- Speaker #0
La plupart des gens existent, très peu vivent. Ces mots d'Oscar Wilde sont à l'origine de ce podcast. Bonjour, je suis Servane. J'ai voulu rencontrer celles et ceux qui ont connu cet instant rare. Ce moment où on comprend pourquoi on est là, ici et pas ailleurs, avec cette personne, dans ce pays, à faire ce métier. Cet instant où tout sonne juste. On ne doute plus, on sait. Vous écoutez les messagers, ceux qui ont trouvé ce que nous cherchons tous, leur évidence. Aujourd'hui, l'histoire de Manon se raconte. À 4 ans, son évidence commençait déjà à se révéler.
- Speaker #1
Mes parents avaient beaucoup d'amis et on faisait beaucoup de fêtes avec beaucoup d'enfants. Et moi, par exemple, quand c'était le moment du toboggan, je ne faisais pas de toboggan, mais je régulais la circulation autour du toboggan. C'est moi qui disais, ben non, c'est à ton tour, maintenant t'attends un petit peu, laisse passer le petit, là tu as doublé. Et avant même de rentrer à l'école, je disais à mes parents que quand je serais grande, je serais dame de crèche. Et du coup, pari gagné, voilà, c'est le métier que j'ai exercé pendant dix ans.
- Speaker #0
Beaucoup pensent que les métiers de la petite enfance, c'est juste garder des enfants. Mais Manon vous le dira, ce sont de vrais métiers avec de vraies compétences et une vraie évolution possible.
- Speaker #1
C'est vrai. Il y a beaucoup de professionnels de la petite enfance qui commencent par des diplômes professionnels, mais ce n'est pas la seule voie d'entrée dans les métiers de la petite enfance. Par exemple, pour être éducateur de jeunes enfants, il faut avoir le bac et il faut passer un concours. Et du coup, ça a une équivalence de licence. Et le fait de ne pas passer directement par ce métier-là, ça n'empêche pas de l'atteindre à un autre moment parce qu'il y a des validations d'acquis par l'excellence qui existent. Toute personne travaillant dans la petite enfance peut faire à ce moment-là un STED VAE pour passer un diplôme d'éducateur de jeunes enfants. Et par la suite, ça donne même l'opportunité de monter des échelons parce qu'on peut devenir cadre dans les métiers du social. Avec ce genre de diplôme, on peut rentrer dans d'autres formations par la suite. Donc, il faut vraiment des vraies compétences professionnelles. Et avoir un enfant ne suffit pas pour être professionnel. Et ne pas avoir d'enfant n'est pas un frein. C'est vraiment un vrai métier qui est très enrichissant et très varié. J'ai beaucoup aimé travailler en crèche. J'ai adoré accompagner les enfants et leurs parents. Une des raisons qui m'a fait quitter la crèche, c'est justement que j'étais très impliquée au moment des transmissions du soir, au moment d'échanger avec les parents. Soit sur des petites difficultés qu'ils pouvaient rencontrer au quotidien. Ah bah tiens, les dents sortent, c'est compliqué l'alimentation, le sommeil. Mais aussi sur des sujets peut-être un peu plus, comment dire, un petit peu plus sensibles pour le quotidien. Par exemple, j'arrive pas à dire non, c'est difficile pour moi de le voir pleurer, ce genre de choses. Et du coup, comment dire, d'échanger avec les parents sur l'intérêt de poser un cadre éducatif pour le bien-être de l'enfant. J'étais frustrée parce qu'à ce moment-là, on avait peu de temps à consacrer à chaque parent. parce qu'il y avait d'autres parents qui attendaient leur tour, parce qu'il y avait le groupe d'enfants à gérer, et que c'est un moment qui est toujours dans le mouvement. Et du coup, cette transmission-là, qui était importante pour moi, me frustrait parce que j'avais l'impression de ne pas avoir l'occasion d'approfondir autant que je voulais. Certains parents me demandaient, par exemple, « Vous n'auriez pas des livres à nous conseiller ? » Ou alors, je leur imprimais des articles que je pouvais lire, que je trouvais intéressants en lien avec leur situation. Du coup, il me disait, tiens, c'est mieux que pour telle famille, etc. Je me disais, pourquoi pas proposer ces moments-là, mais sur des temps qui peuvent être vraiment plus longs, un accompagnement