- Speaker #0
Bonjour et bienvenue. Aujourd'hui, on s'attaque à un sujet, le pilates prénatal. Mais on va le faire sous un angle un peu inattendu, je pense. On va laisser de côté les listes habituelles des bons et des mauvais exercices. Notre point de départ, c'est une source, une entrevue avec une experte, Caroline Berger de Fémini. Et elle avance une idée assez radicale, en fait.
- Speaker #1
Oui, carrément. L'idée, c'est que pour bien accompagner une personne enceinte, un instructeur de pilates doit connaître les bases du développement de l'embryon.
- Speaker #0
Et ça, ça change toute la perspective.
- Speaker #1
Ça la change complètement. Parce que ça déplace le curseur de la simple adaptation mécanique, du genre on fait moins de flexion, on met moins de résistance, à une compréhension qui est biologique.
- Speaker #0
L'idée qu'on a tous, c'est que le pilates prénatal, c'est une version light du classique.
- Speaker #1
C'est ça. Et ce que l'experte avance, c'est que cette vision est non seulement fausse, mais elle peut être dangereuse.
- Speaker #0
Ah oui, ouais.
- Speaker #1
Oui. La grossesse, ce n'est pas juste un niveau de difficulté. C'est une transformation physiologique totale. Et elle est rythmée par des étapes très, très précises.
- Speaker #0
Et c'est là que ça devient fascinant. Elle dit que cette connaissance de l'embryologie est non négociable.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Donc, ce n'est pas juste pour la culture générale de l'instructeur, quoi.
- Speaker #1
Pas du tout. C'est ce qui doit guider concrètement le choix des mots, des positions, des progressions, et même des interdits. Elle utilise une image que je trouve très forte, celle d'une boussole.
- Speaker #0
Une boussole. J'aime bien l'image.
- Speaker #1
Oui. Sans elle, on navigue à l'intuition. Avec, on a une logique de sécurité.
- Speaker #0
Et l'intuition, ça peut être trompeur, j'imagine.
- Speaker #1
Bah oui. L'intuition peut dire « Ah, cette personne a l'air en forme, on peut pousser un peu » . La connaissance biologique, elle, dit « Attention » . Même si elle se sent bien, là, on est dans une fenêtre de vulnérabilité pour le système nerveux.
- Speaker #0
Ce n'est plus du tout le même raisonnement.
- Speaker #1
Non. On passe de l'impression à la responsabilité.
- Speaker #0
C'est un vrai changement de paradigme. L'instructeur doit arrêter de compter en semaines. Pour penser en fenêtres biologiques.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Le premier trimestre, par exemple, ce n'est pas juste un bloc de 12 semaines.
- Speaker #1
Non, pas du tout. C'est la période de l'organogénèse.
- Speaker #0
L'organogénèse.
- Speaker #1
C'est là où les fondations de tous les organes se mettent en place. La source insiste bien. La vulnérabilité n'est pas une ligne droite. Elle a des pics.
- Speaker #0
Et ces pics viennent d'où ?
- Speaker #1
Ils sont le résultat d'un dialogue permanent entre la mère et l'embryon. La source parle d'une diade.
- Speaker #0
Une diade ?
- Speaker #1
Un système vivant unique. Ce n'est pas la mère d'un côté et l'embryon de l'autre. Leur système communique sans arrêt.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Prends une hormone que beaucoup de gens connaissent, la relaxine.
- Speaker #0
Oui, celle qui détend les ligaments.
- Speaker #1
Voilà. Son augmentation, ce n'est pas un phénomène maternel isolé. C'est une conséquence directe de ce dialogue pour préparer le corps.
- Speaker #0
Attendez, si on parle de la relaxine, ça augmente la laxité articulaire, donc la souplesse.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Instinctivement, on pourrait se dire, super ! C'est génial pour le pilates ! On imagine pouvoir aller plus loin dans les étirements.
- Speaker #1
Et c'est justement ça, le piège. L'experte nomme ça le culte de l'amplitude.
- Speaker #0
Le culte de l'amplitude.
