- Speaker #0
Vous écoutez Au bénéfice du doute, le podcast où les personnes victimes de violences sexuelles prennent la parole. Cet épisode évoque des faits de pédocriminalité, donc de violences sexuelles sur des enfants, et aussi de violences psychologiques de la part de représentants de l'État sur une personne mineure. Écoutez-le. uniquement si vous êtes dans de bonnes conditions émotionnelles. En janvier 2023, Andrea Bescon publie sur les réseaux sociaux un post noir, comme elle les appelle, où l'on pouvait lire « Tu es la justice française. Tu demandes aux enfants de porter plainte, mais tu donnes des permis de violer aux violeurs. » Ces mots sont édifiants, mais vrais. Et c'est ce que raconte Malia, qui a eu le courage de témoigner à distance.
- Speaker #1
Bonjour, je m'appelle Malia, j'habite à Montpellier, je suis l'aînée d'une fratrie de 4, donc on est 3 filles et 5 enfants. J'ai grandi avec nos parents jusqu'à un jour où ma petite sœur, donc la deuxième, est allée voir ma mère pour lui dire que mon père l'avait violée. Donc à l'époque elle avait 6 ans, elle ne se rendait pas trop compte des mots qu'elle utilisait. des langages très infantiles, mais voilà, elle ne se rendait pas forcément compte de l'impact que ça pouvait avoir sur elle et du fait que c'était grave, l'acte qui venait de se passer, elle était plutôt gênée d'avoir un peu l'impression d'être la maîtresse de mon père et de trahir ma mère. Et elle était vraiment dans ce truc-là de « Oh là là, j'ai trahi ma mère, c'est terrible ce que j'ai fait, je suis une mauvaise personne » . Je pense que d'ailleurs, ça l'a su encore un peu aujourd'hui. Ce premier viol de mon père sur ma petite sœur a signé la séparation immédiate de mes parents. Ma maman nous a pris, ses quatre enfants, dans sa voiture. On s'est retrouvés au commissariat, donc c'était un soir, donc on s'est retrouvés au commissariat à 21h pour le dépôt de plainte. Donc on y a passé la nuit, ça a été très long. C'est long pour tout le monde, c'est dur je pense pour ma petite sœur qui ne comprenait pas du tout ce qui se passait, si elle avait fait quelque chose de mal ou pas. Cette fois-là, on a été tout auditionné. Moi, j'ai un policier qui m'a demandé s'il m'était arrivé des choses. J'ai répondu non. Et il y avait un petit truc. Plusieurs fois, je m'étais dit que ce n'était peut-être pas normal, donc je vais en parler. J'ai dit à l'exprès pour le policier, moi j'avais 9 ans à cette époque-là, que maman, quand elle nous prend la douche, ça ne pique pas parce qu'elle ne met pas les doigts dedans. Papa, quand il nous prend la douche, ça pique parce qu'il met les doigts et il reste content. Et ce à quoi le policier m'a répondu... Bon, ça c'est rien. Donc moi, petite fille naïve de 9 ans, j'ai dit « oh bon, ça c'est bien, alors c'est pas grave, on n'en parle plus » , et puis j'ai oublié ça. Donc suite au député de ma soeur et de ma mère, on a été relogés en urgence dans des appartements, dans des HLM. Le juge a retiré l'autorité parentale à mon père, par contre il a acté des visites médiatisées obligatoires, auxquelles on n'avait pas le droit de ne pas aller, nous les enfants. Donc c'était un samedi sur deux, dans une espèce d'endroit, dans une espèce de salle, une espèce de château en fait, surveillé par des éducateurs mandatés par la justice du coup. Donc nous on ne voulait pas y aller, mais du coup on était obligés. Et donc si ma mère ne nous présentait pas, forcément elle ne voulait pas qu'on y aille. Si ma mère ne nous présentait pas, les gendarmes pouvaient venir nous chercher chez elle pour nous y emmener. C'est arrivé quelques fois au début, le temps que ma mère accepte finalement de nous emmener.
- Speaker #0
Ta mère, elle pouvait rester lors de ces visites ou pas ?
