- Speaker #0
La plupart des gens existent, mais très peu vivent réellement. Ces mots sont à l'origine de ce podcast. Bonjour, je suis Servane. J'ai voulu rencontrer celles et ceux qui ont connu cet instant rare. Ce moment où l'on comprend pourquoi on est là, ici et pas ailleurs, avec cette personne, dans ce pays, à faire ce métier. Cet instant où tout sonne juste. On ne doute plus, on sait. Vous écoutez les messagers, ceux qui ont trouvé ce que nous cherchons. tous leur évidence. Aujourd'hui, on me dirait, tu sors de la radiologue là,
- Speaker #1
et on te dit maintenant tu reprends ta vie avec le cancer ou sans le cancer. Je n'hésite pas une seconde, je reprends avec le cancer. Bonjour, je suis Hélène. Mon évidence, c'est la création de Maisons Rose et Olivier pour permettre à toutes les personnes du cancer d'avoir un accompagnement global pendant et après leur maladie.
- Speaker #2
Ayumi,
- Speaker #1
par Servane.
- Speaker #0
Hélène, une femme déterminée qui, à un moment de sa vie, a changé de trajectoire. Présidente de l'association Les Roses du Gard, elle a créé les Maisons Rose et Olivier pour que personne ne traverse la maladie seule.
- Speaker #1
C'est quelque chose que j'ai espéré, dont j'ai rêvé. Et quand j'ai eu un cancer en 2012, j'ai eu cinq ans de traitement. Pendant ces cinq années-là, j'ai recherché des espériments, des soins de support, de bien-être, du sport adapté, des activités qui puissent adoucir les effets secondaires de mes traitements. Je n'en ai pas trouvé dans le Gard, il n'y en avait pas. Ça a été une grande recherche. J'en ai trouvé sur Montpellier, j'allais faire beaucoup de route pour faire ça. Quand j'ai été déclarée guérie, j'ai eu cette chance en 2017. Là, justement, c'était l'évidence. Il fallait que je crée ce lieu qui m'avait tant manqué pendant toutes ces années. Je l'ai rêvé, je l'ai imaginé, je l'avais dans la tête. J'avais imaginé les lieux, imaginé qu'il y aurait des plannings, des salles, des personnes qui s'inscriraient, des thérapeutes qui allaient venir et tout regrouper dans un seul et même lieu. C'est pour ça que déjà à l'époque, j'ai... J'étais persuadée que ça s'appellerait les maisons parce que c'est vraiment le principe, le cocooning, la communauté, le partage. C'est vrai que je l'imaginais le soir quand j'étais dans mon lit. Je me disais, donc on avait créé l'association Les Roses du Gard qui avait pour objectif l'ouverture de la première maison de soins de support et de bien-être dans le Gard. C'était son objet. Donc voilà, j'imaginais et puis j'en parlais beaucoup autour de moi. Merci. Voilà, je cherche une maison, un lieu assez grand avec un extérieur qui puisse avec une salle pour faire du sport, etc. À force de présenter ça, dans une réunion de chef d'entreprise, un matin, je représente pour la énième fois mon projet et ma demande, ma requête. Et là, j'ai une personne qui s'approche de moi et qui me dit, je crois que j'ai le lieu que tu cherches. Il me fait visiter ce masque rénové. qui était encore en cours de rénovation. Je rentre dans ce lieu qui n'était pas terminé. Et là, ça a été l'évidence. Effectivement, je me promenais dans les salles, dans les pièces. Et je disais, ça, c'est le salon. Ça, ce sera la cuisine. Ça, ce sera la salle de sport. Il y avait les salles de soins. Tout y était. Et le comble, c'est que j'avais trouvé avant le nom. Je voulais appeler ça les maisons Rose et Olivier parce que... Je voulais allier les hommes et les femmes, ne pas exclure les hommes qui avaient des cancers et tout cancer. Je ne voulais pas qu'il y ait le mot cancer dedans, etc. Donc ça y est, le nom je l'avais. Et je sors dans le jardin de ce futur lieu et là il y avait quatre rosiers et deux oliviers dans le jardin. Donc encore une évidence.
- Speaker #0
Plus de doute possible.
