- Alexandre Franco
Bienvenue sur Capté podcast. Je suis Alexandre Franco. A travers ce podcast, je pars à la rencontre de femmes et d'hommes qui ont osé entreprendre. Ils partagent leur parcours, leurs réussites, leurs galères et surtout les petites étincelles qui ont fait la différence dans leur aventure. Si tu aimes découvrir des trajectoires inspirantes et des récits authentiques qui mêlent business, créativité et humain, tu es au bon endroit.
- Juliette Dragon
Et je dansais parce que de toute façon je dansais, je dansais déjà sur du rock et je dansais en rave. Bah voilà on était des espèces de drag queens électroniques qui faisaient du cabaret sur de la techno. Tu peux vraiment partir dans tous les sens avec le cabaret. Donc le cabaret des filles de joie ouais c'est dire on va vous séduire mais ça nous appartient. Le premier stage il était le 8 février et on a inauguré l'école le 8 mars. Tous les samedis il y avait des centaines et des centaines et des centaines de meufs qui venaient tous les samedis à l'école. Et à une époque, entre les intermittents, les gens qui facturaient et tout, on avait 16 employés par mois qui bouffaient avec l'école. Devenir patron quand t'es punk, c'est juste un cauchemar. Ouais, ouais, franchement.
- Alexandre Franco
Bienvenue dans capté. Aujourd'hui, on est avec Juliette Dragon, performeuse et fondatrice de l'école des filles de joie. Elle nous raconte comment elle a transformé son goût de la scène en école, comment elle joue avec la provocation en faisant de l'effeuillage une arme de confiance, sa manière aussi de créer de la valeur à partir de l'art vivant et de la pédagogie. Voilà, franche, joyeuse et militante, Juliette ose et c'est contagieux. Son féminisme se danse, il se vit dans le corps, le rire et l'audace. Et on va la laisser parler vrai. Salut Juliette !
- Juliette Dragon
Salut, merci de me recevoir.
- Alexandre Franco
Je suis vraiment hyper content qu'on ait réussi à se retrouver et se faire ce podcast ensemble. Tu sais que sur Capté j'aime bien avoir le quotidien des créateurs d'entreprises et je voulais justement avoir ta vision, un petit peu particulière aussi. sur ton organisation et même la gestion entre tes performances avec l'école des filles de joie et puis le livre aussi. Et voilà, ton engagement en général. Il me semble que pour mieux comprendre ce que tu fais aujourd'hui, je voudrais que tu nous dises un petit peu d'où vient cet amour de la scène.
- Juliette Dragon
Non, alors je viens d'Occitanie, moi je suis de Montpellier. Et au départ, j'avais une culture vraiment punk rock. Et à un moment, on a commencé à parler de la musique électronique. Et voilà, je suis devenue raveuse. deux semaines, c'est pas où j'étais raveuse.
- Alexandre Franco
Ouais, j'entends. Et après, mais justement, entre aller à une rave et participer à la rave, et puis te faire remarquer peut-être sur une scène ou sur un podium, je sais pas.
- Juliette Dragon
J'étais déjà habillée n'importe comment, toujours, parce que ma mère était dans le prêt-à-porter, dans la mode et la haute couture. Donc j'avais toujours eu des looks un peu particuliers, qui fait que quand je suis allée en rave, j'étais contente, je pouvais m'habiller n'importe comment, tout le monde trouvait ça génial. Et je dansais, parce que de toute façon, je dansais. Je dansais déjà sur du rock et je dansais en rave. Et assez vite, mais je dirais au bout de, je sais pas, ça devait être le troisième week-end que j'allais en teuf, il y a un pote qui est venu me voir, qui me dit « ouais, je fais une teuf la semaine prochaine » . Je dis « oh bah super, c'est ouf » . Il fait « non mais je veux que tu viennes » . Je lui dis « non mais je viendrai » . Il fait « non mais je te paye » . Je lui dis « mais pour quoi faire ? » . Il fait « bah tu fais ça tout pareil, habillé comme ça, machin, et je te donne de l'argent, mais je veux que tu sois là » . Ok.
- Alexandre Franco
Et du coup, c'est lui qui te met en... Enfin, il y a quoi ? Il y a un peu de... Ben,
- Juliette Dragon
il y a eu ça. Je me souviens même plus, c'est une toute petite teuf, tu vois. Ça doit être août 93, il n'y a pas grand-chose à Montpellier encore, en 93. Mais de là, assez vite, il y a la troupe des Nuits Blanches qui m'a proposé de remplacer une danseuse qui ne pouvait pas faire une date. Et j'étais la seule fille 6 dans la compagnie. Je suis devenue performeur drag queen avec les Nuits Blanches. Et en parallèle, je faisais partie d'un collectif qui s'appelait Gluck Family, où j'étais aussi, je pense, la seule fille 6 quasi. du groupe et ben voilà on était des espèces de drag queen électronique qui faisait du cabaret sur la techno.
- Alexandre Franco
Et puis en 93 on est encore au moment où on invente tout quoi.
- Juliette Dragon
Ben ouais ça qui était rigolo c'est que d'un coup tu sens que c'est pour toi quoi, c'est pas... t'étais pas en train de suivre les darons ou les grands frères et les grandes sœurs, c'est ton truc quoi.
- Alexandre Franco
Ouais c'est ça.
- Juliette Dragon
Et ça c'était super de sentir qu'il y avait un mouvement pour nous, pour de vrai quoi d'un coup.
- Alexandre Franco
Et du coup, de cette scène techno des festivals, après tu te retrouves aussi à Paris, non ?
- Juliette Dragon
Assez vite !
- Alexandre Franco
C'est là où en tout cas nous on se rencontre.
- Juliette Dragon
Je suis montée à Paris pour changer d'entourage, parce qu'à Montpellier, tout mon entourage se défonçait. Et en arrivant à Paris, j'ai fait des arts martiaux, je suis allée quand même en teuf, mais sans plus rien prendre. Et puis je me suis mise à bosser. Alors au tout début, j'étais gogo-danceuse au Folies Pigalle et au Rex. Je fais les derniers mois du Rex. Du Rex, pas du Rex, pardon, lapsus. Non, non,
- Alexandre Franco
du Palace.
- Juliette Dragon
Et le Palace a fermé à la rentrée et à la rentrée, j'ai été embauchée au Pulp. Non, assez vite, j'étais gogo danseuse. Je pense que gogo danseuse, s'il y a une hiérarchie, c'est en dessous de drag queen quand même. Parce que gogo danseuse, t'es forcément idiote. Tu danses d'une manière pas suffisamment élaborée pour être reconnue comme artiste, mais en même temps, tu dois mettre l'ambiance. Parce que gogo, c'est ça. T'es là pour que les gens osent danser.
- Alexandre Franco
T'as un souvenir en particulier de ce moment-là ? Tu te dis, j'ai envie de faire ça toute la vie.
- Juliette Dragon
pendant longtemps parce que si je suis arrivée en rave j'ai fait putain ils ont mon âge c'est pour moi j'ai fait une première teuf en club toute pourrie après la suivante c'était Boréalis donc c'est c'était quelque chose c'est Boréalis 93 donc c'est quoi c'est début juillet ou début août 93 début août 93 ok et 10 jours plus tard je quitte mon job enfin ouais je suis partie en camion enfin tu vois c'est ça a été super clair quoi t'as embrassé le truc c'est 93 j'ai tous mes choix de 93 je les maintiens jusqu'à maintenant
- Alexandre Franco
intégral tu vois et ben voilà tu vois mais justement raconte-nous qu'est-ce que tu fais maintenant avec tes mots comment toi tu le décris ?
