Speaker #0Ton cycle renferme des secrets dont personne ne t'a parlé.
Je suis Emma, accompagnante spécialisée du cycle féminin.
Bienvenue dans le podcast Au cœur du cycle, ton rendez-vous pour déconstruire les idées reçues sur le cycle et la féminité et te donner les clés pour te sentir libre et heureuse dans ton corps.
Ici, on parle sans filtre de règles, de vulves, fertilité, sexualité, maternité, de charge mentale, bref, de tout ce qui fait la richesse et parfois la complexité de ta vie cyclique.
Alors si tu es prête à reprendre le pouvoir de ton cycle, c'est parti !
Dans ce tout premier épisode, je voudrais poser le décor sur notre héritage du féminin de façon générale.
Alors accroch-toi parce que ça risque de chambouler pas mal de choses.
Déjà par féminin, j'entends bien tout ce qu'on attribue comme étant féminin, à tort ou à raison, mais il y a le corps déjà, donc le cycle, les règles, les hormones... le fait de porter la vie, de pouvoir enfanter, mais aussi les traits de caractère qu'on attribue aux féminins comme la gentillesse, la douceur, le côté maternel, le fait de s'occuper des autres, le soin.
Et bien sûr, ces traits, ils sont très liés à notre construction sociale genrée, qu'on tente à l'heure actuelle de déconstruire, mais qui reste aujourd'hui encore bel et bien présente dans notre société et notre héritage.
Et pour moi, justement, ça a été, je crois, la plus grosse claque que je me suis prise quand j'ai commencé à m'intéresser au cycle. Je pensais qu'arrêter la pilule c'était juste une simple décision, mais je ne me rendais absolument pas compte des questions que ça soulèverait derrière.
Parce que outre le fait de comprendre mon corps, comment il fonctionne, de choisir la bonne contraception, d'apprendre à gérer mes règles différemment, d'apprendre à soutenir mes hormones naturellement, je me suis heurtée à énormément de choses.
Les connaissances absolument basiques que je n'avais pas, des prises de conscience sur le traitement des femmes, sur mon corps, de mes propres croyances aussi, et bien sûr du manque de solutions naturelles pour bien vivre mon cycle, le manque de prise en compte de notre vécu de femme et notre vécu menstruel, mais je me suis aussi posé beaucoup de questions sur ma sexualité, les relations, voire la maternité, le postpartum ou anticiper même la ménopause. Et pour moi, le point de départ, c'est précisément cette construction genrée et l'héritage de souffrance et de honte du féminin.
Cet héritage d'un féminin qui serait moins fort, moins important, qui aurait moins de valeur, qui n'est pas le sexe fort. Et que même le fait de pouvoir créer la vie n'est pas considéré comme un super pouvoir. Et que le cycle d'ailleurs n'a qu'une valeur de procréation. On ne s'y intéresse que lorsqu'on veut avoir des enfants. Mais ça, ça fera l'objet d'un autre épisode parce qu'il y a beaucoup de choses à dire aussi là-dessus. Mais pour moi ça pose un énorme problème.
Et tu vas voir pourquoi... je considère que comprendre notre corps et notre cycle, au-delà de redécouvrir son corps, ce qui est déjà énorme en soi, c'est surtout la réappropriation de notre corps, du féminin, de notre place, de notre importance et de notre valeur.
C'est aussi se reconnecter à une force et sortir d'un héritage du subir, de se taire, se faire petite, serrer les dents, serrer les fesses aussi.
Et plutôt oser dire les choses, oser être soi et ne plus se cacher. Donc je voudrais te parler de cet héritage de la souffrance, et de comment on nous a éduqués à penser qu'être une femme, c'était moins bien, et que ça voulait dire qu'on allait souffrir et vivre avec des peurs toute notre vie.
Ça passe par l'expérience des femmes de nos lignées, donc un héritage collectif, mais bien sûr aussi de notre propre vécu, et en particulier dès nos premières règles, nos premiers rapports sexuels également, et aussi bien sûr de la société patriarcale en général.
Et si on veut aller un peu plus loin, on pourrait aussi dire que les constructions genrées, elles se constituent dès les premières années de vie au final.
