 100% bio. Mais on a fait pépins de raisin blanc et pépins de raisin rouge. Et là, c'était suite à un petit projet cantonal sur une idée géniale de Médipens, de faire un test de pressage selon cépage. Donc là, on a retrouvé ou en tout cas identifié... La spécificité des huiles selon le cépage. Chaque huile était différente selon le cépage.
- Audrey Kuhn
Et le cépage, il est quand même lié au terroir. Là, on est clairement là-dessus. Donc, ça valide l'hypothèse que le terroir a énormément d'importance.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
C'est clair. Mais en tout cas, c'était sympa. On ne retrouve pas seulement les spécificités du cépage dans le vin, mais également dans les huiles. Des parfums, des arômes.
- Audrey Kuhn
C'est dingue. C'est dingue.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Mais ensuite, on s'est empêché de la commercialisation. Il y a l'huile de pépin maintenant, les blancs. On sépare le blanc et le rouge, mais quand même. Il y a différents cépages blancs qui sont mélangés pour l'huile de pépin. Blanc et pareil pour le rouge. Et puis, on va continuer.
- Audrey Kuhn
À quel moment vous avez décidé de vous dire, il y a de la bioactivité et il y a la couleur ? Et à quel moment la couleur est devenue intéressante pour vous ? Est-ce que c'est récent ? Ou est-ce que depuis le début, quand vous faites vos extractions, vous constatez qu'il y a de la couleur ? Parce que j'ai des extracteurs qui m'ont dit, on a vu qu'il y a de la couleur, mais nous, il fallait qu'on l'enlève, entre guillemets, puisque les autres acteurs voulaient de la cosmétique blanche ou des actifs transparents, où chacun peut venir mettre sa couleur derrière. Ça, j'avoue, j'ai un peu de mal avec ça aujourd'hui, puisque moi, je cherche la couleur partout, donc ça me perturbe. Et est-ce que tu peux nous dire à quel moment Mediplan s'est dit, tiens, il y a quelque chose à faire avec la couleur ? Et pourquoi vous y allez ? Et pourquoi vous y allez ?
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Alors, c'est le pastel quand même. Ce n'est pas spécifiquement les couleurs qu'on a observées dans nos extraits ou extractions. C'est le premier projet. C'était commencé en 2021, un projet soutenu par le canton, par la fondation The Arc, qui fait aussi partie de cet écosystème phyto-arc. Et puis, sur deux, trois années, on a pu faire le pastel d'indigo. d'indigo de pastel. Et c'est comme ça, c'est vraiment par le bleu que la couleur est rentrée. Mais c'est vrai que maintenant, à partir de ce moment-là, on se rend compte de tout.
- Audrey Kuhn
On voit les choses différemment maintenant.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
On essaie de mettre de côté chacune de nos biomasses, les biomasses d'extraits. Je ne sais pas, le camérisé, par exemple, c'est la baie de mai. Elle est bien plus riche en antioxydants que la canneberge.
- Audrey Kuhn
Ah oui, d'accord.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Il y a aussi l'aronia, mais il y a une petite concurrence entre les deux. Et donc là, on se retrouve avec des biomasses de déchets, mais encore pleines de pigments ou de colorants.
- Audrey Kuhn
Exactement. Et vous faites de la bioéconomie en récupérant les... C'est le gros sujet. Moi, c'est le truc qui m'obsède. C'est de me dire, une fois que vous avez extrait les principes actifs, par exemple pour les pommes, qu'est-ce que vous faites de cette biomasse ? Est-ce que vous extrayez au max pour obtenir la couleur ? Parce que franchement, c'est dommage de jeter ça alors que c'est une richesse.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Alors, au jour d'aujourd'hui, elle va au compost. C'est un compost naturel. Mais voilà, c'était justement la couleur. C'est pas perdu déjà. Non, mais la couleur n'était pas encore arrivée. Et maintenant... Après, c'est une question toujours, c'est la même chose.
- Audrey Kuhn
De valorisation financière.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Oui, enfin, surtout aussi d'avoir le temps, le personnel. Il faut que ce soit valorisable. Oui. Donc, on a quand même, on a eu cette idée. Donc, après, suite au projet Indigo, le premier, on a été invité à participer à un projet européen intitulé Alp Textiles, qui vient de ce... Merci. arrivé à son terme en fin 2025, qui a fonctionné. Il y a eu 12 partenaires européens, de l'arc alpin, de la France à la Slovénie, de l'Autriche à l'Italie, passant par l'Allemagne et la Suisse. Donc, production de textiles, de la fibre naturelle jusqu'à la teinture naturelle, et en se basant sur le patrimoine, sur les savoir-faire ancestraux. et en dynamisant la transmission aux jeunes générations. Ce projet était un pack complet, merveilleusement mené par Cassiano Luminati, si je peux le citer. Non, mais c'était vraiment exceptionnel. Bien sûr, tu peux le citer.
