- Speaker #0
Vous écoutez Au bénéfice du doute, le podcast où les personnes victimes de violences sexuelles prennent la parole. Cet épisode évoque des faits de violences sexuelles. Écoutez-le dans de bonnes conditions émotionnelles et n'hésitez pas à lire la description afin de sauter les passages concernés. Maé, musicienne dans un prestigieux orchestre français, a été violée par son collègue de travail de l'époque, qui était aussi son compagnon. Comment se défaire de ce qu'on appelle le contrôle coercitif alors que les interactions avec l'agresseur ne peuvent être rompues ? C'est ce que Maé va nous expliquer dans cet épisode.
- Speaker #1
Tout d'abord, bonjour Julie et merci beaucoup d'animer ce podcast qui est très important. Moi j'ai rencontré l'agresseur, je vais l'appeler l'agresseur. Sur le lieu du travail, je suis musicienne classique professionnelle. J'étais en poste dans un orchestre national français assez prestigieux. J'étais très heureuse d'avoir réussi le concours d'entrée pour intégrer cet orchestre parce que pendant plusieurs années avant, j'étais freelance et je voulais quelque chose de stable. Je voulais me poser. J'avais 32 ans quand j'ai connu cet agresseur. On se plaisait mutuellement, il se faisait passer. Pour un homme tout à fait gentil, chaleureux, solaire, souriant, pas prise de tête, et il jouait vraiment un rôle, clairement. Je l'ai cru sincère, on a fait connaissance, on était d'accord pour se mettre en couple. Très vite, il y a eu une espèce de relation typique d'emprise, avec de la manipulation, du mensonge, beaucoup de mensonges. Souffler le chaud, le froid, un jour ça va, un jour ça va pas, résultat, c'est très fatigant, mentalement. Et toi, tu navigues à vue, au bout de quelques semaines comme ça, il y avait déjà un collègue de travail qui m'avait dit que cet homme-là avait des facettes, et ce mot, je m'en souviens très bien, parce que c'est un mot très précis quand même, et qu'il avait différents visages en fait. Malgré ça, je suis restée, donc je m'en suis énormément voulue d'être restée, mais il ne faut pas, les relations sont prises, il ne faut surtout pas s'en vouloir. Au bout de, je ne sais pas, deux mois, on m'a installée chez lui. Moi, à l'époque, je remboursais un prêt étudiant. Ma famille ne m'avait pas vraiment suffisamment aidée financièrement pendant mes études. Du coup, j'avais toujours dû cumuler les jobs étudiants. Et l'argent, ça avait toujours été une source de stress pour moi. Et je m'étais dit, oui, c'est vrai que c'est cool si je vis avec l'homme que j'aime. C'est cool. Et si en plus, on a un petit loyer coupé en deux, c'est cool. Et comme ça, je pourrais rembourser mon prêt étudiant plus facilement. Au bout du troisième jour chez lui, il a réussi à me convaincre d'arrêter la pilule. Et ça, c'est... Quelque chose qu'on retrouve souvent chez les femmes qui tombent dans des relations d'emprise comme ça, c'est très vite, installe-toi chez moi, on fait des enfants, on se marie. Comme ça, il y a vraiment un grappin qui est posé sur la victime. Dieu merci, je ne suis pas tombée enceinte. Et en fait, très vite, cet homme s'est montré violent. Au bout d'une semaine, il m'a proposé d'aller boire un apéro avec des potes. Et en fait, il a commencé son apéro un lundi soir à 18h avec trois doubles Ricards. Puis des pintes de bière, puis du vin, et résultat, à une heure du mat', il était rouge, avec les yeux rouges. Il faisait nuit, j'avais froid, je suis tiguée, je voulais rentrer, me coucher, et là ça a été la crise. En fait, il est rentré à l'appartement, il s'est rué vers le frigo, il a pris une autre bière dans le frigo, et là je lui ai posé la question très calmement, est-ce que tu as besoin de cette bière ? Et là en fait, il m'a hurlé dessus, il a hurlé dans l'appart, il a donné des coups de poing sur les murs dans l'appart. Il a donné des coups de pied, des coups de poing dans les meubles. Il s'est donné des coups de poing lui-même sur son crâne. Et on entendait le bruit des os s'entrechoquer comme ça, en hurlant. Et moi, j'avais tellement peur de cet homme. Je ne sais pas pourquoi, je lui ai posé la question. Tu vas me battre aussi ? Et là, il m'a hurlé dessus. Mais je n'ai jamais frappé une femme. Comment tu oses dire ça ? Et en fait, je lui ai dit, mais tu as vu dans quel état tu es ? Ce n'est pas normal pour un lundi soir d'aller boire un apéro avec des potes et que ça se termine. comme ça en fait. Ce qui s'est passé c'est qu'il y a eu plein de scènes de violence comme ça mais deux jours après tout allait tellement mieux qu'à chaque fois tu y crois que ça va aller mieux, tu es fixé sur l'image de l'homme du début c'est-à-dire le prince charmant ça a été très vite avec lui au bout de trois jours il m'a chuchoté je t'aime à l'oreille et je lui avais dit mais c'est pas un peu tôt il m'a dit non mais je t'ai jamais dit ça alors que j'ai pas eu d'hallucination auditive, au bout de cinq jours qu'on sortait ensemble, on se baladait dans la ville où il habitait, on passe devant une très belle église, main dans la main, et là il s'arrête devant l'église et il me demande est-ce que tu es catholique ? à quoi je réponds oui pourquoi ? et là il me dit j'ai toujours rêvé de faire un beau mariage dans une belle église et puis là il me serre la main un peu plus fort et me bouffe des yeux comme ça et là il dit mon prénom avec mon nom de famille, puis son nom de famille à lui, dans un sens, puis dans un autre. Et à la fois, ça me fait totalement flipper, et à la fois, comme j'étais complètement sous emprise, je me suis dit c'est génial, j'étais longtemps célibataire avant d'être avec cet homme-là, parce que j'avais mis un peu l'accent sur mes études, les jobs étudiants, j'avais pas vraiment le temps de m'occuper de ma vie amoureuse, et surtout que je rencontrais personne de correct, et lui s'était tellement présenté comme le prince Charmon que... Ouais, j'y suis allée, quoi. Et en fait, ce type-là n'est absolument pas chrétien du tout. Enfin, je portais à l'époque un petit crucifix avec un petit pendentif de la Vierge Marie. Je pense qu'il a vu ça et il s'est dit, tiens, je vais... En fait, ces gens-là ont un pouvoir de t'embobiner dans... Voilà, moi, je voulais un enfant. Il m'a dit, oh, mais moi, mes frères, ils ont chacun une fille. Moi aussi, c'est ce que je veux. Donc, c'est pour ça aussi que j'avais accepté d'arrêter la pilule au bout de trois jours que j'habitais chez lui. Je me suis installée chez lui pendant l'été, et en fait, pendant l'été déjà, j'ai dû aller aux urgences gynécologiques du CHU de la ville où il habitait, parce qu'en fait j'avais des infections urinaires à répétition, des blessures en fait, des lésions sur ma zone intime. Le gynéco de ce service, je me souviendrai toute ma vie, il m'a dit « vous êtes très stressée madame, il faut vous détendre » . Et en fait, c'était mon corps qui parlait pour moi, c'est-à-dire que cet homme était violent avec moi, il avait pour habitude vraiment de... Bah, je vais... Très cru, désolé, mais beaucoup il enfonçait ses doigts dans mon vagin, très violemment, et ça faisait mal en fait, tout simplement, parce que c'est pas fait pour ça à la base. Et c'était vraiment une relation, en gros j'avais le droit de rien faire. Tout l'art de la manipulation c'est ça, c'est il ne m'a jamais dit « je t'interdis de » . Mais à chaque fois que je faisais quelque chose, il me faisait une scène, donc je n'osais plus refaire ça. Au bout de quelques semaines chez lui, par exemple, je n'osais plus travailler mon instrument. Parce qu'ils m'ont empêchée d'une façon ou d'une autre. Une fois, je suis allée dans les locaux de l'orchestre pour bosser mon instrument. Quand je suis rentrée, j'ai eu une scène. Une scène, et du coup, j'ai plus osé. Donc j'étais plus du tout en forme sur mon instrument. Arrive la rentrée de l'orchestre, je suis pas en forme sur mon instrument. Et j'avais même plus le droit de prendre mes Ausha dans mes bras. Mes Ausha, c'est un peu mes petits bébés. Et j'avais plus le droit parce qu'il me disait « Non mais c'est malsain ta relation avec tes Ausha , alors que juste je les caressais, je les prenais dans mes bras. Là, mon conjoint et moi, on a chacun deux Ausha, enfin on a deux Ausha à l'appart, on leur fait des câlins, c'est normal quoi. J'adore faire de la pâtisserie, j'ai fait une fois de la pâtisserie, j'ai eu une scène parce qu'il a mangé l'équivalent d'une semaine de goûter en une fois. Il m'a engueulée en me disant « C'est ta faute, fallait pas en faire, je suis un ancien obèse, mais comment t'as osé ? » Bon, du coup, je n'osais plus. Quand je téléphonais à des amis, ils se foutaient de ma gueule après. Du coup, je n'osais plus le faire. J'ai des amis aux Etats-Unis, donc on faillit se timer en anglais, on rigolait. Lui, il n'est pas capable d'aligner une phrase en anglais. Donc, je ne sais pas, peut-être qu'il était mal à l'aise par rapport à ça. Et du coup, il s'est foutu de ma gueule en mode « ouais, le style, t'es bilingue » . Par exemple, j'adore lire. Je peux passer cinq heures sur un canapé à lire un bouquin. Et je n'ai pas pu lire une page quand j'habitais chez