- Speaker #1
Oui. Le corps peut aller plus loin, c'est vrai, mais il n'a plus les mêmes garde-fous ligamentaires pour le protéger. La stabilité est diminuée.
- Speaker #0
D'accord, je vois.
- Speaker #1
Et c'est là que la connaissance prend tout son sens sur les appareils. Sur un riformeur, par exemple. Si on met une résistance en pensant... renforcée, mais sans contrôler l'alignement, on risque en fait de pousser une articulation déjà instable, comme la symphyse pubienne, au-delà de ses limites. On ne renforce pas, on crée un problème.
- Speaker #0
Et sur un appareil comme la Stability Chair, qui est instable par nature, c'est pire, j'imagine.
- Speaker #1
Le risque est décuplé. L'appareil demande un contrôle proprioceptif énorme. Mais si le corps de la mère est déjà en train de tout recalibrer, que sa proprioception est perturbée, Lui imposer cette instabilité en plus, ça peut devenir un stress excessif.
- Speaker #0
Donc comprendre l'embryologie.
- Speaker #1
C'est comprendre pourquoi le corps change et donc comment adapter la stratégie. On ne cherche plus l'amplitude, on organise la stabilité.
- Speaker #0
D'accord. Mais alors, est-ce qu'on attend vraiment des instructeurs de pilates qui deviennent des quasi-professionnels de la santé ? Ça sonne énorme d'ajouter l'embryologie à l'anatomie, à la biomécanique. Où est la limite ?
- Speaker #1
L'experte est très pragmatique là-dessus. Elle ne demande pas de devenir embryologiste. Elle parle d'un socle minimal de repères. Quatre grandes étapes pour comprendre ce qui se joue en coulisses.
- Speaker #0
Ok, allons-y.
- Speaker #1
La première, c'est la fécondation et le clivage. C'est le tout tout début. Le ventre n'est pas visible, mais la tempête hormonale, elle, a bien commencé.
- Speaker #0
Ah oui, c'est ce moment où on peut se sentir terriblement fatigué, avoir des nausées sans que personne ne voit rien de l'extérieur. Ça doit être déroutant.
- Speaker #1
Exactement. Et le rôle de l'instructeur, c'est d'adapter le cours à cet état interne, pas à l'apparence.
- Speaker #0
Concrètement, ça veut dire quoi ?
- Speaker #1
Ça veut dire qu'on privilégie le souffle, la circulation, le mouvement doux. Et surtout, on évite absolument toute surpression sur l'abdomen.
- Speaker #0
Donc les fameuses séries de crunch ou de handreds classiques, c'est non ?
- Speaker #1
C'est non. Le but n'est pas de performer, c'est de soutenir.
- Speaker #0
Deuxième étape, l'implantation.
- Speaker #1
Oui, le moment où l'embryon s'installe. C'est une phase qui demande une énergie colossale au corps. L'objectif du pilates, là ce n'est pas de tonifier, c'est de stabiliser le bassin, la posture, avec des mouvements fluides pour aider le corps sans l'épuiser.
- Speaker #0
On est dans l'accompagnement pur.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Bon. Jusqu'ici, ça va. Mais après, on arrive à la gastrulation. Là, les termes se corsent un peu.
- Speaker #1
Ah oui !
- Speaker #0
On crée tous les systèmes du corps, nerveux, musculaire. Comment est-ce que ça, ça peut bien concerner un cours de pilates ? On ne va pas sculpter les feuillets de l'embryon avec des legs sur culls quand même.
- Speaker #1
Non, bien sûr, ce serait absurde. Et l'experte insiste là-dessus. L'intérêt est ailleurs. C'est de comprendre que le pilates, en travaillant sur le système nerveux, la respiration, Il peut améliorer l'environnement maternel.
- Speaker #0
Ah, l'environnement.
- Speaker #1
Oui. Une meilleure oxygénation, une meilleure gestion du stress, tout ça crée un contexte plus serein pour que ces processus se déroulent bien. On n'agit pas sur l'embryon, on agit sur l'écosystème qui l'accueille.
- Speaker #0
La nuance est cruciale. Et la dernière étape de ce socle ?
