- Speaker #0
Bleu, blanc, bled.
- Speaker #1
Bleu, blanc, bled. Mésraque. Abillade. Blède.
- Speaker #2
Mavi, béasse, blède.
- Speaker #0
Bleu, blanc, blède, ma solo, ya ma lame.
- Speaker #1
Que ça sonne hijabi ? Positive. Bleu, blanc, blède. Des histoires en positif.
- Speaker #3
Bleu Blanc Bled vous emmène à Paris pour le spectacle Schizophrène de Magidé Daïran. Cet ingénieur originaire de Mante-la-Jolie raconte le parcours qu'il a mené aujourd'hui, seul en scène.
- Speaker #4
Tu as fait plusieurs dates avant celle-ci ?
- Speaker #2
Oui, j'en ai fait quatre. Là, c'est la cinquième. Il y a un bon retour du public. Le message est bien compris, donc c'est le principal. Parce que quand tu écris des choses, ça te fait rire des fois. Tu ne sais pas si ça parle aux gens. Mais là, ça parle bien aux gens, donc c'est le plus important.
- Speaker #4
Donc tu nous disais que ton spectacle s'appelle Schizophrénie. Est-ce que tu peux nous en parler ?
- Speaker #2
Oui, je parle plus de la schizophrénie identitaire, pas forcément de la maladie. Je dis qu'en fait, moi je suis français d'origine marocaine, et quand je suis en France, on ne me considère pas totalement comme français. Et quand je suis au Maroc, on ne me considère pas comme marocain, donc c'est un petit peu les thématiques que je soulève. Et voilà, donc on doit tout le temps jongler entre deux, trois, quatre cultures pour certains. Et surtout, je pose la question, comment s'en sortir quand on a eu l'éducation et les parents qu'on a eus quand on vient d'un quartier populaire ? quartier populaire entre guillemets, parce que je parle du quartier populaire et cette sémantique arnaque qui fait que tu crois que c'est la fête au village alors que c'est un ghetto.
- Speaker #4
Parce que toi, tu viens d'où ?
- Speaker #2
Mante-la-Jolie. J'ai grandi à Mante-la-Jolie. Il y a une des plus grandes cités d'Europe, le Val-Fouré. J'ai grandi là-bas et j'y suis encore.
- Speaker #1
Viens de Mante-la-Jolie, les amis. Vous connaissez Mante la Jolie ? Oui ! La domicile ? Mante la Jolie, connue, sa collégiale, sa cité du Val-Fouré, et Faudel.
- Speaker #2
C'est justement comment tu grandis dans un environnement, comment tu dois t'adapter à l'autre par rapport au boulot, par rapport à tout ce qu'on fait, par rapport à l'école, et qui fait qu'en fait, c'est une vraie gymnastique intellectuelle et nous, on est des caméléons. Les gens... issus des quartiers d'origine. C'est un peu le message que je dis. Je dis qu'en fait, ce n'est pas un désavantage, c'est une force. Il faut prendre le meilleur de tout.
- Speaker #4
Tu abordes d'autres thèmes que ta double nationalité, comme la politique, les clichés, les contradictions sociales. Est-ce que tu as hésité avant d'aborder ces thèmes ou c'était une évidence ?
- Speaker #2
Non, parce que pour moi, je prends le mot stand-up à l'origine de sa vraie définition, stand-up. Les Noirs américains, quand ils ont pris le micro, c'était pour revendiquer des choses avec du fond. Donc, quand moi, je monte sur scène, c'est justement avec « Get up, stand up, for your rights » . En fait, quand je monte sur scène, j'essaie de passer un message. Je ne suis pas forcément là pour divertir. Ça ne se voit pas, mais je suis en burn-out. Je vais faire chier ma manager toxique. Sylvie. Je ne sais pas si vous la connaissez.
- Speaker #3
Non.
- Speaker #2
Elle s'appelle Haja. C'est son nom de scène. Obligé, vous connaissez une Sylvie ?
- Speaker #4
Oui.
