Speaker #0Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Au fil du yoga, à l'ombre du banyan. Au sujet de ce podcast, aujourd'hui, l'enseignement. L'enseignement du yoga. Ou plutôt, la crise de l'enseignement du yoga. Tout part... d'une consultation d'Instagram, je suis peut-être tord, où je me retrouve tout d'un coup voir surgir sur mon fil des postes de professeurs que je ne suis pas, qui, alors certains vont dire qu'ils sont meilleurs que les autres parce qu'eux, ils ont développé une authenticité dans l'enseignement et qu'ils partagent des valeurs. D'autres qui vont vendre des formations, et notamment des formations de business, en insistant sur le fait que, eh bien non, vous n'avez pas complètement mis l'accent sur ce que vous devriez être en tant qu'enseignant. Et là, j'ai envie de pousser un coup de gueule. Alors c'est sûr, si vous m'écoutez et que vous n'êtes pas prof de yoga, vous allez vous dire qu'est-ce qui se passe. Je ne comprends pas. Eh bien, je pense, et c'est là où ça va vous intéresser, je pense qu'en fait, on se trompe complètement. Alors déjà, pour vous repréciser un peu, je tiens le podcast depuis presque six ans maintenant, même six ans complets, et j'ai développé plus de 90 épisodes consacrés au yoga d'abord et un peu plus maintenant au bouddhisme. Mon idée est la suivante. C'est d'essayer de présenter, que ce soit aussi bien auprès des professeurs de yoga que des élèves ou de toute autre personne intéressée par la philosophie indienne ou la philosophie asiatique, différents prismes de réflexion. Parce que la première constatation que l'on peut faire concernant le yoga, c'est que le yoga était assimilé à une seule chose, une pratique physique. Cette pratique physique, elle existe depuis des milliers d'années. Dans les livres consacrés au yoga, vous verrez très souvent dire que le yoga est né il y a 5000 ans avant Jésus-Christ. Les historiens ne sont pas tout à fait d'accord sur les dates d'apparition du yoga, mais en tout cas, c'est une pratique très ancienne qui... effectivement datent de bien avant, mais vraiment bien avant la naissance de Jésus, puisque c'est notre point de repère dans notre calendrier occidental. Le yoga, au tout départ, c'était une pratique très ascétique, qui n'était, et c'est paradoxal maintenant quand on voit ce qui s'est passé dans le temps, dans la chronologie, qui était pratiquée par des hommes. qui partaient dans la forêt, on les appelait les sanyazines, où ils s'adonnaient à des pratiques d'asset très, très élaborées et très extrêmes. L'idée, c'était de dépasser complètement la notion d'ego. Progressivement, Avec l'histoire même de ce qui allait devenir l'Inde d'aujourd'hui, le système philosophique indien a évolué. On est passé d'une période dite des Vedas, qui sont les grands livres sacrés qui sont à l'origine de l'hindouisme, mais qui n'ont pas donné tout de suite naissance à l'hindouisme. Il y a d'abord eu ce qu'on appelle le brahmanisme, les Vedas qui commencent à codifier. une pratique qui est surtout reliée au sacrifice. Ensuite, vous allez venir avoir les Upanishads qui sont les enseignements qui sont délivrés par les maîtres, les gourous, et auprès desquels les disciples s'assoient à leurs pieds pour les écouter. Parce que je parle de s'asseoir aux pieds du maître parce que c'est la transcription du mot Upanishad. Et qui vont délivrer un certain nombre de réflexions. constitue un corpus spirituel, quoi que nous, occidentaux, on veuille bien en dire et en penser. Et ce corpus, en fait, va donner naissance à des notions telles que Atman, une conscience, Brahman, la conscience absolue, Atman étant le soi, plus précisément, et à l'émergence d'une définition de yoga qui progressivement va venir coller en fait à la racine yuj, reliée. Alors ça va être relié le soi à ce qui est plus grand que soi, Brahman, ou l'absolu si vous préférez, ou Ishvara, le seigneur, a