- Alexandre FRANCO
Bienvenue sur Capté Podcast. Je suis Alexandre Franco. A travers ce podcast, je pars à la rencontre de femmes et d'hommes qui ont osé entreprendre. Ils partagent leur parcours, leurs réussites, leurs galères et surtout les petites étincelles qui ont fait la différence dans leur aventure. Si tu aimes découvrir des trajectoires inspirantes et des récits authentiques qui mêlent business, créativité et humain, tu es au bon endroit. t'as capté !
- Antoine NEYRAND
Ok, on est aligné à 95% et les 5% sur lesquels on sait qu'on n'est pas exactement pareil, on les a identifiés. On sait comment fonctionne l'autre et ça c'était primordial.
- Baptiste NELTNER
Puis une marque c'est à 360°, tu peux pas être bon sur tout, donc forcément il faut s'appuyer sur les feedbacks des autres.
- Antoine NEYRAND
Et on travaille beaucoup sur les matériaux recyclés.
- Baptiste NELTNER
L'avantage c'est qu'on est à Lyon et que c'est la première région industrielle de France. On a pas mal de sous-traitants partout autour.
- Antoine NEYRAND
L'étiquette Made in France, c'est pas juste pour se faire plaisir. C'est derrière, vous allez créer de l'emploi, pour vos enfants, pour vos petits-enfants.
- Baptiste NELTNER
C'est toujours mis un point d'honneur à se dire que le matériau recyclé, on ne doit pas voir qu'il est recyclé.
- Alexandre FRANCO
Bienvenue dans Capté Podcast. Aujourd'hui, on part à Brignyais, près de Lyon, au cœur de la pépinière de la CCVG, pour rencontrer deux associés qui ont décidé de se réinventer. Baptiste et Antoine, les cofondateurs de Jurie & Jarre, une marque lyonnaise de luminaires personnalisables, éco-conçues, fabriquées localement. Mais surtout, une aventure née d'une amitié de longue date, d'une complémentarité évidente et d'un vrai désir de créer autrement. Baptiste, le regard créatif, les matériaux, les lignes, Antoine, la structure, la gestion, la vision long terme. Et ensemble, ils ont transformé une idée en atelier, un atelier en marque et une marque en projet qui avance avec conviction. On va parler reconversion, design, filière vertueuse, décision à deux et de ces fameux moments où ils ont pris la décision de se lancer. Bienvenue dans cet épisode consacré au fondateur de Jurie & Jarre. Bienvenue Baptiste et Antoine.
- Antoine NEYRAND
Bonjour Alexandre. Bonjour Alexandre.
- Alexandre FRANCO
Avant qu'on rentre vraiment dans votre histoire, est-ce que vous pouvez préciser vos rôles respectifs chez Jurie & Jarre ? Baptiste, je t'ai présenté un petit peu comme justement responsable de la création, du choix des matériaux, et Antoine plutôt la gestion et la structuration, mais c'est sûrement un petit peu plus subtil que ça.
- Baptiste NELTNER
Alors moi je m'occupe de la partie création évidemment. Tu l'as bien cerné, aussi de marketing, de la communication et de la fabrication. Donc tout ça, un petit écosystème. Et c'est vrai que c'est très autour du produit. Tu avais bien capté.
- Antoine NEYRAND
Et de mon côté, ça va être tout ce qui va être gestion, comptabilité, site Internet, commerce et système d'information.
- Alexandre FRANCO
Super. et Jurie et Jarre est-ce que vous pouvez nous présenter un petit peu ce que vous proposez en fait avec cette marque ?
- Baptiste NELTNER
Jurie et Jarre c'est une marque de luminaires fabriqués en France c'est vraiment quelque chose qui est important pour nous et c'est une marque qui est personnalisable, enfin on a des produits personnalisables donc on travaille beaucoup en B2B et les architectes aiment bien pouvoir personnaliser pas mal leurs luminaires sur la base de notre collection et avec des matériaux recyclés Merci. Donc ça, c'est un peu les trois piliers de notre marque Jurie & Jarre.
- Alexandre FRANCO
C'est-à-dire qu'il y a une base, il y a une collection avec des modèles, et puis en fait, on vient les personnaliser selon...
- Antoine NEYRAND
Tout exactement. On est parti avec six modèles. On a lancé la marque avec six modèles qui pouvaient se décliner selon à peu près 300 combinaisons. Quand on parle de déclinaison, ça va être le choix de la couleur. On a une palette de dix coloris, le choix des matériaux. On en parlera peut-être un peu après, mais on a ce matériau qu'on a développé nous-mêmes, qui est une sorte de terrazzo dans lequel on va venir incorporer des déchets, du bâtiment, des déchets, des coquilles d'œufs, coquilles de moules, et qui sont superbes.
- Alexandre FRANCO
Et d'ailleurs, l'histoire derrière le nom Jurie et Jarre, qu'est-ce que...
- Baptiste NELTNER
Alors Jurie et Jarre, nous ce qu'on voulait, c'est quand on a monté la marque, on voulait quelque chose qui s'inspire un peu des boîtes familiales du patrimoine français. Avec aussi le côté Made in France. Et souvent, c'est des noms de famille. Et là, on est allé chercher du côté de nos mères. Jurie, c'est le nom de jeune fille de ma mère. Et Jarre, c'est du côté de la maman d'Antoine. Donc, quelque chose qui s'ancre vraiment sur une histoire. En fait, on dit aussi "de père en fils depuis 2024". Et ça, c'est à la fois un clin d'œil, et à la fois pour dire que notre marque, elle est là pour durer. On ne crée pas Jurie et Jarre pour la revente dans deux ans.
- Antoine NEYRAND
Et ce qui est amusant, c'est que Jurie était une famille d'industriels et Jarre plutôt une famille d'artistes. On trouvait que l'association des deux noms fonctionnait bien, tant sur la sonorité Jurie et Jarre, le double J, que le sens donné à la marque.
- Alexandre FRANCO
Ok, et puis donc s'inscrire dans une continuité, dans du local, c'était un petit peu ça l'idée derrière ?
- Baptiste NELTNER
Oui. Et on a tous les deux bossé dans des grands groupes où il y avait des actionnaires et on a fait des carrières. C'était vraiment très sympa et on était aussi très attirés par le fait de pouvoir construire sur le long terme, de gérer sa trésor pour des invests qui seront rentables pas dans 15 jours.
