- Speaker #0
Bleu Blanc Blé, dès toujours à Stein avec le maire Azedine Taïwi, qui cette fois nous convie dans son bureau et il revient sur son parcours de militant.
- Speaker #1
Nous n'avons pas changé de bureau, c'est toujours le même bureau depuis 2014. En 12 ans. Et puis quand j'étais adjoint, j'avais aussi mon bureau ici en mairie.
- Speaker #2
Très beau bureau. Ah tiens vous avez une photo avec Yasser Arafat.
- Speaker #1
On va commencer par René Wautier. Vous avez ici une photo où il est marqué Auditorium René Wautier 1928-2015 cinéaste. Je vais vous raconter quelque chose qui est pour moi très très fort et qui a été un moment important dans mon existence. J'ai eu la chance d'avoir connu René Wautier. Je l'ai connu dans un premier temps parce qu'il souhaitait interviewer des jeunes ici à Stain dans les années 90. Et puis, il est devenu un ami, un très très bon ami. On a combattu aux côtés des révolutionnaires algériens, etc. Et là, ça commence à parler de mon histoire, de ma vie familiale. Je suis issu d'une famille de parents algériens. Les familles dont les parents, les grands-parents, la famille ont été très très mobilisés pour l'indépendance, ils militaient au FLN, très majoritairement. René Vautier qui est venu me voir à l'époque quand je travaillais direction de la jeunesse, j'étais animateur et puis j'étais responsable de structure jeunesse dans un quartier populaire de la ville, donc le Saint-Nazaire, la ville est populaire, je dis quartier populaire, mais en fin de compte tous les quartiers sont populaires dans cette ville. Et donc j'ai rencontré ce bonhomme avec sa caméra. J'aimerais bien interviewer les jeunes qui fréquentent ta structure, les jeunes qui viennent ici dans ton équipement, jeunes filles, jeunes hommes, y compris issus de l'immigration, mais pas qu'eux. Je veux essayer d'échanger avec eux sur leur histoire, leur identité, comment ils se voient comme français ou comme franco-algérien, franco-marocain, franco-tunisien, franco-portugais ou autre. Et l'aventure a démarré avec lui. C'était début des années 90 et on ne s'est pas quitté jusqu'à son décès en 2015 parce qu'il fait partie des personnes inspirantes qui m'ont beaucoup apporté dans mon engagement politique, dans mon engagement de militant. Voilà, je pourrais parler des heures et des heures, tu vois. Ensuite, Frantz Fanon. J'ai souhaité aussi inaugurer une rue Frantz Fanon parce que ça fait partie de personnes inspirantes, de responsables et de militants politiques vraiment qui m'ont beaucoup inspiré dans mon engagement. J'ai inauguré une rue France Panneau en 2019, je me souviens, c'est d'ailleurs marqué sur l'affiche. Mon premier engagement politique, vraiment engagement politique sur la question internationale, c'était sur l'Afrique du Sud. Étant jeune, j'ai côtoyé des militants, des jeunesses communistes. Ils sont ensuite devenus des camarades, parce que j'ai été membre du Parti communiste pendant de très très nombreuses années. Je suis rentré au Parti communiste, je crois, c'est en 87. C'était pas forcément la période où il y avait des adhésions fortes. C'était plutôt, voilà, il y avait la Vagro, c'était plutôt OPS, etc.
- Speaker #2
Pourquoi le Parti communiste ?
- Speaker #1
Parce que c'était comme dans une période, bon, c'était dans une période y compris assez compliquée. 87, deux ans après, en 89, c'est là où beaucoup de bastions communistes sont tombés. Il y avait un peu une perte, je dirais, de l'influence du Parti communiste, qui était assez forte. Moi j'adhérais au PC au moment où il y avait plus de militants qui quittaient le PC. Et à contrario, le PS, j'avais même des amis qui étaient rentrés au PS, qui me disaient « Ah mais au PS, etc. » Je me suis dit « Ecoutez, je ne suis pas guidé par une carte, je suis guidé par des valeurs et des convictions. » Et je savais que le PC avait mené, en tout cas des communistes, ils étaient comme dans une démarche universaliste, antiraciste. et anticoloniales. A la jeunesse communiste et puis au Parti communiste, j'ai découvert leur mobilisation pour exiger la libération de Mandela. Ça c'était vraiment un combat à l'international, ça a été mon premier combat qui m'a permis au fil du temps, au fil de quelques années, de découvrir aussi le combat du peuple palestinien. vraiment juste après. J'ai participé à des manifestations contre le régime d'apartheid en Afrique du Sud, dans les manifestations devant l'ambassade d'Afrique du Sud, devant l'ambassade des États-Unis. Parfois ça m'avait été violent, on se faisait frapper par la police, etc. C'était quand on était jeunes, c'était assez violent. Mais je ne regrette pas, à ce moment-là, ça a été pour moi quelque chose de très très fort, ça m'a forgé, ça m'a permis de comprendre aussi l'histoire anticoloniale, le combat anticolonial, y compris du pays... dont mes parents sont originaires, l'Algérie, et dont je suis originaire. Et il y avait en effet une certaine fierté de ma part de voir que mon pays, le pays de mes parents, était dans une lutte anticolonialiste et dans une lutte pour refuser que des peuples opprimés souffrent partout dans le monde.
