- Speaker #0
Ce podcast vous est proposé par l'Institut des Hautes Études de l'Éducation et de la Formation.
- Speaker #1
Madame, Monsieur, bonjour, soyez les bienvenus dans notre studio de l'IH2EF pour un nouveau numéro de votre émission Au Périscope, aujourd'hui consacrée à la santé mentale des jeunes. Nous avons le plaisir comme chaque mois à vous retrouver et je vous rappelle que vous pourrez réagir à cette émission sur la plateforme X avec le hashtag Au Périscope. Aujourd'hui, pour parler de cette thématique de la santé mentale des jeunes, quatre intervenants avec moi en plateau que je vais vous présenter à tour de rôle. A commencer par vous, Frédéric Thomas, vous êtes inspecteur général de l'éducation, du sport et de la recherche. Merci d'être avec nous.
- Speaker #2
Bonjour.
- Speaker #1
A votre gauche, Emmanuel Godot, vous êtes enseignante chercheuse responsable de la formation des médecins de l'éducation nationale, le HESP. Merci d'être avec nous.
- Speaker #2
Bonjour.
- Speaker #1
En face de vous, Maddy Tamen, vous êtes dazenne de Charente-Maritime dans l'académie de Poitiers. Bonjour. Et enfin, Claire Bay, vous êtes chef du bureau de la santé et de l'action sociale à la DGESCO. Merci d'être avec nous également. Merci,
- Speaker #2
bonjour.
- Speaker #1
Bien, comme pour chaque émission, je vous propose de diviser le propos en deux parties. Une première qui sera consacrée aux enjeux et une seconde au témoignage de terrain. Et pour introduire cette partie consacrée aux enjeux, je vais me tourner vers vous Frédéric Thomas pour un peu définir cette problématique. Comment créer des environnements favorables aujourd'hui à la santé mentale ?
- Speaker #2
La santé mentale des jeunes constitue aujourd'hui une priorité gouvernementale et de santé publique. Les enquêtes, même si elles montrent que globalement une satisfaction globale des jeunes sur leur état de bien-être, montrent quand même des fragilités. et des vulnérabilités concernant l'évolution de leur état psychique, notamment chez les jeunes filles. C'est vraiment aujourd'hui le point d'alerte, mais nous aurons l'occasion d'y revenir. Aussi, parler de santé mentale, aujourd'hui, me semble tout à fait essentiel, car elle est une condition sine qua non de la réussite des élèves et de leur bien-être. Il existe aujourd'hui un consensus des chercheurs et des spécialistes sur le sujet. Être en bonne santé contribue tout bonnement à une meilleure réussite des élèves dans les apprentissages, dans l'acquisition des savoirs et d'autre part ça améliore la capacité à avoir des relations avec les autres et ça leur permet aussi de mieux faire face aux difficultés de la vie en société et on sait que... Aujourd'hui, avec l'influence des réseaux sociaux sur la vie privée des élèves, que c'est une chose essentielle. Donc, je pense que la santé mentale doit être unanimement reconnue comme un paramètre fondamental des parcours scolaires. Je pense que c'est un constat qu'on aura l'occasion aujourd'hui de partager avec les intervenants sur cette table ronde. En quelques mots, j'aimerais vous dire que s'occuper de la santé des jeunes, et de leur bien-être au sein de l'école ne constituent pas une mission supplémentaire de l'école, ni un dispositif supplémentaire à mettre en œuvre. Cela doit faire partie intégrante des actes et des réflexes quotidiens des différents acteurs de la communauté scolaire. Si notre ministère dispose de professionnels de santé, des médecins, des infirmières, des psychologues, Des personnels sociaux, des assistants de services sociaux, dont l'expertise est reconnue en tant que telle, au service des élèves et de leur famille, elle ne saurait suffire en réalité à pouvoir répondre aux besoins des élèves. Il faut pour cela que l'ensemble de la communauté éducative, au sens large, des chefs d'établissement, des directeurs d'école, des enseignants, des assistants d'éducation, des accompagnements des élèves en situation de handicap, des agents techniques, soient mobilisés pour prendre en compte cette dimension-là. Et je pense que chacun à son niveau a un rôle à jouer dans la mise en œuvre d'environnements favorables au bien-être des élèves et à leur bonne santé.
- Speaker #1
Quand vous parlez d'un enfant en bonne santé égale à un enfant qui réussit, vous parlez de santé de manière générale ou purement de santé mentale ?
- Speaker #2
Les deux sont liés en réalité. On y reviendra dans la définition. Pour être en bonne santé, il faut être en bonne santé mentale. Donc les deux choses sont liées. Pour revenir sur l'environnement et le cadre de vie et le milieu de vie, je pense que ça répond à trois paramètres en termes de pilotage de l'établissement. la prise en compte des dimensions psychosociales dans tous les actes quotidiens, qu'ils soient pédagogiques ou éducatifs. Le partenariat avec les collectivités territoriales, puisque les compétences des collectivités territoriales dans l'aménagement d'un établissement, dans le bâti, dans les services aux élèves, que ce soit la restauration scolaire, ça contribue aussi à la santé. et à la santé scolaire, et le moment de la restauration c'est aussi un lieu de sociabilité, donc toutes ces dimensions. Et puis enfin, la connexion au territoire, avec les professionnels de santé, parce que l'aphorisme finalement d'une santé dans toutes les politiques publiques, ça nécessite de faire de l'interprofessionnel avec les autres acteurs de santé, parce que dans la problématique de la santé mentale, il y a des problématiques beaucoup plus aigües. d'élèves qui ont besoin de suivi, d'accompagnement, de soins et que le relais avec les professionnels de territoire qu'on retrouve au sein de communautés de professionnels qui sont de compétence des délégations départementales de l'agence régionale de santé, des contrats locaux de santé donc cette interconnection avec les professionnels de santé pour identifier des professionnels qui sont en capacité de pouvoir accompagner les élèves en termes de soins, c'est une chose qui me paraît essentielle.
- Speaker #1
Merci beaucoup Frédéric Thauvin pour ce propos introductif. Je rappelle que vous êtes inspecteur général de l'éducation, du sport et de la recherche. Je vais me tourner vers vous à présent, Emmanuel Godot, vous êtes enseignant de chercheuse responsable de la formation des médecins de l'éducation nationale, le HESP. Peut-être pouvez-vous nous dresser en état des lieux de la santé mentale des jeunes avec quelques chiffres issus de deux enquêtes, l'enquête Enabie 1er degré et l'enquête en classe sur le 2e degré.