- Speaker #1
C'était cette maison. Elle m'attendait et je l'ai tellement espéré fort qu'elle est arrivée. Alors après, effectivement, le fait d'aller sans arrêt dans des réunions, présenter, parler. Je venais en parler à la radio avec toi, j'en parlais dans les journaux. Il y a des articles partout. Je me rappelle, il y a un article dans Midi Libre qui dit « Le projet de maison Rose prête à éclore » , je me souviens. Et tout ça, ça a été pendant les deux. Oui, on a bien cherché pendant trois ans,
- Speaker #2
trois ans avant d'ouvrir la maison.
- Speaker #0
Ce qu'il y a, c'est que tu n'as jamais lâché. Pugnacité, on dit quand on parle de toi. Tu n'as jamais lâché.
- Speaker #1
Oui, je me suis accrochée. Et pourtant, ce n'était pas simple parce que lorsque j'ai voulu créer ce projet. J'avais plein d'idées de financement, de demander des subventions au conseil général, au conseil régional, etc. Je me suis vite rendue compte qu'il n'y aurait rien de ce côté, aucune subvention. Donc autour de moi, les personnes qui avaient créé l'association avec moi m'ont dit « ça va être compliqué, on ne va pas trouver comment on va financer ça » . Mais là, encore une évidence, j'ai dit « si ce n'est pas l'État qui va nous aider, on va aller demander » . aux particuliers, aux entreprises, frapper à tous les réseaux d'entreprises, les associations, on va y arriver. Et effectivement, bon là je t'avoue qu'il y avait pas mal de personnes qui avaient des airs un peu dubitatifs quand même en face de moi. Ils étaient à la fois fascinés par ma persuasion, mais ils doutaient un petit peu. Mais moi j'ai jamais douté.
- Speaker #0
Même quand les portes se fermaient ?
- Speaker #1
Non, parce que j'ai une philosophie où je me dis, une porte est fermée, tu frappes une fois, deux fois, trois fois, elle ne s'ouvre pas, tu vas en chercher une autre. Il y en a bien une à un moment qui va s'ouvrir.
- Speaker #0
Et ça a été laquelle, la première qui s'est ouverte ?
- Speaker #1
Ça a été des particuliers parce qu'on a mis une canotte en ligne sur Eloasso pour l'ouverture de la maison. Donc ça a été des particuliers qui ont commencé à faire des petits dons. Alors c'était petit, des fois c'était 200 euros, 500 euros. Un jour, je me souviens, il y a un monsieur qui nous avait fait 3500 euros pour Noël. J'avais reçu un chèque dans la boîte aux lettres, mais c'était incroyable. J'avais dit, le Père Noël, voilà. Il avait perdu son épouse et il voulait faire un geste. Il croyait à ce projet aussi, a priori. Et ensuite, quand on a voulu aménager la maison, on a fait des appels. Pour qu'on nous aide à trouver des meubles, les meubles là c'est des dons, on a repeint, au début on l'a meublé avec ce qu'on avait et puis petit à petit, le projet a été connu, on a commencé à accueillir des malades et là oui les dons ont continué et se sont multipliés. Et ensuite il y a eu un gros gros travail que j'ai fait auprès des entreprises, des cercles, des partenaires d'entreprise, des partenaires de sport. On est membre du rugby club Nîmois, du Nîmes Olympique, et par le biais du sport et des clubs à faire autour du sport, là je rencontre les chefs d'entreprise, on me présente, je discute, je présente le projet et ils me disent comment on peut vous aider. Après il y a le mécénat, le mécénat de compétences, il y a la prestation de services. J'ai découvert aussi au fur et à mesure tout ça. Tous ces petits leviers qu'on pouvait activer, je sais qu'il y en a encore d'autres à activer. Et forte de cette expérience-là, un jour je dis, il faut absolument qu'on arrive à ouvrir une deuxième maison dans le sud du département. Parce qu'ici, on touchait la population d'Alès, Usès, Saumière, le nord de Nîmes. Mais toutes les personnes qui habitaient Verveau, Verre et Margues, au sud de Nîmes, ça leur fait quand même 40-45 minutes pour venir. Donc, OK, on a le projet d'ouvrir une deuxième maison. Et là, évidemment, légitimement, mon conseil d'administration me dit « Mais Hélène, comment on va financer ? »
- Speaker #0
Mais comment ?
- Speaker #1
Parce que là, chaque année, on est obligé de trouver entre 80 et 120 000 euros de dons, ce qu'on y arrive. Mais une deuxième maison, c'est à nouveau des frais, un loyer, une assurance, l'électricité, enfin...