- Audrey Kuhn
C'est ton projet européen sur le textile. L'idée, c'était de produire les fibres naturelles, de les teindre et de valoriser le produit fini.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Finalement, Mediplan était invité pour la partie teinture naturelle, enfin plantes tinctoriales, mais pas forcément le travail sur les fibres végétales parce que là, ça aurait fait un trop gros paquet finalement sur trois ans. Le projet s'est concentré sur la laine finalement parce que bien sûr il y a cette problématique. Alors on rejoint beaucoup, on est très en lien, en collaboration, en contact avec les réseaux laines d'Europe mais de France notamment. Donc voilà, focus sur la laine et ensuite essai de teinture sur la laine. Mais voilà, je reviens sur le camérisier. Donc on a quand même fait des essais de teinture de la laine avec cette biomasse de déchets. des baies de camériser et ça fonctionne en fait ça fonctionne alors il faut bien sûr là maintenant cette expertise cette expertise sur les teintures naturelles sur les plantes tinctoriales sur la chimie des complexes qui agit entre la fibre et la couleur nous on vraiment je me mets comme ça je suis toute débutante mais tu découvres le champ des possibles du coup c'est un truc bien fini Merci. Puis on a vraiment envie de développer nos connaissances là-dedans. Pour l'instant, j'ai été sélectionnée pour l'école de la couleur avec Sandrine Rosier et Dominique Cardon au mois de juin. En principe, je vais y participer. Et puis je pense que ça, c'est essentiel. C'est sûr que quand on parle de toute façon, on parle de transmission. Enfin, on n'est pas là pour faire n'importe quoi. On veut transmettre. des vraies méthodes. C'est aussi intéressant d'allier la science à l'art, finalement.
- Audrey Kuhn
C'est plusieurs disciplines qu'il faut maîtriser et mettre en lien pour des projets complets autour de la couleur. C'est ça qui est passionnant, c'est que le champ des possibles est incroyable. Valoriser des biomasses, faire de la bioéconomie, mailler avec les laines, et toutes les filières naturelles, que ce soit animales ou végétales, il y a tellement de choses à faire. Il y a tellement de pros en Europe. espère en Europe sur les sujets, que ce serait dommage de s'en priver. Donc, c'est génial. Tous ces projets-là, transverses, projets européens, comme tu dis, qui font travailler plein de pays du patrimoine et de la transmission, c'est la clé, en fait. C'est vraiment ça qu'il faut faire. Donc, c'est génial. Et du coup, tu vas parler à l'École de la couleur de ce projet-là, de l'Indigo des Alpes.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Alors, moi, j'y vais pour apprendre, moi, déjà. Ben ouais, justement, je vais être vraiment humble là-dessus. C'est pas du tout mon... Enfin, Mediplant rentre là-dedans par la toute petite porte. On a nos connaissances en phytochimie, mais ils sont beaucoup plus orientés plantes médicinales.
- Speaker #2
Oui,
- Pauline Leroux ArtEcoVert
d'accord. Voilà, cosmétiques, plantes médicinales, mais les principes actifs qui auront un intérêt vraiment beaucoup plus médicinal ou alors dans l'aromatisation alimentaire.
- Audrey Kuhn
Ce qui fait le grand lien entre les plantes aromatiques et médicinales, c'est que quand il y a de la bioactivité, généralement, il y a de la couleur et inversement. On est bien d'accord. Merci. Merci parce que... Je suis contente que tu le dises.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
On retombe sur les métabolites secondaires de toute façon. Voilà, exactement. Oui, c'est clair. Donc ça, c'est de toute façon l'intérêt de... C'est aussi notre façon de travailler. Lorsqu'on a un végétal, une plante devant nous, on le contemple dans sa globalité. Par exemple, on va dire, il n'a pas que ses feuilles, il n'a pas que ses fleurs, ses parties d'âne, il a de la racine aux graines. Donc effectivement, maintenant, avec notre... pluridisciplinarité d'extraction. C'est vrai que ça, c'est vraiment un peu plus phénoménal et aussi hyper motivant. On a des possibilités d'application très vastes.
- Audrey Kuhn
Exactement. Et je pense qu'on ne fait que découvrir le champ des possibles là parce que comme il y a beaucoup d'investissements qui ont été faits dans les couleurs de synthèse plutôt que les colorants naturels, Je veux dire, on a un gros retard là-dessus, mais on est quand même bien en avance sur les plantes médicinales. Donc, les principes bioactifs, en fait, il faut que les deux pièces de pulse, bioactive et couleur, soient mises ensemble. On est d'accord. Moi, je le vois comme ça. Donc, on a parlé de valorisation de la biomasse, qui peut être aussi une piste pour tout ce qui est, nous, on appelle ça en France, bioéconomie. Je ne sais pas si en Suisse, c'est le même mot. Le risque des biomasses pour en extraire, c'est le même mot. Donc tu vas à l'école de la couleur, top. Qu'est-ce qu'on a dit ? On a parlé des huiles, qu'est-ce que je m'étais notée ? Oui, est-ce qu'on peut venir maintenant du coup à la couleur ? Vous y êtes rentré par le pastel, parce que vous avez découvert, et c'est là où le malheur des uns fait le bonheur des autres. Pour les acteurs du vin, c'était une mauvaise herbe, et pour vous c'était un trésor juste à vos pieds. Est-ce que tu peux nous raconter du coup cette histoire de l'indigo des Alpes ?
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Comme je te disais, 2021 a débuté ce projet cantonal pour lequel on a choisi la dénomination Indigo des Alpes par le fait d'avoir la chance de voir pousser, croître le pastel des teinturiers de façon sauvage en Valais chez nous. porte, on traverse la rue et là en ce moment c'est la pleine période. D'ailleurs j'étais en récolte ce matin, j'ai encore les doigts. Et puis voilà simplement en ayant fait cette observation, en ayant ce savoir, en ayant la plante sous nos yeux, bon il paraissait trop excitant de ne pas tester. ne pas tester l'extraction de l'indigo et puis pouvoir vraiment... De toute façon, pour la plupart des personnes, maintenant, ça commence gentiment grâce à cette médiatisation, les petites médiatisations autour de l'indigo des Alpes ou de notre travail. Les gens commencent à poser des questions ou à nous dire...
