- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Avec ou Santé, toujours en compagnie de mes collègues Zara et Sarah. Bonjour à toutes les deux.
- Speaker #1
Bonjour. Bonjour.
- Speaker #0
Comme vous le savez, dans cette saison, nous essayons ensemble de répondre à une question centrale. A-t-on vraiment besoin de toutes ces protéines ? Pour en parler aujourd'hui, nous avons le plaisir d'accueillir Stanislas Trolonge. Bonjour Stanislas et merci d'avoir accepté cette invitation.
- Speaker #2
Bonjour à toutes.
- Speaker #0
Stanislas, tu es diététicien nutritionniste spécialisé dans la nutrition du sportif et dans la néphrologie, autrement dit dans la nutrition du rein. Tu l'as sans doute remarqué, les rayons des supermarchés regorgent désormais de produits hyperprotéinés. Et face à cette tendance, beaucoup de nos auditeurs sont un peu perdus, surtout qu'on entend tout et son contraire sur les réseaux sociaux. Alors, mythe ou réalité ? Telle est la question. Si vous aussi, auditeurs, vous voulez en savoir plus sur le sujet, restez à l'écoute et installez-vous confortablement avec ou sans tête. Stanislas, les recommandations officielles de l'ANSES estiment des apports entre 0,83 et 2,2 g de protéines par kilo de poids par jour pour un adulte. Mais certains experts, entre guillemets, affirment qu'il faudrait en consommer davantage pour une santé optimale et d'autres affirment le contraire. Alors qu'y faut-il croire ?
- Speaker #2
Alors, ma réponse va être un petit peu nuancée, puisque effectivement, tout dépend un peu du contexte de formulation de ces recommandations. Les premières recommandations pour la population générale, elles sont fixées à 0,83 g par kilo. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'on a, en tout cas les chercheurs en physiologie, ont réfléchi à l'apport minimal pour assurer un renouvellement des cellules, de notre corps, des muscles. suffisant. Et donc on est arrivé au score de 0,6 g par kg à l'échelle individuelle et on rajoute en fait un écart-type de 0,23 pour en fait couvrir la population générale. Ça c'est le postulat qu'on connaît depuis très longtemps sur lequel personne ne revient. Après cette fourchette haute des 2 g, elle est plutôt réfléchie dans des pôles populations grandissantes de sportifs où il y a le souhait de vouloir développer une masse musculaire, on regarde des volontés un petit peu de la société, mais qui doit un petit peu éviter à se questionner sur le retentissement sur l'organisme de cet apport un petit peu excessif. Et puis, ces recommandations-là, en tout cas ces objectifs-là supérieurs à 2 grammes, répondent aussi derrière à la volonté de réduire, de compenser la réduction d'autres nutriments. Donc c'est pour ça qu'on trouve un petit peu cette fourchette qui est finalement assez large. mais qui doit être relativisé selon le contexte dans lequel on est. Il faut quand même plutôt retenir que dans la population générale, c'est un objectif à 0,83 g par kilo qui permettrait d'assurer un renouvellement cellulaire suffisant et finalement de rester en bonne santé.
- Speaker #1
Comme tu as pu le remarquer, pendant des années, on a rabâché à la population et aux professionnels de santé que les protéines à forte dose abîment les reins. mais aujourd'hui le discours a a changé. Peux-tu nous expliquer ce qui a changé ?
- Speaker #2
Je ne sais pas si on a vraiment rabâché cette idée que ça pouvait nuire au rein, mais en tout cas, il y avait une inquiétude par rapport à ça puisque tout apport de protéines va certes générer des acides aminés, cette petite brique qu'on va retrouver après dans le muscle et dans nos cellules, mais aussi va générer de l'azote qui doit être éliminé sous forme de déchets par le rein. Et c'est cette inquiétude sur le rein notamment qui... qui questionnait les chercheurs et puis qui amenait les professionnels de santé et puis les politiques de santé à se questionner un petit peu sur ça. Sauf qu'aujourd'hui, on a des études de meilleure qualité, d'observation sur de plus longues durées de population et on se rend compte que de toute façon, dans le monde, on mange plus de protéines qu'avant. Alors tous ne partent pas du même niveau de consommation, si on compare l'Afrique aux États-Unis, bien évidemment, mais en tout cas, tous sont en train de croître. Et pour autant, on ne voit pas une incidence de la maladie rénale liée à ça, par exemple, de problèmes rénaux liés à ça. Je nuance quand même parce que le système de santé fait que le dépistage est de meilleure qualité, les progrès de la médecine font que l'on vit de plus en plus longtemps, donc il y a quand même une proportion plus importante d'insuffisants rénaux, mais c'est parce que le dépistage est meilleur, c'est parce que le système de santé est plus efficace. Alors que ces personnes-là, qu'on peut maintenant suivre d'un point de vue néphrologique à 70-80 ans, n'étaient peut-être plus vivantes à l'époque. Donc en tout cas, on n'a pas encore clairement montré de lien entre la consommation de protéines et l'incidence plus fréquente de maladies rénales chez des personnes saines. de le dire, dans la population générale, pour l'instant, on est clair sur ça, on ne risque pas de développer particulièrement une maladie rénale si on consomme trop de protéines.
- Speaker #3
Tu parles d'études de meilleure qualité, est-ce qu'on peut considérer qu'à l'heure actuelle les études sont faites sur des durées suffisamment longues pour les patients étudiés, pour savoir qu'effectivement il n'y a pas de conséquences sur le long terme d'un régime hyperprotéiné ?
- Speaker #2
Quand j'évoque les études de longue durée, je parle des grosses cohortes, notamment américaines, qui sont suivies depuis 20-30 ans. Là, on commence effectivement à avoir un peu de recul sur ce que deviennent ces personnes-là lorsqu'on a étudié leur consommation alimentaire. Mais dans certains domaines, on pourrait peut-être en parler par exemple dans la nutrition sportive. Là, au contraire, en fait, les études sont souvent de courte durée. Ça dépasse rarement l'année. Et donc... Voilà, dire tiens, je peux monter à tant de niveaux de protéines sans que ça ait une incidence sur le rein, il faut mettre un petit peu de distance par rapport à ça, puisque là du coup ça manque un petit peu de durée d'observation. Donc je parle surtout des cohortes d'observation, les cohortes américaines, les cohortes nanaises, la cohorte des infirmières, il y a d'autres cohortes européennes maintenant qui commencent à donner des résultats intéressants et qui montrent qu'effectivement, l'excès de protéines dans une population saine, n'est pas forcément associé à un risque plus important de maladie rénale. Mais il y a des cas particuliers quand même.
- Speaker #0
J'avais envie, parce que la dernière fois, on est tombé sur un article dans la revue américaine The Atlantic. Et ça a paru en août dernier. C'était écrit par Lila Shroff. Je vais citer un petit extrait. Ça m'a fait réagir. Après avoir mangé des produits industriels enrichis en protéines, j'ai consommé plus de 170 grammes de protéines ce lundi-là. soit l'équivalent de 31 oeufs de calibre moyen. Selon les recommandations des autorités sanitaires américaines, puisque là c'est l'extrait d'un journal américain, c'est presque quatre fois les besoins de quelqu'un de mon gabarit et de mon niveau d'activité physique. Qu'est-ce qu'on peut en penser Stanislas ?
