SpeakerQuand vous regardez Netflix sur votre téléviseur, quand vous regardez le replay de France 2 ou quand vous lancez YouTube votre Smart TV, quand vous regardez une émission de radio filmée depuis France 3, à quel moment exactement êtes-vous passé de la télévision au digital, mais êtes-vous vraiment passé de l'un à l'autre ? Parce qu'il y a une idée qui me paraît de plus en plus difficile à défendre, celle qui consiste à opposer la télévision et le digital comme s'il s'agissait encore... de deux univers séparés. La télévision est désormais une plateforme YouTube devient parfois un programme de télévision. Alors aujourd'hui, dans Ça marque ! , nous allons voir qu'on peut toujours appeler télévision ce qui désormais fonctionne selon les logiques du digital. Bienvenue dans Ça marque ! , le podcast qui décrypte les stratégies de communication. Aujourd'hui, nous sommes dans la playlist des décryptages. Et l'objectif ici est de prendre une idée que nous croyons connaître et de la mettre en perspective et aller comprendre l'idée de départ. Et simple, finalement, la télévision fait partie du digital. Pour comprendre pourquoi, il faut commencer par ne pas confondre digital et Internet. Le numérique n'est pas simplement un site web et une plateforme de streaming n'est pas simplement de la télévision sur Internet. Le véritable changement n'est pas... Que technologique, il est éditorial, il est culturel. Le changement télévision et digital concerne la manière dont un contenu rencontre son public. C'est ce qui nous intéresse dans notre épisode du podcast Ça marque ! , l'écosystème des contenus. Cet écosystème de la nouvelle télévision fonctionne avec des règles que nous connaissons déjà très bien dans le digital. la recommandation, la recherche, l'algorithme, la personnalisation, la disponibilité à la demande, la circulation, le flux et la bataille. pour la visibilité. C'est cette histoire que je vous propose de suivre et pour cela nous allons remonter un peu dans le temps parce que cette histoire ne commence pas avec Netflix en fait. Elle ne commence même pas avec YouTube, elle commence avec une question beaucoup plus ancienne qui contrôle le moyen de diffusion et vous, vous pouvez contrôler mon moyen de diffusion en vous abonnant à Ça marque ! , le podcast qui décrypte les stratégies de communication. Le contexte. Pendant très longtemps, penser un média, c'était d'abord penser un tuyau. Une fréquence et une antenne, avec un horaire, une imprimerie aussi, pour la distribution. Le public recevait ce qu'on voulait bien lui offrir. Le média imposait les programmes que le public allait écouter ou lire, puis regarder au moment de l'explosion des équipements en petits ménagers dans les ménages et les produits dits bruns, qui étaient le tube cathodique, le téléviseur. Le digital a introduit lui une autre logique, mais il a introduit une logique dans un écosystème qui s'était déjà ouvert à la... concurrence. C'est pourquoi on va aller dans un domaine que je connais bien pour y avoir travaillé, la radio. On va rappeler une distinction essentielle, numérique ne veut pas dire internet. Et le DAB+, la radio numérique, est probablement l'un des meilleurs exemples. En France, son lancement a commencé en 2014 à Paris, Marseille et Nice. Le déploiement s'est ensuite progressivement étendu et continue encore aujourd'hui. Je suis d'ailleurs missionné pour accompagner une antenne locale vers l'implantation d'émetteurs DAB+, sur le territoire de la Nièvre. Donc, quand vous écoutez France Inter en DAB+, dans votre voiture, vous êtes dans un environnement numérique, mais vous n'êtes pas nécessairement connecté à Internet, parce que cela montre que le digital n'est pas qu'un lieu, c'est pas l'espace avec cet écran. Un peu d'histoire de la radio pour aller plus loin, et vous verrez, l'histoire de la radio représente à elle seule toute l'histoire des évolutions médiatiques, quand on parlera notamment de Netflix. L'histoire est intéressante. Elle concerne les radios pirates, émises illégalement par des fous ou des génies, contre le cadre légal du monopole d'État qui s'appelait l'ORTF. C'est dans les années 70 en France que les radios émettent massivement de manière clandestine leurs programmes, très souvent musicaux. Radio Verte, par exemple, est lancée en 77 et contribue à cette dynamique des radios qui deviendront des radios libres en 1981, après l'élection de François Mitterrand. Cette année-là, le monopole d'État sur la radiodiffusion est supprimé et le cadre législatif définitif est posé par la loi en 1982. Les radios pirates deviennent progressivement des radios libres. Et pourquoi cette histoire est intéressante pour parler de digital ? Parce qu'elle nous montre quelque chose de simple. Un changement technologique ou culturel peut d'abord apparaître en dehors du système dominant. Puis le système dominant finit par intégrer une partie de ce qui était auparavant considéré comme marginale, comprenez même dans le cas de la radio, illégale. C'est exactement ce qui va se reproduire avec le streaming, et avec Netflix bien sûr, mais avec une différence majeure. En 1981, la bascule de la radio pirate vers la radio légale passe directement par une intervention politique et juridique. Pour le streaming, l'histoire est quelque peu différente. On ne peut pas dire que l'État a légalisé le streaming. Au contraire, le streaming est cette fois-ci une technologie, en tout cas un flux, un flux lié aux technologies qui ont évolué et à l'Internet. Elle peut aussi bien être légale qu'illégale. Le droit français le rappelle d'ailleurs très clairement, le streaming n'est pas illégal en lui-même, le streaming est l'utilisation d'une offre qui ne respectent pas les droits d'auteur qui peuvent l'être, c'est le cas de l'IPTV par exemple. En tout cas, c'était une définition que l'on donnait avant l'essor des plateformes légales. Ce qui s'est passé dans la musique et la vidéo est donc différent. Pendant que les usages pirates se développaient, le marché a progressivement construit des offres légales capables de reprendre les mêmes avantages et le même business. Prenez la musique Napster. Au tournant des années 2000, une rupture. Les utilisateurs veulent accéder à de la musique en ligne immédiatement sans passer par le modèle traditionnel de distribution. Mais Napster n'est pas Spotify. Spotify est créé en 2006 et obtient dès 2007 des accords de licence majeurs. Même logique avec la vidéo. Netflix, à l'origine c'était un gars qui était fou de location de vidéos, qui avait proposé cela à des financeurs qui lui ont rayonné. Netflix lance son service de streaming en 2007. Un accès, un abonnement, une interface et un catalogue. Les études de l'EUIPO montrent d'ailleurs une relation entre l'ampleur de l'offre légale et le niveau de piratage. Dans ses travaux