- Audrey Kuhn
Mais c'est génial !
- Pauline Leroux ArtEcoVert
De quelle plante vous parlez ? C'est là, à côté de chez moi, dans mon jardin, en face. Là, c'est ça, c'est ça. Il y a du bleu dans cette plante, mais pourtant les fleurs sont jaunes. C'est génial. Les gens s'intéressent, posent des questions. Tout est vraiment né d'un... C'était l'idée de Julien Héritier, le directeur de Mediplant, de faire ces essais. Et ensuite, on a été soutenus, comme je te le disais, par le canton, des essais de mise en culture avec AgroScope, ce qui fonctionne très bien, en fait. Il faut aussi dire que c'est une plante zéro thermophile, le sec et le chaud. Là, en Valais, ici, on l'appelle la Provence de la Suisse. Du côté sud, la rive droite du Rhône est extrêmement sèche. Cette rive est extrêmement sèche et chaude. Exposition parfaite pour lui. Donc, il s'épanouit. Donc,
- Audrey Kuhn
du coup, tu l'as cultivé. Vous avez monté des cuves ou vous avez extrait l'indigo ?
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Donc. Nous aussi, pour des raisons de capacité, mais aussi de personnel et de temps, on s'arrête à l'extraction. On n'a pas pu monter, nous, de cul, mais on n'a pas non plus les ressources nécessaires pour pouvoir, nous, mettre en place des essais de teinture à échelle conséquente. En revanche, on fait des... Au labo, on fait des petits tests vraiment à l'échelle labo sur quelques fibres de laine ou de lin. Mais c'est tout ce qu'on peut faire avec nos ressources. Donc, c'est pour cette raison, par exemple, qu'il y a eu, grâce au projet européen, on a pu collaborer avec Sandrine Rosier, entre autres. C'est vrai qu'on a aussi commencé à faire la connaissance de petits acteurs locaux, locaux échelles CHMIS, en fait. en teinture naturelle. Donc, on a collaboré avec un chimique alias, c'est un ancien chimiste passionné de teinture naturelle sur le canton de Fribourg. Lui s'intéressait au pastel déjà avant nous, probablement. Donc, il a tout de suite voulu le tester. Et lui, il travaillait à échelle un peu plus importante, en tout cas de façon plus régulière avec d'autres indigos naturels, mais vraiment dans la teinture, pas dans l'extraction. C'est vrai que tout cet... Nous, Mediplan a besoin de ce partenariat avec les teinturières et teinturiers. Ce n'est pas notre domaine de compétition.
- Audrey Kuhn
Vous faites l'extraction et donc vous le proposez sous quelle forme, cette extraction ?
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Alors l'indigo, pour l'instant, on ne le propose pas vraiment parce que l'indigo, c'est un challenge. Des centaines de grammes, mais voilà, on n'a pas... pas encore décidé de le commercialiser parce qu'on n'est pas suffisante pour pouvoir le faire. En revanche, j'espère qu'un prochain projet à l'échelle nationale suisse va passer pour pouvoir travailler plus sur la mise en culture chez les agriculteurs, par des producteurs. Quelques agriculteurs bio qui sont maintenant intéressés à des tests de culture à plus grande échelle. Ensuite, si on peut récolter des quantités tout ça. plus représentative, ça devient plus intéressant forcément pour la suite. En revanche, on a un extrait de... Alors, voilà, maintenant, je vais t'amener sur une autre piste.
- Audrey Kuhn
Vas-y, vas-y.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
De matière biosourcée de sous-produits, un sous-produit, l'écorce de mélèze. L'écorce de mélèze sur la laine ou le lin. Ça fonctionne très bien. On est sur les tannins condensés, donc pas de mordansage, pas de post-traitement. Et puis là, l'écorce de Mélès, c'est l'espèce de conifère la plus pendue. Ça représente des milliers de mètres cubes par triage forestier, donc par année, c'est vraiment une quantité énorme qui aujourd'hui est simplement soit mise à composter, soit mise à composter. composté ou éventuellement un peu de chauffage, mais il n'y a vraiment rien de similaire à la teinture naturelle. Alors qu'on a aussi la chance d'avoir des étroites collaborations avec des herboristes, des herboristes aussi de renommée, André Fauchère, une dame qui a une histoire folle avec ses passés 80 ans. Et puis, avec le mélèze est revenu à nous l'histoire traditionnelle que c'était la couleur des pantalons des hommes dans les montagnes. Dans ces montagnes valaisannes, on trouvait des stations de teinture au mélèze, comme dans le sud des stations de lavande. Donc il faut imaginer remplacer la lavande par le mélèze. remplacer le paysage du sud de la France par le paysage alpin. Donc, tes petites stations de teinture au Mélèze, c'était... Patrimoine. C'était partie du patrimoine des villages de montagne, pour teindre les pantalons. Sur la valorisation de ce sous-produit, l'écorce de Mélèze, que nous avons là maintenant. maintenant à disposition en concentré liquide.
- Audrey Kuhn
D'accord, ok.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Produit ainsi que le concentré liquide d'alchimie. L'alchimie, elle aussi, plus connue comme plante médicinale. Alchimie ou manteau de Notre-Dame, comme toutes ces belles plantes, elles ont plusieurs... Selon les régions, on leur aura donné un autre petit nom. Et là, on est sur un mordansage à la lin, sur la soie. Ça, ça a été réalisé par Sandrine Rosier.