- Speaker #1
Elle ne pouvait pas rester et elle ne pouvait même pas rentrer dans l'enceinte du château. C'est-à-dire qu'il y avait un portail avec un château à 50 mètres et elle devait nous laisser devant le portail tout seule. En sachant qu'à l'époque, on avait un an, trois ans, six ans et neuf ans. Donc, ce vide médiatisé, je reviendrai dessus tout à l'heure. Donc, au terme de ce vide médiatisé, ça a duré trois ans, du coup. Il y a eu le procès de mon père pour ma sœur, du coup. Donc, il a écopé de 18 mois de prison avec sursis. Donc, s'il recommençait, en gros, avec 5000 euros de dédommagement et intérêt pour ma petite sœur et 1 euro de dommage et intérêt symbolique à ma mère. Donc, c'était bien précisé, symbolique dans le jugement. C'est un peu ironique. Et puis, à la suite de ce procès, il a été décidé que mon père était maintenant... Donc, il a été reconnu coupable. Et il a été... Donc il a été décidé que maintenant, il était assez stable pour que les visites médiatisées s'arrêtent et que les visites se fassent à son domicile, non surveillées. Bon, c'est un non-sens total, mais du coup, c'est deux juridictions totalement différentes qui s'occupent de la garde et des procès. pour viol, donc voilà, c'était une décision qui n'avait rien à voir, mais pourtant qui avait tout à voir, enfin bon. Donc la première visite qui devait se faire au domicile de mon père, c'était sur une journée entière un samedi. Ma mère, elle n'a pas voulu qu'on y aille. Pourtant, j'ai été placée, j'étais en foyer à cette époque-là. Ma mère, elle n'avait pas ma carte, elle ne pouvait pas décider si moi ou non j'y allais. En tout cas, elle avait les deux plus petits chez elle. Et elle a décidé de les emmener en Normandie, donc très loin de chez moi à Montpellier, pour pas qu'ils y aillent, pour pas les présenter, parce qu'elle le sentait pas, quoi, pirement. Moi, le foyer m'a déposée, donc j'étais toute seule. Et donc, lors de cette toute première visite non surveillée, j'ai été violée par mon père. Voilà, ça a pas été facile. Ça a pas été facile, parce que... Parce que du coup, lui, il était toujours sous le sursis de ma sœur. Donc pour ma sœur, ah oui, j'ai pas précisé, mais pour ma sœur, du coup, il a avoué les faits tout de suite. Il a tout reconnu, dans les moindres détails. Pour moi, du coup, pas du tout. Pas du tout, parce qu'il était toujours sous le sursis et que s'il était reconnu coupable, il a risqué de partir en prison. Enfin, je pense, ça c'est mon hypothèse à moi. Je l'amule. Donc voilà, ça, ça n'a pas été simple. Surtout que, bon, voilà, moi, j'étais placée à cette époque-là. Ça se passait un peu mieux, moi, avec mon père qu'avec ma mère. Donc j'allais pour projet, peut-être, si ça se passait bien, à visite d'aller vivre chez mon père pour partir du foyer parce que le foyer, c'était compliqué. Donc là, ben non seulement je me retrouve... Je comprends que j'ai un père défaillant. En plus de ça, ben tous mes projets d'avenir, là, c'est cool. En plus de ça, lui, il me fait passer pour une menteuse puisqu'il dit que c'est faux.
- Speaker #0
Tu avais quel âge à ce moment-là ?
- Speaker #1
Là, j'avais 12 ans, 13 ans. Donc, je suis rentrée au foyer tout de suite. En fait, quand il y a eu l'acte, je suis partie tout de suite. Je suis partie avant l'heure de fin qui était prévue de la visite. Je suis rentrée au foyer. J'ai demandé à ce qu'on appelle ma mère. Ma mère est redescendue de Normandie dans la nuit pour m'emmener porter plainte le lendemain. C'est compliqué parce qu'elle, je pense qu'elle s'en voulait d'être partie sans moi. Moi, j'étais super en colère contre elle. qu'elle soit partie sans moi. Déjà qu'on n'avait pas des relations apaisées, ça n'a pas aidé. Mais en même temps, j'étais un peu dans une espèce de phase où tout avait l'air flou. Je sais, c'était un peu... Le temps était sur une forme de jus, quoi. J'étais un peu en dissociation. Enfin, j'étais là, mais je n'étais pas trop là. Mon corps, il était là, mais pas du tout. C'était compliqué, je pense, à affronter comme réalité. Et finalement, ce qui ne m'a pas aidée, c'est le dépôt de plainte, du coup. où là c'était dans une unité de l'hôpital de Chimoine. Il y avait une unité spéciale pour ça, donc pour les agressions, les viols sur