- Speaker #0
Aujourd'hui,
- Speaker #1
Bleu
- Speaker #2
Blanc Bled rencontre Omar El Soumi, palestinien... porte-parole de l'association Urgence Palestine. Son association, créée après la guerre lancée à Gaza, dénonce le génocide. Cela lui a valu une accusation d'apologie du terrorisme. Il revient sur son engagement et les pressions lancées depuis trois ans par l'État français contre les voix palestiniennes. Olivier Azemor, d'Europalestine, vient en effet d'être condamné à 24 mois de prison avec sursis.
- Speaker #3
On est aujourd'hui, une fois encore, à Genève. au palais des Nations Unies pour interpeller la France à travers les rapporteurs et les rapporteurs spéciaux des Nations Unies. La répression et la criminalisation du mouvement, elle continue. Perquisition, gel des avoirs, garde à vue, verbalisation, amende, menace de dissolution, tout ça crée selon les Nations Unies un système répressif qui criminalise la solidarité avec le peuple palestinien. Donc oui, oui, Genève, j'arrive tout juste avec ma valise et on sort là d'une rencontre. à Paris, qui était une présentation de mon livre, Enfants de Palestine, et donc un moment assez cordial et fraternel de discussion sur les enjeux multiples de cette lutte de libération.
- Speaker #4
Vous êtes d'origine palestinienne, vous êtes née en France, vous pouvez nous raconter un peu votre parcours et comment vous êtes devenu le militant et l'activiste que vous êtes aujourd'hui ?
- Speaker #3
Moi je ne dis pas d'origine palestinienne, je dis plutôt de devenir et de destin palestinien. Palestiniens, palestiniennes, effectivement, on l'est par nos parents, par nos héritages, souvent marqués par l'exil. Mon père a vécu après la Palestine en Jordanie, en Syrie, au Liban, et ma famille est arrivée en France au début des années 80. Moi je suis né en 1981 à Paris. En 1982, notre maison à Beyrouth a été occupée et détruite par l'armée israélienne. Et donc assez vite, il est apparu qu'il n'y aurait pas de retour possible. Donc moi j'ai grandi dans les quartiers populaires de Paris, j'ai été dans les bonnes écoles de la bourgeoisie française, et je me suis construit comme militant de la cause palestinienne, Avec mon entrée à l'âge adulte qui se fait en même temps que l'explosion de la deuxième intifada, l'intifada d'Aqsa, au début des années 2000, j'ai rejoint assez vite l'union des étudiants palestiniens, donc mes années étudiantes à Sciences Po. Elles ont été marquées par ce grand foisonnement intellectuel et politique. On peut dire que je suis un gosse de Paname, un gavroche en partie au moins. Ma mère a le grand mérite d'avoir élevé seule trois enfants. Mes parents ont assez vite été séparés. Mon père c'est un artiste, ma mère une travailleuse du domaine. social on va dire et associatif et donc j'ai connu à la fois les fins de mois difficiles les frigidaires peu garnis et en même temps dans la cité où j'ai grandi pas très loin d'ici là on est dans le 19e arrondissement au bord du canal de l'ourc moi j'étais un peu plus haut du côté de Stalingrad Riquet dans mon immeuble en fait je faisais presque figure de privilégier aux côtés d'autres enfants, de familles très nombreuses, ouvrières. Mais en fait, en CM2, à la faveur d'une petite astuce, mon père a pu m'inscrire dans une école du 6e arrondissement de la capitale. J'ai donc quitté la plus grande école primaire de France pour arriver dans une école où... On était à peine quelques dizaines d'enfants et où j'étais le seul arabe. De Stalingrad à Sajarmadeh, il y a 10 minutes en vélo, 15 minutes en métro et pourtant c'est vraiment des mondes qui sont très très très différents. Et en fait, moi je pense qu'avant d'avoir une conscience profonde de la cause palestinienne... J'avais surtout une conscience profonde des injustices sociales.
- Speaker #5
Ça sera pour Isa et Félix.
- Speaker #3
Pour Isa et Félix.
- Speaker #4
Vous étiez un élève particulièrement brillant, étant donné que vous avez été admis à Henri IV. Vous avez donc obtenu votre bac avec mention de bien. Déjà, comment avez-vous vécu ces années à Henri IV, au milieu, comme vous le disiez, d'une classe particulièrement privilégiée ?