- Speaker #2
On reconnaît la qualité du travail. Non, mais c'est vrai.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Un jaune éclatant qui a très bien fonctionné aussi sur du drap de laine. Et ceci a même été réalisé, on va dire, à l'échelle semi-industrielle, parce que je ne sais pas si dans un époscade... podcast, Sandrine aurait parlé de la Nature ADS, cette machine.
- Audrey Kuhn
Oui, elle en a reparlé même dans nos tables rondes. Les tables rondes, c'est pour les adhérents à Récovert. Et elle en a reparlé du fonctionnement de la Nature ADS. On a même reçu celui qui l'a conçu. Il y a des épisodes, mais on en parle souvent de la Nature ADS. Mais oui, elle en a reparlé qu'elle, elle continue à s'en servir régulièrement. Donc, vous avez fait avec ça.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Et aussi sur des échevaux de laine avec le mélaise. Donc, on a... puisqu'on est capable de nous produire les volumes de concentrés liquides adaptés notamment à cette échelle semi-industrielle. Donc ça, ça a été testé, ça fonctionne. En tout cas, pour l'instant, avec Alchimie et Mélaise. Donc ces deux extraits liquides sont à disposition.
- Audrey Kuhn
Donc si on a des teinturières qui veulent essayer, en gros, elles peuvent passer ?
- Pauline Leroux ArtEcoVert
J'ai préparé des flyers qui vont être publiés. Je vais poster sur LinkedIn ou Insta.
- Audrey Kuhn
Tu me diras aussi, comme ça je relairai la communauté. Ok.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Voilà, en conditionnement, en 5. Nous, on parle en kilos parce qu'on pèse tous nos produits finis sont pesés. Donc, on parle en kilos, mais c'est équivalent au litre. Donc, on peut dire 5, 10 ou 20 litres. Pour l'instant, c'est ce qu'on pense.
- Audrey Kuhn
Mélèze, pas de mordant. Alchémil, mordant d'Alain, par exemple.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Sandrine a obtenu ce jaune avec la lin, mais elle a obtenu du orange, du gris foncé, du kaki, entre titane et fer. Les métaux avec lesquels elle travaille, elle a son savoir. Je dis Sandrine, je pourrais dire Dominique, je pourrais dire aussi
- Audrey Kuhn
Michel Gartin. Nos teinturières.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Je cite les personnes que j'ai eu la chance de rencontrer.
- Audrey Kuhn
Oui, je comprends.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
mais voilà moi je sais vraiment je suis tellement admirative je suis admirative de ce savoir ouais c'est magnifique C'est juste, c'est infini et c'est merveilleux.
- Audrey Kuhn
Non, mais c'est top. Puis en plus, c'est ce que je te disais, c'est assez rare, le mélèze, etc. Enfin, ce n'est pas des noms courants. Tu vois, ce n'est pas les premières plantes tectoriales auxquelles on pense. Ma question, c'est, est-ce que vous avez donc mes dix plans sur le virage de la couleur, là ? Vous avez envie de développer d'autres plantes, valoriser des plantes alpines, etc. C'est quoi votre vision de la suite sur la couleur, vu que... La porte est ouverte maintenant, donc je pense que vous avez plein de tests à faire et de choses à proposer.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Si on peut développer avec la plus grande des motivations, encore une fois, en revanche, on est curieux de voir comment vont se comporter ces premiers appels à intéresser pour justement l'alchimie et mélèze. C'est vrai que là... on est quand même obligé de voir un potentiel intérêt au développement commerce derrière pour pouvoir continuer à produire ou produire plus. Alors ce que je voulais dire là, c'est un sous-produit. Donc oui, il faut simplement organiser l'approvisionnement à la gestion des forêts. En revanche, l'alchimie, elle, c'est aussi une potentielle culture. Donc elle est en revanche... L'avantage qu'on a sur le pastel, c'est que celle-ci, comme elle est une plante médicinale déjà connue et mise en culture, notamment par Valplante, comme je te disais, le plus gros producteur valaisan local, on sait qu'on aura cette année l'approvisionnement de plantes en culture pour cette couleur. Si il y a de la demande régulière... Ça débloque ce rouage de mise en place.
- Audrey Kuhn
Carrément. C'est exactement ce qu'on essaye de faire là avec la filière. C'est hyper intéressant que tu le dises. S'il y a de la demande, on peut mettre en culture, on peut mettre les procédés et on peut faire fonctionner. Toi, tu es côté suisse, donc je pense qu'on peut peut-être demander aux acteurs teinturières et acteurs de la couleur au niveau de la Suisse, s'il y en a qui se manifestent. Nous, on a le système de l'annuaire. À Récovert, tu sais, où les gens se renseignent en disant « moi je suis teinturier, moi je fais ci, moi je fais là » . Et tous ces gens-là, on leur dit « il y a du mélèze, de l'alchimie, ça se passe en Suisse, c'est local, c'est bio » . Et donc en fait, c'est en parlant et en motivant les troupes, entre guillemets, que ces filières peuvent exister. Mais c'est hyper bien que tu le reposes là, parce que je pense que des fois les gens se disent « ah c'est cool, mélèze, j'entends pas souvent » . Oui, mais si on veut que ça perdure, il faut qu'il y ait de la demande, il faut qu'il y ait des essais, il faut qu'il y ait des retours. aussi. Non, mais c'est chouette. C'est hyper chouette.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Après, question prix, une fois que ce sera posté, publié, on verra si on a aussi un potentiel retour d'autres acteurs européens. Parce que même en étant en Suisse, il me semble qu'on a pour des extraits concentrés 100% naturels locaux, on est sur des prix qui ne sont pas non plus... Tu vois, parce que forcément, entre Euro et France-Suisse... Il y a cette crainte d'être sur un trop gros décalage. Il ne me semble pas qu'on soit trop décalés, il ne me semble pas qu'on soit sur un trop gros décalage. Et ce sera pareil pour le pastel au moment où on pourra proposer notre pastel naturel 100% local. Notre volonté, c'est quand même de débloquer ce... Cette filière ? Quand je disais ce poids, la filière, que la dynamique prenne. Notre volonté, c'est quand même de pouvoir proposer à un plus large public.