Pour ça, je vais te raconter un peu mon histoire, mon cheminement, ce qui me permettra aussi de me présenter sur ce premier épisode de podcast et que tu puisses comprendre l'univers dans lequel je veux t'inviter.
Aujourd'hui, je suis accompagnante spécialisée du cycle féminin, conseillère en symptothermie, praticienne en shiatsu, enseignante de la pratique de l'œuvre de yoni, bref, je suis absolument... passionnée par le cycle, mais ça n'a pas toujours été le cas et vraiment loin de là. Je vais te parler des premières règles, de la première contraception, de comment je me suis sortie de tout ça. On dirait que je parle d'une addiction, mais c'est surtout d'un moule dont je suis sortie ou dont je tente encore de sortir parfois, tant il y a de facettes que je découvre au fil des années. Alors c'est parti déjà, on y va pour les règles.
D'ailleurs, profites-en aussi peut-être pour te rappeler de comment toi tu as vécu tes premières règles, qu'est-ce qu'on t'a transmis comme message, Comment est-ce qu'on t'a éduqué sur le cycle ?
Moi, j'ai eu mes règles à 13 ans. Je me rappelle juste avoir vu du sang brun dans ma culotte, je savais pas trop quoi dire. Je ne sais pas trop ce que c'était, je suis allée voir ma mère et je ne me rappelle pas de grand chose, je n'ai pas beaucoup de souvenirs de cette époque, mais j'ai le souvenir qu'elle m'a dit tu es une femme. Et ce que j'en retiens, je ne sais pas si c'est ce qu'elle m'a dit vraiment ou pas, mais j'ai retenu à partir de maintenant tu peux tomber enceinte.
On ne se rend pas compte, mais la portée de ce message il est vraiment grand. Ça veut dire attention à toi, il y a une notion de risque et que maintenant si on envisage une sexualité, ça peut être dangereux et qu'on est responsable. Et donc... Donc avant même d'apprendre à gérer nos règles, il y a cette notion de risque.
Donc ça c'est déjà ce que j'appellerais l'héritage numéro 1. Attention, danger de tomber enceinte.
L'héritage numéro 2, c'est ne rien montrer et de considérer le cycle comme un boulet. Donc là aussi, à partir du moment où j'ai eu mes premières règles, il fallait apprendre à gérer ça. Est-ce que j'utilise des serviettes, des tampons ? Il y avait aussi la peur de se tâcher, que les autres puissent le voir, la peur des moqueries. Il y a vraiment cette gêne d'avoir nos règles. L'incompréhension aussi, parce que le corps, il change, on ne comprend pas vraiment ce qui se passe. Et personnellement, moi, je n'ai pas vraiment souvenir d'en avoir parlé avec mes copines à l'époque. Je pense que ça change beaucoup aujourd'hui, mais malgré tout, je pense aussi que la honte, elle, elle persiste et qu'elle est toujours là.
Et donc, non seulement il y a cette gêne, cette honte et ce tabou, finalement, sur le cycle et les règles, mais aussi cette vision que c'est un frein, une contrainte, que du coup, c'est vraiment pénible d'être une femme parce qu'on a nos règles qui vont nous empêcher de faire des choses. qui nous rendent différentes et au final, il faut encore une fois le cacher, ne pas montrer que ça a un impact sur nous.
Ce qui va m'amener d'ailleurs à l'héritage numéro 3, qui est on apprend à prendre sur soi, notamment si on a des douleurs de règles.
Personnellement, j'ai vraiment eu la chance de ne jamais avoir eu de règles douloureuses. Ça m'est arrivé une fois de temps en temps, mais vraiment, c'est anecdotique par rapport à ce que vivent certaines femmes. Mais en tant que femme et accompagnante, je suis entourée de personnes qui vivent des expériences très différentes. Et celles qui souffrent de leurs règles me disent toutes la même chose. On leur dit que c'est normal ou que c'est dans leur tête et qu'elles doivent prendre sur elles.