- Speaker #2
Et là, toujours avec mon optimisme légendaire,
- Speaker #1
je leur dis « Non, non, mais c'est une évidence. » Si on ouvre une autre maison, les gens vont voir qu'effectivement, on a d'autres besoins puisqu'on accueille d'autres malades, encore plus de malades. On va avoir plus de besoins, donc ils vont nous donner plus de dons. Bon, même air dubitatif que
- Speaker #0
5 ou 6 ans en arrière. Oui, forcément.
- Speaker #1
Mais ça a marché aussi. C'est-à-dire que, ah ben oui, les maisons Rose et Olivier se développent, donc ils savent qu'on va frapper aux portes aussi, j'attends pas que les choses arrivent. On est allé faire un peu le tour des entreprises de Générac en disant, vous avez vu, on a ouvert une maison dans le village, le maire aussi nous aide, nous met en relation avec des entreprises. Et puis on commence à avoir des dons des entreprises de Générac au bord, tout autour. Et c'est vrai que ça donne même confiance en nos mécènes, de voir qu'on se développe Qu'on accueille de plus en plus de malades qu'on permet l'année dernière, on a accueilli 161, on a accompagné 161 malades, hommes, femmes, tout cancer. Ça va de 20 ans, notre plus jeune à 20 ans, notre plus âgé à 91 ans. Et on a dispensé 3000 heures de rendez-vous par 34 thérapeutes.
- Speaker #0
Aujourd'hui, ces maisons Rose et Olivier sont devenues essentielles. Concrètement Hélène, toi présidente de l'association Les Roses du Gard, quel est le fonctionnement de ces maisons ?
- Speaker #1
Alors les gens, les malades, nous on les appelle nos bénéficiaires des soins, pas les malades, les bénéficiaires des soins. Donc une fois qu'ils sont inscrits à l'association, je les reçois tous individuellement, je leur explique le principe de la maison. J'essaie aussi de les rassurer un petit peu, ils sont souvent au début de leur parcours, c'est très angoissant pour eux. Donc il y a aussi ma propre expérience et l'expérience de tous les malades ici. Je leur rappelle qu'on est quand même 4 millions de survivants du cancer en France. Donc voilà, on ne meurt pas tous de ça. Donc déjà, je les accueille. Ensuite, ils sont inscrits à l'association. Ils ont un planning sur leur téléphone. Ils peuvent sélectionner les rendez-vous, des rendez-vous en groupe. Ce matin, il y avait la marche. Donc ils s'inscrivent à la marche. Cet après-midi, il y avait le vélo. Demain, il y a du shiatsu à général, qu'il y a de la psychothérapeute à la rouvière, etc. Donc, ils prennent leur rendez-vous. Nous, on les valide en fonction de leur parcours, de leurs nécessités. Et puis, voilà. Et ensuite, ils viennent dans les maisons, dans la maison qu'ils ont sélectionnée. Ils peuvent aller aux deux, s'ils veulent, il n'y a pas de souci. Mais s'ils ont rendez-vous à Générac, ils viennent à Générac. Et là, souvent, ils échangent avec d'autres malades. Il y a des très, très bons moments de convivialité. Ils font leur rendez-vous et puis voilà, ils rentrent.
- Speaker #0
On peut venir aussi parfois juste boire un café ou discuter ou se poser. Ça arrive aussi, ça ?
- Speaker #1
Il y en a qui s'appellent, ou on a des groupes WhatsApp aussi. On a un groupe WhatsApp où ils échangent. Des fois, ils se félicitent d'une bonne nouvelle sur leur maladie ou d'autres choses pour la journée du droit des femmes. Il y a eu plein de petits gifs qui ont plu. Je leur dis toujours... Mettez les notifications sourdines pour ce groupe-là parce que 150 personnes qui likent, ça fait beaucoup de bruit. Mais voilà, ils se disent, « Ah, mais qui va au sport lundi ou jeudi ? » Moi, moi, moi. Ils se rejoignent, ils mangent ensemble des fois, ils boivent un café, ils discutent, ils dansent dans la cour. Souvent, le cours de sport se finit en danse.
- Speaker #0
Mais quand tu mets un peu sur... reposent et que tu les regardes vifs comme ça, mais qu'est-ce que tu te dis ? Parce que ça va au-delà de ce que tu avais imaginé. Moi, tu m'avais parlé d'un petit lieu d'accueil, le canapé, effectivement, boire un thé, un café, mais là, quand tu vois ces synergies, ces échanges entre eux, comment tu vois ça de l'extérieur, toi ?
