- Speaker #0
Vous écoutez Au bénéfice du doute, le podcast où les personnes victimes de violences sexuelles prennent la parole. Cet épisode évoque des faits de violences sexuelles et de pensées suicidaires. Écoutez-le uniquement si vous êtes dans de bonnes conditions émotionnelles. Clémentine est en classe préparatoire. Elle y a rencontré celui qui était initialement son ami, son repère, son pilier au sein de cette école. Mais cette configuration s'est effondrée lorsqu'en janvier dernier, ce garçon lui a fait subir des violences sexuelles. Clémentine a fait le choix de témoigner seulement quelques mois après avoir subi ces violences et c'est avec beaucoup de force et de courage qu'elle raconte son parcours de combattante.
- Speaker #1
Ce qui m'est arrivé, c'est au début de cette année, par une personne très très proche de moi, on flirtait depuis pas mal de temps.
- Speaker #0
Et tu me racontais que c'était prévu que tu lui cuisines quelque chose prochainement, et ça s'est concrétisé. est-ce que tu peux raconter comment ça s'est passé ?
- Speaker #1
il m'a dit il est toujours pour la main que je vais en crumble pour demain je lui ai dit ok pas de soucis on mange dans l'établissement ou on mange à l'extérieur il me fait bah je vais venir chez toi aucun problème il arrive j'étais hors tard j'ai quitté en plus les cours un peu plus tôt donc normalement j'avais pas le droit mais voilà il arrive il revient de la porte et il va directement voir mon lit qui est en mezzanine il me demande s'il peut aller travailler dessus au coeur Moi je dis oui, il n'y a rien derrière ce que je fais avec mes amis, il n'y a jamais rien eu. Je fais le crumble, il me dit « viens, j'ai pas envie de manger tout de suite, viens travailler à côté de moi, passe-moi tes cours d'une matière » , et j'ai fait « bon ok, je vais te les donner » . Puis après, c'est un peu dégénéré, et je lui ai dit non plusieurs fois, je tremblais, il ne comprenait pas, j'ai dit que c'était mon droit, il s'est arrêté. Il m'a regardée, il ne comprenait pas du tout. Et j'ai fait, bah oui, mais je ne suis pas prête, c'est mon droit. Il m'a un peu manipulée en disant, tu ne me fais pas confiance. Je lui ai dit, si sinon, je ne t'aurais pas laissé rentrer. Et à un moment donné, je me suis carrément dissociée, je n'étais plus là. J'ai fait ce qu'il me demandait. Après, il m'a fait, on n'en parle pas, ça reste entre nous, tu n'en parles pas à tes amis. J'étais là, ok. Il a recommencé juste de repartir chez moi parce qu'on devait rentrer avant une certaine horaire. Il a recommencé. Je n'ai absolument rien dit. Je rentre dans l'établissement et je cherche mes amis parce que j'en pouvais vraiment plus. Je les vois, je m'effondre, je commence à crier partout dans l'internat. Je hurle et il y en a qui se demandent de ce qui se passe. Je vais manger, je ne mange pas. Je finis par rencontrer une amie très proche de moi directement après ce qui s'était passé. Et on n'a pas tout de suite réalisé. Parce que le lendemain, j'ai fait un peu un blackout. J'arrivais plus à me souvire de ce qui s'était passé. Et il est revenu le lendemain parce que je pensais qu'il venait s'excuser. Et il a juste recommencé. Et il est reparti aussi vite qu'il arrivait. J'avais aussi une amie très proche. Et j'en ai discuté et je me suis dit je ne me souviens plus de ce qui s'est passé. Elle m'a dit t'inquiète pas, va porter plainte. Je ne veux pas parce que ce serait parole contre parole et tout le monde sait qu'il y avait quelque chose entre nous. À un moment donné, j'ai fini par ne plus dormir, ne plus manger. Et il y a des filles de ma classe qui ont remarqué et qui m'ont dit tu ne peux pas rester comme ça, va en parler à quelqu'un. Et je suis allée parler en souriant mais... super gentil, qui était très sensibilisé sur le sujet, vu que sa compagne, elle subit un peu la même chose que moi, et on avait le même prénom. Du coup, on a commencé à discuter, il était à distance, il a vraiment compris ce qui se passait tout de suite. Donc l'infirmière du talisman est venue, elle a essayé de me toucher, j'ai crié, je me suis cachée dans l'armoire, en fermant la porte, elle a réussi à me toucher, et je suis partie en courant dehors, le surveillant m'a poursuivi, ils ont demandé à mes amis ce qui se passait. Et en fait, elle ne voulait pas en parler parce que je n'étais pas là. C'était moi qui devais faire ce que je voulais. J'ai fini par dire d'accord d'aller à l'hôpital. On est allé à pied parce que je ne voulais pas prendre les transports en commun. C'était trop difficile d'être avec des gens. On y arrive et je demande à passer en anonyme parce que je ne voulais pas que mes parents soient au courant. Ils n'ont pas compris du tout. Ils se demandaient pourquoi je voulais passer en anonyme. Finalement, je suis arrivée dans l'hôpital côté psychiatrie. On les a entendues et je suis venue, elle me posait des questions. Donc je répondais oui ou non. Et je me suis dit mais c'est bizarre, elle me pose des questions et j'ai tous ces symptômes-là. Et elle m'a fait mais en fait t'es atteinte de stress post-traumatique. Parce que je ne pouvais plus rester en classe sans crier, sans hurler à chaque fois qu'un bruit ou quelqu'un passe au tableau. Même je partais en courant directement de la salle de classe, ça m'est arrivé ça plusieurs fois. Du coup elle m'a proposé de rester dans l'unité psy 72 heures, parce qu'ils ont une unité spéciale. J'ai dit non, parce qu'on a un match entre différentes classes préparatoires de basket. Et je voulais absolument y aller, parce que je luttais juste pour rester, pour y aller. Donc j'ai dit que je voulais y aller. Du coup, ils m'ont laissé sortir. Après, j'ai fini par faire des allers-retours entre l'hôpital et l'établissement scolaire parce qu'on est dans le même établissement scolaire. Ils connaissaient mes habitudes. Donc forcément, après, ils voulaient me parler parce qu'ils ne voulaient pas que j'en parle. C'était invivable. Et du coup, j'ai fini par... C'était dans la même semaine, j'ai fini par aller porter plainte.
