- Speaker #0
Une douleur effroyable de vieillir. Vous savez, c'est addictif les réseaux sociaux. Même pour moi, les femmes qui n'ont pas la liberté de faire des études. Elles étaient sacrément culottées et sacrément courageuses. Vous voyez, j'en ai les larmes aux yeux. Ils m'ont dit, mais moi je ne sais pas faire ton cinéma. Être engagée dans une vie, pas beaucoup de producteurs. un césar d'honneur une palme d'or d'honneur par deux blocs de béton de chaque côté c'est terrible on va faire une expérience ensemble qui va être violente alors l'idée de l'intuition féminine ça m'énerve énormément ça vous prend à la gorge aujourd'hui
- Speaker #1
nous allons parler avec une femme née au coeur même de la création une femme qui a grandi là où pour beaucoup on ne fait que rêver d'entrer, Rosalie Varda. Fille d'Agnès Varda, photographe, cinéaste, artiste visual, féministe, esprit libre, figure majeure du cinéma. Fille adoptive de Jacques Demy, cinéaste immense, dont l'œuvre continue d'imprégner notre culture, notre imaginaire, nos musiques. Peau d'âne, les demoiselles de Rochefort, les parablies de Cherbourg, ces films, vous les connaissez. Aujourd'hui, c'est Rosalie Varda que nous accueillons dans le podcast Briante Mes Aventures, un épisode où on va parler entrepreneuriat, développement personnel. Donc si ça vous intéresse, abonnez-vous. Est-ce que vous allez bien déjà pour commencer ? Oui, je vais très bien. Passez une bonne journée.
- Speaker #0
La journée commence, donc je ne sais pas si elle va être bonne, mais elle sera très bonne. Super.
- Speaker #1
Je voulais savoir quelle entrepreneuse vous êtes.
- Speaker #0
En tant qu'entrepreneuse, j'ai eu plusieurs métiers et des choses très différentes dans ma vie. Ce que j'ai peut-être appris avec ma mère, c'est d'être plus à l'écoute des autres, peut-être plus à l'écoute des jeunes générations, des nouvelles technologies et la curiosité quand même. et quelque chose qui me touche.
- Speaker #1
Vous pensez qu'elle était quel type d'entrepreneuse ?
- Speaker #0
Elle était sacrément culottée, sacrément courageuse. Parce qu'elle a créé une coopérative en 1954 pour autoproduire son premier long-métrage. Et de cette coopérative, c'est devenu Tamaris Films, sa société de production. Et en 1975, elle l'a vraiment développée pour coproduire ou produire ses longs-métrages, ses courts-métrages et ses documentaires. Parce qu'en fait, pas beaucoup de producteurs voulaient la produire. Elle faisait peur. sa liberté faisait peur son engagement être féministe non son engagement être féministe c'est une chose mais être engagée oui c'est une autre c'est une autre et être engagée ça comprend de penser que le féminisme on ne devrait même pas en parler pourquoi vous avez décidé d'être créatrice costumière et pas photographe cinéaste alors j'ai jamais eu envie d'être devant la caméra le métier d'actrice me semblait quelque chose de terriblement violent Merci. D'abord, on vous voit à l'écran, en gros, ça aplatie, ça grossit. Il faut être très narcissique pour être acteur ou actrice. Après, je n'avais pas du tout envie d'être cinéaste non plus. Ça me semblait tout à fait pas du tout dans mon désir. Puis en plus, vous avez Agnès Varda, Jacques Demy. Vous imaginez quel bagage et quelle difficulté que vous commencez déjà avec, plombé par deux blocs de béton de chaque côté. C'est terrible. photographe, j'y ai jamais pensé. Au départ, en rigolant, mais je faisais des études, j'avais pris en langue anglais, russe, chinois et la politique internationale m'intéressait beaucoup. Je m'imaginais d'une façon un peu rigolote, mais tout ça c'était pour rigoler, mais l'art me plaisait bien, la couleur. J'ai fait une formation plutôt liée de styliste et de formée pour... dessiner des costumes de mode, plutôt une formation histoire de l'art et mode. Et tout de suite, j'ai fait des costumes de cinéma, de théâtre.
- Speaker #1
Vous aviez contacté quelle personne, le nom ? Je ne retiens pas beaucoup les noms. Que vous aviez contacté pour lui dire, ce n'est pas normal qu'Agnès n'ait pas de César, elle n'est pas de reconnaissant. Et c'est vous qui avez été à l'initiative de ces beaux titres.