- Speaker #0
Voilà, c'est ça. Je vais me baser sur ces deux grandes enquêtes. Alors, Enabi, c'est une enquête qui concerne les enfants de 3 à 11 ans, qui a été conduite par Santé publique France en 2022, en fait en réaction au fait qu'on n'avait pas de données sur ce sujet dans notre pays. Et du coup, Santé publique France a été chargée par le président de la République à l'époque de faire cette enquête. Donc 15 000 élèves, 15 000 parents, 15 000 enseignants qui ont répondu à cette enquête. Ensuite, je vais vous parler de l'enquête nationale en collège et en lycée chez les adolescents sur la santé et les substances, l'enquête en classe que moi je dirige, qui tous les deux ans collecte des données de la 6e à la terminale sur la santé au sens large, et donc la santé mentale et ses déterminants. Et en 2022, dans l'enquête en classe, on a interrogé 10 000 élèves de 6e à la terminale dans les établissements publics et privés. et dans 147 collèges et 90 lycées. Donc c'est ces données-là que je vais mobiliser pour vous parler de santé mentale. Alors juste, je voudrais préciser que là, on est dans des données populationnelles, on n'est pas dans des diagnostics cliniques de troubles ou de pathologies qu'aurait tel ou tel enfant. C'est de la statistique. C'est de la statistique, exactement. Donc, qu'est-ce qu'on peut dire sur les enfants de maternelle ? Premièrement, leur niveau de bien-être... estimé par les échelles qu'on a utilisées, et du point de vue des adultes, parce qu'en maternelle, vous imaginez bien que ce n'est pas les enfants qui remplissent les questionnaires, leur niveau de bien-être, il est bon. Mais pour autant, il y a 8% d'élèves qui sont concernés par un trouble de leur santé mentale probable. Alors 8%, ça fait 1 sur 12. En l'occurrence, ça fait à peu près 2 par classe. Donc ce n'est pas négligeable. Alors c'est quoi ces difficultés ? Émotionnelles, oppositionnelles, ou d'inattention et hyperactivité ? Sachant que les garçons en maternelle sont deux fois plus concernés que les filles. En primaire, donc entre CP et CM2, qu'est-ce qu'on observe ? Même chose, niveau de bien-être satisfaisant. Et là, pour le coup, c'est un croisement entre les perspectives des parents, des enseignants et des enfants. Puisque ces enfants-là, on leur a donné les moyens de répondre eux-mêmes sur leur propre santé mentale. Donc globalement, ils vont bien. Mais pour autant, il y en a 13% qui présentent un trouble probable. comme les plus petits, de leur santé mentale, ce qui veut dire plus de 3 par classe. Donc là aussi, non négligeable. Là aussi, ce n'est pas tout à fait pareil entre les filles et les garçons. Pour les filles, plus de troubles émotionnels, donc dépression, anxiété, avant on disait troubles internalisés. Les garçons, plus de troubles du registre troubles du comportement, donc ici c'était troubles oppositionnels et TDAH, donc avant on disait les troubles externalisés. Donc c'est des troubles de la santé mentale qui s'expriment différemment selon le sexe des enfants. Au collège et au lycée, même chose, globalement, la majorité se sentent en bonne ou excellente santé ou ont une perception satisfaisante de leur vie, on est autour de 8 sur 10, mais après, quand on entre dans le détail, on a plus de la moitié des collégiens et des lycéens qui nous disent éprouver des symptômes physiques ou psychiques fréquemment, donc plus de deux symptômes plus d'une fois par semaine. Clairement, c'est les élèves qui vont à l'infirmerie, à toutes les récréations. Ce n'est pas qu'ils sont malades, mais c'est qu'ils ont mal à la tête, mal au dos, ils ne se sentent pas bien, tout ça. Donc ça, c'est la première chose. Ensuite, on a 14% des collégiens qui ont un risque de dépression, autant au lycée. Donc ça fait à peu près 4 élèves par classe, puisque les classes sont plus grosses si on part sur une classe de 30 élèves. Et au lycée, 13% des élèves ont déjà fait une tentative de suicide et 3% ont fait une tentative de suicide suffisamment grave pour avoir été hospitalisés. Ça fait presque 1 par classe.
- Speaker #1
Mais 13% ont déjà...
- Speaker #0
13% ont déjà fait une tentative de suicide et 3% ont été hospitalisés pour ça. Donc, ça c'est les chiffres. Si on regarde les grandes tendances, ce qu'on peut dire, c'est que ça se dégrade au collège, entre la 6e et la 3e, et ça ne s'améliore pas au lycée. Deuxièmement, ces constats sont bien pires chez les filles, en ce sens que la santé mentale et le bien-être des filles se dégradent au fur et à mesure de l'avancée dans l'adolescence. Et dernière chose, entre 2018 et 2022, tous ces chiffres se sont dégradés.
- Speaker #1
C'est ce que j'allais vous demander.
- Speaker #0
Comment ça évolue dans le temps ? Ça évolue pas très bien. pas très bien, et notamment chez les filles. Et on espérait que ça pouvait se réaméliorer en post-Covid, mais ça ne s'est pas réamélioré. Et puis, dernière chose, ces constats issus de ces deux enquêtes sont cohérents avec les autres enquêtes qu'on peut avoir, notamment les données hospitalières de passage d'urgence et hospitalisation. Et c'est aussi cohérent avec ce qu'on observe dans les autres pays autour de nous.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Mme Godot, pour ces chiffres très intéressants qui nous permettent, en tout cas, d'ouvrir le débat juste après. Claire B, peut-être, on parle beaucoup de santé mentale depuis le début de cette émission, mais de quoi parle-t-on exactement ? La santé mentale, c'est assez vague, et là, on le voit bien, il y a beaucoup de composantes, j'imagine, dans ce dossier global.