- Alexandre FRANCO
Super. Le projet, il commence comment ? En fait, moi j'aimerais bien savoir s'il y a un premier objet, une première lampe peut-être à laquelle vous avez réfléchi ensemble et qui vous fait dire à un moment, le projet il est sympa, il y a un truc à faire.
- Antoine NEYRAND
Plus qu'une lampe, en fait, c'est... À la base, on est des copains de lycée, on ne l'a pas précisé. Et on est devenus beaux frères des années plus tard, quand on a épousé deux sœurs. Et pendant plusieurs années, on se chauffait un peu sur l'idée de monter notre marque, notre entreprise. Et le luminaire s'est imposé par lui-même, parce que... Baptiste a toujours dessiné beaucoup de luminaires. Il y avait un jeu avec la lumière, l'objet. Ensuite, il y a eu les premiers dessins. La lampe Aurore, notre lampe iconique, qui est sortie. C'est là qu'on s'est dit qu'on tient quelque chose.
- Baptiste NELTNER
Exactement, c'est sûr. Je pense que cette lampe, c'est une lampe nomade. Elle incorpore tous les ingrédients de notre marque. Elle est à la fois sobre et élégante. Elle est timeless, mais en même temps, elle a du chien. elle a des matériaux recyclés et aussi beaucoup de couleurs parce qu'on voit qu'aussi sur le haut de gamme en luminaire il y a très peu de gens qui partent sur de la couleur et nous c'est vraiment notre vision, on trouve qu'en bossant avec des archives des décorateurs il y a très peu d'espaces qui sont uniquement blancs ou beiges sans couleur
- Antoine NEYRAND
Parmi les marques inspirantes autour de nous il y avait notamment Fermob qui est une marque qu'on connait bien en région lyonnaise Merci. qui joue beaucoup la carte de la couleur. Et l'idée derrière Jurie et Jarre, c'est d'être un jour identifié comme la marque du luminaire de couleur. Et c'était important pour nous.
- Alexandre FRANCO
Ok, moi je voulais revenir un petit peu sur vos parcours, un petit peu avant justement cette idée-là. Vous avez parlé de vos anciens postes dans les grands groupes. Vous pouvez nous en parler un petit peu, histoire de savoir un peu ce que vous avez amené de ces expériences-là dans Jurie et Jarre ?
- Antoine NEYRAND
Pour ma part, je suis le financier du binôme. J'ai une carrière en commissariat aux comptes et ensuite en direction financière pendant près de dix ans dans une filiale du groupe Gélévens.
- Baptiste NELTNER
Et moi, plutôt direction artistique, direction marketing. J'ai bossé dans des marques françaises de mobilier de décoration comme Alinea et de mobilier comme La Fuma Mobilier. des boîtes qui sont qui était avec des capitaux français. Et chez la Fuma Mobilier, le Made in France, qui est vraiment très fort, c'est une super marque, qui rayonne et qui arrive à garder son cap, malgré le fait qu'il y ait quand même beaucoup d'import chinois. Parce que c'est une marque qui a une forte identité et qui a un ADN très fort.
- Alexandre FRANCO
Qui a une exigence de qualité aussi, il me semble. Exactement.
- Antoine NEYRAND
Ce qui était intéressant, quand on a commencé à discuter avec Baptiste de ce projet, de créer notre entreprise. On savait qu'on avait une forte complémentarité sur nos profils, par nos expériences, et il y avait un point qui était important pour nous, parce que le fait qu'on soit donc beaux frères, c'est-à-dire mariés avec deux sœurs, il fallait qu'on puisse s'assurer aussi de notre compatibilité, on va dire, et on a fait un parcours vachement intéressant avec une coach, Elodie Vial, que je recommande à tous. Et l'audivial, elle était là pour ouvrir le dialogue entre nous et aller creuser tous les sujets qui peuvent gratter. Ça veut dire le rapport à l'argent, l'équilibre pro-perso, la vision à moyen terme, à long terme, les valeurs. Enfin, tout ce qui va pouvoir un jour gratter. Et en fait, c'était un parcours vraiment, vraiment très riche. Et nous, c'était l'idée de vérifier qu'il n'y ait pas de feu rouge. Et à l'issue de ce parcours qui a duré... Quelques mois, en six sessions, on s'est dit, ok, en fait on est aligné, on a peut-être, sur tous les sujets qu'on a abordés, on est aligné à 95%, et les 5% sur lesquels on sait qu'on n'est pas exactement pareil, on les a identifiés. On sait comment fonctionne l'autre, et ça c'était primordial, parce qu'on ne voulait pas mettre en danger nos familles respectives. Je suis le parrain du fils de Baptiste, Baptiste est le parrain de ma fille, les sœurs sont à se voir régulièrement. C'était primordial de protéger la famille.
- Alexandre FRANCO
Et vous avez toujours, enfin dans ce projet, vous avez toujours avancé, on va dire, en même temps ? Ou ça poussait plus d'un côté ou de l'autre ?
- Antoine NEYRAND
Le début a beaucoup été porté par Baptiste, notamment sur le dessin. Je te laisse d'ailleurs en parler.
- Alexandre FRANCO
Oui, je pense que la création de...
- Baptiste NELTNER
La récence, c'était plus de mon côté et la boîte commence par des produits. Moi, je pense vraiment que les marques qui sont des marques fortes sont des marques qui ont un produit qui est fort, plus qu'une finance qui est forte, même si la finance est indispensable, évidemment, dans tout projet. Donc forcément, ça a démarré par là, mais assez rapidement, Antoine a bossé sur un business plan parce qu'un produit, s'il n'y a pas de business plan, si on ne voit pas que c'est viable, si on ne sait pas quelles sont les quantités, si on ne réfléchit pas à la partie commerciale, les canaux et tout ça, c'est compliqué. Donc moi, j'ai un peu impulsé le truc au niveau produit, mais très rapidement, on a commencé à échanger sur tous les sujets, sur les canaux de distribution qu'on souhaitait adresser, sur la partie marketing, sur le positionnement de la marque. Parce que tout à l'heure, on parlait de différentes marques. Nous, on est sur du haut de gamme. Et c'est vrai que sur le haut de gamme, il y a quand même pas mal de concurrents. Donc il fallait qu'on arrive avec vraiment une proposition de valeur qui était assez différenciante.
- Alexandre FRANCO
Oui, c'est ça. Mais ça sent, en faisant un petit peu les recherches sur Jurie et Jarre, et puis en discutant avec vous, il y a un vrai positionnement, il y a des vrais choix qui sont faits dès le départ pour imposer Jurie et Jarre. Tout à fait.