- Audrey Kuhn
D'accord, ok. Écoute, dès que tu as mis tes flyers, on les reliera avec grand plaisir. Donc, Meles et Alchemil. J'ai des questions sur les agriculteurs. Donc, nous, tu vois, côté France, je dis France, mais finalement, c'est toute l'Europe francophone. Tous les gens qui parlent français, globalement, les Ols, les Canadiens, etc. On a même Madagascar qui nous a parlé de la Suisse pour te dire. Vous avez des liens ?
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Non, mais ça ne m'étonne pas parce qu'en fait, ça rejoint aussi les plantes médicinales. Parce qu'on vient de développer une boisson énergisante naturelle, mais avec une… Une plante malgache ? Non, ce n'est pas malgache, mais en tout cas… Alors attends, c'est Cameroun, je crois. Mais enfin, voilà. Il y a pas mal… L'Afrique, oui, bien sûr.
- Audrey Kuhn
Il y a plein de ressources.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Tout le continent africain.
- Audrey Kuhn
En tout cas, je te dis, les malgaches m'ont parlé de la Suisse. Je dis quand même que c'est un peu étonnant, mais bon, OK. J'ai bien écouté, mais bon. Ce que je voulais dire, c'est que ce qu'on essaye de faire avec Arécovert, etc., c'est de déjà... Comment on va dire ? les acteurs. Parce qu'en fait, tu vois, ce boulot-là n'a jamais été fait. De recenser les agriculteurs, les cultivateurs. Donc, agriculteurs, c'est grande surface. Cultivateurs, c'est plus petite surface. Et ensuite, on a les jardins tanctoriaux qui sont avec des thématiques. Tu vois, on a des franco-mexicaines, on a des... Voilà, qui amènent leur culture, leur patrimoine, leur transmission. Donc déjà, trouver les acteurs. Donc ça, franchement, ça prend du temps. Tu vois, moi, ça fait... Ça fait plus de trois ans que je suis là-dessus. Donc, trouver les acteurs. Ensuite, les faire se parler entre eux, parce qu'il y en a qui cultivent, qui ont des astuces de culture, et avant d'avoir des budgets pour des recherches agronomiques, comme tu dis, c'est l'observation, le bon sens, les essais, la curiosité qu'ont les gens. Mais ensuite, moi, ce que j'aimerais vraiment, c'est qu'on ait, comme tu dis, des débouchés, qu'on trouve des domaines d'application dans lesquels ces plantes sont utilisées. Du coup, on peut faire fonctionner des machines pour les extraire, et du coup, on peut payer des agriculteurs, leur faire des plants. pluriannuelles pour de la mise en culture et valoriser correctement leur travail parce que pareil, il y a beaucoup de... En France, c'est beaucoup en bio aussi, d'emblée. Donc, on est complètement raccord sur le process. Après, c'est... Là, vous, le point hyper positif que vous avez, c'est que vous êtes PAM et TINCTORIAL. C'est-à-dire que l'alchimie, tu la cultives pour les PAM, mais s'il en reste ou si c'est une année où ça sera plus intéressant de la passer en couleur, ben voilà. Et en fait, c'est là où c'est hyper intéressant d'avoir les deux casquettes, parce que du coup, ça fait deux potentiels.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Là, on en revient à l'intérêt quand même de ne jamais oublier les savoir-faire ancestraux, le patrimoine, les traditions, parce que finalement, on y revient toujours tout par-delà. Et avant, tu disais, OK, le pastel, je le disais moi aussi, on a commencé parce qu'on a observé, on a vu. Mais c'est surtout parce que c'est intérêt pour l'herboristerie. pour les remèdes de grand-mère, pour les recettes et les savoirs souvent de ces femmes. C'était souvent transmission de mère à fille, ou de grand-mère à petite-fille, etc. Et donc, la plante médicinale est aussi une plante tectoriale, est aussi, pas toujours, si elle est toxique ça ne va pas, mais peut aussi être une plante alimentaire.
- Audrey Kuhn
C'est le pouvoir des plantes, c'est tout ce qu'elles nous apportent.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Connaître son environnement peut remettre en avant l'intérêt d'observer la nature, de la comprendre, de la connaître, de savoir quels sont les potentiels cachés. Mais ils ne sont pas cachés, ils sont sous nos yeux. On ne les connaît plus, on n'apprend plus, on n'a plus l'oreille ouverte.