- Speaker #1
Je ne le vois pas, moi. Si, je le vois, mais pour moi, c'est... C'est une évidence. Je ne sais pas, ça s'est fait comme ça. Petit à petit, les gens sont arrivés, les thérapeutes m'ont sollicité. invitées. Ah bah tiens, moi, je pourrais faire ça, je pourrais faire ça. Donc bah oui, venez, on les teste, on regarde bien évidemment leur formation, leur diplôme. Et puis, et voilà, et ça grossit petit à petit, sans être l'usine, loin de là. On arrive à accueillir tout le monde, tout le monde a des rendez-vous, parce que les gens viennent des fois trois mois, des fois pendant un an, des fois pendant deux ans. Mais il y en a qui viennent juste pendant leur traitement, il y en a qui Ils viennent après parce qu'ils ont besoin aussi encore de réconfort. Parce que passer cette maladie, ce n'est pas simple. Ce n'est pas parce qu'on te dit, tu es guéri, allez, reprenez votre vie. Ça ne se passe jamais comme ça. Les gens ont vraiment un espèce de gros coup de mou après. Parce que rétrospectivement, ils se rendent compte de par là où ils sont passés. C'est compliqué. Donc là, c'est là où on est encore plus présent. Et je leur dis, c'est après que tu auras besoin. Non, non. Ah oui, tu avais raison. Effectivement, j'ai besoin encore de venir. Mais on ne limite pas. si tu veux, il y a des... Il y a des lieux comme ça en France où c'est limité à un an après la fin des traitements. L'accompagnement, moi, je ne le limite pas. Après, dans la limite du raisonnable. Une personne, ça fait cinq ans qu'elle est guérie. Elle n'aura pas accès à toutes les activités comme quelqu'un qui est en traitement lourd. Voilà. Mais donc, je le vois. Oui, je suis souvent presque étonnée de cette réussite-là. D... et des conséquences que je n'avais même pas imaginées. Comme les thérapeutes qui, en partant, ayant fini leurs quatre ou cinq rendez-vous, me disent « Merci Hélène » . J'ai dit « Non, c'est moi qui te remercie. Tu viens, pour la plupart ils sont bénévoles, tu donnes du temps. Ah non, mais merci, parce qu'exercer ma pratique dans un lieu comme ça, avec cette bienveillance, avec cette douceur, avec cette joie de vivre, il ne dit jamais que j'aurais imaginé que ça pouvait se faire. » Donc... Ils ont plein de gratitude, alors que c'est moi qui devrais être reconnaissante du temps qu'ils donnent. Mais ils sont très heureux. Et effectivement, ce qui me touche le plus, et là où je me dis « t'as gagné » , c'est les sourires en partant. Il n'y a que des gens qui ont le cancer, mais en fait, ils ne parlent pas de leur maladie. Ils parlent de toute autre chose. Ou s'ils en parlent, là, ils savent qu'ils ne sont pas jugés parce qu'ils connaissent tous ça. S'ils en parlent, ils en plaisantent. C'est incroyable. D'abord, ils le savent. Moi, je la mets la légèreté d'entrée. Il y en a quelqu'un qui vient de perdre ses cheveux. Je lui dis « Ah, tu me fais le coup du crâne d'œuf » . Donc, je ne t'ai pas reconnu, mais j'ai dit « Vous me le faites tous à un moment » . Alors, elles éclatent de rire. Et j'ai dit, t'as de la chance, t'as un beau crâne toi quand même, parce que j'ai dit, c'est pas tout le monde comme ça.
- Speaker #3
Voilà,
- Speaker #1
mais bien sûr on dédramatise. Et venant de personnes qui ont été touchées, qui connaissent la maladie, tant que ça reste dans la paix et danse, en fait tout passe.
- Speaker #0
Comme sur le chemin de Compostelle, le cancer nous ramène à l'essentiel. Plus de différence, plus de jugement. Seulement des vies qui avancent ensemble.
