- Speaker #0
Bonjour et bienvenue. Aujourd'hui, on explore une stratégie assez maligne pour cultiver le chanvre. Tirée d'un article de chanvre-légal-pro.com, ça concerne l'optimisation des petites surfaces. La question, elle est simple. Comment on fait pour qu'une petite exploitation de chanvre soit plus rentable, plus solide ? L'article parle d'une méthode alternée. Une année, la graine. L'année d'après, la fleur. Sur la même parcelle. Alors notre objectif... c'est de décortiquer ce modèle biennal intelligent, comprendre comment ça marche, les plus, les moins. Bon, on y va ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Et ce modèle, ce n'est pas juste une astuce, ça s'inscrit vraiment dans une réflexion plus globale sur la diversification des revenus, la sécurité pour les agriculteurs, surtout dans la filière chambre qui se développe beaucoup. C'est une approche basée sur l'organisation, l'anticipation pour tirer le maximum d'une petite surface.
- Speaker #0
Alors concrètement... Comment ça s'organise sur le terrain ? Si on fait la fleur une année et la graine l'année suivante, comment on fait pour vendre toute l'année ?
- Speaker #1
C'est là qu'est l'astuce, si on peut dire. C'est l'idée du stockage sur deux ans. Le principe, c'est simple. Quand on récolte les graines, par exemple, l'objectif, c'est d'en stocker assez pour pouvoir en vendre pendant deux ans. Et on fait pareil l'année où on récolte les fleurs. Un stock pour deux ans aussi.
- Speaker #0
Ah d'accord, je vois. Donc même l'année où on ne cultive pas de fleurs, on a encore le stock de l'année d'avant à vendre. Et pareil pour les graines, c'est un roulement en fait.
- Speaker #1
Exactement, c'est ça. C'est une façon d'avoir toujours des revenus diversifiés, intégrés directement au cycle de production, enfin au cycle biennal pour le coup. Et ça a un avantage technique immédiat qui n'est pas négligeable du tout.
- Speaker #0
Ah oui ? Lequel ?
- Speaker #1
C'est la gestion de la pollinisation. Alors comment on cultive qu'un seul type de chanvre par an sur la parcelle ? Soit pour la graine, où il faut des mâles et des femelles, soit pour la fleur, où justement on veut éviter la pollinisation. On limite énormément le risque que les plants mâles, ceux pour la graine, viennent polliniser les plants femelles conclusifs pour la fleur.
- Speaker #0
D'accord. Parce qu'une fleur pollinisée, c'est moins intéressant.
- Speaker #1
Disons qu'elle développe des graines. Et ça, ça peut changer les qualités qu'on recherche. Surtout pour certains usages, comme le bien-être, où on veut une concentration précise en cannabinoïdes par exemple. La fleur non pollinisée est souvent préférée.
- Speaker #0
C'est un avantage technique vraiment important alors. Mais est-ce que ça marche en vrai ? Est-ce qu'on a des exemples ? Des retours d'expérience.
- Speaker #1
Oui, oui, et c'est un point fort de l'article d'ailleurs. Il s'appuie beaucoup sur l'expérience de l'or des chanvrières du Beaujolais. Elle est présentée un peu comme une pionnière de ce système. Elle l'a mis en place, testée sur plusieurs années, ça a l'air de tenir la route.
- Speaker #0
Et ça donne quoi concrètement son expérience ? Qu'est-ce qu'on apprend du terrain ?
- Speaker #1
Ce que ça montre, c'est que ce modèle, il colle particulièrement bien aux petites exploitations. Vous voyez, entre 1 et 5 hectares, ce genre de taille. C'est vraiment pas mal pour les producteurs qui cherchent une certaine autonomie. Ceux qui veulent maîtriser toute la chaîne, cultiver, transformer et vendre directement ou en circuit court.
- Speaker #0
Donc c'est plutôt un modèle pour l'agriculteur qui fait un peu tout de A à Z ?
- Speaker #1
C'est souvent ça, oui. Parce que, attention, gérer ce fameux stock sur deux ans, ça demande une sacrée organisation. Et surtout, il faut avoir la place et les moyens de stocker. Et de bien stocker, pour les graines et aussi pour les fleurs séchées. Il faut garder la qualité pendant longtemps, c'est pas rien.
- Speaker #0
D'accord. Et à l'inverse, est-ce qu'il y a des cas où ce serait moins pertinent ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. L'article le dit bien. Si un producteur, par exemple, il vise que le marché de la fleur très haut de gamme, genre riche en CBD ou la fraîcheur, les terpènes, tout ça, c'est hyper important. Là, ce modèle est peut-être moins intéressant. Parce que ça veut dire ne récolter des fleurs qu'une année sur deux sur sa parcelle.
- Speaker #0
Ah oui, on perd une récolte de fleurs sur deux, en quelque sorte.