- Audrey Kuhn
Puis on a une certaine défiance aussi, tu vois, sur les plantes. En fait, t'as des gens qui ont... C'est comme pour les champignons. On nous a tellement dit attention, attention, on peut mourir avec les champignons. Et aussi, j'ai l'impression, cette croyance que les plantes, attention, attention, c'est dangereux. Oui, une plante n'est pas inoffensive, il faut s'y connaître, mais il ne faut pas non plus être dans la panique totale et il faut s'y intéresser. Et ça, c'est complètement perdu. Ça revient parce que les gens, avec le Covid, ont pris le temps de redécouvrir. Mais je veux dire, si on n'est pas amoureux des plantes, on ne va pas dire qu'on est aidé à aller s'y intéresser, etc. En plus, on leur rajoute un pouvoir avec le podcast à récouvrir qui est la couleur. Je sais que ce biais-là aussi est hyper magique et donne envie aux gens d'aller creuser les plantes. Donc, c'est top. Qu'est-ce que j'allais dire ? Par rapport aux agriculteurs, le schéma que vous avez, en gros, c'est vraiment... qu'ils aient deux cultures pour qu'il y ait deux débouchés possibles en fonction de l'aléa de la saison, s'il y en a plus, s'il y en a moins, d'avoir des pistes de valorisation.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Ça, c'est l'exemple maintenant vraiment réel pour l'alchimie. C'est un exemple réel d'alchimie où effectivement, on a cette plante qui est cultivée en tant que plante médicinale et en tant que PAM, il va y avoir la disponibilité parce qu'il y en a trop cette année. pour faire de l'extrait territorial. C'est une option, mais ce n'est pas forcément... Oui,
- Audrey Kuhn
ce ne sera pas forcément toujours le cas.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Ce ne sera pas forcément toujours le cas. Par exemple, je veux dire, la culture de pastel, elle sera vraiment essentiellement orientée, en tout cas pour les parties aériennes. pour la coulée, pour l'indigo. En revanche, la deuxième année, il faut choisir son timing. Il faut savoir que ce sont aussi les racines du pastel qui ont un énorme intérêt médicinal. Les deux. Probablement pour les principes actifs, mais il y a d'énormes recherches sur des actifs anticancéreux, antiviraux. Dans les racines du pastel, il y a des traits très fidèles.
- Audrey Kuhn
Elle est valorisable à 100% cette plante.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Oui, et puis la graine, tu l'as mentionné aussi, l'huile.
- Audrey Kuhn
Pour l'huile, pour la cosmétique. Après,
- Pauline Leroux ArtEcoVert
il faut simplement réfléchir à cette rotation. Oui, c'est une bise annuelle. Une bise annuelle,
- Audrey Kuhn
voilà. C'est important.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Mais tout ça, ça se...
- Audrey Kuhn
Oui, c'est du bon sens, la logistique, etc. Ça se développe carrément. Et alors, est-ce que là, dans la projection que vous... faites, c'est un revenu complémentaire pour les agriculteurs ? Dans le sens, vous leur proposez par exemple, si elle pousse entre les vignes, de la laisser et de la récolter ? Ou est-ce qu'il faut des parcelles dédiées ? Comment vous voyez les choses sur le pastel ? Vu que vous voulez quand même le laisser, il est naturel, là, il est présent. Comment vous voyez les choses ?
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Alors, il y a essentiellement la problématique aujourd'hui, comme en France aussi, mais là, vraiment, le canton du Valais, Le canton du Valais arrache les vignes. Il y a, il me semble même, je ne vais pas dire des bêtises, mais un soutien en ce moment régional pour l'arrachage des vignes.
- Audrey Kuhn
Quelle raison ?
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Le vin, la viticulture, il y en a trop. Il y a la problématique des maladies. Voilà, les problématiques des maladies. Tout ça, ça représente finalement un poids finant. Voilà, c'est du poids financier trop important pour tous les propriétaires de vignes, on va dire, parce qu'il y a de ceux qui mettent en… Voilà, tous les propriétaires de vignes connaissent une période assez difficile, en tout cas ici en Valais. Et voilà, il y a des diversifications de mise en culture de plantes à forte valeur ajoutée.
- Audrey Kuhn
C'est là leur proposer une option.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
C'est une option, oui. En revanche, après, je pense qu'il serait bien plus judicieux de pouvoir partir, surtout de partir toujours sur des... Pas toujours, mais de partir sur des plantes de culture pour avoir quand même une reproductibilité sur l'individu.
- Audrey Kuhn
D'accord, ok.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Donc, si dans quelques années, en Valais, on a assez de cultivateurs ou de producteurs de pastels, on peut proposer de l'indigo des Alpes, 100% local, 100% naturel.
- Audrey Kuhn
Génial. Franchement, génial. Alors, écoute Audrey, franchement, je trouve ça top. Je voudrais un peu m'attarder sur la Suisse, dans le sens couleur végétale et Suisse. Est-ce que tu connais, toi, des acteurs ? Qu'est-ce qui se passe en Suisse ? Est-ce qu'il y a un regain ? Est-ce qu'il y a des animateurs en Suisse, du réseau ? Qu'est-ce qui se passe en Suisse autour de la couleur végétale ?
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Alors, des acteurs, j'en connais... J'en vois et j'en connais moins que de ce que je vois en France. En revanche, le regain d'intérêt, oui, il est bien présent à une échelle peut-être encore... inférieure. La Suisse, c'est intéressant parce qu'il y a la Suisse francophone et la Suisse germanophone. Moi, je parle très bien l'allemand et puis ça ne me pose pas du tout de problème de transiter. Et grâce au projet européen, quand même, on a pu aussi entrer en contact gentiment avec des acteurs du domaine textile côté Suisse allemande. Et il me semble qu'effectivement, par exemple, il y a certains cantons singales qui sont encore actifs, assez actifs en textile. Et ce qui fait qu'il y a quand même une dynamique aussi teinture naturelle présente. Et l'intérêt, maintenant, gentiment, vient à nous. Il y a une personne qui s'appelle, une petite entreprise Botanitex, par exemple. Le Tanitex qui, elle, vraiment vit de ses propositions de teinture naturelle. à différents privés. Et ensuite, il y a énormément de teinturières, surtout des teinturières naturelles.