sur l'Union Européenne, l'Office observe notamment que le volume de l'offre légale contribue à réduire le piratage. Donc je préfère formuler l'idée ainsi, le streaming n'a pas été légalisé par le marché. Le streaming légal a gagné une partie de ses usages grâce à un usage pirate. Après on peut toujours discuter. est-ce qu'un usage pirate est quand même un usage de marché ? Il s'agit au fond d'une rencontre entre une offre et une demande. Netflix est une leçon de stratégie de contenu. Quand personne n'y croyait, mais quand tout le monde utilisait Torrent. J'ai demandé à Gemini si Netflix était effectivement une leçon de stratégie de contenu. Il m'a donné quatre points d'affirmation. Et si vous voulez les connaître, rendez-vous sur mes réseaux sociaux et notamment sur TikTok où je vous ai fait une vidéo pour vous les présenter. Pour remplacer un usage, il ne suffit pas d'interdire l'ancien. Il faut rendre le nouvel usage suffisamment simple, suffisamment pertinent et désirable. Petite pause. Vous écoutez Ça marque ! , le podcast qui décrypte les stratégies de communication. Finalement, la télévision fait partie du digital. La télévision est une interface. Pendant longtemps, le téléviseur était essentiellement un récepteur. Vous aviez un poste sur lequel il y avait d'abord une seule chaîne, puis deux, puis davantage. Aujourd'hui, le téléviseur est une réelle interface qui nécessite l'étude d'une ergonomie égale à celle d'un site web. Sur le même écran, vous regardez la TNT pour ce qui est de l'herzien et des chaînes historiques de la télé française. une multitude de chaînes par une connexion via la box de votre fournisseur d'accès à Internet tel que Orange, Free ou Bouygues, pour ne citer qu'eux. Puis enfin, vous avez le replay, les plateformes du genre Netflix, Prime Vidéo, Disney+, YouTube des applications à la demande. Ce récepteur digitalisé, c'est aussi une méthode de mesure de l'audience qui a opéré une révolution. Les instituts de mesure ont dû réformer leur définition même de la télévision. Depuis janvier 2024, Médiamétrie prend notamment en compte les programmes de télévision qui sont regardés sur les écrans Internet à domicile, ainsi que les foyers qui ne possèdent pas de téléviseur. Mais encore avec, en octobre 2025, Médiamétrie a lancé WATCH, une mesure qui cherche à réunir télévision, plateforme, site Internet, applications mobiles, réseaux sociaux et autres usages vidéo dans une même vision de calcul et de reporting officiel. lorsqu'un institut d'audience modifier son outil, ce n'est pas simplement une évolution statistique, c'est le signe que la réalité qu'il mesure a changé. Pendant longtemps, la question était, combien de personnes regardent cette chaîne ? Aujourd'hui, il faut ajouter, sur quel écran ? Est-ce que c'est en direct, en replay ? Sur quelle plateforme ? Pendant combien de temps ? Sur quelle période la plus récente ou la plus ancienne ? En 2025, les Français ont regardé en moyenne 4h et 14 minutes de vidéos par jour. Selon le bilan annuel de Médiamétrie, la télévision en direct reste majoritaire dans ce temps, mais elle ne représente plus que 61% de la consommation vidéo, contre 39% pour la vidéo à la demande. Le public n'a pas abandonné la télévision, mais le public que nous sommes avons élargi notre manière de consommer de la vidéo. La télévision finalement ne disparaît pas dans le digital, elle devient l'un des conteneurs de contenu d'un environnement vidéo beaucoup plus vaste. La télévision a dû apprendre les règles des plateformes. Elles ont finalement créé leur plateforme. TF1 par exemple a lancé TF1 Plus en janvier 2024. La plateforme est accessible. sur téléviseur, sur ordinateur, smartphone, tablette, mais aussi via les box, les Smart TV, qu'il utilise pour le replay. Dès son lancement, la chaîne promettait d'ailleurs plus de 15 000 heures de contenu. Quelques mois plus tard, c'est le groupe M6 qui avait déjà 6 Play et qui transforme ce moyen en M6+, le plus révélateur. Streaming, recommandations, contenu exclusif, podcast, c'était 30 000 heures de programme disponible dans l'année pour M6, dont 10 000 heures de contenu exclusif. France Télévisions a développé France.tv comme une véritable plateforme de vidéos à la demande et ce mouvement, toutes chaînes confondues, n'est pas anecdotique. La logique de la chaîne de télévision telle qu'on l'avait toujours connue, dès la démocratisation de la petite lucarne, était à jamais bouleversée. Une chaîne traditionnelle vous disait « voici ce qui se passe ce soir à 20h50 » , une plateforme vous dit « voici ce que vous pouvez regarder maintenant » , autrement dit, quand vous voulez. Mais les chaînes ont compris quelque chose de plus subtil. Conserver l'essence de la télévision et exploiter ce lien historique comme une différenciation dans le marché structurant des plateformes de streaming. Elles veulent conserver leur réflexe télé à l'intérieur de la plateforme. Et c'est pourquoi leur plateforme propose le direct. Vous ouvrez, vous arrivez sur un flux, quelque chose est déjà en train d'être diffusé. Vous n'avez rien à choisir, c'est la logique historique de la télévision. Mais transporté dans une architecture numérique, le digital finalement ne remplace pas la télévision. Il permet à la télévision de reproduire ses propres usages. Sauf que vous aurez bien sûr accès à tout le catalogue tout en regardant le direct plutôt qu'en ayant accès simplement à une télécommande de zapping. La télévision a désormais un problème de SEO. C'est peut-être ici que le sujet devient intéressant pour quelqu'un qui travaille en communication digitale. La télévision connectée pose désormais une question équivalente de celle que nous posons depuis des années sur Google et que nous continuerons à poser même avec l'IA qui est référence. Imaginez l'écran d'accueil d'un téléviseur connecté. Quelle application apparaît en premier ? Quel contenu est recommandé ? Quelle chaîne est accessible en un clic ? Quelle plateforme est préinstallée ? Quelle marque est mise en avant ? Et laquelle est reléguée derrière plusieurs écrans ? Figurez-vous que l'ARCOM a parfaitement identifié le nouveau modèle de visibilité et d'audimat pour la télévision du XXIe siècle. En septembre 2024, le régulateur a adopté des règles relatives à la visibilité des « services dits d'intérêt général » sur les interfaces connectées. L'objectif est de garantir un accès suffisamment visible aux chaînes publiques et aux chaînes gratuites de la TNT, ainsi qu'à certains services à la demande. gratuit. Pourquoi ? Parce qu'un canal de télévision ne suffit plus à garantir cette visibilité de la télévision herzienne de nos grands-parents du XXe siècle. Avant, si votre chaîne était sur le canal 2, elle était sur le canal 2 et puis c'est tout. Aujourd'hui, l'utilisateur peut arriver sur un écran