ensuite des techniques Merci. où on va relier le mental au corps, à l'énergie, le prana, et notamment à travers le contrôle peut-être de la respiration. Le yoga va être ce qui va relier à Purusha, l'état où on revient à l'état originel. Purusha, c'est l'état que nous étions, c'est la conscience absolue aussi, mais distincte. de ce qui existait déjà, parce que au milieu des textes, vous avez des centaines d'années, vous avez les Upanishads, vous aurez le Samkhya, un système philosophique à part, vous avez le système philosophique du Yoga. Pour arriver à un des textes le plus connu, qui est les Yoga Sutras de Patanjali. Mais au milieu, vous en avez encore beaucoup d'autres très importants, le Hatha Yoga. Pradipika, qui va venir s'inscrire. Et puis vous avez ensuite tous les tantras du yoga aussi, qui viennent préciser la Samitageranda, avec parfois soit un continuum dans l'idée, ah oui, le yoga c'est l'union entre le corps et l'esprit, c'est la définition qui revient le plus souvent, à avoir ensuite une dissolution du soi, une disparition complète. du soi ou une personne qui est en capacité, en s'étant complètement dépassée, d'avoir des siddhis, des pouvoirs extraordinaires. Nous dans l'Occident actuel, on connaît surtout, et ce n'est pas une vérité absolue ce que je dis, mais le constat c'est qu'on va surtout vous parler des Yoga Sutras de Patanjali. Et dans les Yoga Sutras de Patanjali, très rapidement, au deuxième Sutra, le deuxième verset si vous préférez, il est dit que Yoga Ausha Vritti Nirodhaha, le Yoga, c'est la cessation de la fragmentation du mental. On peut aussi traduire par la cessation de toutes ces perturbations qui viennent nous happer et nous sortir de cette... concentration, la concentration devenant progressivement une méditation nous permettant de faire cette involution cette dissolution du moi, l'ego qu'on appelle Aamkara en sanskrit, pour nous révéler dans quelque chose de plus important Patanjali parlera de Ishvara, le seigneur que nous on a beaucoup de mal à apprécier en Occident. L'Occident est plutôt maintenant, d'abord été historiquement catholique, et devient de plus en plus laïque. Viens se rajouter à ça, et j'essaie de vous proposer un panel de ce qu'est le yoga et de la problématique de l'inscription du yoga dans une société moderne, française, occidentale. Viens se greffer à cela. la peur à la fois du terme « gourou » , le maître, Et puis, le mot spiritualité. Et c'est là où moi j'ai beaucoup de mal, parce que dans les enseignements, en France, quand vous allez dans un studio, le mot spiritualité a complètement disparu. Il faut bien vous dire que le yoga n'est surtout pas qu'une seule pratique des postures, les asanas. Et je fais exprès d'utiliser les termes sanscrits. Pourquoi ? Parce que parallèlement... Qu'est-ce qu'on a vu arriver ? Ça fait 15 ans que je pratique le yoga, peut-être même un tout petit peu plus, et on est passé d'une opposition yoga traditionnelle à Thaïoga avec tous les autres styles de yoga, ça c'est la première chose. On a vu arriver le vinyasa, dont j'ai été professeur, qui est un flot qui ressemble beaucoup à de la gymnastique dansée, je suis désolée. Une fois très déconnecté de la respiration, sans véritable accent sur l'énergie de ce qu'est censé être le yoga et surtout sur la mise en avant de le yoga est bénéfique. Il est bénéfique parce que vous allez déstresser, parce que vous allez pouvoir vous poser sur les bienfaits du yoga. Mais le bienfait ne décrit pas la nature réelle du yoga. Et c'est là où moi je voudrais intervenir. C'est sur la nature réelle du yoga. Si ça ne vous intéresse pas, vous pouvez quitter le podcast. Vous allez retrouver énormément d'autres podcasts qui vous parleront de postures, qui vous permettront de vous relaxer. Mais on ne vous expliquera pas ce qu'est le yoga. Si vous êtes un peu curieux, vous avez commencé, et c'est bien