lui. Ils m'ont empêchée d'une façon ou d'une autre. En fait, tous les éléments qui constituent ta personne, tout est rabaissé, tout est détruit. Il y avait eu aussi une fois une collègue qui venait d'avoir un bébé, et j'ai trouvé des petits vêtements mignons et je lui ai apporté. J'y suis allée sans lui, et il m'a fait une scène. Donc à la fin, t'os plus sortir de l'appart, t'os plus appeler personne. C'est une isolation totale. Donc ça, c'était vraiment très dur. Les violences sexuelles, ça a lieu chez lui. On avait passé la journée chez des collègues de cet orchestre, qu'il appelle mes amis alors qu'il les insulte dans leur dos. On avait été invité à leur mariage d'ailleurs, à ce couple, et le soir de leur mariage en fait, dans leur dos, il avait insulté le marié et la mariée. Il avait même eu des propos antisémites sur la mariée. Je me souviens, je lui ai dit non, non. arrête, en fait, stop, c'est bon, c'est leur mariage, tu les laisses tranquilles. C'est un personnage d'une hypocrisie folle, en fait, c'est un menteur, un manipulateur dingue, parce qu'il a sa cour autour de lui. Par rapport, oui, aux violences sexuelles, on avait passé la journée chez un couple de collègues, et en fait, le soir, on rentre chez lui, il avait été odieux avec moi toute la journée, pendant le déjeuner, le barbecue. Par exemple, il ne s'asseyait même pas à côté de moi, il n'y avait pas un mot. Et devant ses amis, en fait, il a raconté un mensonge sur moi pour me faire passer pour une chieuse, en fait, tout simplement. Et là, j'ai dit non, en fait, stop. Je suis rentrée à l'intérieur de leur maison, je me suis mise à pleurer toute seule dans la cuisine parce que, en fait, je ne dormais pas bien, j'étais fatiguée, j'étais stressée. Et là, arrive... Cette collègue qui s'était mariée et qui avait reçu des propos antifeministes, elle arrive vers moi, elle fait « ça va ? » et je trouve la force de dire « non, ça va pas » . Je le reconnais pas, je sais pas avec qui je suis en fait. C'est hyper compliqué, c'est hyper difficile. Le soir de ce barbecue-là, il a initié un rapport alors que moi je voulais pas. J'étais fatiguée, il avait été au Dieu avec moi toute la journée, donc j'avais aucune envie de coucher avec lui. Et ça faisait plusieurs fois en fait qu'il me demandait de faire une position, une pratique que je ne voulais pas faire, que j'avais déjà essayé par le passé, que je n'aime pas. a le droit de dire non, de toute façon. Et il m'avait forcé, donc il y a eu une fellation sous la contrainte morale. Pourtant, je lui avais dit non, non, non, je veux pas, et en fait, il me faisait tellement peur. Parce que je l'avais vu taper dans les murs, dans les meubles, je l'avais vu dans un tel état que j'avais peur de lui, en fait, tout simplement. Et je me suis exécutée, mais ça a été une torture, et lui, pendant ce temps-là, il enfonçait encore ses doigts dans mon vagin, donc on peut parler de viol digital. Et après, je crois que j'ai mon cerveau qui a complètement décroché, parce que je ne me souviens pas trop de la suite. Et quand j'ai repris connaissance, lui, il était sous la couette, en train de regarder son téléphone portable. Donc il y avait la lumière de son téléphone portable qui lui éclairait le visage. Et moi, j'étais nue, en boule, sur le lit. J'avais juste froid, je me souviens, et j'ai juste voulu me faxer comme ça, sous la couette. Et quand il a vu que je bougeais, il a dit cette phrase. Il a dit... Tu vois, c'était pas si terrible que ça. Et après, il a rajouté, de toute façon, tu fais aucun effort pour notre couple. Et ça, ces phrases-là, vraiment, elles sont vraiment gravées. Et j'étais sous la couette, je ne sentais plus mon corps. J'étais en dissociation post-traumatique 10 sur 10, quoi. Et je ne comprenais plus rien. Je ne savais plus qui j'étais, où j'étais. Et après toute la nuit en fait j'étais aux toilettes et j'ai vomi, j'ai eu la diarrhée, j'étais malade en fait. Mais je pense que c'est juste le choc tout simplement du viol. Le lendemain j'ai pas pu aller au travail. J'ai dû appeler le régisseur de l'orchestre et lui dire je suis désolée je crois que j'ai de la gastro. Parce que je savais pas à l'époque à 32 ans légalement que ce qu'il m'avait fait c'était un viol en fait. Et j'ai juste vu les symptômes de gastro. En plus à l'époque il y avait une épidémie de gastro dans cette ville là donc je pensais que c'était une gastro. Et à cause de lui, j'ai loupé le travail en fait. Suite à ça, ça a été l'enfer. Et je suis partie de chez lui une semaine après. J'ai fait ma valise. Et j'avais pas la force physique de porter mes deux Ausha. Donc j'ai laissé mes Ausha chez lui. Et j'avais tellement peur qu'il les désingue en fait, qu'il les igouille. Parce qu'il avait déjà donné un coup de pied dans un des deux Ausha. Mais en même temps, c'était un instinct de survie quoi. De m'enfuir de cet appart, de me barrer de chez lui. Et le pire, c'est que quand je me suis enfuie de chez lui, j'étais toujours sous emprise, j'étais toujours amoureuse. J'ai squatté chez des collègues le temps de retrouver un appart dans la ville où moi j'habitais avant. J'ai retrouvé un appart, sauf que c'est une ville la plus tendue, et il fallait que j'attende un peu avant d'avoir l'appart. Et dans le laps de temps, entre le moment où je suis partie de chez lui, où j'ai pu emménager dans mon appart, il a fait du harcèlement moral, avec de la violence perverse sur moi, et il m'a manipulée à nouveau. De façon à ce qu'il me remette dans son lit. Déjà, je lui avais dit, je ne veux plus te parler, je ne veux plus te voir. Donc si j'ai du courrier qui arrive chez toi, tu me mets dans mon casier. Et ça, déjà, il ne l'a pas respecté. Il n'y a eu aucun respect de toute façon dans cette relation, puisque au tout début de notre relation de couple, quand on est arrivé à l'orchestre pour le travail, pour la première journée de répétition qu'on avait ce jour-là en tant que couple, je lui avais dit surtout, je ne veux pas qu'on se tienne par la main, je ne veux pas que tu m'embrasses au travail devant les collègues. Et même ça, il ne l'a pas respecté, en fait, parce que le premier jour de travail, à la pause, devant tous les collègues, il m'a attrapée. Mais il m'a attrapée comme si j'étais une... Enfin, je mesure quand même 1m80, mais c'est comme si j'étais une poupée de chiffon. Et il m'a roulé une pelle devant tout le monde, par surprise, non consentie, de force. Moi, je n'étais pas encore titularisée, j'étais encore à l'essai sur mon poste, et c'était pile devant le directeur musical de l'orchestre, donc une personne importante. Et j'étais mais liquéfiée de honte, de gêne, de... Bah non en fait, ça peut compter comme une agression sexuelle ou un viol en fait. Dès le départ, il n'y a eu aucun respect. Quand on était ensemble, les courses chez Naturalia, un monsieur est alcoolo et gros fumeur, et il me demande d'acheter une boîte d'ampoules avec des plantes pour détoxifier le foie, c'est de ma poche, c'était d'un non-sens de toute façon ce comportement. Il m'a dit arrête la pilule, c'est plein de composants chimiques, c'est pas bon pour ta santé, alors que je prenais la pilule pour raison médicale en fait, parce que j'ai un sang qui ne coagule pas, qui ne cicatrise pas, j'avais des règles hémorragiques, et la pilule que je prends me permet de survivre à ça en me coupant mes règles en fait. Donc moi depuis que j'ai cette pilule, vraiment j'ai ressuscité, vraiment, et lui il a réussi à me la faire arrêter alors que je lui avais expliqué tout ça. Il m'a manipulée quand je suis allée chercher mes vêtements d'hiver chez lui. Il m'a fait un thé, il m'a dit « viens, on s'assoit sur le canapé, on discute » . Et en fait, il m'a fait les yeux doux et il m'a dit « tu me manques » . Il m'a dit tous les mots que je voulais entendre parce qu'il me manquait. Et je l'aimais, sincèrement. Pourquoi ? Je n'en sais rien. Mais aujourd'hui, je me pose quand même la question. Mais parce que j'avais cru à tous ces bobards, tout simplement. Il m'a remise dans son lit et moi dans ma tête je me suis dit mais c'est cool, c'est qu'on se remet ensemble. Et en fait pas du tout. Il m'a fait du harcèlement moral par exemple, j'étais en répétition dans l'orchestre, lui il est assis derrière moi donc il me voit mais moi je ne le vois pas. Et quand je portais mes ongles à ma bouche pour les ronger, avant je me rongeais les ongles, il faisait comme ça. Comme il me le faisait quand on habitait ensemble et qu'on était dans son appart et qu'il me surveillait pour pas que je me ronge les ongles, par exemple. Et ça, l'avocate, quand je lui ai dit ça, elle a fait « euh » . Ça, c'est flippant, en fait. Et en fait, ce qui s'est passé, c'est que c'était un jour on se remet ensemble, un jour non, un jour oui. Enfin, c'était une espèce de toujours ce chaud-froid. Et donc, le second viol a eu lieu en décembre 2019. C'était sur le lieu de travail. C'était juste avant Noël, donc. Et on savait qu'on allait... pas fêter Noël ni le nouvel an ensemble, alors qu'on était ensemble, normalement. Moi, j'étais ruinée par le remboursement du prêt étudiant, par le déménagement, les