- Speaker #1
C'est ça. Et pour ceux qui sont vraiment spécialisés là-dessus, dans un marché très concurrentiel, ça peut être un frein.
- Speaker #0
Logique. Bon, alors, mise à part cette histoire de pollinisation, quels sont les autres gros avantages qu'on voit avec ce système ?
- Speaker #1
Sur le plan économique, le premier truc, c'est la diversification, clairement. On a du chiffre d'affaires qui vient de deux produits différents, les graines d'un côté avec l'huile, la farine, et les fleurs de l'autre pour les infusions, etc. Du coup, ça stabilise les revenus sur le moyen et long terme. L'exploitation dépend moins des hauts et des bas d'un seul marché. Ça la rend plus résiliente, quoi.
- Speaker #0
L'article disait même que la graine peut servir de produit d'appel. C'est intéressant ça, comment ça marcherait ? Oui,
- Speaker #1
l'idée c'est que les produits à base de graines, l'huile, les graines décortiquées, tout ça, c'est souvent plus connu du grand public, plus accessible aussi niveau prix. Donc ça peut attirer des clients qui ensuite vont découvrir les autres produits, ceux à base de fleurs, proposés par le même producteur. C'est une sorte de porte d'entrée.
- Speaker #0
Malin ! Et au niveau de l'organisation du travail ?
- Speaker #1
A Vessoie, c'est un autre avantage important. Chaque année, l'agriculteur se concentre sur un seul type de récolte et de travail, post-récolte. L'année des graines, on gère la moisson, le tri, le séchage des graines. L'année des fleurs, on se focalise sur la récolte manuelle, souvent plus longue, le séchage minutieux, les feuillages. Ça évite d'avoir les deux gros pics de travail, qui sont très différents la même année. Ça simplifie la vie, la gestion du temps, du matériel, des équipes pendant la saison haute.
- Speaker #0
Moins de rush, moins de stress pendant les récoltes, en gros. Et vous parliez aussi d'un avantage en termes de compétence.
- Speaker #1
Exactement. En faisant les deux, le producteur devient plus expert sur le chanvre en général. Il comprend mieux les besoins de la plante selon ce qu'on veut en faire, les techniques de culture, de récolte, de séchage qui changent. C'est une montée en compétence sur toute la filière. Ça le rend plus solide, plus adaptable aussi.
- Speaker #0
Bon, tout ça a l'air très bien, mais vous avez quand même pointé du doigt le stockage. L'année sans fleurs pour les spécialistes. Quels sont les autres défis, les limites ? J'imagine qu'il y a des risques aussi.
- Speaker #1
Le risque principal, c'est clair, il est lié à cette dépendance au stock sur deux ans. Imaginez une mauvaise récolte à cause de la météo, une maladie, un pépin technique. Mais là, l'impact, il n'est pas sur un an de vente, mais sur deux ans potentiels pour le produit en question. Chaque récolte devient un peu un pari sur deux ans, finalement.
- Speaker #0
Ah oui, ça double la mise en quelque sorte. Une mauvaise année de graines et paf, potentiellement deux ans sans rentrée d'argent de ce côté-là, ou très peu. Ça suppose d'avoir l'air insolide niveau trésorerie, non ?
- Speaker #1
Ah oui, absolument. La gestion financière doit être super rigoureuse. Il faut vraiment bien calculer les volumes dont on a besoin pour tenir deux ans, en fonction de ses ventes habituelles. Et puis, il faut pouvoir stocker tout ça correctement. Ça a un coût, le stockage. Il faut de la place, des conditions de température, d'humidité contrôlée. C'est pas neutre. Une erreur d'estimation ou un problème de conservation, et c'est la rupture de stock, la perte sèche.
- Speaker #0
Et face à ce risque de mauvaise récolte, qu'est-ce qu'on peut faire ? Il y a des parades ?
- Speaker #1
La base, c'est la planification, bien sûr. Bien choisir ses variétés, adapter ses techniques de culture pour limiter les risques. Mais même avec ça, le risque zéro n'existe pas en agriculture. Du coup, ce qui est important aussi, c'est le réseau. Avoir de bons contacts avec d'autres producteurs de chanvre. Si on a un gros coup dur, peut-être qu'on peut trouver de la matière première chez un collègue pour dépanner, pour ne pas être complètement à sec. Ça montre bien l'importance de l'entraide dans la filière.
- Speaker #0
D'accord. Alors, imaginons des producteurs que ça intéresse. Quelles seraient les étapes clés pour se lancer dans ce modèle biennual, d'après l'article ?
- Speaker #1
L'article donne une sorte de feuille de route, oui, en plusieurs étapes, logique. La première, sans surprise, c'est la formation. Il faut vraiment maîtriser les techniques spécifiques, pour la graine et pour la fleur. De la culture jusqu'au séchage, au conditionnement, c'est pas tout à fait les mêmes savoir-faire.
- Speaker #0
Donc on s'improvise pas expert des deux d'un coup. Ok, ensuite ?