- Antoine NEYRAND
Ce qui était intéressant, c'est que de par nos métiers respectifs et nos réseaux respectifs... Très vite, on a challengé en gros le projet. Il y a quelque chose qu'on entend parfois chez les entrepreneurs qui se lancent, c'est que certains ne veulent pas parler du projet de peur de s'ouvrir ou des craintes pas forcément justifiées. Nous, au contraire, ce qu'on recommande, c'est d'en parler, On a rencontré beaucoup de monde et à chaque fois qu'on évoquait le projet, il y avait toujours des retours intéressants sur les hypothèses. du business plan, sur le choix du canal, l'acquisition de nouveaux clients, et ça c'est... C'est enrichissant.
- Alexandre FRANCO
Oui,
- Antoine NEYRAND
enrichissant et primordial.
- Alexandre FRANCO
Oui, de confronter ce que toi tu projettes et puis comment c'est perçu. Oui,
- Baptiste NELTNER
puis une marque c'est à 360°, tu peux pas être bon sur tout, donc forcément il faut s'appuyer sur les feedbacks des autres, le réseau aussi, c'est vachement important, nous on a découvert un peu ça. C'est vrai qu'à chaque soirée où on va, avec n'importe qui, avec qui on parle, on trouve toujours des pistes d'amélioration, des contacts, c'est une mine d'or informelle.
- Alexandre FRANCO
C'est sûr, et tout à l'heure, moi j'ai envie qu'on revienne un petit peu sur les étapes qui ont jalonné le montage de la boîte, du projet à quelque chose de concret. il y avait cette... partie coaching au début pour voir si vous êtes bien alignés et puis le fonctionnement du duo. Mais il y a aussi, j'imagine, peut-être une partie formation. Il y a peut-être des premiers tests, des prototypes. La partie financement aussi. Et puis, Mathis, tu parlais du réseau aussi. Vous les avez un peu en tête, ces étapes-là, avant d'avoir quelque chose de vraiment concret ?
- Antoine NEYRAND
En gros, on a commencé à bosser sur le projet en parallèle de nos jobs respectifs. pendant un an et demi, presque deux ans. Baptiste, beaucoup de travail effectivement sur les dessins. On voulait lancer la marque avec une petite collection de six modèles, ce qui est assez rare quand même sur le marché, quand tu as une marque qui se lance, qui arrive, avec six modèles déjà existants. Et j'en ai parlé tout à l'heure de plus de 300 combinaisons. C'était important d'arriver et d'avoir déjà une sorte d'assise. ou en tout cas une sorte de légitimité donc ça toute la partie dessin ça a été fait en amont,
- Baptiste NELTNER
pareil le business plan on les a travaillé ensemble en parallèle de nos jobs respectifs donc suite à ça tout ce qui est prototypage moi j'ai fait ça dans ma cave les week-ends et les soirs après avoir fait les dessins les soirs donc c'est assez sympa ensuite tu as la partie tout ce qui est catalogue parce que tout ce qui est support de vente évidemment il faut les travailler Oui. Donc les catalogues, il y a la partie normative, faire qualifier en test tous tes produits pour pouvoir vendre des produits certifiés sur le marché. Tu as le choix de ton expert comptable. Là, ce qui est sympa avec ça, c'est comme on avait tous les deux des expertises assez croisées. On savait exactement le photographe ou les photographes qu'il fallait appeler, l'expert comptable qu'il fallait appeler et ainsi de suite. Et c'est vrai que ça, c'est... En fait, on dit souvent que tu montes ta boîte à 20 ans, soit tu la montes à 40 et nous on a monté à 40. Je pense que tu as plus de pression financière à 40 qu'à 20, mais par contre tu as plus d'expertise et tu as plus de réseau, ce qui fait que tu sais où aller taper et quand tu fais quelque chose, tu essuies un peu moins les plâtres.
- Alexandre FRANCO
Super. Et sur la partie financement, proprement dit ?
- Antoine NEYRAND
Nous, on est parti avec nos apports personnels et on est allé chercher des financements complémentaires auprès de la banque. Une chance qu'on a eue, c'est que Très vite, on a pu être accompagné par le réseau Entreprendre, dont on est lauréat, et le tampon Réseau Entreprendre, qui est un réseau national qui a été lancé il y a presque 50 ans, je dirais, par la famille Muliès, du groupe Auchan, qui a vocation à accompagner des entrepreneurs et des repreneurs. Ce tampon Réseau Entreprendre, quand on arrive devant la banque et qu'on dit qu'on est lauréat, Ça ouvre énormément les portes. Ça, c'est fabuleux. Et au-delà même du côté financement, Baptiste en parlait tout à l'heure, c'est un réseau monstrueux. Il faut avoir en tête que ce réseau entreprendre, c'est pour chaque lauréat. Ils ont une stat, ils ont à peu près 6, 7 membres qui accompagnent. Et donc, en gros, c'est un réseau surtout de membres accompagnants qui viennent justement encadrer et suivre, challenger les projets entrepreneuriaux.
- Alexandre FRANCO
Comme un mentorat ?
- Antoine NEYRAND
Exactement, on a nous un mentor qui nous accompagne au quotidien, qui a une casquette très commerciale d'ailleurs. Et on a des clubs respectifs avec d'autres entrepreneurs et on se réunit une fois par mois. C'est plus les soirées du réseau, c'est très riche, c'est du temps à consacrer mais c'est une...
- Baptiste NELTNER
C'est une mine d'informations, de conseils et tout. En fait au début quand tu veux intégrer les réseaux d'entreprendre, tu fais un dossier. Suite à ça, ils te disent, reviens dans six mois ou tu peux tout de suite prétendre à être lauréat. Et ensuite, tu passes dans un parcours pendant lequel tu vois huit experts de différents métiers qui peuvent être pertinents par rapport à ton domaine d'activité, qui est sélectionné par les gens du réseau d'entreprendre. Et du coup, tu passes un peu à la moulinette de pas mal de monde qui te gratouille. Et ça, c'est vraiment génial parce qu'en fait... Moi, le conseil que je donnerais après notre petite expérience, c'est déjà d'aller toujours chercher ceux qui te font te remettre en question et pas ceux qui disent que ce que tu fais, c'est super.
- Alexandre FRANCO
Oui, une critique constructive.