- Speaker #3
C'est effectivement un sujet qui est vaste, et c'est aussi souvent un sujet qui est mal compris, puisque quand on évoque le sujet de la santé mentale, ce qu'on a tendance à penser dans nos représentations, c'est tout ce qui relève des troubles mentaux ou des maladies mentales. et qui en réalité sont deux des trois composantes, et on oublie souvent la troisième composante de la santé mentale, qui est la question du bien-être, qui est une entrée qui nous intéresse beaucoup, en tout cas dans la manière dont on veut afficher les choses. Donc concrètement, comment ça se traduit en termes de politique publique ? Nous, on a la démarche École promotrice de santé, qui est portée par le ministère depuis 2020, qui est une démarche importante, parce que c'est une démarche qui vise... Ça a déjà été évoqué par Frédéric Thomas en introduction, on en reparlera après. C'est-à-dire que c'est une démarche qui fédère et qui mobilise l'ensemble de la communauté éducative, qui est une démarche positive. Donc on rentre plutôt par la promotion de pratiques favorables à la santé et au bien-être des élèves, plutôt que par la prévention des risques. C'est une démarche qui vise à agir à la fois sur l'implication des individus, en particulier des élèves, mais aussi sur tout l'environnement. pour notamment promouvoir cette question du bien-être à la fois mental, physique et social de l'ensemble de la communauté éducative parce que c'est important. On est là aujourd'hui pour parler de la question de la santé mentale des élèves mais on ne peut pas parler de la santé mentale des élèves sans évoquer la santé mentale des personnels qui sont assez corrélés et qui sont aussi un sujet de préoccupation. Je ne vais pas m'attarder dessus aujourd'hui mais c'était important de le dire. Donc cette question et cette préoccupation autour de la santé mentale, ce qui est important aussi de comprendre, c'est que ça ne doit pas être un sujet en plus. C'est un sujet dont on s'est emparé politiquement et qui est plus visible, puisqu'effectivement il y a quand même une sorte de changement de paradigme avec la mise en avant de cette question dans les priorités des circulaires de rentrée depuis 2022, trois circulaires de rentrée successives qui placent le bien-être. au même niveau que les apprentissages fondamentaux. Et c'est un affichage très fort de la part du ministère d'affirmer le fait que cette question de l'attention à la santé mentale, c'est un préalable indispensable à la réussite des apprentissages, qui est notre objectif à tous. Donc, et on va y revenir après, il faut apprendre à penser, penser bien-être, penser santé dans tout. toutes nos décisions et je m'adresse là en particulier aux pilotes qui nous regardent.
- Speaker #1
Merci beaucoup Claire Bé, je rappelle que vous êtes chef du bureau de la santé et de l'action sociale à DGESCO et puis je rappelle également à nos spectateurs que vous pouvez réagir au propos de nos intervenants sur la plateforme X avec le hashtag Opéryscope. Avant de passer justement au témoignage de terrain, je vous propose de découvrir la Minute Juris, aujourd'hui présentée par Philippe Rimbaud, inspecteur général de l'éducation du sport et de la recherche. Elle concerne cette fois-ci la question du secret médical, vous le découvrez en images.
- Speaker #4
La prise en compte du bien-être et de la santé dans la réussite des élèves implique de s'intéresser à la question du secret médical. Et le secret médical, c'est en fait, à l'origine, une obligation déontologique pour les personnels de santé qui permettait de garantir aux patients une relation de confiance puisque ces personnels étaient... obligés de ne pas divulguer les informations qu'ils pouvaient récolter à l'occasion de la rencontre de leurs patients. Depuis 2002, l'esprit a assez largement changé puisque désormais le secret médical est avant tout conçu comme un droit des patients et même un droit fondamental des patients qui sert toujours à construire et à garantir une relation de confiance avec les personnels soignants. Ce secret médical, il couvre l'ensemble des informations que peut récolter un personnel médical à l'occasion d'une rencontre avec un patient. Et ce secret médical, sa violation, elle est sanctionnée par le code pénal. C'est l'article 226.13 du code pénal. Donc le secret médical, il a vocation à s'appliquer aux élèves, avec l'école, tout comme il a vocation à s'appliquer à... la relation qui peut exister entre un salarié et son entreprise par exemple. Partant de là, si on veut prendre en compte des enjeux de santé dans le cadre de la scolarité, il faut construire une forme d'équilibre entre les exigences du secret médical d'une part et l'accès aux informations qui sont nécessaires pour éventuellement aménager une scolarité d'autre part. Pour cela, on dispose d'un... dispositif juridique en quelque sorte, qui est prévu par l'article L351.3 du Code de l'éducation et suivant, et qui a fait l'objet d'une circulaire en 2021. Ce dispositif, c'est ce que l'on appelle le projet d'accueil individualisé, ou le PAI, si on prend les acronymes dont l'éducation nationale est effrayante. Alors qu'est-ce que c'est que le PAI ? c'est l'organisation. de la scolarité d'un élève qui est en situation de handicap ou qui a des problèmes de santé. Et pour que cet élève puisse bénéficier d'un certain nombre d'aménagements, un personnel médical va être amené à poser un certain nombre de propositions dans l'organisation de la scolarité. Ces propositions vont concerner le régime alimentaire de l'élève, les conditions de prise des repas, des aménagements horaires éventuellement pour cet élève quand il a des troubles de l'attention par exemple. Il va aussi prévoir des dispenses de certaines activités quand ce sont des activités que sa santé ne lui permet pas de suivre ou encore des activités de substitution. Ça ce sont les éléments un peu obligatoires qui sont au cœur de tout PAI. À côté de cela, en fonction véritablement des enjeux... qui sont ceux de l'élève en question et des questions de santé que cet élève a affronté, le professionnel médical va pouvoir poser un certain nombre d'autres prescriptions qui seront ensuite mises en œuvre dans le cadre de l'école, de manière à ce que la scolarité de l'élève soit organisée et à ce que l'on puisse permettre de le mettre dans les meilleures conditions pour que sa réussite demeure un objectif atteignable. en dépit des problèmes de santé qu'il a à affronter.
- Speaker #0
Merci beaucoup Philippe Rimbaud pour cette minute juriste consacrée à la question du secret médical. On est de retour en plateau avec nos quatre intervenants pour notre deuxième partie consacrée au témoignage de terrain. Et on va dire axée autour de deux axes aujourd'hui. Un premier consacré aux acteurs justement et au rôle de chacun sur cette thématique de la santé mentale des jeunes. Et on va commencer avec vous, Madit Amen, sur cette question. Comment agir en tant que chef d'établissement aujourd'hui et quelles attentes avez-vous, vous, en tant que Dazen ?
