- Speaker #0
Bienvenue dans ce nouveau hors-série de Brume littéraire. Une fois n'est pas coutume, j'ai le grand plaisir aujourd'hui de parler de littérature suisse, et mieux encore, une nouveauté même. Un titre sorti l'année passée, paru en poche il y a tout juste quelques semaines, aujourd'hui au programme, en surface, de Luca Luca Brunoni. Vous le savez peut-être, en Suisse il y a cette particularité, le pays est divisé en plusieurs régions, il y a quatre langues nationales, et notre auteur du jour est tessinois, il parle donc italien. mais il a pourtant écrit ce texte, qui est son troisième, directement en français. Et ça se sent dans un style qui est particulier et qu'on adore lire. Mais avant d'en parler avec celui qui me l'a conseillé, voilà de quoi parle ce texte. En surface de Luca Brunoni débute avec une femme qui fuit suite à une sensation d'étouffement. Elle arrive dans une station touristique hors saison, un lac dans une vallée. Elle s'appelle Leila, elle a 40 ans et elle décide de faire un point sur sa vie. Elle a un mari violent, Un fils avec lequel elle a très peu de contact et elle apprend que celui-ci est potentiellement impliqué dans un grave accident de voiture. Elle est en contact direct avec une procureure qui lui met la pression, Neuchâtel livrer son fils à la justice ? C'est donc dans ce décor, avec des questions qu'elle se pose quant à son fils mais également quant à son propre passé et à la direction que doit prendre sa vie, qu'elle rencontre aussi d'autres personnages qui se posent les mêmes questions qu'elle. Ce livre fait à peine plus de 200 pages mais il est extrêmement dense et pourtant... très facile à lire. Mais nous avons tout un épisode pour revenir sur ces divers éléments. Je vous propose maintenant que nous rejoignons Daniel Schneeweiss. Il est libraire au Paillot de Neuchâtel, et ce sera peut-être l'occasion pour vous de découvrir votre prochaine lecture. Alors Daniel, qu'est-ce qui vous a plu dans ce texte-là, pour que vous vous disiez, ah bah tiens, je vais le conseiller à Luc pour cet épisode.
- Speaker #1
Quand on m'a demandé de choisir trois livres... Justement pour cet exercice, j'ai eu bien sûr plein de titres en tête qui me sont venus spontanément et puis je ne sais pas pourquoi celui-ci s'est imposé un petit peu, le livre de Luca Luca Brunoni en surface. Peut-être aussi parce que j'avais envie de parler d'un auteur de Neuchâtel et que j'avais aussi envie de confronter une lecture qui date de début 2025. C'est aussi intéressant de savoir qu'est-ce qui reste d'une lecture après tant de temps passé. Et voilà, et puis c'est un livre que j'ai beaucoup aimé, qui révèle plein de strates différentes, de couches différentes. Plus on avance dans le livre, il y a plus de choses qui se dévoilent et qui se révèlent. Donc voilà, je me suis dit, ça serait une bonne idée d'en parler, parce qu'il y a beaucoup de choses à dire sur ce livre, je crois.
- Speaker #0
Nous avons donc eu de lectures différentes, puisque pour vous la lecture est presque un souvenir. Une lecture faite il y a une année, et pour moi c'est une nouveauté, je l'ai terminée à peine il y a quelques jours. Et puis on voit aussi sur la table deux éditions différentes qui sont posées, puisque l'édition poche vient à peine de sortir. C'est donc un texte publié en 2025 et maintenant disponible en format poche. Et vous le disiez, il y a beaucoup de choses à dire sur ce texte-là. On a envie de le lire, de continuer. Mais en fait, le début nous révèle déjà beaucoup dans ce texte-là. Faisons une courte lecture. Voici donc Linky Pit. L'eau glacée glisse entre ses orteils et Layla se rend compte qu'elle a fait un pas de trop. Semelle dans le lac et chaussettes trempées, le gravier crisse sous son poids. Le lac traverse la vallée comme un coup de pinceau bleu. Sur la rive opposée, au pied d'un bois, Laëla distingue la fine ligne d'une plage de sable. On a cette sensation déjà, le pas de trop, on va trop loin.
- Speaker #1
Très rapidement on comprend qu'il y a un malaise, qu'il y a quelque chose qui ne joue pas. De sa présence dans ce cadre, on pourrait... Presque dire que c'est un cadre idyllique. La montagne, le lac, cette période un peu hors saison, hors de la période estivale. Tout à fait le genre d'endroit où j'adore aller. Mais on sent quand même très rapidement, même dès les premières pages, un sentiment inquiétant. Quelque chose qui est là, l'eau glacée, peut-être presque comme une menace. En tout cas, un avertissement.
