Speaker #0Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast à l'ombre du Bagnan au fil du yoga. J'espère que vous allez bien et aujourd'hui c'est un... Un épisode un peu particulier, puisque nous fêtons les 6 ans du podcast. 6 ans et un tout petit peu moins de 100 épisodes. Je peux vous le dire, je suis quand même très fière de tout ce chemin parcouru. Je voudrais aujourd'hui vous parler de Pratyara. Pratyahara, on le traduit par le retrait des sens. On en parle dans les yogas de Patanjali, puisque Pratyahara, c'est un des hangas, un des membres du Raja Yoga. Vous avez, je vous le rappelle, le Pranayama, les Asanas, les Nyamas, les Yamas. Dhyana, Dharana et Samadhi avec Pratyara. Donc en fait, tout ce qui va constituer les briques de ce qu'on appelle yoga et qui permettent d'arriver en fait à Samadhi. Samadhi, on peut le traduire par libération, la libération des souffrances. La définition n'est pas tout à fait exacte. Pour ceux qui connaissent extrêmement bien les Yoga Sutras, c'est surtout la libération dans le sens de l'isolation. Mais restons sur cette définition de libération. La libération de la souffrance, des attachements, la libération par rapport à ce qu'on appelle les cléchats en fait, donc l'ignorance, la peur de la mort, l'aversion. Les attachements en font partie. Pratyahara, c'est un concept qui est en partie lié à ce que nous a appris le darshana, donc les concepts philosophiques du Samkhya, qui précède un tout petit peu les yogasutras. Le Samkhya permet de comprendre les yogasutras. le yoga, le darshana du yoga, donc le point de vue philosophique du yoga et notamment les yogasutras. Mais je tiens à préciser tout de suite que je vais vous parler aujourd'hui des yogasutras parce que c'est le texte le plus connu en Occident. Mais les yogasutras ne sont que la résultante d'un long mouvement de point de vue philosophique qu'on appelle donc les darshana en sanskrit, qui constitue qui ont permis l'évolution de ce que nous connaissons aujourd'hui, nous, et notamment en Occident, comme yoga. Le yoga n'est pas qu'une résultante physique, ça vous le savez à force de m'écouter et de m'entendre le dire, mais je trouve important de le répéter souvent, tout comme le yoga est une attitude qui n'est pas... facile à mettre en œuvre dans sa vie, qui demande des efforts constants, comme le notait déjà Patanjali dans les Yoga Sutra, lorsqu'il parle de continuité, de stabilité et de persévérance dans une attitude qui n'est pas en tension dans un sens ou dans un autre. on est Stimulé. L'être humain, le corps physique est stimulé notamment par les sens, donc les cinq sens, avec les cinq organes des sens qui vont donner lieu à des actions. Alors les plus connus, les plus évidents, et on va rester sur cela, ce sont les oreilles avec le sens de l'ouïe. Et puis les yeux. En bouddhisme, il y aura aussi les consciences. C'est ça qui est toujours très intéressant, de voir un peu ces deux spiritualités. Mais bon... Les yeux et les oreilles. Nous sommes dans une civilisation qui est extrêmement basée sur la surstimulation et notamment la surstimulation visuelle et auditive. Avant, on parlait beaucoup des panneaux publicitaires et de la stimulation visuelle à l'extérieur. Cette stimulation visuelle a quelque peu changé, évolué depuis que je suis née. Cette surstimulation visuelle, elle existe notamment à travers les réseaux sociaux. L'utilisation immodérée du téléphone portable et de cette manie que nous avons parce que nous sommes attirés, parce que nous sommes obsédés, parce que c'est presque devenu comme une drogue, de toucher le téléphone, de l'allumer pour vérifier s'il y avait un message. C'est intéressant s'il y avait un message. Donc s'il y a quelqu'un derrière, un être humain... qui cherchent à entrer en lien avec nous. Mais aussi le fait de scroller sur l'écran sans vraiment s'arrêter d'ailleurs, d'avoir