- Speaker #2
Le genre de manager qui t'envoie un mail à 22h, puis à 6h du mat',
- Speaker #4
puis à 9h, elle dit « Pourquoi tu n'as pas répondu à mon mail ? »
- Speaker #2
Tu vois, des fois, les gens croient que c'est un stand-up où je vais vanner les gens. Non, en fait, je raconte des choses et après, on en débat. Parce que c'est suivi d'un petit échange. débat donc en fait j'appelle ça les soirées citoyennes t tth et on échange un verre de thé et on parle des thématiques et de dire ce que vous vous êtes normal est ce que c'est moi qui est fou est ce que c'est vous est ce que c'est la société donc toutes ces questions je les pose pendant le spectacle sur tes premiers les premiers spectacles que tu as fait est ce que c'est quelque chose qui a vraiment intéressé le public est ce que tu les vois impliqué ou pas ouais bah oui après on peut pas vraiment le faire dans une vraie salle de théâtre parisienne parce que comme tu l'as vu tu vois ils sont à l'heure donc il ya des spectacles mais normalement en fait le concept en lui même c'est deux heures, donc 1h10 de spectacle, 1h15, suivi d'un échange de 45 minutes. Donc c'est ça les soirées citoyennes. Là en fait si tu veux, tu vas le voir, on va arrêter le spectacle, on va devoir aller dans une pièce à côté, qui est une sorte d'agora, et les gens aiment bien échanger. Parce que d'habitude tu vois dans le spectacle parisien, c'est fini, tu serres la main à l'humoriste, tu fais des photos et après tout le monde rentre chez soi. Merci,
- Speaker #4
j'espère que vous avez eu l'occasion. de pouvoir échanger un minimum avec Magide. Mais ne vous inquiétez pas, le temps d'échange n'est pas terminé. Comme je l'avais annoncé à certains d'entre vous, Magide insiste pour avoir ce temps d'échange aussi, pour récolter vos anecdotes,
- Speaker #3
récolter vos feedbacks. L'objectif,
- Speaker #4
c'est quel type de public qui est venu te voir pour le moment ?
- Speaker #2
C'est assez cosmopolite. À la base, c'est beaucoup de gens qu'on connaît. sur la première, sur la deuxième, après il y a le bouche à oreille qui a pas mal marché, puis après ça parle un peu à tout le monde, puisque j'essaie d'ouvrir un spectacle qui s'adresse un peu à tout le monde, si tu veux, avec les thématiques, avec un regard qui est un peu différent, et c'est ce que je dis, donc je te montre un regard de Magide qui a grandi à Mantes, qui travaille à la Défense, qui est partie au Maroc et qui est revenue une main devant, une main derrière, mais c'est ce que je raconte, je suis venu en mode colon, j'ai cru que j'étais plus intelligent que les Marocains, et finalement non en fait ! Moi, je parle à un moment justement de la traversée France-Baroque. Et quand tu es perdu en Espagne et que tu es l'aîné, tu ne sais pas parler l'espagnol et que tu dois trouver la route. Parce que c'est ce que je dis dans le spectacle. Je suis l'ancêtre de Waze. Moi, c'était moins mental de dire la route de mes parents. Et après, il y a eu une spectatrice qui était d'origine turque. Elle a dit, vous, ça va ? Vous n'aviez qu'un pays. On en a sept à passer. Et c'est vrai que tu vois cette phrase. Pareil, j'avais oublié qu'en fait, eux traversent sept pays. pays. Et elle dit, quand t'es perdue en plein milieu de la nuit, en milieu de Zagreb et que tu parles pas, je fais, ah ouais, pas mal, tu vois. Et pareil, tu vois, ces idées reçues, je t'ai persuadé que moi, mes collègues turcs, pourtant on a grandi avec des Turcs.
- Speaker #4
T'étais sur l'avion ?
- Speaker #2
Ouais, je te jure. En fait, non, ils prennent aussi la voiture, tu vois, comme nous. Tu vois, elle a dit, vous, vous n'aviez qu'un pays. Ça, ça m'a marqué. Donc je dis, il faudra que je la rajoute dans le spectacle, cette petite punchline.
- Speaker #4
C'est vrai que c'est pas mal. Mais c'est vrai que moi, j'ai ce souvenir de ma mère qui me demandait, alors j'étais toute jeune, oui, demande des chips aux oignons.
- Speaker #2
Ouais.
- Speaker #4
Maman, je ne sais pas dire chips aux oignons. Elle me répondait, mais tu apprends quoi à l'école ?
