- Speaker #0
Bienvenue dans Au-delà du mur, le podcast pour tous les passionnés de course, qu'il s'agisse de bitume, de nature ou de piste. Que vous soyez débutant ou coureur à guéris, nous explorons ensemble la préparation physique et mentale, la nutrition et la santé pour vous aider à atteindre vos objectifs. Si vous cherchez des conseils pratiques,
- Speaker #1
des témoignages inspirants et des discussions captivantes, vous êtes au bon endroit. Préparez-vous, votre voyage Au-delà du mur commence ici.
- Speaker #0
Bienvenue à tous dans ce nouvel épisode d'Au-delà du mur. Aujourd'hui, j'ai l'immense plaisir d'accueillir Pierre Morat, ancien athlète, historien du sport et réalisateur du documentaire culte Free to Run. Grâce à son regard unique, il a retracé l'histoire de la course à pied, de ses racines dans les stades, à son explosion comme phénomène populaire mondial. Dans cet épisode, on va explorer ensemble pourquoi les courses sont aujourd'hui sold out, pourquoi les dossards se monnaient... Et si derrière l'événement et le marketing, il reste encore de la place à la liberté originelle de courir. Mon cher Pierre, bonjour, comment vas-tu ?
- Speaker #1
Ça va bien Hugo, merci, ça va bien, pleine forme.
- Speaker #0
Merci beaucoup de me consacrer ce temps-là, j'ai cru comprendre que tu étais quelqu'un de très occupé.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. C'est vrai que je reste encore beaucoup sollicité. Le succès de la course à pied fait qu'à travers le film Free To Run, mais à travers aussi toutes mes activités, je suis beaucoup sollicité par les médias. Surtout quand arrive l'année grande. courses, les grands marathons ou les grandes courses, comme c'est le cas de la course de l'escalade dans 9 jours, qui est la plus grande course de Suisse, qui vient d'annoncer 60 000 participants.
- Speaker #0
Pour les personnes qui ne te connaissent pas, qui n'ont pas eu l'occasion de découvrir ton travail à travers notamment le documentaire Free to Run, est-ce que tu pourrais nous faire un CV express ? Qui est Pierre Morat et qu'est-ce que tu aimerais qu'on retienne de toi ?
- Speaker #1
Je suis un homme plus très jeune qui... qui a aujourd'hui 55 ans et qui a commencé à courir parce qu'il montrait un certain talent à l'âge de 15 ans. Et puis après, j'ai fait une carrière internationale avec l'équipe suisse sur 1500 mètres, donc sur piste, jusqu'à ce que je me blesse très tôt, à 23 ans. Donc j'ai basculé sur la route ensuite et sur le duathlon. Et je suis devenu surtout entraîneur, j'ai entraîné des grands athlètes. comme Tesfaye Ausha qui a gagné 5 fois le marathon de Lausanne, plusieurs fois le marathon de Zurich, et Mariam Jamal que j'ai mise sur la piste et qui a fini plus avec moi puisqu'elle est devenue citoyenne du Barahine après, mais qui a fini par devenir championne olympique sur le tapis vert puisqu'elle avait fini troisième de la course et que deux de ses concurrentes avaient été disqualifiées par la suite pour dopage. Donc championne olympique. Et parallèlement, j'ai fait des études d'histoire, j'ai écrit beaucoup de... de livres sur l'histoire du sport et je suis devenu dans les années 2000 cinéaste. Et en 2016, comme tu l'as mentionné, j'ai réalisé ce film au bout d'un travail long d'une dizaine d'années qui s'appelle Free to Run et qui retrace un peu les racines libertaires de la course à pied, très méconnue et qui a eu effectivement un retentissement on va dire international. Et aujourd'hui, j'entraîne des jeunes athlètes de haut niveau. et je suis aussi propriétaire des magasins New Concept Sport qui sont spécialisés dans le running à Carrefour et à Épalinges au-dessus de Lausanne.