comme une passivité de la lecture visuelle, parfois qui va être accrochée par une couleur ou un son ou une image particulière. Cette surstimulation visuelle va créer une surcharge, une surcharge sensorielle qui peut conduire, qui conduit à l'anxiété et qui doit conduire les pratiquants de yoga à augmenter leur empathie et leur sensibilité, mais en étant sélectifs sur les apports sensoriels. Réussir à faire pratyara maintenant, c'est quelque chose de très difficile. Imaginez, comment vous retournez vers l'intérieur en fermant tous vos organes d'action, en n'étant plus du tout sensible à tout ce qui est extérieur. Ce qui induit, vous l'avez tout de suite compris, c'est si on ferme tous les organes d'action, le mental va se poser parce qu'il ne sera plus alimenté. Mais ça va chercher beaucoup plus loin que ça. Parce que l'excitation, elle peut venir aussi de ce que nous mangeons, par exemple. Ce qui va exciter le corps. La thématique de retrait d'essence passe donc... par une étude de ce qui nous stimule, voire de ce qui nous excite et nous surstimule. Et je vous invite donc à observer tout ce qui vient vous surcharger, notamment mentalement, mais aussi matériellement, et dont vous pourriez vous passer. En janvier, j'ai fait un... Challenge, on va l'appeler comme ça. C'était une proposition d'un professeur de yoga indien qui souhaitait qu'on s'oriente vraiment sur une aptitude à mettre en place Pratyahara en réfléchissant sur ce qui pourrait nous surstimuler et qu'on pourrait mettre de côté au moins pendant 28 jours. J'ai donc fait notamment deux choses, parce qu'il ne s'agit pas non plus, quand on fait ces challenges, d'accumuler une somme immodérée d'objectifs, du coup, impossibles à atteindre. En toute objectivité, j'ai choisi, déjà d'une part, de baisser ma consommation de café, en me disant que le café, trop de café, ce n'est pas très bon pour le cœur, c'est un excitant. Trop de café, c'est souvent mettre un peu de goudron dans son corps et plutôt boire quelque chose qui ne soit que du liquide de l'eau plutôt que du café. Et puis c'est peut-être observer si le café est un stimulant, un excitant pour mon corps. J'ai donc supprimé le café du petit déjeuner et je n'ai gardé le café qu'après le repas du midi. Le café du matin et du midi, le week-end. Donc supprimer 5 cafés. Ma conclusion est la suivante par rapport à la consommation de café. J'aime le goût du café. Je ne prends pas du café pour me stimuler, pour me réveiller le matin. Première chose. Deuxième chose. Effectivement, le café n'a pas ce côté excitant. sur mon corps, hormis certains jours qu'il active effectivement les battements de mon cœur, c'est-à-dire qu'il excite mon cœur parfois. Donc, conclusion, je peux arrêter de boire du café le matin. Je n'ai pas besoin, j'ai donc enlevé en partie une stimulation. Je vous invite à essayer d'observer ce qui se passe dans votre corps. Deuxième chose, j'ai diminué la consommation de réseaux sociaux. Et j'ai donc, première chose, quitté définitivement Facebook et Messenger. Et effectivement, je passe nettement moins de temps sur mon téléphone ou la tablette ou l'ordinateur, puisqu'il ne me reste plus qu'Instagram, que je ne consulte plus qu'une à deux fois par jour. Résultat, j'ai gagné du temps. Et c'est bête à le dire, mais je regarde moins de bêtises, pour ne pas dire autre chose. Et puis aussi... Je suis plus attentive, c'est-à-dire que je vais me concentrer sur ce que je lis, donc privilégier peut-être une dizaine de postes. Je vais arrêter d'enregistrer des postes qui me semblent intéressants mais que je ne relirai jamais. Je deviens donc plus efficiente, plus sélective, plus attentive. Je vous invite à essayer. Troisième chose. Alors que je ne fais pas systématiquement, mais sur le chemin pour aller au travail, j'ai à peu près 45 minutes à une heure de trajet matin et soir, j'évite