- Speaker #0
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- Speaker #1
D S PQ PQ PUS pour rencontrer l'un des cofondateurs du Parti des Indigènes de la République, Youssef Boussouma.
- Speaker #2
Merci de nous soutenir depuis trois ans maintenant, c'est la troisième année du village antifasciste. Merci à toutes les organisations qui ont...
- Speaker #3
Qu'est-ce qu'il y a de plus qu'on passe ? Bon, salut vous, M. Boussouma ! Ça va très bien, cher ami. Alors, nous sommes ici au village antifasciste. C'est un village qui est organisé chaque année. Alors il y a un ensemble de guitounes, de stands, etc. De toutes les organisations antifascistes. C'est une sorte de festival antifasciste.
- Speaker #4
Vous militez depuis un demi-siècle maintenant quasiment ?
- Speaker #3
Plus qu'un demi-siècle même, je dirais.
- Speaker #4
Comment vous êtes venu à l'antiracisme, au militantisme ?
- Speaker #3
La guerre d'Algérie, forcément, enfin la révolution algérienne. Je suis d'une famille qui est algérienne donc. Et mes parents sont venus en France juste après la Seconde Guerre mondiale. Mon père est venu comme ouvrier après avoir combattu dans l'armée française pour la Seconde Guerre mondiale en tant qu'appelé. Et ensuite, à la fin de la guerre, il revient ici comme ouvrier, comme beaucoup. C'est le parcours classique de milliers d'immigrés, donc nord-africains. Et ensuite, quand la guerre d'Algérie arrive, éclate. Et bien donc ma mère, parce qu'à l'époque ma mère et Sol avaient à nous élever, et ma mère donc va être militante du FLN. Dans la cité ouvrière dans laquelle nous habitons, à Argenteuil, au nord de Paris, j'ai grandi dans cette ambiance, et donc je crois que dès le départ, voilà, cela m'a peut-être formaté en ce qui concerne les injustices, en ce qui concerne le racisme évidemment, qui sont très très présents, parce qu'on l'oublie souvent. Mais la guerre d'Algérie en France a été quelque chose de terrible. A été quelque chose de terrible. On tuait, on torturait. Tout jeune qui a grandi dans les années 60 en France est complètement imprégné de cette atmosphère de la guerre d'Algérie. Dans les commissariats de police, œuvrent des officiers de police qui ont servi pendant la guerre et dont certains se sont rendus coupables de crimes, de crimes de guerre, même si ce ne sont que des policiers. Donc voilà, on a grandi dans toute cette ambiance, dans toute cette ambiance raciste. Et donc très naturellement, très jeune, je m'intéresse aux questions politiques. Si on est en pleine période de Nasser, en Égypte, dans toute cette période des guerres coloniales, moi je suis d'une ville communiste en plus. Je suis d'une ville communiste, Argenteuil est une grande métropole, enfin pour la France c'est une métropole. une grande ville communiste et donc on a des militants, on a des militants qui ont connu la guerre. J'ai grandi dans toute une ambiance, aussi bien au niveau de ma famille, de la mémoire de ma famille, mémoire des luttes, que dans la ville où je suis, toute une ambiance militante et donc naturellement, je commence à militer quand je suis au lycée. Je commence à militer d'abord dans les rangs anarchistes, dans les rangs libertaires. Pourquoi ? D'abord par refus de l'armée, évidemment, par refus de l'armée et parce que je pense que c'est là que s'exprime le mieux. La détestation du racisme et de toutes ces choses qui nous horrifient. Alors je suis timide au départ, mais j'ai fait du théâtre. Et le théâtre m'a beaucoup aidé. Je crois que c'est par le théâtre que je me suis mis à... Parce que j'étais aussi au club théâtre de mon collège et puis de mon lycée, qui m'a permis de parler en public. Parce que c'est pas évident.
- Speaker #4
Vous avez ensuite fait des études d'histoire ?