- Speaker #3
Quelques banderoles, une poignée de jeunes, immigrés pour la plupart, la longue marche pour l'égalité démarre dans une indifférence quasi générale. Du sud au nord, ils partent pour rencontrer des français, entamer le dialogue avec eux et leur tendre lame. Une démarche pacifique, une marche antiraciste, en dépit des brimades, des ratonnades et des crimes commis dans les banlieues.
- Speaker #1
J'ai très vite participé au mouvement des quartiers populaires, la marche pour l'égalité et la dignité des quartiers populaires. Cette marche qui a été évidemment totalement transformée, fourvoyée par une partie de la classe politique de gauche, y compris par le racisme ou par l'époque du Parti Socialiste, en la qualifiant de marche des beurres. Alors que moi j'ai marché, il n'y avait pas que des beurres, il y avait du tout. Y compris dans le quartier où je vivais, on était parti à plusieurs, il y avait des Français, des Portugais, il y avait des Italiens, il y avait des Algériens, Marocains, peu importe. On exigeait, je dirais, respect, égalité et dignité pour les quartiers populaires, pour les habitants et les habitants. Évidemment, on a été énormément déçus par les politiques qui ont été menées par la suite. On attendait énormément de la gauche, quand elle est arrivée au pouvoir, qu'elle ne tourne pas le dos aux quartiers populaires. Pour moi, l'égalité républicaine a été depuis très longtemps rompue et totalement négligée dans les quartiers populaires et dans les villes populaires, et c'est le cas à Astin et d'autres tournois. Ça ne veut pas dire que les fonctionnaires qui travaillent dans les institutions de l'État, les fonctionnaires, quels que soient leurs grades, que ce soit les préfets ou les sous-préfets, ça ne veut pas dire qu'on ne travaille pas bien avec eux. Au contraire, j'ai de très très bonnes relations. de partenariat et de travail avec le préfet actuel, avec la sous-préfète, avec les différents corps de l'État. Mais il faut reconnaître que depuis de très nombreuses années, depuis des décennies, il y a un système qui, je dirais, met au banc de la société nos villes et quartiers populaires. Mais on le retrouve d'ailleurs également dans les campagnes. Et moi, j'ai toujours travaillé et favorisé le lien entre le monde rural et populaire et le monde urbain et des quartiers populaires. Pour moi, c'est lié. Parce qu'on s'aperçoit que quand on est même au fin fond d'un village et dans une banlieue comme Astin, si on ne mène pas le combat, forcément la logique des politiques d'austérité, c'est de réduire les services publics. C'est de fermer une poste. On commence par fermer une poste. D'abord, on commence par fermer une classe. Mais dès qu'on ferme une classe, on sait ce qui va arriver après. On ferme une poste, on ferme un centre d'impôts. On ferme les services publics et on dit écoutez, je n'ai pas assez d'impôts, etc. Ici, à chaque fois, quand on a des victoires, c'est parce qu'on les a arrachées les victoires. Le communisme municipal a mené un travail avant-gardiste, quelque part pour moi révolutionnaire. Ils ont permis d'élever le niveau de conscience et d'émancipation des classes populaires. Et moi j'en ai bénéficié quelque part. Moi j'ai eu la chance quand j'étais gamin d'avoir une, comment dire, une librairie municipale qui s'est ouverte à deux pas de chez moi et d'avoir accès à la lecture. Et d'ailleurs, petite anecdote, je ne devrais pas dire ça, mais la prescription, mais en même temps ce n'était pas la bonne cause, cette bibliothèque qui ouvrait à côté de de chez moi. Bien sûr qu'on y avait accès. Les agents étaient assez carrés. C'était un peu compliqué. Il faut adhérer. Il faut une carte d'adhésion. Je ne sais plus. Je crois que ils demandaient une petite participation financière qui était minime. Il fallait un papier. On habitait bien dans la ville, etc. Je me souviens. La première fois que je suis rentré, ou la deuxième fois que je suis rentré dans cette bibliothèque, je suis