d'accueil dominé par les plateformes, par le fournisseur d'accès à Internet tel que Free, Bouygues ou je vais citer par exemple encore Numérique Cable, pourquoi pas ? Le combat de la visibilité ne se joue plus seulement sur la fréquence, idem pour la radio avec le DAB+. La problématique du digital est la même pour tous les médias et tous les business. Être présent ne suffit pas, il faut être trouvable, recommandé, faire autorité et faire des vues. La télévision vient donc de découvrir une problématique que les sites internet connaissaient depuis 2000. Le contenu peut exister sans être visible, mais selon nos critères du SEO et du référencement, organique gratuit par le jeu technique et populaire que payant. Vous êtes toujours à l'écoute de Ça marque ! , le podcast qui s'intéresse aux stratégies de communication. Finalement, la télévision fait partie du digital, mais on va faire entrer un autre personnage dans cette histoire, le YouTube. Pendant des années, la télévision a regardé les créateurs internet avec, admettons-le, pas mal de condescendances. On cherchait à connoter le mot YouTube avec le sentiment qu'il représentait une sous-culture et en mélangeant tous les différents styles de personnalité du digital tels que les influenceurs ou encore la télé-réalité. Puis quelque chose s'est inversé. La télévision s'est mise à recruter ceux qui avaient construit leur audience notamment YouTube. Considérons aussi la belle histoire de Twitch dans ce que nous nommons ici les YouTube ou les streamers. Mais attention à ne pas raconter cette histoire trop simplement. Le phénomène n'est YouTube voulait devenir la télévision. Le phénomène est plutôt la télévision a compris qu'elle pouvait utiliser des personnalités qui avaient déjà une relation avec leur... publics sur Internet qui avaient leur communauté. On pourrait vite penser qu'à chaque YouTube devenu animateur télé, ce fut un échec. Prenons Hugo Décrypte. En 2023, France Télévisions annonce son arrivée sur France 2 avec l'interview Face Cachée. A cette époque, France Télévisions présente Hugo Travers comme un créateur déjà installé sur les réseaux sociaux avec 2,2 millions d'abonnés YouTube 5 millions sur TikTok. Et le programme n'est pas simplement une émission de télévision. Il est diffusé sur France 2, mais aussi sur la plateforme France.tv et sur les réseaux du code écrypte. C'est donc ça le vrai sujet. Le YouTube n'est pas transféré YouTube vers la télévision, il est déployé sur plusieurs territoires et ses codes éditoriaux voyagent avec lui. On peut même mesurer la différence entre les deux univers. Le premier numéro de l'interview face cachée avec Thomas Pesquet a rassemblé 1,85 million de téléspectateurs sur France 2, soit 15,9%. de part d'audience. Mais cela ne signifie évidemment pas que les 1,85 million de personnes constituent désormais l'audience télévisuelle d'Ugo Décrypte. Les audiences YouTube les audiences télévision ne se mesurent pas de la même manière et elles ne décrivent pas le même comportement. Le public de Ugo Décrypte continue à le retrouver YouTube, TikTok, Instagram, en podcast et sur ses différents formats. D'ailleurs, les vidéos de Hugo Décrypte continuent d'être publiées avec des déclinaisons podcast et de nombreux formats numériques. Mais l'arrivée à la télévision n'est qu'une option. C'est ce qu'il faut comprendre. Et c'est là où j'appuie la nuance et le sentiment de rendez-vous manqué. La télévision n'est pas et ne sera plus désormais le média central des contenus informationnels. La télévision est un nouveau point de contact parmi tous les autres horizontaux dans un écosystème du digital. Parlons de Michou, pas celui avec les lunettes bleues. Le cas de Michou est aussi intéressant parce qu'il montre le mouvement inverse. Pour la Coupe du Monde 2026, la Coupe du Monde de football, M6 recrute Michou, ça a fait beaucoup parler. Mais regardez comment la chaîne l'a utilisé. L'a-t-on vraiment vu à la télévision ? Michou n'est pas installé comme un commentateur traditionnel au cœur du direct. Il ne prend pas la place des commentateurs ni des journalistes sportifs. M6 le présente comme un créateur tel qu'il est, chargé de produire des séquences derrière les buts. Ces séquences doivent être publiées sur les réseaux sociaux de M6 et de Michou, mais aussi utilisées dans les magazines d'après-match. Il n'intervient pas en direct sur M6 pendant les rencontres. Et Michou arrive avec une communauté numérique massive. Plus de 10 millions d'abonnés YouTube moment de l'annonce, environ 11 millions selon les données publiées autour du Mondial. Donc là encore, ce n'est pas vraiment M6 qui fait entrer Michou dans la télé. CM6 qui fait entrer sa puissance numérique dans son dispositif télévisuel, en tout cas dans une démarche globale liée à la diffusion de la Coupe du monde de football. La télévision utilise là le digital pour essayer de toucher des publics qu'elle ne touche plus. Le rendez-vous manqué, c'est que le public, les jeunes essentiellement, n'entre même pas en contact avec la télévision traditionnelle. Et d'ailleurs, des YouTube, des commentateurs sans droit de diffusion des matchs, parviennent à attirer ce segment du public qui a besoin de l'interactivité et du tchat en direct. C'est difficile à imaginer qu'une catégorie du public, parfois choisie de regarder un YouTube qui n'a pas les droits de diffusion et on ne voit donc pas le match sur son écran, commenter le match en direct, alors qu'il pourrait très bien voir le match en direct et tout son spectacle depuis M6. Les créateurs ont leur contenu dans leur réseau. Et son audience, qui pourrait expliquer que le public... lui est fidèle malgré l'absence des droits, c'est parce que son audience fidèle reste attachée à ses plateformes, à sa culture et à l'interactivité. Changeons de sujet. Le cas Vilebrequin. On va tous les faire. YouTube rencontre la télévision telle qu'on l'imaginait initialement. Vilebrequin, ses deux créateurs, Sylvain Lévy et Pierre Chabrier, une chaîne consacrée à l'automobile, Plus de 2,3 millions d'abonnés YouTube 2023 et plus de 160 millions de vues sur leurs vidéos cette année-là. En 2024, ils prennent les commandes de Top Gear France, clairement une franchise de la télévision. Voilà une image assez parfaite de notre sujet. Les deux univers se rencontrent. YouTube Bien dans la télévision, mais il y a un détail qui est à dire, Top Gear France est également diffusé sur Prime Vidéo à ce moment-là. Donc, même YouTube entre à la télévision, la télévision elle-même est déjà en train de rejoindre l'univers des plateformes. C'est une boucle. YouTube des créateurs à la télé, qui donne un programme à Prime, qui ajoute un programme à son catalogue, et les extraits repartent ensuite sur les réseaux sociaux. Le contenu ne reste jamais dans un seul tuyau. Le contenu