- Speaker #0
C'est vrai que j'ai découvert ton travail dans le cadre du visionnage du documentaire Free to Run, mais c'était accidentel parce que j'étais en train d'effectuer des recherches pour un thème tout à fait autre, c'était l'émergence des fans. L'accessibilité, en tout cas, de la course à pied pour les femmes. Et puis, on m'avait conseillé justement ce documentaire-là. Et puis, tu parlais notamment de Catherine Schweitzer dedans. Et puis, je ne savais pas vraiment qui tu étais. J'ai découvert le mouvement Spiridon aussi à travers ce documentaire qui est vraiment très, très bien fait. Encore toutes mes félicitations. J'ai vraiment adoré. Pour revenir au sujet qui nous intéresse aujourd'hui, il y a un truc qui m'a frappé la première fois qu'on a discuté ensemble la semaine dernière, quand j'ai pris contact avec toi. c'était le fait que j'ai commencé par le postulat de dire toutes les courses sont sold out, qu'est-ce qui se passe ? Est-ce qu'on est en train d'assister à une explosion du phénomène de la course à pied ? Et tu m'as dit directement, ah non, pas du tout. Dans les années 80, il y avait la Stradé de Milan où il y avait 80 000 personnes qui participaient, pas forcément toutes, avec le dossard. Donc je me suis dit, tiens, là je tiens un invité qui est juste fantastique pour pouvoir... resituer le contexte dans les années 80 déjà, comment ça se fait qu'on soit passé de 80 000 coureurs à une course à peut-être plus que 10 000, 12 000 aujourd'hui, selon toi ?
- Speaker #1
En fait, ce qui se passe, c'est qu'il faut comprendre le mouvement running comme un phénomène qui a eu différentes vagues. Ceux qui ont vu mon documentaire le saisissent aujourd'hui, mais je vais l'expliquer de manière un petit peu rapide et vulgarisée. Au début des années 70, personne ne courait. C'est-à-dire que la course à pied était réservée au stade, ce n'était pas du tout quelque chose que recherchaient les gens, parce qu'on en avait peur, en particulier du marathon. C'était une course violente, c'était une course qu'on finissait épuisée. dans l'esprit des gens, et surtout les règlements du monde de l'athlétisme, qui régissaient un peu tout en termes de course à pied, d'athlétisme, interdisaient à toute une catégorie de gens de courir pour des raisons pseudo-médicales. Ça concernait les femmes, ça concernait les jeunes, ça concernait les personnes âgées, enfin, quand on dit personnes âgées, c'est surtout plus de 40 ans, et en termes de philosophie, en termes de mentalité de l'époque. Ça ne servait pas à grand-chose de courir si tu ne courais pas pour faire un temps, pour gagner une médaille ou pour être devant, donc si tu n'étais pas un champion. Et en fait, les choses ont basculé dans les années 70, au début des années 70, en particulier à travers la victoire assez symbolique, je ne vais pas rentrer dans le détail, de Frank Shorter au marathon des Jeunes Olympiques de 1972 à Munich, mais aussi à travers des poussées, on va dire libertaires, comme celle, tu l'as brièvement mentionné en introduction, de Catherine Switzer et de Bobby Gibb, qui ont couru de manière clandestine dans les marathons à Boston. qui était le grand marathon de l'époque à la fin des années 60, mais aussi des mouvements en faveur de la course libre, en faveur d'une course qui n'est plus une course à la performance, mais qui est une course aux sensations, qui est une course à la santé, qui est une course à la réunion, à l'amitié, etc. Et ça, ça a été porté en particulier en Europe par le mouvement qui était à la base une revue, Spiridon, qui est parti de Suisse d'ailleurs. Donc je dirais que ce mouvement s'est amorcé au début des années 70. Puis il atteint une première vague au milieu des années 80. Une course comme Mora Fribourg, qui était une course très austère, très militaire, mais qui était un peu la seule course qu'on avait en Suisse, et depuis très longtemps, puisque c'était une course commémorative, elle a atteint 15 000 personnes au milieu des années 80, ce qui était énorme pour un pays comme la Suisse. Et d'ailleurs, après, quand d'autres courses plus sympathiques, entre guillemets, ont fait leur émergence, Mora Fribourg, alors que la course se déployait à l'échelle mondiale et en particulier à l'échelle suisse, la course populaire, Mora Fribourg a chuté. Et Mora Fribourg, son record de participation, il date toujours du milieu des années 80 maintenant, ils ont peut-être 9, 8, 10 000, mais il y a une telle concurrence qu'ils n'ont plus jamais réussi à redevenir, malgré la légende, la course aussi populaire qu'elle était au milieu des années 80. Après le milieu des années 80, à peu près, il