- Speaker #0
Mais moi, j'avais envie qu'elle le savoure. Vous voyez, c'est une artiste assez extraordinaire. c'est la seule femme au monde jusqu'à présent, on va attendre la suivante, qui a eu les plus grandes reconnaissances du milieu du cinéma, des reconnaissances par ses pairs, comme on dit. Elle a été reconnue à la Berlinale, à Berlin, un César d'honneur en France, une Palme d'or d'honneur à Cannes, au Festival de Cannes. Très émouvante, où elle a fait un discours très engagé sur le cinéma d'auteur, qui ne rentre pas dans les cases pour faire des grands succès. Moi, j'ai vu des techniciens sur scène, plein d'émotions, vous voyez, des techniciens qui étaient en train de la filmer parce que j'étais sur la scène en backstage. sur le côté, elle m'avait dit tu te mets là et on avait répété son texte je lui avais dit tu marches vite sur scène les personnes âgées marchent doucement ouais parce que les personnes âgées oui je sais je sais mais faut pas que je fasse comme les personnes âgées c'est pour ça qu'elle a fait une coiffure Et elle, toujours engagée vers la jeunesse, vers la transmission. Même discours qu'elle fait à Hollywood quand elle reçoit son Oscar d'honneur. Un discours pareil, engagé sur les femmes, pas que engagé sur être engagée dans une vie. Avoir Stéphane Spielberg qui lui dit « mais moi ton cinéma, je ne sais pas le faire » . Et il avait revu « Les glaneurs » et « La glaneuse » trois jours avant. Et elle lui a répondu « mais moi je ne sais pas faire ton cinéma » .
- Speaker #1
Chacun sa pâte artistique. Voilà,
- Speaker #0
et ça c'est important de dire... qu'on n'est pas obligé d'être dans le mainstream. On a le droit d'être sur le côté, sur le petit côté fragile. Le plus difficile pour un artiste, c'est justement d'essayer de travailler sans... On ne peut pas travailler sans concession, mais en faisant le moins de concessions possible.
- Speaker #1
Vous pensez qu'elle a eu du mal à trouver sa patte artistique et ne pas faire comme Jacques Demy, comme d'autres cinéastes ? Vous avez des conseils pour la jeune génération ? pour ne pas trop s'inspirer des réseaux sociaux, de Pinterest, d'un tel ou d'un autre. Parce que tout est tellement mélangé, on a du mal à se créer sa propre personnalité, sa propre patte artistique. Comment faire pour trouver sa voie professionnelle, trouver sa patte artistique, quand tout est mélangé et tout se ressemble ?
- Speaker #0
Évidemment, moi je dis toujours faire des études et faire un peu des études techniques. Avoir un savoir-faire technique n'empêche pas d'être vers l'artistique. Mais si on n'a rien de technique, d'ailleurs Agnès le disait toujours aux jeunes femmes qui venaient la voir, apprenez le montage, le son, l'image.
- Speaker #1
Il faut avoir des connaissances sur 360.
- Speaker #0
Oui, et surtout, c'est que ça vous amène une formation qui vous rend un peu solide. C'est-à-dire que si vous arrivez et vous dites, je veux faire du cinéma, mais vous savez rien de la technique, ça va être compliqué quand même. C'est sûr. Si vous arrivez avec un bagage en disant, voilà, j'ai fait un CAP, un BTS, une école. pas forcément des écoles privées d'ailleurs, ça peut être des écoles publiques, mais vous arrivez déjà avec un petit bagage important. De toute façon, de la technique, on peut aller vers l'artistique. C'est beaucoup plus compliqué, je pense, de ne pas avoir la possibilité de faire des études. Évidemment, tout le monde ne peut pas faire forcément les mêmes études, mais des conseils, je n'en ai pas, je ne suis pas là pour ça. Travailler, s'ouvrir l'esprit.
- Speaker #1
Le voyager.
- Speaker #0
Les yeux, ne pas se laisser envahir par le mainstream des réseaux sociaux, c'est très difficile. Moi, vous savez, quand je présente des films maintenant, je commence par ça. Je dis, voilà, on va faire une expérience ensemble qui va être violente. Alors, tout le monde me regarde. Je dis, vous allez éteindre votre téléphone pendant une heure et demie.
- Speaker #1
C'est compliqué maintenant, en 2026. Oui,
- Speaker #0
mais est-ce que ce n'est pas déjà le premier...
- Speaker #1
C'est le premier pas.
- Speaker #0
Arriver chez soi, se consacrer à autre chose. Mais vous savez, c'est addictif, les réseaux sociaux. Même pour moi, j'ai un Instagram. Je suis suivie par plein de gens que je ne connais pas, mais qui me font des messages. Je ne mets que des choses de mon travail sur cet Instagram, bien sûr. Je ne vais pas mettre mon petit déjeuner, ça ne m'intéresse pas.
- Speaker #1
Et pourquoi pas ? Pourquoi pas, ça peut intéresser certaines personnes.