frais d'agence, racheter des meubles, parce qu'évidemment, quand je me suis installée chez lui, le lave-linge que je venais d'acheter... Non, t'inquiète pas, j'ai déjà un lave-linge, enfin, tu vois, plein de trucs à racheter, plein de dépenses comme ça. Et en fait, il me disait, j'ai quelque chose d'important à te dire. Et moi, même ruinée, je lui avais trouvé un petit cadeau de Noël que je voulais lui donner. Et il me propose qu'on se rejoigne sous la scène. On avait concert à 20h et je sais pas, 10 minutes avant, on se rejoint sous la scène. Moi dans ma tête je pensais qu'on allait discuter et j'allais lui donner son petit paquet de thé là pour Noël et puis basta. Et en fait il n'avait rien à me dire, important, par contre il m'a attrapée. vraiment avec une force physique plus forte que la mienne, quoi. Et là, il m'a, entre guillemets, embrassée, c'est-à-dire qu'il a écrasé sa tête contre la mienne. Il m'a fait mal aux dents, au cervical, à la mâchoire. Il a planté sa langue dans ma bouche. J'ai failli avoir, tu sais, un gag reflex, là, comme ça. Et c'était vraiment pas un baiser d'amour du tout. C'était pas agréable du tout. C'était de la domination, de la violence. C'était hyper violent. Et là, avant même que je puisse comprendre ce qui se passe, il a à nouveau commis ce qui s'appelle un viol digital, c'est-à-dire qu'il a enfoncé ses doigts dans mon vagin. Et je me souviens, j'ai eu l'impression qu'il allait casser mon pantalon de concert. C'est-à-dire que t'es habillée en noir pour les concerts. Moi, j'avais un t-shirt manche longue, noir, pas décolleté, un pantalon large, noir. J'étais pas du tout habillée en sexy, en quoi que ce soit. C'est juste pour préciser, parce que les gens, des fois, ils s'imaginent que les victimes de viol sont toujours très maquillées, très bien coiffées, bijoutées, habillées sexy. Non. Voilà, le premier viol j'étais nue et le second viol j'étais en habit de travail. Et là en fait je me souviens, je me suis dit mais il va casser mon pantalon en fait. Tellement il y est allé violemment. Et là j'ai eu un mouvement pour m'écarter de lui, parce qu'il me serrait contre lui et j'ai eu un mouvement pour m'écarter de lui. Et en fait la violence de ce viol c'est qu'en fait avec ses doigts il a fait un crochet et il m'a tiré par le vagin vers lui, comme ça, désolé je tremble un peu. Et en fait, ça m'a fait un mal de chien. Et après, il est parti. C'est-à-dire qu'il a lâché son étreinte, comme ça. Il a retiré ses doigts. Et il est parti. Sans rien dire. Et moi, j'étais dans un état de choc total. Je ne comprenais plus rien de ce qui s'est passé. Je pense que ce viol a duré, en tout et pour tout, dix secondes. C'est-à-dire qu'il est venu. Bim, il est parti. Et ces dix secondes-là... le 22 décembre 2019, ont suffi à me briser. Voilà. Et en fait, je me souviens, quand j'ai un peu repris mes esprits, dans ma tête, il y a eu une petite voix qui m'a dit, c'est l'heure du concert. Au lieu d'aller à la police et porter plainte, non, je suis allée dans ma loge, chercher mon instrument, je suis montée sur scène, j'ai fait le concert, en mode pilote automatique, et j'ai fait le concert, et je me souviens, un moment, je m'étais tournée vers lui, et il se marrait avec ses potes. Enfin, tout va bien, quoi. Et j'ai réussi à mettre fin à cette relation d'emprise quelques jours après le nouvel an. Un des détails de la relation d'emprise avec un pervers manipulateur comme lui, il ne m'avait fait... aucun cadeau pendant qu'on était ensemble. Et en fait, pour ce, entre guillemets, Noël, là, il m'a fait un cadeau. Mais c'était pas un cadeau pour moi. C'était un cadeau pour lui. Moi, je suis plutôt du style à mettre des culottes en coton petit bateau. Je suis pas très très portée sur la lingerie sexy en dentelle, parce que déjà, ça gratte. C'est pas confortable du tout. Et je pense qu'il y a beaucoup de femmes qui seront d'accord avec moi. Et... Et en fait, là, pour... entre guillemets Noël, il m'offre un sac au bad, avec de la lingerie noire en dandelle sexy dedans. Ce n'était pas un cadeau pour moi, c'était un cadeau pour lui. Il était tout le temps à découvert, avec sa carte bleue bloquée, quand on était en couple ensemble, il me demandait de retirer de l'argent au distributeur pour lui donner de l'argent liquide pour qu'il aille faire ses courses, alors qu'il avait un meilleur salaire que moi, il avait 4 ans de plus que moi, il était à l'orchestre depuis plus longtemps que moi, il gérait pas du tout son argent. J'ai appris par la suite, par un de ses amis proches, que ... il buvait son salaire, parce que l'alcool en fait ça coûte cher. Et en fait, il m'a fait ce cadeau-là, et là je me suis dit, c'est quoi ce bugus quoi ? Il y a la plupart des victimes d'emprise qui font en moyenne, c'est Muriel Salmona qui avait parlé de ça, je crois qu'il y a 7 à leur tour. Elles partent, elles reviennent, elles partent, elles reviennent. Moi je me dis, c'est bon, j'en ai fait qu'un seul. Allez, je suis forte, je peux le faire. J'ai mis un terme à cette relation d'emprise début janvier 2020. À partir de ce moment-là a commencé un jeu pour lui de harcèlement moral. Pendant le premier confinement, il m'a envoyé par exemple à une heure du mat' une chanson d'amour. Le chant lexical de cette chanson c'est « Je suis un vieux bateau naufragé au fond du port, naufragé je t'aime encore » . Donc moi le lendemain matin je me lève, je vois ça et je dis « Mais laisse-moi tranquille en fait » . Je lui avais dit « Je ne veux plus que tu m'écrives, c'est fini, stop » . Il m'a dit « Ah mais c'est très dur pour moi ce confinement, je suis seule » . Bah oui, les bars sont fermés en plus, donc c'est très dur. Le confinement se termine, et là il est question de reprendre le travail. Et là j'ai tellement peur de retourner au travail, que je vais voir une dame à la RH de l'orchestre, et j'y vais en tremblant quoi. Et je lui ai dit « En fait j'ai peur de le revoir au travail » . Et là, cette dame, qui est censée je pense être formée un minimum, ou en tout cas, ce n'était pas le cas, mais j'espère que maintenant elle l'est, elle m'a dit « Ah bah ouais, mais il ne fallait pas sortir avec un collègue. » Donc une inversion de la culpabilité totale. Et là, je lui ai dit « Non, mais j'ai vraiment peur, en fait. Il m'a harcelée pendant le premier confinement, il a été violent avec moi. À cette époque-là, je n'ai toujours pas conscience que légalement, j'ai été victime de viol, mais je lui ai dit « J'ai peur de lui. » Et là, elle me dit « T'as qu'à aller voir un hypnothérapeute. » Moi, je suis allée voir une hypnothérapeute après mon accident de voiture. tiens elle t'aidera. Donc j'y suis allée. Donc j'ai payé, encore, de ma poche. Et après, je me souviens, elle a commencé à parler de Angelina Jolie, Jennifer Aniston, Brad Pitt et tout. Elle a changé de sujet, comme ça, elle a fait un switch, elle a dit « moi j'ai toujours préféré Jennifer à Angelina » , et j'étais là « euh » . Je ne me sens absolument pas écoutée par cette femme. Enfin, bon. Je reprends le travail, et là j'ai tellement peur d'aller au travail que j'ai mon corps qui commence à développer des symptômes. très handicapant pour mon travail, c'est-à-dire que j'ai mon bras droit qui se paralyse. Le bras qui est censé faire le son pour jouer ton instrument, il se paralyse. Et en fait, ça, les psys avec qui j'ai travaillé depuis m'ont expliqué que la zone primitive du cerveau a associé travail égal viol égal danger de mort. Parce que pour le cerveau, c'est pareil. Un viol et une guerre mondiale avec un bombardement atomique, c'est pareil, c'est la même peur en fait. mon bras se paralysait. J'ai fait mon travail, quand même, et c'était une source de peur, de trac énorme. Ce qui s'est passé, c'est que pour oublier tout ça, je me suis plongée dans mon travail. J'ai vraiment travaillé le plus possible. Du coup, je me suis blessée l'épaule. Je me suis fait une tendinite à l'épaule, ce qui arrive pas mal chez les musiciens. Et en fait, pendant cet arrêt maladie, je fais la connaissance d'une musicienne qui me demande de l'héberger, parce qu'elle vient faire le concours à l'orchestre. pour auditionner, pour avoir un poste dans cet orchestre. Malheureusement pour elle, ça n'a pas marché, mais heureusement pour elle, ça n'a pas marché. Et elle me demande, est-ce que tu peux m'héberger ? Pas de problème, tu es la bienvenue. On s'était déjà croisées vite fait. On parle, on fait connaissance. J'en arrive à lui dire, en fait, je suis sortie avec tel musicien de cet orchestre, il a été violent avec moi, j'ai peur de lui, je ne sais pas quoi faire. Et là, cette femme me décrit une agression sexuelle, une tentative de viol. sur le lieu du travail, après un concert de cet orchestre-là à la Philharmonie de Paris. Il a essayé de la... de la violer, c'est-à-dire qu'il l'a suivie dans un couloir, je crois qu'il l'a plaquée contre un mur, et il lui a mis les mains sur ses vêtements, au niveau de ses seins et de ses fesses et de son sexe, d'abord sur les vêtements, sous les vêtements, puis sous les sous-vêtements. Heureusement, il n'y a pas eu de viol pour elle. Pendant tout