- Speaker #0
Dans la même semaine de... Non,
- Speaker #1
parce que j'ai fait blackout pendant deux semaines. Et après, il m'a dit, je veux en parler. Il voulait un peu raconter que je disais n'importe quoi. C'est juste qu'il m'a envoyé un message en me disant « En fait, tu me manipules, tu joues avec moi. » J'ai fini d'envoyer un message d'excuse. Et puis, le jour, il m'a dit « Je reviens chez toi. » Il y a tout qui m'est revenu en pleine figure. Et c'est à partir de ce moment-là que ça n'a pas été possible. Donc, ça a mis un peu... Dans la troisième semaine, j'étais portée plainte et il y a tout qui s'enchaînait. J'ai demandé à avoir une femme pour porter plainte. Sauf que j'ai eu un homme, il m'a dit « Si tu ne fais pas avec moi, tu peux rester toute la journée, il n'y aura pas de sonnifère à te prendre. » Donc soit tu viens, soit tu attends, et au pire, tu ne portes pas plainte. Je l'ai regardé, je me suis dit « Je vais venir. » Je n'avais pas m'arrêter, parce que je ne fais pas ça pour moi, je fais ça pour les autres. Parce que je n'ai pas envie qu'ils recommencent. Je sais très bien qu'ils peuvent recommencer, et que je ne suis peut-être pas la seule. Finalement, ce policier a été très compréhensif, il m'a tout de suite crue. Il a travaillé dans une brigade spécialisée dans la prostitution et tout ce qui s'ensuit. Donc il a dû s'arrêter parce qu'au bout d'un moment, il n'en pouvait plus de m'écouter. Il est parti de la salle parce que ça en était trop pour lui. Moi, je suis restée dans la salle. Il est revenu avec celle qui serait en charge de l'enquête parce qu'il ne comprenait pas bien tout ce qui est les tenants de la prépa. Je lui parlais, mais il se demandait c'était quoi les termes de salle de colle, salle de travail. Ils ne comprenaient rien à cette ambiance-là. Et finalement, la policière qui est en charge de l'enquête, elle est passée par une classe réparatoire. Donc, elle connaît l'ambiance de ce qui se passe. Ça a duré trois heures. Ils ont appelé les pompiers. Ils ne voulaient pas me laisser partir parce que je tremblais. Je n'étais pas bien du tout. Et ils m'ont demandé si je voulais aller à l'hôpital. J'ai dit non, il y a le match dans deux heures. Moi, je l'ai fait. Je ne retourne pas à l'hôpital.
- Speaker #0
Tu t'es dit, je porte plainte comme ça, c'est fait. Après, je vais au match.
- Speaker #1
Exactement. Je suis allée au match. En plus, dans la même soirée, je l'ai recroisé. Je n'étais pas bien. Je me suis levée et je suis partie de la cantine carrément. C'est à partir de ce moment-là que... Ils ont été au courant ce qu'on reprend. Il y avait eu des vacances. J'aurais interdit parce que le stress post-traumatique, on ne peut pas le cacher. Les médicaments, on ne peut pas le cacher non plus parce que j'en ai beaucoup. Je l'aurais dit. Mes parents, ils m'ont dit « Pourquoi tu l'as fait rentrer ? Pourquoi tu ne l'avais pas poussé ? » Ils m'ont bloquée pour en parler. Et moi, je leur ai dit « En fait, on n'en parle pas. Je n'ai pas envie d'en parler avec vous. Je vous dis dans les grandes lignes ce qui s'est passé, mais c'est tout, on en reste là. » Et ils n'ont pas compris. Ils m'ont déjà bloquée dans ma chambre pour qu'on en parle. Je leur ai dit non. Et puis depuis, c'est l'épique du style « Qui ne dit rien à qui est-ce ? » Ça, c'était violent. Alors que je sais très bien que c'était dirigé parce qu'on était avec ma mère et moi dans la pièce. C'est très bien que c'est dirigé. Quand j'en parlais avec ma sœur, ma sœur me disait aussi que c'est dirigé à chaque fois. C'était sous-entendu. On a fini par demander une ordonnance de protection parce que le même établissement scolaire, c'était trop... Il était là. Il se fait sentir qu'il est là. Comme si c'était lui qui contrôlait tout le jeu. Non, ce n'est pas lui. Après, il a essayé encore de faire l'intimidation.
- Speaker #0
Parce que du coup, il y a eu une audience...
- Speaker #1
Oui. va pour une ordonnance de protection et il arrive en costard-cravate. Vraiment, je l'ai vu arriver, j'ai fait, mais pourquoi il arrive en costard-cravate ? Toutes les autres personnes qui étaient là, à part les avocats qui étaient en robe, étaient habillées normalement. Lui, il arrive en costard-cravate et il y avait la stagiaire de mon avocat qui a vu que j'étais pas bien du tout. Je vais pas me retrouver dans la même pièce que lui. Déjà, le voir, pour moi, c'est insoutenable. La juge a l'appel, j'arrive, je raconte tout, puis elle me pose des questions. Un moment donné, je suis obligée de sortir de la salle d'audience, parce que son avocate, elle le défend, quoi. C'était trop pour moi, j'ai failli vomir, je suis sortie, je me suis fait effondrer un lard dans le couloir, il était juste au bout du couloir, je faisais un premier tournée, j'ai commencé à pleurer, et je pense qu'il m'a entendu, parce que quand on est ressorti, il était encore là, mais je suis revenue dans la salle, et on est sorti je pense à peu près au bout de 15 minutes, en fait il avait changé de place, donc je pense qu'il m'a entendu pleurer, parce que, enfin, à un moment donné...
- Speaker #0
Et du coup, l'audience, est-ce que, parce que j'avais jamais entendu parler de ce genre d'audience, mais est-ce que tu sais si ça se passe, l'audience, comment tu m'as dit que ça s'appelait ? Une ordonnance de protection. Ça se passe comme une audience, entre guillemets, classique, avec des magistrats, c'est public.
- Speaker #1
Pas du tout. Alors nous, c'est... En fait, du coup, le gouvernement de la protection, il y a deux cas. Si c'est la première fois qu'on en fait recours, c'est sous une semaine, parce que c'est une procédure d'urgence. On met tout de suite la victime à l'abri, en fait. Nous, je crois, mon avocate, elle a déposé le lundi. Il a reçu le papier le mercredi. Et l'audience, elle était le vendredi matin. En fait, on arrive... Enfin, c'est dans un tribunal, il y a des salles spéciales. pensée pour les affaires familiales ou je ne sais pas quoi. Il y a la juge, je crois, et quelqu'un qui écrit ce qu'on dit, en fait. Elles sont deux dans la salle. Normalement, la victime et l'accusé, ils sont là soit avec leur avocat, soit ils ne prennent pas d'avocat. Et ils sont là et puis on expose les faits. Il faut donner tous les pièces justificatives avant. Et puis ils écoutent surtout la version de la victime, en fait. L'accusé est entendu. Et souvent, moi je sais qu'elle m'a dit « Est-ce que vous voulez qu'on lui... » propose un stage de sensibilisation aux violences familiales. Je dis oui, lui, il a refusé après, mais voilà. Les deux parties, en fait, en conséquence, disent ce qu'ils veulent, par exemple, l'interdiction d'approcher, l'interdiction de se rendre dans tailleux, et l'autre partie, il demande, il dit que c'est n'importe quoi, le rejet de la pièce numéro untel pour tel truc. Et après, il demande, bon bah du coup, on a exposé l'effet dans les grandes lignes. Par contre, il faut prouver ce qui est un peu chiant, il faut prouver un lien de conjugalité entre les deux personnes, sinon ça ne fonctionne pas.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
alors que en sachant que j'étais pas en couple.
