- Grégory Gallé
Donc on va passer d'une démarche où les banques voient plutôt un avantage à financer des projets qui ont une responsabilité engagée, avec notamment des incitations comme les pré-impacts, à une nouvelle dimension demain qui va être plutôt le définancement, où les financiers n'iront plus sur des projets qui ne présentent pas d'intérêt en matière RSE.
- Laurent David
Cela fait maintenant plusieurs années que la durabilité s'est invitée à la table des entreprises. Une nouvelle donne qui les incite à s'inscrire dans un modèle plus vertueux du point de vue social, environnementales, comme de la gouvernance. Si certains y voient de nouvelles contraintes, d'autres y décèlent de réelles opportunités nouvelles. Raison pour laquelle de nombreuses PME se lancent aujourd'hui dans cette démarche indispensable pour faire face aux nouveaux enjeux sociétaux et climatiques qui s'imposent à nous. Je m'appelle Laurent David et dans Conte de Résultat, le podcast d'In Extenso, entouré d'experts et de spécialistes du monde de l'entreprise, Je vous propose d'aborder les sujets de gestion majeurs et de décrypter les grandes réformes qui intéressent tous les dirigeants d'entreprises. Avec la volonté de privilégier une approche non pas théorique mais très concrète afin de vous faire partager les bonnes pratiques de nos experts et de vous permettre d'éviter les pièges. Je vous souhaite une agréable écoute de ce podcast et j'espère qu'il vous apportera les réponses aux questions que vous vous posez.
- Intro
Vous écoutez Conte de Résultat, le podcast d'In Extenso.
- Laurent David
Aurélie Guiguen, Alice Deprouw, Grégory Gallé, bonjour. Aurélie, vous êtes Directrice finance et durabilité chez Ad Astra, filiale Grand Compte d'In Extenso. Alice, vous êtes Directrice métier transition écologique chez In Extenso Innovation Croissance. Grégory, vous êtes expert-comptable et commissaire aux comptes associé In Extenso. Merci à tous les trois d'avoir accepté de participer à notre émission. Nous allons évoquer ensemble un enjeu majeur pour les entreprises, la durabilité. Pour commencer, Aurélie. Est-ce que vous pouvez nous dire de quoi on parle exactement lorsqu'on évoque la durabilité ?
- Aurélie Guiguen
Oui, parfaitement. La durabilité, c'est ce qui dure. Une entreprise, pour durer, elle doit avant tout assurer sa rentabilité, sa durabilité économique, auquel on va ajouter une durabilité ESG, environnement social gouvernance, c'est-à-dire une connexion à l'extérieur, une connexion à l'autre. Environnement, c'est quoi ? C'est l'impact que l'entreprise va avoir sur son environnement parce qu'un environnement dont elle dépend pour l'accès à ses ressources. et pour pouvoir continuer de fonctionner. La partie sociale, c'est tout ce qui est en lien avec les parties prenantes, que ce soit des parties prenantes internes, donc les collaborateurs par exemple, et puis les partenaires, les clients. Et puis, c'est la manière dont elle va impacter ces parties prenantes-là. Et puis aussi, en retour, ces parties prenantes vont l'impacter. Et enfin, la partie gouvernance, le G, c'est ce qui va permettre à l'entreprise d'organiser le tout et puis d'assurer aussi une éthique des affaires.
- Laurent David
Pourquoi cette thématique de la durabilité ? Incontournable aujourd'hui pour les entreprises, Grégory ?
- Grégory Gallé
Je crois que les entreprises n'ont pas attendu ces dernières années pour s'emparer des sujets de durabilité. Je pense que c'est quelque chose qu'elles ont intégré depuis un certain temps. C'est aujourd'hui au cœur de la préoccupation des dirigeants d'entreprises. En tant qu'experts comptables, je le vois au quotidien, on a des réunions de bilan chaque année, justement, faire le point sur leur performance économique. Et aujourd'hui, on passe de moins en moins de temps à parler du passé. On ouvre beaucoup plus la porte de l'avenir. On challenge énormément nos dirigeants sur leurs problématiques de renouvellement de commandes, sur leur attractivité. On parle beaucoup de RH, beaucoup de fédélisation. On parle également de projets, de la manière de les financer. Donc ce sont vraiment les sujets d'avenir qui sont au cœur de nos discussions. Et puis on parle également de transmission d'entreprise. Donc là, on se projette encore plus loin. Donc on voit que c'est un sujet incontournable aujourd'hui. sur lesquels les dirigeants d'entreprises ont une vraie volonté d'action. Et ils doivent également réfléchir, penser leurs organisations de manière à ce qu'elles soient aussi adaptables.
- Laurent David
Alice, vous vouliez ajouter quelque chose ?
- Alice Deprouw
Oui, tout à fait. L'entreprise doit s'adapter actuellement. Aujourd'hui, ce qui rend ces sujets de RSE incontournables, c'est qu'on n'est plus dans l'anticipation, on est déjà dans les conséquences. Sur l'ensemble des piliers du développement durable, les entreprises doivent déjà s'adapter à des situations inédites qui impactent directement leur coûts, les délais, la capacité à produire ou même à contractualiser. Par exemple, sur le plan économique, avec les tensions géopolitiques actuelles, il y a des équilibres économiques qui se modifient, des chaînes d'approvisionnement qu'il faut modifier, qu'il faut repenser pour pouvoir faire perdurer l'entreprise. Sur le côté environnemental, les conséquences du changement climatique sont également déjà visibles. On voit qu'il faut adapter des activités aux fortes chaleurs, comme les travaux d'extérieur par exemple. où des entreprises peuvent être vulnérables face à des inondations qui sont de plus en plus fréquentes. Et enfin, sur le volet social, on voit qu'il y a des secteurs en tension, qui n'arrivent pas à recruter, qu'il y a des attentes de plus en plus fortes des clients ou des marchés qui ne sont pas accessibles à des entreprises qui n'ont pas démontré qu'elles ont une stratégie RSE. Donc c'est actuellement devenu quelque chose de vraiment incontournable. C'est aussi incontournable pour aller chercher des financements, parce que c'est important de pouvoir prouver son impact positif pour ces financements.