circule. Et Vilebrequin est aussi intéressant pour une autre raison, parce que leur passage à la télévision n'a pas signifié une disparition des différences entre les deux univers. La première émission de la saison 9 de Top Gear France, le 15 mars 2024, a réuni 521 000 téléspectateurs en direct, soit 2,8% de part d'audience. Mais à J7, avec le replay, l'audience moyenne atteignait 829 000 téléspectateurs. Les deux premiers épisodes avaient généré 15 millions de vidéos vues sur les réseaux sociaux. Si vous ne regardez que la télévision linéaire, vous ne voyez qu'une partie de l'histoire. Si vous regardez la télévision, plus le replay, plus les réseaux, le programme change dans chaque tuyau de dimension. C'est précisément cela le digital. Ce n'est pas nécessairement produire uniquement sur Internet, c'est organiser la circulation d'un contenu entre plusieurs points de contact. Et puis il y a la suite, le clash. En 2025, Vilebrequin disparaît comme duo et une rupture publique oppose les deux créateurs. Je ne vais pas réduire cette histoire à une cause unique. Les désaccords entre les deux s'associent ont porté sur leur société, sur différents sujets et les récits publics des protagonistes divergent. Ils ont tout dit et tout est transparent. Mais le calendrier, la séparation des deux YouTube intervient juste après Top Gear. Et certains articles consacrés à l'affaire ont justement rappelé que les tournages télévisés avaient représenté une expérience très différente de leur fonctionnement YouTube. Pacte avec le diable, quand le digital fait de la télé. Je l'ai toujours pensé d'ailleurs. Mais que se passe-t-il lorsqu'un créateur, dont toute la force vient de sa liberté éditoriale, entre dans un système conçu autour de contraintes de production, de grilles, de diffuseurs, de formats et d'audience ? En tout cas, il y a. la logique de l'audience aussi pour les YouTube. Mais il n'y a pas la même logique de format, ni de diffuseur, et il y a moins d'intermédiaires, a priori. C'est une question que tous les créateurs numériques se posent, dans le besoin de s'adapter en permanence face aux mises à jour des plateformes ou de Google, face aux règles d'utilisation, face aux subjectivités modératrices. C'est la même chose, finalement. C'est comme à la télé, d'une autre manière. La télévision peut apporter une visibilité, certes, des moyens, des équipes, des décors, des invités qu'on n'aurait pas ailleurs, des gros moyens de production. YouTube apporte, comme vu au sujet de Michou, une relation directe avec une communauté, une relation qui est beaucoup plus immédiate. Le sujet n'est donc pas de savoir si YouTube gagné contre la télévision, ni si la télévision a gagné contre YouTube pourrait rivaliser. Le sujet, c'est qu'est-ce que chaque environnement permet de faire qu'un autre ne permet pas. Continuons sur les cas d'expérience. La team G1. Là, c'est une émission de télévision qui survit à sa jeune grâce au streaming. Incroyable ! C'est un autre cas qui raconte peut-être encore mieux cette transformation entre la télévision herzienne et le digital. Parce qu'ici, il ne s'agit pas simplement d'un créateur internet qui arrive à la télévision. Il ne s'agit pas non plus d'une émission de télévision que l'on découpe pour les réseaux. Ici, le mouvement est beaucoup plus radical. C'est une émission de télévision qui perd sa chaîne. Et au lieu de disparaître, elle migre sur Internet. Quelques mois plus tard, après avoir migré, elle revient dans un grand groupe audiovisuel. C'est l'histoire de la Tim. Et pour comprendre ce qui se joue, il faut d'abord comprendre ce qu'était leur chaîne de télévision historique, Game One. Game One était une chaîne de télévision essentiellement consacrée aux jeux vidéo. Elle avait été lancée en 1998 et a accompagné pendant près de trois décennies l'histoire de la culture vidéoludique. et de l'e-sport en France. Elle a notamment vu arriver des personnalités devenues familières au public du jeu vidéo, parmi elles Marcus, Julien Tellouck, mais aussi plus tard Kayane et d'autres chroniqueurs. Game One avait une particularité intéressante, elle parlait d'une culture qui allait précisément devenir l'une des grandes cultures d'Internet, depuis l'âge des forums. A mesure que YouTube Twitch se développaient, le jeu vidéo devenait l'un des territoires privilégié de la vidéo en ligne. Les parties en direct, les tests, les commentaires, les réactions et Game Run devaient donc composer avec une situation assez paradoxale. Elle était une chaîne de télévision spécialisée dans un univers dont les usages les plus importants migraient progressivement sur l'internet. Mais il restait ancré télé, avec une culture volontairement satellite. C'était l'autre tuyau des années 90, les paraboles sur les balcons des HLM. Le Monde, le journal Le Monde, rappelait ainsi que face à la montée de YouTube Twitch, Game One avait cherché à se réinventer avec La team G1, un talk show reposant davantage sur les personnalités et les échanges, parce que La team G1, et devrait-on dire hashtag La team G1, n'est pas né contre Internet. C'est une émission qui est menée naturellement dans la ligne éditoriale de la chaîne. En octobre 2025 maintenant, l'arrêt de Game One est annoncé. Après 27 années de bons et loyaux services, la chaîne doit cesser d'émettre à la fin de l'année dans le contexte de la réorganisation de Paramount et de sa fusion avec Skydance. Le 31 décembre 2025 donc, Game One s'arrête. Pour l'équipe de La team G1, le problème est évidemment immédiat parce qu'une émission peut avoir une équipe, ... des chroniqueurs, une société de production, avec sa communauté. Et une communauté qui est la plus fidèle du PAF ! Une histoire, mais si le diffuseur disparaît, où va l'émission ? Selon Marcus, l'équipe avait appris la décision par voie de presse, et elle n'avait pas eu le temps de trouver immédiatement une nouvelle chaîne. Alors, elle a fait ce qu'aurait fait n'importe quel créateur numérique, n'importe quel talent de sa niche, représenté par Feu Game One, elle l'a déplacé sur Internet. Après l'arrêt annoncé de Game One, l'équipe migre sur Twitch, la plateforme de streaming et la plateforme des gamers. Et selon Marcus, 17 000 personnes suivent leur compte Twitch en seulement 24 heures. 