- Speaker #0
Le Blanc Bled vous emmène aujourd'hui dans le 93 près de Paris rencontrer l'association Bonlieu Plus qui prépare une maraude spéciale canicule pour les sans-abri. On suit Danish Bachir, élu au Plessis Bouchard et bénévole de l'association Bonlieu Plus.
- Speaker #1
Bonjour. Bonjour.
- Speaker #2
C'est un truc, ça s'appelle Maroude, bon lieu plus.
- Speaker #1
C'est ça, c'est ici. C'est ici ? C'est exactement là. Bonjour. Faut venir vous aussi, monsieur. Elle est partie. Alors, on est en plein cœur du 93, entre Aulnay, Ronissoubois, Bondy. Et là, on est dans le local juste à côté de la gare, qui nous est prêtée par l'Amérique du Blanc-Ménil.
- Speaker #3
OK. Et qu'est-ce qui va se passer concrètement ?
- Speaker #1
Alors là du coup on attend les bénévoles, on a fait des courses justement, on les attend pour préparer les paniers repas. On tourne à peu près entre 15 à 35 bénévoles selon les maraudes. Il y a là du tomate fraîche, de la salade fraîche, des bagages Les baguettes sont artisanales. Les pommes, je viens de les acheter. L'objectif, c'est de donner quelque chose qu'on pourrait nous-mêmes manger. Alors qu'en période de canicule, on essaie de mettre une deuxième bouteille d'eau. Et on a des vaporisateurs qu'on prend avec nous pour pouvoir en faire profiter un petit peu les bénéficiaires. C'est vrai que c'est très compliqué pour eux. Souvent, c'est très compliqué pour nous aussi de les trouver à ce moment-là parce qu'ils se cachent là où il fait frais. Clairement, à 38°C ou à 40°C, ils ne peuvent pas rester à l'extérieur. Donc ils vont s'abriter sous des ponts. ou dans les métros. Du coup, là où il y a toute la mise en sac, donc tu as les bouteilles d'eau, le jus, les gâteaux. Aujourd'hui, on a des pommes. Il y a des chips aussi. On voulait faire un panier repas un peu plus important que d'habitude. Et du coup, là, on se sera mis en sac avec un mouchoir. Du coup le sandwich... à la fin juste après bas du coup là tu as le la confection des sandwichs baguette comme je dis artisanal maillot fromage charcuterie salade tomate et puis dans pas longtemps on va mettre un poste en bas là bas pour préparer de l'eau chaude pour la faire vers du thé du café je suis mal que je prenne ça s'il te plaît attention à toi Jamais ! Est-ce qu'après la vectorac, on peut débarrasser, tu pourras lancer l'eau chaude ?
- Speaker #3
Là c'est pour le café, le thé ?
- Speaker #1
Oui, exactement. Là tu as des thermos, tu as des bouilloires. Et on va du coup les brancher. Alors ce qui est pas mal, c'est que c'est vraiment un point, enfin c'est vraiment une manière d'aborder les gens. En fait on leur propose un café directement. Les vélites sont parfois demandeurs de nos panieres.
- Speaker #3
Donc eux ils distribuent mais ils n'ont pas forcément à manger.
- Speaker #1
Pourtant ils distribuent à manger, tu vois le paradoxe.
- Speaker #2
Il attend que ça se vienne un peu ou pas ?
- Speaker #1
Euh pour euh... Non non balance, tu coupes tout. Ouais ? Ouais coupe tout, de toute façon il y en a pas assez.
- Speaker #3
Du coup l'association c'est banlieue plus. Tu peux nous parler de ton rôle dans l'association ?
- Speaker #1
Alors moi je suis un des responsables de l'association. On prépare les maraudes en tant que responsable. On fait toutes les courses, tout ce qui est fait en amont. Après, ça peut être des réunions, des rencontres avec les mairies avec lesquelles on peut travailler, etc.
- Speaker #3
Tu as rejoint quand Banlieue Plus ?
- Speaker #1
En 2017.
- Speaker #3
Est-ce que tu faisais déjà partie d'autres associations ? Non, en fait un jour
- Speaker #1
J'avais fait un C'était un jour de livre je crois On avait commandé à manger On avait fait un très tard Il restait beaucoup de nourriture On s'est dit au lieu de gaspiller On va aller distribuer ça sur Paris Et j'ai eu l'idée à ce moment-là De faire des maraudes Je me suis dit je vais créer mon association Et je suis tombé sur Facebook Bonjour Salut Salut ! Pour les choses, je veux dire. Ouais ? Tu les remplis et tu essaies de trouver les prises dispo pour les brancher à droite à gauche. Et vous, en fait, ce que vous allez faire, c'est des petits sacs. Ok,
- Speaker #2
je vais faire ça.