- Speaker #1
Oui, la première idée forte, c'est que la santé mentale a besoin d'être pilotée. La deuxième idée très importante, c'est que la santé et la santé mentale concernent tout à fait le rôle de l'école. C'est important que les acteurs éducatifs en aient pleinement conscience. Et la troisième idée, c'est la nécessité pour nous tous et toutes praticiens de l'école au quotidien d'avoir un regard éducatif sur la santé mentale. Alors, les attentes d'Indazen sont assez simples. Comment piloter la santé mentale ? C'est tout d'abord faire un acte de reconnaissance de cette importance de la santé mentale. la reconnaître. Deuxièmement, c'est s'inscrire dans un pilotage, on y reviendra un tout petit peu plus tard, sur la chaîne, les échelles du ministère, en passant par l'académie jusqu'au niveau départemental, pour avoir un pilotage qui soit organisé et durable, c'est-à-dire pluriannuel. Et enfin, mettre en place une série d'accompagnements pour aider les écoles et les établissements scolaires. Du point de vue du chef d'établissement, il est important de pouvoir mettre en place... Une vraie politique est comment faire ? Premièrement, là aussi, reconnaître l'importance de la santé mentale. Si elle n'est pas reconnue en tant que telle, on ne pourra pas vraiment faire avancer la communauté éducative. Deuxièmement, faire un diagnostic. Et pour cela, on a beaucoup d'indicateurs. Aujourd'hui, entre les indicateurs de climat scolaire de PLE, les sondages maison, les indicateurs statistiques, les assistants sociaux et infirmiers ou médecins scolaires, ou encore les indicateurs phares faits établissement. Et bien sûr, les évaluations d'établissements scolaires, tout cela constitue un panel assez fantastique pour avoir une vraie photographie du climat scolaire, du bien-être, de la santé mentale dans l'établissement scolaire. Et enfin, bâtir une vraie politique de santé mentale au sein de l'établissement scolaire, faire vivre les instances. On a le CESCE, on a le conseil d'administration, on a aussi le conseil pédagogique pour faire des liens avec l'éducatif et le pédagogique. Et enfin, on a... vraiment la nécessité de s'inscrire dans un mode projet. Oui, la santé et la santé mentale se travaillent en mode projet. Et donc, tout cela donne des clés et des leviers très importants pour le chef d'établissement.
- Speaker #0
Merci, Mme Itamen. Je rappelle que vous êtes dazenne de Charente-Maritime dans l'Académie de Poitiers. Emmanuel Godot, je me tourne vers vous à nouveau avec cette question. Comment, aujourd'hui, les personnels de direction peuvent-ils travailler avec les personnels de santé et sociaux ?
- Speaker #2
Alors, bien sûr, les personnels... De santé et sociaux, je dirais de santé pour faire vite, ils n'ont pas vocation à être les acteurs de première ligne de l'école promotrice de santé et à agir en santé mentale en première ligne. Ce n'est pas possible, ils ne sont pas assez nombreux. Pour autant, ils en sont les experts, parce que ces professionnels, dans leur formation, initiale ou continue, ils ont des connaissances en santé mentale encore heureux. Donc, ils vont pouvoir être sollicités par les personnels de direction, pour qu'ils leur donnent des avis, des conseils, et qu'ils les aident à prendre des décisions, appliquer des politiques, ajuster des choses, en fonction de leurs conseils, puisque être conseiller technique dans le domaine de la santé des enfants, et en l'occurrence de la santé mentale, ça fait partie de leur mission. Donc c'est normal de les solliciter. Par ailleurs, il faut savoir aussi que la santé, c'est leur écosystème naturel, j'ai envie de dire. Donc, ils connaissent les intervenants de santé. de leur terrain. Et donc, ils peuvent aussi conseiller les chefs d'établissement pour interpeller tel ou tel interlocuteur pour tel ou tel élève ou tel ou tel politique. Ils sont aussi en capacité de faire de la formation sur les thématiques de la santé de l'enfant et de l'adolescent et de la santé mentale. Pour les personnels, si un chef d'établissement décidait qu'il y a un besoin Non. Pour son équipe, il peut faire appel à ses médecins, infirmières ou assistants de services sociaux. Et donc, pour finir, moi je dirais que c'est un travail en complémentarité que les professionnels santé et sociaux peuvent apporter au service de la santé mentale des élèves, mais aussi des adultes, parce qu'ils sont là pour prendre en considération l'école comme un environnement favorable à la santé. Et pour ça, tous les acteurs de la communauté éducative ont un rôle à jouer.
- Speaker #0
Claire Bé, peut-être une question aussi, là on parle beaucoup de la mobilisation globale de la communauté éducative, pardon, depuis tout à l'heure, mais qui est réellement concerné par ce sujet ? de la santé mentale.