17 000 followers. Ce chiffre ne dit pas combien de personnes regardaient effectivement chaque émission. Il ne permet pas non plus de comparer directement cette communauté à une audience médiamétrie. Mais il démontre que l'émission n'était pas prisonnière de son canal de diffusion. La communauté ne suivait pas seulement Game One. Elle suivait aussi les personnes, les codes, le moment de détente, de partage, les actus nichées du gaming et du streaming qu'ils n'ont pas ailleurs. Et aussi, La team G1 faisait régulièrement de la critique ciné-série dans la pop-culture, chère aux communautés du streaming initiée. La relation était là autour de l'émission. L'équipe rapporte d'ailleurs cette phrase de Marcus au moment de la disparition de Game One. « Ces 17 000 followers en 24 heures sont une démonstration que les téléspectateurs ne voulaient pas perdre le contact. » Et c'est probablement l'un des meilleurs exemples de ce que change Internet pour un média. Avant Internet, quand une chaîne disparaissait, l'émission disparaissait potentiellement avec elle, sinon elle allait sur une autre chaîne. Mais avec Internet, le public peut devenir le pont entre le contenu et son prochain diffuseur. Entre mars et juin 2026, l'équipe de La team G1 sur Twitch lance La team G1 Le Respawn. Le nom est éminemment symbolique. Le respawn dans le jeu vidéo, c'est le retour après avoir été éliminé, en quelque sorte. Et c'est ce qui se produit. L'émission revient, mais cette fois, elle n'attend pas qu'une chaîne de télévision lui donne une case, elle diffuse directement sur Twitch, sur Internet, sur une plateforme. Elle maintient le lien avec les spectateurs les plus fidèles. Elle teste la capacité de l'équipe à fonctionner en 100% indé sur le code Twitch, qu'elle connaissait tout de même. Et le script même du respawn était à l'identique quasi-parfaite de l'ancienne émission de Game One. Le journal Le Monde rapporte qu'entre mars et juin, l'équipe a donc autoproduit ses émissions sur internet pour maintenir cette relation et montrer sa capacité à fédérer son public sur les réseaux. Et selon Julien Tellouck, interrogé par Stratégie, La team G1 réunissait alors, en moyenne, entre 8000 et 10 000 spectateurs simultanés lors de ses rendez-vous hebdomadaires. C'était sur Twitch, mais aussi sur YouTube même temps. Une audience de 8000 à 10 000 personnes en simultané peut sembler faible. Si on la compare aux centaines de milliers de téléspectateurs d'une chaîne nationale. Mais ce serait comparer deux choses qui ne fonctionnent pas du tout de la même manière. Sur Twitch, le spectateur ne fait pas simplement partie d'une audience. Le spectateur peut participer dans le chat, il peut réagir, il peut être visible, il peut interagir avec les animateurs. Et il peut aussi revenir la semaine suivante sans que le diffuseur ait besoin de le retrouver. C'est le principe d'une communauté en ligne, notifiée et alerte. Voilà la nouvelle économie de l'attention, encore une nouveauté structurante avec La team G1 entre 2000 et 2026. France Télévisions Service Public, le retournement de toute cette année incroyable de La team G1 après avoir survécu sur Internet. La team G1 revient dans un grand groupe audiovisuel, pas exactement comme avant, mais le 16 septembre 2026, France Télévisions lance la nouvelle version de La team G1 sur France TV Slash. chaîne de télé oui et non, c'est un média, je cite, "social numérique", pour les 18-30 ans. La première diffusion se fait, pas d'abord sur France 2, pas d'abord sur France 4, qui aurait été la candidate idéale. mais sur Twitter YouTube. Puis disponible dès le lendemain en replay, y compris sur France.tv. C'est une image extrêmement forte de la télévision dans son temps. Parce que France Télévisions possède des chaînes de télévision, mais pour toucher ce public, elle choisit d'abord les plateformes sur lesquelles ce public a déjà ses habitudes. Elle ne prend pas la peine de demander au public de changer de comportement. Elle rejoint le comportement de la cible. La télévision ne contraint plus les disponibilités de son audience. C'est au contraire l'audience qui a bien été libérée de ses créneaux, ses programmes, ses plages de pub à heure figée. Regardons maintenant la manière dont France Télévisions présente le programme. Le communiqué de lancement dit que La team G1 est pensée dès sa conception pour le direct, la télévision, YouTube Twitch. Le plateau est quelque peu transformé, comme on le fait lors des nouvelles saisons renouvelées dans le cadre télévision. Les codes du streaming sont intégrés à la scénographie. Mais on conserve les différentes séquences de l'émission, y compris les jeux en extérieur, mais France Télévisions, de son côté, parle explicitement d'un programme qui fait dialoguer les codes du live télévisé, du streaming et des réseaux sociaux. En fait, on mélange tous les genres. On a en tout cas une émission conçue dès le départ pour plusieurs environnements, et cette distinction est essentielle. Parce que, enfin, vis-à-vis d'une chaîne de télévision qui ne trouvait pas la formule, on a un programme qui se revendique avec des Ausha, et qui fonctionne avec. La première émission du 16 septembre l'a d'ailleurs montré. Le chat des internautes est complètement intégré au déroulement. Mais ça l'était déjà avant. Les messages apparaissent à l'écran. Julien Tillock fait sans cesse interagir les chroniqueurs avec le chat. Dans une émission classique, le téléspectateur regarde. Et puis voilà. Et puis tant pis. Dans un live Twitch, le spectateur est partie intégrante du contenu. YouTube s'est parfaitement aligné sur ce modèle. Facebook a challengé et intégré les étoiles. car Twitch puis YouTube importé la culture du sub, l'abonnement au streamer. Mais on aura l'occasion d'en parler dans d'autres épisodes de Ça marque !. Ici, avec La team G1 nouvelle formule, on a deux logiques qui se rencontrent. La télévision apporte le plateau, la production, les moyens, Ça marque ! France Télévisions aussi. Mais Twitch apporte l'interactivité YouTube aussi apporte la disponibilité. France.tv apportera alors le replay dans cet écosystème. Et finalement, les médias travaillent ensemble. Un autre détail qui mérite qu'on s'y arrête, lorsque La team G1 arrive chez France Télé, l'équipe historique est toujours là. Julien Tellouck, Marcus, Kayane, Genius, Shyvahna, que personnellement je suivais régulièrement aux grandes heures de la série The Walking Dead, et d'autres personnalités rejoignent progressivement le programme. France Télévisions a acheté autre chose qu'un concept. France Télévisions a récupéré une équipe, une expertise, une histoire, et une communauté. Elle fait venir des nouvelles têtes. Les geeks sont mainstream. Alexandre Dureux, directeur délégué au programme Jeunes Publics du groupe France Télévisions, parle d'un vide éditorial autour du jeu vidéo. Et il explique qu'il est plus difficile de partir d'une feuille blanche que de s'appuyer sur une équipe disposant déjà d'une communauté. C'est une phrase très importante pour l'industrie des médias, parce qu'elle montre que la valeur d'un programme n'est plus uniquement son temps d'antenne ou son Audimat, ni le concept qu'on va vendre avant de pouvoir le créer, mais bel et bien d'une communauté déjà existante. Il existe désormais dans les créations télé, mais aussi radio, le souhait d'intégrer des personnalités