normal, par des postures. Pourquoi ? C'est parce que c'est ce qu'on vous vend. On vend de la posture. Regardez Instagram. Réellement, voyez-vous réellement beaucoup de posts portant sur le texte, sur l'explication, utilisant des termes sanscrits ? Au début, on me disait « Utilise pas les termes sanscrits, les gens ne vont pas comprendre. » C'est vrai. Mais j'assume aussi le fait d'utiliser ces mots sanscrits. Pourquoi ? Parce que je rends hommage à... Cette culture a cette philosophie qui n'est pas la mienne, qui n'est pas occidentale. Si je transforme tous les termes en français, je m'approprie ce qu'est le yoga. Or, ce n'est pas du tout ce qu'on me demande. Je respecte le yoga et la philosophie indienne. J'essaye surtout maintenant parce qu'une des premières erreurs que l'on réalise quand on commence, outre penser que le yoga n'est que posture, C'est que comme je suis occidentale, je ne vais pas comprendre l'esprit de la philosophie indienne et je vais vouloir absolument recoller des éléments de ma propre éducation occidentale chrétienne, la philosophie des Grecs et des Romains, sur des paradigmes indiens. Je vous dirais d'autant plus que nous avons une autre amie Descartes qui est arrivée et qui a façonné, quoi qu'on en dise, tout notre système philosophique basé sur la raison, la réflexion, le mental. Or, qu'est-ce que nous dit l'Inde ? C'est non, arrêtez de vouloir absolument vous projeter. Le mental n'est qu'une projection, une projection. de ce qu'on appelle le voile de l'illusion. C'est-à-dire qu'en fait, ce qu'on voit, ce n'est pas la réalité. Le bouddhisme ira encore beaucoup plus loin. Il vous dira que même que la vie que vous vivez, en fait, vous ne la vivez pas, vous pensez la vivre. Et votre cerveau vous aveugle. Et le bouddhisme, par exemple, vous rappelle simplement qu'il faut vraiment ouvrir les yeux, se déconnecter de tout ce qui va nous faire... passer dans les tringles des émotions, la fierté, l'ego, l'ignorance, la colère, les envies, le désir, les attachements, pour voir la réalité des choses et pour voir notamment l'une d'entre elles qui, à mon sens, est extrêmement importante parce qu'elle est à la base de la philosophie bouddhiste, l'interdépendance des choses. Et ça m'a d'ailleurs créé Une des plus grandes distinctions entre le bouddhisme et la philosophie indienne, dont la philosophie du yoga, qui n'est pas du tout basée sur cette réalité-là. Ce principe-là. Donc, premier problème, un yoga qui est basé uniquement sur un postulat, le postulat physique. C'est une erreur de penser que parce que vous n'êtes pas souple, vous ne pouvez pas faire de yoga. Parce que vous êtes vieux, vous ne pouvez pas faire de yoga. Soyons clairs, entre le moment où j'ai commencé le yoga et aujourd'hui, plusieurs choses sont arrivées. La première, c'est que j'ai vieilli. Je faisais du vignassa. J'adore maintenant m'asseoir. et chanter pendant des heures. Je fais de moins en moins de pratiques physiques. Pourquoi ? Contrairement à ce qu'on pense, et bien que les profs aient énormément évolué à ce sujet, les formations de professeurs de yoga s'étant étoffées de plusieurs heures d'anatomie, mais pas forcément de biomécanique, eh bien, on peut se blesser en yoga. Et moi, je vois souvent des erreurs importantes. dans la façon de faire les postures, les asanas. Par exemple, dans un cobra, Bujungasan, où on a souvent les oreilles, vous savez, vous êtes allongé sur le sol et en fait la poitrine est relevée et vous reposez sur vos bras. Petit cobra, les bras ne seront pas tendus, ce qu'on appelle petit cobra ou Bujungasan, le cobra. Et puis le chien tête en haut, vous avez les bras complètement tendus. À tel point que, normalement, si vous êtes bien articulé comme un serpent qui s'élève, votre pubis ne touche plus le sol. Bon, eh bien, très souvent, dans l'exécution de la posture, on voit les épaules remonter vers les oreilles. Et