- Juliette Dragon
alors aujourd'hui il y a un truc toi tu n'as peut-être pas suivi ce que je fais à Berlin c'est je suis alors en français on va plus appeler ça sexéducatrice c'est-à-dire je travaille vraiment avec les sexualités et j'essaie de rallier tout mon engagement féministe pour essayer d'imaginer un érotisme et une sexualité féministes. Ce qui est quand même assez compliqué avec l'hétérosexualité. Parce que l'hétérosexualité, par définition, elle n'est pas féministe. C'est un rapport homme-femme qui est, pour moi, assez problématique. Et le réinventer, ça demande beaucoup de créativité, d'invention, et d'humilité. de sens de l'humour aussi donc j'essaie de mélanger tout ça par le corps où j'ai fait beaucoup de performances où j'incarnais l'éternel féminin dans ce qu'il a de sexy parce qu'assez vite c'est ça que j'ai compris que je jouais sur scène c'était performer le genre féminin d'une manière séduisante et interroger ça pourquoi, comment c'est sexy un corps féminin ou une personne qui joue le genre féminin, mais vraiment questionner le pourquoi. C'est-à-dire, dans quelle culture, avec quel code, de quelle génération, de où ça vient, parce qu'il y a plein de manières d'être sexy qui sont extrêmement différentes. Assez vite, j'interroge ça en tant qu'artiste. Puis du coup, je me suis remise à lire des livres quand même. À lire des livres sur le féminisme et comprendre les constructions. Pour moi, le genre, c'est vraiment une construction sociale. Et je parlais tout à l'heure de classisme, c'est une classe sociale, le genre féminin. Parce que parce que tu n'es qu'une vulve, tu vas être payé moins 30% toute ta vie que quelqu'un qui est né sans vulve, tu vois. Donc, moi, je trouve ça injuste, évidemment. Oui,
- Alexandre Franco
c'est vrai, c'est encore une réalité dans plein d'heures. Oui,
- Juliette Dragon
statistiquement, la parité, on va encore mettre quelques siècles à l'avoir en salaire, tu vois. Donc, on peut dire, les féminines sont chiantes, mais il y a quand même des disparités de droits qui sont tellement obscènes que je pense qu'on peut être strictiseuse, tu vois. parce que quand tu manques ton corps c'est ça que je veux dire le message est super intéressant donc qu'est-ce que je fais aujourd'hui je continue de travailler avec mon corps je continue à être performeur pour questionner justement la performance du genre féminin dans les sociétés parce que je le fais dans le monde entier dans quel type d'événements ?
- Alexandre Franco
c'est très très varié parce que là on parlait des événements de musique électronique Alors oui, ça s'est ouvert. En ce temps,
- Juliette Dragon
j'ai fait du théâtre de rue, j'ai fait du cirque, j'ai fait du théâtre-théâtre. J'ai eu un groupe de punk rock. J'ai fait énormément de cabaret. Et donc le cabaret, ce que j'adore, c'est cette confluence entre danse, théâtre, cirque, mais aussi absolument tout ce que tu veux. Tu peux faire une installation de la vidéo, tu peux vraiment partir dans tous les sens le cabaret. Et donc on a fait du cabaret électronique quand j'ai commencé. puis assez vite, je suis revenue, chanson réaliste, et mélanger, tu vois, mélanger techno, chanson réaliste, revenir au punk. Et j'aime bien parce que le cabaret, c'est une forme d'art qui est... Ça serait l'opéra en populaire, tu vois. C'est un art total. Je peux tout mettre dans le cabaret.
- Alexandre Franco
Et donc, ouais, de ce côté, de cette activité avec le cabaret, tu identifies peut-être plus le burlesque dans tes performances aussi.
- Juliette Dragon
Le burlesque, c'est l'art de l'effeuillage. et je pense que dans le cabaret il y aura toujours une partie satirique qui critique la politique je pense que c'est important on peut pas dire du bien du gouvernement, c'est pas possible et puis il y a un côté sexy parce qu'il y a un côté divertissant qui fait que parce que c'est agréable à regarder tu te fades le discours politique qui te fait chier en temps normal il y a un moment tu te dis mais j'ai envie de transmettre ça,
- Alexandre Franco
c'est ça ?
- Juliette Dragon
c'est-à-dire que quand on a fait les cabarets et que Donc je faisais des cabarets. D'abord, pendant dix ans, j'étais performeur pour d'autres compagnies. J'ai fait dix ans où j'ai vraiment écumé tous les festivals de musique électronique de France et un peu plus large. Et puis au bout de dix ans, je me suis dit que j'allais monter mes soirées. Donc j'étais au Pulp. Et de là, j'ai monté une asso qui s'appelle Surprise Party, parce qu'à la première soirée, ça s'appelait ma première Surprise Party. Et donc il y avait la drum and bass, du hip-hop, mais aussi de la chanson réaliste et du cabaret et du striptease. des expos photos, des projections vidéos. Enfin, voilà. Ça, c'est 2003. Et du coup, la deuxième, j'ai donné un thème. Et j'ai donné comme thème le cabaret des filles de genre. Et c'est devenu le nom de la compagnie. Parce que c'était, on est toutes des femmes, ou en tout cas, on performe le genre féminin sur scène. C'est sexy. Et honnêtement, je pense que quand tu fais de la scène, tu fais la pute. Parce que franchement, même si tu ne le fais pas de manière génitale, te vendre en tant qu'artiste, déjà, c'est faire la pute. et de toute manière être salarié c'est faire la pute y rajouter du génital pour mieux gagner ta vie ça te regarde moi ça me choque pas, je dis pas que je le fais ou je le fais pas je vais pas le dire au micro mais je pense que c'est important de relativiser le sex work donc le cabaret des filles de joie c'est dire on va vous séduire mais ça nous appartient c'est pas forcément et puis t'as ce côté provoque aussi bah ouais c'est punk on va se refaire justement
- Alexandre Franco
non ou... où tu viens provoquer un petit peu le...
- Juliette Dragon
On s'est fait censurer de gavé de festival à cause du nom. Ah ouais, c'est un choix qui coûte cher ce nom-là. Quand je fais Shadowban de YouTube, Instagram, tout ça, pour pas dire ces gros mots, mais quand même, on se fait défoncer avec le nom. C'est contenu pour adultes tout de suite, l'algorithme bug à chaque fois. Donc il faut que j'écrive et que je dise que non, que regardez mieux. Donc je leur ai écrit, si ce n'était pas un robot, que c'était un humain, vous verriez que... Oui,
- Alexandre Franco
c'est ça. C'est que tu es sur un espace un peu... Une crête où ça ne baisse plus de...
- Juliette Dragon
Mais c'est de pire en pire, parce que là, j'ai plein de posts sur YouTube qui sont assez âgés et qui remontent maintenant parce qu'ils sont censurés maintenant, alors qu'ils sont en ligne depuis 15 ans. Je ne mets plus rien sur YouTube. Donc dès que ça remonte, c'est des trucs qui ont au moins 10 ans, je pense. 10, 15 ans, enfin du début, tu vois. Et petit à petit, l'algorithme écrème, enfin écrème dans le mauvais sens, écume, je ne sais pas comment on dit, en censurant de plus en plus ces trucs qui étaient passés crème avant et qui ne passent plus.
- Alexandre Franco
Oui, c'est bizarre. Parce qu'en même temps, maintenant, tu as justement l'intelligence artificielle qui est capable de mieux interpréter le contenu plutôt que de le mettre que dans des cases.
- Juliette Dragon
Je pense que notre contenu est devenu de plus en plus subversif avec le temps.
- Alexandre Franco
Ok.
- Juliette Dragon
Je crois qu'il y a quand même un peu de sort.
- Alexandre Franco
C'est pas un bon signe de... Ah bah non,
- Juliette Dragon
il y a quand même que ça devient facho partout, on est au courant. Ouais,
- Alexandre Franco
mais il faut quand même le rappeler.
- Juliette Dragon
Le monde capitaliste devient se fachise, et 2027 est un vrai enjeu. On peut en parler, mais... Non, non, là, on va pas dans le bon sens, là, c'est sûr.