- Speaker #0
Non, justement. Je crois que le premier acte de bravoure et de courage, c'est de se dire qu'est-ce qu'on va mettre ? Qu'est-ce qu'on va partager ? Est-ce qu'on a envie de partager des choses intéressantes ? Je ne pense pas que ce soit intéressant de partager son petit déjeuner. À moins que vous soyez une marque qui fait des céréales, ou du lait, d'amandes, ou... Mais si vous êtes une personne qui n'est pas en contrat, avec une marque ou qui n'est pas nutritionniste.
- Speaker #1
Il n'y a pas de lien avec... Franchement,
- Speaker #0
moi je m'en fous de savoir qu'est-ce que vous prenez à votre petit déjeuner. Ça me tombe des mains. Par contre, ce qui va m'intéresser, c'est éventuellement que vous partagiez un livre, un interview, un tableau, une œuvre d'art, un fait politique, un fait divers ou quelque chose. Oui, ça, ça peut être intéressant. Je pense que les réseaux sociaux, c'est passionnant. Ce n'est pas l'idée de les interdire. Ce n'est pas l'idée. Mais je pense que c'est intéressant de se dire pourquoi on les utilise.
- Speaker #1
Et les utiliser correctement.
- Speaker #0
Et les utiliser. Alors, je pense qu'il faut avoir un peu de maturité. Je pense que la loi qui est en train de dire l'interdiction des réseaux sociaux au moins de 15 ans, très honnêtement, je suis pour. Moi, j'ai eu la chance d'élever mes trois garçons tout début de Facebook. Ce n'était pas ce que c'est aujourd'hui. donc si vous voulez j'admire beaucoup les parents aujourd'hui qui élèvent des enfants avec les réseaux sociaux c'est très compliqué c'est autre chose que ce que vous avez pu connaître et on en parle comme ça et j'en parle beaucoup parce qu'évidemment autour de moi j'ai des gens qui sont beaucoup plus jeunes que moi et qui ont des enfants qui sont ados donc mon frère a une ado de 15 ans et c'est dur, c'est difficile je pense qu'effectivement il va falloir avoir un peu des lois qui encadrent ça il faut beaucoup de force pour les parents pour les nouvelles choses qui arrivent comme l'intelligence artificielle
- Speaker #1
Ça, c'est beaucoup remis en question pour le cinéma, la photo, puisque maintenant, de plus en plus, l'intelligence artificielle crée des images réalistes et qu'on a l'impression, clairement, que c'est réel, que c'est vraiment fait par quelqu'un, alors que pas du tout. Et tout le monde peut tomber... sur le panneau d'une photo créée par l'intelligence artificielle.
- Speaker #0
Avant même de l'image, il y a le chat de chez Petit ou ses équivalents. Vous voyez, par exemple, là, il y a dix jours, j'ai remis la Légion d'honneur à une journaliste que j'aime énormément qui s'appelle Sophie Fontanel. Je ne sais pas si vous la savez, vous savez qui c'est.
- Speaker #1
Malheureusement, je n'ai pas trop de mémoire des noms. Non, mais elle écrit.
- Speaker #0
Il faut avoir un peu de mémoire des noms. Elle écrit dans le Nouvel Observateur, Nouvelle Ops, mais pas que. C'est une femme qui est très engagée, qui... plutôt dans la mode et dans le lifestyle. Et je devais lui remettre la Légion d'honneur. Il fallait que j'écrivais un discours. Pour écrire ce discours, il a fallu trois quarts d'heure, avec plusieurs personnes qui la connaissaient, pour me donner des éléments sur sa vie, son enfance, sa formation, son adolescence, ses racines arméniennes, qu'est-ce qui la relie à l'Arménie, et comment elle en parle aujourd'hui sur cette diaspora, sur les massacres et les Arméniens. Bon, j'ai mis du temps, j'ai écrit ce discours, et... je ne l'ai pas écrit avec chaque GPT.
- Speaker #1
C'est important.
- Speaker #0
Et je l'ai dit.
- Speaker #1
C'est plus honnête, c'est plus sincère, c'est plus...
- Speaker #0
Alors, je ne dis pas qu'il ne faut pas l'utiliser. Mais je dis, c'est pareil, c'est un outil. Donc, il faut l'utiliser comme un outil, comme un assistant. Mais ça ne doit pas devenir la béquille pour votre vie, parce que c'est terrible. Quand je vois et que j'entends, et j'ai lu encore dans Le Monde il y a quelques mois, qu'il y a des gens qui dialoguent avec chaque GPT sur leurs émotions, sur ce qu'ils ont vécu dans la journée, parce qu'ils se sont engueulés. avec leurs compagnons, leurs conjointes, leurs amis, etc. Qu'il y ait des gens qui se marient avec l'intelligence artificielle. C'est un nouveau monde devant nous. Moi, je fais partie encore d'une génération qui va un peu regarder ça avec un peu de frayeur. On va s'accaparer.