ce temps-là, elle se débattait, elle ne l'a absolument pas draguée, de toute façon, elle m'a dit « je ne le connaissais pas » . Et elle a réussi à s'enfuir en courant, elle m'a dit j'ai pas dormi de la nuit, et dès le lendemain matin... matin, elle en a parlé à quelqu'un de l'orchestre. La personne, si je m'en souviens bien, elle lui a dit « Oui, t'as dû lui envoyer des signaux, ou t'as dû mal interpréter ces signaux. » Enfin, en gros, une dénégation totale de ce qui s'est passé. Et du coup, je la comprends très bien, cette femme, elle a plus voulu en parler après. Et quand elle m'a dit ça, en fait, cette autre victime, ça a fait un énorme déclic dans ma tête. Et là, je suis allée voir un psychothérapeute parce que j'avais des problèmes de trac. d'aller sur scène, mon bras qui se paralyse, pas pratique pour jouer de ton instrument. En deux séances, ce psychothérapeute, il me dit, mais madame, vous êtes légalement victime de plusieurs viols, en fait, de la part de cet homme-là. Et je me souviendrai toute ma vie la réaction que j'ai eue, je lui ai dit non, non. C'est que je refusais cette étiquette de victime, en fait, parce que j'avais bossé purée de patates, mais j'avais bossé comme une tarée pour avoir mon poste. Moi, je ne suis pas issue d'une famille de musiciens, j'ai commencé. tard. Moi, j'ai commencé dans un vrai conservatoire avec un vrai prof pour mon instrument. J'avais 18 ans et j'ai cumulé jusqu'à 6 jobs étudiants en même temps pour mener à bien mon parcours d'études, de concours. Ma génitrice qui m'a coupé les vivres quand j'avais 25 ans, j'étais pas loin de l'indépendance financière, mais j'ai ramé. Il y a des semaines, je faisais plus d'heures de babysitting que d'instruments. Enfin, j'ai pas été pistonnée, j'ai pas coucher. J'ai jamais brisé le mariage de n'importe quel musicien célèbre pour accéder à la célébrité ou à la fame ou quoi que ce soit. J'y suis arrivée de façon totalement honnête sur mon poste. Et du coup, je refusais cette étiquette de victime, parce que moi j'avais bossé dur, pourquoi ? Pour être musicienne classique professionnelle. Et je sais bien jouer, et je refusais cette étiquette de victime. Et là, du coup, il m'a évidemment dit, il faut voir une avocate. Il m'a indiqué une association de victimes d'abus sexuels dans la ville où j'étais, j'y suis allée. Donc j'ai dû encore tout raconter. Et à chaque fois que tu décris, ça te pompe une énergie de dingue. Là, ça se voit pas parce qu'on est jusque dans le son, mais en fait, j'ai tout mon corps qui tremblait. Voilà, c'est très très difficile d'en parler à chaque fois, même six ans après, quoi. Cette association m'oriente vers une avocate qui est censée être spécialiste. Voilà, de la défense des femmes, je vais voir cette avocate, je lui redis tout, et elle me dit mais faut porter plainte. Il y a plusieurs viols, il y a une autre victime, faut porter plainte. Je savais que si je portais plainte, je risquais de perdre mon poste. J'ai eu cette intuition, ce pressentiment très très présent dès le départ, ça n'a pas loupé. J'ai porté plainte un an après. J'ai vu l'avocate le 21 juin 2021, et j'ai réussi à porter plainte le 30 juin 2022. Entre les deux, j'ai réussi à tout dire à un collègue musicien, délégué, syndiqué. On a bu un café début août 2021 et je lui ai dit j'ai très très peur. Parce que là, fin août 2021, l'orchestre part en tournée, on est logé dans un hôtel. J'ai peur qu'il me suive dans un couloir et qu'il me fasse pareil encore. J'ai peur, j'ai peur de lui tout simplement. Ce délégué syndiqué en a parlé à la régie de l'orchestre et il a prévenu le régisseur. Il a dit, elle, si vous voyez que lui s'approche d'elle, Enfin non, en gros, ils n'ont pas le droit d'être en contact, ces deux personnes-là. L'orchestre était au courant dès août 2021, qu'il y avait un problème avec cet homme-là. Le harcèlement moral continuait. Moi, j'ai eu la chance de refaire ma vie avec mon super doudou, mon compagnon en or massif plaqué diamant en août 2021. Il y a eu du harcèlement moral de la part de l'agresseur, sur et en dehors du lieu de travail, et même devant mon compagnon. jusqu'à mai 2022.
- Speaker #0
C'est-à-dire qu'avec l'orchestre, par exemple, on est allé jouer à la Philharmonie de Paris en octobre 2021. Mon compagnon est venu écouter le concert. Avant le concert, l'agresseur s'assoit juste à côté de moi pour chauffer son instrument, et il fait tout pour me déconcentrer. Comment dire, il savait qu'il m'emmerdait, mais il le faisait en continu, quoi. Quand on était ensemble avec l'agresseur, il m'avait parlé une seule fois de musique classique. Il m'avait demandé « C'est quoi ton morceau préféré ? » Et je lui ai répondu « Le Sacre du Printemps » d'Igor Stravinsky. C'est la seule discussion qu'on a eue sur le sujet de la musique classique. Et en fait, quand on s'est séparés et qu'il a commencé le harcèlement moral, sur son instrument, il jouait l'introduction du Sacre du Printemps. Donc ça, les psys m'ont expliqué, c'est ce qu'il s'appelle de la violence morale perverse. C'est très sournois, c'est très insidieux, et les gens qui sont autour de vous ne peuvent pas s'en rendre compte. Il n'y a que vous qui savez, en fait. Qui sachiez, qui savez. Ah zut, je ne sais pas.
- Speaker #1
Qui savez.
- Speaker #0
Qui êtes au courant, voilà. Exactement.
- Speaker #1
C'est la meilleure façon de dire.
- Speaker #0
C'est simple, en mai 2022, moi, mon compagnon, je lui ai dit, après ce concert de cet orchestre à la Philharmonie de Paris, on va boire un verre avec des amis, et mon compagnon, et là, l'agresseur, ne fait que faire des allers-retours devant nous, en nous regardant lourdement. De façon à ce que, même moi, si je l'ignore, il y a mon compagnon, mes amis, mon ami Luthier, qui s'en rendent compte et qui me demandent c'est qui lui ? C'est qui ? C'est quoi son problème ? En rentrant chez mon compagnon, il me demande « mais qu'est-ce qui se passe avec lui ? » Et là, je lui dis tout. Et évidemment, je fonds en larmes. Et évidemment, je me sens désolée, en fait. Parce que moi, à l'époque, je me sens tâchée. Je me sens salie. Donc de janvier 2020 à mai 2022, l'agresseur s'amusait à jouer l'introduction du Sacre du Printemps sur son instrument. Et en mai 2022, mon compagnon, qui est musicien aussi, il venait faire des remplacements à l'orchestre. Et en mai 2022, l'orchestre a joué le Sacre du Printemps. J'ai fait des chutes de tension très violentes à l'approche de cette série d'orchestres, tellement cette musique me torturait le cerveau, en fait, tout simplement. J'ai failli pas pouvoir faire le concert. Mon bras s'est tellement paralysé que j'arrivais pas à jouer mon instrument normalement. Je me souviens, après le concert, avec mon chéri et des collègues de l'orchestre, on va dans un pub. à côté de la cité des congrès de cette ville-là, et on se pose avec une bière et moi je peux enfin souffler, ben non, il y a l'agresseur qui vient avec ses potes dans le pub et qui s'assoit à la table en face de moi. De façon à ce qu'il soit aligné à moi. C'est-à-dire que mon conjoint, il était un peu vers la droite comme ça, et il y avait un trou, et ben il y avait l'agresseur qui me fixait du regard. Donc même boire une bière avec mon mec après un concert, vous pouvez pas le faire tranquille. Donc là, je demande discrètement à mon mec, est-ce qu'on peut échanger de place ? On échange de place, et là, il me dit je comprends pourquoi tu m'as demandé, je le vois, enfin, il te laisse pas tranquille, c'est pas possible. Et dès que mon mec est en face de l'agresseur, l'agresseur se lève, et il sort dehors, de façon à me regarder à travers la vitre. Tu vois, il fait style, qu'il s'allume une clope et qu'il boit une bière dehors, et en fait, le psy que je voyais à l'époque... Il m'a dit une dure vérité. Il m'a dit, non mais il ne vous lâchera jamais. C'est un pervers. Donc là, c'est très dur. Ça, c'était en mai 2022 et fin juin 2022. J'en peux tellement plus au niveau de la santé. J'ai fait 12 crises de cholecystite aiguë. C'est une inflammation aiguë de la vésicule biliaire. Tu vois, l'expression ne te fait pas de bile. Le foie et la vésicule, c'est lié au stress, en fait. Et j'étais... tellement stressée que j'ai fait 12 crises de colécystite aiguë. Normalement, au bout de 5, on te retire la vésicule biliaire. Ouais, et en fait, je suis allée, je crois, 8 fois aux urgences. J'en ai gérée toute seule à la maison, parce que j'avais même plus la force d'appeler le SAMU tellement j'avais mal. C'est une douleur qui apparemment est comparable à une douleur d'accouchement sans péridural. Donc j'ai un immense respect pour les femmes qui vont accoucher sans péridural. Tu vas aux urgences, t'as tellement mal qu'on te met sous morphine, et t'attends que ça passe. C'est bon, là on me l'a retiré donc j'ai plus ça Et je vais porter plainte le 30 juin 2022. Je suis dans un bureau de police face à un brigadier, un homme que je ne connais pas, et qui me demande, pendant 5h30 et 9 pages de procès verbal, de décrire dans les détails les viols que j'ai subis. Ça, pareil, tu dois toujours raconter à chaque fois la même histoire. Pendant