- Speaker #2
Je parle pareil. Quand tu dois réparer le micronde, ta mère croit que tu as des ateliers de réparation de micronde à l'école. Elle me dit, tu fais quoi à l'école ? Tu es ingénieur ou pas ingénieur ?
- Speaker #4
Magie, on t'a aussi découvert au cinéma avec Ils l'ont fait. Est-ce que tu peux nous reparler de ce projet pour ceux qui ne l'ont pas vu ?
- Speaker #2
Oui, c'est un film qu'on a co-écrit à quatre avec trois autres camarades, qui sont Saïd Baïj, Rachid Akiaou et Khalid Balfoul. Et là, c'est plus politique, c'est une comédie dramatique sur les élections municipales. C'est l'histoire du jeune Khalifa Kamara qui décide de se présenter aux élections municipales face à un maire corrompu qui s'appelle Jacques Haddy. Donc, on dénonce le clientélisme, le communautarisme, la châtevoix. Et donc, c'est un film qu'on avait écrit au départ juste pour faire un beau brouillon. Et puis après, il nous a un petit peu échappé, puisqu'on a fait 220 projections débat dans toute la France et à l'étranger. Et donc, le film a parlé un peu à tout le monde. Et on l'avait passé aussi au Maroc, en Tunisie, en Belgique, à Molenbeek, etc. Et les gens s'identifient. Il est encore d'actualité, puisque les gens se présentent et ils demandent où c'est qu'on peut voir le film. Parce qu'il y a plein de listes citoyennes. Donc, c'est cool, parce que tu vois, c'est vraiment l'union que moi, j'aime bien. C'est-à-dire avec un message et qui permet de servir ce qui est dans la transmission. Pour moi, la culture est politique. C'est pour ça que je te disais, quand tu montes sur scène avec un message de faire un film, il doit y avoir un message politique.
- Speaker #1
C'était la dernière. Tu as perdu ton nom après.
- Speaker #0
Si on peut.
- Speaker #1
Ça a bien marché.
- Speaker #2
Nous, ce qu'on dit, c'est qu'on ne sera jamais mieux sérieux que par soi-même. Prenons-nous en main. C'est le message du film, du spectacle. C'est ce qu'on dit aussi. On doit construire notre propre table. C'est bien. Il y a plein de listes citoyennes. J'espère qu'il y en a qui vont gagner.
- Speaker #4
Toi, personnellement, quel est ton rapport à la politique ? Est-ce que tu as déjà été candidat ? Oui,
- Speaker #2
je me suis présenté en 2017, mais suite au film, puisqu'ils nous avaient un petit peu interdit le film, et le film, à la base, c'était qu'une comédie, et ils l'ont pris comme politique. Donc, en fait, on s'est présenté aux législatives avec les mêmes slogans que dans le film. « Votez pour nous, ils vont avoir le seum » .
- Speaker #4
Là, tu ne te présentes pas ?
- Speaker #2
Non, je ne me présente pas. Après, j'ai lancé un podcast où je reçois, qui s'appelle « QPV 2026 » , « Que pour vous 2026 » . où je reçois tous ceux qui nous avaient reçus pour le film et qui se présentent en liste citoyenne, justement pour essayer de comprendre pourquoi ils n'arrivent pas à péter ce plafond de verre, pourquoi il y a toujours le syndrome de Stockholm, les gens se plaignent de leur bourreau, et après ils votent pour leur mère sortant, qui est là depuis 20-30 ans. Et bizarrement, quand c'est un arabe, un noir, un turc, un chinois, ou un portugais qui a grandi au quartier, qui est compétent, qui a un programme, les gens ne votent pas pour lui. L'objectif, c'est d'essayer d'un peu te comprendre. le pourquoi du comment et d'insuffler un petit peu cette idée qu'il y a des gens compétents, ils sont là, vous les connaissez, vous pouvez leur demander des comptes, mais en fait, ils n'arrivent toujours pas à passer cette étape. J'espère que en 2026, il y en aura beaucoup qui vont réussir.
- Speaker #3
Voilà, je te prédis ici.
- Speaker #4
Ce podcast, est-ce que c'est quelque chose qui marche ? Est-ce que c'est quelque chose qui intéresse les gens, les jeunes aujourd'hui ?