- Baptiste NELTNER
Oui, c'est ça. Parce que quand on dit, c'est génial, vous êtes super, c'est très flatteur, mais ça ne fait malheureusement pas avancer le business.
- Antoine NEYRAND
On a un exemple d'un ancien chef d'entreprise qu'on avait rencontré justement dans le cadre du réseau entreprendre et du parcours de progrès. qui nous avait un petit peu charcuté, très gentiment, toujours avec bienveillance, mais on était sortis de là en se disant, putain lui, quel... Et dans les faits, c'est celui qui nous a le plus apporté.
- Alexandre FRANCO
C'est génial.
- Antoine NEYRAND
Et aujourd'hui, c'est devenu un vrai ambassadeur de la marque et on l'adore. D'ailleurs, je salue Vincent Pidou.
- Alexandre FRANCO
Et là, aujourd'hui, on l'a dit, je ne sais plus si je l'ai dit dans l'intro, mais on est à la CCVG, à Brignais. Donc là, vous avez l'atelier, c'est pareil, ça vous apporte... Ça structure aussi un peu le réseau ?
- Baptiste NELTNER
Il y a vraiment beaucoup d'intérêt dans une pépinière comme celle-ci. Je ne sais pas si elles sont toutes comme ça, mais à la CCVG, c'est vraiment tip-top. On a à la fois un local qui est mis à disposition dans des conditions qui sont très intéressantes, et à la fois, comme on est dans une pépinière où il y a une vingtaine de boîtes, on a tous les espaces partagés, les espaces communs, les temps d'échange au café le matin, pendant le déjeuner à midi. qui sont vraiment top parce que tu arrives à partager tes galères, tu partages tes succès. Tu vois qu'en fait tout le monde passe à peu près par les mêmes étapes que toi, même si ce n'est pas du tout les mêmes métiers qu'ils font. Et ça c'est vraiment top. Tu as aussi toute la partie formation qui est dispensée par la CCVG. Donc tu vois on a une formation DISC sur les différentes personnalités qui était vraiment top il y a un mois.
- Alexandre FRANCO
Génial. Pour revenir un petit peu au produit, on a parlé un petit peu justement de comment vous êtes passé de l'idée au produit. Mais forcément, ça a évolué. Moi, j'ai envie de parler aussi des matériaux que vous utilisez, parce qu'il me semble que c'est important dans la démarche de Jurie et Jarre.
- Antoine NEYRAND
Oui, effectivement, l'impact environnemental, il est un peu au cœur de notre démarche. On a parlé de la fabrication française, mais effectivement, le choix des matériaux également. Et on travaille beaucoup sur les matériaux recyclés. Je l'ai évoqué en début de podcast, ce matériau, cette sorte de terrazzo qu'on a développé en interne, qui incorpore différents déchets qu'on vient récupérer. Donc on travaille avec des coquilles d'œufs qu'on vient récupérer auprès d'un traiteur local, en l'occurrence c'est Gastronomie. On travaille également avec des tuiles pilées qu'on récupère auprès de charpentiers. On récupère aussi des coquilles de moules. On travaille également du sable de sablage industriel. Et ce qui est génial, c'est que cette recette qui a été développée par Baptiste, elle offre des possibilités infinies. On a plein de matériaux et de déchets qu'on teste justement dans ces sortes de bases en terrazzo. Et on se rend compte que c'est... Ça vient en plus servir la personnalisation. On en parlait un petit peu dans cet aspect, un des trois piliers de Jurie et Jarre, la personnalisation. Parce que là, sur le cas par exemple d'un hôtel, on vient utiliser les tuiles qui ont été récupérées sur la démolition de l'ancien bâtiment pour les incorporer dans les bases de la lampe Aurore. Et là, ça raconte une histoire. C'est-à-dire que sur la table du restaurant, ils vont se retrouver avec les tuiles incorporées dans la base. Et c'est génial, ça marche super bien.
- Alexandre FRANCO
Super. Vous parlez un petit peu des différents matériaux de base recyclés sur le site internet. On parle de Bama, de Terra. Quand tu dis Terrazzo, c'est justement un dérivé de ce terrain ? Il y a Ophel, Mélo, Silo ?
- Baptiste NELTNER
Le principe du Terrazzo, c'est d'avoir un liant et d'avoir dedans des morceaux. qui ensuite sont poncés pour créer un côté moucheté. Donc ça, c'est les terrazzo qu'on a. C'est plutôt chez nous celui qui est fait avec des coquilles d'œufs et celui qui est fait avec des coquilles de moule. Après, le terra, c'est parce qu'on part de terre cuite, donc des tuiles. C'est pour ça qu'on a essayé de toujours trouver. Bama, c'est parce que c'est des déchets du bâtiment. Terra, c'est parce que c'est de la terre cuite. Mello, c'est de la moule. Ophel, c'est de l'œuf. On essaye d'avoir un nom qui évoque, sans que ce soit de brut en blanc la constitution du matériau.
- Alexandre FRANCO
Ok, et ces matériaux-là, on les retrouve où concrètement sur la lampe ?
- Baptiste NELTNER
Ça va être la base, par exemple, de la lampe aurore, ça va être une ogive sur une suspension. En fait, c'est pas mal de petits composants qu'on va mettre sur les produits.
- Antoine NEYRAND
Ce qui est intéressant là-dedans, c'est que ces terrazzo, ils ont été remis au goût du jour, il y a quelques années maintenant, par des marques comme Malachio.
- Baptiste NELTNER
Malachio Australia, on travaillait déjà sur des matériaux recyclés comme ça, mais c'est vrai que plus profondément, tu as raison, il y avait une tendance sur les terrazzo depuis 5-10 ans qui remettaient un peu ces matériaux qu'on avait sur les sols des années 70-60.
- Antoine NEYRAND
Et la différenciation que nous on a pu apporter, c'est justement ces marques comme, j'en parlais, la Malachio Australia, travaillent surtout sur des plans de travail, du plat. Et notre force, c'est de pouvoir travailler en volume. Donc, on a développé des moules en silicone dans lesquels on vient couler nos mélanges et qui vont donner ces bases en terrazzo.
- Alexandre FRANCO
Et tout ça, c'est fait, réalisé dans l'atelier ?
- Antoine NEYRAND
Au sein de l'atelier, tout à fait. On fait à peu près 40 à 50% de la production au sein de l'atelier.