- Speaker #3
Merci pour votre question parce que c'est important de clarifier ce point, il me semble, de la mobilisation de toute la communauté éducative puisque ce qui pourrait être interprété comme on agit tous un peu de la même manière comme on le peut. Or, ce n'est pas le cas. Tout à l'heure, on va rentrer sur un aspect plus opérationnel et j'évoquerai les mesures qu'on a... qu'on a proposé à la DGESCO. Et parmi ces mesures, il y en a une qui est importante et qui répond pour moi à cette question-là, qui est le protocole santé mentale. C'est un protocole qui s'appelle du repérage à la prise en charge, qui est censé être formalisé dans tous les établissements de la maternelle au lycée. C'est important de le faire. L'idée de ce protocole, c'est de faire de la question de la santé mentale un objet de travail commun. au sein des établissements. Ça veut dire que concrètement, idéalement à la rentrée, mais si ce n'est pas déjà fait, tout moment est bon à prendre. On se pose, soit tous, si on est une petite école par exemple, mais ça peut être sinon une équipe projet, comme disait Madit Amen dans un plus gros établissement, en particulier dans le second degré. Donc on se pose et on réfléchit ensemble à comment notre établissement, c'est vraiment à l'échelle établissement, s'empare de cette question de la santé mentale. Quelle réponse ? On prend du repérage jusqu'à la prise en charge et donc on va formaliser, préciser le rôle de chacun. Donc il y a effectivement le rôle des chefs d'établissement, des directeurs d'école, des enseignants et puis il y a le rôle de ce que j'aime bien appeler nos personnels ressources. Je les recite, ils sont quatre, nos médecins, nos infirmiers, nos assistants de services sociaux et nos psychologues de l'éducation nationale, qui sont, comme l'a dit Emmanuel Godot, nos experts sur ces questions-là, donc qui ont un rôle absolument central. qui ne sont pas les pilotes de la mise en œuvre de cette politique, puisque ce sont les chefs d'établissement ou les directeurs d'école, avec l'appui des IEN, mais ce sont nos experts qui vont intervenir en conseil, et pas que, mais Emmanuel Godot l'a très bien expliqué. Donc, ce protocole, on va écrire le rôle de chacun, et on va préciser comment chacun intervient, parce qu'il ne s'agit surtout pas de transformer nos enseignants en psychologues. Chacun doit bien rester dans son rôle pour intervenir à sa place et au bon moment. Mais c'est vrai qu'en termes d'écoute ou parfois de révélation, on parle aussi beaucoup de violences sexuelles par exemple, dont peuvent être victimes nos élèves. Le jour où il y a un élève qui va finalement faire une révélation, on ne va pas choisir l'adulte qui va être en face de lui. Ça veut dire que nous, on a vraiment une mission de formation à accomplir sur ces sujets-là. Donc j'y reviendrai tout à l'heure sur ce qu'on a mis en place. Ça veut dire aussi que c'est vraiment un sujet qui est important et qu'on doit trouver dans tous les moments de vie d'établissement. On doit prendre appui notamment sur la contractualisation, par exemple, sur le projet d'école, sur le projet d'établissement, sur le moment de l'évaluation externe, par exemple. Il va être un moment intéressant pour se poser sur cette question-là. dans l'idéal, Moi, je dirais qu'il faut aller au-delà. On voit de plus en plus dans ces documents que je viens de citer un axe qui est dédié à la question du bien-être à l'école. Je pense que petit à petit, il faut cheminer pour que ça devienne un fil rouge. C'est important, cette étape de l'axe, parce que finalement, ça le place comme un objet prioritaire. Mais petit à petit, il faut vraiment que ça devienne un fil rouge et une préoccupation au quotidien.
- Speaker #0
Mais ça veut dire, en écoutant vos propos, que chaque établissement va avoir une approche différente sur ce sujet de la santé mentale ?
- Speaker #3
Ça veut dire qu'on tient compte, effectivement, alors une approche avec, on va dire, quand même des invariants, ça c'est sûr, en tout cas je réinsiste sur la spécificité du rôle de chacun, mais en revanche les équipes elles sont constituées différemment, et ça on le sait, suivant l'établissement, suivant s'il y a par exemple une infirmière ou un infirmier qui est présent tous les jours ou pas, on va avoir des protocoles, je pense que tout est dans le mot protocole, qui vont être différents. Et effectivement, chaque établissement peut réfléchir, ce protocole a plusieurs axes, sur des questions comme la communication. Comment est-ce qu'on décide collectivement de communiquer entre nous ? Et qu'est-ce qu'on dit ? La question du secret, qui est importante à garder. Comment on communique avec les parents, qui sont eux aussi des acteurs de premier plan, je rappelle, ce sont les premiers spécialistes de leurs enfants. Nos élèves sont leurs enfants. Et puis, comment est-ce qu'on communique avec nous, nos partenaires du soin, notamment, puisque nous, à l'école, on ne va pas être un lieu de soin, on va être un lieu de repérage, d'évaluation, d'orientation. Et la vraie prise en charge de soin, quand elle est nécessaire, elle va s'effectuer à l'extérieur de l'école.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Claire Bézard, dans la continuité de vos propos. On va s'intéresser maintenant à la mise en œuvre, justement, de cette politique d'un point de vue opérationnel. Peut-être d'abord avec vous, Madit Amène, sur les dimensions de ce pilotage, quelles sont-elles ?
- Speaker #1
Oui, alors j'ai illustré mon propos grâce à deux modes d'action et un exemple. Deux modes d'action, tout d'abord pour aider les pilotes de terrain, tout d'abord bien inscrire son action dans une chaîne un peu verticale, c'est-à-dire bien suivre les politiques nationales des GESCO qui se déclinent en académie et au niveau départemental, parce que ça donne une trame, un guide. et notamment beaucoup d'outils et de ressources. Et deuxièmement, avoir une action qui soit verticale au sens des acteurs territoriaux parce qu'aujourd'hui on a une chance assez formidable de bénéficier de politiques publiques éducatives qui sont partagées. On a notamment les comités locaux de santé avec les ARS qui bénéficient de diagnostics territoriaux tout à fait intéressants, d'actions aussi qui peuvent nous ouvrir des voies nouvelles. On a les Cotères. Les comités territoriaux qui sont dédiés au CPS, qui nous permettent d'avoir là aussi une trame d'action sur des feuilles de route de 5 ans. Il y a 3 feuilles de route de 5 ans, donc c'est un très bon guide local d'action. Et puis on a aussi tout un tas d'actions locales, dont un exemple que je vais vous citer. Je prends l'exemple de Rochefort, où une école, un collège et un lycée se sont organisés au sein d'un réseau local pour travailler sur le bien-être, les compétences psychosociales. La santé mentale en règle générale et nous avons le soutien de la DGESCO, mais plus largement de l'Europe et d'un opérateur qui est l'UNESCO, pour travailler un projet local qui vise à avoir une continuité dans la santé mentale et le bien-être des élèves dans les différents temps de passage, de la maternelle jusqu'au lycée et ce avec les familles, parce que là encore le rôle des familles est extrêmement important dans cette dimension. Donc... Un projet local qui bénéficie de l'accompagnement d'une nationale, on retrouve la dimension verticale, mais qui est aussi un projet tout à fait créé dans sa dimension de créativité, d'action, de développement. Par les acteurs locaux, on retrouve la dimension horizontale. C'est ainsi qu'on peut, je crois, aujourd'hui bien avancer pour faire progresser cette question de santé mentale de manière très opérationnelle.