- Speaker #1
La nouvelle génération, j'ai 24 ans, donc je peux me considérer un peu comme la nouvelle génération. On a peur de l'intelligence artificielle parce qu'elle fait peur. Comme il y a des personnes qui se suicident à cause de l'intelligence artificielle. Ah non, mais c'est terrible.
- Speaker #0
Il faut faire que ça soit très régulé.
- Speaker #1
Il y a des personnes qui s'éloignent de leur famille à cause de l'intelligence artificielle et qui, à cause de l'intelligence artificielle, n'osent plus créer des projets artistiques par peur de ne pas avoir cette perfection.
- Speaker #0
Non, mais la perfection, c'est horrible. Tout ce qui est intéressant, c'est l'imperfection.
- Speaker #1
Elle disait souvent qu'elle voulait la perfection. Elle en cherchait, elle l'essayait.
- Speaker #0
Attendez, vouloir. Faire un projet artistique le mieux possible. Vouloir essayer d'attendre. C'est un chemin. Ça ne veut pas dire que vous l'atteignez. C'est un désir d'être intransigeante. C'est un parcours, c'est un chemin. Mais arriver à la perfection, je ne sais même pas ce que c'est la perfection aujourd'hui. Est-ce que c'est un visage dans la mode, dans la beauté ? Est-ce que c'est un visage parfaitement lisse, sans rides ? Je ne sais pas. Je pense que si on parle de ça, je pense que le vieillissement, c'est un sujet extrêmement compliqué. Il n'y a pas une réponse, il y a des réponses. Il y a le vécu de chacun. Après, si votre métier passe par... C'est une douleur effroyable de vieillir. C'est très compliqué. Moi aussi, je trouve ça terrible. Mes rides, mon double menton. Je me regarde quand j'avais 30 ans et maintenant j'en ai 67. Je me dis oh là là. Et pourtant...
- Speaker #1
La beauté de la vie, la beauté de... Oui.
- Speaker #0
Oui, mais Giulietta Massina, qui était une actrice italienne, disait « Mérite, c'est ma vie, c'est mon parcours de vie » . Certes, il n'empêche que c'est difficile. Je ne pense pas qu'il faille forcément dire « C'est atroce, il ne faut pas de chirurgie esthétique, il ne faut pas ceci, il ne faut pas cela » . Non, il faut faire ce qu'on a envie de faire, ce qui nous rend heureux, ou heureux c'est un grand mot, mais ce qui nous rend à peu près en paix avec ce qu'on est, et vis-à-vis du métier qu'on fait. Au métier de l'image, aujourd'hui on sait que 40% de la chirurgie esthétique, c'est des hommes, ce n'est pas que les femmes. Moi, j'ai un ami qui est chirurgien plasticien et il m'a dit que 40% de ma clientèle, ce sont des hommes aujourd'hui. Alors, ça peut être des chefs d'entreprise qui parlent en public, qui d'un seul coup ont des cernes, des doubles cernes ou des triples cernes.
- Speaker #1
À cause des nuits blanches.
- Speaker #0
Et qui ont envie d'avoir un aspect de leur métier. Donc, je veux dire qu'il ne faut pas résumer la chirurgie esthétique à quatre influenceuses. qui se font trop d'injections dans leur bouche ou dans leur pommette. Je pense que le sujet de la beauté et de la perfection, c'est un vaste sujet. C'est aussi le ressenti de chacun. Et puis, les réseaux sociaux, c'est un peu comme une drogue, c'est comme une addiction. Et il y a des addictions très différentes les unes des autres. Je pense que les injections, la chirurgie esthétique, ça peut être aussi un peu une addiction. La recherche de la perfection dans un projet. Je ne pense pas que les artistes se disent à la fin d'un projet, oh c'est parfait.
- Speaker #1
Il y a toujours une marge de progression.
- Speaker #0
Oui, ils se disent, c'est bien, c'est pas mal ce que j'ai fait, mais peut-être que...
- Speaker #1
Il faut que je rentre dans mon projet là.
- Speaker #0
Voilà, donc c'est intéressant, c'est le chemin. Je ne pense pas que je ne peux pas parler pour ma mère, je ne parle jamais pour elle. Moi j'étais une bonne assistante, j'étais à ses côtés pour lui renvoyer la balle, pour essayer que... elle fasse le moins de concessions possible pour essayer que son énergie, elle la mette dans la partie artistique et pas dans la logistique, pas dans l'organisation, pas dans le financement. J'allais chercher de l'argent partout pour chacun des projets. Mais vous savez, elle a toujours eu du mal à se produire. Toujours, toujours, ça a été difficile. Les producteurs avaient un peu peur d'elle.
- Speaker #1
Vous disiez... que vous étiez une très bonne assistante et elle disait souvent que le hasard est mon meilleur premier assistant.
