Speaker #1Je m'appelle Nicolas, je suis habitant de Saint-Pierre-de-Chartreuse, originaire du Massif. J'ai passé beaucoup de temps ici, mais aussi beaucoup à l'étranger. Revenu ici en 2006, et pendant 18 ans, j'ai travaillé pour les moines chartreux. Et c'est ce qui donne un petit goût un peu particulier, un goût avec 130 plantes effectivement, mais aussi un attachement très fort finalement à ce territoire, à cette valorisation. Et aujourd'hui, je travaille pour Red Light, aux côtés de Benoît Laval, et j'ai rejoint la passion du trail au job du trail. Très heureux, et puis papa d'une jeune fille de 14 ans est marié, très heureux au jardin. J'ai toujours été sportif, mais sportif touche à tout. Vraiment, tous les sports de montagne ayant grandi ici, on fait du ski mais on ne peut pas en faire toute l'année, on fait de la rando, on fait de l'escalade, on fait du ski alpinisme, on fait de la via ferrata. Je suis vraiment un touche à tout et finalement un peu moyen de partout et pas excellent nulle part. et finalement autour du trail, l'idée c'était un peu la même chose, j'adorais aller plus vite sur les chemins. Donc en fait, dès l'âge de 15 ans, plutôt courir dans les descentes, un peu courir dans les montées. Et le trail, j'ai vraiment découvert avec l'arrivée et l'installation de Red Light ici à Saint-Pierre-de-Chartreuse où en fait, j'ai eu plaisir à accompagner Benoît sur la découverte du massif ici, sur du balisage et puis... Puis les premières courses de trail où on s'est dit que c'était un super faire-verloir pour le territoire, de présenter un peu le territoire autrement, les chemins, de pouvoir les entretenir, d'aller à des endroits où les gens n'allaient plus. Donc vraiment cette notion du patrimoine et de cette valorisation touristique, c'est quelque chose qui m'intéressait beaucoup. Un territoire à la fois méconnu mais qui a une notoriété. qui est beaucoup moins accessible, moins ouvert que peut l'être nos territoires voisins comme le Vercors. Et donc il se mérite un petit peu. Alors il est connu et reconnu pour le monastère de la Grande Chartreuse, où vivent encore aujourd'hui une trentaine de moines, et malgré tout, quand on parle à des gens qui habitent à Grenoble, à Lyon, etc., « Ah ouais, la Chartreuse, non, ils n'y sont pas nécessairement allés. » Donc on a ce côté un peu mystique. et mystérieux et donc moi j'adore lever le voile là dessus et apporter finalement une touche historique culturelle autour de ce territoire et de le rendre accessible. Accessible c'est à dire en termes à la fois de déplacement mais surtout en termes de de choses que l'on raconte sur ce qui s'y passe, sur démystifier et rendre finalement assez humain un territoire qui a été effectivement forgé par les moines mais c'est surtout avec des habitants qui sont là depuis longtemps, des activités économiques et finalement c'est ce microcosme que j'aime bien valoriser. Ça représente vraiment l'idée d'avoir un lieu hautement symbolique, d'utiliser du latin. On fait un petit parallèle avec le monastère de la Grande Chartreuse où le latin est une langue vivante au sein du monastère et donc de pouvoir jouer finalement sur cette... notoriété, jouer aussi sur ce silence, jouer sur cette discrétion et à la fois faire rayonner quelque chose qui nous dépasse aujourd'hui puisque on a des gens qui viennent de très loin pour participer justement à cette épreuve. Et puis d'avoir une épreuve, la Chartreuse Terminerum, qui résonne bien avec le territoire, avec des lieux insolites, des lieux qui ont été célèbres et connus, et qui aujourd'hui le sont un peu moins. Et finalement, on s'amuse à faire passer aussi les concurrents dans des endroits un peu insolites, et de leur raconter les histoires qui vont avec. Et ça serait plutôt mon rôle aujourd'hui. Je devance une petite question. Dans ce petit groupe, dans ce Triumvira, où on en est quatre, mon rôle, c'était vraiment d'être ce passeur d'histoire, celui qui va essayer de raconter des histoires, vraies ou pas, ça c'est à