mineurs, avec donc toute une procédure bien définie, avec un kit de viol, des prélèvements, une évaluation psychiatrique, et l'audition par les policiers, donc tout ça tout dans la même journée, c'était un peu intense. Et donc les policiers, donc il y avait un policier et une policière, pas du tout compréhensifs. Vraiment, c'était moi qui étais auditionnée coupable, tu vois. Presque, c'est sûr que tu mens pas, mais d'accord, mais t'as quoi comme preuve ? Ok, mais oui, mais si t'avais un jean super serré quand même, ton père, il a des grandes mains. Comment il a fait pour passer dans ton jean si serré, s'il l'a pas déboutonné ? Qu'est-ce que je suis censée répondre à ça ? Jusqu'à la fameuse phrase, oui, mais quand même, ta soeur, elle a eu beaucoup d'argent à son procès. Est-ce que toi, tu fais ça pour ça ? Wow, d'accord. Donc là, clairement, tu as 13 ans, mais tu te dis, ok, il n'y aura jamais personne pour m'aider dans ma vie, c'est top. Donc ça, ça a été vraiment hyper violent. Je pense que finalement, ça a été peut-être même plus violent que l'acte en lui-même, parce que ce n'était même pas un truc isolé. Je veux dire, dans ma famille, il y a aussi cette espèce de culture. Alors, ma mère, du coup, il y a cette espèce de culture de ça, c'est secret, il ne faut pas le dire, il ne faut pas en parler. Tu risques de détruire sa vie et comment il va faire après. Et ça va le suivre pour toujours. Oui, moi aussi, ça va me suivre pour toujours. Bon, voilà. Donc ça, ça a été récurrent à l'école aussi. Plein de questions. En fait, c'est même pas... Il y a des personnes parfois qui ne te croient pas et qui te le disent. Et il y a des personnes qui se posent des questions, comme si déjà c'était leur rôle de vie. Et qui, du coup, te posent tout un tas de questions qui te font culpabiliser tout le temps, Ça a été une période vraiment très compliquée pour moi, renforcée par le fait que lui, je ne voulais pas avouer. Donc il y a eu un procès quatre ans après. Ouais, c'est ça, quatre ans après. a été reconnu coupable malgré le fait qu'il disait qu'il ne l'était pas. Sauf que comme le procès était trop tard par rapport au sursis de ma sœur, il n'a pas eu de prison ferme. Donc il a re-eu du sursis, beaucoup moins que pour le procès de ma sœur, je crois que c'était 6 mois pour moi, 500 euros de dommages et intérêts pour moi, et un an d'injonction de travail avec un psychiatre. Et au final... J'ai appris il n'y a pas très longtemps que ce fameux suivi psychiatrique de un an, donc il devait y aller normalement une à deux fois par mois pendant un an, il n'était allé qu'une fois, il a rencontré le psychiatre, il l'a payé grassement parce que mon père c'est quelqu'un qui a les moyens, il l'a payé grassement et il n'y est plus jamais retourné. Donc vraiment un système qui nous suit de bout en bout. Oui c'est lourd parce que ça ne s'arrête pas, parce que du coup au final ma dernière petite sœur qui n'avait pas été victime, à notre connaissance en tout cas. a vu sa mémoire traumatique se réveiller l'année dernière. Elle s'est rendue compte qu'elle avait été victime à plusieurs reprises de mon père aussi. Et elle se rappelle notamment d'une scène dans le fameux château dans lequel devaient se passer les visites médiatisées, surveillées par des mandataires de la justice. Donc là aussi, grosse colère envers le système, encore une fois, parce qu'on se dit... C'était le lieu normalement qui était censé nous protéger. Même dans ce lieu-là, surveillé par un tiers, avec des missions quand même judiciaires, où est-ce qu'on va être protégés en fait ? Donc voilà, ça, ça a été encore une nouvelle étape. Là, du coup, on a de la chance d'être des sœurs. On est très soudés, donc on se parle de tout, on se rappelle, on va en parler. Là, on s'est fait une petite discussion de groupe dans laquelle on parle de ça. Là, on réfléchit. On n'a pas encore fait les démarches, mais on réfléchit à entamer une thérapie familiale à trois pour travailler sur ces sujets-là qui nous impactent, nous, dans notre vie, de tous les jours, à tous les trois. Donc, voilà.
- Speaker #0
Ça se manifeste comment, quand tu dis que ça vous impacte ? On parle souvent, tu sais, du syndrome de stress post-traumatique. Ça se manifeste un peu de cette manière-là ?