y a eu une chute un peu de la participation. Et puis dans les années 2000, ça a recommencé à monter. de nouveau eu un mouvement fort pour le running. Et puis aujourd'hui, on peut dire que de nouveau, il y a une vague qui atteint, je ne sais pas si elle atteint son sommet, mais assez maximale. Mais c'est vrai qu'au niveau des courses, dans les années 80, il y avait moins de courses, il n'y avait pas de trail ou très peu de courses de montagne. Il y avait donc moins de courses et il y avait des courses qui étaient déjà là depuis un certain temps dans certains pays, dans certains pays entre guillemets un peu improbables, ce n'est pas forcément les États-Unis ou l'Europe, et qui avaient beaucoup, beaucoup de participants. à peu près 80 000. C'est le cas de la Bay to Breaker à San Francisco, c'était le cas de la Auckland Run en Nouvelle-Zélande, c'était le cas, comme tu l'as mentionné, de l'Astra Milano. Et là, j'ai fait quelques recherches depuis notre discussion. Il y a actuellement des courses, encore, dont certaines sont très anciennes, qui ont entre à peu près 100 000 participants. C'est le cas de la course du Cortés Inglés à Barcelone, qui est des courses très populaires. C'est souvent des courses courtes, peu... peu exigeante, j'entends, en termes de coûts, en termes de participation. Il y a aussi une course en Suède, il y a une course à Manille, de manière très improbable, en tout cas vue d'ici, donc aux Philippines, qui a aussi autour de 100 000 participants. Donc, il y a des courses qui réunissent beaucoup de monde. Le problème qu'il y a aujourd'hui par rapport au côté sold-out des courses, c'est que... Les grandes courses sont très courues. Il y a un effet d'entraînement très important. Et pour des questions de parcours, pour des questions de logistique, on est obligé d'en limiter la participation. C'est le cas sur les marathons. Je pense que New York, chaque année, il y a à peu près 200 000 demandes. Par contre, ils sont obligés de limiter autour de 50 000. C'est pareil à Londres. Tous les marathons, pour l'instant, ils n'ont pas trouvé la clé pour accepter plus de 50 000, 60 000. parce qu'en termes de logistique, ça devient vraiment très lourd. Pour prendre un cas plus proche, celui de la course de l'escalade, que je connais bien puisque j'ai fait partie du comité au début des années 2000 pendant de nombreuses années, je m'en suis occupé et je connais bien les... les organisateurs. On est confronté à un parcours qui est très limité, puisque c'est une boucle d'environ 2 km dans la vieille ville. Donc, de plus en plus, ils ont essayé de trouver des moyens pour quand même pas sacrifier toutes les personnes qui veulent courir, tout en ayant les moyens de les accueillir. Donc, ils ont créé une course tous les 5 ans qui est une course de 17 km qui parle de plus loin des pics qui arrivent dans la ville. Ils ont créé... une course de Nordic Walking qui part de Verrier et qui arrive dans la ville. Donc ça, c'est plus simple. Ils ont étendu la course sur deux jours, alors qu'avant, elle n'était que sur un jour. La fameuse marmite, qui est la course déguisée, ils ont aussi étendu petit à petit le parcours pour que ça soit plus large et plus étendu et moins compressé. Et puis maintenant, ils sont carrément faits des espèces de groupes d'allures. Donc, il n'y a plus vraiment de course vétérans, femmes, hommes. C'est tout mélangé en fonction des vitesses annoncées par les participants pour qu'il y ait un échellement tout au long de la journée, tout au long des deux journées, et que l'on puisse faire courir à Genève, dans la vieille ville de Genève, 60 000 personnes. Donc, chacun trouve un peu des astuces pour pouvoir augmenter sa participation et pour pouvoir surtout répondre à la demande. Et puis après, effectivement, il y a aussi beaucoup plus de courses. en particulier les trails qui se sont développés énormément et qui ont un certain succès.
- Speaker #0
On remarque, comme tu l'as dit, des courses phares, peut-être, qui ont su émerger à un moment où il y avait ce besoin d'avoir un peu plus de fantasy dans l'organisation des courses, mais la bonne nouvelle dans ce que tu dis là, en tout cas ce que je perçois, c'est qu'il y a quand même encore des courses « anonymes » où on peut participer « sans moins de structure » . où il y a des dizaines de milliers de participants. Donc, je ne comprends pas pourquoi est-ce qu'on a l'impression que l'image, en tout cas tout l'espace, la désirabilité, elle est orientée vers ces courses qui sont sold out plutôt que peut-être des autres courses où finalement, on a l'impression qu'il n'y a aucune limite des participants.