chacun d'imaginer, autour des différents lieux que les participants vont arpenter, d'écrire le roadbook, ça aussi c'est un joli plaisir. de mixer de l'information à la fois indispensable pour pouvoir se repérer et trouver le bon livre, et à la fois donner de l'information touristique, culturelle, qui n'est pas nécessairement utile à la recherche des livres, mais qui est extrêmement utile dans l'histoire globale que l'on raconte. La plus insolite, on a eu cette chance d'accueillir sur les premières éditions, à deux reprises, Lazarus Lake, le fondateur de la Barclay, dont on est la petite sœur. et en étant adoubé par le fondateur d'avoir eu cette chance d'aller cacher des livres avec lui pour qu'il m'apprenne la facilité et la difficulté c'est à dire que c'est un savant mélange entre le livre doit être dur à trouver mais il doit être logique on doit y perdre du temps mais pas trop et ça c'était vraiment des moments assez exceptionnels euh d'aller cacher les livres, elle dit non, non, non, c'est pas là où il faut le mettre, et puis là, il faut donner un peu de difficulté, et surtout au premier, parce que c'est le premier qui doit un peu plus s'embavé, parce que les suivants, des fois, ils suivent, ils savent où il est, donc ils n'ont même pas de difficulté, on leur arrache presque les pages. Et donc, dans les petites anecdotes, on est allé à un endroit caché, une diagonale entre trois beaux arbres. Et l'as me dit, regarde ce qu'on va pouvoir mettre. Donc il fait un petit trou dans les feuilles. On cache le livre qui est scellé dans une pochette plastique pour qu'il ne se détériore pas. On remet des feuilles par-dessus et lui, il vient cacher un petit squelette, enfin une mâchoire de cerf qui était là. Donc effectivement, le premier qui a eu cette joie de creuser parce qu'il avait fait la triangulation des trois arbres, je pense qu'il a eu un petit moment d'émotion. Une année on a eu un petit stress notamment quand dans le roadbook on indiquait à droite d'un arbre ou à gauche d'un arbre parce que nous on fait pas toujours les repérages dans le même sens. Donc des fois on arrive en sens anti-horaire ou dans le sens horaire. Maintenant on essaye plutôt de marquer à l'est ou à l'ouest, on se trompe un peu moins facilement avec ça et donc quelques heures avant le départ on a fait corriger tous les roadbooks pour dire que que le livre était à droite ou à gauche. Et voilà, ça fait partie des petites anecdotes qui mettent un petit coup de stress, alors surtout aux participants. Nous, un peu moins, ils perdront un peu plus de temps. Et puis, qu'est-ce que je modifierais ? Dans l'écriture, pas grand-chose, parce que je trouve qu'aujourd'hui, on a trouvé un bel équilibre et c'est aussi plaisant à lire les roadbooks, les concurrents disent, surtout après. Parce que sur le moment, ils sont plutôt avec un stabilo et c'est un petit conseil qu'on peut donner, n'oubliez pas le stabilo pour garder surtout les informations essentielles à votre repérage. Mais maintenant, on glisse quelques petites subtilités au milieu du texte, bien avant certains livres. Donc voilà, ça fait partie aussi des choses qui font que la course est peut-être un peu plus difficile que... que simplement un roadbook juste avec les informations classiques, le livre est à tel endroit, 200 mètres après le col, et point à la lignée. Alors, pour moi, il y a une espèce de fraternité, du coup c'est un peu comme une confrérie, où il y a un joli dialogue entre les concurrents et le triumvirat, où chacun à la fois est dans son rôle, mais on est presque... C'est une douce complicité où nous on essaye que la course ne soit pas réalisable, ou en tout cas vraiment juste à la limite, et les concurrents font tout année après année pour qu'ils y arrivent. Donc l'idée c'est qu'on soit pour nous le plus proche de l'atteindre mais qu'on n'y arrive pas et que pour les concurrents, ils flirtent avec cette réalisation pour quelques minutes ou pour quelques heures et qu'ils disent que ça ne se joue à pas grand