- Speaker #1
Pour moi, ça se manifeste de plein de façons différentes. pour me faire confiance. C'est effectif et sexuel, c'est le modèle, on imagine bien. J'ai beaucoup de mal à faire confiance, beaucoup de mal à m'attacher, beaucoup de mal avec les hommes en général. Les rapports de pouvoir et d'autorité dans le travail, c'est très compliqué pour moi. Les allusions, les blagues, le sexisme, au-delà du fait que je suis féministe, ça reste quand même très compliqué pour moi de le vivre. Enfin voilà, ça va être dans toutes les... Dans toutes les sphères, en fait. Des hommes, finalement, il y en a partout. Et c'est vrai que du sexisme aussi, il y en a partout. Ce n'est pas toujours facile. Après, ça va se manifester des douleurs physiques, de la dépression. Il peut y avoir des gros épisodes dépressifs. Pour moi, pour mes soeurs aussi, mais surtout pour moi. Enfin, voilà, il y a plein de manières de manifester ça. Et je pense que comme le travail n'est pas encore vraiment fait... Il y aura encore plein de manifestations, je pense, parce que ça sera bien travaillé. Après, moi, je me suis suivie, du coup, comme j'ai été placée en foyer à 12 ans, et donc je suis suivie par un psychologue depuis mes 12 ans. Donc j'ai toujours pu travailler un petit peu sur ces sujets-là. C'est vrai qu'adolescente, peut-être j'avais moins envie d'en parler qu'aujourd'hui, j'avais aussi peut-être moins conscience de tout l'enjeu qu'il y a derrière, au niveau de la justice, notamment la colère de la justice. parce que j'ai... l'envers du décor, on va dire. Ça réveille encore quelques blessures à chaque fois. Les psychologues, les psychiatres, les psychanalystes, tous les courants différents. Je pense qu'ils m'ont permis aujourd'hui d'être quand même assez résiliente, d'être assez consciente de mes capacités et de mes non-capacités de pouvoir travailler dessus. Je pense vraiment que c'est... hyper important de voir quelqu'un, de pouvoir parler. Et ça, même quand on ne se sent pas capable encore d'évoquer certains sujets, moi je sais que pendant une grande partie de mon adolescence, j'ai vu des psys, ça me saoulait, je n'avais pas envie de le faire. Et vraiment, je leur parlais de tout et rien juste pour ne pas parler de mes problèmes. Finalement, avec le recul, je me dis « Ouais, j'ai peut-être passé 4 ans à parler de papillons et de ce que j'avais fait le matin et de ce que j'avais bu comme petit-déj. » Mais... quand même d'avoir quelqu'un qui t'écoute, d'avoir ce lien qui ne se casse pas, une personne de confiance qui reste là dans le test du lien, je pense que c'est important. Et puis l'air de rien, ça permet d'apprendre à élaborer. même si tu parles de trucs insignifiants le travail il se fait quand même quand même c'est pas facile de passer le pas d'aller voir des psychologues et déjà trouver un psychologue c'est un combat après il y a plein d'autres thérapies aussi qui existent moi je sais que je suis très branchée thérapie culturelle artistique en dessin je suis pas très forte mais j'aime bien prendre quand même la musique, tout ce qui peut être comme ça, l'expression corporelle. J'ai eu une grosse dépression à 18 ans suite à tout ça. J'ai été internée en clinique psychiatrique pendant 5 mois. Et pendant cette clinique psychiatrique, j'avais des sciences en ergothérapeute. Une ergothérapeute, c'est un professionnel de santé, dans le médico-social, qui va intervenir auprès de personnes de tout âge, de tout horizon. mais aussi en situation de handicap. Et le but de l'ergothérapeute, ça va être de favoriser l'autonomie des personnes, de faciliter la réalisation de leurs activités. Par exemple, une personne à qui va manquer un bras, on ne va pas lui donner un couteau et une fourchette, puisqu'il ne va pas pouvoir se servir des... Donc ça va être d'adapter l'environnement, quel couvert on va pouvoir lui trouver, qu'il va pouvoir faire les deux, et donc il va pouvoir se servir avec une main. Et donc l'ergothérapeute, il peut faire ça autant sur le handicap physique. que psychique. Et donc, cette ergo-là, elle travaillait essentiellement avec de l'art-thérapie. Et donc, elle nous faisait faire tout un tas d'activités manuelles pour travailler nos différents traumas, puisque là, c'était clinique psychiatrique, donc c'était l'enjeu. Donc, il y avait plein de petites activités qui étaient trop chouettes. Donc, on pouvait faire de la peinture, on pouvait faire de la poterie pour les personnes qui étaient là pour des gros sentiments de colère. Comme moi, elle avait un grand atelier avec plein de petites mosaïques et on avait le droit de balancer les mosaïques, de tout péter. Et les jours où tu étais un peu plus apaisée, tu pouvais récupérer tous les petits bouts de mosaïques que tu avais cassés pour faire des petites sculptures. Moi, je me suis fait un petit dessous de plat que j'ai toujours aujourd'hui, c'est une petite abeille. C'est vraiment des thérapies alternatives qui peuvent être peut-être plus faciles de faire le pas d'y aller. En tout cas, quand on va aller voir un psychologue pour certaines personnes, c'est compliqué. Et ça peut déjà mettre un pied dedans et permettre au moins d'extérioriser les émotions, même si ce n'est pas mettre des mots dessus, au moins de les extérioriser un peu.