en même temps, on vous dit que le yoga vous détend, vous déstresse. Alors, je vais vous dire une chose, si vous avez toujours les épaules près des oreilles, eh bien, vous ne pourrez jamais vous détendre. C'est physiologique. Pourquoi ? Parce que lorsqu'on est stressé, si vous vous observez en période de stress, vous verrez que très souvent on a tendance à se louter, à rapprocher l'arrondi des épaules vers l'intérieur. Donc en fait, de rapetisser la poitrine, c'est comme si on se protégeait, on se faisait un tout petit peu petit et on se fige. Donc on contracte nos muscles, notamment les muscles du dos, les trapèzes. Et les trapèzes, bah... Comme il s'insère dans le cou, vers votre crâne là, et bien tout ça, ça se contracte, ça devient tout petit. Et puis vous avez la même chose au niveau de la poitrine qui se contracte aussi. Donc imaginez, Bujunga Sam, c'est une posture où on s'ouvre, on ouvre la poitrine. Si on a les épaules qui sont relevées vers les oreilles, parce que c'est difficile de passer dans cette posture, et bien on aura du mal à se relaxer. Alors oui, Bien sûr, le yoga relaxe quand même parce que vous êtes attentif pendant une heure, en fait parce qu'un professeur vous guide pendant une heure. Et qu'est-ce que c'est délicieux de se laisser guider par une personne. Il vous guide dans la posture, il vous guide dans la respiration, ou en tout cas je l'espère. Comme j'espère, et c'est une chose que je voudrais dire à toutes les personnes qui veulent commencer le yoga, prenez le temps de choisir votre enseignant. Je digresse, mais c'est fait exprès. Prenez le temps de choisir votre enseignant. Votre enseignant, il doit vous plaire. Il doit vous correspondre. Ce n'est pas forcément qu'un quinte, ou il est le tout le temps avec le sourire, parce que votre enseignant est un être humain. Mais cet enseignant, il va prendre soin de vous. Il va vous regarder, il va vous corriger. Pas pour vous embêter, mais normalement, parce que je parle surtout selon mon prisme, pour vous permettre de ne pas... pas vous blesser. Et puis, pour vous aider à poursuivre, à aller encore plus avant. Et le plus avant, ce n'est plus la posture. Le plus avant, ça va être d'abord peut-être d'investir la respiration. Et au-delà d'investir la simple respiration, c'est investir la dimension énergétique du yoga qu'on appelle le prana. Et donc, ça va donner naissance à ce que Patanjali appelle le pranayama. Le contrôle de la respiration, c'est ce à quoi on essaye de tendre dans cet exercice de pranayama qu'on propose pendant les cours en studio. C'est d'arriver à investir de plus en plus la rétention, ce qu'on appelle kumbhaka. Pourquoi ? Parce que dans la rétention, il y a ce moment où une porte s'ouvre. C'est vers cette... porte qu'on essaye de vous amener. Cette porte, c'est quoi ? Cette porte, ça va être le moment où vous pouvez commencer, espérer, accéder à la cessation de la fragmentation de votre mental. Et je vais faire exprès de ne rester que sur le texte de Patanjali. Le yoga, c'est donc aussi le pranayama. Le yoga, c'est donc Autre chose que la simple posture physique. Et je rappelle que historiquement, on sait déjà. que l'une des principales postures de yoga, c'est la posture assise. On vous parle souvent du lotus, du demi-lotus. Attention, nous sommes des occidentaux, nous sommes donc assis sur des chaises. Nous raccourcissons les fléchisseurs, c'est-à-dire en gros les muscles de l'avant de nos cuisses qui nous permettent de fléchir, de ramener par exemple le genou vers la poitrine et donc... En plus, on ignore comment est fabriqué notre bassin avec l'insertion des deux os qui sont dans nos cuisses. Enfin, de l'os, mais comme il y en a un de chaque côté des deux os. Les humérus, les fémurs, pardon. Comment ils sont insérés dans notre bassin. C'est ça qu'on appelle la hanche. Et parfois, il peut y avoir ce qu'on appelle une compression