- Baptiste NELTNER
Après, le reste, on a un écosystème autour de chez nous. L'avantage, c'est qu'on est à Lyon et que c'est la première région industrielle de France. Donc, on a tout un écosystème de gens qui font de la découpe laser, qui font du thermolacage. On a pas mal du décolletage. On a pas mal de sous-traitants partout autour. Et ça, ça nous donne vraiment une force parce qu'en fait, chez nous, on va faire tout ce qui est cintrage, soudure. On va faire l'usinage du bois parce qu'on a une commande numérique. Donc on a vraiment 40-50% chez nous. Et le reste, on s'appuie sur des expertises qu'on n'a pas du tout.
- Antoine NEYRAND
Et la dernière en date, un des partenariats dont on est le plus fier, c'est avec la société Sgam qui est basée à Chaponneau, donc à 5 minutes de notre atelier, qui a développé pour nous un disque LED qui a... qu'on vient justement mettre dans la lampe Aurore et dans la lampe Croisette. Ce disque LED, auparavant, on était obligé de sourcer en Chine, puisqu'il n'y avait pas d'alternative européenne. Et là, de pouvoir le faire en local, c'est une vraie fierté. On essaie au maximum. On va dire que je crois que 95-98% de la valeur ajoutée de nos produits est réalisée. en local.
- Alexandre FRANCO
Ok. C'est dans votre positionnement, le fait d'avoir des matériaux recyclés, etc. Mais forcément, ça a un coût. La partie gestion là-dessus, c'est quoi les arbitrages ?
- Antoine NEYRAND
Alors, c'est un des intérêts de partir sur des luminaires haut de gamme. En étant sur un positionnement moyen ou bas de gamme, on n'aurait jamais pu travailler dans les mêmes conditions ou en tout cas raconter la même histoire. Nous, il y avait vraiment un enjeu fort, c'était la création d'emplois. Depuis qu'on est jeunes avec Baptiste, on n'entend à la radio que des fermetures de boîtes industrielles françaises. Et on voulait, à notre échelle, pouvoir réindustrialiser et créer de l'emploi. Donc en gros, quand on fabrique une lampe, on va faire intervenir... 4, 5 sous-traitants. Baptiste en parlait de la découpe laser, du thermo-laquage, de l'usinage. Et si demain, on en vend 10 000, ça va créer 3, 4 postes chez chacun de nos sous-traitants et plus les postes que ça va créer au sein de Jurie et Jarre. Donc c'est vraiment vertueux. Un truc sur lequel on fait beaucoup de pédagogie, je ne sais pas si c'est le terme, mais en tout cas, dans notre discours, c'est l'étiquette Made in France. Quand on achète un produit Made in France, ce n'est pas juste pour se faire plaisir. C'est derrière, vous allez créer de l'emploi pour vos enfants, pour vos petits-enfants.
- Alexandre FRANCO
Dans l'atelier, est-ce que vous avez eu des surprises, peut-être un raté, peut-être une matière qui vous a surpris, qui a donné... un résultat, un nouveau produit ?
- Baptiste NELTNER
Pour l'instant, on n'a pas eu ça. Par contre, on a eu pas mal de loupés, c'est clair. Je pense qu'on a essuyé pas mal de plâtre, mais c'est normal quand on commence une boîte.
- Antoine NEYRAND
On ne l'a pas évoqué tout à l'heure, mais quand on a créé la boîte en décembre 2023, on a commencé par travailler pendant un an dans la cave chez Baptiste. On avait combien ? On avait 15 mètres carrés dans la cave, je dirais.
- Baptiste NELTNER
C'est rigolo.
- Antoine NEYRAND
En gros, à l'étroit, mais on s'est éclatés. Et c'est vrai qu'en arrivant ici, au sein de la Pépinière d'Entreprise, on a un atelier de 150 mètres carrés, on s'est professionnalisé et on industrialise au maximum notre production. Industrialiser, c'est un grand terme, mais en tout cas, on essaye, parce que c'est un travail assez manuel, il y a beaucoup de semi-artisanal, on va dire. Donc, on essaie d'industrialiser nos process, justement, pour pouvoir répondre à la demande.
- Alexandre FRANCO
On a pas mal parlé de la personnalisation. La réparabilité, c'est quelque chose qui est...
- Baptiste NELTNER
Pour nous, ça va dans l'éco-conception. Si ton produit est démontable, il est réparable. S'il est démontable, il est recyclable. Donc, c'était vraiment important pour nous. Et en effet, tout est réparable. On a de la chance d'avoir peu de SAV. Mais si un jour, il y en a, on sait les réparer sans problème. Et tout à l'heure, pour les matériaux recyclés, on parlait de nos terrazzo. Mais il y a aussi notre laiton qui est recyclé à 96%. On a du bois recyclé. ou du bois français, issu de forêts gérées durablement. L'aluminium et l'acier qu'on utilise ont une part de recyclé aussi, donc on essaie de travailler à fond là-dessus. Même nos notices sont sur papier recyclé, les cartons 100% recyclés. Donc c'est vraiment une démarche globale, même si tu ne peux jamais être puriste. Tu as à la fois, comme on disait tout à l'heure, au niveau du sourcing, forcément des composants qui viennent de Chine. Nous, on a entre 3 et 5% de la valeur et ça, on est assez transparent avec nos clients. Et tu as cette partie-là aussi.
- Alexandre FRANCO
Oui, mais en même temps, vous recréez ou vous défendez un savoir-faire qui est unique et qui s'inscrit dans le temps. Oui,
- Baptiste NELTNER
c'est sûr. Ce qui est intéressant, c'est de se dire que dans les années 50, Lyon était la capitale du luminaire en France. Et aujourd'hui, il reste encore quand même pas mal d'acteurs, de fabricants de luminaires. Donc ça, c'est chouette. Mais c'est vrai que la concurrence est assez sévère avec l'arrivée de la Chine. sur notre marché.
- Antoine NEYRAND
Il faut avoir en tête que 90% des luminaires achetés en France viennent d'Asie. Donc en gros, il y a vraiment une place pour les fabricants qui font du Made in France et qui le poussent. En tout cas, nous, c'est notre positionnement.
- Alexandre FRANCO
Je voudrais revenir aussi sur votre complémentarité, sur comment vous fonctionnez, ce duo. Vous connaissez depuis longtemps avec un lien familial et une amitié qui est assez forte. Mais Et... Comment vous répartissez les rôles, les décisions, par exemple, ou les moments où il faut trancher dans ce processus ?