Alors j'ouvre une petite parenthèse inclusivité ici, parce que je sais que je parle beaucoup de femmes, féminins, etc. J'ai parfaitement conscience qu'il y a des personnes aussi qui ne se considèrent pas comme étant femmes au sens genre et du terme, mais qui ont un cycle et des règles. Et ce que je veux vraiment mettre en lumière ici, c'est justement l'héritage qu'on a sur la vision de ce qu'on attribue comme étant féminin. et qui va impacter tout le monde. Je ferme la parenthèse. Alors, pour en revenir aux douleurs, les douleurs de règle, elles sont dénigrées, même lorsqu'il s'agit d'un accouchement, d'ailleurs, qui est censé être l'accomplissement ultime de la femme.
On nous transmet que la douleur, elle est inévitable, mais qu'on est faite pour ça, qu'on est faite pour endurer la douleur. Et donc, c'est comme si ça justifiait le fait qu'on puisse souffrir en silence. Donc, c'est comme ça. Et puis, c'est tout. C'est notre destin. Et il n'y a rien à faire. Alors moi je suis là pour te dire que c'est complètement faux.
Et je pense que cette idée, elle est assez reliée à notre héritage judéo-chrétien. Alors je ne veux pas du tout rentrer dans la religion parce que ce n'est pas l'objet du podcast.
Mais je pense que le concept d'Ève qui séduit Adam et s'ensuive les malheurs de l'humanité et la justification de la punition de la femme a clairement ancré la façon dont on verrait le féminin par la suite. Et la conséquence, c'est que ça minimise nos vécus, ça... invisibilise ce qu'on ressent avec notre corps, mais aussi notre expérience du corps, tout simplement.
Très jeune, on va chez une gynéco pour se porosculpter, on écarte les jambes, on a quelqu'un qui regarde, sans forcément demander le consentement d'ailleurs, ça, ça change également, mais c'est encore assez répandu, et finalement, qui nous impose un regard. Et ça, ça nous forge.
Du haut de mes 14 ans, d'aller la première fois chez la gynéco, c'est assez impressionnant. Et puisque le cycle, c'est une contrainte, un obstacle, là. que les règles peuvent être douloureuses et que la sexualité peut être dangereuse, qu'on peut tomber enceinte, il y a une solution magique qui permet de court-circuiter tout ça tout en un, c'est la pilule contraceptive. Alors on va parler un petit peu de cette pilule. L'objectif, ce n'est pas du tout de combattre la pilule ni de juger les personnes qui choisissent la pilule.
C'est une solution qui est tout à fait entendable et c'est bien qu'on puisse l'avoir. Je trouve simplement qu'on la donne un peu facilement et dans tout un tas de situations, avec notamment cette idée que mieux vaut couper le cycle.
Donc ça c'est notre héritage numéro 4 qu'on va nous couper de notre cycle puisqu'il y a toutes ces contraintes là, mais la contrepartie ça va être aussi qu'on va gérer toute la charge mentale contraceptive sans parler des effets secondaires qu'on va subir en fonction de notre sensibilité. Donc pour ma part j'ai commencé la pilule peu de temps après avoir eu mes règles, donc je l'ai commencé à l'âge de 14 ans et demi, le et demi était important à cette époque.
J'avais pas encore de sexualité mais j'avais un premier petit copain avec qui j'envisageais cette possibilité. Au final on n'est pas resté ensemble et j'ai pris la pull pendant trois ans sans avoir aucune relation sexuelle, c'était surtout dû au cas où. Mais justement quand j'y pense... On dit que c'était super tôt de donner une pilule à une gamine de 14 ans sans lui expliquer comment ça fonctionne, ni les effets secondaires qu'elle pouvait avoir, ni lui expliquer qu'elle pouvait l'arrêter si on n'avait plus besoin.
Puisque moi je l'ai prise alors que même j'avais pas forcément de relation stable, mais encore une fois c'était dû au cas où parce que si jamais il y avait une sexualité, eh ben, danger. Donc on revient à ce côté justement de risque à avoir des relations sexuelles quand on a un cycle.