physique qui fait qu'on ne peut pas avoir notre genou droit et notre genou gauche qui s'étendent. talons complètement qui s'ouvrent avec les talons proches des cuisses. Ne cherchez pas forcément à faire le lotus ou le demi-lotus si vous avez mal au genou ou si vous n'arrivez pas à ouvrir. Laissez aussi votre corps se reposer. Et c'est ça qu'apprend le yoga. Ce n'est pas d'exécuter parfaitement posture, c'est d'apprendre à lâcher. Parce que plus vous apprendrez à lâcher sur ce que vous pensez être la bonne posture, plus vous serez prêt. à entrer dans la véritable dimension du yoga. Au-delà de ça, il y a quoi ? Il y a ce qu'on appelle Pratyahara, Dhyana, Dharana et Samadhi. Ce sont des... On parle souvent d'étapes, c'est aussi des pratiques à part entière où on va essayer de s'exercer, à s'isoler de tout ce qui est stimuli extérieur. Et même se détacher. Le terme de détachement, vous le retrouverez, par exemple, dans un livre magnifique, la Bhagavad Gita, qui est peut-être le livre majeur en Inde. Et que je vous conseille de lire. Alors, petit aparté, encore un. Je vous conseille de lire le Mahabharata, qui est un livre extraordinaire, où il y a deux niveaux de lecture. Le premier... Le Comte des milliers de nuits, où vous allez apprendre beaucoup de choses sur ce qui constitue, on va dire, la mythologie indienne. Deuxième niveau de lecture, et oubliez tous, je dirais, les aspects sociétaux, c'est la philosophie même du détachement. Vous allez rencontrer les passions humaines, ce qu'on appelle les... klesha, tout ce qui va nous retenir dans le présent bien humain, qui va nous empêcher de faire yoga justement. Vous allez apprendre que Arjuna sur le grand champ de bataille du Kurukshetra, c'est là où se joue le dharma, l'ordre cosmique, l'ordre du monde entre deux membres d'une seule et même famille, des cousins. Arjuna, assailli par le doute, aidé par Krishna, va apprendre qu'il faut se détacher des fruits de l'action et faire. Je referme la parenthèse. Vous voyez, le yoga est très riche, on dépasse la posture. Et très riche et tellement fascinant. Parce qu'ensuite, il est intéressant de se pencher sur... L'éthique, je reviendrai sur la méditation un tout petit peu après. L'éthique, on appelle ça en yoga les yamas et les niyamas du yoga. Mais en fait, vous allez les retrouver dans n'importe quelle société, la nôtre y compris. Ce sont des observances, des règles à observer quand on est en société et quand on est seul, soi-même. Il y en a plusieurs, j'ai fait plusieurs épisodes, je vous renvoie aux épisodes parce que j'ai fait vraiment des épisodes très complets sur chacun d'eux, les uns après les autres. Mais j'ai toujours vraiment apprécié le terme Satya. Satya c'est l'honnêteté-vérité. Et ce matin, je partageais avec quelqu'un sur Instagram rien à voir avec le yoga. Et je lui disais que pour moi, dans sa fragile incertitude parce que... quand on écrit sur Instagram, on espère toujours qu'on va trouver des gens qui vont... que ça a plu. Et je trouve ça délicieux. Et c'est ce que je lui ai dit, ce n'était pas du tout péjoratif, ni négatif, mais que dans cette délicieuse incertitude, je reconnaissais cette honnêteté-vérité, cette recherche d'authenticité, de ne pas masquer, de ne pas trahir. Donc, autre sujet, la trahison. Pour moi, modifier un terme, pour le banaliser, pour... soi-disant l'ouvrir et permettre son accès à tout le monde, le vulgariser, on fait perdre la notion même de ce qu'est le yoga. Exemple, pour vous interroger des gens dans la rue, pour tout le monde, yoga égale s'asseoir en lotus, les mains en mudra, avec le pouce et l'index qui se rejoignent, les yeux fermés, ça c'est la première chose, ou les postures, alors que vous venez de m'entendre discourir déjà depuis 20 minutes pour vous dire que c'était beaucoup plus profond que cela. Et ce qui m'embête, c'est qu'actuellement, sur Instagram, je vois vraiment