ces 5h30, t'es assise, on te propose même pas un verre d'eau, tu fous en larmes, on te propose même pas une pause, c'est un processus qui est très difficile. Mais moi, dans ma tête, quand je suis allée porter plainte, je me suis dit, c'est bon, je vais porter plainte, et ça va mettre un terme à tout ça. Et on va m'aider, et on va m'écouter, et la police va me protéger, et lui, il sera placé en garde à vue dans deux, trois jours. Non, en fait, j'ai porté plainte le 30 juin 2022. Le 1er juillet 2022, tout l'orchestre était au courant. Parce qu'il y a eu une fuite d'informations. De toute façon, ils allaient le savoir un jour ou l'autre. Moi, je me suis placée en congé maladie. Parce que de toute façon, physiquement, entre les chutes de tension, les crises de cholecystite, je ne tenais plus debout. J'avais masqué tout ça pendant plus de deux ans, deux ans et demi en fait. Les collègues à l'orchestre, je pense qu'il n'y avait personne qui était au courant de ce que j'avais vécu. Les rares personnes auxquelles j'ai réussi à le dire, elles me disaient toutes « Non mais c'est un malade, mais il faut que tu ailles porter plainte, mais c'est pas possible » . Je me souviens le 21 juin 2020, jour de la fête de la musique, on doit jouer en direct sur une scène et on est retransmis en direct sur Youtube et Facebook. Moi j'ai déjà mon bras droit qui est paralysé donc compliqué mais j'y arrive quand même. On répète avec des collègues, tout se passe très bien, on déjeune, tout se passe très bien. Et à la fin, au niveau du dessert, il y a la femme d'une collègue qui me demande « Au fait, machin là, il te laisse tranquille ? » J'avoue, je ne comprends pas pourquoi elle m'en parle. Pour moi, on n'est plus ensemble depuis 6 mois, et je suis très surprise qu'elle m'en parle. Et de toute façon, le simple fait qu'elle me parle de lui, ça fait que je fais une crise de panique et je pleure. de façon incontrôlable, vraiment, comme un bébé, quoi, qui est terrorisé. Et là, je pleure et je lui dis, bah non, il m'a fait chier pendant le premier confinement, il m'a envoyé une chanson d'amour à la con, enfin, il m'a encore torturé l'esprit, j'en peux plus. Elle se tourne vers sa femme, avec qui je vais jouer quelques minutes après, quoi. Elle dit, non mais de toute façon, lui, c'est un malade, on l'a croisé pendant le premier confinement, il m'a dit qu'il s'était remis avec son ex, et en fait, je voulais juste plus entendre parler de lui, quoi. Je voulais qu'on me laisse tourner la page et me remettre de tout ça. J'ai réussi à sécher mes larmes, à jouer. Sur la vidéo, on voit aucune trace. Vraiment, j'étais passée maître dans l'art de masquer mon stress et mon traumatisme. Et en fait, c'est simple. En juillet 2022, je suis en arrêt maladie. Je tiens à peine debout. C'est mon mec qui s'occupe de moi, clairement. Moi, j'étais allée voir l'administrateur de l'orchestre. J'étais entourée des deux collègues... délégué syndiqué. Je lui ai tout dit. Donc voilà, tu répètes encore le même récit des viols et des violences, et t'en peux plus. Et bah le soir même, j'avais concert. Tu vois, alors que j'étais crevée. Et le 27 juin 2022, c'était le dernier concert que j'ai fait avec cet orchestre. Et on jouait le Requiem de Berlioz. Et en fait, au moment du Dies Irae, ces jours de colère, j'ai senti un truc dans mon corps, c'est là où la musique, des fois, c'est très puissant. J'ai senti que non seulement c'était le dernier concert que je faisais avec cet orchestre, je ne savais pas encore que j'allais perdre mon poste, mais c'était un sentiment très fort. Et en fait, j'ai senti aussi que ça allait être le début d'un combat énorme. Je ne me suis pas loupée. Donc, ça fait le dépôt de plainte. Tout l'orchestre est au courant. Moi, je suis en arrêt maladie et il y a une « enquête interne » qui est menée au sein de cet orchestre. Le directeur général de cet orchestre est au courant. L'enquête interne est menée de façon à ce que l'agresseur et ses potes soient interrogés, mais je ne suis pas interrogée. Déjà là, à côté de la plaque, ça ne se fait pas, c'est illégal. Et apparemment les questions qui sont posées c'est « Comment définissez-vous la victime en deux mots ? » Pourquoi cette question ? J'avoue, je ne comprends pas. Et l'autre question qui a été posée c'est « Avez-vous été témoin des viols ? » Ben non, forcément personne. Il s'est débrouillé pour faire ça à l'abri du regard de tous. Et à la fin du mois de juillet 2022, je reçois un coup de fil du directeur général de l'orchestre, et qui me dit « on a terminé l'enquête interne, mais je n'ai aucune preuve contre l'agresseur. » Présumé, le fameux présumé. Et il y a la présomption d'innocence. Sauf que non, en fait, il n'y a pas de présomption d'innocence dans le Code du Travail, l'employeur se doit de protéger ses employés, point barre. Donc là déjà, deuxième faux pas. Pendant l'enquête interne, il y a quelqu'un qui a voulu témoigner de façon anonyme, parce que je pense que cette personne a voulu me défendre, et le directeur général de cet orchestre a refusé de recevoir ce témoignage anonyme. Donc ça je pense que c'est pareil, c'est illégal. Mais de toute façon, le compte-rendu de cette enquête interne est un torchon, c'est un tissu de mensonge, c'est en gros, l'agresseur est un type charmant, c'est écrit noir sur blanc dessus. Monsieur machin a pris soin de ne pas importer, importuner pardon. Madame Mh Mh, à la suite de leur séparation. C'était pas une séparation, j'ai dû m'enfuir de chez lui, limite en courant, après avoir été violée, les gars. Enfin, faut remettre un peu les choses dans le contexte. Et donc cette enquête interne, en gros, c'est moi qui ai des fragilités psychologiques. C'est marqué entre parenthèses. Pleure ? Oui, madame a pleuré devant des collègues. Bah oui, en fait, j'avais subi des viols et du harcèlement. Bah oui, oui, en fait. J'ai pleuré peut-être deux, trois fois devant des collègues. Mais de là à me traiter dans mon dos, évidemment, de menteuse, de foutueuse de merde. Il y a une collègue de l'orchestre qui a réagi par... ça s'appelle de la projection. Je vous ai appris plein de trucs en psychologie depuis. Et en droit aussi. Elle a dit, non mais elle, de toute façon, elle a des problèmes, il faut qu'elle se fasse soigner. Et là, tu dis, non mais... Pendant deux ans et demi, j'ai toujours été là avec vous, j'ai joué avec vous, vous m'avez demandé de garder vos enfants, on a fait du sport ensemble, on a passé des confinements ensemble. Quand vous aviez un coup de mou, j'étais là pour vous. Et là, il se passe ça. Du jour au lendemain, il y a un silence assourdissant autour de moi. C'est-à-dire que cet orchestre-là... J'avais travaillé d'abord en tant que supplémentaire, en 2013. C'est-à-dire que ça faisait 9 ans que ces gens-là me connaissaient, qu'ils savaient qui j'étais. Ça a été d'une violence sans nom, en fait, ce dépôt de plainte. Et j'ai tout de suite su que le directeur général de cet orchestre protégeait l'agresseur. Et il m'a dit, on ne peut pas le virer. Donc ce que je vous propose, madame, c'est que vous reveniez tous les deux à l'orchestre à la rentrée de septembre. Et là, j'ai répondu non. Et là, je lui ai dit, monsieur, vous protégez un violeur. Et il a dit, oui, mais vous comprenez, moi, mon rôle, c'est de vous protéger tous les deux. Et il répétait ça en boucle, comme pour se dédouaner. Il m'a demandé, mais là, au mois d'août, vous allez prendre des vacances ? Oui, pourquoi ? Vous allez partir un peu ? Oui, pourquoi ? Ah, vous allez où ? Dans la campagne de Lyon, chez les parents de mon compagnon. Pourquoi ? C'est bien, vous allez vous reposer, et puis on s'appelle fin août pour faire le point sur votre rentrée. C'est-à-dire que cet homme a voulu effacer ses viols avec un mois de vacances à la campagne. Il a invalidé, c'est ça, tout mon ressenti, mon vécu, mes émotions, mon trauma. Et du coup, moi, j'ai fait les démarches nécessaires pour obtenir un congé longue durée. Et j'ai immédiatement commencé à préparer des concours pour retrouver un job ailleurs, en fait. Parce que j'ai compris que je n'étais pas protégée par mon employeur. J'ai fait des concours où il y avait des postes, mais ils ne prenaient personne. Donc pour le moment, ça n'a pas encore marché. Voilà, moi je croyais que l'agresseur allait être convoqué au commissariat trois jours après. J'ai dû attendre 26 mois. 26 mois pour que l'agresseur soit placé en garde à vue. Et dans ces 26 mois-là, donc ça fait plus de deux ans, j'ai dû quitter la ville où j'habitais. Parce que quand je croisais des collègues de l'orchestre dans la rue, ils me voyaient. Il baissait les yeux et il changeait de trottoir. Comme si c'était moi qui étais une lépreuse. Ça a été vraiment un effacement total du jour au lendemain. J'ai décidé de quitter cette ville et je me suis installée chez mon chéri à Paris. J'étais en congé longue maladie. Ce congé longue maladie a été d'abord refusé par le médecin qui était en charge sous prétexte que ce que j'avais vécu, c'était pas assez grave. Je pense que tant que t'es pas morte, de toute façon, c'est pas assez grave. Ouais,
- Speaker #1
c'est ça.