- Speaker #3
Alors, bien après. En fait, quand je sors du lycée, à l'époque, on n'était pas tellement préoccupés par l'avenir, en vérité. Je suis d'une génération qui n'avait pas peur de l'avenir. Parce qu'on était convaincus que la révolution était très proche. Et ça, c'est vraiment quelque chose que les jeunes de maintenant ont du mal à comprendre. Mais pour nous, il était évident qu'en France, pas qu'en France, en Europe, on est dans les années 70, l'heure est à la révolution. Partout, il y a des mouvements révolutionnaires, et pas uniquement révolutionnaires, ou en tout cas des mouvements sociaux. Il y a des mouvements syndicaux très puissants, des grèves très nombreuses, puissantes. Et quand je sors du lycée, notre préoccupation, ma préoccupation à moi, c'est toujours de militer. Et puis en plus, comme on n'a pas de problème pour trouver du travail, donc on est prêt à faire tous les boulots, donc j'ai fait un petit peu tous les boulots. Mais je n'avais pas envie de faire d'études. On s'est inscrit à la fac, on s'inscrivait à la fac uniquement pour avoir les tickets restaurant. Et puis j'ai commencé par faire éducateur. Je ne m'inscris pas à la fac, ou si je m'inscris à la fac, mais j'assistais pas aux cours, fac de cinéma, mais à Paris 8, Vincennes, qui était la grande fac révolutionnaire à l'époque, qui venait d'être créée juste après 68, et je milite, et je suis éducateur quand même pour gagner ma croûte, pour travailler, et cela nous amène aux années 80. Et c'est dans les années 80 que je vais vraiment m'engager davantage dans le militantisme, dans une radio libre, ce qu'on appelait la radio pirate à l'époque. Je fais partie de ceux qui ont créé une radio pirate, qui s'appelle les Radio Mouvance, qui était située à Barbès, qui était très en lien avec la population de Barbès, qui était même entièrement financée par la population de Barbès, qui était totalement autonome, c'est une radio pirate, vraiment pirate.
- Speaker #5
Eh bien nous sommes donc dimanche 10 mai 1981, le deuxième tour de l'élection présidentielle. Nous vivons ensemble un moment décisif. Dans quelques secondes, effectivement...
- Speaker #3
15 secondes... 25 secondes, pardon. Soyons à l'heure.
- Speaker #5
Dans quelques secondes, vous allez connaître le nom du président de la République. 5, 4, 3, 2, 1 François Mitterrand est élu président de la République Et donc les années 80,
- Speaker #3
c'est une grande année, c'est l'arrivée de Mitterrand au pouvoir J'ai une profonde détestation pour Mitterrand, je le dis Le personnage, c'est pas l'être humain, ça c'est autre chose Mais ce qu'il représente, ce qu'il a fait en Algérie Ne pas oublier que Mitterrand a été ministre de la justice en Algérie Et qu'il porte une responsabilité dans la répression mais aussi dans l'exécution, dans la peine de mort appliquée à de très nombreux, plus d'une centaine de militants indépendantistes qui ont été guillotinés sous son égide. Mais ma grande cause à l'époque c'est déjà la Palestine. C'est déjà la Palestine, l'anti-impérialisme, l'anti-colonialisme et c'est donc dès le début des années 80 que je m'engage, déjà avant 82, mais surtout avec 82, l'invasion du Liban. ou Paris, à l'époque. Paris est un vivier de réfugiés politiques en fait. Le fait que la gauche arrive au pouvoir permet malgré tout, il y a le parti communiste qui est quand même au gouvernement, donc ça permet à beaucoup de réfugiés politiques dans le monde de venir à Paris. Et donc Paris est un lieu de rencontre politique, international, vraiment. Je vais me lier avec des militants qui viennent du monde arabe. Bien sûr des Libanais, des Palestiniens, c'est la cause principale qui va m'habiter à partir de ce moment-là. Le gouvernement de gauche, dit de gauche, va réprimer beaucoup les militants pro-palestiniens. Nous sommes arrêtés souvent, nous sommes arrêtés souvent pour notre militantisme. C'est comme ça que j'ai fait la connaissance d'à peu près tous les commissariats de Paris. Il y a un épisode qui est... Le fondamental de mon parcours, surtout après les années 70, les années 80, on a un certain nombre de crimes racistes et cela va exacerber une colère et un mouvement qu'on va appeler le mouvement Beurre. Ces jeunes vont s'organiser et faire ce qu'on appelle la marche pour l'égalité. Donc c'est un groupe de jeunes qui va traverser la France pour porter une parole antiraciste. Et cela, ça fait suite à un événement raciste qu'a connu Toumi Dja Dja, qui était le leader de ce groupe. Ça veut dire quoi cette égalité ? Eh bien être considéré comme des égaux. Et aussi, une demande, c'est le droit de vote. Le droit de vote, en tant qu'eux, formellement, sont des citoyens français. Mais ils pensent aussi à leurs parents, à ces travailleurs, qui travaillent, qui construisent le pays, qui produisent la richesse, et qui n'ont pas le droit de vote. Donc ils demandent le droit de vote. pour les immigrés. Ça c'est important. Et moi je participe à cette arrivée à Paris de la marche. Je n'ai pas fait la marche à travers le pays, mais je suis à la grande manifestation qui couronne cette marche en décembre 83. En 84, il y aura un renouveau de cette marche pour l'égalité, avec une marche qu'on appellera Convergence 84. Et en 85, le Parti Socialiste, ses représentants, comme Julien Drey et autres, créeront SOS Racisme avec l'union des étudiants GIF de France. Et d'ailleurs à l'époque, ça donne lieu, je le dis, à un certain nombre de batailles, pas que des joutes oratoires entre les partisans des SOS Racisme, du PS, etc. Tout ce mouvement est initié par le Parti Socialiste et les militants pro-palestiniens qui sont en même temps des militants anticolonialistes, en même temps des militants pour la canne à qui libre. Oui, c'est quoi ? Excuse-moi.