- Speaker #2
Ça permet en tout cas aux listes citoyennes de se présenter. C'est une discussion comme on a là, toi et moi, comme au café. Là, j'essaie juste de savoir d'où tu viens, quel est ton parcours, pourquoi la politique, pourquoi tu te lances, est-ce que tu as déjà eu une liste ? C'est vraiment pour vulgariser, on va dire, la politique pour les nuls. Ils ne veulent pas politiser, il n'y a plus d'instructions civiques, ils ne savent même pas voter, dans quel bureau de vote, ils ne savent même pas qu'il fallait s'inscrire, toutes ces choses-là. Donc on essaie de vulgariser un peu ça pour que ce soit plus accessible à tout le monde. Je suis ingénieur, c'est ce que je fais. Après, on a ouvert des écoles du numérique. Donc on forme les gens des quartiers à Mantes, Trappes et Paris. Donc on prend les gens, on les forme au métier de développeur web, à la cybersécurité, à l'intelligence artificielle. donc pendant Six mois, on les forme et après, ils sortent avec une sortie positive, qui est soit un CDI, soit ils retournent à l'école.
- Speaker #4
Là, je comprends un peu mieux le mot schizophrénie. Parce qu'au-delà de la double nationalité ou des origines…
- Speaker #2
Il y a tous les métiers que je fais.
- Speaker #4
C'est ça. Comment tu arrives à tout gérer ?
- Speaker #2
En fait, j'ai retiré le mot « comment » de mon vocabulaire. Je ne me pose pas de questions sur le « comment tu vas faire » , je fais. Donc non, j'ai créé un spectacle, j'ai pris une date à Avignon. J'avais pris d'abord la date à Avignon, puis j'ai dû écrire un spectacle. C'est comme ça que ça s'est fait. Après, j'ai pris cinq dates ici. On va voir, on va essayer de le présenter aux gens. Et puis voilà, après on avance, on suit les signes, on va dire.
- Speaker #4
Comment tu as fait ce pas pour arriver à l'humour ? Parce que c'est vrai que l'humour, ça reste quelque chose de compliqué. La scène, le public.
- Speaker #2
En fait, si tu veux, comme nos vies ne sont pas drôles, on s'est dit, si on vient, on le met comme ça même pour le film. C'était une discussion qu'on avait au tout début avec mes trois autres camarades. Si on faisait un documentaire pur et dur, Les gens, ce serait trop violent, ils diraient vous inventez. Donc ça passe mieux le message avec l'humour. Même dans le spectacle, tu verras, je rigole de choses qui ne sont pas forcément drôles. Je parle de Félix Mora, par exemple, qui était le négrier, qui est venu choisir nos parents en leur mettant un coup de tampon rouge ouvert, qui viennent travailler dans les mines du nord de la France. Donc tu vois, ça, c'est pas drôle en fait. Mais après, je pose des questions. Qui est-ce qui a réussi sa vie ? Est-ce que c'est celui qui a reçu le coup de tampon rouge, qui a été recalé, qui est resté au bled ? Ou nous ? qui vivent au 15ème étage d'une tour dont l'ascenseur ne marche pas et qui pue la pisse. Donc, c'est des questions que je pose. Si tu les poses comme ça, c'est très cru. Sous la forme de l'humour, le message passe mieux et ça te laisse réfléchir.
- Speaker #4
Ok. Ce que je te propose, c'est de te laisser te préparer. Je vais te suivre un peu et je vais te retrouver juste après le débat.
- Speaker #2
Merci.
- Speaker #4
Super. Merci. Magique. À chaud.
- Speaker #2
À chaud.
- Speaker #4
Ça débatte.
- Speaker #2
Très bien. Très bien. Merci. Très bien.
- Speaker #4
Et le débat ?
- Speaker #2
Très bien, tu as vu le débat ?
- Speaker #4
On a vu que les gens se reconnaissaient dans ton spectacle.
- Speaker #2
C'est réussi du coup. C'est ça le plus dur, de trouver l'identification.
- Speaker #4
Qu'est-ce que ça te fait de voir ça en fait ?
- Speaker #2
C'est bien parce que quand je te disais que j'écrivais tout seul avec mon co-auteur, on ne sait pas si ça parle aux gens ou pas. Finalement, c'est une thérapie collective, c'est ça le plus important. Donc ouais, c'est top.
- Speaker #3
La semaine prochaine, Bleu Blanc Bled plonge dans la piscine de Tremblay en France avec Samir Swadji de l'association Apart.