- Speaker #1
Ensuite, un choix super important, les variétés. Il faut trouver les variétés de chanvre qui vont bien pour faire de la glaine et celles qui vont bien pour faire de la fleur. Mais aussi des variétés adaptées à son sol, à son climat. Et, point clé ici, qui se conservent bien sur deux ans. Toutes les variétés ne réagissent pas pareil au stockage prolongé.
- Speaker #0
Logique. Troisième étape, j'imagine, c'est tout ce qui est volume et stockage.
- Speaker #1
Exactement. C'est le cœur du système. Bien évaluer ses besoins. Combien de kilos de graines, combien de kilos de fleurs il me faut pour vendre pendant deux ans. Il faut être réaliste par rapport à ses débouchés. Et en même temps, prévoir l'espace de stockage nécessaire, avec les bonnes conditions. Je le redis, c'est crucial. C'est souvent un investissement à prévoir dès le départ.
- Speaker #0
D'accord. Une fois qu'on sait quoi et combien, il faut les moyens de le faire.
- Speaker #1
C'est ça ! La quatrième étape, c'est l'équipement et l'organisation pratique. Est-ce que j'ai le matériel pour cultiver, récolter, sécher, trier, pour les deux types de production ? Ou est-ce que je peux y avoir accès, peut-être via une cuma ? Et puis, comment j'organise mon temps, mes ressources, pour gérer efficacement l'année graine et l'année fleur ? Il faut y penser avant !
- Speaker #0
Et la dernière étape mentionnée dans l'article ?
- Speaker #1
La cinquième, c'est d'intégrer tout ça dans la rotation des cultures. Le chanvre, qu'il soit pour la graine ou la fleur, Il ne peut pas revenir tout le temps au même endroit. Il faut le faire tourner avec d'autres cultures sur la parcelle. C'est la base de l'agronomie pour garder un sol vivant, limiter les maladies, les mauvaises herbes. Cette alternance graines-fleurs doit s'insérer dans un plan de rotation global et durable pour l'exploitation.
- Speaker #0
Donc ça demande une vraie vision d'ensemble de sa ferme en fait ? C'est pas juste un petit ajustement ?
- Speaker #1
Non, c'est une vraie stratégie d'entreprise agricole comme on le disait. Ça demande de l'anticipation, de la rigueur, des compétences variées et une bonne connaissance de son marché et de ses propres capacités. Ce n'est pas une solution miracle, mais c'est une approche réfléchie pour un certain profil de producteur.
- Speaker #0
Alors, si on essaie de résumer tout ça, qu'est-ce qu'on retient de ce modèle biennal ? C'est quoi le message principal pour un agriculteur qui nous écoute ?
- Speaker #1
Je crois que le message clé, c'est que l'innovation en agriculture, elle ne passe pas forcément par la dernière technologie hyper chère. Elle peut aussi passer par l'intelligence dans l'organisation. Ce modèle, c'est une façon concrète, pour une petite structure, de diversifier tout de suite son activité chanvre, de gérer un risque technique important, la pollinisation non voulue, et de viser plus d'autonomie, plus de résilience économique.
- Speaker #0
Une organisation au service de la viabilité des petites exploitations, en somme ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Et si on prend un peu de hauteur, c'est un bel exemple de comment on peut mieux valoriser une ressource limitée, comme la terre, en jouant sur le temps, sur la succession des cultures sur une même parcelle. On arrive à sortir une gamme de produits plus large, on peut renforcer les circuits courts et on sécurise un peu mieux son activité. C'est une forme d'intensification, mais basée sur le temps et l'organisation, pas sur plus d'un tranc. C'est plutôt malin, je trouve.
- Speaker #0
Donc pour conclure notre exploration, l'alternance annuelle graines-fleurs pour le chanvre, avec cette gestion des stocks sur deux ans, ça apparaît comme une stratégie d'organisation assez judicieuse. Ça peut aider à la diversification, à la résilience financière et à la qualité technique, surtout pour les petites fermes. qui vise l'autonomie. Une approche qui mise beaucoup sur la planification, l'anticipation pour sécuriser l'avenir.
- Speaker #1
Tout à fait. Et ça invite à réfléchir un peu plus loin, non ? Si ce principe d'alternance, de cycle décalé, ça marche pour optimiser une petite parcelle de chanvre en gérant des risques spécifiques, est-ce qu'on ne pourrait pas imaginer des stratégies un peu similaires dans d'autres domaines ? Que ce soit en agriculture, avec d'autres cultures qui se complètent ou se concurrentent sur une même parcelle, ou même Pourquoi pas dans d'autres secteurs d'activité qui ont des ressources limitées ou des risques cycliques à gérer ? Penser l'optimisation pas seulement dans l'espace, mais aussi dans le temps, dans les cycles, c'est peut-être une piste intéressante pour innover différemment, non ? Voilà une petite question pour la route.