- Speaker #0
Merci, Mme Itamen. Emmanuel Godot, tout à l'heure, vous nous avez présenté quelques chiffres. issues de plusieurs enquêtes. Quel est l'intérêt aujourd'hui pour les chefs d'établissement de disposer justement de ces données d'enquête, y compris nationales, pour exercer le pilotage hors local ?
- Speaker #2
Eh bien, on l'a dit tout à l'heure, c'est important d'avoir des données pour piloter. La question, c'est de connaître les données, d'en connaître l'intérêt et les limites, et puis de savoir les mettre en articulation les unes avec les autres. Parce qu'on a plusieurs niveaux qui peuvent être intéressants à... à faire interagir. Donc des données locales, on en a, on a vu, il y a des diagnostics locaux, mais tous nos personnels santé sociaux ont des logiciels métiers et ils collectent un certain nombre de données. Donc les infirmières, elles ont Lien, les médecins, ils ont Esculap, les assistants de services sociaux, ils font leurs enquêtes sociales. Donc toutes ces données-là vont pouvoir aider le chef d'établissement à savoir ce qui se passe, comment vont les enfants localement. J'insiste, et je fais le lien avec la minute juriste, dans le respect, évidemment, des secrets professionnels, pas que médicaux, mais des secrets professionnels des différents acteurs concernés. Mais on peut aussi mobiliser des données régionales. Les observatoires régionaux de la santé font des diagnostics de territoire qui peuvent être intéressants pour le chef d'établissement. Selon là où il est, il va savoir sur son petit territoire, il y a tel sujet qui est plus vif qu'à côté et tout ça. Les enquêtes nationales peuvent, le cas échéant, avoir des déclinaisons régionales. Je pense par exemple à l'enquête ESCAPAD, qui est une enquête sur les consommations de substances psychoactives par les jeunes qui a une déclinaison départementale. Et puis, les données nationales permettent aussi de réfléchir à des questions. On a parlé des nabides en classe, mais il y en a d'autres. Et même les données de passage aux urgences et tout ça, toutes ces données vont permettre de poser un cadre. plus ou moins en entonnoir sur ce qui se passe au niveau d'un établissement pour objectiver ce qu'on doit faire en termes de politique.
- Speaker #0
Question un peu naïve, mais est-ce que les chefs d'établissement aujourd'hui sont à l'aise avec toutes ces données ?
- Speaker #2
Je rebouclerai sur le rôle des acteurs. S'ils ne sont pas à l'aise, qu'ils interpellent leurs conseillers techniques, santé sociaux et psychologues qui vont les aider à défricher, décrypter et prioriser en fonction des données. Après, je pense que si les données sont bien présentées, un chef d'établissement est en capacité quand même d'identifier des priorités.
- Speaker #0
Claire B, peut-être dans la continuité, on voit que les données, c'est un levier justement pour aborder cette question de la santé mentale, mais quels sont les autres leviers ?
- Speaker #3
Eh bien, on a mis en œuvre un certain nombre de mesures, mais peut-être que je me permets de rebondir, si vous voulez bien, sur la fin du propos d'Emmanuel Godot, pour dire qu'un outil peut-être d'appui pour les chefs d'établissement par rapport à ces données-là, c'est aussi l'infolettre EPSA qu'on met en ligne maintenant sur EduSchool, et qui est, comme son nom l'indique, une lettre d'information avec pas mal de données, de références pour piloter la question générale de la... de la santé à l'école. Donc, pour accompagner les établissements sur cette question de la santé mentale, on a mis en place, nous, un certain nombre de mesures. Il y en a une assez récente, puisqu'elle date de cette année scolaire, qui est symbolique, mais pas que, qui est la création d'un poste de conseiller technique psychologue de l'Éducation nationale en charge spécifiquement du volet santé mentale de leur mission qui a été créé au sein de mon bureau, qui rejoint donc les conseillers techniques que... infirmiers, médecins et services sociaux, pour, là encore, travailler collectivement sur ces questions-là, notamment. Ça vise à reconnaître la contribution des psychologues de l'éducation nationale sur le champ de la santé mentale. On sait bien qu'ils ont bien d'autres missions très utiles aussi sur le terrain, mais ils n'étaient pas toujours visibles sur cette dimension-là. Donc ça nous a semblé important. aussi d'avoir un réseau d'interlocuteurs sur ce sujet dans les académies. Toutes les académies sont aussi dotées d'un comité de pilotage de la question de la santé mentale depuis 2023, qui est constitué justement des trois conseillers techniques sociologues de santé et d'un représentant désormais des psychologues de l'éducation nationale. Et puis nous avions annoncé trois mesures phares en 2023. La première, c'était la création du protocole santé mentale. J'y reviens pas parce que je l'ai évoqué précédemment. La deuxième, c'était l'inscription dans les carnets de correspondance, des agendas, etc., des élèves du 31-14, qui est le numéro de prévention suicide, qui est un numéro important, puisque non seulement il peut servir pour les élèves, pour les familles, pour n'importe quel type de personnel, et y compris en termes de conseil. C'est-à-dire qu'on n'appelle pas forcément pour soi, on peut appeler pour les autres. Et je sais que c'est un sujet qu'on aborde aussi avec le réseau des conseillers techniques sociaux et de santé. Puisqu'il peut intervenir le 31-14 pour les aider à évaluer des situations quand ils ont une inquiétude. Et puis la troisième mesure, c'était la formation de deux secouristes en santé mentale dans tous les collèges. Alors pourquoi les collèges ? Là aussi, je fais le lien avec les données qui ont été présentées tout à l'heure. Le niveau où c'est le plus prégnant, puisqu'on a eu vraiment une forte dégradation de l'état de la santé mentale, particulièrement chez les jeunes filles d'âge collège. C'est pour ça qu'on a priorisé le collège comme premier lieu de formation de ces secouristes en santé mentale, qui trouvent leur place dans cet écosystème que je découvrais tout à l'heure, puisque ce sont des personnels pédagogiques et éducatifs, qu'on va former, non pas du tout à devenir des spécialistes de la santé mentale. mais plutôt à être capable de repérer les situations, d'accueillir