Alors attention, bien sûr, je considère que c'est absolument pré... primordial d'éduquer à la sexualité et même à un plus jeune âge que 14 ans. Je suis à 1000% pour, c'est hyper important, mais je suis surtout pour une éducation qui soit complète et partagée. Donc, pas que les filles, mais aussi les garçons, et surtout qu'on puisse expliquer le cycle, qu'on puisse expliquer les relations sexuelles, expliquer le consentement notamment, ça c'est aussi un autre sujet, mais notamment sur l'idée qu'une relation sexuelle ça se fait à deux, et que entre guillemets le risque d'une grossesse, il est partagé. Et donc que la contraception, ce n'est pas uniquement une charge mentale pour les femmes, les filles, en tout cas les personnes qui ont un cycle, mais c'est à tout le monde de s'en occuper. Et justement, je pense que la conscience du corps, elle est super importante à cet âge-là.
Et moi, à 14 ans, j'avais conscience d'un danger, mais je n'avais même pas encore de sexualité et je n'avais même pas du tout connaissance de mon corps. Et on m'a coupée de mon corps. Et c'est ce qu'on fait aussi très souvent, c'est donc on... donne cette pilule, on coupe du corps, on ne permet pas aux personnes de comprendre aussi ce qui se passe. Donc bien sûr, l'un ne va pas sans l'autre, il faut aussi donner une information qui soit complète et qui permette de faire des choix éclairés. Et donc moi, au final, la pilule, je l'ai prise pendant très longtemps, jusqu'à mes 29 ans. J'ai eu une seule interruption à l'âge de 24 ans alors que je partais en voyage, parce que je partais pendant plus d'un an et je n'avais pas envie de prendre des plaquettes avec moi. Je l'ai reprise en rentrant et quand je suis... de nouveau partie en voyage à 29 ans, je l'ai arrêtée.
Et c'est à partir de ce moment-là où les choses ont changé et que je me suis dit que je ne la reprendrai plus.
Et d'ailleurs, maintenant que j'y pense, c'est assez intéressant, parce que je réalise que la liberté du voyage m'a aussi offert la liberté de mon corps. C'est comme si je m'étais offert une pause dans les injonctions du quotidien.
Bref, je ne vais pas m'étaler là-dessus. Je vais en revenir à ce moment de ma vie, quand j'ai eu 29 ans. Donc là, j'étais partie vivre. au Mexique, enfin je ne savais pas encore que j'allais vivre au Mexique d'ailleurs, j'ai parti en voyage et finalement j'ai tellement aimé que je suis restée là-bas. Mais c'était un moment de ma vie où je me posais beaucoup de questions sur ce qui était sain pour la planète et bien sûr aussi pour le corps. J'étais très investie au niveau de l'environnement, très investie dans le milieu associatif environnemental, j'avais commencé à écrire un blog, je faisais plein d'expériences farfelues, l'alimentation, les cosmétiques, le textile.
Donc ce blog, il existe toujours, il s'appelle Planète Addict, tu peux aller y jeter un oeil si tu veux. Et donc à force de recherches, de lectures et d'expériences, j'ai pris conscience des polluants qu'il y avait dans certains produits, notamment les produits de beauté, même si je n'étais pas très portée sur les soins, et donc j'ai commencé à changer des choses à ce niveau-là. Et ensuite je me suis interrogée sur des trucs plus en lien avec mon féminin, donc j'ai abandonné le soutien-gorge parce que c'était beaucoup plus pratique. Je me questionnais sur l'épilation, le maquillage et justement toutes les injonctions qu'on avait sur le corps dit féminin.