- Speaker #0
C'est l'administration de l'orchestre qui a négocié elle-même ce congé longue maladie avec une assurance je sais pas quoi. Donc merci, ça me permet d'avoir quand même des sous pour payer mon loyer, pour préparer mes concours, pour payer ma psychothérapie, mes frais d'avocate et tout et tout. Et là en fait, un jour, je suis en pleine préparation de concours, je suis sur le point de passer un concours, et là je reçois un coup de fil d'un collègue, là c'était en mai 2024. Le seul musicien de l'orchestre qui m'ait soutenue. Ce collègue qui est délégué, syndiqué, il m'appelle, il me dit « Tu dois revenir travailler à l'orchestre maintenant, mai-juin-juillet, sinon tu vas être viré. » Parce que cet orchestre-là, t'as d'abord 6 ans de CDD avant d'être en CDI. Et en fait, je lui dis « Bah je sais pas, ça dépend. L'agresseur, il est toujours là ? » « Oui, oui. » « Bah non, je peux pas. Je peux pas, psychologiquement, je peux pas. » Et il me dit « Bah tu risques d'être viré. » Donc là, immédiatement, je contacte une avocate de droit du travail. qui consulte le dossier, qui est super, qui est vraiment génial. L'avocat du droit pénal que j'avais contacté via une association de victimes ne faisait aucun travail. C'était une passivité totale. Et quand j'ai su que j'allais me faire virer, je l'ai contacté. J'étais très très mal et je lui ai dit « mais qu'est-ce que je fais, qu'est-ce que je fais ? Je peux pas y retourner, mais mon travail me manque, mais qu'est-ce que je fais ? » Moi je l'ai vécu comme une violence supplémentaire. Elle m'a dit Oh bah écoutez, si votre travail vous manque à ce point-là, vous n'avez qu'à y retourner, hein. Et avec vraiment un ton de voix, mais hyper bourru comme ça. Et là, dans ma tête, je me suis dit, bon, je dois changer d'avis de 4, parce que non seulement elle ne fait rien, elle est injoignable, et en plus, elle me fait comprendre que... qu'elle prend mon dossier avec grâce, que c'est une action de grâce de prendre mon dossier. Change de métier. L'avocate du droit du travail, on va voir le directeur général de cet orchestre et on lui fait comprendre que c'est juste pas possible. Moi, je réclame juste ma troisième année de congé long de maladie et c'est tout. Je sais que je ne vais pas y retourner à cet orchestre, mais je veux juste mon congé pour préparer des concours, pour rebondir. On a un entretien avec cet homme. Il me dit « Mon conseil prendra contact avec votre conseil. » C'est tout. Trois jours après, je reçois une lettre. Donc ça veut dire que la lettre était déjà prête, déjà dans l'enveloppe, prête à partir. Je reçois une lettre qui m'informe que je suis virée de l'orchestre. Voilà, entre-temps je prends contact avec une association de victimes qui est super, qui me trouve une nouvelle avocate, qui est une grande avocate. Cette avocate me fait comprendre. que comme je n'ai pas de preuve des viols, je n'ai pas de témoin des viols, je vais perdre. J'apprends aussi entre-temps qu'une brigadière de police d'un hôtel de police, donc de la ville de l'agresseur, elle me contacte et elle me dit « C'est bon, fin août 2024, votre agresseur sera placé en garde à vue. » Enfin, 26 mois après le dépôt de plainte, parce que toi, clairement, t'attends que ça. T'attends réparation, t'attends justice, en fait. Et pendant sa garde à vue, je suppose qu'elle l'a interrogée, elle l'a cuisinée, il a tout nié en bloc. Et après, il y a eu ce qui s'appelle la confrontation. La confrontation, donc tu es face à cette brigadière de police, dans la même pièce que ton agresseur. Il avait une avocate commise d'office, et moi j'avais l'assistante de mon avocate qui était là avec moi ce jour-là. Je ne voulais pas y aller au début, parce que rien qu'à l'idée d'entendre sa voix, j'étais malade de stress en fait. J'aurais pas dû y aller parce que ça n'a servi à rien. La brigadière a été super. Vraiment, je la remercie. Dès que j'ai les sous, je lui envoie un énorme bouquet de fleurs. Cette brigadière, avant la garde à vue de l'agresseur, m'avait contactée et elle m'avait demandé un complément d'enquête. Elle m'a dit toutes les infos, tous les détails que je vous avais. Sur la relation, le contrôle coercitif, la violence, les viols, tout. Vous m'envoyez tout. Je l'ai tout envoyé, elle a tout lu, elle a tout enregistré, elle connaissait vraiment, elle était impliquée vraiment, cette brigadière. En fait, l'agresseur, face caméra, parce qu'il est filmé pendant la confrontation. Face caméra, il a réussi à se contredire. Déjà, il a tout nié en bloc. Donc, il a menti sans vergogne pendant toute cette confrontation. Il a réussi à dire par rapport à l'autre victime. Il a d'abord dit « Non, c'est faux. Je n'ai jamais agressé madame. » Et après, il a dit « C'est bon, de toute façon, ça va. Elle m'avait aguiché toute la soirée. » En mode, elle l'a bien mérité. Donc il s'est contredit face caméra, et moi à ce moment-là, dans ma tête, je me dis, c'est génial, je vais gagner en fait, vu qu'il m'en mâle comme ça. Pendant cette confrontation, cet homme a réussi à dire, elle a porté plainte contre moi, parce qu'elle n'a pas supporté qu'on se sépare. Et elle n'a pas supporté de me voir au travail pendant deux ans, trois ans, je ne sais plus trop combien de temps, mais très longtemps en tout cas. Il y a beaucoup de moi qui se sont écoulées entre les viols et le dépôt de plainte et mon départ de cet orchestre. Et en fait, il a dit ça alors que ça faisait des années déjà que j'étais avec mon mec. Et que je voulais juste oublier ça et tourner la page, quoi. La psy avec laquelle je travaille m'a dit, il est fort probable qu'il se soit dit dans son cerveau de manipulateur, elle est toujours amoureuse de moi, même si elle est avec un autre homme. Il a dit de toute façon, elle a des problèmes psy, je pense qu'elle prend des médicaments, de la drogue, enfin... Il a inventé tout un truc comme ça qui était... Moi, j'avais les oreilles qui saignaient, quoi. L'avocate commise d'office de cet agresseur n'a posé que deux questions. Quel âge aviez-vous au moment des viols ? Mais vous n'étiez pas au courant que c'était des viols ? C'est tout. Donc j'ai trouvé ça un peu bizarre. Et mon avocate, en fait, elle m'a dit « En fait, c'est une façon de vous défendre, vous. Qu'elle ne s'implique pas pour lui, c'est une façon de défendre pour vous. » Alors j'avoue, à la fois, c'est très bien. Il y a de l'espoir. pour la défense des femmes, mais en même temps, c'était vraiment très bizarre ce jour-là. Trois jours après, je reçois un coup de fil d'un juriste de l'association France Victime, de la région où j'habitais avant, que j'étais allée voir aussi, et qu'ils n'ont strictement rien fait pour moi. Désolée, je dois être très objective là-dessus. Ils ont été gentils, mais ils n'ont rien pu faire. Et ce juriste m'appelle, et j'étais en train de faire les courses dans un supermarché avec mon chéri, et je pensais qu'il voulait juste faire un point. sur mon dossier, et là non, en fait, il me dit votre dossier a été classé sans suite. Vu les preuves que j'avais, le compte-rendu des urgences gynécologiques, le témoignage de l'autre victime, enfin il y avait quand même des preuves dans mon dossier, quoi. Mon dossier n'était pas pauvre à ce point-là, et je m'y attendais tellement pas, parce que... Ça pouvait être reconduit pour enquête approfondie. Il y avait un espoir que ce ne soit pas classé sans suite tout de suite, selon mon avocate. Et là, trois jours après, on est en train de faire des courses dans un supermarché. Ce juriste m'appelle et il me dit « Oui, bonjour madame. Oui, c'est pour faire le point sur votre dossier. Oui, je vous écoute. Du coup, votre dossier a été classé sans suite. » Bim ! Il t'annonce ça sans prendre de gants de but en blanc comme ça. Et c'est simple, mes jambes m'ont lâchée et j'ai dû m'asseoir par terre. sur le carrelage du supermarché. Et j'ai pleuré parce qu'en fait, ce jour-là... Pardon, c'était le... C'était le jour où normalement j'aurais dû signer mon CDI. En fait, c'était le 4 septembre 2024. Et ce jour-là, j'aurais dû signer mon CDI. En fait, j'aurais pu enfin avoir une stabilité dans ma vie, pouvoir rembourser un prêt immobilier, pour voir... un peu me poser, peut-être faire un enfant avec mon mec. Et en fait, non. Et pendant ce temps-là, l'agresseur, il est toujours à son poste, quoi. Et c'est d'une violence, mais insensée. Et quelques semaines après, par hasard, sur les réseaux sociaux, je m'inscris sur Twitter pour regarder. Je suis pas restée longtemps parce que c'était d'une violence sans nom, ce réseau social. Et là, je vais voir le compte Twitter d'un conservatoire de musique. Donc de la région où j'habitais avant, quand j'étais en poste à cet orchestre-là. Et là, je vois des photos de l'agresseur, qui est invité à donner masterclass, c'est-à-dire, enfin, c'est des cours d'instruments, de son instrument à lui. Il donne masterclass dans un conservatoire à rayonnement régional, devant des élèves majeurs et mineurs. Et c'est des photos de lui, en mode... gars gentil, souriant et tout, comme ça, et c'est marqué « Bravo à l'artiste » , « Félicitations à l'artiste » , « Merci bidule machin chouette d'être venu » , et c'est en grande pompe comme ça, c'est en grande fanfare, avec des compliments, du bravo, machin, alors qu'en fait, ce mec-là, selon la loi, mérite la prison. Pas d'être glorifié, et surtout pas être en contact avec des mineurs, quoi. Et c'était d'une violence psychologique énorme. Et moi, pendant ce temps-là, en fait, Je me retrouve au chômage à ce moment-là, où je vois qu'il est prof pour des masterclass, et j'essaye de retrouver du travail, mais c'est très dur, parce que j'ai pris la parole publiquement. Tout le microcosme de la musique classique en France, ou presque tous, mais tout le monde est au courant. Je reçois des messages de soutien, de la part de musiciens qui me connaissent depuis 10 ans, 15 ans, qui me connaissent, qui savent qui je suis. Notre projet bébé avec mon mec, clairement, il est reporté. Sauf que moi, à 27 ans, j'ai eu un cancer des ovaires et j'ai plus qu'un seul ovaire. Et que du coup, j'ai la pression du corps médical qui me dit « faut pas tarder, machin » . Ben oui, mais moi j'ai envie de retrouver un CDI. Dans le contexte économique dans lequel on vit, on peut pas se permettre de pas travailler. Et en fait, c'est simple, quand je l'ai annoncé à ma famille, il n'y a eu aucun soutien. Il y a eu même des personnes qui ont essayé de me dissuader d'aller porter plainte. Et des personnes qui m'ont dit « oh ça va, c'est dans le passé, t'oublies » . J'ai quand même une cousine qui a mon âge. qui a réussi à me dire, donc je lui dis, écoute, voilà, j'ai perdu mon boulot parce qu'il s'est passé ça. Elle m'a répondu,
- Speaker #1
ah ouais ?