- Alexandre Franco
Ouais, c'est évident. Et toi, comment t'en fais ? Donc, là, c'est la génèse de cette école, mais ça fait... Ah oui,
- Juliette Dragon
c'est ça que je disais, on s'est mis à faire les cabarets.
- Alexandre Franco
Ouais, ça fait un moment déjà.
- Juliette Dragon
Avec mes copines qui étaient pros. Et assez vite, en fait, les filles venaient nous voir. Il y a plein de filles qui venaient au spectacle. C'est un spectacle de striptease, mais c'est majoritairement des femmes qui viennent voir. Parce que justement, comme la grande, elle parle, c'est chiant pour les mecs. La grande, c'est moi. Je suis 1m84, j'ai des talons de 16 cm, donc je fais 2 mètres. J'ai des plumes sur la tête.
- Alexandre Franco
Pour ceux qui ne te connaissent pas, je disais Juliette Dragon. Juliette Dragon, pourquoi ?
- Juliette Dragon
Parce que j'ai un grand dragon tatoué dans le dos. Donc non, c'est du strip-tease féministe, ce que je fais. Donc c'est essentiellement des femmes qui viennent voir le spectacle et les filles viennent nous voir. Mais où est-ce qu'on apprend ça ? Moi, j'ai appris avec des drag queens et puis en lisant des livres, en regardant des films. Il n'y avait pas d'école de burlesque quand j'ai commencé. Et donc je leur disais ça. Je ne sais pas, tu as qu'à lire des livres. Tu regardes des BD, tu bouffes du manga, tu bouffes des comics, tu regardes des films hollywoodiens pour absorber tous les codes de séduction. judéo-chrétien, hétéro-patriarco, capitaliste, en bouffe. Et non, elle m'a demandé de donner des cours. Donc on a monté une école. Mais c'est une demande, en fait.
- Alexandre Franco
Tu vois ?
- Juliette Dragon
Au début, je voyais pas l'intérêt d'enseigner ça, puisque moi j'avais appris toute seule. Et non, le truc, c'est que ça a été un carton plein en moins d'un mois. On a fait deux stages dans un gymnase. J'ai rencontré les gens de La Bellevilloise, qui venait d'ouvrir. Ils nous ont filé leur loft. Le premier stage, il était le 8 février et on a inauguré l'école le 8 mars. Parce que d'un coup, on a dit, c'est blindé, on continue. Mais c'était taré. C'était tous les samedis et il y avait des centaines et des centaines et des centaines de meufs qui venaient tous les samedis à l'école. C'était taré. C'est incroyable. On était la première école de burlesque en France. Ça n'existait pas.
- Alexandre Franco
Oui, mais comment vous étiez au courant ?
- Juliette Dragon
On était un vrai marronnier médiatique. Parce que des strip-teaseuses féministes, en fait, c'est génial. C'est que t'as du contenu, c'est un peu provoque, c'est subversif, y'a des meufs à poil, génial. La télé adore, les journalistes adorent. Et non, c'était fou. Parce qu'en quelques mois, on a fait à l'époque...
- Alexandre Franco
Ouais.
- Juliette Dragon
On a fait les trois zones interdites, 66 minutes, et envoyé spécial. En quelques mois. Et toute la France nous connaissait. Et de là, je suis allée donner des cours dans toute la France.
- Alexandre Franco
Mais j'allais te dire, tu te rappelles du moment où t'as... Tu as commencé à avoir un statut avec ça. C'était instantané. Il a fallu payer tout le monde.
- Juliette Dragon
À une époque, entre les intermittents, les gens qui facturaient et tout, on avait 16 employés par mois qui bouffaient avec l'école. Pour moi, c'était énorme. Je n'ai jamais fait de management. J'avais zéro notion de quoi que ce soit. Et je me suis retrouvée à pas donner des cours, mais à gérer l'équipe mal, puisque je ne savais pas le faire. Et à m'embrouiller parce que l'enfer, c'est les autres. Mais quand même, le fait d'être boss, c'est gérer des employés. Tu ne sais pas le faire. C'est atroce. Moi, je voulais tout bien partager avec tout le monde. Et comme je n'avais que des juniors qui n'avaient jamais bossé avant, elles pensaient que vu que je leur donnais ça, ça veut dire que je pouvais leur donner beaucoup plus. Et que j'étais méchante. Alors que je partageais vraiment. L'aventure humaine a été dure.
- Alexandre Franco
Le changement quand tu bascules de l'autre côté.
- Juliette Dragon
C'est atroce. De devenir patron quand t'es punk, c'est juste un cauchemar. Ouais, ouais, franchement.
- Alexandre Franco
T'étais plus à faire les cours, etc. Je gérais l'équipe, quoi.
- Juliette Dragon
Mais c'était dingue. Tous les chefs d'entreprise, ils savent ce que c'est, quoi. C'est l'enfer, quoi. Parce qu'en France, on dit toujours, ouais, les patrons. Le problème, c'est les grands patrons. Les gens confondent les patrons de TPME et les grands patrons. Ça n'a rien à voir. C'est pas parce que t'es patron d'une TPME que t'es une mauvaise personne.
- Alexandre Franco
Exactement. Et généralement, tu as créé une activité, tu crées des emplois, etc.
- Juliette Dragon
Et tu te fais saigner comme du bétail.
- Alexandre Franco
Et donc ces activités-là, tu les gères maintenant avec une même boîte ? Alors là,
- Juliette Dragon
l'école aujourd'hui à Paris, elle est bien moindre pour une grande addition de raisons. Entre autres que je ne suis plus beaucoup à Paris. Donc, à Paris, il n'y a que deux cours par semaine maintenant.
- Alexandre Franco
C'est déjà pas mal.
- Juliette Dragon
Oui, mais bon, à une époque, c'était... Il y avait les samedis où il y en avait quatre pendant le samedi sur trois niveaux à la Bellevilloise. Donc, c'était douze par samedi et rempli entre 25 et 40 personnes. C'était fou. Ça, ça a duré quelques années. Puis, on a quitté la Bellevilloise. On a déménagé dans d'autres endroits. On n'a plus jamais eu le succès de la Bellevilloise. plein de choses. Le lieu était moins joli. On avait une sorte de baraka avec la Bellevilloise, ça c'est vrai. Mais aussi, on est passé de « on est les premières » à « je forme des gens, tous les gens que je forme montent leurs propres écoles » et leurs propres compagnies. Ça, c'est très bien. Mais leurs propres écoles, ça fait un peu mal au cul. Parce que moi, j'ai monté mon école au bout de 15 ans de carrière. Et là, je voyais des filles, elles avaient pris trois stages, hop, elles montaient leurs cours. Je fais « ça va les gos ? » Bon, ok. C'est que j'ai bien fait mon taf, elles ont pris confiance en elle. C'est une fierté. J'en ai des cours dans toute la France et assez vite, les filles qui jouent des cours en France, elles ont monté leurs propres écoles aussi. Donc, il y a eu beaucoup moins de demandes parce qu'il y a eu beaucoup plus d'offres. Donc, ça a moins bien marché. Et puis, comme je disais, comme j'étais une très, très mauvaise manageuse, je me suis quand même embrouillée avec toute mon équipe, dont je me suis séparée. Il y a eu des moments vraiment assez durs. Et là, j'ai pris des cours de management. J'ai remonté le truc d'ailleurs très très différente. Et donc en effet, je me suis associée assez vite. C'est en parallèle, c'est à peu près les mêmes années. Je me suis associée à qui était mon ancien mari, Seb le Bison, pour le citer, parce qu'il faut le créditer, et qui lui a une boîte de prod. Donc on avait la boîte de prod SARL, avec licence d'entrepreneur du spectacle, pour vendre les spectacles, avec des contrats de session. Et en parallèle, la petite asso, où c'est essentiellement des bénévoles qui la gèrent, il y a beaucoup de cours là où je ne me paye pas, c'est juste l'asso qui tourne. Après, il arrive que je facture des gros stages ou des grosses résidences ou des trucs comme ça, où je vais donner des cours et je vais payer en cachet. Et là, c'est la boîte de prod qui va vendre la prestation. Je suis aussi auto-entrepreneur. Si jamais il faut que je facture, je ne le fais jamais, mais ça existe. Et sinon, je travaille beaucoup à l'étranger.