- Speaker #0
Un avertissement, la rive. qu'on voit mais qui est loin de nous. Comme parfois quand on est dans des situations difficiles, on est empêtré dans quelque chose et c'est difficile de s'en sortir. C'est un petit peu ça aussi que j'ai ressenti.
- Speaker #1
Oui, parce que très rapidement on va comprendre que cette femme, Leïla, le personnage principal, le personnage féminin, est là pour de très bonnes raisons. C'est des raisons presque de survie. Une fuite, un refuge et cet endroit est a priori considéré pour elle comme un refuge.
- Speaker #0
C'est un refuge suite à une fuite. Elle est donc prise presque entre deux pressions, entre le fils et le mari d'un côté, qui lui mettent une grande pression, qui ne lui disent pas tout. Elle est une sorte de personnage extérieur à sa propre vie. Et puis d'un autre côté aussi, la procureure. extrêmement manipulatrice qui va vraiment aussi c'est presque un étau qui se resserre situation extrêmement difficile et pourtant le titre en surface moi quand on m'évoque en surface je pense plutôt à une certaine légèreté à quelque chose d'un peu volatile voilà de pas aussi profond que tout ce texte là oui en surface vous faites bien de faire référence au titre c'est un titre qui est très bien choisi on
- Speaker #1
peut faire toutes les métaphores filer avec avec l'eau Au fur et à mesure qu'on découvre ce texte, ça j'ai beaucoup aimé. En surface, c'est ce que l'on voit, ce que l'on devine, mais il y a aussi tout ce qui est sous la surface. Et c'est ça qui va aussi, en tout cas moi, c'est ce que j'ai ressenti, donner ce caractère un peu inquiétant au livre. Je crois que Luca Brunoni a vraiment très très bien joué avec les codes. Les codes du roman policier, ou en tout cas du roman noir. Il y a quelque chose du fait divers. Et Luca Brunoni s'en empare avec beaucoup de talent, parce qu'il nous laisse deviner les choses, il ne dit pas tout, il suggère, il nous laisse ce champ libre de l'interprétation. Notamment il y a un passage au tout début où effectivement on est un petit peu dans le bain. Je ne sais pas si je peux vous...
- Speaker #0
Allons-y, lisons-le !
- Speaker #1
En tout cas, moi ça m'a tout de suite mis dans l'ambiance et on est déjà à la page 11. Et ça commence ainsi, elle a fait le bon choix. Elle ne pouvait plus rester chez elle. Pourtant, un sentiment de culpabilité s'est niché dans son estomac au moment de son départ et il ne s'est toujours pas dissipé. Leila retient sa respiration jusqu'à sentir le feu dans ses poumons, la panique dans ses muscles. Elle se souvient de ce que l'on éprouve lorsqu'on n'arrive plus à respirer. La première fois qu'elle a ressenti cela, c'était dans une étreinte tiède, alors que 4 mètres d'eau pesaient sur son corps d'adolescente. La dernière fois, c'était dans sa maison, quelques jours auparavant. Dans le village où elle a grandi, la main n'a serré son cou que pendant quelques secondes, mais en vérité Leila, à ce moment-là, manquait d'air déjà depuis trop longtemps. Je trouve que ce passage est vraiment intéressant parce qu'il y a beaucoup de choses qui sont suggérées. Il pose un petit peu le décor et c'est ça que j'ai beaucoup apprécié. Ça m'a vraiment accroché, ça m'a vraiment donné envie d'aller plus loin dans la lecture. Et déjà on sent qu'il y a un malaise, qu'il y a une menace et que sa présence au bord de ce lac, dans cette vallée, est vraiment importante pour elle. C'est une fuite.
- Speaker #0
En prenant le texte la première fois que je l'ai découvert, je me disais bon Ça va peut-être être un texte assez simple à lire, voilà, il fait à peu près 200 pages, un petit peu plus. Voilà, on s'attend pas forcément à une telle complexité, classée aussi dans policier et frileur. Et pourtant, en fait, comme vous le dites, il y a cette pression, donc déjà le mari, le fils, aussi la procureure. Et puis là, tout d'un coup, on rajoute encore une couche. Dès le début, il y a encore un passé qui la rattrape. À cela se rajoutent encore des violences domestiques. Enfin, c'est un texte extrêmement complexe dès le départ.