la parole et non pas de la recueillir, je fais bien la distinction, mais d'avoir finalement une posture appropriée en cas de révélation, de faire le lien avec nos fameux personnels ressources dont je parlais tout à l'heure. Et puis, ils ont eu aussi une formation sur la spécificité de la crise suicidaire. Ces formations ont déjà eu lieu l'année dernière, elles se poursuivent cette année. Il y a des choix différents qui sont faits selon les académies. Je pense que c'est une très bonne chose parce qu'on est très attaché à la DGESCO, à tenir compte des spécificités aussi et des besoins de chaque territoire. Donc certaines académies ont fait le choix, par exemple, d'étendre vers le lycée, d'autres d'étendre vers le premier degré. Donc voilà, il y a des petites disparités, mais encore une fois, je pense que c'est très pertinent. En plus de cette formation, on a aussi toute la stratégie qu'on développe autour des compétences psychosociales, puisque c'est effectivement le premier levier pour favoriser une bonne santé mentale des élèves. Les enquêtes le prouvent, il y a un impact sur la santé mentale. L'appui sur les instances aussi, effectivement. Je ne reviens pas à ce que Madita Men a évoqué tout à l'heure, les cotermes, conseil d'école, conseil pédagogique. Et en effet, il faut vraiment que cette question irrigue. L'ensemble des instances, même le conseil d'administration, pas uniquement le CESCE qui serait l'instance, on va dire, un peu naturelle de cette question, mais néanmoins il faut que cette question soit posée partout. Je prends l'exemple quand on est chef d'établissement, quand on fait un emploi du temps, quand on décide de réaménager la cour, quand on décide de modalités de communication au sein de son établissement. Tout cela, il faut se poser la question de l'impact sur le bien-être des élèves et des personnels, et donc ça doit guider finalement, ça doit... Être un critère dans les choix de pilotage qui sont faits. Et puis, il y a la labellisation et du santé en particulier qui me semblent intéressantes pour travailler ces questions-là parce que je pense qu'elle est vraiment construite. Vous trouverez les documents sur EduSchool. Je pense qu'elle est vraiment construite comme un outil de pilotage. C'est presque un guide de pilotage quand on veut s'emparer de ces questions-là. Et puis, avec l'IAGE2EF, on travaille sur un parcours à destination des chefs d'établissement spécifiquement. Viser le premier degré dans un premier temps, mais on n'oublie pas le... On a visé le second degré, on n'oublie pas le premier degré, pour les raisons que j'évoquais tout à l'heure. Donc pour piloter la question de la santé et du bien-être en établissement et qu'on espère être très opérationnel et pratique.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Claire Béat. Alors peut-être avant de donner le mot de la fin à Frédéric Thomas, une question ouverte qui va concerner l'évolution des chiffres que vous présentez tout à l'heure, Emmanuel Godot. A quoi ça tente demain ? Concrètement, sur cette question de la santé mentale, est-ce que la détérioration post-Covid, si je puis dire, va se poursuivre ? Ou est-ce qu'on peut retrouver, au regard de tout ce qui est mis en place, une certaine stabilité sur les statistiques ? Question ouverte.
- Speaker #2
Je ne suis pas Madame Soleil. Pour autant, ce qu'on peut voir, c'est qu'après le Covid, on aurait pu se dire que ça va se réaméliorer. Ça n'a pas été le cas. Sans doute parce qu'il y a une accumulation de crises diverses qui impactent les adolescents. comme les adultes d'ailleurs, des crises économiques, sociales, géopolitiques, climatiques. Tout ça empilé, ce n'est pas qu'une crise chasse l'autre, c'est qu'elle s'empile, ces crises. Donc pourquoi la santé mentale des jeunes qui sont en prise directe avec tous ces événements s'améliorerait ? On ne sait pas, ce n'est pas logique. Et l'autre chose quand même qui temporise un peu ce que je viens de dire, c'est qu'on est aussi dans une période de déstigmatisation. autour de la santé mentale. Donc on ose dire qu'on ne va pas bien, on ose chercher des recours et on ose sans doute déclarer dans des enquêtes qu'on ne se sent pas bien. Donc ça, ça fait augmenter de manière, on pourrait dire artificielle, les taux, les prévalences de ceci ou de cela. Donc la combinaison des deux n'est pas en faveur d'une diminution concernant les indicateurs de santé mentale des adolescents. Mais je pense que si on posait la question aux adultes, ce serait à peu près la même chose.
- Speaker #0
Claire Bess, sur ce sujet.
- Speaker #3
Oui, je pense que c'est justement pour les raisons que vient d'évoquer Emmanuel Godot que nous devons vraiment activer le levier du collectif. Ce n'est pas un vain mot, il faut mobiliser tout le monde autour de cette question. Je pense que la prise de conscience, elle a été faite. Et puis les premiers impliqués aussi, que sont nos jeunes. J'ai travaillé l'année dernière avec les élus du CNVL et qui avaient choisi des thématiques qui leur importaient et la question du bien-être et de la santé mentale. mais vous avez trois thématiques, et parmi les trois, il y en avait deux qui étaient en lien direct avec ça, il y en avait une qui était la santé mentale, et la deuxième qui était le levier des compétences psychosociales. Et donc on a beaucoup travaillé avec eux, c'est un sujet dont ils s'emparent, et moi je veux toujours être un peu optimiste quand on travaille avec les jeunes, je pense qu'à partir du moment où ils s'en emparent, et on va tous s'en emparer, si on considère le fait que... pas tout régler d'un coup de baguette magique, mais néanmoins, on va avancer ensemble. Je pense que tout ce qu'on met en place et l'action au quotidien, en particulier des chefs d'établissement, mais de toute la communauté éducative, peut avoir un impact. Allons-y.
- Speaker #0
Très bien. Mélitha, vous vouliez compléter ? Oui,
- Speaker #1
simplement dire que j'observe une progression de ces questions sur le terrain, donc il faut continuer, ne pas perdre espoir, bien reconnaître cette santé mentale comme un véritable levier. Et puis, être opérationnel, ne pas avoir peur de se lancer dans des projets. Je pense qu'en quelques années, on pourra vraiment aider de nombreux jeunes, mais aussi des adultes.