- Speaker #1
Mais ça c'est extraordinaire, je l'ai réalisé il n'y a pas tellement longtemps. Je les observais faire une séance de sport et moi je connais tous leur vie individuellement, je les reçois tous, donc je connais leur profession. Mais ils n'en parlent pas forcément quand ils viennent faire du sport. Et là je savais, je me regarde, j'avais une avocate, un chauffeur-livreur, une flic, et c'est des gens... qui n'auraient jamais pratiqué une activité comme ça en groupe, ensemble. Ils n'habitent pas dans les mêmes quartiers, ils ne fréquentent pas les mêmes cercles d'amis, ils ne fréquentent pas... Socialement, il y avait peu de chances qu'ils se rencontrent. Alors si peut-être à l'école, parce que quand ils ont leurs enfants, mais pratiquer une activité comme ça, collective... Ça paraissait peu probable. Et là, j'ai réalisé qu'en fait, devant la maladie, il n'y a plus de statut social. La maladie, elle touche tout le monde, indépendamment de son métier, de ses revenus, de là où tu habites, de ton âge. Et là aussi, la plus jeune qui a 20 ans, on en a une qui a 23 ans, elle pratique la marche avec des personnes qui ont 70 ans. Et quand je lui dis ça va, ça se passe bien, je lui dis je m'éclate. Parce qu'au début, je lui ai dit, tu sais, tu vas être une des plus jeunes, ça va. Oh, elle me dit, on verra. Et en fait, elle me dit, mais c'est super. Moi, ça ne me gêne pas du tout. Je le découvre. Il y avait déjà des aspects comme ça que j'avais découvert et que j'ai exprimé. Il y a deux ans, j'ai fait un DU à l'Université Paris-Sorbonne. Donc, je suis allée en fac de médecine. C'est trop bien. J'avais dit ça à ma maman. Elle m'a dit, ah, mais il était temps quand même. et Et donc, je fais ce DU qui est patient partenaire référent à rétablissement en cancérologie. Donc, c'est vraiment transformer l'expérience de malade en expertise et au service, justement, d'appréhender les autres malades. Donc, on était tout un tas d'étudiants, enfin d'étudiants d'un certain âge, mais d'étudiants de partout en France. Et donc, pendant cette formation-là, pour valider mon DU, j'ai créé un mémoire, évidemment, que j'ai soutenu après à l'oral. Et dans le mémoire... Faire ce mémoire, ça m'a permis justement de faire une rétrospective de tout ce... Parce que mon mémoire, c'était la création, vraiment, le chemin parcouru de l'idée à la réalisation de la maison. Et après, les projets qu'il y avait derrière, parce qu'il y a encore des projets. Et là, oui, c'est là que j'ai commencé à analyser tout ça, à me dire, en fait, je n'avais pas anticipé que les thérapeutes allaient me remercier de venir. Je n'avais pas anticipé que je n'aurais même pas à aller chercher des thérapeutes. C'est eux, en voyant sur les réseaux, partout, qui m'appellent en me disant, ou qui m'envoient des mails en me disant, « Madame, j'aimerais intervenir dans votre lieu. » Et je n'ai jamais, jamais démarché un thérapeute. C'est toujours les gens qui viennent à moi. Alors, il y en a qu'on refuse parce qu'il y a des pratiques qu'on ne pratique pas ici, comme tout ce qui est des énergéticiens, des choses comme ça. On reste assez proche de la médecine quand même, et des pratiques qui sont un petit peu validées quand même par le monde médical. Mais toutes ces petites choses que je n'avais pas anticipées, forcément, on ne peut pas tout anticiper. et que j'ai découvertes et que j'ai pu mettre dans mon mémoire. Et ça, ça me sert parce que j'ai des projets, j'ai des projets de développer d'autres maisons. Donc déjà, je les reproduis une fois. C'est le même système qu'une franchise commerciale. Donc on a déjà reproduit la maison Rosé-Olivier, il y en a donc deux. J'ai un projet d'en faire une dans les Rots et j'ai un projet de créer une fédération des maisons de soins de support parce qu'il existe comme ça des lieux, j'en ai découvert. pendant que je faisais mon DU, justement, une de mes collègues qui en a une dans le MEDOC. Alors, on s'échange des fois des astuces. C'est elle qui m'a donné le planning, justement, qui m'a donné les coordonnées de l'informaticien qui avait développé ça. Enfin, voilà. Donc, on se donne des astuces comme ça, des aides. Et je voudrais créer cette fédération pour fédérer un peu tous ces petits lieux un peu éparpillés qu'il y a. À chaque fois, ce sont des malades comme moi qui ont eu envie de créer ça. Mais à chaque fois, tout le monde réinvente la roue. Et c'est dommage parce que je me dis, il faudrait qu'on ait presque un genre de modèle. Donc déjà la fédération c'est une chose, comme ça on peut regrouper toutes ces expériences-là et ensuite créer une franchise sociale des Maisons Rosé-Olivier. C'est-à-dire que toute personne qui, en France ou ailleurs, aimerait créer un lieu comme ça, moi j'y vais. Je leur explique comment faire, je leur explique comment trouver les financements, comment agencer. Et à partir du moment où ils respectent l'ADN de l'association et du concept, à ce moment-là, ils peuvent utiliser le nom, pareil, Rosé-Olivier, pourquoi pas, et rester dans le même état d'esprit.