- Speaker #2
On peut en penser que notre organisme est bien conçu, parce qu'on a des organes qui sont capables de s'adapter à des charges aiguës en certains nutriments. Mais on peut faire parallèle aussi avec le sucre. Quand on n'a pas de problème de diabète, effectivement, on peut manger beaucoup de sucre d'un seul coup, l'organisme va s'adapter et on ne va pas forcément développer un diabète en deux jours. Mais ça doit aussi amener à cette inquiétude-là, parce qu'on a beaucoup de recul sur le diabète, et notamment sur la problématique du pré-diabète, c'est-à-dire une situation où on est en excès de sucre et que le corps compense jusqu'au moment où en fait... Au bout de dizaines d'années, il ne compense plus. Je pense qu'on peut faire ce parallèle-là avec les protéines et le rein. Et ce qui doit nous amener à être vigilants sur ce fameux long terme, sur l'impact que pourrait avoir un excès de protéines. Alors comme je le redis, au jour d'aujourd'hui, on n'a pas encore fait de lien direct. Mais peut-être que l'avenir nous le dira avec des cohortes qu'on va continuer à suivre. Et on pourra vraiment voir des... des associations positives, donc je pense qu'il faut avoir un devoir de précaution vis-à-vis de ça. Donc c'est la traduction d'un cas particulier où effectivement on se pose la question sur une charge aiguë, mais notre organisme, alors qu'il n'y a pas de défaillance, il est capable d'absorber cette charge aiguë et finalement d'en éliminer les toxines issues de cette fameuse urée, issues de cette consommation de protéines. Mais ça renvoie effectivement à ce qui est cité un petit peu en début de post-cadre. c'était cette protéine mania où l'industrie s'est complètement appropriée ces protéines qui ont donné une valeur santé assez importante parce qu'il fallait trouver quelque chose on a diabolisé le gras pendant une dizaine d'années là c'est le sucre qui est bien identifié il fallait trouver d'autres nutriments santé pour on va dire peut-être rassurer la population et donc effectivement l'industrie s'est mise complètement dedans et on trouve des produits qui ne devraient pas être protéinés Et qu'ils le deviennent, comme par exemple la boisson Ice Tea, mais je pense aux saucissons, je pense au pain de mie, je pense à tous ces aliments un peu improbables qui se retrouvent enrichis en protéines. Et la question effectivement qui se pose, c'est est-ce que finalement on ne va pas créer cette charge aiguë, mais qui va devenir régulière chez les gens et qui sur plusieurs années pourrait être délétère.
- Speaker #1
Est-ce que c'est les mêmes que celles qu'on retrouve dans un œuf ou un poisson ?
- Speaker #2
Alors, dans l'industrie, les protéines qui sont souvent ajoutées à des aliments, c'est plutôt des protéines laitières, pour différentes raisons, pour des raisons de palatabilité, des raisons économiques, des raisons aussi techniques. Donc après, une protéine, là pour le coup, d'origine animale, on évoque le poisson, on évoque le lait, on évoque la volaille. reste une protéine assez équilibrée en acides aminés. Donc il y a assez peu de différence entre ces types de protéines-là, ce qui n'est pas le cas pour les protéines végétales, on en reparlera je pense après. Donc l'impact est identique. Après le vrai enjeu pour les industriels, c'est d'avoir une palatabilité, encore une fois un coût acceptable pour le consommateur, je suis pas sûr que mettre des protéines de poisson serait bien vu dans une boisson à ôter par exemple.
- Speaker #0
Et dans ces boissons au thé, par exemple, ce sont les mêmes protéines, c'est-à-dire en termes de valeur biologique. Est-ce que c'est comparable à un œuf ou à un poisson ?
- Speaker #2
Sur un nutriment comme ça, sur les protéines, ce sont des protéines qui sont filtrées, qui sont débarrassées du sucre ou des graisses. Si on parle du lait, des protéines de lait, elles ont après une valeur biologique supérieure, en fait, Morgane, pour tout se dire, par rapport à d'autres protéines issues de l'aliment complet. Parce que justement, il y a eu ce travail de... de simplification, de prédigestion, j'aime à dire, pour vulgariser, qui a été fait. Et au jour d'aujourd'hui, si on compare les protéines entre elles sur la construction musculaire, ce qui intéresse beaucoup les sportifs, la protéine laitière est au-dessus des autres. Et ça, c'est bien établi. Et donc, ça arrange bien les industriels, puisqu'effectivement, c'est une protéine qui est moins chère par rapport aux autres. et qui est bien acceptée en ajout dans certains produits.
- Speaker #3
Je me posais par exemple la question des pâtes enrichies en protéines. Donc là, pour le coup, on est sur des protéines de poids. Et je me dis, est-ce que là, ce n'est pas particulièrement intéressant le fait que généralement, les protéines de poids sont accompagnées d'antinutriments dans l'aliment lui-même ? Est-ce que là, du coup, on se retrouve avec des protéines qui sont mieux assimilées quand elles sont mises dans les pâtes ?
- Speaker #2
Alors, c'est une... C'est effectivement une des limites de l'ajout de protéines végétales. C'est pour répondre aussi à une communauté de végétariens, de véganes, de l'ajout de protéines végétales dans certains produits-là. C'était pour capter effectivement une autre population de consommation. Mais il est clair qu'en termes de valeur biologique, d'utilisation nette par l'organisme, les protéines végétales parlent de ces facteurs d'anti-absorption. de mauvaise utilisation sont moins efficaces derrière en termes de synthèse de protéines, de cellules, etc. Mais là, on est en train de comparer les protéines, ça ne veut pas dire qu'effectivement, les véganes ou les végétariens, il y a des sportifs qui sont véganes, ils vont très bien. Parce qu'au final, quand même, c'est la quantité qui va compter. Et quand on atteint les seuils de quantité minimum pour maintenir ou développer une masse musculaire, qui sont facilement atteignables. Je vais le dire, on en reparlera je pense après. Tout se passe bien, d'accord ? Mais si on est sujet de comparer protéines animales versus protéines végétales, les protéines animales sont au-dessus. On le connaît depuis 40 ans, 40-50 ans, il n'y a pas de débat sur ça. Mais on retrouve ces produits-là enrichis en protéines végétales, c'est surtout pour répondre à une communauté de végétariennes véganes qui est grandissante. Donc le marché s'adapte.
- Speaker #3
Est-ce qu'il y a un niveau ou une intensité de pratique où il y a besoin de se complémenter en protéines ?