- Speaker #1
C'est la neurulation, la formation du tube neural. C'est la toute première ébauche du cerveau et de la moelle épinière.
- Speaker #0
Une période d'une sensibilité extrême, j'imagine ?
- Speaker #1
Extrême. Et là, la responsabilité de l'instructeur devient, selon la source éthique, il s'agit de réduire activement les facteurs de stress qu'on peut éviter.
- Speaker #0
Donc un cours très intense, avec de la musique forte, des enchaînements rapides, des apnées, ce n'est pas juste pas adapté, ça peut être carrément délétère à ce moment-là.
- Speaker #1
C'est précisément l'idée. Ce genre de pratique déclenche une réponse de stress, avec cortisol, adrénaline. L'éthique de l'instructeur, c'est de faire l'inverse. Favoriser une oxygénation maximale, des mouvements lents, contrôlés, on cultive le calme physiologique.
- Speaker #0
Pour résumer tout ça, la source utilise une métaphore que je trouve magnifique. Elle dit qu'il faut programmer une séance comme si on entrait dans une maison en construction.
- Speaker #1
C'est une image parfaite.
- Speaker #0
On n'est pas l'architecte, on est un invité. On ne court pas partout, on ne tape pas dans les murs, on participe au calme du lieu.
- Speaker #1
C'est exactement ça. Ça capture l'essence d'un cours qui doit être intelligent et rassurant. Ce qui ne veut pas dire mou, ni anxieux d'ailleurs.
- Speaker #0
Et ça se décline comment, trimestre par trimestre ?
- Speaker #1
Alors, au premier trimestre, on est dans le soutien. On gère la fatigue, on travaille la respiration. C'est une phase de grande prudence. Un appareil comme la Stability Chair, par exemple, peut être trop exigeant.
- Speaker #0
D'accord, donc prudence au début. Et j'imagine que les choses changent au deuxième trimestre, quand le corps se stabilise un peu.
- Speaker #1
Oui, c'est souvent la lune de miel de la grossesse. Une période avec... plus d'énergie, mais c'est là que le piège de la relaxine est à son maximum. La laxité augmente.
- Speaker #0
C'est là qu'il faut refuser le culte de l'amplitude.
- Speaker #1
Voilà. On peut et on doit renforcer, mais en organisant la stabilité. Le but n'est pas d'exploiter la souplesse, c'est de contrôler le mouvement. Et pour ça, le reformeur et le cadillac sont des alliés extraordinaires, parce qu'ils permettent un travail très précis, guidé.
- Speaker #0
Ce qui nous amène au troisième trimestre, où les défis sont plus visibles. Le poids, le volume.
- Speaker #1
Exactement. Là, la stratégie change encore. La charge est importante. La respiration peut être plus courte. Du coup, on va réduire les amplitudes, ralentir encore le rythme. La priorité absolue, c'est le confort.
- Speaker #0
On privilégie les positions assises sur le côté.
- Speaker #1
Oui, pour libérer la cage thoracique et éviter toute compression inutile.
- Speaker #0
Justement, parlons-en. Il y a cette fameuse consigne que tout le monde a entendue. Il ne faut pas s'allonger sur le dos. C'est souvent d'une manière très anxiogène.
- Speaker #1
Et c'est dommage. La source aborde ça de manière très calme et dédramatisée.
- Speaker #0
Alors, c'est quoi l'explication ?
- Speaker #1
Ce n'est pas un danger de mort imminent, c'est une question de confort circulatoire. Sur le dos, le poids de l'utérus peut comprimer la veine cave inférieure.
- Speaker #0
Un gros vaisseau sanguin ?
- Speaker #1
Oui, qui ramène le sang vers le cœur. Et ça peut provoquer des vertiges, une sensation de malaise, c'est tout.
- Speaker #0
C'est un signal du corps en fait ?
- Speaker #1
Exactement. La solution, ce n'est pas l'interdiction, c'est l'adaptation. On peut surélever le buste avec des coussins. ou simplement changer de position. L'adaptation, c'est le cœur du Pilates.
- Speaker #0
C'est tellement plus intelligent de l'expliquer comme ça. Ça redonne du pouvoir à la personne.