- Speaker #0
Donc j'étais une bonne personne qu'elle a rencontrée par hasard.
- Speaker #1
Voilà, c'est ça. Est-ce que vous faites place au hasard à l'intuition féminine ? Est-ce que vous faites place pour vous guider dans vos projets, dans vos décisions ? professionnelle ?
- Speaker #0
Alors, je fais part, évidemment, je fais part à l'intuition. On partage. Alors, l'idée de l'intuition féminine, ça m'énerve énormément. Il y a de l'intuition, point barre. Il y a des hommes qui ont beaucoup d'intuition et des femmes, pas du tout.
- Speaker #1
C'est parce qu'on dit souvent que les femmes sont émotionnelles et que les hommes sont très...
- Speaker #0
Ça m'énerve déjà prodigieusement. Moi, je connais des hommes qui pleurent.
- Speaker #1
Mais tant mieux. C'est très important, je pense.
- Speaker #0
Mes enfants, mes hommes...
- Speaker #1
Parce que ça crée des hommes frustrés.
- Speaker #0
C'est difficile de grandir, c'est difficile de devenir adulte, c'est difficile de devenir parent. Rien n'est facile. Porter un enfant, donner vie à un enfant, l'élever, c'est pas facile d'être parent. Il faut prendre des décisions, il faut les accompagner, il faut les soutenir. Des fois on n'est pas toujours d'accord et puis ils deviennent des adultes. Et l'adulte qu'ils deviennent, c'est pas forcément l'adulte que vous voulez qu'il soit. Il faut accepter ça, il faut accepter l'autre. Il faut faire énormément de concessions. pour être parent et surtout pour bien s'entendre avec ses enfants. Moi, j'ai la chance de vraiment bien m'entendre avec mes trois garçons qui sont grands maintenant. Et je m'entends bien avec leurs compagnes, leurs femmes. Je ne dis pas que c'est des efforts, mais je dis que c'est ça qui est beau dans la vie, c'est d'essayer de comprendre l'autre. Alors, on n'y arrive pas toujours, mais je pense que ce chemin-là fait qu'on est des adultes plus ancrés, plus responsables. Alors l'intuition, oui, je pense que j'en ai un peu. La fibre artistique, oui, je l'ai. De par mes différents métiers, d'avoir travaillé dans des théâtres, dans des opéras, d'avoir géré des grosses équipes, d'avoir créé des décors, des costumes, des bijoux, des chaussures, d'avoir dessiné des maquillages, des coiffures, d'avoir travaillé avec des gens très différents. Je pense que oui, aujourd'hui, je suis capable de gérer des équipes. J'ai un petit peu ça, si vous voulez avoir un peu le couteau suisse, savoir gérer une entreprise, savoir gérer l'aspect financier, l'aspect logistique, l'aspect artistique. Donc, c'est vrai qu'aujourd'hui, je peux être commissaire d'expo, je peux faire de la scénographie, je peux faire des catalogues. Oui, mais tout ça, c'est un parcours de vie. Ça n'arrive pas du jour au lendemain. Vous voyez, Agnès, j'ai commencé à travailler avec elle. Elle avait 78 ans. Enfin, j'avais travaillé avec elle comme costumière avant, pas comme sur la société. Et j'avais donc... On a 30 ans d'écart. J'adore. Donc, quand elle avait 78 ans, j'avais 30 ans de moins. J'avais 48 ans. Donc, si vous voulez, j'avais déjà un parcours de vie avant. Donc j'avais déjà été assistante costumière, costumière, créatrice de costumes. Donc j'avais tout ce parcours déjà avant de travailler avec elle. Et un parcours riche nous apporte justement cette possibilité de comprendre mieux que la vie est faite d'un puzzle. C'est le puzzle qui vous construit. Et c'est les choses aussi difficiles dans votre vie qui vous construisent. Moi je crois que ça aide énormément. Les parcours, les choses cabossées, les choses dures.
- Speaker #1
Vous en avez une de brillante, mais ça m'en dure.
- Speaker #0
J'en ai eu beaucoup.
- Speaker #1
Vous en avez une à nous raconter. Une expérience que vous pensiez que ça allait vous achever, mais finalement, avec le recul maintenant aussi. Heureusement que ça m'est arrivé parce que j'en suis là aujourd'hui.