- Speaker #0
Merci en tout cas à vous quatre. Alors, je vais donner le mot de la fin à Frédéric Thomas. Alors, pour moi, de vous rappeler que cet épisode sera disponible en replay et que vous pourrez le partager sur vos différents réseaux, notamment la plateforme X. Vous pouvez réagir également aux propos de nos intervenants. Frédéric Thomas, on vient d'écouter plein de choses en une heure à peu près. Que retenir et comment conclure ?
- Speaker #4
Absolument passionnante et qui montre que cette question, finalement, Merci. est un enjeu important pour l'école parce que j'espère qu'on aura convaincu nos auditeurs que la santé mentale est un enjeu majeur de santé publique et surtout de réussite des élèves. Je pense qu'on l'a bien dit, bien expliqué, créer des environnements, des milieux de vie, un cadre de vie favorable à la santé des jeunes en étant bienveillants. A l'écoute et en capacité de recevoir la parole de l'élève, on voit combien c'est important, y compris sur des sujets de protection de l'enfance. En connexion avec les partenaires de l'école, avec les professionnels de santé, c'est la voie qu'il faut prendre en quelque sorte. Je pense que si on avait un des messages, c'est de dire que la santé mentale et la santé, ce n'est pas forcément nécessairement une question de spécialiste. J'aurais tendance à dire que c'est l'affaire de toute la communauté éducative. Donc si j'avais un mot à dire en conclusion, c'est celui-là.
- Speaker #0
Merci beaucoup à tous les quatre, en tout cas pour cette belle heure de débat. Je vous propose de nous quitter, mais pas tout de suite. D'abord, nous allons découvrir le point ressources qui vous est proposé comme chaque mois par Sylvain Paul. C'est la minute biblique qu'on découvre en images.
- Speaker #5
Je te remercie Marc-Antoine. Merci chers invités. Bonjour à toutes et tous. Voici quelques références en lien avec le thème du jour. Commençons par le site EduSchool, sur lequel sont publiées une grande quantité de ressources en tout genre. Des informations. des enquêtes et les analyses de leurs résultats, des ressources pédagogiques, des kits de communication et des liens qui vous redirigent vers des sites partenaires. C'est désormais un classique, je veux parler du guide publié sous la direction de Brigitte Moltrecht aux presses de l'EHESP en août 2022 vers une école promotrice de santé. Je vous l'ai déjà présenté mais il est toujours d'actualité et ces fiches sont autant d'outils précieux pour tous les acteurs en contexte scolaire. Un autre ouvrage écrit par Christophe Marsolier a été publié en décembre 2022 chez Berger-Levrault et il s'intitule « L'attention aux vulnérabilités des élèves » . Il y est question du contexte scolaire, reconnu comme émotionnellement violent, des facteurs de vulnérabilité scolaire et des pistes pour favoriser le bien-être et accompagner ces vulnérabilités. Si nous allons explorer à présent le site de Santé publique France, on trouvera les résultats des enquêtes Enabi. Études nationales sur le bien-être des enfants, l'une de 3 à 6 ans, l'autre de 6 à 11 ans. On y trouvera également des conseils pour prendre soin de soi et de sa santé mentale. A partir de là, nous pourrons consulter les courtes vidéos en rapport avec l'enquête nationale en collège et lycée chez les adolescents sur la santé et les substances. En cours, les enquêtes en classe. Le site de l'OMS quant à lui se préoccupe bien évidemment aussi de la santé mentale des adolescents et propose des articles, des informations et des chiffres à ce sujet. Pour celles et ceux d'entre vous qui écoutez des podcasts, vous pouvez écouter ceux de France Culture consacrés à cette grande cause nationale 2025. La santé mentale ne préoccupe pas seulement les acteurs de la scolarité, l'enseignement supérieur s'en soucie aussi. Ainsi, nous pourrons retrouver de nombreuses ressources et outils sur le site du MESR. C'est en effet devenu un enjeu majeur qui s'est accru considérablement depuis la pandémie. De nombreux dispositifs ont vu le jour, des lignes d'écoute, un suivi psy pour les étudiants qui en éprouvent le besoin, la plateforme CNAE pour orienter les étudiants en situation de mal-être, et encore d'autres initiatives. En élargissant un peu notre périmètre de consultation de ressources, Et en franchissant l'Atlantique, on pourra consulter le rapport du HBSC, Health Behavior in School-Aged Children, qui paraît tous les 4 ans et qui regroupe les résultats d'une étude sur la santé mentale et le bien-être des adolescents en Europe, en Asie centrale et au Canada. Un article de Gilles Devers paru en novembre 2023 dans la revue Sentimentale et Droit, le numéro 24, en 2024, édité par Elsevier-Masson. Il y aborde les aspects juridiques des santé publique et notamment l'accompagnement de la stratégie TND, Trouble du neurodéveloppement, la prévention en santé mentale des jeunes, ainsi que la grande cause nationale pour cette année 2025. Enfin, pour terminer cette liste de ressources bien loin d'être exhaustive, je vous invite à aller lire l'état d'avancement de la feuille de route santé mentale et psychiatrie. Cet état d'avancement est publié chaque année en mars sur le site du ministère de la Santé et de la Prévention. Je vous le dis chaque mois, mais toutes nos émissions antérieures sont en ligne sur la page dédiée au Périscope, du site de l'IH2EF, au format vidéo ou en podcast, avec chaque fois la liste des références que je vous présente. Nous sommes d'ailleurs en train de réfléchir à la programmation 2025-2026. Nous vous tiendrons informés dès que la programmation sera... stabiliser. Merci à tous. A bientôt, Marc-Antoine. C'est à toi.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Sylvaine. L'heure pour moi de remercier nos 4 intervenants en plateau. Nous avions aujourd'hui avec nous Frédéric Thomas, inspecteur général de l'éducation du sport et de la recherche. Merci d'avoir été avec nous. Emmanuel Godot, enseignante-chercheuse responsable de la formation des médecins de l'éducation nationale à l'EHESP. Merci d'avoir été avec nous.
- Speaker #2
Merci.
- Speaker #0
En face de vous, nous avions Madita Men, d'Azen de Charente-Maritime dans la Caline Poitiers. Et enfin, Claire Bay. chef du bureau de la santé et de l'action sociale à la DGESCO. Merci d'avoir été avec nous. J'aurai plaisir à vous retrouver le 13 mai prochain pour notre nouveau numéro. D'ici là, portez-vous bien, belle journée à tous, à très bientôt.