d'écouter de la musique. Pourquoi ? Alors, outre le fait que je suis plus attentive à la circulation et donc aux potentiels problèmes accidentogènes, surtout, je suis plus attentive à ce qui se... ce qui se trouve autour de moi. aux gens. C'est assez marrant de regarder les gens scroller sur leur téléphone et éviter le contact visuel, ne plus se sourire, ne plus se parler. Le téléphone portable pour ça a beaucoup tué les relations sociales. Mais aussi, je deviens plus attentive à la nature autour de moi, même si je vis en ville. Et j'ai augmenté ma capacité à m'émerveiller. Je m'émerveillais déjà, d'ailleurs je vous renvoie à un des podcasts que j'avais fait en été, dans les bulles de l'été, sur ces merveillés. Mais le matin, je prends vraiment le temps de regarder, par exemple, j'adore les oiseaux, donc de regarder les oiseaux, les écouter, les entendre, et puis regarder la couleur du ciel. On a des levées de soleil splendides ici à Marseille. Alors je ne vois pas forcément le soleil caché par les immeubles, mais en tout cas je vois la couleur du ciel. Et le soir, par exemple quand il fait nuit, de regarder les étoiles, de les distinguer. Et puis d'être plus attentive à tout ce qu'il y a autour. Et dernière chose, de ralentir, de marcher peut-être un peu moins vite, de ne pas courir. L'ensemble de ces éléments vont avoir une conséquence, c'est ralentir, diminuer la surcharge mentale, diminuer cette espèce de stress mis sur le corps, être plus attentif à la respiration et prendre le temps de respirer plus pleinement, de cesser d'être en mode automatique. C'est ça Pratyahara. Et Pratyahara, hormis qu'il nous fait du bien pour notre corps, puisque le stress est oxydatif, le stress cause des crises cardiaques, le stress est à l'origine d'une inflammation, c'est une inflammation qui provoque des cancers. Donc je me fais du bien intérieurement, je savoure la vie, les moments qui me sont donnés, qui ne sont pas une fuite en avant. Pourquoi je fuis vers l'avant ? Pourquoi j'essaye de ne pas regarder les gens ? Pourquoi je ne parle pas aux gens ? Pourquoi j'évite le contact visuel ? Pourquoi je me perds dans des choses qui n'ont aucune importance ? Pour juste vivre. Et puis, quand je m'assois pour méditer, ça devient plus facile. Pratyahara est important pour la méditation. Et quand ça arrive, il n'y a plus cette question de nommer, je réfléchis tout le temps, je pense à ma tout douce liste. Oui, bien sûr, des fois ça m'arrive aussi, mais il y a aussi des moments où il n'y a rien qui se passe. Et c'est ce qu'on appelle la clarté de l'esprit, parce que Pratyahara permet d'avoir l'esprit plus clair. Et la clarté de l'esprit, par exemple, c'est ce qu'on recherche cette fois-ci en bouddhisme, avoir l'esprit plus clair, avoir l'esprit plus léger. Et puis, c'est ce qui va aussi nous permettre, en évitant toutes ces distractions, de revenir à un engagement plus plein dans des activités plus dites simples, de pratiquer la présence et peut-être aussi de s'engager encore un tout petit peu plus dans la... spiritualité qui est le véritable fondement en fait de l'ensemble de ces pratiques comme le yoga. Vous avez le droit d'écouter le podcast bien entendu en marchant quand vous allez au travail avec vos écouteurs. Mais je vous invite, voilà, ce que je voulais vous dire c'est que dans toute cette expérimentation qu'on fait et que je vous propose à travers tous les... les épisodes du podcast, depuis bien longtemps, cette réflexion. Qu'est-ce que vous pouvez supprimer de vos surstimulations ? Qu'est-ce que les surstimulations provoquent chez vous ? Ça vous permet de vous observer. Prenez le temps de retourner la réflexion sur vous, le retour vers soi. Reconnaissez-vous. Et je vous promets, le fait... D'être plus attentif vous permet d'être plus calme, plus serein. Et puis aussi, dans cette attention, il y a l'attention des