- Speaker #1
C'est le but, rassuré par le sens, pas infantilisé par des interdits.
- Speaker #0
Un autre point que la source aborde, c'est la peur des appareils. Beaucoup d'instructeurs se rabattent sur le matwork, le travail au sol, en pensant que c'est plus sûr.
- Speaker #1
Et c'est une idée reçue que l'experte déconstruit complètement.
- Speaker #0
Ah bon ?
- Speaker #1
Elle soutient que les appareils bien utilisés sont souvent plus sécuritaires. Le réformeur, par exemple, il décharge le poids du corps. il réduit les contraintes de la gravité.
- Speaker #0
Le Cadillac aussi.
- Speaker #1
Le Cadillac, elle le décrit comme un laboratoire de contrôle. C'est parfait pour assister le mouvement, soutenir le poids des jambes.
- Speaker #0
Et le matwork alors ? Pourquoi ce n'est pas plus simple ?
- Speaker #1
Parce que sur le tapis, on est seul face à ce que l'experte appelle la gravité brute. Ça demande souvent beaucoup plus de contrôle postural, plus de force pour ne pas faire de mauvais gestes. Un roll-up au sol est bien plus risqué qu'un travail similaire assisté par les ressorts du Cadillac.
- Speaker #0
Si on met tout en balance, Quels sont les bénéfices d'un pilates prénatal bien mené ? Et à l'inverse, les risques si on programme à l'aveugle ?
- Speaker #1
Peur, meilleure gestion de la respiration. De l'autre, il y a un bénéfice psychologique immense. C'est un espace pour soi, pour s'apaiser, pour reprendre un sentiment de contrôle sur un corps qui change très vite.
- Speaker #0
Et ça, c'est crucial. On imagine être enceinte, notre corps nous semble parfois étranger, et la personne qui nous guide dit « ne faites pas ça » sans pouvoir expliquer pourquoi.
- Speaker #1
La confiance est rompue, et c'est là qu'on touche au risque.
- Speaker #0
Les risques physiques, on les a vus.
- Speaker #1
Oui. Augmenter la pression, créer des douleurs. Mais le plus grand risque, selon la source, il est pédagogique et éthique.
- Speaker #0
C'est-à-dire ?
- Speaker #1
C'est de transmettre un mauvais message, du type « il faut se dépasser » . Et c'est de ne pas pouvoir rassurer par la connaissance. Un instructeur qui ne comprend pas ce qu'il fait, il ne peut pas justifier ses choix. Il crée de l'anxiété là où il devrait amener de la sérénité.
- Speaker #0
En somme, l'idée n'est pas de transformer les profs de pilates en sages-femmes.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
mais de les amener à changer de question. Ne plus se demander quels exercices sont interdits, et plutôt, quel est l'objectif physiologique de ma séance aujourd'hui à cette étape précise.
- Speaker #1
C'est exactement ça. L'experte utilise l'expression « grille de responsabilité » pour parler de l'embryologie.
- Speaker #0
Une grille de responsabilité ?
- Speaker #1
Oui. C'est un cadre qui nous rappelle que le corps se transforme selon un plan précis, et que notre rôle est d'accompagner ce plan avec respect et intelligence. Programmer sans cette connaissance, ce n'est pas juste une erreur technique. Elle dit que c'est un manquement éthique.
- Speaker #0
C'est fort. Et pour finir, la source ne se contente pas de ce constat ? Elle ouvre une porte sur l'avenir ?
- Speaker #1
Oui, et c'est ce qui élève le débat. Elle nous invite à nous poser une question fondamentale qui reste, pour l'instant, en suspens.
- Speaker #0
Laquelle ?
- Speaker #1
Au-delà de l'accompagnement précieux durant ces neuf mois, comment une pratique du mouvement, fondée sur cette compréhension profonde des transformations physiologiques, pourrait-elle influencer ? positivement et durablement la récupération postpartum, la posture et le bien-être global d'une personne pour les années à venir.
- Speaker #0
On ne pense plus à une parenthèse de 9 mois, mais à la construction d'un fondement pour le futur. Une pensée vraiment puissante sur laquelle réfléchir.