beaucoup, beaucoup de posts, de jolis posts, des jolies photos avec des profs plutôt féminines, très bien vêtues, dans des tons très apaisants, feutrés, qui disent tout d'un coup que oui, elles réussissent parce qu'elles ont trouvé la véritable façon de donner plus que la posture. Mais quand je lis les postes, je suis désolée, ce n'est pas vrai. C'est plutôt une jolie mise en avant de l'ego. Et puis surtout, ça veut dire que les autres, si elles ne réussissent pas, dont je fais partie, je vous l'annonce, j'ai arrêté d'enseigner depuis maintenant 15 jours. D'enseigner ! Des postures ? Ça veut dire que les autres, ces bullshits, ce qu'elles font, c'est nul. Or, reconnaissons-le, nous avons un problème. Il n'est pas le seul apanage de la France. C'est vrai partout dans le monde. Nous avons un nombre de pratiquants du yoga qui baisse, avec un nombre toujours de plus en plus important de professeurs de yoga. Pourquoi ? et c'est là où le serpent se mord la queue, un professeur de yoga qui a décidé d'en faire sa profession, de devenir, dont le métier est de faire professeur de yoga, et je précise, professeur de yoga, ça ne veut pas forcément dire j'enseigne le yoga, du coup, si vous avez compris tout ce que j'ai dit auparavant, de professeur, oui je suis critique, de professeur de yoga, il a besoin de former d'autres professeurs pour pouvoir vivre. Et je vois, au-delà de mon cas, des personnes qui sont merveilleuses, devoir arrêter d'enseigner alors qu'elles ont fait ce choix-là il y a plus de 15 ans, par manque d'élèves. Alors bien sûr, le yoga n'est plus à la mode non plus. Les personnes préfèrent se tourner vers le pilates. qui revient à la mode. Il y a 25 ans, le pilates, c'était comme le fitness, comme le HIIT, comme l'IROX maintenant. C'était le sport qu'il fallait faire. Le yoga n'est pas un sport. Et le yoga, ce n'est pas juste un an, deux ans. Le yoga, c'est tout le temps. Et c'est pour ça aussi, et c'est un message d'espoir. Ce n'est pas une critique. Il n'y a pas besoin de faire des postures pour faire du yoga. Pendant très longtemps, je me suis dit, mais j'ai eu ce syndrome de l'imposteur aussi, parce que je me suis dit, mais tu ne pratiques pas tous les matins à 5 heures, tu ne te lèves pas avec le soleil et tu ne fais pas tes 108 salutations ou quelques salutations, soleil, peu importe, sur yana maskar, donc tu n'es pas une bonne prof de yoga. Et pourtant, si je regarde autour de moi, qu'est-ce que je vois ? Des dizaines et des dizaines de livres. sur le yoga, des ouvrages généralistes, et puis aussi les textes. Même chose pour le bouddhisme. Et également, je suis des cours de sanskrit par exemple. Et pour moi, c'est faire du yoga. Alors, après il faut se mettre d'accord sur qu'est-ce que le yoga ? Quelle est la définition de yoga ? Eh bien, le yoga c'est spirituel, quoi qu'on en dise. Il ne faut pas avoir peur. Le mot spirituel a été galvaudé et a perdu son véritable sens. Pourquoi ? D'abord parce qu'il y a une crise de la religion. Par exemple, ici en France, on était la fille aînée de l'église, la population française était majoritairement catholique, et bien entendu, vous le constatez, vous le voyez, on l'a étudié à l'école, le nombre de pratiquants de personnes qui vont à l'église diminue d'année en année. Le sacré disparaît. Alors, j'aurais tendance à vous dire que le sacré, c'est devenu le moi. Donc, ça pose un problème, c'est que nous sommes tous très égocentrés sur nous, à nous regarder, et ça, c'est amplifié par les réseaux sociaux. Alors, et pour toutes, alors là, c'est même pas, je ne parle pas du professeur de yoga, je vois des infirmières, des médecins se filmer et dire, et si j'avais su... Et si on m'avait dit que, ou moi j'affirme que, en tant que, c'est comme ça. Je vous avoue être assez perturbée par cette prévalence de l'image sur tout le reste. Je trouve ça même un peu bête, on a ça qui