- Speaker #3
Le lycée Henri IV, moi, j'ai le souvenir des cauchemars. que je faisais dans l'été avant la rentrée. J'avais littéralement rêvé que j'étais avec une caricature d'école bourgeoise, avec des garçons aux chemises à carreaux boutonnées jusqu'au col, et des filles en jupe plissée. Et en réalité, mon cauchemar n'est pas loin de... C'est très réalisé. Je me suis retrouvé dans une classe qui était vraiment un condensé de ces caricatures qu'on peut avoir sur les écoles dites d'élite. J'ai redoublé ma seconde et puis en fait à force d'adaptation et de travail, j'ai repris un certain rang. je pourrais dire ici que... En première terminale, j'étais en filière économique et sociale, j'étais avec des personnes qui ont ensuite eu des succès. J'étais par exemple avec Stanislas Guérini, j'étais meilleur que lui à l'école, en maths, en économie et je crois dans l'essentiel des disciplines. Mais lui c'est un fils de bourgeois qui a fait ensuite carrière avec Strauss-Kahn et Macron pour devenir ministre. Moi j'ai eu un autre destin. En fait, dès la fin du lycée Henri IV, j'avais vraiment aucune envie de continuer dans ce milieu-là. Et donc j'ai opté pour un parcours à l'université. J'étais à la fac à Nanterre. Et finalement, j'ai passé les concours pour rentrer à Sciences Po à Paris. Sciences Po, c'était là aussi assez amusant. J'étais, je crois, un des premiers Arabes. J'ai été issu des quartiers populaires à rentrer en master en 2003. J'ai la chance en fait, dans ces quartiers de l'immigration populaire dans lesquels j'ai habité et grandi, d'avoir aussi eu des parents qui eux étaient quand même diplômés, qui ont fait des études supérieures et qui m'ont pu me transmettre un certain bagage culturel. Cette cause, aujourd'hui, elle rassemble sans frontières toutes celles et ceux qui soutiennent la résistance du peuple palestinien contre le projet colonial-sioniste qui, depuis son origine, vise à nous détruire. Mon père palestinien m'a beaucoup transmis aussi l'histoire longue de la Palestine, un enracinement dans presque, je dirais, l'archéologie de l'histoire du peuple palestinien et de son histoire charnelle. Et en même temps, je suis aussi l'enfant d'une révolutionnaire yougoslave qui a rejoint depuis un campus allemand la lutte de libération du peuple palestinien. Elle a été parmi les premières femmes dans les rangs de l'Organisation de Libération de la Palestine à être formée au combat, y compris à la lutte armée. Et entre ces différents héritages, ces différents bagages, il y a aussi ma culture ou ma conscience politique. D'enfant d'un exil qui atterrit dans les quartiers populaires de Paris où on vit et subit les ségrégations, les violences, le racisme, le mépris de classe. Du coup j'ai cultivé une certaine forme de révolte spontanée. Alors j'ai pu aller en Palestine la première fois seulement à la toute fin des années 90.
- Speaker #4
Qu'est-ce que vous avez ressenti ?
- Speaker #3
C'était vraiment le retour à un pays rêvé, la réalisation d'un rêve qui semblait très très lointain en fait. Toute mon enfance, j'ai grandi avec cet interdit et avec l'idée à l'époque aussi qu'on rentrerait en Palestine quand elle serait libérée. Et la réalité effectivement c'est que finalement, je ne rentre pas dans une Palestine libre, je rentre En Palestine à la faveur d'un passeport français qui est Mont-Sézame pour accéder, mais donc sous condition, en tant que touriste à la terre de Palestine. C'est avec mon père qui a été, donc on dit naturalisé, je trouve que c'est une très vilaine expression. Il a acquis la nationalité française en 1980. En 1999, c'est un sentiment encore assez ambigu que je pense à l'époque j'ai du mal à décoder, décrypter. On était à cette époque, on était dans les négociations des accords de Camp David, dans l'idée qu'il y allait y avoir prochainement un État palestinien, mais un petit bout d'État palestinien, c'est avec la deuxième éthifade que je comprends la nature coloniale de ces processus dits de paix. En même temps, le sentiment que je garde de ces premiers pas en Palestine, c'est vraiment un sentiment d'appartenance. Le sentiment de retrouver un endroit que, sans avoir connu directement, en réalité m'a toujours habité. Après, j'ai connu 12 années d'interdiction de séjour en Palestine.
- Speaker #4
Pourquoi ? Pour quelles raisons ?
- Speaker #3
En fait... Après les années 2000, j'ai participé à organiser des condétés en Palestine pour des jeunes de France et d'Europe plus généralement qui venaient avec nous, étudiants palestiniens, à la rencontre de la résistance palestinienne, de l'intifada de notre peuple, de ces familles de martyrs et de prisonniers qui ont tant de dignité à transmettre. Et assez vite, j'ai été fiché par les services israéliens. Ce qui était très clair, c'est que dès que... un palestinien, même détenteur d'un passeport français ou américain, s'engage. En fait, il est banni de Palestine. Et j'ai pu y retourner après des longues années d'interdiction avec mon épouse et mes enfants. Mais en réalité, aujourd'hui, pour moi, il est évident que le seul retour digne sur notre terre, c'est le jour où elle sera libérée de l'oppression coloniale et le jour où ce régime génocidaire Euh... ton bras.
- Speaker #6
De Versailles à Cazor ! Résistance ! Résistance ! De Versailles à Cazor ! Résistance ! Résistance !