- Audrey Kuhn
C'est vrai, c'est beaucoup des femmes. Oui,
- Pauline Leroux ArtEcoVert
c'est beaucoup des femmes qui, en fait, aussi ont un savoir énorme. Je ne connais pas l'histoire de chacune, mais elles font ça par passion. Et puis parfois, elles proposent des objets sur les marchés. Après, c'est beaucoup aussi de l'artistique.
- Audrey Kuhn
Oui.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Ça part dans le... Oui, artistique. Alors là aussi, c'est intéressant. On peut partir avec les colorants naturels. On peut aussi, pour les arts, de manière générale, pour les peintures, tout ça. Et donc là, maintenant, petit à petit, ce réseau et cet intérêt s'élargit. Et c'est là que je découvre aussi les petites... activités qui sont finalement quand même aussi présentes en Suisse, un peu partout, à petite échelle, mais il y a des intérêts bien dispatchés sur toute la Suisse finalement. C'était juste la même, comme ton travail, la mise en lien. La mise en lien, la mise en contact.
- Audrey Kuhn
Tu sais que l'Italie, j'ai eu, c'est marrant, un courant de ce mois-là. J'ai eu une Italienne qui me dit « Ah, c'est dommage, on n'a pas de personnes qui rassemblent le réseau italien. On n'est pas maillé. Il y a des démarches à Venise, il y a des trucs à Rome. Il y a des trucs là, mais en fait, les gens ne se parlent pas. » J'ai eu le Portugal, parce qu'on a des membres du Portugal. « Ah, mais les gens ne se parlent pas. Ils ont peur parce qu'eux savent et ils pensent que… » Encore un peu, tu sais, la France, il y a trois ans, où quand moi, j'arrivais avec mon podcast, tu sais, les gens, ils se disaient « Attends, on ne va pas lui dire. » Non,
- Pauline Leroux ArtEcoVert
tu sais,
- Audrey Kuhn
peur de la concurrence. Et puis peur, en fait, comme les gens ne savent pas qu'ils sont nombreux, ils pensent qu'ils sont isolés, qu'ils sont les seuls à savoir ça.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
On n'est jamais les seuls à penser.
- Audrey Kuhn
Exactement.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Lorsqu'on pense à quelque chose, une idée, lorsqu'on pense à avoir une illumination, on est les seuls sur la planète.
- Audrey Kuhn
Tu vois, il y a trois ans, c'était ça. C'était des gens qui disaient, non, Maintenant que les gens se rendent compte, tu vois, sur le podcast, on est à maintenant... Il y a plus de 420 épisodes, il y a eu 200 experts. Tu vois, moi, de mon travail de rechercher, j'ai dépassé les 1000 personnes contactées. T'imagines, rien qu'en France, je reste sur le français. Donc, en fait, non, ne croyez pas qu'on est tout seul. Par contre, il faut qu'on parle, c'est ça. Et que chaque maillon de la chaîne, comme on vient de le retracer toutes les deux, est indispensable. Et il faut se parler pour qu'on ait des retours sur est-ce que le mélèze est intéressant ? Est-ce que l'alchimie est intéressante ? Est-ce qu'il y a de la demande ? Est-ce qu'on met en culture ? Est-ce qu'on fait avancer les choses ? Et en fait, tu vois, là, avec l'Italie, ce qu'on a fait, c'est que, pareil, on va faire un événement pour recenser les Italiens, pour, pareil, qu'ils se renseignent, qu'ils se mettent en lien, etc. Mais moi, je ne vais pas le faire pour tous les pays. Donc, on a des relais dans les pays. Donc, tu vois, j'ai quelqu'un pour l'Italie, j'ai quelqu'un pour l'Espagne, j'ai même quelqu'un pour les îles Canaries, il y en a un pour le Portugal. Et en fait, tu vois, en Suisse, je sais que j'en ai quelques-unes, mais pareil. Le retour, c'était que les gens ne se parlent pas trop, on ne sait pas trop se retrouver. Même au Canada, le Canada, c'est énorme. Il y a quelqu'un qui s'occupe d'aller répertorier toutes les personnes au Canada. Je pense que c'est ça la première clé, c'est de se mettre en réseau. Parce qu'en fait, c'est comme ça que tu as la chance. Moi,
- Pauline Leroux ArtEcoVert
je pense que c'est la seule chance d'être à cette fois. La force, la seule force. à utiliser. Et c'est la plus grande des forces.
- Audrey Kuhn
Oui, carrément.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Se rassembler, se mettre ensemble. On est plus fort nombreux, on sera plus fort. Et de toute façon, il y a bien assez de milliards de personnes sur la planète pour justement créer cette force et être source de création.