- Speaker #1
Je suis tout à fait d'accord avec toi. C'est un vrai problème, je trouve. Il y a beaucoup de choses à dire là autour. Alors, je mettrais l'escalade à part parce que l'escalade, il y a un parcours très compressé et puis c'est une course qui a beaucoup de succès, mais qui redonne beaucoup à la communauté. Mais le paradoxe de tout ça, c'est que ces courses qui sont super courues, où il y a une course au dossard ou en 48 heures, comme pour Paléo, finalement, on n'a plus de dossard, etc. On s'arrache ces dossards et tout. Souvent, en plus, c'est des courses extrêmement chères qui pratiquent à partir du moment où justement la demande est plus importante que l'offre. des prix prohibitifs qui n'ont aucune justification pour courir une course. Dans mon film, peut-être que tu l'as remarqué, je vais reprendre tout simplement les mots de Noël Tamini, le créateur du mouvement de la course libre et du mouvement Spiridon. Il disait, je mets toujours en avant l'exemple de la savonnette, on peut se nettoyer correctement avec un savon bon marché, mais si on veut absolument avoir un savon de luxe pour se le passer sur la peau, c'est le problème et c'est un peu le choix individuel de tout un chacun. Le problème aujourd'hui, c'est que la course a basculé dans beaucoup de cas dans le business. C'est vraiment du business. C'est un moyen de faire de l'argent, voire même de détourner de l'argent pour certains organisateurs. Et en fait, finalement... il y a des organisateurs qui sont des organisateurs pour pouvoir faire de l'argent sur le dos des gens et sur l'aspect populaire. Puis en même temps, de l'autre côté, il y a une demande. C'est-à-dire que les gens ont envie d'être ensemble, ils ont envie de mettre dans leur bucket list le marathon de New York, l'UTMB, maintenant peut-être les 6, 7, maintenant bientôt 8 marathons qui étaient à l'origine des Big Five. Donc il y a cette espèce de course à l'armement populaire autour des courses à pied qui fait qu'on doit en être. Et c'est un petit peu triste parce que finalement, la seule chose qui triomphe derrière tout ça, c'est l'esprit grégaire et l'esprit moutonnier.
- Speaker #0
Jusqu'à quel point d'inflexion ? Parce qu'il arrivera bien forcément un moment où les gens vont quand même comprendre qu'ils se font entendre. Le fait de courir pour être en bonne santé, ça a bon dos. Quand on regarde le coût d'inscription d'un dossard, le coût de l'équipement, c'est terminé, la course à pied accessible pour tout le monde. Alors oui, pour courir tout seul dans son coin, mais comme tu l'as dit, on est censé en être, donc on doit faire quelque chose, on doit porter un dossard, on doit montrer qu'on fait partie de ce mouvement-là. Il va bien arriver un moment où les gens vont se dire « Attends, pour finir, c'est quoi cette connerie ? Moi, je ne participe plus à ça. » Qu'est-ce qui se passe après ?
- Speaker #1
Bon, alors il faut relativiser quand même. Parce que de la même manière qu'il faudrait téser le fait qu'on n'a jamais eu autant de succès dans les courses et que les courses n'ont jamais été aussi importantes en participation, il y a une autre chose à relativiser. La majorité des gens qui courent aujourd'hui ne mettent jamais de dossard. On parle que dans les médias des courses, parce que j'entends ces porteurs, ça amène de la pub, ça amène des sponsors, là aussi, les médias sont complices. On parle que des grosses courses et des courses avec dossard. Mais les gens qui courent, il y a deux tiers des gens qui courent ne mettent jamais de dossard. C'est statistiquement prouvé. Les gens qui courent pour eux, dans la nature, etc. Donc il y a déjà toute cette partie des gens qui sont des coureurs, et qui sont des coureurs véritablement libres. Après, les grandes courses, parce qu'on parle de courses populaires, quand on parle du marathon de New York, quand on parle du marathon de Genève, c'est un super exemple, ce n'est pas des courses populaires. Ce n'est pas des courses populaires, parce que le prix qu'elles pratiquent... pour pouvoir y participer, ne donne pas accès au peuple, entre guillemets, à la majorité des gens. Quand, dans le film Free to Run, à la fin, le grand spécialiste Roger Robinson de la course à pied explique que le revenu moyen d'un coureur au marathon de New York, il est de plus de 100 000 dollars. Donc, quand on habite Merci. comme il le dit lui-même dans le quartier de Staten Island, dans certains quartiers du Bronx, on n'a pas accès au