- Speaker #0
Élever les enfants seuls, déjà, c'est difficile. Avoir un ex-mari qui ne s'en occupe pas, qui ne les voit pas, qui ne considère pas que c'est important, c'est difficile. Accoucher d'un enfant mort, c'est difficile. Aider les autres, ce n'est pas toujours facile. Réaliser qu'on est privilégié sur cette planète, tous les matins en me levant. Oui, je suis privilégiée. Je travaille beaucoup. je donne beaucoup je fais beaucoup de choses aussi qui sont pas payées parce que je pense que c'est important des associations des gens dans la rue l'autre jour je me suis arrêtée il y avait une femme qui faisait la manche côté du métro j'étais un peu en avance à mon rendez-vous je commençais à parler avec elle des parcours de vie cabossés je lui ai donné 20 euros elle m'a dit mais vous savez on m'a jamais donné 20 euros bah je lui ai dit écoutez j'espère que ces 20 euros vous allez pouvoir vous asseoir dans un je sais pas n'importe où dans un McDonald's dans un truc pas cher mais vous allez vous poser là pendant deux heures, vous allez manger, vous allez être au chaud. Et elle m'a dit est-ce que vous êtes croyante ? Je dis non, je ne suis pas croyante, j'ai été vraiment élevée dans une famille qui était vraiment athée. Mais par contre, je crois en une chose la plus importante, c'est l'humanité, c'est le partage. Ça j'y crois.
- Speaker #1
La solidarité.
- Speaker #0
La solidarité, ça j'y crois. Et elle a sorti, elle avait une croix, elle devait être catholique. Elle a embrassé sa croix et elle m'a dit ce soir je vais... priez pour vous. Vous voyez, j'en ai les larmes aux yeux. Je me dis, cette femme, ce jour-là, ce moment qu'on a passé ensemble de un quart d'heure, je pense que c'était important pour elle.
- Speaker #1
Mais ça a été aussi important pour vous.
- Speaker #0
Mais c'était important pour moi. Je me suis dit, mais qu'est-ce que c'est 20 euros dans ma vie ? C'est rien. Et donc, moi, les gens qui font la manche, ça m'émeut. Je suis toujours là en me disant...
- Speaker #1
Quand on reçoit, on donne pour que...
- Speaker #0
Si vous voulez, c'est surtout... Vous êtes dans la rue. Aujourd'hui, les femmes battues, les femmes violées, les femmes féminicides, les femmes qui n'ont pas la liberté. de faire des études, de se marier avec qui elles veulent, d'aimer qui elles veulent. Les hommes, les femmes, les hommes, c'est un truc, ça vous prend à la gorge, quoi. Là, j'étais au dîner caritatif de la Maison des Femmes de Saint-Denis. Le 2 janvier, je donne de l'argent à la Maison des Femmes de Saint-Denis. C'est un travail extraordinaire qu'elles font. Il y a des Maisons des Femmes partout en France. Vous voyez, ça, c'est le plus important, je vais vous dire. À côté de ça, ma vie, c'est rien. Tout ce que je fais dans le milieu artistique, c'est formidable. mais j'admire beaucoup les gens qui donnent leur vie dans le caritatif. Si j'étais beaucoup plus jeune aujourd'hui, je pense que j'aurais été capable de changer de voie complètement.
- Speaker #1
Vous feriez quoi ?
- Speaker #0
Ça demande beaucoup de courage mais j'aurais peut-être pu m'investir beaucoup plus que je ne fais justement dans des projets comme ça, dans des projets associatifs qui sont là pour aider les femmes qui subissent des violences conjugales.
- Speaker #1
Dans la vie, on a plusieurs vies. Ça peut être une de vos prochaines vies.
- Speaker #0
Oui, mais là, je fais déjà beaucoup de choses dans ma vie. C'est déjà compliqué. Je travaille. J'essaie aussi de m'occuper de mes petits-enfants, de mes amis. Je suis seule. J'ai une vie seule. Je n'ai pas d'amoureux. C'est compliqué. Ma vie est remplie par mes amis, par tout ce que je fais. Mais quand je rentre le soir, c'est noir, c'est vide. Les vies ne sont jamais comme vous pouvez le croire. Mais c'est pour ça que je dis que je suis une privilégiée.
- Speaker #1
Pour parler de stage, vous... Vous aviez parlé du fait que vous vouliez un stage, quand vous étiez plus jeune, un stage chez Dior. Et qu'il vous a un peu recalé. Il vous a dit qu'il allait vous abîmer. Face à ça, quand on est jeune, on a envie de faire quelque chose. On a un objectif de stage chez Dior. Mais on nous recale. On ressort comment ? On ressort déçu ? Non,
- Speaker #0
parce qu'il a été formidable, Marc Bohan. et c'était un homme d'une grande culture et d'une grande délicatesse. Et pour vous dire, on a gardé les liens. On n'était pas du tout amis, mais on a gardé des liens. Il est même venu voir des spectacles où je lui avais fait des costumes. Donc vous voyez, il avait senti peut-être que j'étais plus faite pour le théâtre, l'opéra, le spectacle, plutôt que rentrer dans un moule plus formaté de la couture. À l'époque, on parle de ça dans les années 79-80. Ça y a longtemps. Donc, la haute couture n'était pas du tout comme maintenant. Ça n'avait rien à voir. Le studio de Marc Boan chez Dior, tout le monde était en blouse blanche. Enfin, c'était quand même encore un petit peu vieillot dans l'organisation.