qui ont déjà fédéré autour d'eux un public. C'est le modèle des productions originales qui fonctionne en 2027, comme il y eut les producteurs animateurs vedettes dans les années 1990. Avec le digital, l'histoire s'inverse. Par exemple, pour ce qui est de la La team G1, au départ, la télévision crée le programme, Puis Internet menace le modèle de diffusion de la télévision. Puis la chaîne disparaît, mais dans un fait de télévision. Alors le programme migre sur Twitch. Ensuite la communauté permet au programme de survivre. Et finalement, France Télévisions, donc la télévision, récupère le programme. Sauf qu'au lieu de remettre simplement le programme dans une case, le groupe diffuse là où il est, sur Twitch et YouTube. Dernier point. France TV Slash vise principalement les moins de 30 ans. Mais l'équipe de La team G1 est constituée en grande partie de vétérans de la culture jeux vidéo. C'est notamment le cas de Marcus, dont la carrière remonte aux années 80 et qui a participé au lancement de Game One en 1996. C'est un programme historique, avec des personnalités historiques, une communauté tout autant historique. Et pourtant, c'est un public que France Télévisions recherche dans le cadre d'un rajeunissement. C'est un bémol que je souhaite soulever, qui est à donner à la télévision dans son ensemble. A quel âge ? est-on jeune selon la télévision historique ? Ça marque ! le podcast qui décrypte les stratégies de communication. Finalement, la télé... La télévision fait partie du digital. En reprenant ce que je vous ai dit, si Hugo Décrypte nous montrait que les créateurs numériques pouvaient entrer dans la télévision sans quitter Internet, si Vilebrequin nous montrait que la télévision peut accueillir des créateurs issus YouTube tout en faisant elles-mêmes circuler leurs contenus sur les plateformes, si tant est que le diable accepte de pactiser pour mieux vous détruire, La team G1 nous montre quelque chose de différent. Une émission peut perdre sa télévision. survivre sur internet puis retrouver un groupe audiovisuel sans abandonner les codes qui lui ont permis de survivre en ligne. On ne se demande plus quelle chaîne diffuse telle émission, mais où sa communauté peut-elle la retrouver. Et à partir de là, la télévision cesse d'être un point de départ. Elle devient un point de contact parmi d'autres. Soyons référencés sur Google, on nous verra sur la 2. Retournons le problème. La télévision a changé jusqu'à faire le jeu des plateformes. On a vu YouTube était entré dans la télévision en quelque sorte. Mais l'inverse. La télévision s'est mise à jouer selon les règles des plateformes. TF1+, M6+, France.tv, ok. Ce ne sont pas seulement des sites de replay, ce sont bel et bien des plateformes. Elles doivent donc faire ce que fait n'importe quelle plateforme, à savoir faire revenir l'utilisateur, nous-mêmes, le téléspectateur, lui proposer du contenu, créer du contenu spécifiquement à ce moyen de diffusion et de captation d'un spectateur, le personnaliser, le monétiser et l'empêcher de partir. Le contenu n'est donc plus seulement conçu pour être diffusé. Il doit être conçu pour être retrouvé. Une émission doit avoir un titre, une miniature, c'est-à-dire une illustration, une description textuelle, pourquoi pas des extraits ou une bande-annonce, des formats courts, des vidéos, des mots-clés, des épisodes précédents et suivants. Ça fait beaucoup, mais il peut aussi avoir un podcast, comme le podcast Ça marque ! . que vous êtes en train d'écouter et je vous en remercie. D'ailleurs, si vous appréciez cet épisode, n'hésitez pas à vous abonner et à être notifié des prochaines publications. Tout ça pour vous dire enfin que la télévision conçoit du packaging de contenu digital. Et la publicité évolue aussi dans cette direction. La pub télé, pendant très longtemps, fonctionnait avec une logique très simple. Comme il y avait un programme qui parlait à une audience, il y avait un écran publicitaire dédié. Et le même spot envoyait à tout le monde. Mass Media de base. Aujourd'hui, la télévision est segmentée et permet de remplacer certains spots par d'autres selon le foyer ou les caractéristiques de diffusion. En 2024, le nombre de foyers français éligibles à la télé segmentée a atteint 11,2 millions, soit une progression de 61% en une année. L'AF2M et le SNPTV indiquaient également 1,6 milliard de substitutions publicitaires réalisées sur l'année, dont une partie reposée sur la géolocalisation et le programmatique. Au premier semestre 2025, le parc de boxe techniquement compatible atteignait 11,4 millions d'unités. Et là, nous retrouvons exactement la logique du digital. Au lieu de considérer une audience comme un bloc, on commence à considérer différents foyers, différents profils, différents contextes. La télévision conserve son écran, son direct aussi, mais elle adopte une partie des mécanismes du numérique à travers du data, donc la capacité de personnalisation, mais aussi de mesure, et bientôt, de manière encore plus importante, la mesure cross-média. Parce que pour un annonceur, une vidéo est une vidéo, elle peut être vue sur TF1, TF1+, YouTube, Insta, sur une Smart TV, sur un smartphone. Le problème, c'est combien de personnes différentes ai-je réellement touchées ? C'est pour cela que les travaux de médiamétrie sur la mesure crossmedia vidéo cherchent à rapprocher télévision linéaire du streaming. La logique publicitaire est en train de dire quelque chose que nous pouvons résumer très simplement. Arrêtons de compter les tuyaux, mais comptons les contacts. Alors la radio maintenant. La radio, et vous le voyez bien, est entrée aussi dans la télévision. Voilà un phénomène que je trouve encore plus révélateur. Parce que si la télévision devient digitale, la radio, elle, est devenue, je vais dire, un objet hybride, surtout depuis l'intégration des caméras dans les studios de Radio FM, qui avaient déjà fait débat. Prenons RTL2, le double expresso RTL2, c'est une émission de radio, mais elle est aussi diffusée sur W9. Et elle est filmée, bien sûr, en simultané. En 2026, cette diffusion a même enregistré sa meilleure saison historique, sur W9 selon les données rapportées par PurMedia. Ce n'est pas un hasard si le groupe a progressivement travaillé l'image. Il y a quelques années, le responsable de RTL2 expliquait déjà que l'émission avait commencé comme une simple émission de radio filmée avant que le travail visuel ne soit renforcé pour qu'elle puisse réellement fonctionner à la télévision. Au départ, on pourrait penser qu'on filme la radio. radio pour la mettre à la télévision. Mais ce n'est pas vraiment ce qui s'est passé. On a conçu une émission qui devait vivre autant à la radio qu'à la télévision, mais surtout ailleurs, dans le digital, sur les réseaux sociaux, et souvent désormais en podcast replay. Distingué