- Speaker #0
Un lien de conjugalité, ça veut bien dire est-ce que ces personnes-là sont en couple ?
- Speaker #1
On peut être en couple mais pas vivre ensemble, sauf que, ben, on flirte, quoi. On était pas en couple, enfin... Même si on passait toutes nos journées ensemble, il n'y avait rien d'officiel, il n'y avait rien... Enfin, moi, il m'avait dit mais moi, je me mets pas en couple avant la fin de la prépa, je fais OK, d'accord. Puis lui, il est arrivé à l'audience, son avocate, elle lui dit mais c'était un jeune couple. Là, je me dis mais dans quel monde ? on vit, enfin, moi, il m'avait dit non, parce qu'en fait, on peut obtenir l'ordonnance que s'il y a un lien de congégalité prouvé par les deux parties qui sont d'accord. Donc c'est un peu illogique, parce que, pas forcément, ça peut être un ami très proche qui nous agresse, ça peut être quelqu'un d'autre, et puis, je vois pas l'objectif de l'ordonnance de protection, c'est pour protéger la victime, c'est pas pour... Et je vois pas pourquoi, et en fait, c'est dans le règlement français, il y a le préfet, je crois, qui donne une lettre, qui écrit un papier en disant que... Ou il est d'accord, ou sinon il n'est pas d'accord, il est favorable ou pas favorable. Moi, il était favorable, mais il fallait prouver le lien de conjugalité. Ce que son avocate, à lui, a tout de suite prouvé. Donc voilà. Même lui, il a mis dans les pièces à conviction une photo de nous deux enlacées. Oui, il a fait, bah oui, on était proches. Oui, on était proches, mais ça n'excuse pas tout. Il a même mis ses bulletins de notes pour faire élève modèle, ses inscriptions aux grandes écoles. J'étais là, mais à quel moment c'est le gentil petit qui vient en costard-cravate et dévier avec sa mère ?
- Speaker #0
Et puis comme si un gentil garçon qui a des bonnes notes ne pouvait pas faire un agresseur.
- Speaker #1
Ça prouve qu'on se connaissait. Il m'a donné la photo de nous deux que je lui opère en plus pour son anniversaire. C'était... Ouais, il a fourni le cadre photo. J'étais là, mais bon... Il essaye de trouver des trucs qui ont dans son sens, mais... Il n'y a rien qui va dans son sens. Après, ça a été vite, et le verdict a été rendu. Je n'ai pas eu l'ordonnance. La juge a dit que oui, il y avait eu des violences psychologiques, mais il n'y avait pas de danger dans les médias qui recommence. Et que oui, parce que je me suis gratté les mains jusqu'au sang, il en restait encore des cicatrices quand il venait s'approcher de moi, et qu'il n'y avait pas forcément besoin. J'ai dû retourner chez le bar pendant dix jours, le temps que les médicaments fassaient fait. Et qu'il y avait juste la situation que moi, je n'étais pas dans l'établissement. et que lui il y était et que du coup il n'y avait pas de danger. Du coup, j'aime bien son rapport, c'était « Oui, les violences sont vraisemblables, mais non, en fait, jugement positif pour lui. » Après ça, mon avocate, elle nous a dit que « Oui, on peut faire appel, de toute façon on a gagné, vu ce qu'on avait les témoignages, les comptes rendus médicaux, les plaintes, qu'on a gagné. » Elle a fait « Mais ça passera avant juin, parce que nous, l'année se termine là. » Donc on dit « D'accord. » Et puis, il n'y a pas si longtemps que ça, je crois, c'était la semaine dernière, elle nous recontagne en disant que, oui, l'audience, c'est le 26. Mais le 26, l'année scolaire est finie, je ne serai plus là. Et alors qu'elle nous avait promis d'engager beaucoup de frais pour faire appel, on est obligés de payer les huissiers, les juges. Moi, je ne comprends pas. Elle nous l'a promis à ce moment-là, elle n'avait pas qu'à nous le promettre. Bon, on arrête là l'appel parce que, de toute façon... risque de reperdre là, parce qu'on n'a pas envie de se prendre un deuxième refus pour après. J'étais là, mais d'accord, mais à quel moment ? Vous nous l'avez promis. Oui, mais au moins, vous montrez votre mécontentement. L'avocat, ça te chère. Les frères qu'on a en pied-ville, il est là, il vit sa vie, il fait de l'intimidation. Il continue à faire sa intimidation. L'établissement scolaire n'a rien voulu faire.
- Speaker #0
Parce que du coup, tu en as parlé à ton établissement scolaire.
- Speaker #1
J'en ai parlé à ses amis. Ses amis, c'est plus ses amis, mais voilà. En fait, il y en a un garçon de qui j'en ai parlé qui était voir l'établissement scolaire. L'établissement scolaire était au courant avant que moi j'en parle. Ils n'ont rien fait. Je pense que c'était deux ou trois jours avant, mais ils n'ont quand même rien fait du tout. Et ouais, parce que j'ai rendu mon appartement, parce que je ne pouvais plus y mettre les pieds, je ne dormais plus. Donc je ne pouvais pas retrouver un logement pour moi. Du coup, je suis passée à l'internat, et il y est, dans le même couloir. Et on m'avait garanti que j'aurais une chambre dans un autre étage. Et non, parce que le proviseur n'a pas voulu. Donc on est dans le même étage. Alors que lui, il avait dit à la juge, oui, bah, de toute façon, on n'est pas aux mêmes étages dans le cours. On n'est pas dans la même classe. Oui, très bien, mais, enfin, dans l'établissement scolaire, t'as pas les cours que dans une seule salle. Enfin, on change. Tu vas au réfectoire pour manger le midi, j'y suis aussi.
- Speaker #0
Du coup, si je comprends bien, donc, la décision de justice, c'est juste pour, du coup, une ordre de protection. Mais du coup, c'est pas forcément en lien avec la plainte que tu as déposée.
- Speaker #1
La plainte est fondée au dossier. Mais pour l'ordonnance de protection, ils prennent en compte la globalité des faits, le danger immédiat, mais ils ne prennent pas en compte les procédures qui sont en cours. Par exemple, si j'avais eu l'ordonnance de protection, ça aurait été un plus pour mon dossier. Mais là, on ne l'a pas eu. Mais de toute façon, le compte rendu est positif pour moi, mais je ne l'ai pas eu quand même. Le dossier est en cours, il n'allait pas être entendu avant septembre, parce que je n'ai pas l'expertise psychologique des IMJ. Moi, c'est en septembre, du coup... Donc pour l'instant il vit sa meilleure vie, il va peut-être aller dans une grande école qu'il veut, puis moi je suis là, je vis avec les conséquences de ce qu'il a fait.