- Alexandre Franco
Et aujourd'hui, comment tu les trouves ? Les élèves, ça vient toujours du bouche à oreille.
- Juliette Dragon
Je suis célèbre,
- Alexandre Franco
chérie. Tant mieux, tant mieux, tant mieux.
- Juliette Dragon
Alors non, c'est particulier parce que ça reste punk. Donc je fais de la com comme une grosse sex worker sur Instagram. Parce que mon site, je suis en train de le refaire. Pour citer un patron que j'ai eu à une époque qui me disait « Mais pourquoi elle a toute cette presse alors que nous... » Alors que moi, je ne suis pas une attachée de presse et qu'on n'a pas le dixième. Parce que moi, j'ai du contenu, gars. Toi, tu fais semblant. Moi, j'ai du vrai contenu. Tu es roi, encore une fois. Encore heureux, qui a encore une valeur au vrai contenu.
- Alexandre Franco
C'est ça.
- Juliette Dragon
Parce que si tu fais juste des posts sur les réseaux pour faire joli en rose, en pinkwashing, il y a quand même un moment où les gens s'en rendent compte que tu te fous de leur gueule. Bon, il y a ça. Après, je fais un tri dans les élèves. C'est terrible et c'est totalement anticapitaliste. C'est-à-dire que si la fille est... Comment je peux dire ça poliment ? Alors, en tant que féministe, je pense qu'il faut arrêter de victimiser les femmes et les infantiliser. Donc, si la fille me harcèle de messages en disant « Mais alors ça, qu'est-ce qui va se passer ? » Ben, tu lis le post. « Ouais, vous pourriez être aimable ? » Non. Non, non, parce que j'ai passé six plombs à rédiger un truc qui est quand même assez détaillé. Donc, je peux avoir oublié de repréciser l'adresse, mais elle est punaisée en haut de l'Instagram. Donc, franchement, honnêtement, meuf, scroll un peu, quoi. Ouais. Je ne vais pas te reparafraser tout ce que j'ai passé des heures à lire, à écrire, à lire aussi ce que je lis. Mais en effet, je perds du monde. Mais alors, celles qui viennent, elles sont super. Et il y a une sororité dans l'école de plein de meufs qui sortent les doigts du cul. Je ne sais pas, elles lisent des trucs. Je suis hyper vache, mais tu vois, je ne gagne pas assez d'argent pour me faire chier avec des meufs qui m'emmerdent. C'est comme ça que je pense. Donc, je veux des filles. Qui se prennent un peu en main. Qui se prennent en main, qui soient volontaires, qui aient envie. Je travaille beaucoup avec les Asiatiques, en Chine et tout. Et j'adore ce truc de « on est ensemble » . Et ce n'est pas autant l'individu que dans la culture capitaliste. J'aime bien ce truc de la pensée en groupe. Et ce qui compte, c'est le projet, ensemble, on va dans une direction commune. Et ça ne marche pas avec l'ego surdimensionné, nombriliste. Je ne pense pas comme ça. Je suis un monstre, mais c'est ça le dragon aussi.
- Alexandre Franco
C'est ta manière de...
- Juliette Dragon
Celles qui viennent reviennent et sont contentes. Je crois que pour être vraiment aimée, il faut accepter d'être vraiment détestée. Et voilà, je suis championne du monde.
- Alexandre Franco
Et puis voilà, maintenant, il y a plein d'écoles apparemment.
- Juliette Dragon
Il y a grave de choix. Et il y a plein d'autres écoles où les femmes sont beaucoup plus aimables que moi. Allez-y, elles sont super. Et je ne blague même pas.
- Alexandre Franco
il n'y a que des filles qui viennent d'ailleurs ?
- Juliette Dragon
alors moi contrairement au monde du dehors où le masculin l'emporte, chez moi le féminin l'emporte je genre tout le monde au féminin après ce que tu as dans tes culottes ça te regarde, moi c'est pas un sujet mais je genre les élèves au féminin donc il y a des tas de personnes, de tas de backgrounds de tas de générations,
- Alexandre Franco
de tas de cultures différentes qui viennent et comment tu fais du bien aux personnes qui viennent en cours ? elles viennent pour changer quoi ? dans leur tête ? Alors,
- Juliette Dragon
j'ai des élèves de 18 à 70 ans. Je n'ai rien contre celle au-delà, mais je n'ai juste pas eu d'élèves de plus de 70 ans. Donc, généralement, à partir de 18, je ne prends que les majeurs parce que je parle beaucoup de sexualité, donc je ne prends pas les mineurs. Et des tas de classes sociales. Donc, il y a vraiment des tas de raisons de venir. Alors, contrairement à ce que des journalistes de TF1 ont voulu me faire dire, et du coup, je n'ai pas fait le documentaire, ce ne sont pas des femmes dont le couple ne marche plus qui veulent récupérer leur mari. ça c'est on oublie c'est quand même plutôt moi mon corps mon corps de clientèle c'est des femmes plutôt fortes en caractère plutôt féministes à qui potentiellement on a reproché de hé Miss tu pourrais sourire ou franchement tu pourrais être plus féminine C'est plutôt ça, les meufs qui viennent chez moi. Et justement, je vais leur dire que le féminin, c'est une construction sociale. Donc, si elles ne sont pas assez féminines, c'est qu'elles sont neutres et qu'elles sont comme des mecs et que c'est OK. Et que maintenant, si elles veulent apprendre les classes, les codes de la féminité tels qu'on aimerait qu'on la performe dans la société, je peux leur enseigner. Et je pense que c'est intéressant de la questionner et de réinventer les codes. Donc, les femmes qui viennent... Ça va de la jeune étudiante, l'infirmière, la magistrate, la fonctionnaire. Il y a vraiment de tout.
- Alexandre Franco
Je me dis, c'est quoi ? Elles cherchent un moment où elles peuvent délirer ?
- Juliette Dragon
De toute façon, elles vont prendre confiance en elles en sortant de leur zone de confort. Ça, c'est sûr. Il y en a qui veulent faire pin-up et feuillage. Mais globalement, comme elles n'aiment pas mon humour, elles vont dans les autres écoles. Parce que je ne fais pas du dit-avantisme, même si j'ai beaucoup de respect pour elles. Non, globalement, il y en a qui viennent pour faire du sport, parce que c'est assez physique ce qu'on fait. Et c'est essentiellement pour prendre confiance en soi et questionner les rapports de séduction. Je parlais aussi beaucoup de sexualité et de plaisir. Comment être bien dans son corps ? Comprendre que sexy, c'est pas une corpulence. Sexy, c'est être bien dans sa peau, être bien entourée, écouter de quoi on a envie et se faire plaisir. Ça peut être plein de manières. C'est être détendu, en fait.
- Alexandre Franco
D'ailleurs, oui, c'est toute corpulence.