arrive et puis t'attends le reste, et il n'y a rien, il faut aller lire dans le texte. Donc il y a vraiment cette idée, il faut que j'accroche par quelque chose qui parfois est complètement déconnecté de ce qu'il y a écrit en dessous. Et ça, malheureusement, le yoga en a pâti aussi. Parce que pour attirer des gens, puisque nous sommes basés sur le visuel, il faut faire des visuels qui attirent l'œil ou qui choquent, mais surtout pour le yoga qui attirent l'œil. D'où des belles images, des postures compliquées. Et encore une fois, le serpent se mord la queue, une réduction de ce qu'est vraiment le yoga. Et puis, quand on dit, oh bah tiens, je voudrais faire... C'est le cas du podcast qui est beaucoup plus axé sur la réflexion et les concepts. Je suis loin, très loin d'avoir beaucoup d'auditeurs. Je suis même à la ramasse alors que je suis le seul podcast qui dure depuis plus de 6 ans et qui n'invite personne pour parler de business ou pour ouvrir sur des sujets comme le yoga hormonal. Ça n'existe pas, je suis désolée. Le yoga pour maigrir. Je suis désolée, ce n'est pas du yoga. Tant ça attire du monde. Eh bien, cette façon que j'essaye d'avoir de vous pousser, ce n'est pas du tout de l'amour. Ça n'attire strictement personne. Le terme spiritualité est galvaudé et il fait peur. Il fait peur parce que le yoga a été embarqué dans ce qu'on appelle le mouvement New Age Ouh ! Il y a eu des débordements d'ordre sectaire où des gourous ont magnétisé vraiment des personnes, ont abusé de leur faiblesse pour soit faire de l'argent, soit abuser de leur corps, abuser de leur mental. Et les scandales dans le yoga sont réels et sont nombreux. Mais le terme « gourou » , il veut dire « maître » , comme un maître à l'école. C'est l'enseignant. Bien sûr qu'en Inde, le gourou a une dimension particulière. Alors, certes, il peut y avoir de la dévotion, de l'admiration pour cette personne qui vous apprend. Mais il reste une chose, et c'est vrai que peut-être là, c'est mon esprit occidental qui intervient. Vous avez le droit d'être critique, ce qui n'est effectivement pas le cas dans la thématique gourou. Mais le gourou est un être humain, donc sa dimension humaine, elle est forcément faillible aussi. Ça n'excuse en rien tout ce qui concerne les viols, les abus. C'est surtout pas une excuse, c'est juste une compréhension de ce qu'est le terme gourou. Et donc maintenant, on a peur. On a peur d'avoir un gourou, un maître. Alors maintenant, réfléchissez un instant. Le monde du coaching, le coach, a explosé. Il y a des coachs partout. Mais ne serait-il pas la même chose ? Le coach, c'est le maître. C'est celui qui sait. C'est celui qui va vous guider. Eh bien, en yoga, c'est la même chose. Alors le mot gourou a disparu pour devenir enseignant. Maintenant, Vous avez différents, j'allais dire, niveaux d'enseignants. Bien sûr qu'un enseignant qui a 20 ans, quand vous en avez 30 ou 40, ne va pas vous apporter les mêmes choses. Peut-être un regard nouveau, mais ça va être difficile d'apprendre de cette jeunesse. Généralement, on apprend plus de sagesse de personnes qui sont plus âgées que vous. Pourquoi ? Simplement parce qu'elles ont déroulé plus d'années, ont donc vécu beaucoup plus de situations. ont également étudié et ont également étudié avec elles-mêmes d'autres gourous. Un professeur de yoga, c'est aussi une personne qui s'intéresse à vous, je l'ai dit, continue de se former et pas uniquement dans les asanas, soyons honnêtes. Les asanas que j'ai enseigné ne sont pas nécessairement les asanas que je faisais. tous les jours. L'enseignement doit passer par la transmission. Il y a une espèce de sagesse dans le yoga. Et cette sagesse, elle va effectivement vous conduire à vous détacher de ce qui n'est pas important. Et puis à vous détacher tout court de ce qui est inutile. Elle va vous permettre de vous détacher de situations stressantes. Elle va vous