qui peut être personnalisé et approfondi, même pour des parents qui n'ont pas de place en crèche, parce qu'en plus, les places en crèche, ils font rare. J'ai toujours été passionnée par les gens. Avant de rentrer en école d'éducatrice, j'ai fait une licence de psychologie, Parce que... J'ai toujours voulu comprendre comment ça marche les gens, comment ça se fait qu'un humain grandit comme ça ou comme ça, qu'est-ce qui va motiver les choix, comment ça se fait que certains parents ont ce genre de réaction alors que d'autres vont avoir une réaction inverse, etc. Parce qu'au plus profond de moi-même, je suis convaincue qu'on essaie toujours tous de faire du mieux possible. On a tous nos du mieux qui est différent, on a tous nos façons de faire qui sont différentes, mais je n'arrive pas à imaginer qu'il n'y ait pas cette motivation de faire le mieux possible. pour atteindre notre objectif. Et en fait, en passant par la fac de psycho, ça m'a aidée à pouvoir... avoir une première approche du développement de l'enfant, de l'enfant, de comment ça marche, etc. Et d'essayer justement de comprendre ses parents et de me dire qu'est-ce que je peux faire moi pour accompagner ces personnes-là sur un mieux-être en fait. Parce qu'elles font mieux en mieux, elles ont un objectif et il y a tellement de choses qui sont contre-intuitives dans le développement de l'enfant que si ces personnes ne le disent, on ne le devine pas en fait, tout simplement. Et du coup, moi, j'ai toujours aimé transmettre, j'ai toujours aimé apprendre des autres, apprendre aux autres. Et je me suis dit, la petite enfance, c'est super parce que j'apprends aux enfants. Mais en fait, si j'apprends des choses aux parents, si je les accompagne dans leur sentiment à eux d'être bien, comment ça marche leur enfant, etc., et bien en fait, ça va pouvoir profiter à tous leurs enfants. Bon, je crois qu'on ne sait jamais vraiment comment ça marche, les gens. Ils aient pu, du coup, apprendre des généralités. Avec la violence, on n'apprend rien, ça suffit juste le cerveau. Que si on veut avoir un comportement qui se répète, il faut valoriser ce comportement. Si on souligne en rouge une faute, le cerveau, il va voir que ça, c'est mis en avant. Donc en fait, il va retenir, il ne va pas retenir que c'est bien ou que ce n'est pas bien. Et que la meilleure façon d'apprendre à un enfant, c'est d'être exemplaire, d'être un exemple. C'est-à-dire que l'enfant, il apprend par imitation. Il y a des petites phrases aussi. Un enfant qui fait mal, c'est un enfant qui a mal. Quelqu'un qui va bien, mais c'est valable aussi pour l'état d'une, quelqu'un qui va bien, il ne va pas nuire à son environnement, aux personnes qui sont autour de lui. Et ça, ce sont vraiment des petits fils rouges qui me guident dans ma pratique professionnelle.
- Speaker #0
Manon a passé beaucoup de temps à chercher des clés pour comprendre ce fameux mode d'emploi des gens. Elle nous offre maintenant des lectures inspirantes.
- Speaker #1
Alors oui, il y a plusieurs ouvrages, surtout certains auteurs au niveau de ma formation professionnelle. Par exemple, Célestin Renec, qui était un grand pédagogue du début 1900. Par contre, il faut garder en tête que ce n'est pas le même contexte que maintenant. Il était instituteur pour les enfants d'âge primaire. Donc en fait, ça va être des grandes lignes de sa pensée qui m'inspirent et que je vais réutiliser en les adaptant à la pratique auprès des tout-petits. Mais pour des ouvrages qui vont être un peu plus grand public, par exemple, il y a Héloïse Junier, qui est psychologue et spécialisée dans l'accueil de la petite enfance, qui fait des livres aussi bien pour les professionnels que pour les parents et qui fait aussi des albums jeunesse pour les enfants autour des émotions, donc qui sont vraiment super bien faits. Personne n'est pareil, donc chaque individu doit être accompagné différemment et le même individu doit être accompagné différemment. Dans le temps, on n'est pas la même personne quand on commence en accompagnement. Et au bout de deux, trois séances et à la fin.