- Speaker #0
Toi t'as été accompagnée par une avocate, ton avocate tu l'as trouvée comment ?
- Speaker #1
Bah du coup c'est mes parents qui l'ont regardée, ils m'ont fait tu l'appelles, ils m'avaient fait une liste, donc j'en ai appelé une, pas spécialisée dans ces affaires là, mais elle était là dans la même ville où j'étais porte-plante, du coup c'était un peu pratique d'aller la voir. Mais je me demande si je ne vais pas changer parce qu'elle a fait pas mal de boulettes. Je réfléchis. Elle nous promet des choses qu'elle ne fait pas. La veille de l'ordonnance de protection, on nous demande des papiers, mais on ne les a pas. On ne peut pas les obtenir du jour au lendemain, surtout qu'elle nous appelle à 20h. Et le lendemain, on devait y être pour 9h au tribunal. Là, je trouve que c'est des sacrées boulettes. Il y a un email qui s'est perdu, donc elle n'a pas reçu ce que je dis. Donc, vous ne pouvez pas redemander à l'établissement scolaire. Leur témoignage, parce que nous on n'avait pas le droit de le faire, c'était à l'avocate de demander. Même sa stagiaire a été beaucoup mieux qu'elle en fait. Mais sa stagiaire elle va faire dans le droit des entreprises donc pas du tout aucun rapport. Donc sa stagiaire était beaucoup plus impliquée dans le dossier qu'elle. Parce que c'est comme moi, j'ai dû donner tous les enregistrements aux jeux que j'en ai parlé à mes amies. Les captures d'écran c'est moi qui lui ai donné. Faut garder les factures des médecins, factures des psychologues, factures des psychiatres. Tout ce qui est passage aux langues faut tout garder. Moi je garde aussi mes résultats d'années sanguines parce que moi ça disait n'importe quoi. Parce que je mets tout dans le même dossier du coup, parce que pour moi c'est un tout. Donc ce qui est médicaments, tout ce qui est ordonnances, les ordonnances aussi ils les veulent. Moi j'ai montré mes photos de mes mains. Ils ont pris en photo mes mains parce que je m'étais gratté jusqu'au sang quand ils étaient à côté de moi. Donc forcément ils prennent en photo tes mains. Si on n'a pas envie de les porter quand tout de suite, il faut tout garder pour après. Personnellement c'est moi qui ai tout fait le travail à la place de mon avocate. C'est moi qui ai demandé à mes amis des attestations de dire ce que je leur ai raconté. C'est moi qui ai demandé à les attestations mes passages à la fermerie et tout, qu'ils n'ont pas voulu donner, alors que c'était à l'avocat de le faire. J'ai tout remis sur une USB qui lui est donnée. Puis elle ne m'avait jamais posé la question de... Il fallait garder les vêtements, alors que les vêtements ou les draps, il faut les garder. Il faut leur donner, mais moi on ne m'a jamais dit ça. Alors que maintenant je sais que c'est le vrai à gérer avec quelqu'un d'autre, je lui dis mais il faut tout garder, tu donnes tout tout de suite. Je pense après mieux, ça aurait été d'y aller tout de suite, mais le stress post-traumatique, il apparaît pas tout de suite. Moi, ça apparaît au bout d'une semaine, une semaine et demie. Donc les conséquences, après, tu les vois pas tout de suite, si tu passes directement par l'institut psychologique de judiciaire. Donc après, comment évaluer ça ? Évaluer si tu dis que c'est vrai ou que c'est faux. De toute façon, le stress post-traumatique, on peut pas le cacher. Ça se voit. On peut pas le cacher. Ça, c'est le seul truc de bien. Moi je me dis mais heureusement que j'ai ça, comme ça on me croit plus parce que je peux pas le gâcher, c'est forcément lié à un traumatisme donc. Et finalement il y a une brigade vert qui m'appelle en me disant mais vous savez que vous avez rendez-vous à telle date pour les IMG ? Bah non. Bah votre avocate vous a pas prévenu ? Non. Est-ce que vous savez, quand vont arriver vos pièces complémentaires, on n'a rien reçu ? Je ne sais pas, j'ai tout transmis à l'avocate. Donc j'envoie un mail à l'avocate, elle me fait « Mais je les ai transmis au parquet, donc si vous voulez, je transfère aussi au commissariat. » Ben oui, en fait. Puis c'est la bricadière qui me dit que pour l'instant, l'enquête est en suspens, parce que le temps que je n'ai pas mon expertise de psychologique, il ne va rien se passer, ils ne vont entendre personne. Et mon enquête m'a dit que peut-être en septembre, après mon expertise, il sera peut-être mis en détention provisoire. Donc on verra en septembre.
- Speaker #0
Et là, du coup, tu as déjà commencé à m'évoquer les choses qui n'allaient pas dans cette procédure, mais est-ce que tu as une série de choses qui, toi, te paraissent aberrantes dans ton parcours judiciaire et que tu aurais aimé changer ? Et si tu aurais aimé les changer, qu'est-ce que tu aurais aimé à la place ?
- Speaker #1
Pas attendre six mois pour une expertise psychologique, parce que moi, je prends beaucoup de médicaments pour atténuer les symptômes de stress post-traumatique. Du coup, en fait, les symptômes sont moins présents, ils sont encore là. mais ils sont plus aussi visibles qu'au tout début. À temps de 6 mois, t'as 6 mois, on a le temps de faire... Je suis psychologue et psychiatre. Du coup, on a le temps de faire évoluer les choses. Alors, 6 mois, il peut se passer beaucoup de choses. Moi, je sais que je surce plus ou un peu moins, mais qu'au début, le stress post-traumatique, c'est vraiment atténué parce que je prends quand même beaucoup, beaucoup de médicaments. Je m'en ai 10 par jour à prendre. Les troubles du sommeil, c'est pareil. On a essayé plein de médicaments et ça ne fonctionnait pas. Donc là, je suis passée au sédatif. Parce que je n'arrivais pas à dormir. Je me réveillais tout le temps en sueur, paniquée. Même me coucher dans un lit, c'était très difficile pour moi. Je me dis, à quel moment ? Attendre six mois ? Alors, pour les conséquences, on les voit directement après les conséquences. Même six mois après, ils sont encore là, mais c'est moins fort. La date, je l'aurais mise tout de suite après, portée quente. Pas attendre six mois.
- Speaker #0
Et heureusement que pendant 6 mois, t'as pas les mêmes symptômes que 3 jours après, en fait. Et sinon, on ne supporterait pas.