- Speaker #2
La définition des besoins va être fonction de la population concernée. Je le rappelle, population générale, avec un niveau d'activité physique moyen, on est à 0,8 g par kg de poids et par jour. On considère un sportif, en tout cas l'ANSES s'est positionné pour répondre à partir de combien d'heures d'entraînement par semaine on est un sportif. Là, il y a un gros débat aussi. Considérer que c'est à partir de 6-7 heures d'entraînement par semaine que l'activité physique devient quand même une vraie activité qui va modifier les besoins. D'accord ? Donc déjà, ça, ça permet de se positionner par rapport à ça. Et chez les sportifs, pas forcément de compétition, mais qui ont une activité régulière toute l'année avec des entraînements quantitativement significatifs, là le besoin pour maintenir une masse musculaire, si on parle de sportifs d'endurance, type course à pied, trail, cycliste, natation ou autre, il est situé entre 1,2 et 1,4 g par kg de poids et par jour. Donc il est augmenté. Chez les sportifs un peu où il y a une prédominance musculaire, donc tous les sports qu'on appelle de résistance, donc on retrouve la musculation, le crossfis, mais aussi les sports collectifs où il y a de l'impact, je pense au rugby par exemple ou au hockey. Là aussi, les besoins pour maintenir un as musculaire, ils vont être autour de 1,4-1,5 g. Donc ils ne sont pas doublés, mais ils sont augmentés de 30 à 40 %. Oui, certaines populations vont avoir besoin de plus de protéines, mais c'est aussi le cas de patients âgés, dénutris, avec des pathologies chroniques. Dans certains cas, on a besoin d'augmenter les apports en protéines pour couvrir les besoins et surtout pour maintenir une composition corporelle qui est satisfaisante et répondre aux dépenses de l'organisme. Donc oui, le besoin est augmenté dans certaines populations, mais il est facilement atteignable. Parce que si on prend les consommations déjà françaises de la population générale, alors ça a un petit peu baissé, mais on est déjà à 1,1 g, 1,2 g de protéines par kilo de poids. Donc déjà, le français moyen, non sportif, il a déjà des apports quasiment attendus pour un sportif régulier. Et après, dans les populations de sportifs, quand on regarde les consommations, on voit des consommations à minima de 2 g de kilo. Alors il y a toujours des cas particuliers, mais... Donc le sportif, aisément, sans conseil diététique, sans aller voir forcément un diététicien, il a déjà des apports spontanés largement suffisants.
- Speaker #1
Et justement, quels seraient les déficits en protéines chez un sportif ou dans la population générale ?
- Speaker #2
Alors on observe effectivement quand même à l'échelle individuelle des déficits protéiques, des carences, dans des catégories de sportifs particuliers, notamment les femmes dans le sport d'endurance. Ce sont des populations qui pratiquent notamment la course à pied, le trail, qui demandent beaucoup d'heures d'entraînement pour atteindre des objectifs, pas forcément des objectifs de compétition, mais de sport santé. Mais il y a cette idée de toujours aller plus loin, plus longtemps, plus fort. Des charges d'entraînement très importantes, avec des activités en dehors du sport, professionnelles, familiales, toujours aussi intenses. Donc on n'a pas ces temps de récupération qu'on a chez les sportifs de très haut niveau qui ont le temps de se reposer, le temps de se régénérer. Et dans ces populations-là de personnes très actives et notamment les femmes qui aussi suivent un petit peu les dictates de la société dans l'idée quand même d'avoir des objectifs aussi esthétiques, elles mangent moins, pas suffisamment. Et puis on rajoute cette tendance végétarienne, végane par-dessus. On peut se retrouver avec des apports insuffisants. Et ça aboutit après à des déficits énergétiques chroniques qui commencent à être bien décrits. Le syndrome REDS notamment, qui effectivement après implique des répercussions assez néfastes chez les personnes qui deviennent des patientes. Parce qu'effectivement, on est face à des complications assez importantes.
- Speaker #3
Et c'est quoi les... C'est une clinique de ce déficit ? C'est juste une fatigue physique qu'on pourrait confondre avec autre chose ?
- Speaker #2
Non, les facteurs de ce syndrome REDS sont multiples. Il y a des symptômes physiques. On est sur de l'épuisement, mais pas de la fatigue simple quotidienne. On a des vrais épuisements assez aigus, assez importants. On peut avoir des déminéralisations osseuses, des pertes de poids, tout simplement. Quelqu'un qui est censé être en bonne santé, sans pathologie, qui travaille avec une qualité suffisante, n'est pas censé perdre du poids sur le long cours. Donc déjà ça c'est un signe, mais ça peut aller aussi à des troubles féminins, la perte des règles, des signes de dénutrition en fait, qu'on ne devrait pas avoir dans ces populations-là. C'est aussi simple que ça. Et il faut s'inquiéter vis-à-vis de ça, de ces comportements qui sont un peu trop rigides entre dépenses et apports énergétiques.
- Speaker #0
Une étude qui date de 2016 sur les effets sur la santé et sur la composition corporelle d'un régime riche en protéines chez des hommes entraînés en musculation, de José Antonio E. Hall, publié dans le journal The International Society of Sport Nutrition, a démontré que manger beaucoup de protéines n'est pas dangereux pour les sportifs entraînés, au moins à court terme, mais qu'à entraînement égal, ça n'améliorerait pas. ni la force, ni la composition corporelle. Donc ça, c'est un petit peu ce que tu as dit tout à l'heure. Alors, je reviens sur cette question parce que je crois savoir que Stanislas, tu es un ancien grand hockeyeur, non ?
- Speaker #2
Alors oui, j'ai eu une carrière sportive effectivement, mince, mais une carrière quand même. Pour revenir sur cette étude-là, elle est intéressante parce que elle renvoie à deux sujets. Les études en nutrition du sportif sont souvent, par faute de moyens tout simplement, de courte durée. Donc déjà, ça c'est un premier point. Donc si la conclusion en suivant cette étude affirme qu'il n'y a pas de danger pour le rat, il faut quand même prendre des précautions, c'est qu'on est sur une courte durée d'observation. Ce qui serait intéressant, c'est que cette cohorte qui a été étudiée, en fait, elle soit continuée à être suivie, qu'il y ait une publication tous les ans de ces résultats. Parce qu'effectivement, il faut des moyens importants pour réaliser des études de longue durée. Ça, c'est le premier point. Le second point, où effectivement, la conclusion indique qu'il n'y a pas une modification de la composition corporelle, c'est parce qu'en fait, il faut bien regarder quel est le protocole de cette étude-là. On compare des apports de 2,6 à 3,3 grammes de protéines par kilo de poids dans deux cohortes. Dans les deux points, on est dans un cas d'hyperprotéinés. D'accord, donc en fait on est déjà tellement haut, même à 2,6, que finalement si vous rajoutez 3,4, ou que vous allez à 5, ou que vous allez à 10, vous n'aurez pas forcément de gain de masse musculaire comme on pourrait le penser.
- Speaker #0
Et pourquoi ?