- Speaker #1
C'était très classique.
- Speaker #0
Mais classique. Mais vous voyez, il avait perçu que j'étais peut-être un peu baroque, un peu atypique.
- Speaker #1
Que votre potentiel n'allait pas être...
- Speaker #0
Voilà, que mon potentiel n'allait pas être mis en valeur. Et il est même venu voir plusieurs spectacles de moi à l'Opéra de Nancy, donc pas loin d'ici où j'ai beaucoup travaillé. Donc vous voyez, il l'a fait d'une façon positive.
- Speaker #1
Et bienveillante.
- Speaker #0
Et très bienveillante.
- Speaker #1
Durant votre enfance, quand vous grandissez auprès de Agnès et Jacques Demy, vous vivez comment ? Quelle est votre enfance, quel est votre quotidien pour devenir la femme que vous êtes maintenant ?
- Speaker #0
Bon, heureusement que les enfants ne comparent pas avec d'autres vies. Donc moi, ma vie qui était peut-être un peu particulière, je considérais que c'était une vie normale. Si vous voulez, la qualité de l'enfant, c'est qu'il ne se compare pas avec l'autre enfant d'à côté. On se compare si l'autre enfant, je ne sais pas, si c'est un enfant qui est violenté, qui est battu, et qu'on se rend compte de ça, on se compare, qu'on se dit que nous, on a de la chance. Moi, j'ai eu une enfance très normale, où il fallait se lever, être poli, dire au revoir, dire un bonjour, dire un merci, se coucher tôt, faire ses devoirs, plier ses affaires le soir, ranger sa chambre. Vous voyez, je n'ai pas eu une enfance dans un monde financier obscène, avec ce que ça veut dire. Voilà, j'ai eu une enfance normale. J'ai eu des parents qui travaillaient beaucoup, qui avaient l'idée que le travail avait une valeur, que l'effort avait une valeur, que l'éducation au sens d'être responsable avait une valeur. Je n'ai pas eu de crise d'adolescence.
- Speaker #1
C'est ce que j'allais vous demander. Pas du tout,
- Speaker #0
parce que peut-être que j'avais des rapports justement très sains avec mes parents. Oui, j'ai eu, comme tous les adolescents, une ou deux fois, je suis sortie habillée. Mon père m'a dit, ça ne va pas du tout. C'était une époque, c'était un côté un peu peace and love. Mais vous voyez, je dis toujours que j'ai eu une enfance et une adolescence. Ça ne veut pas dire que vous êtes toujours, des fois, vous n'êtes pas content contre vos parents. Mais je n'ai pas été en révolte contre mes parents. D'abord parce que ma mère, elle avait quelque chose de formidable. Elle disait, attention, il va falloir travailler. Parce que rien ne tombe du ciel. Rien n'est acquis.
- Speaker #1
Il faut toujours être en mouvement.
- Speaker #0
Et non, c'est pire que le mouvement, c'est que rien n'est acquis. Tu travailleras plus qu'un homme, ma fille, il faut le savoir. Mais au moins, si tu pars avec ça, c'est déjà un acquis, si tu le sais. Et de toute façon, les conseils qu'elle m'avait donnés quand j'étais adolescente et qu'on rend dans la vie amoureuse, qui est toujours un moment un peu compliqué, elle m'avait dit, retiens bien quelques petites choses très simples. Dire non, c'est difficile. Il faut apprendre à dire non. Ne jamais se laisser photographier nu par qui que ce soit. Moi, je vous parle de ça. On est en 72, il n'y avait pas les réseaux sociaux. Jamais accepter qu'on te fasse une photo de toi nue, jamais.
- Speaker #1
C'est intéressant de connaître les conseils qu'elle vous donnait. Parce que je pense que les conseils d'une maman...
- Speaker #0
Et si tu montes dans la chambre de quelqu'un, tu sais pourquoi. Trois conseils simples. Apprendre à dire non. Toujours être celui qui conduit la voiture. Ne pas être sur le siège du passager. Être capable de sortir d'une pièce. Être capable de sortir d'un endroit. Être capable de dire non à l'autre.
- Speaker #1
Quand vous avez grandi et que vous aviez pris en expérience face à peut-être des hommes qui essayaient d'être le conducteur de la voiture, est-ce que vous réussissiez facilement à dire non et à sortir de la pièce ? C'était les premières fois quand un homme prenait les devants.