- Speaker #0
Mais moi, tu sais, mon cheval est mort. Alors oui, c'est très triste, je suis désolée pour toi, ma chère cousine, mais en fait, toi, t'as ton mari, ton job, tes enfants, ta maison. Oui, ta vieille jument qui est décédée, je suis désolée, je suis désolée, mais en fait, moi, j'ai tout perdu, quoi. J'ai perdu des dizaines de milliers d'euros. Mon apport pour ma maison s'est volatilisé. En fumée, comme ça, tout. Je peux toujours pas me permettre le luxe d'arrêter la pilule pour lancer un projet bébé, je sais même pas si ça va marcher... Et en attendant, j'ai 38 ans, et je retourne à la case départ de reprendre des concours d'orchestre. Et tout ça, ça coûte très cher. Les cours, le matériel, les billets de train, d'avion, tout ça... C'est une somme énorme, en fait. Le ministère de la Culture est au courant de mon dossier. Dès que possible... Ils agiront. J'ai pas le droit de dire ce qu'ils vont faire, mais je pense que ça va pas s'arrêter là. Et ce qui a été le plus dur pour moi, c'est d'apprendre que je n'étais pas la seule. Moi, j'ai grandi dans un contexte familial ultra violent, où mes géniteurs, il y a eu maltraitance, abus dans tous les sens. Donc je me dis que j'ai été façonnée aussi pour tomber dans les pièges d'un manipulateur pervers, violent, narcissique et tout. Mais en fait, non, c'est pas moi le problème. Le problème, c'est tous ces hommes. Et en fait, j'ai découvert avec Effroi, via cette association dont je fais partie, qu'il y avait plusieurs musiciennes, comme moi, qui ont subi des violences, qui ont porté plainte et qui se sont faites virer. Quand tu découvres ça, c'est très dur. Moi, je sais que j'ai eu envie de quitter ce milieu professionnel. Parce que je ne voulais pas être affiliée à ça. Je ne voulais pas faire partie de ce truc-là. Mais le truc, c'est partout. En ce moment, je suis en pleine reconstruction. Je continue la psychothérapie. Je continue les prépas de concours. Je vais y arriver. Je sais que je vais y arriver. Mais en attendant, j'ai 38 ans. Les viols ont eu lieu quand j'avais 32 ans. Et depuis, ces viols-là, qui n'ont duré que... Peut-être le premier viol, c'était 15 secondes, le second viol, c'était 10 secondes, mais ça suffit, en fait, à me briser partiellement. Ça, les gens doivent comprendre qu'une victime qui va porter plainte à la police pour viol ou harcèlement ou agression sexuelle, faut pas rabaisser cette personne, il faut pas l'insulter dans son dos ou en face. Moi, je sais que j'ai un cousin que j'aime beaucoup, quand j'ai réussi à lui dire, voilà, j'ai perdu mon boulot parce qu'il s'est passé ça. Lui il m'a dit « Ah au fait mon frère a eu un bébé ! » Il y a une espèce de switch comme ça qui se fait tout le temps. Mais ça c'est une violence encore que tu te prends dans la tranche. D'être effacée comme ça. J'ai perdu des gens que je considérais comme des amis. Aussi des amitiés très longues de 10, 12, 14 ans. Mais du jour au lendemain il n'y a plus personne. Alors que ces personnes-là en plus te disaient « Ah mais c'est un connard, il faut que tu ailles porter blindes ! »
- Speaker #1
Qu'est-ce que ça te fait témoigner ? Pourquoi t'en as eu envie ?
- Speaker #0
Parce que j'arrivais plus à vivre dans le silence. C'était un silence qui était en train de détruire ma santé, visiblement. Parce que tu veux être forte, tu veux masquer, tu veux cacher, mais en fait, il y a ton corps qui te rappelle que non, en fait. Et puis c'est surtout quand tu découvres les chiffres. Moi, quand j'ai découvert les chiffres, mon dossier a été classé en trois jours après la garde à vue de l'agresseur, je crois que c'est 94% des dossiers qui sont classés sans suite. C'est un chiffre comme ça. C'est énorme ! Il n'y a qu'une victime sur dix qui va porter plainte. Il y a une tentative de viol en France toutes les 1 minute 30 ou 2 minutes. Quand tu découvres les chiffres comme ça, tu te dis non mais en fait c'est un fléau ces violences-là. Que ce soit pour les adultes ou pour les enfants. Moi quand j'ai réussi à prendre la parole et dire le deuxième mari de ma génitrice m'a abusé de mes 6 à mes 15 ans, quand j'avais 15 ans il a essayé de me violer. quand tu commences à en parler c'est très dur parce que Moi je dis pas tout ça pour me faire plaindre, c'est juste que la violence m'est devenue insupportable. J'espère que c'est en train de changer, mais tu découvres que la fessée c'est illégal, de frapper un enfant c'est illégal, tu découvres ça et tu dis « Ah ouais, moi j'ai grandi dans un contexte où je me faisais tabasser, j'étais par terre et je me faisais rouer de coups de pied dans le dos et dans le ventre, enfin tu dis « Wow, c'est chaud quoi ! » Après tu découvres les violences sexuelles faites aux femmes, Et tu dis mais les gars on est plus au Moyen-Âge On est plus Il n'y a pas un raid viking avec des vikings qui vont violer toutes les femmes du village où je suis. On est en 2025, les gars, quoi. Sérieusement. Moi, je sais que le harcèlement de rue, c'est quasiment au quotidien. Moi, depuis les viols, ça a aussi changé ma façon de vivre. Le stress m'a fait prendre 15 kilos. La médecin, elle m'a expliqué que c'est le cortisol. C'est l'hormone du stress. Tu sais, c'est comme les poissons dans l'océan. Quand ils se sentent menacés, ils font pouf, comme ça. Ils gonflent. Je ne sais plus ce que c'est comme poisson. Moi j'ai pris 15 kilos, mais c'est pas parce que j'ai mangé plus, c'est juste que je suis tellement stressée et traumatisée que mon corps il fonctionne pas comme avant quoi. J'arrive plus à m'habiller avec des vêtements près du corps. Avant j'allais chez le coiffeur, je faisais des belles couleurs de cheveux, des beaux brushings, du beau maquillage, tout ça, je mettais des chaussures à talons. Tout ce qui me faisait plaisir avant de prendre soin de moi, de mon apparence, je n'y arrive plus. Parce que pour moi c'est associé à un danger, et c'est pas normal d'en venir là. d'aller à la piscine. Tu vois le regard des hommes sur ton corps quand t'es en maillot de bain, ça me met terriblement mal à l'aise. Du coup j'ose plus aller à la piscine, du coup j'ose plus me faire du bien en allant nager dans l'eau. Ça affecte tous les aspects de ma vie. Et là aujourd'hui, au lieu de faire un bébé et d'élever mon enfant avec mon mec, au lieu de faire un projet mariage ou un projet voyage... Bah non, tu payes tes frais d'avocate, tu payes ta psychothérapie, c'est pas normal. Ça devrait être à l'agresseur. d'être pointé du doigt, d'être insulté dans son dos, d'être blacklisté des orchestres du travail, de payer une amende. Pourquoi j'ai voulu aller porter plainte, c'est simple, quand j'ai su qu'il y avait une autre victime, ça m'a prouvé que c'était pas moi le problème en fait. C'est dingue, ça m'était plus insupportable de savoir que l'autre victime avait été agressée que moi, enfin... Mais au-delà de tout ça, le gros problème que j'ai pu constater, c'est le système judiciaire français actuel. Je comprends pas que la parole des victimes vale zéro comme ça, alors que l'agresseur, pendant sa garde à vue, est là... confrontation, il a fait ce qui s'appelle une dénégation, donc il a nié tous les faits. On dirait que sa parole à lui, elle compte plus que la nôtre, en fait. Et le procureur de la République, qui s'est permis de classer mon dossier sans suite, enfin notre dossier, puisqu'il y a l'attestation de témoignage de l'autre victime dedans, il a classé notre dossier sans suite en trois jours avec les arguments suivants, dénégation totale de l'accusé, absence de témoin à l'heure des viols, et dépôt tardif de la plainte. Les viols ont eu lieu en septembre et en décembre 2019, j'ai porté plainte en juin 2022. Et je n'ai su que j'étais victime illégalement de viol qu'en mai 2021. Bah non, c'est pas tardif, il y a une prescription de 30 ans, je crois. Et en fait, ce procureur, quand tu le googles, tu vois, les trois premiers articles sur lui, c'est « Ouais, je suis contre les violences faites aux femmes » , « Il est marié, père » . C'est pareil, le directeur général de cet orchestre, « Il est marié, père de famille » . Mais le jour où ça arrive à ses enfants, il va leur dire quoi ? « Ah non, je fais rien parce que je te défends pas. » C'est ça qui est vertigineux, en fait. Et l'agresseur a confondu classement sans suite avec « je suis innocent » . Il a fait une Norman Taveau, là. Il s'est dit « je suis innocenté » . Non, non, un classement sans suite, c'est juste que l'État, le gouvernement, le ministère de la Justice ne veulent pas faire son travail, déjà. Ils ne veulent pas changer ça, parce que ça soulèverait un peu les bases du patriarcat, et donc ce serait un peu compliqué pour eux. Et en fait, c'est juste qu'ils ont jugé qu'ils n'avaient pas assez de preuves pour incriminer monsieur. La brigadière de l'hôtel de police qui a fait la garde à vue et