- Speaker #2
Pourquoi ? Parce qu'en fait, il existe un plafond d'utilisation des protéines, au-delà duquel le corps n'a plus besoin de ces briques amenées par les protéines pour synthétiser du muscle, par exemple. Et ce plafond, il a été étudié depuis les années 70, il était plus ou moins affiné, et il est autour de 1,7 g de protéines par kg de poids. Donc tout ce qui est apporté au-dessus de 1,7, c'est utilisé plutôt d'un point de vue énergétique, mais ce n'est plus utilisé dans l'objectif de construire du muscle. Donc les résultats de cette étude ne sont pas étonnants. On aurait comparé du 1 g versus 2,6, ou on aurait comparé du 1 g versus 3 g, là on aurait vu un gain de masse musculaire par exemple. Donc, en termes d'impact sur la composition corporelle, c'est toute une question de quantité au final par jour. C'est assez méconnu de la part de la population générale où il y a cette idée de plus je vais manger de protéines, plus je vais prendre de la masse musculaire. Et ça, c'est une vraie idée reçue.
- Speaker #3
Mais du coup, parce que j'ai vu dans certaines études qu'en fonction de la répartition dans la journée, donc le fraction de l'apport en protéines, c'était plus ou moins bien utilisé. Est-ce que ces 1,7, c'est… Peu importe la répartition dans la journée.
- Speaker #2
Oui, alors là, en fait, on évoque effectivement un apport global sur la journée. Et c'est finalement ça qui compte le plus, je dirais. Après, on a des situations particulières chez certains sportifs qui vont s'entraîner à différents moments de la journée, avec des intensités assez importantes, et sans pour autant avoir un repas avant ou après, à proximité de cet effort-là. Et ce qu'il faut avoir en tête, c'est que toute activité physique, est un stress pour l'organisme, notamment un stress mécanique. Et donc, face à ce stress, face à ce traumatisme qu'on lui impose en faisant du sport, le corps va chercher à compenser pour la prochaine agression, le prochain entraînement qu'il pourrait vivre. Et donc, il y a ce qu'on appelle une fenêtre métabolique, qui est surtout connue dans la recharge de sucre dans le muscle, la recharge du glycogène, mais qui a aussi été un petit peu développé dans le... dans la reconstruction musculaire et donc ça inviterait à consommer des protéines rapidement après un effort pour utiliser ce moment propice à la reconstruction musculaire. Mais il y a beaucoup moins de preuves que pour la reconstruction des stocks de sucre dans le muscle, des stocks de glycogène. Donc dans certains cas, oui, ça peut être intéressant de prévoir un apport après l'effort. Alors on ne parle pas de minutes. Mais l'idée, c'est que dans l'heure et demie, dans les deux heures après un effort assez intense musculairement, on ait un apport de protéines, que ce soit par un repas tout simplement ou par des collations ou voire dans certains cas particuliers éventuellement sous forme de compléments alimentaires.
- Speaker #3
Justement, tu parles de compléments alimentaires. Est-ce qu'il y a un intérêt à venir chercher des protéines ou acides aminés qui ont été purifiés ?
- Speaker #2
C'est un gros marché aussi, un marché du complément alimentaire. il pose des intérêts, il pose aussi des inconvénients. Alors, sur l'intérêt, comme je viens de l'évoquer, chez certains sportifs, notamment les jeunes, qui commencent à devenir pros assez rapidement, je pense par exemple au rugby, je suis dans le sud-ouest, donc c'est vrai que j'ai une population assez fréquente sur ça, on voit des jeunes de 16, 17, 18 ans qui sont encore scolarisés, qui vont être au lycée et qui ont des charges d'entraînement assez importantes. avec 2-3 heures quotidien et qui n'ont pas forcément accès suffisamment à des protéines sur la restauration collective de leur lycée, tout simplement, ou à l'internat. Et dans certains cas, on peut avoir un besoin de complémentation en protéines et ça peut être du coup pertinent d'apporter ça sous forme de poudre de protéines. Alors il ne faut pas non plus diaboliser ces compléments-là, ce ne sont que du lait déshydraté. qui est un petit peu améliorée. On a rajouté quelques vitamines et minéraux, mais ce n'est pas un produit dopant comme certains pourraient le penser. C'est juste un aliment qui a été optimisé sous forme de poudre. et qui peut du coup facilement être pris éventuellement en complément. Donc les poudreaux protéines, 90% du marché, c'est des protéines laitières, comme je l'évoquais précédemment, c'est des protéines d'assez bonne qualité, assez peu onéreuses, même si ça représente un budget sur une prise régulière tous les mois. Mais on peut les recommander dans ces situations-là, si en fait on n'a pas un accès à une nourriture suffisante d'un point de vue quantitatif. lorsque le repas est éloigné de l'activité intense et qu'on a besoin de prendre ce genre de complément. Et aussi lorsque les poids corporels, et je pense encore aux sportifs, chez les gens qui font 110 kg, 120 kg, par la simple nourriture, on peut être limité pour atteindre les objectifs. Et donc le fait de le prendre sous forme de boisson, ça peut être intéressant. Je dirais qu'il y a ces trois situations particulières Ouh ! La boisson protéinée peut être intéressante, mais en dehors de ces situations, on peut tout à fait et très facilement atteindre les besoins recommandés.
- Speaker #0
Et en ce qui concerne la créatine ou les acides aminés essentiels ?
- Speaker #2
En ce qui concerne la créatine, c'est un autre sujet puisqu'elle a vraiment une connotation, mais qui commence un petit peu à se délayer, mais une connotation quand même dopante quand c'est arrivé en Europe, véhiculée par les hommes. par d'autres pays. On a cru que c'était un produit dopant. La créatine, ce n'est qu'une protéine. C'est l'association de trois acides aminés. Par contre, la créatine, elle est intéressante. Et il y a énormément d'études qui prouvent l'intérêt de se supplémenter en créatine chez les sportifs. C'est parce que ça permet aux sportifs d'enchaîner des efforts très intenses de courte durée. Donc c'est un intérêt en termes d'entraînement. Ça permet d'augmenter. la capacité à tenir des charges d'entraînement assez importantes. Et on voit même plein d'intérêts à la créatine chez les personnes âgées également aussi, chez les cas de dénutrition. Sans doute qu'on verra évoluer d'ailleurs aussi tous ces compléments à viser des nutritions avec de la créatine dedans. Tout ce qui est acides aminés essentiels, je mettrais par contre un bémol sur ça, parce qu'ils sont assez présents dans ces poudres de protéines, clairement. Alors les acides aminés essentiels pour le muscle, ils sont trois. Il y a l'Astar qui est la leucine. On a aussi la lysolocine et la valine qui vont avec. Ce sont des acides aminés qui ont un rôle très particulier dans la synthèse musculaire. Et donc on les trouve naturellement dans tous les dérivés du lait, et donc des poudres de protéines. Mais on voit des compléments alimentaires contenant uniquement ces acides aminés-là. Bon, là aujourd'hui, il n'y a aucun niveau de preuve qui montre l'intérêt de prendre uniquement ces petits acides aminés-là. Autant prendre une bonne boisson protéinée. Si on veut en apporter.
- Speaker #3
Je rebondis juste par rapport à la leucine, parce que les protéines végétales sont plus pauvres en leucine que les protéines animales, si j'ai bien compris. Et donc, est-ce que pour un vegan, par exemple, ce serait intéressant pour le coup de prendre de la leucine juste pour booster un petit peu son apport en acides aminés ?