- Antoine NEYRAND
Donc tu l'as compris, on a chacun nos domaines d'expertise. Chacun est responsable de son domaine, mais les décisions stratégiques sont toujours prises à deux, systématiquement. D'une manière générale, dès qu'il y a une interrogation, on la partage. C'est la force d'être dans une petite équipe, donc on est toujours à échanger, tant sur la partie design côté bâtisse, je viens de soumettre ces dessins, sur les hypothèses de financement de... business plan, on partage toutes les décisions.
- Alexandre FRANCO
Mais il y a forcément des désaccords des fois.
- Baptiste NELTNER
Alors ce qui est intéressant c'est qu'on a des domaines d'expertise, donc celui dont c'est le domaine d'expertise tranche au final si on n'arrive pas à s'entendre, mais pour l'instant ça n'est pas arrivé.
- Antoine NEYRAND
Et la chance qu'on a c'est qu'on est très accompagné, on a un comité stratégique. qui nous accompagne depuis maintenant plus d'un an avec des anciens dirigeants, des cadres qui viennent et qui challengent nos hypothèses. On leur soumet une fois par trimestre le trimestre écoulé et puis les perspectives. Et ils sont là justement pour aborder toutes les problématiques et nous aider justement à résoudre les points sur lesquels on pourrait être en désaccord.
- Alexandre FRANCO
Ça, c'est avec le réseau d'entreprendre ?
- Antoine NEYRAND
Non, ce n'est pas le réseau entreprendre, c'est en complémentaire. C'est un comité qu'on a créé nous-mêmes avec des gens qu'on connaissait de notre réseau. Et on a trois personnes. qui nous accompagnent et qui viennent effectivement nous challenger à tous les trimestres.
- Alexandre FRANCO
Super. Baptiste, par exemple, comment tu protèges ton espace créatif tout en intégrant les contraintes business ?
- Baptiste NELTNER
Ce qui est intéressant quand on dessine un produit, c'est de savoir combien il va coûter et comment on va le fabriquer. J'ai toujours managé des designers en essayant de leur inculquer ça, c'est qu'un dessin, s'il n'y a pas la partie... technique et financière, ça reste un dessin. Et plus on arrive à intégrer toutes ces contraintes en amont, mieux on se porte et plus on gagne du temps.
- Alexandre FRANCO
Et en même temps, dans le processus créatif, il y a un moment où tu penses un peu out of the box ? Oui, de toute façon,
- Baptiste NELTNER
c'est une réflexion en entonnoir. Tu réfléchis d'abord en te disant, sur la base d'un brief et d'une petite étude de marché, savoir si déjà ton unité de besoin est viable. Après, tu pars dans tous les sens et puis petit à petit, tu resserres. Mais il faut assez rapidement resserrer en ayant un peu les contraintes de fabrication et de commercialisation en tête.
- Alexandre FRANCO
Donc ça, ce n'est pas une grosse bataille. Tu as quand même ces contraintes qui sont toujours...
- Baptiste NELTNER
Oui, c'est une bataille dans ma tête, mais ce n'est pas une bataille entre nous. Ça, c'est vraiment... Enfin, on a tous notre métier, donc ça fait tellement de temps que je le fais ça que je pense que c'est assez intuitif.
- Antoine NEYRAND
Et puis, on a développé ensemble une sorte de matrice qui nous permet d'évaluer un prix de vente, un prix public. sur la base de notre prix de revient. Une matrice qui est bien construite et qui aujourd'hui, ça nous permet, au moins, on a des ratios qui sont établis.
- Alexandre FRANCO
On n'en a pas encore parlé, mais c'est quoi vos circuits de distribution ? Je me sens qu'il y a de la vente en ligne à travers le site. Il y a aussi des commandes qui viennent plus du B2B et puis un réseau physique, j'imagine ?
- Antoine NEYRAND
Alors, tu as tout à fait raison. On a trois canaux de distribution. On a le particulier qui va acheter via notre site internet, tu l'as dit, qui est à la marge, ce n'est pas le cœur de notre cible. Le deuxième canal, ce sont les revendeurs. On parle surtout des boutiques physiques, des magasins de luminaires, des magasins de décoration.
- Alexandre FRANCO
Ça c'est national ? National et international.
- Antoine NEYRAND
On a des boutiques en Espagne, en Allemagne. Et le dernier canal qui est le principal, qui était la cible, en tout cas le Graal. qu'on pensait qu'il serait le plus long à développer, c'est le projet, le contracte. Ce sont les archives d'intérieur qui vont prescrire nos luminaires sur des projets de rénovation dans le résidentiel, mais surtout sur l'hôtellerie et la restauration. L'hôtellerie, c'est vraiment la cible de Jurie et Jarre.
- Alexandre FRANCO
Ok. Et on parlait de personnalisation. Comment ça s'organise dans chacun de ces réseaux de distribution ? C'est-à-dire, on... En ligne, on peut commander ?
- Baptiste NELTNER
En ligne, tu vas pouvoir venir personnaliser directement, même pour une pièce. Les boutiques, c'est pareil, peuvent nous acheter. On n'a pas de minimum de commandes. Donc, une pièce personnalisée, ça, ça marche. Parce qu'on est structuré, justement, pour pouvoir répondre à cette demande rapidement. Donc, en 15 jours, tu as ton produit chez toi. Après, pour la partie projet, comme c'est souvent des hôtels et des restos, comme disait Antoine, c'est des projets qui sont plus sur le long terme. Par exemple, les champs de témoins dans les hôtels, c'est un an avant. Donc là, on a une facette de plus, c'est qu'on peut faire du sur-mesure. Donc on peut aussi, soit sur la base d'une demande dessinée et réalisée, soit sur la base d'un dessin du groupe hôtelier, du designer du groupe hôtelier, on peut réaliser le produit, soit les gens viennent prendre nos collections et choisissent une combinaison qui correspond à leur projet. Souvent, c'est un mix des trois, parce qu'un projet d'hôtel, on a à la fois une salle de restaurant où on va prendre nos produits directement, Et à la fois dans des couloirs des produits de chez nous qui vont être personnalisés et encore à un autre endroit, un produit spécifique qui correspond à leur demande qu'on va faire sur mesure.