- Speaker #1
Non, mais moi, les symptômes crescendo, au début, il n'y avait pas grand-chose. Puis après, c'est monté en flèche. J'ai perdu 10 kilos. Je ne dormais plus que... Oups ! Que 1h30 par nuit. Là, mes nuits sont encore très compliquées, mais en vrai, je dors quand même plus qu'avant. Mais ouais, c'est compliqué. Enfin, souc avec l'indicament. que moi je prends personnellement. Je passe des doses complémentaires parce qu'il peut y avoir des effets indésirables graves. En fait, on enchaîne les rendez-vous médicaux. Il y en a tout le temps. Lui, il est là, il a rien. Moi, j'aurais tout rapproché, en fait, parce que... Moi, il me dit, mais t'as pas les vêtements que tu portais ? En vrai, je les avais pas encore lavés quand j'étais portée plainte. Et ils m'ont rien demandé. Après, je les avais. Puis surtout que, moi, c'était un... oral, quoi. Donc là, y a pas de preuves. à part dire que, enfin, retrouver son ADN sur mes vêtements, mais ça ne prouve strictement rien. Oui, mais pourquoi t'es pas allée tout de suite ? Comment veux-tu prouver quelque chose dans le style ? Quand ils te forcent à avaler, ils te bloquent, tu peux rien faire d'autre que... Et puis après, surtout que, ils vont probablement, c'est sûr, faire une confrontation. Je me suis retrouvée dans la même pièce que lui, je me dis, mais comment je vais supporter ? Je sais que j'ai préparé, mais je n'ai pas jamais prêt pour me retrouver à moins de 5 mètres de nuit. Chaque fois, moi, je le vois, en ce moment, j'ai vraiment envie d'aller lui verser un pichet d'eau sur la tête. Parce que soit j'ai envie de partir en courant, soit j'ai envie d'aller lui... En même temps, lui verser un pichet d'eau sur la tête. Et j'ai des amis qui sont comme... Mais en fait, vas-y, tu fais semblant de tomber. Et puis nous, on sera là à côté en disant... Oui, oui, t'es bien tombée, elle a bien tombé. Puis, enfin, lui, il me fixe. Et j'ai l'impression qu'il y a un moment de bataille parce qu'à chaque fois, c'est moi qui détourne le regard. La première, puis il continue. J'ai l'impression de le laisser gagner.
- Speaker #0
Mais il sait très bien ce qu'il fait en faisant ça. Il sait très bien que du coup tu vas détourner le regard. Oui,
- Speaker #1
mais il se tient en distance. Il sait très bien que pour l'instant il se croit tout puissant, mais il sait à la limite à pas franchir pour pas qu'il soit tout de suite mis en garde à vue. Enfin, on peut rien faire. Je suis allée me plaindre, mais on peut rien faire à part que... Si tu changes de place, il change aussi de place. Non, en fait, il se lève, il va se balader, il me fixe. Il va pas se rapprocher exprès. Il sait très bien ce qu'il fait. Même l'intimidation qu'il a fait avant que j'aille porter plainte. Il y a tout le monde qui le sait. Parce que j'en ai parlé à des gens de sa classe et de ses anciens amis. Ils sont allés le voir. Et parce qu'ils étaient en colère, ils font « Mais on ne peut pas garder ça pour nous. Nous, on en parle. Et même, on va lui en parler. » Je lui ai dit « Mais moi, j'ai envie juste qu'ils reconnaissent ce qu'il a fait. » Parce qu'ils ne s'en rendent pas compte. Ils sont allés le voir. Et lui, il a dit « Non, c'était consenti. De toute façon, le lendemain, je suis revenu. » « Oui, mais le lendemain, tu es revenu parce que je pensais que tu avais été excusé. » Le soir même, il est un peu poursuivi dans les couloirs pour que j'en parle. Moi, il y avait des mecs dans une salle, je suis rentrée, j'ai fait ma porte, j'ai fait pas faire ma porte du fond, je veux pas qu'ils rentrent. Donc ils étaient tous là et puis ils sont revenus deux ou trois fois. Et moi je partais en courant, me cacher dans la chambre d'internat d'une amie, on fermait à double tour. C'était course-poursuite, quoi, un peu. C'était le jeu du chat et de la souris tout le temps, quoi.
- Speaker #0
Et du coup, tout à l'heure, tu me disais, ses amis qui ne sont plus ses amis, donc ça veut dire qu'il y a des gens qui lui ont tourné le dos par rapport à ça ?
- Speaker #1
Il lui avait déjà tourné le dos avant, parce qu'ils n'étaient pas d'accord avec comment il se comportait avec certaines filles. Un de ses anciens amis, du coup, qui était en couple avec une fille, et il lui a déjà forcé la fille à lui faire la bise en lui prenant pour les hanches alors que la fille reculait et tout. Donc ils se sont un peu disputés par rapport à ça. Et en fait, ça ne l'a même pas étonné de ce que je lui ai raconté. Il m'a tout de suite crue, parce que je pense qu'il savait des choses, il m'a fait ce comportement-là envers les filles. J'étais là, mais à quel moment tu ne m'as pas prévenu ? Enfin, il savait qu'on travaillait tout le temps ensemble, même si on n'était pas des mêmes filières, mais il y avait de l'entraide en fait. Enfin, à un moment donné, quand on travaille de 7h à 23h ou minuit, forcément on est obligé de travailler avec quelqu'un pour ne pas lâcher. Enfin, c'était mon pilier quoi.
- Speaker #0
Pour plus de détails, l'agression, enfin, les viols. Ils ont eu lieu cette année scolaire ou cette année ?
- Speaker #1
Cette année, en janvier.
- Speaker #0
Parce que, si je peux me permettre, mais je te trouve extrêmement courageuse et forte. C'est assez rare qu'on puisse parler d'un tel fait, en fait, si peu de temps après.
- Speaker #1
Ouais, mais, enfin, et donc, il me dit ça, mais, en fait, j'ai juste pas envie qu'il recommence. Parce que je sais qu'il peut recommencer et qu'il y a d'autres filles qui m'ont contactée pour me parler et que, du coup, je crois que je ne suis pas la seule. et il dit toujours bonjour à beaucoup de filles il les contacte à un moment donné je me dis il a le temps de recommencer et je le fais même pas pour moi je le fais pour les autres après pour l'instant je me fixe l'objectif des concours donc je pense que c'est pour ça que j'ai tenu parce que passer deux ans en prépa pour rien on m'a dit d'arrêter j'ai fait je vais pas arrêter il reste trois semaines de cours je vais pas arrêter maintenant arrêter ça signifiait Bye. pas faire ce que je veux, on peut lui donner raison quand même parce que c'est comme s'il gagnait en fait, lui il peut continuer surtout que c'est une personne qui va rentrer en école d'ingé et on parle beaucoup des viols en école d'ingé alors que non en fait je pense ça commence à avoir en prépa, mais on en parle moins parce qu'on est tellement focus sur les concours que comme moi j'ai oublié, tu dis t'apprêtes, c'est juste que quand il voulait revenir, il y a tout qui m'est revenu mais il doit se passer avant l'école d'ingé, il doit en avoir aussi donc la prépa c'est quand même un lieu très fermé si on vit pas la prépa on sait pas ce que c'est y'a toutes les filières qui sont toujours ensemble tout le temps, on travaille tout le temps moi je rentrais chez moi mais juste pour dormir j'étais tout le temps là, de 7h à 23h j'étais là-bas, même chez moi je travaillais encore forcément on crée des liens avec d'autres personnes qui travaillent tard pour travailler ensemble dans une même salle de travail ou dans une même salle de col ou de DS, enfin voilà on est tous là comme des acharnés à travailler 12h par jour C'est ces gars-là qui rentrent après en école d'ingé, qui rentrent et qui après ils ont des postes à responsabilité comme l'IX, Polytechnique, enfin l'IX c'est Polytechnique mais...