- Speaker #2
Je ne crois pas. Parce que s'il a une alimentation suffisante en protéines sur la journée, il aura son apport en leucine, même s'il y en a un petit peu moins. Ce qui sera nécessaire, c'est de consommer plus de quantité pour obtenir le minimum de leucine comparé à une quantité de protéines issues du règne animal. Donc non, je ne crois pas qu'il soit nécessaire que les végétariens et les véganes se complémentent en leucine en particulier.
- Speaker #1
En lisant les étiquettes des produits hyperprotéinés, c'est aperçu qu'il y avait de plus en plus de protéines végétales. Est-ce que, selon vous, elles ont la même qualité nutritionnelle que les protéines animales ?
- Speaker #2
Alors oui, on voit l'industrie s'adapter et la communauté de végétariens véganes, avec le côté écologique derrière, pousse vers de plus en plus d'utilisation de protéines végétales. Comme on l'a déjà un petit peu évoqué, comparé à une protéine animale, l'équilibre et l'apport d'acides aminés est moins intéressant dans les protéines végétales. Cependant, quand on a une alimentation suffisante, on a son besoin qui est couvert en acides aminés. Mais en tout cas, un bon végétarien qui a des bonnes habitudes alimentaires, il va couvrir ses besoins. Ces protéines végétales qu'on voit rajoutées à l'industrie, ça répond plutôt à une tendance qu'on a évoquée sur cette protéine mamiaque. Il n'y a pas tellement d'intérêt en termes de santé à ce rajout-là.
- Speaker #0
Surtout que les produits enrichis en protéines restent souvent très transformés et très sucrés. Tu ne penses pas qu'il y a un paradoxe à les présenter un petit peu comme sains ? Comme la pâte à tartiner chocolatée qui naît avant tout une gomantise, non ?
- Speaker #2
Non mais complètement, c'est notre fléau. Pour nous les diététiciens, c'est cette montée de consommation des produits tratransformés, sous couvert qu'ils ont des ingrédients avec une valeur santé plus importante comme les protéines, et qu'ils sont consommés en plus de la santé. Le consommateur est complètement trompé par rapport à ça, l'industrie s'engouffre dedans et c'est un vrai problème de santé majeur que cette consommation d'aliments ultra transformés. Le fait qu'il y ait des protéines végétales dedans n'en fait pas un produit sain et ça c'est un vrai problème. Parce qu'effectivement on a tendance à être un peu réductionniste, c'est-à-dire qu'on parle de nutriments alors qu'en fait on ne mange pas des protéines, on mange des aliments qui contiennent des protéines. Et c'est tout ce qui est autour qui peut parfois poser problème. Et d'ailleurs, on commence à avoir des études assez intéressantes chez des végétariens. Et on se rend compte que les végétariens, mais les néo-végétariens, c'est-à-dire ceux qui consomment des produits très transformés, ont autant de problèmes de santé, voire plus, que des populations omnivores classiques. Donc ça, c'est un vrai problème. L'industrie s'en lave les mains, parce qu'elle cherche à développer leur gamme. Mais il faut faire un travail d'éducation auprès de la population pour les amener à comprendre la dangerosité de ces produits ultra-transformés.
- Speaker #3
Je reviens un petit peu sur ce qu'on disait dans une méta-analyse de 2024. J'avais l'impression qu'il y avait quand même un peu plus de protecteurs sur le rein des protéines végétales. Est-ce qu'on peut considérer que ça pourrait quand même tendre vers quelque chose d'intéressant, justement de protecteurs sur le long terme et donc peut-être une recommandation ?
- Speaker #2
Oui. Pour revenir sur ce que je disais, c'est que l'ajout de protéines végétales dans des produits transformés industriels, ça, ça n'a clairement pas d'intérêt santé, je trouve. Par contre, manger plus d'aliments qui contiennent des protéines végétales, c'est-à-dire des fruits, des légumes, des céréales, ce qu'on rabâche depuis des années, en fait, ce qui est du bon sens, oui, c'est hyper protecteur. Donc, encore une fois, il faut être vigilant parce qu'on a tendance à réduire uniquement nos nutriments. une protéine végétale, et une protéine animale, donc ils vont apporter des acides aminés, et il y aura des déchets issus de ça. Ça, il n'y a pas de débat sur ça. Vous apportez autant de protéines végétales que de protéines animales pour le rein, si on parle vraiment que de la protéine, ça va générer autant de déchets. Par contre, le point fort de la protéine végétale, c'est qu'elle est associée à d'autres nutriments dans l'aliment. Et ce qui est plus protecteur pour le rein, c'est de manger des végétaux. Donc on revendique des... On appelle ça des plantes basse-daillettes, donc des alimentations plus végétalisées, avec à peu près 60-70% de parts de végétales comparées à ce qui serait d'origine animale. Et ça, c'est hyper protecteur, notamment pour les reins, parce que dans ces végétaux-là, dans ces céréales-là, vous avez peu de protéines, vous n'avez pas de sel, et vous avez des antiacides, des alcalins, qui vont venir, du coup, aussi protéger le rein. Et donc, c'est toute cette association, cette combinaison de... facteur protecteur qui fait qu'effectivement, ceux qui mangent plus de végétaux, ils ont moins de problèmes au niveau des rats quand ils ont une insuffisance rénale. Donc ça, on valorise de plus en plus ces alimentations végétalisées.
- Speaker #3
Mais du coup, si tu prends les poudres de protéines végétales comparées à de la whey, par exemple, c'est pas plus protecteur du fait qu'il me semblait qu'il y avait quand même moins d'alcidamines et azotés, non ?
- Speaker #2
Ça serait... Ça ne sera pas plus protecteur. Justement, la différence entre l'aliment et le nutriment, qui est là sous forme simplifiée, débarrassée des autres facteurs intéressants. Une protéine végétale, une protéine animale, à quantité égale, va générer la même quantité d'azote. Ça, c'est un fait. Donc le rein devra se débrouiller avec ça. Par contre, il n'aura pas tous les copains plutôt protecteurs qu'il y a dans l'aliment derrière.
- Speaker #3
Il me semblait qu'il y a eu un peu la mode du régime du camp à une époque qui a fixé dans la population générale cette idée qu'il y avait protéines égale minceur. Est-ce que tu es d'accord avec ce raisonnement populaire ? Est-ce que tu as quelque chose à y redire ?