- Antoine NEYRAND
C'est vachement intéressant le sur mesure parce que ce n'était pas du tout dans la cible initiale, ou en tout cas quand on a commencé à bosser sur Jurie et Jarre. La première demande qu'on avait eue, c'était un hôtel à Saint-Tropez qui avait besoin de lampes pour ses tables de restauration. Et la lampe Aurore, ils avaient eu un coup de cœur sur ce modèle, mais l'abat-jour était trop encombrant par rapport à la taille de leur table. Et sa question c'était, est-ce que vous ne pouvez pas me faire un abat-jour de 10 cm au lieu des 18 ? La première réponse était, ça veut dire aller développer un nouveau moule auprès de notre prestataire. Donc on avait commencé à fermer la porte et le mec nous a dit, mais réfléchissez quand même, on peut partager les coûts de développement. Et ça, c'est ce qui nous a lancé dessus, parce qu'effectivement, on s'est lancé, ça a marché direct. Et un peu plus tard, sur un salon sur lequel on exposait, Maison & Objet, On a rencontré un autre groupe hôtelier et on discutait de leurs besoins et ils étaient partis pour prendre nos modèles standards. Et on leur a demandé de quoi vous avez besoin exactement. Baptiste a sorti son calepin, on a dessiné en direct les produits tels qu'ils les imaginaient ou tels qu'ils voulaient. La force de Baptiste c'est de connaître parfaitement tous les composants qu'on a aujourd'hui dans nos... standard, on arrive à chiffrer direct, au moins en ordre de grandeur, à savoir si oui ou non le dessin est réalisable dans l'enveloppe budgétaire du client. Et ça, c'est une force inouïe. Là, en l'occurrence, sur l'exemple que j'ai pris sur le salon, nos contacts dans le groupe hôtelier, il y avait les yeux qui brillaient, parce que forcément on bascule sur « Ah oui, vous pouvez faire ça » .
- Alexandre FRANCO
Là, tu leur fais vivre une expérience dont ils rêvent, qu'ils n'imaginaient peut-être même pas.
- Baptiste NELTNER
Non, et puis c'est notre force aussi en Europe par rapport à la Chine, c'est qu'on est près de nos clients. Enfin, par rapport à la Chine qui travaillerait avec nos clients. Et du coup, comme on est proche d'eux, qu'on se comprend bien, on est plus souple. On est plus capable de répondre positivement et en finesse au brief.
- Antoine NEYRAND
Et le sur-mesure aujourd'hui, c'est quasiment devenu 50% de nos demandes sur le projet. Donc c'est vraiment significatif et on se rend bien compte que c'est un des axes sur lesquels on va... pousser dans les années qui arrivent.
- Alexandre FRANCO
Super. Je veux revenir un petit peu sur la partie complémentarité et du haut. En fait, est-ce que vous avez un conseil pour quelqu'un qui veut se lancer, mais avec un associé, justement ? C'est quoi vraiment les choses importantes qu'il faut penser quand on se lance à deux, à trois ?
- Baptiste NELTNER
À mon avis, c'est ce dont parlait Antoine tout à l'heure, c'est déjà faire un parcours, s'associer. Parce qu'un bon pote n'est pas forcément un bon associé, et inversement. Nous, on a de la chance d'avoir les deux, mais c'est avant tout un bon associé qu'on cherche plus qu'un pote. Donc ça, c'est important, parce qu'il faut être sûr d'être aligné sur la vision, rapport au pouvoir, l'argent, comme on disait tout à l'heure, le temps de travail. Est-ce que le boulot me permet de vivre, ou est-ce que le boulot, c'est toute ma vie ? Ça, c'est aussi des questions qu'il faut aussi appréhender. Dans tous les cas, je pense qu'il y a vraiment deux écoles, mais être associé pour moi, c'est indispensable. Surtout quand tu pars de zéro comme nous, je pense que quand tu reprends une boîte, c'est peut-être différent, mais nous, on part avec un château à construire et au début, on a juste une masse et il y a un rocher devant. Donc c'est vrai qu'on passe par des périodes qui sont très difficiles et c'est hyper bien d'être à deux, parce qu'il y en a toujours un qui peut tempérer l'autre. Il y en a toujours un qui a une vision positive de la situation. Parce qu'on sait que c'est toujours verre à moitié vide ou verre à moitié plein. Une boîte, c'est ça en permanence. Donc, c'est bien de pouvoir échanger là-dessus.
- Antoine NEYRAND
Et la complémentarité quand même, là, c'est des compatibilités et la complémentarité quand même. Parce que si on était tous les deux designers produits, l'association, je pense qu'elle n'aurait pas de sens. C'est vraiment avoir des compétences complémentaires. En l'occurrence, chez nous, ça va être la finance pour ma part. Et le design produit pour Baptiste. Pour toute association, ça c'est indispensable.
- Alexandre FRANCO
Et puis vous vous connaissez assez bien aussi pour justement garder un petit coin de l'autre dans votre tête.
- Baptiste NELTNER
Bien sûr. Après ce qui est intéressant, c'est qu'on a des expertises complémentaires, mais une vision qui est très similaire sur le type de boîte qu'on veut, le type de management qu'on veut. Il n'y en a pas un qui est à la schlag et l'autre qui est cool. On est très alignés là-dessus. Et ça je pense que c'est intéressant aussi de savoir quel type de boîte on veut faire. Ça, c'était une question qu'on nous avait posée. Est-ce que tu veux faire une boîte pour la revendre dans deux ans ou est-ce que tu veux la revendre dans 20 ans ou la garder ? Je pense que tu ne mets pas les mêmes fondamentaux dans ta boîte. Les deux sont bien, mais c'est juste que c'est deux trucs différents. Après, ce qui est sûr, c'est qu'on ne prévoit rien. On a beau faire tous les scénarios, tout prévoir dans sa tête, il ne se passe jamais ce qu'on a prévu. Donc, je pense qu'arriver aussi à faire confiance et à se faire confiance sur la faculté à rebondir est vraiment important.
- Alexandre FRANCO
C'est important de laisser le projet vivre par lui-même. Il faut l'accompagner bien sûr, mais il peut y avoir des belles surprises, comme le sur-mesure ou des choses qu'on n'avait pas prévues au départ.
- Baptiste NELTNER
Ce qu'il faut, c'est avant de prendre une décision, être sûr que ce soit aligné avec la ligne directrice de la boîte. Parce que tu peux avoir une opportunité qui va te flinguer ta boîte à court terme. Est-ce que tu décides de... partir sur telle affaire ou non en fonction de vers là où elle te mène nous le sur mesure on s'est dit on fait 50% de notre prod chez nous on connait tous les fournisseurs quasiment tous les savoir-faire maintenant on est plutôt pas bête, on peut y aller
- Alexandre FRANCO
C'est déjà plus ou moins dans l'ADN, dans la partie personnalisation, etc. de Jurie et Jarre. Tout à fait.