- Speaker #3
« Silence is falling »
- Speaker #0
Hélène, comme ce podcast parle des évidences, il en est une de la création de la deuxième maison Rose et Olivier, qui n'est pas un lieu anodin.
- Speaker #1
Ma mère est née à Générac. Elle a toujours vécu là. Enfin, nous, on a vécu beaucoup en Afrique. Mes parents étaient expatriés. Mais on est revenus en 1981 en France. Et évidemment, on est revenus dans notre maison de famille. Donc... Maman était à la retraite, travaillait à la poste. Et juste pendant le confinement, elle a présenté des signes un petit peu de désorientation. Elle me disait des choses un peu bizarres et je connaissais tellement ma mère, j'étais tellement proche d'elle que j'ai vite détecté qu'il y avait un problème. Je l'ai fait diagnostiquer et effectivement, elle avait une forme apparentée d'Alzheimer. Donc on a mis tout en place dans sa maison, les aides à domicile, les portages de repas, l'alarme, les fins, voilà. Donc on est arrivé à la maintenir dans sa maison, dans sa chère maison, pendant plusieurs années. Et puis jusqu'au moment où ça n'a plus été possible, où c'était vraiment trop dangereux. Donc elle a été placée à l'épate de beau voisin, juste à côté. Mais ça a été son souhait à un moment, parce qu'elle sentait qu'elle était perdue. Donc à ce moment-là, cette maison a été vide. Donc, Pendant six mois, c'est resté comme ça. Parce que pour moi, elle était encore là, vivante, à deux kilomètres. Je n'avais pas touché ses meubles, je n'avais pas touché ses vêtements, rien. Tout était intact, comme si c'était prêt quand elle reviendrait. Même si je savais qu'elle ne reviendrait jamais vivre dans sa maison. Et à un moment, les gens autour de moi, qui sont proches et même de l'association, m'ont dit « Mais Hélène, tu veux ta deuxième maison dans le sud du département, au sud de Nîmes ? » Tu l'as, là, ta maison ? Et j'ai dit oui, c'était une évidence encore, mais moi, je ne le voyais pas. Enfin, je ne voulais pas le voir. En tant que maman était vivante, j'avais du mal à... Et puis finalement, j'ai dit, ben oui, vous avez raison. Donc, on a étudié au niveau juridique et tout ça, tout ce qui... Et donc, ben, en juin 2024, on a ouvert la deuxième maison. On a fait tout repeindre. En fait, c'est... Les équipes commerciales de Keller Williams, ce sont des agents immobiliers. Tu sais, c'est une enseigne d'agents immobiliers. Ils font un raid dès une fois par an. Ils donnent de leur temps pour aider une association. Donc, ils sont arrivés à 40 bonhommes et bonnes femmes pour repeindre la maison. Ils ont repeint en une journée. Toute la maison intégralement en blanc, les plafonds, les murs, etc. Donc juste nous, on a fourni, moi j'ai acheté la peinture, je leur ai fourni la peinture, on les a fait manger, tous les bénéficiaires des soins, de l'association ont fait des salades, des quiches, etc. Ah oui, tout le monde a participé, mais nous c'est comme ça, on est obligés. On n'avait pas les moyens d'acheter, de payer une entreprise pour rénover. Donc on s'est débrouillé comme ça. Et voilà, j'ai laissé les meubles de maman pour la plupart. Et on a aménagé les salles. Bon, évidemment, on a enlevé les lits, etc. On a mis des tables de massage, des petits fauteuils. On a refait un lieu hyper cocooning, comme à la Rouvière. Et voilà, et la maison, ça a démarré comme ça. Et après, maman est décédée en avril 2025. Mais pendant quasiment une année, elle a fonctionné alors que maman était à la maison de retraite. Mais du coup, ça a permis à cette maison de revivre en fait. Et quand j'y vais, il y a sa photo. Tout le monde sait que c'est la maison de Suzette, que c'est la maison Rosé-Olivier de la maman d'Hélène. Et elle a une âme cette maison. Les thérapeutes qui sont souvent très intuitifs me disent « Ah mais cette maison, elle est remplie de... » de belles personnes, de jolisons. Puis c'est une maison de village, donc elle a du caractère. Moi, je suis à chaque fois presque... À chaque fois que j'y vais, je suis un petit peu émue parce qu'à la fois, c'est ma maison d'enfance, mais à la fois, maintenant, c'est la maison Rosé-Olivier. Tu vois, je suis arrivée à... Donc, des fois, j'ai cette petite émotion en me disant « Ah, quand même, c'est chouette que tu en aies fait ça » .