- Speaker #0
Je n'ai jamais mis la séduction comme étant quelque chose que je devais mettre sur la table en premier. Et pourtant, j'ai travaillé avec beaucoup d'équipes d'hommes et des machos. Mais par exemple, j'ai travaillé... pour le festival de Cannes où je créais des lieux éphémères en déco et en gestion et j'ai travaillé avec des responsables de départements techniques sécurité qui n'avaient pas l'habitude de travailler avec une petite petite blondinette ils m'ont vu arriver ça a été un peu compliqué au début après ils ont été d'un soutien extraordinaire et ils m'ont dit tu nous as amené de la féminité tu nous as amené des choses qu'on ne savait pas on regarde ce que tu fais ce que tu dessines ce que tu mets en place la décoration comment tu fais une nouvelle façon de travailler de penser En fait, oui, je leur avais amené un peu de féminité. Et je les ai vues un jour. Ils étaient là en smoking et tout. J'étais en retard. Il fallait que je livre un lieu. Il fallait dévouer ces canapés et tout. Ils se sont tous mis torse nu. Ils ont tous déposé leur chemise, leur smoking, leur noeud papillon. Ils étaient tous en torse nu. Ils ont tous fait comme ça. Et ils étaient fiers de m'avoir aidée. J'ai eu beaucoup de chance. Alors, je ne vous dis pas. Moi, j'ai commencé ma vie professionnelle dans un moment de vie où le rapport entre les hommes et les femmes, il y avait un peu de MeToo autour. On passe le ré.
- Speaker #1
Il y en a toujours.
- Speaker #0
mais bien sûr qu'il y en a toujours mais il y en a un peu moins aujourd'hui si vous voulez, le type qui vous met la main aux fesses il sait à quoi il peut s'attendre moi j'ai commencé dans une époque où tout le monde l'acceptait je ne vous dis pas que c'est bien je ne vous dis pas que c'est bien mais personne dans la société, il faut remettre les choses dans leur contexte personne dans la société ne le remettait vraiment sur le devant de la table vous voyez ce que je veux dire mais il y avait des femmes déjà qui s'élevaient contre ça des hommes qui s'élevaient contre ça aussi Moi, j'ai travaillé avec des hommes qui avaient un respect pour les femmes.
- Speaker #1
Jacques Demy ?
- Speaker #0
C'était un homme très féministe. Ses personnages féminins dans ses films sont toujours des femmes.
- Speaker #1
Il y a toujours des propos. Même dans les films, des fois, il y avait des répliques très féministes.
- Speaker #0
Il était féministe. Ses personnages de femmes étaient toujours des femmes. Ce n'étaient pas des victimes. Lola, elle attend l'homme idéal en couchant avec tous les marins qui passent. et elle a un enfant et elle n'est pas là en train de pleurer dans la cuisine en combinaison, en disant je suis une victime. Donc si vous voulez, moi j'ai commencé mon métier dans une époque où il y avait du MeToo autour de moi. La prise de conscience aujourd'hui ici des formations qu'on fait, que moi j'ai faites aussi contre les violences et le harcèlement sexuel et moral, et ça m'a fait prendre conscience encore plus de peut-être voir quelqu'un qui est en souffrance à côté. Peut-être que ça, on ne le percevait pas de la même manière. Vous voyez, ça, ça nous aide beaucoup. Après, les choses évoluent mieux. Pas fini, mais quand même. mais c'est quand même mieux. Et qu'il y a eu des femmes qui ont porté la parole, comme Judith Godrej, que je connais un peu. J'ai travaillé même avec Benoît Jacot.
- Speaker #1
Ça avance.
- Speaker #0
Ça avance.
- Speaker #1
Prudemment.
- Speaker #0
Ça n'avance pas prudemment, ça avance un peu violemment. Je ne suis pas d'accord avec vous. Parce que quand même, Judith Godrej, avec tout ce qui s'est passé, ça avance violemment. Le metteur en scène avec Adèle Haenel, il a été condamné. Donc ça avance d'une manière comme ça n'avait jamais avancé avant. Ce qui est intéressant aujourd'hui, je trouve, pour les jeunes générations, c'est qu'un jeune homme ne peut pas dire « je ne suis pas au courant » . Il ne peut pas dire « je ne savais pas » . Si aujourd'hui,
- Speaker #1
il a un geste déplacé en face… Il a été prévenu des milliers de fois.
- Speaker #0
Oui, ça, c'est énorme. Moi, je viens d'une génération où les hommes n'étaient jamais prévenus. On peut aimer les femmes en les respectant. Et ce n'est pas dégradant de savoir faire les machines à laver en mettant les jeans à l'envers et en faisant un cycle à 40 et en les pondant. La vie est faite de plein de choses. C'est difficile de tout réussir, mais en tous les cas, pour conclure, on pourrait dire qu'on peut essayer de tout avoir.
- Speaker #1
Sur ces belles paroles. Merci. Merci. A très vite dans un nouvel épisode de Groupe Zavodchik.