- Baptiste NELTNER
Et c'est vrai que ce qui est intéressant, on s'écarte un peu, mais je pense que c'est quand même un sujet qui est intéressant. En France, on voit qu'il y a beaucoup de gens qui savent dessiner mais pas fabriquer. On voit qu'il y a beaucoup de gens qui savent fabriquer mais pas dessiner. Nous, notre force, c'est d'avoir les deux en interne, ce qui fait qu'on gagne des étapes et on a des prix qui sont bien positionnés par rapport au fait qu'on est sur du haut de gamme.
- Alexandre FRANCO
On a déjà évoqué beaucoup de choses et moi j'avais quelques questions un petit peu fun aussi à vous poser. Par exemple une citation qui vous inspire, une phrase qui vous guide, est-ce qu'il y a quelque chose comme ça qui vous vient ?
- Antoine NEYRAND
Oui, tout va bien se passer, juste pas comme prévu.
- Baptiste NELTNER
C'est clair, il faut arriver à se dire que ça va bien se passer mais que le cheval avance tout seul quoi, nous on est dessus quoi.
- Alexandre FRANCO
Et une petite ressource, je ne sais pas, un livre ou un conte sur un réseau que vous suivez, qui vous inspire ?
- Baptiste NELTNER
En 2024, quand on bossait depuis chez moi, on écoutait The Parcels. Je le dis avec un super accent pour que tout le monde comprenne. Et qui est vraiment un super groupe et qui est à la fois cool et rythmé. Et ça nous a bien aidé à lancer la boîte.
- Alexandre FRANCO
Une autre petite question, si vous deviez créer une lampe pour une personnalité historique ou juste une personnalité, Est-ce que vous avez une idée de pour qui, pourquoi, à quoi ressemblerait cette lampe ?
- Baptiste NELTNER
Moi, je ne sais pas pour qui c'est, mais ce serait une lampe pour quelqu'un qui a conscience que l'industrie française, c'est un trésor, parce qu'elle crée un emploi infini. Et c'est vrai que depuis nous, on est né dans les années 80, on voit pas mal de boîtes qui ont fermé. Quand on voit comme c'est dur de relancer un fleuron de l'industrie en partant de zéro, Je pense que ce serait à quelqu'un qui comprend que le made in France, c'est aussi tout un écosystème. Le boulanger, il vit parce qu'en fait, il y a quelqu'un qui bosse dans une boîte qui fabrique localement et ainsi de suite. Et j'avais vu un poste qui comparait un produit acheté sur Chine et un produit acheté dans une marque qui fabrique en France. C'est sûr que ce n'est pas exactement les mêmes produits, les mêmes prix, mais au final, il y a tellement d'impact et tellement de bénéfices à consommer en local. Pour l'environnement, pour l'industrie, pour l'économique, honnêtement, je pousserais tout le monde à aller voir dans ce sens-là. Donc ce serait une personnalité qui aurait les coudées franches pour agir là-dessus.
- Alexandre FRANCO
Et cette lampe, elle serait bleu, blanc, rouge ?
- Baptiste NELTNER
Non, elle aurait du style.
- Antoine NEYRAND
Non mais c'est vrai que pour avoir notre lampe à l'Elysée par exemple,
- Alexandre FRANCO
ça... Oui,
- Baptiste NELTNER
pourquoi pas.
- Antoine NEYRAND
Et j'espère qu'un jour ça arrivera.
- Baptiste NELTNER
Nous ce qui est intéressant on parlait des matériaux recyclés tout à l'heure on s'est toujours mis un point d'honneur à se dire que le matériau recyclé on ne doit pas voir qu'il est recyclé parce que le postulat de base c'est pas parce que ton matériau est recyclé que ton produit doit être vilain donc ce sera avant tout un produit qui a du chien que tu es fier d'avoir qui te fait du bien quand tu rentres chez toi donc ce sera à l'Elysée ce serait super
- Alexandre FRANCO
Comment on vous retrouve en ligne ? En point de vente, est-ce que vous pouvez nous donner des petites pistes ? Je remettrai après les liens dans la description de l'épisode.
- Antoine NEYRAND
Sur notre site internet www.jurie-jarre.com et puis dans toutes bonnes boutiques de décoration.
- Baptiste NELTNER
Dans pas mal de villes françaises, on a 35 boutiques en gros en Europe en ce moment. Donc il y en a forcément une à côté de chez vous. Et puis en ligne, c'est vachement bien pour commencer à... A voir quel finish vous plairait le plus. Puis après, vous allez voir et l'acheter dans votre boutique de proximité.
- Alexandre FRANCO
Super. Sur les réseaux, vous êtes présent ? On est sur Insta,
- Baptiste NELTNER
Jurie et Jarre Lighting. On a 11 000 followers en un an et demi. Donc, on est plutôt content. Ça avance bien. Mais on a de la chance d'avoir une marque qui est assez inspirante. Et donc, là-dessus, ça marche bien. Et on est sur LinkedIn aussi.
- Alexandre FRANCO
Merci Baptiste. Merci Antoine pour ce super moment. Merci Alexandre. Avec plaisir, votre énergie. Et puis voilà, ce témoignage super instructif sur la création, la reconversion, le travail en duo. Un grand merci également à la pépinière de la CCVG à Brignais qui nous accueille aujourd'hui et qui est quelque part à l'origine de notre rencontre.
- Baptiste NELTNER
Qui te le fait.
- Alexandre FRANCO
Et puis voilà, si vous voulez découvrir les luminaires ou simplement suivre les aventures de Jury et Jarre, toutes les infos seront dans les descriptions de l'épisode. Merci à vous d'avoir écouté, Capté. A très vite pour un nouveau Déclic. Ciao. Au revoir. T'as capté, en fait... T'as capté ? Merci d'avoir écouté cet épisode de Capté Podcast. Si ça vous a plu, abonnez-vous. C'est le meilleur moyen de soutenir le podcast et de ne rien manquer de la suite. Capté est disponible sur Apple Podcast, Spotify, Deezer et sur toutes les plateformes d'écoute. On se retrouve le mois prochain pour une nouvelle conversation, un nouveau parcours, un nouveau déclic. À très vite ! T'as capté ?