- Juliette Dragon
C'est vraiment une attitude. Tu peux être gaulé comme un Photoshop et être très mal dans ta peau, et comme tu peux être super pulpeuse ou très très mince, et être sexy, être bien dans ta sexualité, être bien dans ton corps, parce que tu as été aimé. C'est plus une question de l'éducation que tu as reçue. Est-ce que tes parents étaient gentils avec toi ? Ou est-ce que t'es gavé de trauma comme la plupart des personnes qui sont avec une vulve ? Parce qu'on a beaucoup parlé de MeToo. Moi aussi j'ai été abusée. Demande aux meufs, quelle meuf n'a jamais été abusée ? Franchement c'est zéro. Enfin excusez-moi, mais tu t'es au moins fait emmerder dans la rue, t'as au moins eu peur d'entrer chez toi, t'as au moins changé de trottoir, t'as au moins un patron à la Kitarie ou Blackpourri, et il était moins sympa que moi. Non, toutes les meufs, elles ont morflé, elles ont reçu cher. Donc, leur apprendre qu'en fait, elles peuvent s'affirmer et qu'il n'y a pas à avoir honte et que leur corps, il est parfait comme il est. Je veux dire, j'ai déjà eu des filles en fauteuil qui sont venues et qui étaient démentes. Donc, je dis aux autres, écoute, t'es venue sur deux pieds, déjà, ton corps, il est génial. Tu marches, c'est génial. Tu respires sans machine, c'est génial. On commence là, le corps, c'est une machine de ouf. Mais si toutes les femmes étaient bien dans leur peau, il y a énormément d'industries qui s'effondreraient.
- Alexandre Franco
C'est ça justement la dimension art-thérapie que tu amènes aussi dans ce...
- Juliette Dragon
J'amène, je pense, d'après ce que me disent les filles, plein de questionnements, donc c'est pas toujours agréable. Il y en a beaucoup qui me disent que ça les a grattés sévères, que c'était violent, avec crise de larmes, colère, haine contre ce que je dis, tout ça, parce que ça a un... Ça challenge vraiment, parce que c'est remettre en cause toute la construction sociale. Mais ça va très loin. C'est ce qu'on dit des parents, c'est ce qu'on t'a dit à l'école, c'est ce que t'as vu dans les films, c'est ce que t'as lu dans les livres. Et te dire que c'est peut-être pas comme ça, tu te sens arnaqué. T'as passé ta vie à être arnaqué. Donc c'est très dur. Mais quand t'arrives à questionner ça et à t'en libérer, c'est Gloria Steinheim, qui est une grande féministe, qui est morte là, qui a écrit un bouquin, le titre c'est « Au début, quand vous allez apprendre, vous serez en colère. Et après, ça va vous libérer. » Mais au début, tu es en colère. Quand tu vois ce que tu morphes en tant que fille, au début, tu es en colère. Quand tu comprends que tout ce qui t'est arrivé, ce n'est pas toi qui n'as pas eu de chance en tant que personne, avec des individus. C'est un système. Une construction. C'est une société. Donc au début, tu es en colère. Puis à un moment, tu fais non, je vais essayer de faire autrement. Là, d'un coup, c'est génial. Tu te fais des amis comme tu n'as jamais eu. De rencontrer des filles à l'école que tu n'aurais jamais rencontrées ailleurs. Et d'apprendre à toutes les aimer dans leurs différences. parce que chaque fille, c'est une représentation de toi-même. Celle qui t'agace, c'est une représentation de toi-même que t'aimes pas. Donc aimer toutes les autres filles, c'est aimer en entier. C'est ça qu'on fait à l'école.
- Alexandre Franco
Mais vous vous marrez bien.
- Juliette Dragon
Grave ! C'est Les filles de joie, c'est drôle. Non, si on rigole pas, ça marche pas. Mais je pense pas qu'il y a de sexy crispé. Pour moi, rire, ça fait partie de sexy. Mais burlesque, c'est ça. C'est que sexy, c'est censé être drôle. Il n'y a pas de jouissance sans détente. Si tu rigoles pas, tu jouis jamais.
- Alexandre Franco
Il faut peut-être le rappeler, mais c'est essentiel.
- Juliette Dragon
Je crois que l'état de santé primal, c'est la joie. Et après, t'as peur, t'as mal, t'as faim, t'es triste, t'es en colère.
- Alexandre Franco
C'est ce qu'on recherche tous.
- Juliette Dragon
Mais un bébé qui a mangé et qui a dormi... Il rigole, hein ?
- Alexandre Franco
Ouais.
- Juliette Dragon
S'il n'a pas mal, le bébé, il rigole tout le temps. Un chien, c'est content, tu vois. La joie, c'est le truc de base, quoi. Et c'est ça qu'il faut trouver, c'est la joie.
- Alexandre Franco
Super. Ton activité, même en général, elle a un certain succès. Tu as même l'occasion d'aller à l'étranger, faire des représentations, parler de plein de choses, etc. Transmettre ta vérité, ta bonne parole. Je suis en Chine,
- Juliette Dragon
au Mexique.
- Alexandre Franco
Ouais, Chine, Mexique, Berlin, beaucoup, c'est ça ?
- Juliette Dragon
Ouais, beaucoup Berlin. Je passe la moitié du temps à Berlin, ouais.
- Alexandre Franco
Et puis donc, il y a aussi un livre qui... Alors,
- Juliette Dragon
le livre date un petit peu maintenant, parce qu'il est sorti en octobre 22, chez Harper & Collins. C'était une commande que j'ai reçue deux ans avant le Covid. Et puis, je n'avais pas le temps. Je n'ai jamais écrit de livre. Je ne me sentais pas capable parce que je suis une fille. Donc, je me disais... Moi, j'ai toujours réfléchie avec mon cul. Je n'ai pas de QI, tu vois. Et pendant le Covid, je n'avais plus de taf. Donc là, c'était un peu dur de payer le loyer. Donc, j'ai honoré la commande pour pouvoir payer mon loyer.
- Alexandre Franco
Comment il s'appelle le livre ?
- Juliette Dragon
Il s'appelle La Fabrique des Pures Meufs. Parce que je dis que mon école, c'est une usine à pure meuf depuis 2008.
- Alexandre Franco
C'est quoi une pure meuf, alors ?
- Juliette Dragon
Alors, une pure meuf, pour moi, c'est une femme qui se réconcilie avec l'esprit universaliste. L'esprit universaliste des Lumières, c'est travailler son corps, son esprit, sa spiritualité sur tous les niveaux. Donc, c'est avoir de l'humour, c'est faire du muscle pour avoir un corps qui te... Pas pour être mince, pas la question, mais pour avoir un corps qui te répond, qui est suffisamment sûr d'elle-même pour avoir envie de réaliser ses rêves. Moi j'aime bien qu'elle ait de l'humour, je pense qu'elle a le sourire. Donc elle est à la fois sportive, intellectuelle, drôle, créative. Et elle va essayer de se développer dans toutes les directions.
- Alexandre Franco
Et indépendante.
- Juliette Dragon
Et indépendante, autonome. C'est ça une pure meuf.
- Alexandre Franco
Indépendance, du pouvoir, de l'affirmation.
- Juliette Dragon
Voilà, de l'humour, qui ose être sexy si elle en a envie. Parce qu'il n'y a absolument aucune obligation jamais. C'est ça une pure meuf. Et c'est une meuf qui ne va pas bâcher les autres meufs. Ça c'est super important. Donc on va se soutenir, on va s'aimer les unes les autres, et on va essayer d'utiliser la borne passante pour dire du bien les unes les autres.
- Alexandre Franco
Moi c'est une dimension que j'aime bien dans ta démarche en général. Il y a ce militantisme, et en même temps tu as justement ce féminisme joyeux, et qui n'est pas du tout édulcoré, parce qu'on pourrait dire féminisme joyeux...
- Juliette Dragon
Non ça va, c'est assez radical je crois.
- Alexandre Franco
Et il y a un chapitre qui t'a un peu remué les... tripes.
- Juliette Dragon
Ah, c'était un cauchemar. C'était une commande. Au départ, ce que je voulais, c'était écrire un manifeste féministe s'appuyant sur ma méthodologie pédagogique. Et puis, les éditrices m'ont dit que ce serait bien quand même comme on ne connaît pas. Je suis célèbre dans l'Underground. C'est le drame de ma vie. Je suis la reine de l'Underground. Reine, mais de l'Underground. Personne ne connaît Juliette Dragon. Donc, il fallait qu'elles m'ont demandé de raconter... Mon passif familial et d'où je sors, mon contexte, tout ça. Et là, elles m'ont demandé vraiment de raconter mes traumas d'enfance et tout ça. Et ça, je trouvais ça obscène. Et elles me disaient, non, mais c'est bien. C'est comme ça qu'on va comprendre ta rage, ta colère, d'où tu sors, ta résilience, comment tu refuses de te victimiser parce que tu ne te l'es pas laissé faire et tout ça. Moi, je trouvais que ça faisait un peu M6.
