Speaker #0Bienvenue dans celle qui, un espace intime où je marche aux côtés des femmes qui m'ont traversé, celles que j'ai aimées, croisées, perdues, rêvées, celles qui ont laissé une empreinte sur ma peau, dans mes souvenirs, dans mes silences, dans ma tête et dans mon cœur. À chaque épisode, une voix, la mienne, posée sur des instants. Des lettres que je n'ai jamais envoyées, des choses que je n'ai jamais osé dire, et d'autres probablement que j'ai beaucoup trop dit. Ce podcast est un passage, un souffle, un endroit pour déposer, ressentir, transmuter. Alors bienvenue, celles qui sentaient le chlore. Je la rencontrais un peu avant Noël. Une bouteille, deux bouteilles, une heure, deux heures. Allez, on passe la nuit ensemble, pourquoi pas ? Et puis au matin, tout vers midi, petit café, croissant, puis salut. Et puis, puis se revoir. Chez moi, chez elle, il y a quelque chose qui se passe. J'aime bien ses boucles châtains, son allure longiligne, son nez fin, tout est fin, elle est fine. Petite poitrine, présence qui flotte, puis elle sent le chlore. Trois à quatre séances de piscine par semaine, sa peau en garde la trace. Et moi aussi, un parfum de propre, d'eau, d'effort et de distance. une odeur presque absente. Elle aime le froid, elle vient du froid, du Canada. Elle en parle avec une voix douce et un peu lointaine. Elle parle de voyage, elle parle de son avant, de son accent. Et dans sa manière de raconter, je sens la nostalgie, puis moi aussi de la vie. Je vais passer la liberté chez des fantômes, des bouts d'histoire pas finis, quelque chose à Amsterdam, des morceaux de moi laissés dans des rues. Alors je vis le passé au présent, la mémoire vive, le cafard tendre, puis les jours passent, on s'écrit, on rit, et puis... C'est la vie, c'est bien, ça passe. C'est son appartement qui donne jus sur tout Paris. C'est génial, sans aucun vis-à-vis, sur tous les toits. Alors je vois le lever du soleil quand j'y vais. Puis elle, elle m'envoie les couchers, elle boit du café. Moi je préfère l'eau, j'achète une espresso. Elle la testera jamais. Puis je pars la rejoindre un week-end à Amsterdam. J'ai un coup de tête. Je sais pas ce que je fais là. C'est absurde. Elle, elle passe la journée avec ses potes. Puis moi, j'irai dans la ville. Avec mes souvenirs. Je suis là pour des bouts de moments. Et je suis là parce que ce que je veux, c'est son corps. Qu'elle se donne à moi. Encore. Et encore. Et encore. C'est son corps, comme... Puis on prend des champignons, et on baise, on baise. Ça sonne juste parce que c'est ça, pas de mots, juste des corps, son cou, son creux, le chlore. Il vient me voir dans le sud après Noël, et avant... Je la vois au cinéma, je la vois dans les rues, je la vois chez moi. Et je sens le danger, je sens ces addictions, l'alcool, encore et encore. Si je m'approche trop, je me brûle. Puis dans le fond, je sais, ça se passe vite, ça va se lasser vite. Au bout d'un mois, c'est comme si ça en faisait dix. C'est aller trop vite, beaucoup trop. Et moi je paie les billets, les chambres, les bouteilles. Je veux pas que ça s'arrête et en même temps, j'aimerais bien, parce que je sens bien que je m'épuise petit à petit. Il y a cet espace, de l'espace, de plus en plus, de plus en plus on est plus loin. Et puis elle me parle de sa mère, de sa soeur, de son frère, des fragments d'elle. de cette vie d'avant, de maintenant, de son ex, de ses ex, et puis moi, je sais pas par où commencer, je sais pas comment me paradoter, je sais pas comment rester comme ça, non, je sais pas, et elle, elle est frêle, ouais, c'est ça, elle est frêle, elle est toute en os, mais qu'est-ce qu'elle est rapide, hein, ouais. Elle est vive, c'est comme les screams. Ça fait hop, hop, elle esquive. Hop, tu la vois, tu la vois pas. Tac, tac, hyper nerveuse. Ouais, surtout quand elle dort dans mes bras. Voilà, elle est blottie. Elle se donne sexuellement présente, intense. Puis moi je reçois, je prends, parce que ça me change, ça me change cette générosité. Puis je me souviens de ce concert, celui où elle m'a invité parce que je devais y aller avec son ex, et que c'était son ex. C'est un groupe dont j'ai oublié le nom, je ne l'ai pas oublié elle, pas dans sa manière de m'attirer à elle. Ses mains, sa nuque, sensuelle, disponible, c'est la seule fois, la seule fois où j'ai eu son corps en public, parce que sinon elle ne me tient pas la main, ni dans la rue, ni quand je la frôle, encore moins quand j'en ai besoin, parce qu'elle dit qu'elle veut de la liberté, et moi, bah... Mais je m'alourdis, puis un jour plus rien, c'est trop, deux têtes, la gare, un regard flou, un salut, plus envie, moins envie, et puis maintenant, je vais à la piscine, une fois par semaine, parfois deux, je traverse les longueurs, je regarde l'eau, et je pense parfois à elle, à l'époque, où j'allais en elle, et aujourd'hui, où je plonge pour respirer. Et elle m'a traversée comme une coulée, chlorée, brève, intense et douce. Merci d'avoir écouté celle qui. Si ce récit a touché quelque chose en vous, laissez-le résonner, doucement, sans urgence. Vous pouvez le partager, le garder pour vous, ou simplement revenir quand ce sera le moment. Je vous retrouve prochainement, peut-être, pour un prochain épisode. A bientôt !