- Speaker #0
Tu disais qu'il y avait d'autres personnes qui t'ont contacté. Ouais. Du coup ces personnes-là, qu'est-ce qu'elles te disent ?
- Speaker #1
Alors, parce que c'est pas moi qui les ai contactées parce que ça peut me retomber dessus, mais encore quoi c'est de l'acharnement contre quelqu'un, donc c'est une amie qui les a contactées, qui a fait toute... Les personnes féminines de son compte Instagram, qui l'a bien évidemment supprimé son compte Instagram, on se demande bien pourquoi. Elle a contacté beaucoup de filles, et il y en a une qui a dit à une de mes amies, mais moi je ne veux lui parler qu'à elle, j'ai juste ça à lui dire. Ce n'est pas son ex, mais je ne sais pas, c'était une relation très courte, et je sais que c'est ce que me parlait son ancien meilleur ami de cette personne-là. Et en cherchant, on ne l'a jamais trouvée. On n'avait pas le bon prénom, mais en fait, cette personne-là, elle a son contact. Du coup, on doit savoir toutes les trois, Sauf que... L'autre fille, elle est aussi en prépa. Du coup, elle n'a pas le temps, avec les euros qui approchent, de venir me voir. Du coup, je n'en vois qu'une sur les deux la semaine prochaine à voir si ça peut faire avancer le dossier. Mais dans tous les cas, elle m'a dit que... Enfin, elle était outrée parce qu'elle m'a fait... Ça se voit que dans ces messages qu'elle m'envoie, qu'elle me croit, c'est qu'il doit y avoir des indices.
- Speaker #0
Je fais un truc un peu à part, mais je ne sais pas si tu as vu des fois sur mon compte Instagram, je partage le compte collective. Je ne sais pas si tu connais.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Il y a le collectif, et il y a le collectif féministe contre le viol, à qui tu peux donner le nom de la personne qui t'a agressée. Et en fait, elles, elles font un appel à témoignage anonyme, donc sans donner ton nom, sans donner son nom, mais avec des caractéristiques où si toi t'as été victime et que tu vois cet appel à témoignage, tu te dis « Ah, c'est peut-être mon violeur en fait » . Par exemple là, elle pourrait sans doute mettre un garçon, 20 ans, étudiant dans telle école. Serait potentiellement un violeur, un agresseur. Elle partage sur leur compte cet appel à témoignage et toi tu peux le relayer après si tu veux. Voilà, je dis ça au cas où. Et c'est anonyme et toi tu peux pas être accusée directement étant donné qu'il y a pas ton nom quoi.
- Speaker #1
Oui bah oui.
- Speaker #0
Voilà, mais je crois que c'est un peu le fantasme de toutes les victimes d'en trouver d'autres et du coup de faire front ensemble.
- Speaker #1
Bah ouais, mais bon après on va voir si elle va porter plainte.
- Speaker #0
Ouais bien sûr.
- Speaker #1
Si chacun veut, mais moi aussi vas-y mais t'as ouvert une porte donc au pire la prochaine qui porte plainte, il y a ta plainte derrière, il y a déjà eu toi qui avait une procédure donc au pire l'autre personne gagnera certainement le procès si toi tu le perds.
- Speaker #0
Et là, tu disais que tes moteurs principaux, c'était de te dire qu'il peut potentiellement recommencer. Donc, c'est pour les autres. Et du coup, tu disais que tu étais aussi sous médicaments.
- Speaker #1
Oui. Et après, j'étais médicament pour lutter contre les effets secondaires des médicaments que je prends.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
J'étais sous septraline pour le stress post-traumatique. Ça me fonctionne super bien.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Après, on devient indépendant. Donc, c'est un peu casse-pieds. On ne peut pas arrêter comme ça. J'ai de la mélatonine pour commencer à ressentir les effets du sommeil parce que je ne ressentais plus du tout les effets du sommeil. J'ai du Largactyl aussi, c'est pour dormir, mais moi ça ne fonctionne pas effet. J'ai essayé le Tertian, ça fonctionnait deux jours, après mon corps luttait contre et je ne dormais plus. J'ai essayé la Myrtazapine, ça n'a pas fonctionné non plus. J'ai essayé la Myancérine, ça n'a pas fonctionné non plus. Donc maintenant je suis sous sédative, je ne sais plus du tout le nom parce que c'est le nouveau que je viens de commencer, mais pour l'instant ça fonctionne, c'est un truc par gouttes. Et vraiment ça sédate fort, on peut aller jusqu'à 20 gouttes normalement, moi je recommence par une, après on va augmenter petit à petit. Oui, enfin, je sais très bien qu'il y a quelqu'un d'autre qui prend ces traitements. La personne, elle dort toute la journée, quoi. C'est vraiment faramineux de cacher que tu prends dans la journée. Faut pas oublier, hein. Sinon, j'ai loupé depuis des moments de beaucoup de dissociation où je suis plus là. Des fois, je m'en rends pas compte du tout. Enfin, même la nuit, je me suis rendue compte récemment que je me réveillais plus de ce que je pensais. Parce que j'ai déjà croisé des gens dans les couloirs la nuit. Et en fait, la nuit, elles me disent qu'on me croit vraiment que le stress, parce que je fais des bons, mais... parce qu'il paraît inimaginable, je fais des montres de 30 ou 45 mètres, et en fait il me parle, mais elle voit que je ne suis pas là. J'en ai parlé à ma psychiatre, elle n'avait pas l'air plus inquiète que ça, mais ma psychologue, elle était quand même inquiète, parce que c'était dû aux médicaments, mais le médicament que je prenais pour dormir, je ne le prenais déjà plus, parce que ça ne faisait pas effet, et puis je n'arrivais plus à suivre les cours, mais j'ai l'impression que la psychiatre, je pense que j'ai changé, parce qu'elle n'était pas du tout inquiète. Je me réunis en sueur, paniquée, plusieurs fois dans la nuit, ben non, c'était rien. Bah je sais pas, c'est peut-être des cauchemars que je m'en souviens plus. C'est en fait limite des terrors nocturnes parce que vraiment quand je me réveille je suis paniquée mais vraiment je suis pas bien. Maintenant je mets de la musique classique pour dormir. Dormir sans rien c'est affreux. Je me lève trois fois pour regarder si le verrou de ma chambre est bien fermé. Mon nom sur la porte de l'internat où je suis, y'a pas mon nom. Y'a sur ma carte, parce qu'on a des cartes internes et tout, comme je pense dans tous les internats, y'a pas ma photo. Après je sais très bien si c'est où je suis mais voilà.