d'ailleurs, si je ne l'ai pas dit depuis que je diffuse Ça marque ! , deux types de podcast sur les plateformes, le podcast replay qui rediffuse un programme diffusés en radio ou en télé notamment. et le podcast natif, celui conçu pour être programmé sur les plateformes de podcast et consommé comme tel. Le mouvement radio vers la télé et le broadcast, multiformat, existe dans le service public et est obligatoire désormais pour faire sortir des sentiers au moins un programme leader sur ces ondes. Le cas ici. Ici, la radio, la télé et le digital sont une même marque. France Bleu, avec France 3, devient ici. en janvier 2025. Et Radio France présente ici comme un média 360. Radio, télévision, digital. A tel point que les matinales locales sont désormais diffusées sur France 3. Certaines matinales de ICI Région, qui est un changement de marque pour la Radio France Bleue, et quelques particularités, par exemple en Bourgogne, où il y a deux Ça marque ! ICI, il y a ICI Bourgogne pour la Côte d'Or, Dijon et la Saône-et-Loire, Autun, deux départements sur les quatre de la région que l'on voit majoritairement à l'antenne, Puis il y a ici Auxerre, pour Lyon, Auxerre, et de plus en plus avec le déploiement du DAB+, la Nièvre-Nevers. En 2024, France Télévisions expliquait que les matinales filmées avaient été progressivement généralisées et concernaient 35 antennes avec l'objectif d'atteindre les 44 stations locales. En février 2025, ici Matin-Auxerre devenait à son tour une matinale commune diffusée sur France 3 Bourgogne et France.tv portant à 38. le nombre de matinales filmées. Et le plus intéressant est peut-être la formulation utilisée par France Télévisions elle-même. La radio s'écoute, elle se regarde également. Une émission de radio filmée n'est pas seulement une émission qu'on peut regarder. Elle devient un contenu qui peut être découpé. Une interview de 20 minutes, on peut en faire une version radio, une vidéo complète YouTube, un podcast, un extrait de 3 minutes pour Facebook, une vidéo verticale de 30 secondes pour TikTok, une citation en post Instagram, un article pour le site Internet. le contenu initial devient une matière première, et c'est précisément la logique des plateformes. On ne produit plus seulement une émission, on produit un stock de contenu potentiel. C'est l'un des changements les plus importants dans les métiers de l'éditorial. Parce que la question posée aux journalistes, à l'animateur, aux producteurs ou aux communicants n'est plus « Que va-t-on dire ? » mais « Qu'est-ce que cette matière, ce sujet, va permettre de produire par la suite ? » Je pense que si vous écoutez Ça marque !, C'est bien parce que vous êtes vous-même dans ce cas, ou alors vous êtes passionné comme moi, et je peux vous aider à produire du contenu pour vous-même ou pour votre organisation. Il vous suffit de me contacter depuis les réseaux en mentionnant Télé Digital si vous avez besoin de conseils, ou tout simplement même d'un community manager. Je serai ravi de répondre à toutes vos problématiques de communication en ligne. En tout cas, la rentrée 2026-2027. C'est une nouvelle émission politique sur France 2 qui mérite toute notre attention d'éditorialiste et de community manager. Franjeux, le dimanche, presque en lieu et place du traditionnel JT. Depuis le 30 août 2026. Franjeux est une émission politique présentée par Benjamin Duhamel qui est diffusée simultanément sur France 2 et sur France Inter. Le dimanche à 13h20 et proposée également sur France.tv. Mais en fait... Cette émission existe comme un podcast. Et rien qu'au décor, on est bien davantage dans le format podcast, ce studio emblématique au rétro-éclairage avec les protagonistes qui conversent comme unique objet principal plutôt qu'une émission de télévision avec tous ses subterfuges au gros moyen. Même le cadrage et l'absence d'irrèges de grands mouvements font de cette émission une émission actuelle, tendance, dans l'ère du podcast. Les épisodes sont distribués dans l'écosystème France Inter jusqu'aux bonnettes de micro. Voilà un objet qui ne correspond plus vraiment aux anciennes catégories. Est-ce que c'est une émission de télévision ou une émission de radio ou juste un podcast ? En tout cas, c'est un contenu audiovisuel distribué sur plusieurs points de contact. La télévision apporte l'image et le rendez-vous. La radio apporte l'écoute. Le podcast apporte la disponibilité à la demande. C'est là où vient un sujet essentiel. Le contenu que l'on crée pour la télé, pour la radio, pour les plateformes d'écoute, Le contenu est un projet nomade. Il n'appartient plus nécessairement à son média d'origine. Une émission de radio peut devenir une émission de télé. qui peut devenir un podcast, une vidéo YouTube devenir une émission de télévision. Et le public n'a même plus nécessairement conscience de l'origine du contenu. Le public découvre ça quelque part, il le retrouve ailleurs, et cela change complètement notre manière de penser et notre stratégie éditoriale. Parce que si vous commencez par le média, vous prenez le risque de vous enfermer. Mais attention, digital ne veut pas dire que tout se vaut, parce qu'il serait très facile de tomber dans l'accès inverse. Dire que tout est digital maintenant, non ! Les supports convergent, mais les usages ne deviennent pas identiques. Une vidéo YouTube pas automatiquement une émission de télévision, bien sûr. Et l'attention ne sera jamais la même. Regarder une finale sportive à la télévision avec plusieurs millions de personnes, ce n'est pas la même expérience que regarder un extrait sur son téléphone le lendemain. Écouter une interview en podcast dans sa voiture, ce n'est pas la même chose que regarder sur France 2, peut-être depuis sa cuisine. Le numérique n'efface pas les spécificités des médias, ce qui nous amène finalement à l'authenticité de chacun. Comme avec La team G1, la télévision n'est pas morte avec les derniers boomers. Les technologies de distribution convergent, mais les comportements restent différents. Ce que cela change pour une stratégie de communication. Imaginez qu'une entreprise ait une grande histoire à raconter. Pendant longtemps, on lui aurait proposé un film institutionnel, un spot pub, un article, peut-être un poste LinkedIn, voire mieux une campagne presse. Aujourd'hui, je commencerais par demander quelle est l'histoire. Quel est le message ? Et c'est ensuite, quelle idée en découle ? Et nous avons tellement de canaux que nous avons tendance à produire sans stratégie de circulation. On publie et on republie. On adapte peut-être, mais on coupe. On essaie de faire entrer le même contenu partout, et moi-même le premier. Alors comment décliner dans ce cas ? Et je peux faire écho avec un autre épisode que je vous invite à écouter, qui s'intitule « Pourquoi il faut décliner, jamais dupliquer ? » disponible sur toutes les plateformes d'écoute. La convergence des médias ne signifie pas qu'il faut publier la même chose partout. Elle signifie qu'une même idée peut être déclinée selon les usages. Une interview d'une heure peut devenir un podcast d'une heure, mais aussi une vidéo de 10 minutes, puis un extrait de 30 secondes, etc. On l'a dit. On répond à chaque usage. Chaque personne a ses choix déterminés, qui privilégient pour certains le réel insta, pour d'autres la lecture approfondie d'une information détaillée, donc l'article, etc. C'est exactement ce que font les médias lorsqu'ils deviennent des plateformes. C'est aussi ce que les Ça marque ! adaptent en continu dans leurs soucis de visibilité, dans la marée des flux et des bits d'informations. La grande leçon du streaming, ne pas se battre contre l'usage. Parce que quand les usages numériques ont explosé, l'industrie culturelle a longtemps pu considérer le piratage comme un problème extérieur. Et elle a compris que les utilisateurs voulaient surtout une expérience. Les offres légales ont fini par intégrer cette expérience. Et elles ont ajouté ce que le piratage ne pouvait pas forcément garantir. La stabilité, la qualité, les droits et la continuité du service. Le marché n'a donc pas simplement légalisé un usage, il a industrialisé une attente. En transformant une pratique numérique marginale et illégale en une expérience média ordinaire et originale. C'est là où on va arriver aussi jusqu'à Netflix. Aujourd'hui, personne ne trouve particulièrement étrange de regarder un film en streaming, mais il y a 20 ans, regarder une vidéo ou écouter de la musique en ligne n'était pas de soi et s'était téléchargé depuis U-Torrent avec les risques que ça comportait. C'était pirate. Comme la radio avant 81. On boucle la boucle, justement. Les radios pirates annonçaient quelque chose qui allait devenir normal et libre. Internet a fait exactement la même chose à une échelle beaucoup plus vaste et sur un modèle nettement différent. Ce n'est pas la loi qui a accepté le nouveau modèle de consommation culturelle, comme avec la radio qui libéralise, légalise les fréquences interdites. C'est une société, en l'occurrence Netflix, qui s'est approprié un système souterrain et l'a transformé en modèle acceptable pour le marché, et à peu près, les régulateurs. On arrive au terme de cet épisode de Ça marque ! , le podcast qui décrypte les stratégies de communication. Conclusion de l'épisode, finalement, la télévision fait partie du digital, que retenir ? Première idée, le digital n'est pas synonyme d'internet. Le DAB+, la radio de demain, est numérique, mais cette radio fonctionne par diffusion herdienne. Le numérique est une logique technologique et organisationnelle, pas simplement un lieu, un espace de connexion. Deuxième idée, le streaming n'a pas été légalisée par une loi qui aurait transformé une technologie interdite en technologie autorisée. Le streaming peut être légal ou illégal. Ce qui s'est produit, c'est la montée d'offres légales capables de répondre à des usages installés par le piratage. Netflix, Spotify et d'autres ont transformé la demande en marché légal pendant que le droit et la régulation continuaient de dire ceci. Définir les limites et d'essayer de les appliquer, par exemple la loi Adopi de Frédéric Mitterrand, ministre de la culture pendant la présidence de Nicolas Sarkozy. Troisième idée, le téléviseur est devenu une interface. Il donne accès à des chaînes, des plateformes, des applications et des contenus. Quatrième idée, les chaînes de télévision sont devenues des plateformes. TF1+, M6+, France.tv, elles ne font plus seulement du replay, elles organisent un catalogue avec des recommandations et des... personnalisations, et donc au moins un algorithme, avec l'objectif de garder l'utilisateur chez elle. Cinquième idée, la télévision apprend les règles du référencement. On parlait de l'algorithme, être diffusé ne suffit plus, il faut être visible dans l'interface, et c'est précisément pourquoi l'Arcom travaille sur la visibilité des services d'intérêt général dans les interfaces connectées. Sixième idée, les créateurs internet n'ont pas nécessairement quitté Internet en baptisant avec l'arrière-garde télévision. Hugo Décrypte est désormais une newsroom égale aux grands quotidiens de la presse nationale. Michou a été utilisé par M6 principalement pour produire des contenus numériques autour de la Coupe du Monde et sur son canal. Vilebrequin a montré que YouTube pouvait fournir des personnalités à la télévision, même si ça a mal fini. Septième idée, la radio est un objet d'écoute et de vue, et de référencement à venir. RTL2 est diffusé sur W9, les matinales Ici sont filmées pour France 3, Franjeu est diffusé simultanément sur France 2 et France Inter et existe aussi comme podcast. La radio ne devient donc pas télévision mais elle devient un contenu audiovisuel multisupport. Huitième et dernière idée, les médias ne sont plus seulement des lieux où les contenus existent. Les médias sont des systèmes dans lesquels les contenus circulent. le fameux flux de bits algorithmiques et logarithmiques de Salvador Dali. Un artiste peintre peut être cité sur l'évolution digitale médiatique. Peut-être avez-vous la ref, vous pouvez me le dire en commentaire ou directement sur les réseaux. Pour conclure, ce n'est pas simplement parce qu'elle est maintenant regardée sur Internet que la télé est un objet du digital. Et pas non plus parce que tous les téléviseurs sont connectés smart. La télévision fait partie du digital parce que sa logique de distribution a changé. En adoptant le replay sur les plateformes, puis le natif pour l'original et la conception de contenu pour un public nouveau, la télévision se bat en concurrence, désormais dans des interfaces qu'elle ne contrôle pas. C'est là où l'on peut comprendre le choc. Perdre un monopole demande une révolution intellectuelle des gens du secteur qui refusent de perdre. Alors une question qui nous amène à Ça marque ! , le podcast qui décrypte les stratégies de communication. Où mon contenu peut-il rencontrer son public et comment ? Peut-il continuer à le rencontrer après son premier contact ? Ce sont les questions que je vais laisser ouvertes pour terminer cet épisode. Si cet épisode de Ça marque ! vous a fait regarder votre téléviseur autrement, ou si vous commencez à regarder votre stratégie de contenu autrement, abonnez-vous à Ça marque ! et retrouvez les prochains épisodes dans les quatre rubriques fondamentaux, décryptage, conversation, innovation. Si vous pensez que cet épisode peut intéresser quelqu'un qui travaille dans les médias, la communication, la création de contenu ou un passionné, N'hésitez pas à partager parce qu'un contenu n'existe vraiment que lorsqu'il rencontre son public. A bientôt !