sorti et j'ai pris deux livres que j'ai mis dans mon manteau. Je ne sais plus lesquels j'avais choisis. j'avais pas forcément beaucoup, j'étais très jeune, j'avais peut-être 13-14 ans, et puis en sortant, il y a une des personnes qui m'a dit, regarde ici, tu vois là, je lui ai dit, où est ton manteau ? Et il a vu les deux bouquins, il m'a pris dans son bureau, il m'a dit, tu vois, tu as mal au bouquin, c'est pas bien, c'est un petit peu la morale, et il m'a dit, voilà, maintenant, tu es là, je vais te faire ta carte. Et comme ça tu pourras accéder à la bibliothèque, et tu viens quand tu veux, et tu auras le droit de partir avec de l'univers. Tu peux les garder pendant 15 jours et tu reviens, tu leur déposes et tu prends deux autres livres. Des livres, des disques unis, une BD, etc. Et c'est incroyable. Et cette personne qui m'avait écrit dans son bureau était agent de la ville. Donc c'était une ville communiste, c'était Champigny. Le mec avait tout compris en fin de compte. Alors qu'il aurait pu appeler la police pour ne pas se déplacer parce qu'un gamin de 14 ans a piqué de bouquin. C'est pas... Et c'est incroyable. Et je passais mon temps dans les bibliothèques. C'est là où j'ai lu les premiers livres de Voltaire, Candide, que j'ai découvert. Vraiment. de livres, des livres de Balzac, etc. Et quand j'étais en troisième, notre prof de français, M. Boyer, je me rappelle, il me disait vous allez lire tel livre, par exemple Balzac, le père Goriot, et vous allez chercher la bibliothèque. Et j'ai été le premier à la chercher, parce qu'il n'y avait pas plusieurs exemplaires du père Goriot. Et en fin de compte, c'est quelqu'un qui m'a donné le coup de la lecture, etc. Et c'est comme ça. Ça, c'est du communisme municipal. On va continuer ? Ici, j'ai eu l'occasion de t'en parler, photo avec Yasser Arafat, donc j'ai eu la chance de rencontrer à trois reprises. La première fois en 2000, au Parlement palestinien à Gaza, avant que Gaza connaisse le blocus imposé par l'état d'apartheid d'Israël. C'était un moment extraordinaire, un moment émouvant. Un grand monsieur, et je l'ai revu en 2002, et je l'ai revu en 2003 à la Mokata Ramallah. Malheureusement quelques mois avant qu'il décède. On va continuer. Bon ça c'est une vieille horloge. Ça c'est l'horloge qui était dans le bureau de l'ancien, du premier maire de Steyn après la libération de Wilbord. Et je vais essayer de la conserver. Et c'est ce beau portrait de Nelson Mandela.
- Speaker #2
J'avais été, je crois, le premier maire d'origine étrangère élu dans une ville de plus de 30 000 habitants de l'histoire de France.
- Speaker #1
Le premier maire d'origine algérienne. Peut-être même d'origine maghrébine, c'est possible. En 2014, tout à fait. Je suis franco-algérien, je suis de la société française et ma famille, mes parents sont algériens. Et en effet, en 2014, quand j'ai été élu maire pour... Pour la première fois ici dans cette ville, très rapidement, j'ai eu des journalistes, la presse qui est venue me voir et me faisait remarquer, écoutez, vous êtes le premier maire franco-maghrébin et plus précisément algérien. Et voilà, c'était, on va dire, un séisme dans la vie politique française. Évidemment, ça a été une fierté personnelle. Puis j'avais aussi vraiment conscience que... Mon élection allait permettre d'ouvrir des portes et allait permettre de dire oui, c'est tout à fait possible d'ouvrir le champ des possibles. Et d'ailleurs, dès les élections municipales 2020 où j'ai été réélu dès le premier tour, d'autres maires d'origine maghrébine ou d'origine africaine ou autre, d'autres collégiens se sont présentés en tant que maires parce que mon exemple était un exemple qui permettait de dire oui, c'est possible.
- Speaker #0
La semaine prochaine, Bleu Blanc Bled rencontre Majid Eidegran pour son spectacle Schizophrénie. Cet ingénieur originaire de Mantes-la-Jolie a touché un peu à tout, au café-théâtre, à la réalisation de films, et aujourd'hui, il est seul en scène.