- Speaker #2
Alors oui, on va être d'accord parce qu'effectivement, si vous montez un petit peu les protéines dans votre alimentation et que vous diminuez certains autres nutriments, Le coût pour absorber une protéine, il est plus important. C'est la physiologie de base. Donc on va dépenser un peu plus d'énergie pour assimiler ces protéines. Si derrière, vous avez un peu moins de sucre, un peu moins de graisse, ça peut provoquer un déficit calorique et on peut effectivement perdre du poids. Comme tout régime, en fait, on crée de manière aiguë un déficit calorique. On perd du poids, mais ce ne sont pas des habitudes. Elles peuvent s'ancrer dans la continuité, la chronicité. Et donc, dès que les gens retrouvent... Une alimentation peut-être déséquilibrée qu'ils avaient avant, mais ils reprennent du poids. Alors ce médecin, effectivement, a développé cette idée-là d'un jour par semaine uniquement protéiné. Donc il a innové, vraiment, en termes de proposition. Ça a eu un retentissement assez important. Les gens, comme dans tous les régimes, de toute façon, se sont engouffés dedans. S'il y avait été un diète ou un pharmacien ou quelqu'un d'autre, il n'y aurait pas eu un tel engouement, je pense. On aurait eu moins de conséquences. Mais le problème, c'est que ça a été très médiatisé parce que c'était aussi un médecin qui a fait beaucoup de temps.
- Speaker #0
Tout à fait. Alors Stanislas, tu es diététicien spécialisé en néphrologie et aussi président de l'association de diététique et de nutrition en néphrologie, l'ADNN et aussi l'ADNSO, Association des diététiciens de néphrologie du Sud-Ouest. Et donc, qu'est-ce que tu penses de la consommation ? de protéines quand il s'agit des patients atteints de maladies rénales chroniques ou alors de diabète ?
- Speaker #2
Oui, alors là, contrairement à la population saine qu'on a abordée avant dans ce podcast, dès que vous avez une défaillance rénale qui est diagnostiquée,
- Speaker #0
là il est clair que plus vous mangez de protéines,
- Speaker #2
plus vous allez accélérer la progression de la maladie. Ça, il n'y a pas de débat sur ce sujet-là. Donc on est sur des recommandations déjà quantitatives. Pour vous donner des chiffres, lorsque l'on recommande 0,8 g de protéines dans la population générale par kg de poids, chez un patient qui a une insuffisance rénale avec une défaillance de 50%, on va recommander du 0,6 g par kg de poids et par jour. Les recommandations ont évolué ces derniers temps, grâce à toutes ces études interventionnelles comme observationnelles. qui invite effectivement à réduire l'apport pour protéger le rein. Je rappelle qu'à 0,6 g par kilo, le besoin individuel est satisfait en protéines. Les 0,8 sont là pour couvrir les besoins d'une population dans des cas particuliers. Donc à 0,6 g par kilo, on arrive à maintenir des patients à leur niveau d'insuffisance rénale sans qu'il y ait une défaillance qui progresse. Et surtout, on maintient une composition corporelle. Alors après, ces objectifs-là de protéines, ils doivent être uniquement mis en œuvre par des diététiciens spécialisés dans des centres avec une surveillance biologique et des mesures de composition corporelle régulières. Mais on arrive à faire ça très bien maintenant depuis presque une dizaine d'années.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que les études disent sur le rôle que peuvent jouer les protéines dans la progression de la maladie rénale ?
- Speaker #2
Pour le moment, on va en parler. de la cohorte française qui a été développée au début des années 2010. Une cohorte de patients insuffisants vénaux avec un diagnostic de maladies rénales qui se découpe en cinq stades. On a le stade 1 jusqu'au stade 5. Le stade 1, c'est une incidence rénale qui est débutante, à peine diagnostiquée. Et le stade 5, ça nécessite après un traitement soit de dialyse ou une greffe. Peu importe le stade, quand on regarde les cohortes françaises, ils ont des apports. excessifs en protéines spontanément. On est de l'ordre de 1,1 gramme par kilo. Donc, ils mangent un peu comme la population générale. Ils continuent à manger autant de protéines que la population générale, même si on a une petite baisse, parce qu'ils peuvent parfois partir d'un peu plus haut, mais on a quand même des apports excessifs. Donc, l'objectif, c'est effectivement de les faire descendre pour diminuer cette pente-là. Et on a du coup des cohortes dans les études d'intervention, où lorsqu'on a diminué les apports en protéines à 0,6, Et même dans certaines expériences à 0,4, on a complètement stabilisé la maladie rénale. On parle même parfois de rémission pendant des dizaines d'années. Alors par contre, à 0,4 g kg, ça nécessite une supplémentation particulière avec des acides aminés qui ont été modifiés pour pas qu'il y ait cet azote, mais qui permet d'avoir un apport suffisant pour maintenir la masse musculaire. Mais ça, c'est des approches thérapeutiques dans des centres très spécialisés.
- Speaker #3
Cet excès de déchets azotés... Merci. Pourquoi c'est mauvais pour le rein ?
- Speaker #2
Ce qui se passe, c'est qu'en fait, quand on a un excès de protéines apportées par l'alimentation que doit filtrer le rein, il se met en ce qu'on appelle en hyperfiltration. Il augmente sa capacité. Comme dans le diabète, vous avez un hyperinsulinisme, mais là, c'est pareil. Vous avez une hyperfiltration au niveau rénal. Et cette hyperfiltration, en fait, au long cours, développe un petit peu des lésions au niveau du rein, au niveau des néphrons. Et ces lésions peuvent devenir chroniques si on met un contexte inflammatoire derrière. Ça crée des lésions qui sont irréversibles derrière. C'est comme ça qu'en fait, l'apport excessif en protéines participe à la progression de la maladie réelle.
- Speaker #0
Alors moi, j'ai une question sur les compléments nutritionnels oraux, donc les CNO. Les CNO, ce sont des denrées alimentaires destinées à des fins médicales spéciales. Et là, je parle d'un aliment hyper protéiné et hyper énergétique dans le cadre d'un patient. atteint de dénutrition. Généralement, les CNO sont à 16 g environ de protéines pour 100 ml. Généralement, ce sont des portions qui tournent autour de 200, voire des fois 300 millilitres, où on retrouve pour 200 millilitres 32 grammes de protéines, ce qui est quand même assez concentré et intense en protéines. Mais si ces mêmes personnes qui sont atteintes de dénutrition sont atteintes d'une maladie rénale ou de diabète, dans quel cas il faut jauger ou comment il faut ? pour prescrire cette utilisation des CNO, des compléments nutritionnels oraux.