- Alexandre Franco
Je ne suis pas sûr qu'on soit obligé de tout savoir.
- Juliette Dragon
Et ça m'a un peu gavé parce que... J'ai fait des plateaux télé, tu vois, RTL à Bruxelles ou des trucs un peu fat, quoi. Et la meuf, ce qu'elle avait retenu, très pro, elle avait lu le bouquin et tout. C'est le journaliste qui lise pas, hein. Bon, elle avait lu le bouquin et elle me dit, mais quand même, c'est terrible ce qui vous est arrivé. Je suis, enfin, bon, ça va. Il y a quand même plein d'autres trucs dans le bouquin que les trucs horribles, tu vois. Il y a plein de joie, il y a plein de challenges relevés. Oui, mais quand même, avec votre père et puis là, et puis là. Et je dis, non, mais franchement, on peut parler des trucs positifs. Et la meuf, elle était sur le drame, tu vois, parce que le pathos, ça marche. donc ouais ça c'est dur ça c'est un peu relou mais après il y a plein de meufs aussi qui en effet ont vécu les mêmes choses que moi qui disent ah mais je suis pas seule donc je crois que c'est aussi bien quand t'es victime de quand même le dire en fait il faut pas avoir honte mais là étalé il y a un juste milieu qui est assez tricky quoi c'est
- Alexandre Franco
quelque chose qui devrait rester dans le livre et justement que pour les personnes qui lisent le livre et qui ont envie de le découvrir. Par exemple,
- Juliette Dragon
après, il y a un débat, on est tombé d'accord comme ça avec les éditrices, c'est qu'au début, elles ont édulcoré mon texte en gardant que le pathos. Je fais, ah non, si on raconte les drames, on garde les blagues pourries. Donc, il y a quand même des blagues pourries, tu vois. Ouais. Parce que bon.
- Alexandre Franco
Très bien.
- Juliette Dragon
Mais normalement, il y a des librairies qui l'ont encore. Il était en FNAC, il était partout. Après, maintenant, ça fait quatre ans. Ouais,
- Alexandre Franco
donc il y a des...
- Juliette Dragon
Mais en ligne, tu le trouves. Ouais. non mais j'essaie d'écrire un autre ça fait 4 ans que je suis sur le suivant J'ai parlé de la scène expositif berlinoise.
- Alexandre Franco
Génial.
- Juliette Dragon
J'ai un Substack où je vais partager des extraits.
- Alexandre Franco
Ok. Substack, donc ça va être sous forme d'une newsletter, c'est ça ?
- Juliette Dragon
C'est des articles. En fait, il y a plein de trucs que j'écris. Je prends des notes pour mon bouquin et j'ai envie de partager des articles sur Substack pour voir un peu, pour voir des dialogues.
- Alexandre Franco
Génial.
- Juliette Dragon
Et puis, je vais voir. Donc, ça serait les premiers jets du bouquin, du nouveau bouquin. Donc, suivez-moi sur Substack.
- Alexandre Franco
Ça marche.
- Juliette Dragon
Donnez-moi de l'argent.
- Alexandre Franco
Si tu veux, on mettra le lien sur la description. Si on revient un petit peu à comment tu développes, etc. dans les cours, ou sur scène surtout, dans l'effeuillage, il y a forcément un plaisir voyeur du regard masculin. Comment tu joues avec ça ?
- Juliette Dragon
Alors, j'enseigne un... Les techniques d'effeuillage. Effeuillage, c'est du striptease en français. Parce que si tu voyages et que tu dis que tu fais de l'effeuillage dans un pays anglo-saxon, on ne va pas comprendre. On fait du striptease. Il y a des effeuilleuses qui disent « moi je ne suis pas stripteaseuse, je suis effeuilleuse. Moi je suis stripteaseuse, je voyage, je suis stripteaseuse. » Je n'ai pas de problème avec ça. La différence entre l'effeuillage burlesque et le striptease en club, c'est l'endroit où tu joues. Et le fait qu'en club, tu peux vendre des lapdances et faire vraiment des billets et de la thune et tu vas jouer pour un client. Moi, je joue quand même plutôt pour un public, donc dans des salles de concert, des théâtres, des petits cabarets, des petites salles. Et c'est très mal payé quand même. C'est la vraie nuance. Après, au niveau du contenu, en striptease de club, tu peux aller jusqu'au nu intégral. En cabaret, normalement... très très soft. Des fois, t'enlèves juste une paire de gants, t'as quand même toujours ta culotte, en général, et puis t'as normalement des caches-tétons. En burlesque, les codes, c'est ça. Moi, j'ai à cœur en ce moment, de plus en plus, de sortir de cette binarité, en fait, et de trouver un entre-deux pour questionner un érotisme qui serait féministe, et plus avoir peur de faire du nu intégral. Tu vois, parce que je vois pas ce qu'il y a de sale, en fait. On est nés, on était tout nus, je vois pas où est le problème. Donc, tu vois, et de questionner... L'érotisation du nu, parce que tu peux très bien faire une choré de danse contemporaine entièrement nue et elle sera pas du tout sexe. Tu vois, tu peux faire du nu...
- Alexandre Franco
C'est là où tout le monde, enfin là où chacun met le curseur de la... Maintenant,
- Juliette Dragon
après quasi 35 ans de performance autour de ça, je suis vraiment à même d'enseigner qu'est-ce qui fait que tout d'un coup c'est obscène, c'est sexy, c'est érotique ou c'est sobre. Quel que soit ton niveau de nudité, tu vois, tu peux être complètement à poil et pas du tout sexe. Tu peux être complètement habillé et obscène dans ta manière de te comporter, de te tenir. Et ça va jouer aux axes du corps, au regard. Alors, je ne vais pas le faire en radio, mais en gros, globalement, si tu t'effeuilles, les yeux baissés, tu es complètement objectivé. Donc, tu es un objet et ça peut très vite devenir scabreux. Tu peux avoir une action. très pornographique, en regardant droit dans les yeux, et d'un coup, t'es sujet, et d'un coup, on est sur une subjectification qui empêche, justement, l'objectification. Donc, d'un coup, on a une artiste qui fait une performance et ça n'est plus bandant. Et les garçons hétérosexuels qui voulaient venir en voyeur sont mal à l'aise parce que ça interdit le voyeurisme, le regard franc. Donc, c'est plein, plein, plein de méthodes, de petits détails. de comment tu te tiens, comment tu regardes, à quel moment, comment, avec quelle intention. Est-ce que tu laisses ton sujet, ta personne exploser sur scène, qui fait que tu ne peux pas avoir un voyeur parce que tu offres, on ne te le vole pas. Ou est-ce qu'au contraire, tu prends un air un petit peu plus prude, ou gêné, ou timide, et tu baisses les yeux, ou tu donnes ton corps sans regarder, et d'un coup tu mets. le spectateur en état de voyeurisme et ça peut exciter certains homosexuels. Oui,
- Alexandre Franco
bien sûr.
- Juliette Dragon
Et c'est exactement ça qui m'intéresse. C'est toutes ces constructions-là et justement les questionner. Et moi, j'aime bien dans une mise en scène d'un cabaret, d'une revue entière, alterner les numéros pour amener les gens à voir un nu intégral, ça passe crème, c'est trop mignon. Un truc super habillé, waouh, c'est méga sexe, je suis dérangée. Tu vois ? Et... Et de balader de l'un à l'autre et questionner, dire aux gens, vous voyez, là, vous avez vu du nu, il n'y avait rien de sexy. Là, elle était complètement habillée. Là, vous étiez troublé. Vous avez eu très, très chaud. Alors, vous comprenez pourquoi ? Tu vois, c'est ça, mon art. C'est super intéressant, je trouve.