Et dans ce contexte, reprendre la pilule, ça ne m'enchantait absolument pas. Et à ce moment-là, ce qui est assez incroyable, on dit qu'il n'y a pas de hasard, mais j'ai rencontré des femmes qui étaient assez spirituelles et qui m'ont initiée à la beauté du cycle menstruel. Moi vraiment, je n'y connaissais absolument rien et j'étais toujours dans cette idée que c'est un boulet, plus qu'autre chose. On en revient à cet héritage. Le cycle pour moi c'était un fardeau, les règles c'était contraignant, c'était chiant, ça m'empêchait de faire ce que je voulais et je voulais y penser le moins possible. A ce stade, moi j'étais complètement perdue dans mon cycle. D'ailleurs, c'est la seule fois de ma vie où j'ai eu un cycle de 40 jours. J'étais en panique, j'avais aucun point de repère et si je savais ce que je sais aujourd'hui, ça m'aurait évité tellement de sueur froide. Mais au final, je me suis rendue compte que j'étais en recherche de choses qui étaient mieux pour mon corps, mais pas forcément en recherche d'être mieux avec mon corps. J'étais très obnubilée par le côté environnemental, polluer le moins possible, ce qui m'a amenée à me polluer moins aussi, mais c'était plus un aspect santé, plus que de me réconcilier avec mon corps et de mieux aimer mon corps de femme. Je ne l'avais pas du tout vu comme ça. Et quand j'ai rencontré ces femmes, j'ai fait pour la première fois un cercle de femmes. Donc si tu ne connais pas, c'est un espace d'échange bienveillant entre femmes autour d'un feu qui initialement se fait au moment de la nouvelle lune ou de la pleine lune. justement pour ce lien entre notre cycle menstruel et le cycle de la lune que j'ai d'ailleurs appris à ce moment là et qui pour moi était quelque chose d'assez magique parce que j'aimais beaucoup le fait de voir qu'il y avait un lien entre ce que j'avais dans mon corps et la nature je trouvais ça assez fascinant d'avoir ça c'est ce qui m'a permis pour la première fois de voir le cycle comme quelque chose de beau parce que j'aimais vrai Le fait de me dire que j'étais un reflet aussi de ce rythme de la nature que je portais à l'intérieur de moi. Mais au-delà de ça, ce que les cercles m'ont aussi appris, c'est d'être entourée d'autres femmes, avec vraiment cette notion de sororité, d'échange, d'écoute, de partage, et de voir que les autres femmes n'étaient pas des rivales. Même si en vrai, dans ma vie, je n'ai jamais considéré les autres femmes comme des rivales, il y a vraiment cet héritage féminin. de la rivalité.
Et c'est notre héritage numéro 5. Comme s'il y avait une concurrence entre les femmes.
Et d'ailleurs, on dit que les femmes entre elles peuvent être vraiment méchantes. Alors je me suis interrogée sur d'où venait cette compétition, cette concurrence entre les femmes. Parce que même si moi, personnellement, comme je le disais, je ne me suis pas vraiment sentie en concurrence avec les autres. En tout cas, je ne voyais pas forcément les autres femmes comme des concurrentes. Pas consciemment en tout cas. Évidemment, je suis construite aussi dans cet univers-là. Je reste une femme cis. élevés dans un monde patriarcal, mais c'est plutôt qu'à l'adolescence, j'ai beaucoup souffert, moi, du regard des autres femmes sur moi, de la méchanceté que pouvaient avoir certaines personnes par jalousie. Et donc, je l'ai vécu aussi, cette compétition-là, et donc ça m'a ramenée à ça, à ce moment-là. Et je me suis rendue compte que cette mise en compétition, elle était très liée aux hommes, puisque traditionnellement, on est éduqué, ou culturellement plutôt, dans le sens de trouver un compagnon, dans une logique bien sûr très hétéro-patriarcale. Cette idée d'être bonne à marier, que notre objectif dans la vie justement c'est d'avoir un mari, de fonder une famille, etc. Et donc les femmes elles sont en compétition les unes avec les autres, non pas spécialement pour trouver un partenaire, un compagnon qui va les respecter et leur faire du bien, mais vraiment d'être choisie. Il y a vraiment cet héritage du prince charmant qui va choisir sa promise, moi, moi, moi.
Et donc au final on est plus focalisé sur ce que l'homme va penser de nous, plutôt que ce que nous, on va penser de l'homme et de ce qu'il va nous apporter. Ce qui d'ailleurs nous amène vers des relations très déséquilibrées, et on en voit les conséquences aujourd'hui.
Et d'ailleurs, même si on commence à déconstruire tout ça, on se rend bien compte, encore une fois, que le sujet numéro 1, souvent entre femmes, ça reste les hommes. Ça a été montré aussi dans les films au cinéma.