- Speaker #0
Manon, est-ce que tu es maman ?
- Speaker #1
Oui, j'ai un petit garçon.
- Speaker #0
Je crois savoir qu'à la maison, vous êtes deux éducateurs. Alors forcément, on imagine le tableau idéal avec vos outils et votre savoir. Élever votre petit garçon, ça doit être d'une facilité déconcertante, non ?
- Speaker #1
Alors ça, c'est dans le monde merveilleux de la théorie. Sauf que nous habiterons tous dans le monde de la pratique. C'est pas parce qu'on est deux éducateurs à s'occuper d'un enfant que tout va bien dans le meilleur des mondes. Je dirais même plus qu'en tant qu'éducateur, on voit ce qui ne va pas, on comprend pourquoi ça ne va pas. On est humain, avant tout. Combien de fois ça m'est arrivé d'appeler mes copines, qui sont aussi éducatrices, pour me dire « Ah, il se passe ça, j'en peux plus, c'est compliqué. » Et la réponse que j'ai eue, je me souviens une fois, une copine qui m'a dit « Mais imagine que c'est un parent de la crèche qui vient te dire ça, qu'est-ce que tu lui répondrais ? » Alors j'ai su tout de suite tout éduquer. Elle me dit, ben voilà, t'appliques ça. Je dis, ah ben oui, j'arrête à penser. Donc en fait, quand on est parent et quand on accompagne quelqu'un d'autre, c'est complètement différent parce qu'on ne se positionne pas sur le même point de vue.
- Speaker #0
Parce qu'au fond, on a beau avoir des diplômes, la licence de psycho et des années d'expérience en crèche, quand on est parent, le soir, dans la cuisine, la théorie s'efface devant l'émotion. Est-ce qu'on se sent parfois désarmé ? Même quand on est une professionnelle de l'enfance, Manon ?
- Speaker #1
Quoi qu'on fasse, dans tous les cas, il y a forcément un moment donné où on va se tromper. Et d'être professionnelle, ça aide un petit peu plus à relativiser. Mon mari me disait une fois, des fois faire de son mieux, c'est faire le moins pire. Et puis c'est vrai, et puis c'est vrai en fait. Parce qu'au final, quoi qu'on fasse, je ne sais pas si je connais quelqu'un qui n'a rien à reprocher à ses parents. Je crois que ça n'existe pas. On a tous une chose qui nous a plus ou moins traumatisés, avec qui on n'était pas contents, etc. Si ça existait, un parent parfait, déjà, on aurait la recette à l'accouchement. Et ensuite, imaginez la pression pour les enfants d'avoir un parent tellement parfait. C'est impossible de se construire en tant qu'enfant parce que ça met une pression trop importante. Donc, en fait, l'idée, c'est aussi de se dire... On fait tous de notre mieux. Il y a des conséquences positives, des conséquences négatives. Le tout, c'est de réussir à trouver l'équilibre qui nous correspond et qui correspond à notre famille.
- Speaker #0
Et c'est précisément là que tout s'éclaire. Parce qu'elle connaît la théorie par cœur, mais qu'elle vit aussi la réalité du terrain, Manon a décidé de mettre son expertise au service des autres parents. Elle ne se contente plus de garder des enfants, elle a créé un espace pour épauler les familles.