- Speaker #0
Hélène, ce cancer est entré dans ta vie en 2012. Il a tout bouleversé. Il a fait tomber les certitudes. Il a redéfini l'essentiel. Dans cette épreuve, tu t'es trouvée. Tu as laissé derrière toi ce qui n'était plus toi pour avancer enfin en accord avec qui tu es vraiment. Ce qui était un choc est devenu une transformation. Et aujourd'hui, ton chemin témoigne d'une force profonde, celle d'être pleinement toi.
- Speaker #1
C'était mon chemin. Et tu sais, ce chemin de vie qu'on a tous, Moi, pour moi, après, c'est ma philosophie, mais ce n'est pas une philosophie que j'avais il y a 20 ans, pas du tout. Mais je pense qu'on a tous un chemin. Après, on peut prendre des petites bifurcations, mais elles nous ramènent toujours sur ce chemin. J'en suis certaine. Tu sais, j'ai une image qui est peut-être un peu forte et les malades qui sont au début de leur maladie, je sais qu'ils ont du mal à entendre ça, mais il faut l'entendre avec beaucoup de bienveillance. On me redirait aujourd'hui... On est en avril 2012, le jour où je vais faire ma première mammographie, j'ai aucun symptôme, j'y vais, voilà. Je sors de là, on me dit que j'ai 12 tumeurs dans le sein, enfin une multitude, à l'époque on ne les avait pas encore comptées tout de suite, mais bon. Et que j'ai un cancer du sein, j'ai 44 ans et demi, et là je me dis, wow, non. Eh bien aujourd'hui, on me dirait, tu sors de la radiologue là. Et on te dit maintenant tu reprends ta vie avec le cancer ou sans le cancer. Je n'hésite pas une seconde, je reprends avec le cancer.
- Speaker #0
En fait c'est lui qui t'a montré la route.
- Speaker #1
Parce que ça m'a amené tellement de choses, tellement de rencontres, tellement de réalisations. Ce projet, j'ai allié en fait... Mon envie d'entreprendre, j'ai toujours eu envie d'entreprendre, j'ai toujours aimé ça, avec l'utilité publique, l'intérêt général. Et là, qui peut trouver dans la vie, est-ce que j'aurais trouvé, j'aurais jamais trouvé un emploi salariat qui allie ça. Je fais du bien aux gens, tout en me réalisant personnellement, parce que je crée, j'innove, je dirige, et j'aime ça. Et moi, les gens me disent, mais tu t'arrêtes jamais, t'es pas fatiguée. Mais j'ai dit non, oui, des fois, je suis fatiguée, comme tout le monde. Mais j'ai besoin de ça pour vivre. C'est mon carburant, c'est mon énergie.
- Speaker #0
Comment détecte-t-on qu'on est au bon endroit, à faire le bon métier, avec les bonnes personnes ?