- Speaker #1
Tu vois ? Mais tu ne veux pas grand-chose dedans. Et tu mets 5-6 t-shirts par secteur. Tu vois ? Oui, alors justement, en fait, on est partis distribuer avec mes amis sur Paris. Je me suis dit, vas-y je crée mon application. Je me suis retrouvé à m'arrêter à la chapelle. Et il y a un afghan qui vient me voir et il me dit ça fait deux jours que je n'ai pas mangé. Ça m'a fait de la peine, je me suis dit mais c'est pas possible. Comment dans une grande ville comme ça avec des restos partout, les gens ne peuvent pas manger, les gens partout. Et je me suis dit, il faut que je fasse quelque chose à mon échelle. Et je suis tombé quelques jours après, coïncidence ou pas, sur banlieue plus et je me suis inscrit à une maraude. quelques mois plus tard m'a proposé de prendre un poste de responsable. Donc depuis je suis resté à Bandeleplus.
- Speaker #3
Tu te souviens de ta première maraude ?
- Speaker #1
Oui je me souviens bien de ma première maraude, je me souviens même des personnes avec qui j'ai maraudé. Ils sont plus là. Avec le temps les gens ont des occupations et tout donc il y en a qui viennent, il y en a qui ne reviennent plus etc. Il y a une rotation. Mais oui je me souviens.
- Speaker #3
C'était dans Paris ?
- Speaker #1
C'était dans Paris oui. C'était au mois de mai. On a fini les préparatifs, on a fait un petit débrief avec les équipes et là du coup on va marauder.
- Speaker #3
Donc nous on se dirige vers Porte de Bagnolet.
- Speaker #1
Exactement, alors aujourd'hui on va faire un secteur Porte de Bagnolet chez Agambeeta.
- Speaker #3
Et on va parler un peu plus de toi, est-ce que tu peux te présenter rapidement ?
- Speaker #1
Alors moi je suis... Dans la vie, je suis responsable d'une agence de voyage. Je travaille pour un grand groupe. J'aurais été dans le commerce. J'ai géré un restaurant. J'ai été dans la vente. Vraiment, c'était à chaque fois souvent lié à la vente ou à la gestion d'un point de vente. Aussi dans l'associatif, depuis une dizaine d'années. Mais ce côté-là m'a permis aussi aujourd'hui d'être élu sur ma ville. Il y a à peu près six mois maintenant. il y a une personne dans ma ville qui vient me voir, qui me dit je sais que tu es dans l'associatif, ça fait des années donc moi je me présente sur la ville et on recherche des personnes comme toi pour être colistier avec nous et sur le coup je... Je me suis dit, bon moi je ne suis pas trop dans la politique, mais pourquoi pas, on essaye, on voit ce que c'est. J'ai essayé de voir aussi les personnes qui étaient avec moi, pour voir de quel côté politique ils étaient un petit peu on va dire. Et finalement je me suis rendu compte que c'était une liste citoyenne et que ça me correspondait carrément. Trois mois de campagne et finalement on a été élus. Et du coup aujourd'hui je suis sur l'associatif, le sport et la jeunesse. C'est un peu ce qui me correspond aussi. Je suis toujours dans l'associatif aussi, mais du coup élu sur ma ville.
- Speaker #3
C'est ton parcours avec l'association qui t'a mené jusque là ?
- Speaker #1
Là carrément oui, parce que l'objectif moi c'était de travailler un petit peu avec ma ville. Je vis là-bas donc on fait aussi des colis alimentaires avec Banlieue Plus. Mon objectif c'était un peu justement de mettre des colis alimentaires sur ma ville, éventuellement de la médiation de quartier. C'est vraiment par rapport à la petite histoire que je t'ai racontée tout à l'heure. Vraiment c'est ça qui m'a poussé à être dans l'associatif. Après j'ai grandi là-dedans en fait, on a toujours été dans le don etc. J'ai vu mes parents le faire. Donc c'est vrai que ce côté-là aussi, depuis qu'on est petit, on voit nos parents donner, partager etc. Et c'est un plaisir aussi.
- Speaker #3
Toi t'es franco-pakistanaise du coup.
- Speaker #1
Je suis franco-pakistanaise.
- Speaker #3
Donc c'est dans ta culture un peu, c'est dans la culture pakistanaise peut-être ?