- Alexandre Franco
Oui, c'est super intéressant. Et de la même façon, qu'est-ce que tu attends du public en général ? Enfin, dans l'idéal.
- Juliette Dragon
Alors, j'aime bien qu'ils soient réactifs pendant le spectacle, ça c'est quand même chouette, parce qu'en burlesque, c'est pas Netflix avec une télécommande, tu vois. Tu peux pas faire pause. Donc moi, j'aime qu'ils crient, j'aime qu'ils réagissent, j'aime aller les voir, les toucher, tu vois, j'aime ce côté vraiment d'interaction, parce que je... Je pense qu'un des moyens de résistance qu'on a aujourd'hui contre le fascisme, c'est se rencontrer, c'est être ensemble. Donc tant que tu restes derrière ton écran à faire le hater à la con, tu fais monter le fascisme, tu nourris l'algorithme de merde. Et puis tous les questionnements que tu amènes dans cette démarche. Donc il faut se rencontrer, il ne faut pas être d'accord. C'est super important. Il faut débattre et comprendre que quelqu'un qui n'est pas d'accord avec toi, ça ne veut pas dire qu'il te déteste, ça n'a rien à voir. On peut dialoguer, ça c'est essentiel. Donc j'aime les publics, ouvert d'esprit. J'adore quand les gens me disent, c'est le plus beau compliment du monde. Waouh, vous m'avez fait bouger les lignes, je ne pense plus pareil. Ça, c'est le plus beau compliment, c'est sûr.
- Alexandre Franco
Tu passes pas mal de temps à Berlin. Tu nous as parlé un peu de l'Asie, un peu de l'Amérique du Sud avec le Mexique,
- Juliette Dragon
etc. Et le Japon aussi. Et le Japon. J'étais au Japon cet hiver, pendant trois mois.
- Alexandre Franco
Tout ça, c'est aussi lié à des empreintes culturelles.
- Juliette Dragon
Ça qui m'intéresse, en fait, c'est d'aller... Alors, des fois, j'y vais pour performer, mais mon kiff, c'est donner des ateliers pour rencontrer les femmes des différentes cultures. de voir dans nos constructions qu'est-ce qui est commun, qu'est-ce qui change. Moi, ce que je peux voir pour l'instant, c'est que toutes celles qui ont une culture urbaine, capitaliste, consumériste, il y a plein de points communs de honte et de complexe. Ça, c'est sûr. Il y a un petit peu plus certaines libertés dans un milieu qui est moins urbain, où tu es plus près de la nature. Et puis voilà, le capitalisme fait des ravages. Il explique très tôt aux filles qu'elles ne sont pas suffisantes, qu'il faut qu'elles consomment. pour être un peu à la page et ça suffit jamais. Donc ça,
- Alexandre Franco
c'est un truc un peu universel, en tout cas dans les grandes villes et dans les villes.
- Juliette Dragon
En fait, c'est ce que je dis, c'est judéo-chrétien, occidental, capitaliste, hétéro-patriarcal. T'as un vrai pont que tu vas retrouver aux Etats-Unis, que tu vas retrouver en Australie. Voilà, c'est ces femmes qui ont vécu, qui ont regardé Hollywood aussi. C'est les codes d'Hollywood, c'est les codes... C'est les codes du capitalisme libéral. On les a bouffés, on les a intégrés, on ne s'en rend même plus compte. Et donc, quand je suis au Mexique, ils ont bouffé de la culture étatsunienne, mais j'ai rencontré aussi des femmes qui ont une culture native, tu vois, des filles, leurs parents, ils sont dans la jungle, pour de vrai. Donc là, il y a des trucs différents. C'est que si pour elles, ce n'est pas la même chose que celle de la ville. Il y a des vraies différences. En Chine, qui n'est pas un pays capitaliste, ça devient libéral, mais ça reste un vrai pays communiste, avec une vraie culture de gauche. qu'on ne peut même pas concevoir ici, tellement il n'y a pas d'égo. Les gens sont en groupe. Donc les femmes, elles ont des complexes par rapport à ce qu'elles fantasment être le capitalisme occidental. Parce que le luxe, c'est français, par exemple. Donc elles me disent, mais oui, mais nous, on n'est pas comme une Française, on ne sait pas les codes d'élégance. Alors que ça, elles sont sublimes ici, mais elles sont brillantes. Donc elles ont ce complexe-là. Mais ce n'est pas forcément un complexe les unes par rapport aux autres. C'est plus par rapport à une autre culture où elles ont l'impression... Comme les gens de l'Est qui ont l'impression qu'ils ont raté le capitalisme. Ça,
- Alexandre Franco
tu le vois justement dans les ateliers. Dans les ateliers,
- Juliette Dragon
quand je parle avec les femmes par rapport aux représentations qu'elles ont, je vois en commun dans les blocs de l'Est et en Chine des différences avec la construction capitaliste. Ça, c'est clair. C'est moins individualiste, c'est plus sur le groupe. Il y a plus de conscience de la société, par exemple. que les capitalistes. Parce que nous, on nous a vendu qu'on avait le freedom of speech, qu'on faisait ce qu'on voulait, parce que notre liberté, en fait, c'est celle d'acheter avec notre carte bleue. Oui,
- Alexandre Franco
oui, et puis que le libéralisme régule au bout d'un moment. Bon,
- Juliette Dragon
très discutable. Voilà, c'est un vrai miroir aux alouettes avec un autre type de propagande. Nous, on nous parle de la propagande communiste qu'on critique, mais nous, on a une autre propagande. À aucun moment, je dis que c'est mieux chez eux. Ce n'est pas la question. Je voudrais qu'on arrête de penser que nous, c'est mieux on a mieux compris. Nous, on a tout colonisé. On a tout pourri. On a détruit la planète. Et il y a des pays émergents, maintenant, qui essayent de rentrer dans la course. Et on leur en veut. Parce qu'on veut rester dans le peloton de tête. Mais ce n'est pas juste. On n'est pas les gentils. Je ne dis pas que c'est eux, mais il n'y a pas de gentils méchants. Il y a des gens qui savent s'en sortir. C'est qu'il n'y a pas de gentils méchants.
- Alexandre Franco
Pour aller beaucoup en Chine, je trouve qu'en Europe, aux Etats-Unis aussi, il y a une propagande anti-Chine. qui est grotesque j'ai discuté avec plein de gens ils y sont jamais allés, ils me racontent comment c'est là-bas et tu as été et en fait la seule personne avec qui j'en parle de manière fluide, c'est gens qui ont été qui ont fait bah ouais c'est quand même un peu plus complexe que ce qu'on nous vend C'est ça qui est intéressant. Donc il faut voyager. Ça fait un bilan carbone de merde, mais c'est ça qu'il faut rester un peu longtemps.
- Juliette Dragon
Oui, c'est ça, il faut rester un peu longtemps. Et puis tu y vas aussi justement pour rencontrer. Et si tu devais donner un défi aux femmes qui nous écoutent, un petit truc qu'elles peuvent changer ?
- Alexandre Franco
Un vrai défi, un petit truc qu'elles peuvent changer et qui change tout, c'est oser. Et c'est os, quoi. Si t'as envie, c'est que tu peux. Sinon, t'aurais pas envie. Et si t'as envie, l'envie, elle peut. Et c'est pas, tu vois... Je ne crois pas du tout au truc de quand on veut, on peut. Ça, c'est des conneries. Parce que quand on veut, on ne peut pas. Je veux dire, il y a un déterminisme social, culturel qui fait que tu ne fais pas ce que tu veux. Mais si tu as envie, tu peux faire tout ce que tu as envie, en vrai. Et tu peux le faire de manière toute petite, infinitésimale. Mais ça met une orbe. À un moment, tu fais tes choix tous les jours. Je pense qu'on peut. Je crois qu'on peut, oui. Je crois qu'on peut beaucoup plus que ce qu'on croit. Il y a une vanne féministe qui dit qu'il faudrait que les femmes gagnent la confiance au moins d'un mec hétéro cis blanc médiocre. Et là déjà, elle retourne la planète. Parce que le mec ne se pose pas de questions, la meuf elle se dit « moi je ne suis pas capable, je ne suis pas... »
- Juliette Dragon
C'est pas aussi complexe que ça.