- Speaker #1
Ah ok. On organise ensemble.
- Speaker #3
Ah bah oui, très bien. Bien sûr. Nous, on a une émission sur notre web TV. On a une web TV, Parole d'honneur, tu sais. Je suis Parole d'honneur, donc je vais en parler. Hein, d'accord ?
- Speaker #6
Super.
- Speaker #3
Cette bagarre qui a lieu devant l'ambassade d'Afrique du Sud, elle est mémorable, puisqu'il y a d'un côté un certain nombre de militants maghrébins, algériens, marocains, tunisiens, Et... puis des militants anticolonialistes antillais, très nombreux, guadeloupéens, il y avait un mouvement guadeloupéen très important à l'époque. Et en face, il y a les rangs d'SOS Racisme, avec l'Union des étudiants juifs de France, avec des petits nervis du Parti Socialiste, et donc avec à leur tête Arlène Désir. Je ne sais pas s'il s'en souvient, Arlène Désir, évidemment je me retrouve face à Arlène Désir, donc c'est comme ça que, auquel que sorte, la bagarre commence. Mais si, voilà, c'est que ça commence parce que les militants guadeloupéens reprochent à Arlène Désir qu'à l'époque il y avait beaucoup de répression en Guadeloupe. Son silence total sur la répression qu'il y a à l'époque en Guadeloupe, il y a eu quelques coups, quelques nions qui ont été échangés, jusqu'à ce que les policiers interviennent. Mais les policiers sont intervenus, mais... Ils n'ont pas compris qui étaient les méchants, les policiers. Ils pensaient que les méchants, c'était Arlène Désir et les autres. Et donc ils ont compris Arlène Désir. Alors bon, et qui s'est fait gazer d'ailleurs par les policiers. Bon et nous, évidemment, on a pu partir tranquillement. Mais voilà, un petit peu...
- Speaker #0
Il ne faut pas afficher à l'école les signes des différences religieuses. Donc pas de foulard par exemple. Ça voudrait dire ça, mais je mets au-dessus de ça un autre principe, qui est que l'école en France doit accueillir tous les enfants.
- Speaker #3
2004. Ça va être la loi sur les signes religieux à l'école, la loi islamophobe sur les signes religieux à l'école, et ça va être à nouveau un nouvel engagement. Et si on considère que le droit à l'éducation est un droit fondamental, qui ne peut souffrir aucune contestation, comment a-t-on pu dénier à ces jeunes filles qui portaient un foulard le droit à l'éducation ? Et ce qui va vraiment nous frapper, c'est surtout les réactions que cela va susciter. Un déchaînement de racisme inouï !
- Speaker #7
En décembre 2003, le rapport est adopté et Jacques Chirac en reprend la principale mesure.
- Speaker #3
J'estime que le port de tenue ou de signe qui manifeste ostensiblement l'appartenance religieuse doit être proscrit dans les écoles, les collèges et les lycées publics. Voilà, ces jeunes filles seraient alors sciemment ou inconsciemment les agents... d'un complot frère musulman, d'un antrisme. D'ailleurs, vous savez qu'on y est encore avec cette loi sur l'antrisme frère musulman. C'est absolument incroyable jusqu'à aujourd'hui. Ces balivères n'ont encore cours. Et donc c'est là que, outré par cette loi, mais aussi par les réactions à cette loi, nous avons le sentiment qu'il y a un racisme profond dans ce pays et qui est encouragé par les élites politiques. Et c'est ça le plus grave. Et donc, c'est comme ça qu'il y a eu l'appel des indigènes de la République. Qui va devenir le mouvement des indigènes de la République, MIR, et par la suite le parti des indigènes de la République, jusqu'en 2019. Alors évidemment, nous, quand nous parlons d'indigènes de la République, c'était une analogie, c'était une image. Nous savons très bien que nous ne voulons pas la situation des indigènes dans les colonies, bien évidemment. C'était dire qu'il y avait encore un parfum colonial dans ce pays. Un continuum colonial. Un continuum colonial, et qu'il fallait absolument dénoncer.
- Speaker #4
Après un demi-siècle de lutte, de militantisme...
- Speaker #3
J'y crois toujours, et là je participe à un média qui s'appelle PDH, Parole d'honneur. qui agit toujours dans ce sens. Et j'y crois vraiment plus que jamais pour une raison qui est simple, c'est que je pense que nous arrivons à l'heure de vérité. Il y a malgré tout dans ce pays une contestation, et vraiment jamais le pays de la France ne s'est trouvé à une heure de vérité comme aujourd'hui. Je crois qu'il faut remonter à l'avant-guerre, l'avant-seconde guerre mondiale, pour trouver une telle tension au niveau du débat.