- Speaker #1
Alors, c'est un accompagnement dans lequel je vais recevoir les parents pendant une heure et demie à la première rencontre, histoire de pouvoir apprendre à se connaître, que les parents puissent prendre le temps de me raconter un petit peu la vie de leur enfance, là où ils en sont, où est-ce qu'ils veulent aller, et qu'on détermine ensemble les objectifs qu'ils souhaitent atteindre. Moi, par la suite, suite à cet entretien-là, je vais travailler sur ce que je peux leur apporter par rapport à leur... problématiques personnelles et ensuite on va établir un nombre de séances sur un nombre de temps donné pour mettre en place les causes au fur et à mesure, nous donner des petits objectifs atteignables au fur et à mesure pour pas que ça soit trop impressionnant parce que des fois c'est facile de dire je veux arrêter de crier complètement sur mon enfant et en fait ça demande du temps, ça demande de la prise de recul, ça demande de pouvoir aussi avoir un espace où se confier et un peu souffler et puis Merci. Moi, je peux accompagner les familles avec ou sans les enfants. C'est-à-dire que si les parents disent « je ne sais pas moi, il ne reste pas assez à table, c'est compliqué, on n'y arrive pas, etc. » Moi, je peux leur proposer de venir avec soi enfant pour faire un petit atelier à table. Comme ça, quand on est sur le moment et sous le coup de l'émotion, c'est plus facile d'aller repiocher dans un tiroir d'une expérience déjà vécue plutôt que de réussir à s'adapter au moment venu. Je peux faire la méchante sur la gestion de la frustration, par exemple. C'est souvent un élément qui est un petit peu compliqué pour les parents parce qu'il y a tout l'aspect de « je ne veux pas que mon enfant pleure, je veux qu'il continue à m'aimer » . C'est compliqué de dire non. De toute façon, après j'ai honte dans le magasin, alors je cède pour qu'il arrête. Il y a énormément de situations que tout le monde rencontre au quotidien. Et en fait, c'est de se dire « pourquoi est-ce que je fais les choses et qu'elles bénéficient pour mon enfant sur du long terme ? » Parce qu'en fait, Moi, je peux faire la méchante dans le sens où, s'il y a un élément de frustration, papa et maman, ils ont dit non, et bien pendant la séance, ce sera non. Et si c'est à moi de tenir le non, pour montrer aux parents que, effectivement, ça fait du bruit parce qu'ils pleurent, c'est impressionnant parce qu'il va taper, il va jeter des jouets par terre, etc. Mais qu'en fait, c'est un moment que l'enfant vit. Donc expliquer les émotions qu'il ressent, la façon dont les émotions vont rentrer. dans son cerveau vont passer par son corps, puis comment ça va s'apaiser, apporter des éléments professionnels de cette situation-là, pour leur dire en fait c'est normal ce qu'il fait, et vous votre rôle ça va être de tenir le cap. Et en fait si vous ne tenez pas le nom, donc certes au moment il arrête de pleurer, mais ça veut dire qu'il n'a pas son repère à ce moment-là. Lui s'il fait ça c'est pour trouver ses repères. Et en fait pour trouver ses repères, on est toujours obligé de les franchir, quand on ne connaît pas, quand on est dans une pièce noire. et qu'on ne sait pas où on est, on avance à tâton. Et tant qu'on ne trouve pas de mur, on continue d'avancer à tâton. Le jour où on tombe sur un mur, là, on sait, OK, là, c'est le bord. Donc, on va essayer de pousser, voir un petit peu, est-ce que le mur, il tient ? Il est solide ? Est-ce que c'est bon ? Je peux m'appuyer dessus ? Et en fait, c'est ça qui se passe des fois avec la gestion de la frustration. Un comportement d'enfant qui va être bruyant, agité, etc., peut être complètement normal et même bénéfique, certainement. Et puis surtout, se dire que tout le monde passe par là, en fait. Et ce n'est pas le seul enfant qui pleure et vous n'êtes pas les seuls parents qui se sont sentis démunis. Il y a des solutions qui existent et parfois la solution, c'est juste le temps. Pour justement sortir de cette impression de solitude, d'être les seuls à passer par là, je vais organiser des petits temps, des petits cafés croissants, un café clutch comme on dit dans le nord-est, pour discuter entre parents. Donc voilà, vous pouvez venir boire un café, discuter. Plus il y a de parents, plus on est tous qui ont ri, comme on dit. Comme ça, vous pourrez venir échanger à plusieurs autour d'un petit café, un jeudi sur deux. Merci à vous. A bientôt, au revoir.
- Speaker #0
De son intuition d'enfant à son expertise actuelle, Manon a quitté les structures d'accueil pour vous offrir un accompagnement libre, personnel et de qualité. L'empreinte de son parcours rejoint désormais notre collection d'évidence. Comme un repère, pour ceux qui cherchent encore leur propre lumière. Retrouvez les messagers sur Ayumi Parcervan. Vos échos sont l'élan qui porte cette aventure. A très vite !
- Speaker #1
Ayumi Parcervan
- Speaker #0
Les messagers est une création originale signée Ayumi. Entretien conduit Parcervan. Réalisation et mixage Studio Ayumi. Direction éditoriale et artistique Le Petit Reporter.