Donc encore une fois, quelque chose dans lequel on baigne, c'est que les discussions sont souvent orientées autour des garçons. Et donc, ça m'a permis de commencer à déconstruire tout ça. Mais en plus de voir qu'il y avait un vrai bénéfice à la sororité, le fait de partager notre vécu, de réaliser que si on s'ouvre aux autres femmes, on voit qu'on n'est pas seul, pas seul dans notre histoire, pas seul dans nos expériences. Et je pense aussi que la rivalité qui est inculquée entre femmes fait qu'on ne communique pas et on ne se rend pas compte à quel point on partage les mêmes histoires, les mêmes difficultés, les mêmes questionnements.
Et quand j'ai commencé à m'interroger sur le cycle, j'ai rencontré des femmes qui avaient des réponses. On a commencé à parler, et bien sûr mes conversations aujourd'hui sont d'ailleurs bien différentes, on a des années-lumières de ce que j'avais avant, maintenant j'ai même des personnes qui me disent qu'elles pensent à moi quand elles ont leurs règles, quand elles regardent leur glaire cervicale, voilà, on a ouvert des espaces de discussion qu'il n'y avait pas avant.
Et commencer à parler entre nous, ça lève tous les tabous sur notre intimité profonde, parce que parler de sexualité, d'hommes, tout ça, on sait faire à peu près, mais parler de nos règles, de nos hormones, de notre SPM, nos douleurs, le fait qu'on ait des caillots dans nos règles... D'écouter l'autre sans la juger ou sans nier en fait son expérience qui est différente de la nôtre, en disant par exemple, ça va, moi aussi j'ai des douleurs, je prends sur moi, j'en fais pas tout un fromage.
En fait, tout ça, ça nous permet de créer un nouveau lien qui nous permet de partager ces expériences entre nous. Et ça m'amène d'ailleurs à notre sixième héritage qui est l'hystérie féminine. Justement le caprice des femmes, le côté hystérique, que nos hormones, nos émotions sont incontrôlables, qu'on prend les choses beaucoup trop à cœur. et qu'on exagère, qu'on disproportionne. Et ce qui fait que derrière nos revendications, nos discours, nos émotions aussi, nos ressentis sont illégitimes, exagérés, extrêmes. Qui est une vision qui est non seulement partagée par les hommes, mais aussi par les femmes entre elles. Et donc dans ces cercles de femmes, non seulement j'ai pu voir la parole s'ouvrir, mais j'ai compris qu'on pouvait sortir de cette rivalité et qu'on devait même se soutenir et se croire entre femmes. Et ça c'est très important. Et à partir de là, j'ai exploré, j'ai lu, expérimenté, je me suis formée sur énormément de choses et j'ai commencé à mettre un pied dans le cycle naturel, l'asymptothermie, le flux instinctif libre, l'œuf de Yoni.
Et j'ai vécu des énormes claques sur tous ces sujets. Je vais être très honnête parce que même si je trouve que c'est un chemin qui est absolument merveilleux, fascinant, transformateur et que je recommande vraiment à toutes, c'est un chemin qui vient bousculer énormément de choses.
Et je me suis rendu compte que le problème fondamental aujourd'hui du cycle, de comment on considère son cycle, de comment on perçoit le cycle des autres, y compris les médecins, c'est cet héritage de la souffrance. Alors que, ironie du sort, n'oublions pas que les femmes autrefois, c'était des guérisseuses.
Elles portaient en elles la sagesse de leurs règles, elles avaient cette conscience du lien avec la nature, de la lune dont je parlais tout à l'heure aussi, et surtout les femmes centraient des s'accompagner, elles célébraient leur lune, leurs règles, elles ritualisaient leur passage de vie de femme. Et ces femmes, ces sorcières, elles ont été chassées, brûlées. Et ça, c'est notre héritage numéro 7, celui de dompter le féminin. Parce que pour moi, ces sagesses, cette puissance du féminin, ça faisait peur. Et on porte en nous ce féminin maléfique, ce féminin brûlé, culturellement, mais aussi dans nos cellules, dans nos utérus. Et d'ailleurs, les douleurs qu'on a peuvent aussi crier cet héritage-là. Quand on regarde le décodage émotionnel, il y a tout ça. Nos douleurs, elles crient ce passé hérité, celui des autres, mais le nôtre également. Tellement de femmes ont vécu des traumas, des agressions, et d'ailleurs le mouvement MeToo en témoigne largement. La parole se libère, les langues se délient. On voit à quel point les douleurs ont été passées sous silence, et à quel point... il y a encore du mal à être entendu, cru et pris au sérieux. Et c'est pour ça que moi je ne peux absolument pas dissocier la connaissance et la guérison du cycle de ses héritages et de ses vécus. Et dans ce féminin à dompter, il y a aussi cette idée de ce qui doit être dompter, c'est cette capacité à créer la vie pour en faire plus, pour en faire moins, en tout cas pour le contrôler.