- Speaker #1
Euh, oui. qui peu à peu se dévoile, effectivement, un peu comme le personnage de Leïla. Elle est dans une situation peut-être un peu de sidération par rapport à tout ce qu'elle a appris. Le fait que son fils soit impliqué dans quelque chose d'assez grave, un accident de circulation qui a donné la mort à un jeune homme, un jeune homme qu'elle connaissait, et puis très rapidement son mari, son entourage, son propre fils, qui essaye peut-être de donner un tour qui les dédouaneraient de leur implication et de l'application de son fils. Donc là, on a une affaire judiciaire qui est en train d'éclore. Et puis cette femme-là qui doit, par rapport à ses valeurs, à ses convictions, qui doit décider, protéger son fils, protéger sa famille, ou écouter son sentiment de justice. Et c'est ça que j'ai beaucoup aimé avec ce roman, c'est qu'on a une prise de conscience aiguë. de ce qui doit être fait, de ce qui est juste, et on s'attaque à quelque chose de viscéral. L'amour d'une mère pour son enfant, quelque chose qui n'a pas de prix, comment fait-on pour gérer cela ? Elle a réussi à gérer cela en ne répondant pas aux injonctions de son mari, violente cette pression intense, de prendre position pour son mari et défendre sa famille. Elle a pris la fuite.
- Speaker #0
Cette femme qui étouffe, presque elle se retrouve sous l'eau, mais c'est presque pendant qu'elle est sous l'eau qu'elle fait ces rencontres qui lui permettent d'avancer. Parce qu'elle était dans un enfermement avant avec son mari, elle se sentait étouffée de plus en plus, mais c'est vraiment en prenant la décision de partir qu'elle s'est libérée de tout ça.
- Speaker #1
Oui, décision courageuse, pas évident de voir fuir, mais c'est peut-être un instinct qui l'a poussé à faire ça. En surface, voilà, fait référence aussi au fait de l'élément liquide. Si on reste en surface, on peut respirer. Si on passe sous la surface, on a du mal à respirer. Dans sa vie de couple, malheureusement, a priori, c'était très difficile. Elle s'est laissée enfermée dans une relation peut-être certainement toxique qui lui oppressait la poitrine au point de ne pas... plus respirer normalement. Et le fait d'arriver dans cet endroit, dans cette station balnéaire, c'est peut-être la première respiration qu'elle a pu prendre depuis longtemps, au sens propre comme au sens figuré. Et puis ce souvenir aussi, qui est très joliment évoqué par Luca Brunoni, elle revient à cet endroit parce qu'elle le connaît bien. Adolescente, elle y passait ses vacances d'été, elle n'y connaît presque plus personne. entre 23 ou 25 ans de son adolescence, ce souvenir lié au lac, un souvenir agréable, puisque c'était aussi une rencontre avec une personne qui a compté dans sa vie, une amitié, une amitié avec une jeune fille de son âge, un peu troublante, un peu troublée, que j'ai beaucoup appréciée, et quelque chose de fort, puisque pendant cet été de son adolescence, elle a failli se noyer. Et elle est sauvée par cette adolescente qui va devenir une amie proche, une amie forte. Donc il y a aussi cet élément qui fait qu'elle revient à un endroit où il y a eu un traumatisme, mais un traumatisme lié à quelque chose de très agréable, qui est aussi lié à une amitié, presque à une amitié amoureuse.
- Speaker #0
Merci Daniel Schneeweiss. Si vous venez en Suisse et que vous passez du côté de Neuchâtel, pourquoi pas aller du côté de Payot ? pour demander les conseils de Daniel. C'est un grand passionné de littérature. C'est un plaisir d'échanger avec lui sur En surface de Luca Brunoni. On aurait bien sûr encore pu parler bien longtemps de ce texte-là. Mais bon, vous le savez, il n'y a rien de mieux que de lire ce texte vous-même. Si vous le faites, écrivez-moi vos impressions en commentaire ou directement sur mon Instagram. Salut que vins ! Vous trouverez toutes les informations dans la bio. Je tenais aussi à remercier les librairies Payot d'avoir participé à ce nouvel épisode hors série. Nous. On se retrouve tout bientôt pour un nouvel épisode, que ce soit un hors-série paillot, peut-être aussi un de mes épisodes classiques où je vous présente une des grandes œuvres de la littérature. Je viens également de lancer de nouveaux formats, l'Invité notamment, dans lequel on parle d'un livre avec une personne qui touche à l'univers de la littérature. Elle est aussi la reco, ce sont les épisodes où on est au plus proche des nouvelles sorties littéraires. Bref, n'hésitez pas à vous abonner pour ne rien rater, à partager le podcast autour de vous, et d'ici à la prochaine fois, je vous dis, bonne lecture !