- Speaker #0
C'est vraiment une discipline, une thérapie que je ne connaissais pas vraiment en fait. C'est très intéressant.
- Speaker #1
C'est parce qu'il y a beaucoup d'ergothérapeutes qui font ça. En tout cas, elle, je pense qu'elle avait une formation d'ergothérapeute et elle aimait beaucoup la thérapie. Donc je pense qu'elle a mêlé un peu les deux. Et c'était vraiment intéressant. Mais après, il y a plein d'art-thérapeutes qui ne sont pas ergothérapeutes et qui font de l'art-thérapie quand même, ça existe.
- Speaker #0
Du coup, tu disais que tu étais éducatrice spécialisée. C'est quoi qui t'a donné envie de faire ce métier ?
- Speaker #1
Il y a eu plusieurs choses. J'ai été employée de mes 12 ans en 21 ans. J'ai été élevée finalement par des éducateurs. Ce qui est rigolo, c'est que vraiment, pendant tout mon placement, on me saoulait, si je peux dire, pour... que je trouve quelque chose à faire de ma vie. Je ne savais pas ce que je voulais faire. Et je leur disais, je ne sais pas ce que je vais faire. Le seul truc que je ne ferai jamais, c'est éducateur. Votre boulot, c'est de la vie. Je suis là. Parce que j'avais ce prisme des foyers. En plus, j'étais dans un foyer où c'était un peu violent. Les jeunes étaient hyper violents. Entre eux, avec les éducs, de la violence de partout. Et moi, c'est vraiment ce que je ne veux plus. Je ne veux plus de violence, en fait. Je rêve d'une vie de paix. Mais je me suis rendue compte quand même que les éducateurs, ils ne font pas que du foyer, heureusement. Et donc, là, je suis... Moi, je travaille auprès de personnes en situation de handicap, surtout dans l'autisme, parce que j'ai ma toute dernière sœur, parce que ma mère s'est remariée, du coup, a trouvé un gentil mari, et ils ont eu une petite fille. Et donc, ma petite sœur est autiste. Je me suis dit, je ne vais pas travailler en foyer, mais je vais travailler avec les autistes. J'ai quand même vachement cette fibre sociale, j'ai quand même envie d'aider. Je ne tolère pas trop la violence contre moi-même, mais je tolère très bien. Je veux dire, je gère très bien la violence chez les autres. Je pense qu'on m'a donné des très bonnes clés dans mon parcours de vie. Aujourd'hui, malgré le parcours un peu compliqué, je m'en sors. J'ai vraiment envie de pouvoir transmettre aussi des clés, que les personnes puissent comprendre qu'elles sont capables, que c'est compliqué, mais qu'il leur faut un tuteur. C'est des fleurs, on est des fleurs, on est des plantes. Nous, les éducateurs, on n'est pas là pour faire la place des personnes. Par contre, on va être des tuteurs sur lesquels elles vont pouvoir s'appuyer pour pousser. C'est vraiment gratifiant de voir les personnes s'en sortir par elles-mêmes. Reprendre confiance en elle, reprendre confiance aux autres. Je pense que c'est aussi un petit peu ma thérapie, quelque part.
- Speaker #0
Oui, c'est joliment dit en tout cas. J'aime bien la métaphore des tuteurs. Et tu me disais aussi que tu avais des amis avec qui tu avais commencé en faisant des groupes de paroles.