la confrontation, je l'ai eue au téléphone. Elle s'est confondue en excuse que mon dossier soit classé sans suite. Et elle m'a dit « Madame, vous savez, ça fait six ans que je travaille à ce service de défense contre les violences faites aux femmes. Des dossiers comme le vôtre, j'en vois tous les jours. » Et tu sens la brigadière qui est très investie dans son poste. T'as un sentiment d'impuissance qui est rageant. Moi je sais qu'il y a beaucoup de gens qui se sont permis de me dire Et même mon compagnon Mais je les comprends après parce que je suis tout à fait d'accord avec eux Ils m'ont dit mais t'es dans une colère C'est pas sain Il faut que t'en sortes de cette colère Alors les injonctions aussi qu'on se prend quand on est victime de viol C'est assez énorme Notamment l'injonction à aller porter plainte Parce que si c'était à refaire je sais pas si je le referais Tellement ça m'a coûté cher financièrement Au niveau de l'énergie Après je regrette pas de l'avoir fait Merci. Mais les injonctions pour porter plainte, les injonctions pour te taire, de toute façon, à partir du moment où t'es victime, tout te retombe dessus. Parce que si t'en parles pas, c'est pas bien, il faut en parler. Mais si t'en parles, c'est pas bien, ferme ta gueule, tu nous gênes là. Après, si tu vas porter plainte, c'est pas bien, tu déranges, tu perturbes. Mais après, si tu vas pas porter plainte, c'est pas bien non plus. Moi je vois après ces viols-là et pendant le harcèlement moral, je me levais le matin, je souriais, j'allais travailler, j'avais une vie sociale... amoureuse, j'avais des projets, je tenais debout, quoi. J'étais pas dans un caniveau, noyée dans la boue, dans mon sang et dans mes larmes, à me morfondre, comme ça, j'étais moi-même, en fait. J'ai l'impression que les gens, ils s'imaginent qu'une femme victime de viol, c'est une femme qui peut plus fonctionner, en fait. C'est une femme qui est dans un hôpital psychiatrique, en train de s'arracher les cheveux sur des murs capitonnés, quoi. Non, mais j'ai vraiment l'impression que ces gens-là, de toute façon, ma grand-mère paternelle, Alors ok, elle est née en 1936, mais quand je lui ai dit « Mamie, il faut que je te dise quelque chose, il s'est passé ça » , trouver le courage de dire ça à ta mamie que tu aimes, c'est très dur. À partir du moment où j'ai sorti le mot « viol » , là j'ai senti une coupure directe. Elle m'a dit « Non, mais va pas porter plainte à la police, tu mets ça derrière toi, t'oublies. » Oui, c'est difficile, mais maintenant t'es avec un bon gars. Donc voilà, des injonctions, on en reçoit dans tous les sens. en fait. Et je sais qu'il y a aussi une fameuse injonction au pardon et à la résilience qui m'est insupportable. Cette injonction-là, même la psy avec laquelle je travaille, qui est spécialiste en trauma, elle m'a suggéré de pardonner à ma génitrice, par exemple. Que son deuxième mari m'a volé mon enfance. Clairement. Non. En fait, j'ai tout à fait le droit de ne pas pardonner. Et c'est pas pour ça que ça me rend malade, de colère ou quoi que ce soit. Moi, j'ai consulté une avocate l'année dernière. par rapport à ce qui s'est passé dans mon enfance avec ma famille. Elle a confirmé tous les chefs d'accusation qu'il y a contre ma génitrice, contre mon géniteur et contre le deuxième mari de celle-ci. Et j'ai dit à mon avocate... C'est trop tard pour porter plainte. Et j'ai coupé tout contact avec ces personnes-là. C'est difficile de couper tout contact avec ta famille, mais des fois, tu le fais pour ta propre survie, en fait, tout simplement. Et chaque année, quand il y a la fête des mères, la fête des pères, l'anniversaire de ma mère, de mon père, c'est hyper difficile, parce que tu penses à eux, et malgré tout, tu les aimes, d'une certaine façon. Mais des gens qui sont malades, qui sont dangereux, qui sont violents, ben non, tu peux pas être en contact avec eux. Il y a une phrase, moi, qui m'a vraiment accompagnée et qui m'a donné de la force depuis toutes ces années, c'est un révérend sud-africain, je crois. C'est le révérend des Smontoutous. Rester neutre face à l'injustice, c'est choisir le camp de l'oppresseur. Et c'est vraiment ça, quand t'es victime et que tu reçois très très très peu de soutien comme ça, même s'il y a des centaines de personnes qui sont de ton côté, si t'es pas au courant, t'es pas au courant et t'as l'impression qu'ils sont du côté de ton agresseur, en fait. Voilà, les collègues qui m'ont vu perdre du poids, s'inquiéter pour moi. En fait, j'ai tellement perdu du poids que je me suis écroulée dans la rue. Parce que quand tu ne manges pas pendant plusieurs jours, plusieurs semaines, c'est ce qui risque d'arriver. Et j'ai dû demander un arrêt maladie. Donc en fait, à cause de l'agresseur, je n'ai pas loupé le boulot qu'une seule journée. J'ai dû prendre un arrêt maladie de dix jours. Et pendant ces dix jours-là, en fait, je me souviens, j'étais chez mes grands-parents. Et il y a une musicienne de l'orchestre, qui est super pote avec l'agresseur. On s'est parlé au téléphone, et je lui ai dit, je comprends rien à ce qui se passe. Et elle, elle m'a dit, non, mais tu sais, moi, il m'a tout dit, ça n'allait pas dans votre couple, ça va pas. Ouah, c'est chaud. Et en fait, cette personne-là, elle a un poste à responsabilité dans le syndicat, et dans une grosse association d'artistes et musiciens françaises. Et là, tu te dis, purée, elle est présidente de ça. Et c'est la meilleure pote de l'agresseur. Enfin, c'est chaud. Mais il y a eu vraiment... Pareil, par exemple, mon avocate du droit du travail, elle m'a dit « contactez l'inspection du travail » . Parce que s'ils ont le dossier, ils vont agir auprès de cette entreprise, quoi. Et c'est pareil, l'inspection du travail, qui m'écoute, qui m'entend, je me sens crue, je me sens respectée. Et ils se confondent en excuses, et ils me disent « on est désolée, madame, mais tant qu'on n'est pas mandaté par le parquet, on ne peut pas agir » . Je vais voir la médecine du travail. Normalement, mon employeur aurait dû dire à la médecine du travail, elle est en arrêt longue durée suite à ça. Ils n'étaient pas au courant. Mon employeur a manqué à tous ses devoirs. Il a essayé vraiment de camoufler ce dossier, d'effacer ce dossier, de m'effacer moi en fait. Et la médecin que j'ai vue, je lui ai tout dit. Donc pareil, tu répètes, t'es crevée, tu pleures, tu trembles. Et en fait, cette dame, elle m'a dit, lui, il est toujours à son poste. Oui, oui. « Normalement, on aurait dû être au courant, vous êtes en congé longue durée, madame. » En fait, ce directeur-là, il a été convoqué à l'Assemblée nationale pour être auditionné pendant la commission d'enquête sur les violences dans le milieu du spectacle vivant, et il a menti. Face à des députés, il y a quand même Sandrine Rousseau qui lui demande « Mais on sait que porter plainte, ça fragilise énormément les carrières. Comment vous avez géré ça ? » Et là, il a affirmé. la victime a quitté l'orchestre. C'est la seule phrase qu'il a dit, et bah non, en fait. Il a menti face à des députés, à l'Assemblée nationale. Enfin, c'est... C'est vraiment...
- Speaker #1
Parce que l'agresseur qui a eu le problème, c'est tout le reste.
- Speaker #0
Moi, vraiment, le seul impératif que je veux, et dont j'ai besoin, et dont je rêve, et qui me fera du bien, je pense, pour ma reconstruction, c'est de réussir un concours et de retrouver un poste. Et après, si je dois changer de métier parce que mon bras, voilà, ça marche pas, je ferai autre chose. Je sais pas quoi, mais je trouverai bien. Et voilà, j'ai la chance quand même d'avoir des amis en or, des vrais, d'avoir un super chéri et d'avoir la santé. C'est important parce que quand t'as souffert vraiment d'anxiété au point de ne plus réussir à sortir de ton appart et que t'en es sortie, c'est plus important pour moi. Après, la suite, j'ai envie de dire, on verra. Mais pour moi, c'est très important de témoigner parce que c'est hors de question qu'on se taise.
- Speaker #1
Depuis l'enregistrement, Mahé m'a donné régulièrement de ses nouvelles. Et certains orchestres ont décidé de ne plus faire appel à l'agresseur en soutien aux deux victimes connues. Quand la justice institutionnelle refuse de se positionner du côté des victimes, la parole s'avère être une arme puissante pour faire pencher la balance du bon côté. Vous venez d'écouter le 22e épisode du podcast Au bénéfice du doute. Si vous pensez qu'il peut être utile à d'autres personnes, et si vous souhaitez faire voyager la voie de Mahé encore plus loin, n'hésitez pas à le partager. Ce podcast est entièrement autoproduit par Julie Dussert, la musique originale a été composée par Sandra Fabry et l'image a été dessinée par Camélia Blandot. Au bénéfice du doute, le podcast où les personnes victimes de violences sexuelles prennent la parole.