- Speaker #2
C'est un sujet de débat qui nécessite des discussions entre les équipes médicales, les diététiciens et les patients. Au stade de l'insuffisance rénale chronique, on a peu de dénutrition. On a aussi peu de data, donc c'est un peu compliqué, peut-être qu'on sous-estime un petit peu ça. Mais je dirais que sur les premiers stades de la maladie rénale, ce sont souvent encore des gens jeunes. qui travaillent, qui n'ont pas de raison forcément d'être dénutris. On voit la dénutrition notamment très marquée chez les personnes âgées. Parce que quand même, l'âge moyen des personnes qui dialysent en France, c'est 70 ans. Donc on est dans de la gériatrie quand même. Donc il y a un risque de dénutrition qui est lié à d'autres facteurs, mais qui est amplifié par la maladie rénale. Donc de toute façon, au stade où le patient doit dialyser, on se préoccupe. de la charge rénale, puisque les reins ne fonctionnent plus. Et donc là, on essaie de compenser les besoins et de lutter contre la nutrition. Donc il y a des recommandations d'apport en protéines qui sont différentes lorsqu'on est au stade précoce et lorsqu'on est dialysé. Au stade précoce, on va essayer de protéger le rein en diminuant les apports en protéines, mais en maintenant un apport d'énergie suffisant. En dialyse, par exemple, là, on va majorer les apports en protéines, on va majorer les apports énergétiques. Donc les compléments alimentaires que tu évoques Morgane, qui sont hyper protéinés, hyper caloriques, en dialyse par exemple, là on ne se pose pas tellement de questions, c'est de la dénutrition comme il y a dans d'autres pathologies, on les donne aisément sans se poser de problème puisqu'après c'est l'horaire artificiel qui va filtrer. De toute façon, c'est la dialyse qui va éliminer ces déchets supplémentaires. La problématique par contre que nous on rencontre les diététiciens en néphrologie sur les stades avancés, c'est de couvrir les besoins caloriques sans trop augmenter les apports en protéines. Et clairement, et c'est un appel que je fais, l'industrie pharmaceutique, en tout cas, n'a pas pris encore ce chemin-là. On n'a pas de complément énergétique pauvre en protéines ou isoprotidique, on va dire. On est un petit peu en difficulté vis-à-vis de ça. Alors, il y a quand même des gades d'aliments de l'industrie qui se développent avec peu de protéines, je pense notamment... à des gammes de pain, de pâtes, sans protéines, qui du coup vont permettre d'apporter des apports suffisants en calories, qui sont du coup assez intéressants, qui ne sont pas encore remboursés. On est en train de finir une clinique pour obtenir un remboursement, et qui pourront permettre de prévenir l'apparition de la dénutrition chez ces personnes-là. Mais on a un petit peu dépourvu de solutions vis-à-vis de la dénutrition chez les patients au stade d'avancée des MRC. Donc on est obligé de travailler sur de l'enrichissement, sur du choix alimentaire. demande une collaboration assez importante des patients.
- Speaker #0
Ce qui amène un petit peu la question à un sportif qui a un seul rein fonctionnel, enfin qui, on comprend ce que je veux dire, mais qui ayant subi une néphrectomie, doit-il faire attention à sa consommation de protéines ?
- Speaker #2
Alors justement, on est en train de consacrer une journée bientôt, dans deux semaines, aux sportifs MRC, donc aux sportifs atteints de maladies rénales chroniques. puisqu'en fait, il n'y a aucun consensus qui existe au jour d'aujourd'hui dans la communauté nationale ou internationale sur quel est l'objectif en apport de protéines chez ces patients-là. Ce qu'on est en train de dégager un petit peu sur des études, des réflexions de la communauté, c'est de trouver un entre-deux entre les objectifs pour le sportif et les objectifs pour la maladie rénale et surtout d'individualiser, c'est-à-dire que par une surveillance régulière des bilans sanguins, de la composition corporelle, qu'on puisse voir comment le patient se comporte vis-à-vis de réductions potentielles et voir si finalement on arrive à la fois à stabiliser la fonction rénale et répondre aux objectifs de la pratique sportive. Mais là, je parle d'un sportif qui aurait déjà une incidence rénale. Quand on a un sol rein, on n'est pas forcément insuffisant rénal. Encore une fois, la nature est bien faite. On peut tout à fait vivre avec un seul rein, il y a plein de gens qui ignorent qu'ils ont un seul rein et qui vont ne jamais être embêtés toute leur vie vis-à-vis de ça. Mais si on sait qu'on n'a qu'un seul rein parce que... Comme tu le cites, le cas de néphrectomie, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il faut qu'il y ait un suivi néphrologique derrière. C'est une évidence. Il faut savoir quand même rester vigilant vis-à-vis de sa santé et ne pas être focus que sur son projet sportif. Parce que parfois, certains sportifs oublient le côté santé. Ils vivent dans l'instant, mais ils oublient derrière les répercussions que ça peut avoir. Donc dans ces cas, il faut avoir un suivi assez régulier. C'est la seule réponse qu'on peut apporter. parce qu'effectivement le problème de la maladie rénale, c'est qu'elle est ultra silencieuse et en fait elle n'est dépistée par des symptômes que lorsqu'on est sur des stades très avancés. Et donc c'est le vrai problème. Donc il faut encourager les gens à, alors c'est un peu bateau, mais faire des bilans régulièrement tous les ans et lorsqu'on a une fragilité rénale, d'avoir un suivi régulier.
- Speaker #1
En parlant de sportifs, En allant sur les réseaux sociaux, Instagram ou TikTok, on voit beaucoup de coachs sportifs qui recommandent des régimes hyperprotéinés, mais sans s'adapter à chaque cas pour faire la promotion de produits, de compléments. Qu'est-ce que tu penses de cette influence sur les jeunes ou même sur les personnes qui pourraient être atteintes de problèmes rénaux ? Merci. qui regarderaient ce type de vidéos, mais sans avoir de recul ?
- Speaker #2
Cette influence, elle est grandissante, elle est inquiétante et elle est dangereuse. Donc la réponse à apporter, c'est déjà les politiques de santé, l'incorporation des nutritionnistes, médecins, des diététiciens, doit aussi alerter et communiquer sur ce risque-là. Et on doit pouvoir modérer, je dirais. ces personnes-là, puisqu'effectivement, on est sur un dépassement de compétences. Les coachs sportifs, ces gens formés sur l'activité physique, ne sont pas formés en nutrition. Donc ça a un danger derrière, mais il y a assez peu d'outils pour combattre ça. Donc c'est un vrai problème, parce qu'effectivement, on voit des témoignages de personnes qui viennent nous voir. Déjà, c'est bien quand ils viennent nous voir. Le problème, c'est quand ils ne viennent pas nous voir. Les diététiciens, quand ils viennent, ils posent des questions sur ce qu'ils ont vu. Je pense qu'il est important de rappeler que ces professions du bien-être, comme les coaches sportifs notamment, n'ont aucune compétence reconnue en nutrition. C'est important de le dire. Souvent, derrière, il y a un intérêt commercial, puisque comme vous l'évoquiez, ils vont vouloir faire la promotion de compléments alimentaires sur lesquels ils ont une rétrocession pécuniaire. Et surtout, je voudrais évoquer un sujet qu'on n'a pas encore trop développé, c'est la problématique du marché des compléments alimentaires. Parce qu'on a discuté un petit peu des ingrédients, est-ce qu'il y avait un intérêt ou pas, mais le problème du marché du complément alimentaire, c'est qu'il n'est pas régulé. C'est-à-dire que toute société qui souhaite vendre du complément alimentaire n'a pas pour obligation de faire analyser son complément par une autorité qui serait juge. Donc, on a... aucune garantie sanitaire sur les compléments alimentaires qui sont mis sur le marché. Ça, c'est le premier point. Donc, il existe quelques labels, mais qui ne sont pas assez développés, pas assez suivis, pas assez exigés. On est très défaillant, clairement en France et en Europe, sur ce marché des compléments alimentaires. Et qu'est-ce qui se passe ? C'est qu'on a des compléments alimentaires qui peuvent entraîner des risques pour la santé. Je ne parle même pas de performance, etc. Parce que là, c'est un autre débat. Est-ce que c'est efficace ou pas ? Je parle de risque sur la santé. Et notamment si on parle de notre sujet aujourd'hui, des poudres de protéines. Les poudres de protéines, comme les compléments à visée minceur, brûleur de graisse et tout ce que vous voulez, ce sont les deux types de compléments dans lesquels on retrouve le plus de substances dopantes. Déjà un sportif qui prend un complément alimentaire, une poudre de protéines, qui n'est pas labellisée, s'expose à un risque de 1. positiver un contrôle d'opage, ce qui peut être embêtant pour les sportifs de compétition, et deux, avec des risques sur la santé. Il y a pas mal d'études américaines qui révèlent des hépatites assez importantes dues à la consommation de compléments alimentaires. Donc c'est pas anodin. Et là, il ne se passe rien en France sur ça, il y a une omerta dessus, parce que le marché du complément alimentaire n'est pas régulé. Celui du médicament l'est très bien, celui de l'aliment l'est très bien aussi, mais du complément alimentaire, il ne l'est pas. Et ça c'est un vrai problème et je pense qu'il faut avertir la population que les compléments alimentaires, même s'ils sont d'origine végétale avec toute la bienveillance que ça peut avoir derrière, peuvent entraîner des problèmes pour la santé, notamment au niveau du foie, mais il y a aussi des cas de néphropathie. de problèmes rénaux à cause de compléments à base de plantes qui ont été observés.