- Speaker #1
C'est dans la culture carrément. Alors là du coup, si on parlait du Pakistan, c'est vraiment dans la culture pakistanaise de partager. J'ai grandi comme ça, avec toujours le partage. On avait des voisins algériens. Du coup, la maman qui est la copine, une des meilleures copines de ma mère, on parlait, on se partageait énormément de plats. Donc j'ai grandi avec des plats algériens toute mon enfance. Et nous, on leur partageait tous nos plats pakistanais. Et c'est beaucoup plus agréable, la vie est beaucoup plus agréable dans le partage que dans la solitude. Ben Garde encore. C'est de Côte d'Ivoire ? Côte d'Ivoire.
- Speaker #4
Côte d'Ivoire qu'on fait. C'est la joie.
- Speaker #3
Est-ce qu'il y a un souvenir qui t'a marqué lors d'une maraude ou d'un événement associatif ?
- Speaker #1
Il y en a eu plusieurs. Plusieurs, il y en a tellement. Avec le temps, on se coupe un peu des émotions parce que sinon, on ne s'en sort plus. C'est tellement riche et dur la rue que parfois, il faut se mettre des barrières psychologiques. Mais il y a des fois où non. Quand on voit des petits dans la rue ou quand on voit des familles avec des enfants très jeunes dans la rue, c'est très touchant. Ou alors la personne qui me remercie en pleurant. En me disant ça fait deux jours que je n'ai pas mangé, donc c'est vrai que ça quand même, on reste humain, donc la petite larme des fois, elle peut couler.
- Speaker #3
Est-ce que ça t'a appris quelque chose sur toi-même ?
- Speaker #1
Peut-être ce côté justement partage, ou ce côté où je prends du plaisir à faire plaisir aux autres, je pense que c'est ça qui m'enrichit là-dedans.
- Speaker #3
Aujourd'hui, on voit qu'il y a quand même pas mal de... T'en parlais tout à l'heure, il y a plusieurs points de distribution, ce qui veut dire qu'il y a plusieurs points où il y a des personnes qui sont sans abri. Est-ce qu'il y aurait une manière de faire évoluer les choses ou pas ?
- Speaker #1
Alors, c'est une question justement, c'est un sujet que j'aurais bien voulu traiter. Tant mieux, tu me poses la question. J'ai commencé en 2017 et plus les années avancent... Plus le nombre de sans-abri augmente. Moi, de ce que je vois, c'est de pire en pire. Nous, à notre échelle, ce qu'on fait, c'est le max. Là, ce qu'on fait vraiment, c'est le maximum. Donc là, vraiment, nous, on fait notre devoir de citoyen en apportant de l'aide à ces personnes qui sont à la rue. Mais là, du coup, c'est vraiment aux grandes instances de gérer ça. Au revoir !
- Speaker #3
Merci,
- Speaker #1
merci beaucoup.
- Speaker #3
Alors, du coup, là, sur la distribution, il y a eu quelques petites péripéties ?
- Speaker #1
Oui, du coup, on a... Le monsieur que tu as pu voir, qui avait les jambes complètement gangrénées, il a une blessure, il ne se soigne pas, il est resté comme ça depuis des semaines et des semaines. Donc il avait des deux jambes complètement gangrénées et malheureusement ce monsieur ne veut pas se faire soigner. Donc on a appelé les pompiers, les SAMU et finalement on se rend compte qu'il ne veut pas, il ne veut pas y aller. C'est encore plus triste parce que pour lui comme il est à la rue, je pense qu'il a complètement abandonné l'idée de vivre.
- Speaker #3
Toi qui fais ça depuis une dizaine d'années, tu te dis pas des fois, ouais c'est lassant, je peux plus voir ça ? Ou non, au contraire, ça te booste à continuer ?
- Speaker #1
Ouais, j'utiliserais pas le terme obligé, on est obligé à rien en soi, mais c'est quand même, c'est un besoin pour moi, tu vois, d'aider en fait. Je suis dans l'associatif, que ce soit pour cette association-là ou même dans mon rôle de conseiller municipal en fait, l'objectif c'est d'aider les gens. Aujourd'hui je suis vraiment sur cette optique où... Moi, ça me plaît. C'est sûr que si je ne pouvais pas le faire dans le sens où il n'y a plus personne dans la rue, oui, ça serait l'idéal. Ça serait vraiment le monde idéal, mais malheureusement, le monde idéal n'existe pas. Mon objectif, justement, c'est de sensibiliser la nouvelle génération sur tout ça. C'est hyper important, il ne faut pas que ça se perde. C'est des valeurs qui sont très importantes et ancrées dans ma vie.