- Audrey Kuhn
Et autre chose, Audrey ? Pour parler du contexte qui nous occupe en ce moment, tu vois tout ce qui se passe avec les problématiques du pétrole, il faut rappeler quand même aux gens que 99% des colorants sont issus de pétrole, de dérivés de pétrole. Et que c'est un petit peu... Enfin, tu vois, moi, l'effervescence, le retour à l'intérêt de la couleur végétale, globalement, alors je ne vais pas dire que je le vois à trois ans parce que j'ai démarré, ça semble un peu... Mais de ce que me disent les gens... C'est aux alentours de 3 à 5 ans. Ça fait 3 à 5 ans que ça redémarre. Là, moi, je trouve que ça s'accélère par rapport aux problématiques environnementales, etc. Mais alors là, avec l'histoire de la crise du détroit d'Hormuz, etc., où tout le monde en entend... En fait, maintenant, les gens prennent conscience que la couleur vient du pétrole, que ça va se tendre. que ce n'est pas quelque chose qui pousse dans un champ, c'est quelque chose qui est fait en laboratoire. Et en plus, cerise sur le gâteau, il y a plein de parutions scientifiques qui nous montrent que les colorants de synthèse créent des problèmes de santé et d'environnement. Donc, je ne dis pas que la couleur végétale, c'est la solution. Je dis que c'est une des solutions. Tu as parlé tout à l'heure de biotechnologie, de fermentation, etc. C'est aussi une des solutions. Les fongiques, l'algal. Tout ça, ce sont des solutions. Et franchement, si vous êtes acteur dans ce domaine-là et qu'il y en a en Suisse, n'hésitez pas à venir parce que franchement, l'objectif ici, ce n'est pas de dire la couleur végétale, c'est la solution, c'est de dire que c'est une des solutions. Mais commençons à questionner nos couleurs et on va se rendre compte qu'en fait, c'est très intéressant finalement de se plonger dans les couleurs végétales et les autres solutions de couleurs.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Ce sont vraiment ces matières... La matière végétale, de manière générale, les matières biosourcées, représentent un potentiel d'indépendance. Indépendance de se libérer.
- Audrey Kuhn
Retrouver une souveraineté.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Cette dépendance de matières absolument pas locales. De remettre en avant les connaissances. L'Europe a cette chance, encore ce potentiel créatif, cette liberté de pouvoir avoir une ouverture d'esprit, cette ouverture de tous les sens vers ce qui nous entoure, vers les ressources. Les ressources locales, c'est vraiment une chance. de se libérer de la dépendance d'autres.
- Audrey Kuhn
Hyper clean et on est d'accord. Bon, super Audrey. Franchement, c'est hyper intéressant. Est-ce qu'on a oublié des choses que tu voulais aborder ? Est-ce qu'on a parlé de tout ce que tu voulais nous raconter ?
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Je crois qu'on a fait le tour. J'espère aussi avoir cité toutes les personnes importantes, mais je crois que ça a été entre agroscope, j'ai des phyto-arcs, tu vois, les soutiens cantonaux.
- Audrey Kuhn
textiles.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Voilà, ça, c'était un soutien national et cantonal.
- Audrey Kuhn
Tu as parlé de Valplante.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
C'était tous les petits producteurs cultivateurs locaux, mais là, c'est... Ouais, voilà.
- Audrey Kuhn
Il faut qu'ils viennent, il faut qu'ils nous rejoignent. Il faut qu'ils rejoignent le connectif parce que là, ça se bouge bien en France. Les agriculteurs sont chauds. Il y a pas mal de projets autour d'un récouvert de groupes de travail, de gens qui... Tu vois, on est passé du « je suis tout seul dans mon coin, je crois que je suis tout seul » En fait, on est plusieurs. En fait, on est nombreux et on va bosser ensemble. Et en fait, on fait gagner du temps à tout le monde. Vraiment, c'est incroyable. Donc non, vraiment, il faut rejoindre cette dynamique. Et franchement, je le salue. Je suis chauvine. Oui, je reconnais. Mais on a quand même des experts en France. T'as cité Dominique Cardon, t'as cité Sandrine Rosier. Je te reparle de Michel Garcia. On a plein de gens experts en France. En France et en Europe, finalement, parce que c'est vrai que tu as raison, ça bouge beaucoup en Europe, on ne va pas se mentir. Donc voilà, profitons d'avoir les experts, profitons d'avoir l'énergie et profitons du contexte, parce que c'est maintenant.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
C'est clair, c'est vraiment ça. Je crois qu'on a fait le tour. C'est super, tu m'as fait super bien l'idée.
- Audrey Kuhn
J'ai bien fait mon travail.
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Je te félicite pour ton travail déjà, parce que ça doit être pas tous les jours facile, et puis à le temps.
- Audrey Kuhn
Franchement, c'est passionnant, tu vois, de rencontrer des gens qui sont passionnés, et de gens qui, à chaque maillon, qui font leur part, et puis ça bouge, ça bouge de dingue. C'est ça le truc. Je voudrais vraiment te remercier. Est-ce qu'on peut résumer les bouteilles à la mer, entre guillemets, de notre épisode ? C'est le mélèze, l'alchimie, en format concentré liquide. T'aimerais bien avoir des retours, t'aimerais bien savoir si ça intéresse. Que nous, on est les acteurs suisses. Ils peuvent venir sur le haricot vert, l'annuaire, etc., se mettre en lien dans les groupes de travail. Franchement, on sera plus forts tous ensemble, il n'y a pas de problème. Est-ce que tu as d'autres bouteilles à la mer que tu veux partager avant qu'on ne se quitte ?
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Moi, j'aime bien dire que croyons en nos utopies réalistes.
- Audrey Kuhn
Super bien. Ok, tu as raison, mais je pense qu'on n'est pas... n'est pas loin d'y arriver, là, vraiment. Top. Bon, écoute, Audrey, il ne me reste plus qu'à te dire merci. pour ton partage et de nous avoir fait découvrir tout ce qui se passe, tout ce champ des possibles aussi en Suisse. Un grand merci,
- Pauline Leroux ArtEcoVert
Audrey.
- Audrey Kuhn
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