mots. Alors une dernière chose. On m'a dit, il n'y a pas très longtemps, que je n'étais pas bienveillante. J'ai beaucoup réfléchi à cette notion. Est-ce que j'étais bienveillante ? Quand je critique les réseaux sociaux, est-ce que je suis bienveillante ? Je crois qu'il y a une chose qu'il ne faut pas confondre. Ce n'est pas parce qu'on fait du yoga qu'on a atteint tout d'un coup la sagesse ultime. Ça, c'est d'abord la première chose. Par contre, à force de pratiquer du yoga, on doit être, on devrait être, on doit être en capacité de voir vraiment. Derrière l'émotion première, c'est ce qui se joue en nous. Ce n'est pas parce qu'on fait du yoga qu'on n'a pas le droit d'être critique. C'est peut-être effectivement l'esprit critique un héritage cette fois-ci de la philosophie occidentale, puisque c'est la philosophie grecque qui a vraiment développé la notion d'esprit critique. Mais ce n'est pas parce qu'on fait du yoga qu'on voit les choses avec des yeux de bisounours. Parce que, encore une fois, on connaît nos émotions. On sait comment on était avant, par exemple, de faire du yoga. On arrive à se décrypter. Donc, on est en mesure aussi de voir les choses, de comprendre les autres personnes, de comprendre quelles sont les émotions, les sentiments, les aveuglements, les surstimulations, les surcharges de ces personnes-là. Ce n'est pas une question de critiquer la personne, c'est de critiquer, c'est de ne pas être aveugle. La clarté de l'esprit à laquelle nous mènent toutes ces pratiques nous permet donc de voir les choses telles qu'elles sont, pas telles qu'elles sont imaginées. Ce n'est pas, je tiens vraiment à dire une chose, il ne s'agit pas de tout accepter. En disant tout est beau, sinon qu'est-ce qui va se passer ? Si on n'est pas en mesure de pratiquer le discernement qui va venir à la suite de Pratyahara, parce que le retrait des sens, qu'est-ce qu'il va faire ? Il va nous permettre de clarifier notre esprit, donc de discerner les choses, de voir, de disséquer. Et discerner les choses, ça veut dire de pouvoir ranger les choses dans différentes catégories. Et de parler avec honnêteté, avec clarté. Et parfois, l'honnêteté peut paraître difficile pour certaines personnes. Je vous renvoie à la notion de Satya et vous pourrez aller écouter un épisode du podcast que j'avais réalisé. J'en ai même réalisé plusieurs sur l'honnêteté parce que c'est un concept qui est très intéressant. Il ne s'agit pas de balancer sa vérité à une autre personne. Sa vérité, c'est quelque chose de complètement individuel. La vérité. De voir les choses telles qu'elles sont et d'y apporter non pas un jugement, mais une clarté critique. Ce qui vous permet également aussi, soit dit en passant, dans ce discernement, de comprendre ce que vous faites dans ce monde, mais aussi, et là c'est parce que je suis allée voir le film de Pierre Niné, « Gourou » , justement, de ne pas vous laisser embarquer par des gens qui captivent vos émotions et votre mental, jusqu'à, en fait... presque faire de la manipulation mentale, mais ce n'est pas vous. Pratyara, en permettant de se reconcentrer, de discerner, viveka, c'est le terme sanscrit, permet justement de se détacher de ce type de personne. Et enfin, effectivement, la culture du discernement va vous permettre de vous... Détacher, alors je vous rappelle, la Bhagavad Gita, se détacher des fruits de l'action pour agir. Mais surtout, c'est de ne pas forcément attendre des fruits égoïstiques, mais plutôt d'agir dans un sens du bien commun. Bon, ça c'est toute une autre histoire avec la Bhagavad Gita. J'y reviendrai parce que j'ai suivi un cycle passionnant de conférences. sur le sujet, mais je ne me sens pas encore suffisamment légitime pour en parler. Je vous remercie beaucoup de m'avoir écouté, et je vous dis à très bientôt pour un nouvel épisode du podcast au fil du yoga à l'ombre du bagnon.