- Speaker #0
Oui, c'est des choses qui te rassurent.
- Speaker #1
Oui, voilà. De toute façon, ils sont courants. Mais j'ai même un pas au roi maintenant, je peux rentrer quand je vais dans l'établissement, alors que maintenant, ils ont un peu fermé. Je ne sais pas si ils me connaissent. Je vais dans leur bureau si je ne veux pas être seule, parce que des fois, c'est trop lourd le soir. Parce qu'à un moment donné, j'ai pensé à me suicider, clairement. En étant bio, on a des transsatisfactions. Qu'est-ce qu'on a avec ? Des lames. Donc j'ai fini par donner les lames à quelqu'un. Parce que c'était trop. C'était trop, on me disait que je racontais de la merde, que je le manipulais, que je voyais ses sentiments, que je faisais un caprice. Enfin, c'est ça qui m'a le plus blessée, en fait. Qu'ils me disent, mais tu fais un caprice. Alors moi, j'étais là, mais je me sens très mal. Je voulais pas faire ça. Je te l'ai dit, ça va à l'encontre de mes principes, alors que surtout, on en avait déjà discuté. Il y a plein maintenant d'indices qui me desseront à moi que c'était potentiellement violeur, parce qu'ils voulaient jamais qu'on nous voit ensemble, alors qu'on travaille tout ensemble. même manger ensemble, on allait se mettre dans un coin pour manger à deux. C'est pas des réflexions, il coupait cours à conversation, enfin... C'est plein de petits indices qui fait que... Oui. J'ai eu un bon profond ciment quand il est venu, puis je me suis pas écoutée, enfin je me suis dit mais non, enfin... Enfin il vient travailler sur ton lit, ça en sert à rien, enfin ton bureau il est en bazar pas possible, t'as tout étalé dessus donc... Il peut pas travailler sur le bureau. Il peut pas être là, tu cuisines donc... Tu peux pas le ranger là, mais tant que tu fais le dessert, enfin...
- Speaker #0
Enfin personne s'imagine... ce genre de situation en fait c'est normal que tu n'y aies pas pensé et que ce soit après coup c'est toujours rétrospectivement que tu te refais le film et que tu te dis ah ouais forcément là oui c'était un indice mais c'est tellement improbable en fait qu'il arrive ça avec quelqu'un avec qui t'es en confiance que bien sûr que tu pouvais pas imaginer l'inimaginable en fait c'est normal.
- Speaker #1
La confiance que j'avais en lui c'était absolu, c'était un pilier il y avait deux grands piliers, il y avait lui et une de mes meilleures amies J'ai des personnes qui m'ont tourné le dos en me disant mais c'est trop lourd à porter, moi c'est les concours qui priment pour plus que tout. Une personne en particulier ne me reste plus la parole. Je lui dis bonjour, elle ne me répond plus. Elle ne mange plus avec nous. Elle a coupé les points avec tout le monde. Je ne sais pas comment elle était au courant, mais elle m'a dit « Moi, dès que tu es revenue le soir, je le savais. Mais pourquoi tu ne m'en as pas parlé ? Tu voyais très bien que je ne mangeais plus, que je ne dormais plus et tu ne m'en as pas parlé ? Tu es restée là, comme si tout va bien, alors que je m'enfonçais jour après jour. Elle savait et elle n'a rien dit. Pour moi, c'est fou. Ça arrive à quelqu'un et je vois ce qui se passe. Enfin, j'en parle. » tu la laisses pas toute seule dans son coin, c'est assez violent quand même. Enfin, elle est restée là à faire comme si tout allait bien.
- Speaker #0
Et c'est en ça que souvent, les conseils qu'on se donne les unes les autres, ou que moi, s'il m'a donné, ou même mon avocate, c'est de toujours s'entourer des bonnes personnes, en fait. Et malheureusement, c'est dans ces moments-là que t'as des déceptions, mais en même temps, c'est que cette personne-là, elle est pas prête pour pouvoir t'aider, pour t'apporter ses ressources et ton aide, donc tant pis, il vaut mieux.
- Speaker #1
Elle m'aurait dit, mais je ne vais pas en parler avec toi, on ne parle que des cours. Moi, ça m'aurait très bien arrêté. Elle ne m'a même pas demandé, elle a coupé cours à tout. Même me dire bonjour, ça ne me coûte absolument rien. Elle ne me répond même pas. Pour des trucs de base, de politesse, c'est perturbant. Moi, mes profs m'ont dit, on a cru que tu allais arrêter parce que ce n'était pas possible pour ton envoyé. Tu as de la chance d'être admissible dans quelque part, parce que nous, on n'y croyait pas.
- Speaker #0
Les profs sont au courant.
- Speaker #1
J'en ai parlé entre les grandes lignes, mais l'administration m'en aura parlé. Parce que forcément, quand on atteint le stress post-traumatique, quand on part en courant de la salle de cours, c'est qu'il y a un problème. Quand les profs s'approchent de toi et que tu sursautes, quand ils veulent te poser la main sur le temps en disant « mais j'ai pas fait exprès, je me recule encore plus vers ma voisine de classe, j'étais à deux doigts de me cacher sous la table » . Il y a un prof au début qui ne comprenait pas ce qui se passait. Et moi, j'étais incapable de lui expliquer. Parce que c'était sa matière, pourquoi il était venu réviser chez moi et que je lui avais filé mes cours. On avait le même prof en plus, la même matière. Et du coup, pour moi, c'était très dur d'aller dans ce cours-là. Et il ne comprenait pas pourquoi il me le disait. J'ai des grands sursauts et tout. Dans la classe, je pense qu'il y a quelqu'un qui est au courant ou qui se doute. C'est quelqu'un qui a dû lui dire, mais excusez-moi, monsieur. Ce n'est pas grave, elle a juste eu peur. Il a continué son cours. Et quand je suis revenue après mon hospitalisation, il était là. Mais oui, vous voulez parler à la fin du cours ? Oui, tu es trop courageuse de rester, machin. J'étais là, mais je n'ai pas envie d'en parler avec vous. Et il me parle et j'avais juste une indemnité, c'était de partir de la salle parce que je voulais pas en parler avec lui. J'en parle avec les gens que je veux et il a pas vu que ça me mettait très très mal à l'aise. Si j'étais pas venue le voir tout de suite à la fin du cours, c'est que j'avais pas envie d'en parler. Et il m'a quand même après dit, tiens, merci, mais non, enfin stop quoi.