marathon de New York pour des simples questions de coût d'entrée. Et c'est valable pour plein de courses à travers le monde. Moi, je ne suis pas très, très, pour répondre à ta question, je ne suis pas très optimiste sur le fait que les gens vont se rendre compte, etc. On le voit bien dans le domaine du luxe. Qu'est-ce que font les gens dès qu'ils ont un petit peu d'argent, alors même qu'ils restent pauvres ? Ils préfèrent souvent manger des patates à partir du 15 du mois mais avoir leur Mercedes ou une belle montre ou un sac de luxe de Louis Vuitton ou je ne sais pas quelle marque. Cette espèce d'égocentrisme lié au paraître, qui s'applique aussi à la course à pied, à mon avis, il n'est pas du tout en crise malheureusement. Et les réseaux sociaux, le fait de pouvoir mettre en scène sa propre vie, sa propre légende en fait, puisque finalement... on fait croire qu'on est riche, on fait croire qu'on peut se payer quelque chose, on fait croire qu'on peut courir à New York, etc., ou aller à l'UTMB à Chamonix. Eh bien ça, ça a été démultiplié par l'effet des réseaux sociaux. Ce fameux quart d'heure de célébrité, cher Andy Warhol, que tout le monde peut s'approprier aujourd'hui. Donc je ne suis pas très optimiste sur l'évolution des choses. Je pense qu'on va créer des nouvelles franchises, on va créer des nouvelles choses, et les personnes vont toujours vouloir participer à ça. C'est comme par rapport à l'écologie, c'est comme par rapport à la décroissance. Je n'ai pas le sentiment que le monde, en tout cas il n'y a qu'une minorité, qui est prête à faire cette démarche pour aller vers quelque chose qui est non pas toujours plus, mais moins, entre guillemets, pour le bien et pour certaines valeurs.
- Speaker #0
On constate d'ailleurs... justement, ce groupe, ce genre de personnes qui s'identifient davantage à cette décroissance, si on fait un peu l'analogie avec la partie économique, c'est l'émergence peut-être de ces groupes de course à pied, communautaires où il n'y a pas besoin de s'inscrire, où il y a un lieu de rendez-vous, viens, qui a envie, prends, qui a envie de prendre. Après, c'est ambigu parce que ça peut être perçu comme ambigu, parce qu'il y a des clubs historiques qui sont là, qui ont des statuts, tu paies une cotisation, tu as des entraîneurs, etc. Donc, c'est vraiment le truc, bam, étage par étage qui finalement t'amènent vers l'inscription et le dossard et les autres groupes de course à pied qui sont totalement free to run indépendants, tu prends ce que t'as envie de prendre, cherry picking et puis tu y vas, donc on est déjà ça commence déjà j'ai l'impression avec l'émergence justement de ce type de groupe de course à pied qui font aussi sa promotion sur les réseaux sociaux on voit quand même qu'il y a des gens qui se détachent progressivement alors est-ce que c'est des gens qui prenaient le dossard qui se détachent ou est-ce que c'était des gens qui Merci. ne prenaient pas de ça qui s'affiche avec ces groupes, ça, c'est encore autre chose.
- Speaker #1
Alors, c'est intéressant ce qu'il y a des social run club, là, qui est effectivement un nouveau mouvement qui vient de tranches d'âge plus jeunes. Moi, j'ai participé à une émission qui a parlé de ça il n'y a pas longtemps sur la RTS, la basique. Après, l'immersion qu'ils ont fait, l'émission dans certains de ces run club, montre aussi, d'une part, que ceux qui organisent ces run club, au départ, ça part d'une bonne idée, mais s'ils peuvent en faire à terme un business, C'est même déjà des fois l'idée qu'il y a là-derrière tout ça. Et puis surtout, les marques sont hyper présentes. En fait, elles essayent aujourd'hui d'intégrer ce genre de groupe. pouvoir imposer leur image. On l'a vu avec ON, toutes les marques qui en fait veulent être dans la tendance offrent des choses à ces personnes ou offrent des choses aux leaders de ces run clubs. Donc finalement, cette espèce de liberté, elle n'est qu'apparente et à mon sens, elle est quand même bien éloignée de celle de certains groupes ou de certains clubs qui se revendiquent encore aujourd'hui de l'esprit spirido.
- Speaker #0
Donc, quelqu'un qui pratique la course à pied, qui ne veut pas faire de dossard, et qui fait ça, entre guillemets, seul dans son coin, c'est quoi sa motivation ? Alors, c'est provocateur comme question, mais quelle peut être sa motivation s'il ne veut pas faire partie de ce système, pas prendre de dossard, pas faire partie d'un groupe ? Pourquoi il court ?