chose. Cet alignement de planète qui est absolument indispensable entre le parcours, la connaissance, la météo, l'horaire de départ, les livres qu'on trouve facilement, la petite équipe qu'on arrive à... courir et c'est pour ça, en tout cas moi je trouve que ce qui est beau dans cette course, pour gérer à la fois d'autres courses, pour en voir énormément, c'est qu'il y a un esprit différent. Il y a un esprit où les concurrents ne sont pas concurrents, mais ils sont plutôt une équipe. Et donc la réussite, elle ne se fait pas tout seul. Ce n'est pas tout seul qu'on part sur le chemin, même pour les meilleurs, même pour ceux qui ont déjà fini et qui disent, si je n'avais pas été accompagné sur mes premiers tours, si... j'avais pas su où était le livre ou si on n'avait pas expliqué certains éléments donc il y a vraiment cette notion d'une communauté et là encore un petit parallèle avec le territoire qui occupe justement cette chartreuse terminale. Et bah donner une fois de plus raison à Benoît comme quoi c'était faisable parce que même nous on en doutait et donc ça a montré que c'était réalisable condition de venir, de s'entraîner, de performer, d'être ultra à l'aise sur les distances, sur le sommeil, de consacrer, comme l'a fait Mick, de consacrer finalement, je ne dirais pas sa vie, mais un moment de sa vie justement à tout ça pour forcer un peu les planètes à s'aligner. Donc ça, c'était réalisable. Et donc effectivement, ça a changé. mais le soir même des premiers finishers, de se dire, bon, pour l'année prochaine, la variante qu'on a supprimée pour que ça soit un peu plus facile, elle va y être. Les livres, il faut que ça soit un peu plus dur, il faut qu'ils soient cachés un peu différemment, il faut que le roadbook ait plus de subtilité. De jouer, en fait, on a énormément de curseurs, un peu comme sur une table de mixage, qu'on peut monter ou descendre, que ce soit le dénivelé, que ce soit la distance. Et l'idée, c'est d'avoir des toutes petites touches. c'est vraiment pas de tout bouleverser pour que chaque édition soit légèrement différente de la précédente. Et c'est ce qui fait aussi plaisir aux concurrents quand ils découvrent la carte, même si certains poussent des cris d'orfée, c'est vraiment de se dire « tiens, waouh, ah non, ça a changé, ce secteur-là je le connais bien, j'avais bien travaillé, il n'y est plus » ou « oh là là, on s'en va là-bas, mais je n'ai pas du tout repéré » . Et puis le dénivelé me paraît fort, le livre est complet, enfin le book est différent, enfin voilà, du coup, ces petits moments-là pour nous, c'est des beaux moments de plaisir aussi. Alors d'une part parce que je n'ai pas le niveau pour pouvoir le faire, et ça, dans ma pratique, c'est beaucoup trop long pour moi, et ça me semblait, alors ça me semblait fort, et je pensais qu'on allait avoir des finishers un jour, mais pas aussi rapidement. que vraiment on ait des concurrents qui s'engagent aussi rapidement, pleinement, à 100% pendant 1, 2, 3 ans en vivant Terminorum, en mangeant Terminorum, en dormant Terminorum. Je ne pensais pas que ça puisse arriver aussi tôt. Je pensais qu'on allait un peu s'inspirer de ce qui s'était passé aux Etats-Unis où il avait fallu attendre une bonne dizaine d'années avant qu'on ait les premiers finishers. Dans l'ensemble, ça arrive assez tôt avec la chartreuse Terminorum, mais c'est peut-être ce côté aujourd'hui insolite. qu'il n'y a plus à certains et de se dire que c'est parce que c'est inaccessible qu'on a envie d'y aller, qu'on a envie de réussir. De s'inspirer de ceux qui ont réussi en venant s'entraîner, en venant habiter sur le territoire, en repérant, en allant discuter, échanger, courir avec ceux qui l'ont déjà fait. Et puis après, apprendre le latin. Je pense que ça, c'est une notion indispensable à toute réussite pour le triumvirat et à la fois pour pouvoir lire le sapinus terminorum qui est un des emblèmes, en tout cas cette borne du territoire et de comprendre le mystère qu'il y a derrière cette phrase énigmatique.