C'est là qu'on peut parler aussi d'écoféminisme. Si tu ne connais pas ce terme, c'est justement le parallèle qui est fait entre ... la manière dont la nature est traitée et la manière dont la femme est traitée. Et je disais tout à l'heure, finalement, notre côté, notre caractère cyclique nous relie au caractère cyclique aussi de la nature. Et on voit effectivement qu'il y a un parallèle à faire entre la manière dont on exploite les ressources de la terre, dont on a de la difficulté en tout cas à respecter les rythmes du cycle des saisons, de vouloir même traiter chimiquement pour faire plus, plus vite, pour contrôler. On le voit aussi sur le féminin, le fait de ne pas chercher à respecter le cycle menstruel, de vouloir le dompter, de vouloir produire beaucoup d'enfants, le fait aussi de réduire le féminin à cette capacité unique à créer la vie, mais en dehors de ça, on ne s'y intéresse pas trop. Donc bien sûr, tout ça, c'est un contexte dans lequel on vit, dans lequel on grandit, dans lequel on baigne. Un féminin sale, un féminin honteux, un féminin responsable qui doit porter toute la charge mentale, Un féminin qui mérite de souffrir, qui mérite d'être exploité, qui a une douleur à encaisser.
Et finalement, un autre héritage dont je n'ai pas encore parlé, mais qui est l'héritage numéro 8, celui du féminin qui doit prendre soin des autres à tout prix, quitte à s'oublier. C'est-à-dire que notre vocation, c'est uniquement de s'occuper des autres, de s'occuper des enfants, de s'occuper du mari, de s'occuper du foyer. Et qu'en dehors de ces rôles-là, on ne vaut pas grand-chose d'autre. Et je t'avoue que cette réalisation sur tous ces héritages, ça m'a beaucoup affectée. Et ça me touche encore à l'heure actuelle.
Pour moi, se reconnecter à son cycle, c'est aussi se rendre compte de tout ça. Pour le transcender, comme on dit, pour le transformer, pour transmettre des valeurs différentes. Quand on se reconnecte à notre cycle, on regarde tout ça. En tout cas, moi, dans mon travail, je ne peux pas mettre toutes ces choses-là de côté. Forcément, je le prends en compte.
On apprend à vivre au rythme de nos phases. Et le fait de vivre dans une société qui soit linéaire et productiviste, qui renie cette cyclicité, ces besoins de repos, ces cris de douleur des femmes et de la nature, ça ne peut que nous sauter aux yeux. Moi, je ne peux pas faire abstraction de tout ça. Et donc, pour moi, ce qui est important de retenir, c'est qu'au contraire, le féminin, il est puissant. Le féminin, c'est le lien avec la nature. Et oui, le féminin, il a une forme de sacré, en tout cas à mes yeux. Il n'est certainement pas fait pour faire mal, pour faire du mal. Et pour moi, sortir de ces héritages de souffrance, c'est un vrai chemin initiatique. Voir, on ne va pas se mentir, un acte militant.
Et dans la suite du podcast, on va vraiment aller dans le concret du cycle pour que tu puisses mieux le comprendre, mais aussi et surtout reprendre les rênes comme il se doit.
Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. S'il t'a plu, je t'invite à le partager autour de toi. Tu peux aussi mettre 5 étoiles et un commentaire sympa sur ta plateforme de podcast préférée pour m'aider à remonter dans le classement. Je suis Emma, accompagnante du cycle féminin, et je te retrouve dans le prochain épisode.