- Speaker #1
Quand c'est un projet que tu réalises et le matin, tu te lèves, même si t'es fatiguée. Tu as envie d'y aller. Tu sais pas ce qui te motive, mais ça te donne du plaisir, de la joie. Et tu trouves une énergie que tu n'avais peut-être pas forcément dans un autre... ou dans une autre activité. Je pense que c'est une évidence parce que tu te dis « Ah oui, là je me sens bien, je me sens dans ma vie. » C'est d'arriver à trouver ce petit détail à un moment où tu vas t'asseoir et tu vas te dire « Ah oui. » Et moi, c'est quand je pense que j'ai fait mon mémoire où j'ai écrit sur ce que j'avais fait. Et là, j'ai dit « Mais oui, en fait, c'était ça. » C'était faux. C'était mon chemin. C'est-tu ma... ma réalisation, ce que je devais faire je leur dis tu sais à un moment tu trouveras la raison pour laquelle tu as eu ton cancer c'est pas parce qu'on a fumé non c'est multifactoriel et ça c'est scientifiquement à chaque fois que je rencontrais des professeurs justement pendant mon DU je posais à chaque fois la question J'en disais, le cancer, c'est pourquoi on a un cancer ? Pourquoi telle personne, pas telle personne ? Ils m'ont dit, on ne sait pas. C'est multifactoriel, il y a plein de causes. Ça peut être l'environnement, ça peut être génétique, ça peut être l'un et l'autre ou l'autre. Donc, je dis aux gens, arrête de te poser la question, arrête d'utiliser toute ton énergie à essayer de comprendre pourquoi, à être en colère après la vie, après ce que tu as. Ton énergie, tu vas l'utiliser pour positiver tout ça. Alors, là, ils me regardent avec des grands yeux. positiver un cancer ? Oui, j'ai dit un jour, tu l'auras, cette positivité-là, et tu te diras ah oui, je sais pourquoi j'ai eu ça. Parce qu'il y a quelque chose qui va émerger de ça. On fait des séances de coaching aussi, justement, dans les maisons pour essayer de permettre aux personnes de redéfinir ce qu'ils veulent dans la vie, parce que cette maladie, elle bouleverse tout. Et souvent, les gens changent de métier, changent de passion, changent... Toi, t'es arrêté avec ta maladie parce que tu peux plus travailler, tu vas te faire soigner, etc. Donc, le monde continue à tourner autour de toi, toi, t'es immobile, et ça te fait prendre conscience qu'en fait, non, t'es pas dans le bon mood, en fait. Et quand tu peux repartir, t'as pas envie de repartir à la vitesse où tu y allais avant. Ou en tout cas différemment. Moi, je vais plus vite qu'avant, moi. Non, mais c'est ça. Je leur dis, n'ayez pas peur de ça. Après, oui, c'est une saleté. Oui, c'est injuste. Mais vous n'êtes pas seul. Il y a des gens autour de vous qui peuvent vous accompagner, qui ont vécu la même chose que vous, qui ont survécu. Donc, il faut s'accrocher à ça. Utilisez votre énergie pour vous soigner, pour prendre soin de vous. Voilà, pour faire attention à toi. J'ai toujours une personne, c'est qui la personne la plus importante dans ta vie ? Je dis, mes enfants, ben non, c'est toi. Parce que si tu ne prends pas soin de toi, tes enfants ne pourront pas profiter de toi. Donc déjà, recentre-toi sur toi. Ça ne veut pas dire être égoïste, mais ça veut dire se recentrer et faire attention à soi. Et tout le reste va découler après, derrière. Mais si toi, tu ne fais pas attention à toi, tu ne vas pas avancer. Et ils le sentiront un jour. Mais après, ce n'est pas au bout de trois mois, quand on t'annonce ton cancer, que l'évidence est là. Non, pas du tout. Et puis, tu sais, je me disais, en fait, c'est tellement quelque chose de beau et qui est utile, ce n'est pas possible que ça ne marche pas. À un moment, les astres, ils vont s'aligner, quoi.
- Speaker #0
Eh oui, ils se sont alignés avec la création de l'œuvre de sa vie, toute à pris sens. Hélène est solaire, lunaire, profondément humaine. parce qu'elle a osé réaliser son rêve, parce qu'elle a fait du bien autour d'elle. C'est Hélène Milan, présidente de l'association Les Roses du Gard. Elle fait vivre les maisons Rose et Olivier pour que personne ne traverse la maladie seule. Merci Hélène.
- Speaker #1
Ayumi Parcervan
- Speaker #0
Et vous, quelle épreuve a fait émerger votre évidence ? Ici, avec les messagers, chaque parcours révèle la force, la résilience et la beauté de la vie. Écrivez-nous. Nous vous répondrons avec attention et toute la discrétion nécessaire. Ayumi est une création indépendante, portée par une petite équipe dédiée. Nous diffusons ses histoires pour qu'elles soient entendues par le plus grand nombre. Merci à celles et ceux qui font vivre cette aventure. Les histoires se poursuivent. Abonnez-vous au podcast pour ne rien manquer.