- Alexandre Franco
Dans le milieu du travail, les femmes qui vont m'écouter, c'est vrai que les mecs ne se posent pas trop de questions. Il y a des statistiques là-dessus qui sont très drôles à lire. Le mec qui postule à un boulot... Il faut parler allemand, il faut faire du sport, il ne fait pas de sport, il ne parle pas allemand, mais il apprendra sur place, c'est bon, et il a du job. La meuf, elle fait « Oh là là, mais mon allemand n'est pas si bon que ça ! » Du coup, elle ne postule même pas. Donc je dis aux meufs, allez-y quand même ! Franchement, vous serez toujours meilleurs qu'un mec médiocre. Mais évidemment qu'il y a des mecs bien, il y a des mecs médiocres, tu vois.
- Juliette Dragon
Oui, bien sûr, bien sûr. Il y a des meufs super. C'est des constructions, c'est aussi des constructions culturelles. Et puis, il faut que ça bouge un peu. Ça serait pas mal,
- Alexandre Franco
parce que t'as des enfants, toi. T'as envie de la sauveur. Oui,
- Juliette Dragon
exactement. Exactement, je te fie. Et donc, l'idée, c'est quand même de repréparer un petit bout de monde meilleur.
- Alexandre Franco
Avec de l'espérance et un champ de possible qu'on élargit un peu.
- Juliette Dragon
C'est ça.
- Alexandre Franco
Oui, c'est important. Non, mais oser. Moi, j'ai réussi à aller faire des arts martiaux. C'est un vrai truc. C'est-à-dire que quand ton corps t'obéit, et je le redis, c'est pas pour être fit. On s'en fout, c'est pas la question. Mais je veux pouvoir soulever des trucs lourds, je veux pouvoir courir pour attraper mon bus, je veux que mon corps m'obéisse, parce que d'un coup si mon corps m'obéit, déjà je suis un peu plus sûre de moi quand même. C'est un vrai truc. Les garçons font la bagarre, les filles ne font pas la bagarre. Et du coup quand on se fait agresser, on ne sait pas quoi faire. Moi j'ai fait des arts martiaux et j'ai arrêté de me faire agresser. Et pas parce que je me battais. C'est parce que quand le mec m'agressait, je le regardais droit dans les yeux et je ne ronchais pas. Il a fait « Oh là là, toi pourquoi tu me regardes comme ça ? » Je lui ai dit « Je ne sais pas, vas-y, explique-moi. Qu'est-ce que tu as ? » Ouais, arrête de me regarder comme ça. Je fais, bah, écoute, moi, je suis pas venue te chercher, je te regarde dans mes yeux. Donc, tu vois, c'est ce truc de posture au monde où t'arrêtes de te positionner comme une victime parce que juste t'apprends, quoi. En fait, c'est vraiment une posture au monde, quoi.
- Juliette Dragon
Ouais, tu prends ta place. C'est ça.
- Alexandre Franco
Voilà. Mais les filles, elles sont pas éduquées comme ça. C'est un vrai truc. Donc, moi, je dis art martiaux, c'est quand même vraiment bien si t'es jeune. Après, il y a des arts martiaux doux. Tu peux faire du tai-chi, tu peux faire des trucs... T'es pas obligé d'être comme une bourrine comme moi, moi je me suis tout cassée en faisant de vie à Dodao, je me suis bougé tous les articulations, mais je suis championne de France.
- Juliette Dragon
Oh,
- Alexandre Franco
ça je savais pas,
- Juliette Dragon
génial.
- Alexandre Franco
Ouais, je suis plein de trucs quand même.
- Juliette Dragon
En tout cas, merci Juliette, avec grand grand plaisir, tu nous montres que se réapproprier son corps, c'est aussi apprendre du pouvoir. Et puis voilà, on peut te retrouver sur scène.
- Alexandre Franco
Alors, le prochain truc qu'on fait sur scène à Paris, qui est rigolo, et c'est entrée libre, donc c'est cool, c'est au Rosa Bonheur sur scène. On fait un cabaret avec les élèves le 11 novembre, c'est le jour de l'armistice. On va faire la paix. Avec beaucoup de rage et beaucoup de glamour. Non mais venez, c'est gratos, le lieu est super cool. Tu vois la tour Eiffel, c'est sur la rivière, on est sur la Seine. Et je pense que tout le monde connaît le Rosa Bonheur sur Seine, c'est invalide. Et c'est un lieu vraiment cool qui est queer, queer-friendly, tenu par des filles super. C'est un ancien équipe du Pulp, donc moi je suis à la maison, c'est cool. Donc ouais, 11 novembre, et sinon je suis beaucoup à Berlin, je fais Nouvel An à Berlin. avec une résidence de création de 5 jours. Donc il y a des gens qui peuvent venir. On crée un spectacle pendant 5 jours et on joue pour Réveillon. Et ça a pris le cabaret. C'est une play party BDSM. Un peu énergie mais cool.
- Juliette Dragon
L'invitation. Venez faire Nouvel An
- Alexandre Franco
Berlin, c'est cool. Online ?
- Juliette Dragon
Ouais, online, comment on te retrouve ?
- Alexandre Franco
Alors, malheureusement, je suis beaucoup sur Instagram, à mon grand-dame. Juliette Dragon, Instagram. École des filles de joie, Instagram. Substack, désormais là je viens d'ouvrir aussi un FetLife pour les gens qui aiment le contenu un peu explicite bon après si tu scrolles, t'as Youtube t'as Vimeo, il y a des trucs mais je nourris plus Youtube parce que j'ai pas envie de nourrir Google plus que ça, donc ça me saoule j'essaie de boycotter Google, c'est très très drôle parce que c'est quand même vraiment complexe,
- Juliette Dragon
mais j'essaye vraiment quoi c'est terrible l'autre.
- Alexandre Franco
J'ai quand même un iPhone, donc c'est débile. Mais comme challenge, c'est rigolo de juste requestionner. Boycotter des grosses marques, c'est bien quand même. Voilà. Et on refait le site. Il y a un moment, il y aura un julietdragon.com qui va re-être en ligne et qui sera bien. Mais là, ça fait un an que je suis dessus. Je n'ai jamais le temps. Non, je fais une newsletter. Si vous me contactez et que vous me filez votre mail, je peux vous envoyer la newsletter. Je ne la fais qu'une fois par mois, donc ça va.
- Juliette Dragon
t'es pas trop pollué voilà ok tous ces liens moi je les mettrai dans la description de l'épisode merci beaucoup et le Substack quoi sinon le Substack c'est un peu moins crétin le Substack c'est une belle et c'est une belle plateforme parce que justement c'est pas méta c'est du vrai contenu rédactionnel avec des gens brillants il y a plein de gens brillants sur Substack beaucoup plus que sur Instagram ouais c'est oui oui oui et bah génial et puis nous on se retrouve le mois prochain sur Capté podcast pour un nouvel interview et et voilà, un grand merci Juliette encore une fois Merci beaucoup
- Alexandre Franco
Merci d'avoir écouté cet épisode de Capté podcast si ça vous a plu, abonnez-vous c'est le meilleur moyen de soutenir le podcast et de ne rien manquer de la suite T'as capté est disponible sur Capté podcast Spotify, Deezer et sur toutes les plateformes d'écoute On se retrouve le mois prochain pour une nouvelle conversation un nouveau parcours, un nouveau déclic A très vite !