- Speaker #0
Tu peux nous répéter un petit peu les labels qui sont intéressants ?
- Speaker #2
Si on parle du label qui va intéresser les sportistes de très haut niveau, c'est le label Sport Protect. C'est une société indépendante qui analyse le complément alimentaire, ce qui est fou, quand on le dit, on devrait avoir ça pour tous les compléments mis sur le marché. mais c'est un organisme qui analyse et qui vérifie l'absence de substances dopantes et qui assure en fait une traçabilité sur le long cours, c'est-à-dire que tous les mois, il récupère des échantillons et pour, en cas de contrôle, par exemple, dopage positif, qu'il puisse vérifier si c'est le complément alimentaire qui est en cause ou pas. Donc ça sert aussi à protéger les intérêts des sportifs. Mais je le redis, et... Peu importe que le complément soit vendu en pharmacie ou sur Internet, un complément alimentaire n'est pas évalué par échantillon avant sa mise sur le marché. Alors certains distributeurs le font faire par des laboratoires indépendants. Alors le côté indépendant, il est toujours à discuter, parce qu'il peut y avoir des rétributions par rapport à ça. Mais en tout cas, il n'y a pas un organisme indépendant qui vérifie la conformité des étiquetages et ce qu'il y a dans le produit. pour toute mise sur le marché d'un complément alimentaire en France. Et ça, c'est un vrai problème sanitaire. Donc, il faut alerter. Alors, les circuits de vente quand même en pharmacie peuvent être un peu plus sécuritaires, même si on a vu des cas quand même de contamination dans certains compléments, mais ils sont un peu plus sécuritaires avec des choix de laboratoires qui sont un peu plus historiques et un peu plus transparents sur leur méthode. Mais il faut se méfier clairement, et c'est le cible TikTok, etc., tout nouveau complément innovant, magique, qui arrive sur le marché. Il faut se méfier de tout ce qui est nouveau en termes de compléments alimentaires, et il vaut mieux aller vers des marques qui sont un peu plus connues. Je parle d'un point de vue sanitaire, je ne parle même pas de l'éfficacité des compléments, parce que ça c'est un autre débat.
- Speaker #1
Oui, parce que justement, il n'y a pas d'essai clinique obligatoire. Non,
- Speaker #2
clairement. Pour avoir eu une expérience avec une startup de développement de compléments alimentaires, je vais vous témoigner ça, c'était il y a eu 7 ans. J'ai accompagné la création, la conception et la mise sur le marché d'un complément alimentaire. Il a fallu uniquement 15 jours pour mettre le complément alimentaire sur le marché. On a été autorisé par la DGCCRF à l'époque avec un dossier de 15 jours sans échantillon demandé. Mon expérience personnelle. Mais en fait, c'est plus la DGCCRF, c'est une autre entité qui contrôle ça. Mais en tout cas, ça ne demande pas d'échantillons, toujours pas. En fait, ils n'ont pas les moyens d'analyser tous les compléments alimentaires qu'il y avait sur le marché. En fait, ils seraient débordés. Donc, il faudrait, en fait, c'est une nouvelle économie, un nouveau poste de dépense. Et vu la situation au jour d'aujourd'hui, on n'a pas plutôt la création de postes de dépense, mais qui fait qu'en fait, du coup, il y a une omerta sur ça. Et c'est pas bon, pas bon du tout.
- Speaker #0
Quelque chose à rajouter, tout simplement à retenir sur ce podcast, Stanislas ?
- Speaker #2
Alors, si je dois faire une conclusion sur le sujet des protéines, je dirais qu'il ne faut pas réduire les nutriments à ce que c'est bon ou pas pour la santé. Il faut revenir à une alimentation la plus équilibrée possible, qui est la plus protecteur pour la santé et pour la prévention des maladies. et notamment la maladie rénale. Si on doit citer un modèle alimentaire de référence, c'est le modèle méditerranéen, qui est complètement repris par les ministères de la Santé en France. On n'a pas besoin de tant que ça de protéines, même si on a une activité sportive soutenue. On peut tout à fait, avec une alimentation équilibrée, réfléchie, avoir un apport suffisant en protéines. Et en tout cas, tous ces nouveaux aliments... très transformé, industriel, enrichi en protéines. Donc clairement, aujourd'hui, aucun intérêt nutritionnel pour la population ou des populations qui auraient des besoins un peu plus importants.
- Speaker #0
Merci beaucoup Stanislas. Je rappelle que tu es diététicien spécialisé dans le sport et dans le rein et président de l'association de diététique et de nutrition en néphrologie. Et ça a été un réel plaisir de t'accueillir parmi nous. Merci. Merci beaucoup.
- Speaker #2
C'est content d'avoir pu répondre à ces sujets-là. Merci beaucoup Stanislas.
- Speaker #0
Et voilà, chères auditrices, chers auditeurs, on touche déjà à la fin de cet épisode du podcast avec Oussanté. Aujourd'hui, on a commencé à explorer cette grande question. A-t-on vraiment besoin de toutes ces protéines ? Mais restez bien à l'écoute. Deux autres invités arrivent très bientôt pour continuer à démystifier le sujet. Et surtout, un épisode final qui reviendra sur les points clés de cette saison. Je suis Marie-Morgane et avec Zara et Sarah, on vous dit un grand merci. et surtout à très bientôt pour un nouvel épisode du podcast avec Foussanté.
- Speaker #1
Merci à vous.