- Speaker #0
Ouais, c'est difficile à comprendre, je pense, pour l'entourage qu'il y a en effet des gens avec qui on n'a pas envie d'en parler et que là aussi, il y a un consentement à valider en fait avec la personne.
- Speaker #1
Les parents ne comprennent pas. Ils ne comprennent absolument pas. Moi, j'allais dans l'hôpital, j'allais tout seul, hors de l'ancienne protection. Ils sont venus, puis ils arrivaient devant, je vois leur posture, je vois comment ils sont, ils sont un peu énervés et tout. Je fais « Mais vous ne rentrez pas avec moi, vous restez là » . « Ok, d'accord, tu y vas toute seule » . J'y vais toute seule et finalement, dix minutes après, ils rentrent. Ils voulaient m'accompagner jusqu'à la salle d'attente de l'audience. Je fais « Non, vous restez là » . Quand je suis rentrée chez moi le soir, je me suis fait engueuler. Ils m'ont dit « Mais on était là pour toi, pourquoi tu nous as refoulés ? » Et oui, je ne voulais pas que vous soyez là. Vous ne voyez pas dans quel état ça me met. Il y a toutes les émotions que vous dégagez. Même, je n'ai pas envie d'en parler avec vous. Moi, ils m'avaient dit, on n'en parle pas à Bouilly. Finalement, ils ne m'ont pas écoutée. Ils m'ont dit, d'accord, on n'en parle pas. Et puis, ils m'ont quand même bloquée. Ils ont quand même fait ça. Ils veulent tous avoir des procédures. Mais du coup, c'est moi qui récupère tous les documents. Ils n'ont pas accès, mais ils veulent savoir. Mais moi, ils ne sauront jamais. Moi, je ne suis pas dans l'optique de leur dire. Après, il y a le jugement derrière. Déjà, il y a le jugement, ça fait une connerie de le laisser rentrer. Ça aurait très bien pu arriver, je pense, dans la prépa même. Des fois, on était tous les deux tout seuls. Il y a le sous-sol, il y a des salles de classe. Tout le temps, dans le sous-sol, le soir, il n'y avait plus personne. On n'était que deux. Je me dis que ça aurait très bien pu arriver là-bas. Si ça, ils ne comprennent pas. Ma soeur, à côté, elle pense qu'elle n'est pas au courant. Ils l'ont dit dans les grandes lignes. J'en parle plus à ma soeur. Pas dans les détails non plus. Je parle à ma soeur, par exemple, de la procédure ou des médicaments que de prendre. Je vais parler à ma soeur, elle me dit, mais ils sont en train de détruire tout le travail qu'on fait là et ils le détruisent petit à petit. Oui, bah, c'est comme ça. Moi, j'attends l'année prochaine pour me parer de là. Puis on verra l'année prochaine. En fait, moi, je fais des objectifs et j'avance par rapport à ça. Je vois où on va en temps. Parce que sinon, rien de présent, il n'y a rien à faire.
- Speaker #0
Est-ce que tu as des conseils à donner ?
- Speaker #1
des revendications que t'as envie de dire hâte de pas garder le silence moi je viens de tout de suite parler parce que ça m'a libéré d'un poids mais je me dis j'aurais dû aller porter pointe tout de suite La foulée, en vrai, c'est en fait une porte-téplante, c'est son choix, mais je trouve que c'est mieux parce qu'au moins il va être fiché et s'il y a quelqu'un d'autre qui lui a vrai, il aura déjà une trace. Mais c'est pas obligé, enfin, porte-téplante, moi je l'ai fait. J'ai eu de la chance de tomber sur quelqu'un qui m'a cru. J'aurais peut-être dû insister pour avoir encore une femme, mais les procédures judiciaires c'est long. Je me dis, est-ce que maintenant que je sais que dans six mois j'ai ça, est-ce que je le ferai encore parce qu'on traîne comme un boulet en fait ? Tu le traînes jusqu'à temps que ce soit fini ? Et moi, ça risque de prendre encore très très longtemps.
- Speaker #0
Et en quoi était important pour toi de témoigner, de participer au podcast ?
- Speaker #1
Alors, parce que moi, j'ai écouté pratiquement tous les épisodes, sauf ceux qui traitaient de la pédocriminalité. Je me suis dit, ça c'est pas pour moi. J'ai écouté et je me suis dit, mais ça m'a fait vachement bien en disant que oui, on a beau se sentir coupable, mais c'est pas nous. Et que oui, on peut entendre que notre violeur nous manque. Parce que moi, c'était quelqu'un de très important et oui, il me manque, mais... Moi, je ne pourrais jamais lui reparler normalement, mais oui, c'était quelqu'un de très important pour moi. Ça m'a fait tellement du bien, mais après, j'ai écouté, je me suis dit, mais il n'y a pas quelqu'un qui est en plein dedans, en plein dans la procédure. C'est pour ça que je me suis dit, pourquoi pas témoigner, en tant que je suis en plein dedans, et que c'est très récent. Quand j'écoutais les podcasts, c'était vraiment des gens qui étaient de deux ans, voire plus. Je me suis dit, là, mais il n'y a personne qui est récent. Ça pourrait peut-être débloquer les trucs chez certaines personnes. Le courage d'en parler, au moins.
- Speaker #0
ou d'aller voir un psychologue ou de porter plainte en fait de ne pas rester seul avec ce qui s'est passé quand on accompagne une personne victime de violences sexuelles que l'on soit une amie, un prof, un parent il ne faut pas hésiter à questionner la personne sur ses besoins en lui demandant concrètement de quoi tu as besoin qu'est-ce que je peux faire pour toi comment est-ce que je peux t'aider Si on n'est pas capable de recevoir sa parole, on peut rediriger la personne concernée vers des lignes d'écoute téléphoniques, vers des associations, vers un ou une thérapeute, tout en précisant qu'actuellement, on n'est pas la bonne personne pour l'écouter, mais que si elle veut, on est là pour lui changer les idées. Vous trouverez dans la description de l'épisode l'ensemble des associations utiles dans ces cas-là. Vous venez d'écouter le quatorzième épisode du podcast Au bénéfice du doute. Si vous pensez qu'il peut être utile à d'autres personnes, n'hésitez pas à le partager. Ce podcast est entièrement autoproduit par Julie Dussert. La musique originale a été composée par Sandra Fabry. Et l'image a été dessinée par Camélia Blandot. Au bénéfice du doute, le podcast où les personnes victimes de violences sexuelles prennent la parole.