- Speaker #1
J'ai un groupe de super copains qui sont mes tuteurs à moi, avec lesquels on adore faire de nouveaux petits projets. Des fois, ça nous pète. On avait déjà créé une asso qui luttait contre la précarité sociale, qui est toujours en fonction aujourd'hui. Et là, pendant une partie de cette asso, on est un petit groupe de cinq, on s'est réunis deux ou trois fois pour parler de consentement, pour parler de nos histoires à nous sur les violences sexuelles, les violences affectives, le sexisme, le harcèlement, des grandes thématiques. On s'est réunis quelques fois, on a fait des petits groupes de paroles entre nous, entre personnes de confiance qui se connaissent et qui ne se jugent pas. C'était intéressant et dur parce que dans ces groupes de parole, il y avait des agressés, mais il y avait aussi des agresseurs. Donc voilà, c'était lourd, c'était dur, mais c'était très intéressant avec beaucoup de bienveillance, donc du partage. Et donc de ces groupes de parole, on a décidé quand même parce qu'au final, on était tous concernés. Et dans nos entourages, à nous cinq, tout le monde était concerné aussi. Donc on s'est dit, bon, nous on aime bien créer des nouveaux projets, ça ne vous dit pas qu'on en fasse quelque chose. Dans le groupe de 5, on est deux éducs, du coup dans nos missions de prévention, de sensibilisation, d'accompagnement, dans le groupe de 5, il y avait trois personnes qui étaient bien sensibilisées au théâtre. Donc on s'est dit, pourquoi pas faire des petites scènes de théâtre forum sur les marchés, dans la rue, sur les notions de consentement, de violence sexuelle. Puis voilà, là, on a fait quelques représentations sur les marchés. On est allé rencontrer la semaine dernière une compagnie de théâtre forum à Montpellier. On a pu échanger un petit peu avec eux. C'était trop, trop chouette. Et puis voilà, on ne sait pas trop où ça va nous mener. Là, le but, c'est d'être à tes livres. C'est que là, aujourd'hui, on ressent le besoin d'en parler. On ressent le besoin de sensibiliser les personnes. Voilà, si ça doit aller plus loin, nous, on le fera. Si ça doit s'arrêter, ben... Ça aura déjà permis de sensibiliser un peu de monde et puis nous, de libérer la parole. C'est hyper important. Et voilà.
- Speaker #0
C'est génial. Je te l'avais déjà dit la première fois, mais je suis fan de ce concept. Là, moi, j'arrive à la fin des questions que j'avais à te poser. Donc, est-ce que toi, tu as envie de rajouter quelque chose, même si ce n'est pas du tout dans la chronologie ? N'hésite pas.
- Speaker #1
Je voudrais peut-être rajouter... insister en fait parce que je l'ai déjà dit mais sur le fait d'en parler c'était vraiment compliqué pour les personnes vraiment je les invite à le faire auprès d'un professionnel pour qu'elle puisse être accompagnée mais sinon vraiment d'en parler en général dans des endroits bienveillants attention parce que le monde n'est pas trop rose et qu'il y a des remarques qui peuvent faire très mal mais dans des environnements bienveillants avec d'autres victimes peu importe mais en parler Merci. parler de ces notions-là parce que finalement, dans le groupe de parole, moi, je me suis rendue compte aussi que moi, j'avais l'impression d'être très au fait sur le consentement, sur plein de thèmes. Et à force d'en parler, je me rends compte qu'il y a plein de choses dans mon quotidien que je n'applique pas ou pas autant que je le voudrais. Et le fait d'en parler, vraiment, ça débloque plein de trucs. Donc, c'est pour ça que j'ai hésité à se rapprocher d'un professionnel. Mais vraiment, ça débloque plein de trucs et ça aide vachement à avancer. Ça peut paraître bateau, mais vraiment, libérer la parole, c'est hyper important. Parlez-en et on s'y croit.
- Speaker #0
Merci à Malia pour sa générosité, sa force et sa bienveillance. Ce qu'elle nous dit dans son témoignage, c'est qu'un père pédocriminel peut être reconnu comme tel par la justice française. mais peut continuer de violer ses enfants en toute impunité. Mais ce que nous dit aussi Malia, c'est qu'il est possible de bien s'entourer, de personnes proches ou de professionnels, et qu'il existe des thérapies adaptées à tout le monde, et qu'on a tous et toutes une chance de s'en sortir. Vous venez d'écouter le troisième épisode du podcast Au bénéfice du doute. Si vous pensez qu'il peut être utile à d'autres personnes, n'hésitez pas à le partager. Ce podcast est entièrement autoproduit par Julie Dussert. la musique originale a été composée par sandra fabri et l'image a été dessinée par camélia blando au bénéfice du doute le podcast où les personnes victimes de violences sexuelles prennent la parole