apprendre à respecter votre... corps, à le déchiffrer et à mettre en place ce qui est utile, par exemple, pour vivre de façon à peu près pacifiée. Mais le yoga n'empêchera pas que nous commettions des erreurs. Alors oui, le yoga va vous servir à apaiser votre stress. Et ce qui m'amène au dernier point, de ce podcast, c'est la méditation. Comme le yoga, mais le yoga pourrait être méditation, en fait. Alors du coup, je vais le distinguer et parler de la méditation bouddhiste. La méditation n'est pas pleine conscience. John Kabat-Zinn, ce qu'il a fait, c'est développer... ce qu'il a appelé la méditation de pleine conscience parce qu'il a voulu laïciser cette pratique. La pratique de méditation, notamment bouddhiste, elle est empreinte de beaucoup d'éléments spirituels, religieux. Et il n'est surtout pas question de pleine conscience parce que dans le bouddhisme, cette conscience, elle n'existe plus. Elle est dissoute. Alors beaucoup me disent, oui, mais pour arriver à ça, il faut pouvoir permettre aux gens d'y accéder, donc parler de pleine conscience, etc. C'est vrai, comme pour accéder au yoga, la dimension spirituelle du yoga, ça serait de commencer par les asanas, mais soyons réalistes et observons la réalité telle qu'elle est. Ce n'est pas vrai. Les personnes qui vont en studio pour faire des postures, Les trois quarts continueront à ne faire que des postures. Et puis vous aurez des professeurs. Mais parmi ces professeurs, combien lisent, par exemple, les textes ? Et c'est important le texte, parce que le texte fait réfléchir, permet d'aborder en fait des concepts qui... Ils ont été écrits ces textes pour nous permettre d'évoluer, de poursuivre le chemin. Si on... La pratique ce n'est que s'asseoir sur le tapis et chanter Aum, on va arriver à une dimension énergétique très intéressante, mais le chemin ne s'arrête pas là, parce que c'est un chemin, et c'est un chemin qui dure tout le temps. Il faut beaucoup de patience, et c'est ce que je voudrais dire pour terminer. On pense que, hop ! je commence le yoga et je vais y arriver, je vais tout comprendre. J'explique à mes élèves, par exemple de bouddhisme, que quand on fait un cours sur une notion, c'est déjà très compliqué. Il faut laisser le temps d'observer ce qui se passe, de ce qu'on comprend, rectifier au besoin, revenir sur des notions, relire des textes, et puis les mettre en corrélation avec ce qui va venir après. Mais souvent, on a tendance, et c'est super, Mais c'est d'aller voir, travailler les notions qui sont convergentes, qui sont liées à ce qu'on vient de travailler. Et on se perd. Et parfois on se perd, on est submergé. Or, il faut faire preuve d'humilité. Il faut du temps. C'est une véritable pratique multidimensionnelle. Elle demande beaucoup de compassion, envers les autres, bien entendu, mais aussi envers soi, parce que des erreurs, on en commet, professeur ou pas. Alors c'est un large plaidoyer que je viens de faire pour un yoga qui n'existe presque plus. Vous pouvez ne pas être d'accord, vous pouvez, mais ce que j'aimerais, c'est qu'on rende... Au yoga, et d'ailleurs aussi au bouddhisme, sa véritable dimension est reconnaître qu'on a peut-être été dans l'erreur, il n'est jamais trop tard, et puis essayer d'honorer la totalité de ce que c'est. Enfin, essayer d'éviter de réduire les notions en pensant leur donner une expansion. Juste reconnaître, contextualiser, Et redonner, c'est ce qu'on appelle redonner ses racines au yoga. Merci infiniment d'avoir écouté ce très long podcast. Ça faisait longtemps que je n'avais pas enregistré un si long podcast. Beaucoup, beaucoup de digressions, mais mon souhait, c'est que vous abordiez le yoga dans toute sa dimension et que vous alliez au-delà de ce qui vous est présenté. dans les réseaux sociaux. Pourquoi ? Parce que malheureusement, maintenant, ce sont les réseaux sociaux qui sont la source des enseignements.