- Speaker #1
C'est les sensations, j'entends. Pour moi, la course, c'est un sport de sensations. C'est ce qu'on montre en particulier à certains témoignages au début de Free-to-Run. C'est quelque chose qui est bon, qui est bon. De rentrer seul avec soi-même au cœur de la forêt, de la nature, à travers l'effort, sentir ses endorphines, sentir cette sensation d'être vivant, c'est quelque chose de magnifique, c'est quelque chose de splendide. Après, être ensemble à travers une course, où on court au milieu des autres, on court pour soi même au milieu des autres, c'est aussi un plaisir qu'il faut respecter. Il n'y a pas de souci avec ça. Mais j'entends courir sans dossard, au-delà même de courir pour sa santé, parce que c'est aussi une motivation, c'est la motivation de la majorité des gens qui courent, en particulier ceux qui courent sur le sard, c'est de courir, parce qu'au bout d'un moment, quand on s'entraîne, on a simplement du plaisir à courir, on se sent bien, et on a à la fois plein de sensations positives, on développe beaucoup de neurotransmetteurs, et ça donne beaucoup de plaisir, et on se fait du bien, on augmente, on rajoute de la vie aux années, Et on rajoute aussi des années à la vie, entre guillemets. Donc pour ça, il n'y a pas besoin de dossard. Je pense que tous les sports d'endurance tels qu'ils ont été découverts par la masse à qui ils se sont ouverts librement à partir des années 70, procurent pas seulement la course à pied, le vélo, le ski de fond, la natation, procurent des sensations intimes, individuelles qui sont fantastiques. Et ça, c'est une découverte qui a 45-50 ans. à l'échelle, on va dire, populaire.
- Speaker #0
Et toi, en tant que pratiquant, plus tôt un jeune, comme tu disais avant, mais tu as quand même encore de belles années, tu es quoi comme coureur ? Est-ce que tu participes à des courses ou justement tu cours, tu pars seul dans la nature pour te retrouver avec toi-même ?
- Speaker #1
Je suis un peu un entre-deux, moi, pour être tout à fait honnête. C'est-à-dire que je transmets beaucoup parce que je m'occupe des jeunes, donc je suis beaucoup dans la science de la course à pied, dans la recherche de la performance à travers. les athlètes que je coache, d'ailleurs je coache aussi des populaires qui font appel à moi pour préparer un marathon, donc j'essaye de personnaliser une approche qui soit la plus juste possible pour qu'ils soient performants, chacun à leur niveau, et à titre personnel, moi je paye mes grosses années avec blessure au tendon d'Achille, donc je suis plutôt, j'ai un tendon d'Achille qui est très fragile, je suis plutôt comment dire, quelqu'un qui fait pas mal de sport, d'endurance, pour son plaisir, mais qui en même temps a toujours ces relents, entre guillemets, de sensations à travers la vitesse. Donc, c'est vrai que j'ai du plaisir de temps en temps, si mon corps me le permet, à remettre un peu un dossard et à me créer un petit challenge en lien avec mon âge. Mais quand on a fait du sport de très haut niveau, comme c'est mon cas, on est peut-être moins attaché, justement, à cette dimension purement compétitive. On a plus de recul parce qu'on a été très, très vite à une certaine période de sa vie et on sait très bien qu'on ne pourra jamais aller au... plus aller aussi vite. Donc, c'est un principe de réalité qui te remet assez vite les pieds sur terre.
- Speaker #0
Merci mille fois d'avoir consacré ce temps-là, en tout cas, pour venir partager ton expérience et ta vision du monde de la course à pied d'aujourd'hui. À très bientôt pour de nouvelles aventures.
- Speaker #1
À très bientôt, Hugo. Bonne suite. Ciao, ciao. Bonne course.
- Speaker #0
Ciao. Merci d'avoir écouté cet épisode d'Au-delà du mieux. Si le sujet vous a inspiré ou intrigué, N'oubliez pas de vous abonner pour ne rien manquer des prochains épisodes. Rejoignez notre communauté sur les réseaux sociaux et partagez vos réflexions avec nous. Je serai ravi d'entendre ce que vous avez pensé de cet épisode. Et si vous avez aimé, pensez à laisser un avis 5 étoiles sur votre plateforme d'écoute préférée. Ça m'aide énormément à faire grandir la communauté d'au-delà du mur. A très bientôt pour une nouvelle exploration de l'autre côté du mur. Jusque là... Continuez à questionner, à explorer et à repousser vos limites.