- Laurent David
Aurélie, on va parler normes. Est-ce qu'il existe un cadre normatif en matière de durabilité ? Et si oui, quel est ce cadre ?
- Aurélie Guiguen
Oui, il existe un cadre normatif à deux niveaux. Donc au niveau, j'ai presque envie de dire un arsenal normatif aussi, à la fois au niveau français, donc au niveau national. Et là, on va parler sur la partie environnementale en particulier, les décrets, la loi Grenelle 2, la loi de transition énergétique. pour la croissance verte, la loi énergie-climat, la loi climat et résilience. On a déjà des dispositifs locaux, nationaux, dans un cadre international déjà européen. Eh bien, on a aussi un cadre normatif réglementaire qui est issu de différentes réglementations type COP21, donc l'accord de Paris 2015. C'est ce qui va lancer un élan avec, au niveau européen, le Green Deal 2019 ou le pacte vert européen. Et à la suite de ça, là, on a vraiment des objectifs, en particulier environnementaux. L'accord de Paris, on va vraiment chercher à responsabiliser les entreprises et les acteurs du monde sur la limitation du réchauffement climatique, si possible à 1,5°C et surtout pas au-delà de 2°C. C'est ce qui pose la base. Et puis ensuite, au niveau européen, on va avoir des déclinaisons de ça dans la responsabilisation des entreprises, notamment dans le cadre des reportings réglementaires auxquels elles sont soumises. Et donc, d'un point de vue... cadre réglementaire, on va avoir tous les textes plus récents comme par exemple la CSRD, la CS3D, la CFDR également, auxquels les entreprises sont soumises actuellement.
- Laurent David
Justement, dans ce maquis, on parle quand même beaucoup de CSRD. Est-ce que vous pouvez nous dire ce que prévoient ces fameuses normes ?
- Aurélie Guiguen
Alors, les normes CSRD, je ne vais pas vous donner dans le détail ce qu'elles prévoient car on aurait besoin d'un petit peu plus de temps. En revanche, le principe général à noter, c'est qu'il s'agit en fait de textes réglementaires qui imposent aux entreprises de publier des indicateurs précis, avec vraiment une méthodologie qui est réglementaire, et à la fois donc réglementaire sur ce que l'entreprise aura à publier, et aussi sur la manière dont elle va le publier, et la manière dont elle va, sur les éléments quantitatifs par exemple, sur la manière dont elle va les calculer. Donc la CCRD, ce sont des normes qui permettent de structurer l'information. pour qu'une entreprise publie des éléments qui sont sur un point réglementaire, non pas sur un point qu'on pourrait dire, par exemple, marketing, comme ça pourrait être le cas sur un rapport RSE, où on est plus dans une forme de communication. Sur la CSRV, on est vraiment sur une forme d'obligation, de réglementation, et avec des éléments qui sont comparables entre les acteurs. Et c'est ce qui va permettre justement de juger ou d'évaluer le caractère durable d'une entreprise. C'est justement par ces textes qui sont très structurés et très structurants. Par contre, la CSRD, ça ne s'applique pas à tout le monde, ça ne concerne pas toutes les entreprises, puisque avec la directive Omnibus, on a un rehaussement des seuils conséquent. Et aujourd'hui, seules les entreprises qui ont plus de 1 000 salariés, qui réalisent un chiffre d'affaires supérieur à 450 millions d'euros, sont concernées. Donc c'est un rehaussement des seuils qui est considérable, où il y a à peu près 80% des entreprises qui ne sont plus concernées par conséquent. Et donc, ça ne veut pas dire pour autant que ça ne concerne que les grands groupes, parce que finalement, les grands groupes vont aussi entraîner... de plus petits acteurs, pas un peu par effet ricochet, c'est-à-dire que le client peut demander à ses fournisseurs un certain nombre de reporting pour l'aider justement lui à s'améliorer dans les partenaires avec qui il travaille ou aussi pour pouvoir avoir une meilleure visibilité sur ses fournisseurs. Donc c'est pour ça que ça concerne les grands groupes, mais aussi les petites entreprises. Et ces petites entreprises-là, elles ont la possibilité aujourd'hui de réaliser ou de publier un reporting qui est volontaire, ce qu'on appelle la VSME, donc Voluntary SME, c'est pour Small Medium Enterprise. La VSME s'adresse justement aux plus petites structures. Ça offre un cadre précis néanmoins, mais sur un dimensionnement beaucoup plus petit.
- Laurent David
Grégory, si j'ai bien compris, les petites structures ne sont pas contraintes juridiquement par ces normes. Pourquoi elles devraient se lancer dans une démarche RSE ? Y consacrer du temps ? Qu'est-ce qu'elles ont à gagner ?
- Grégory Gallé
Elles ne sont pas contraintes de manière directe par les obligations, comme l'a rappelé Aurélie. Mais néanmoins, je pense que chacun doit... regarder ce qu'elle a gagné. Pour ce faire, nous, on a interrogé nos clients pour savoir justement quels étaient les leviers pour eux, qu'est-ce qu'ils imaginaient comme bénéfice. Nos clients nous ont répondu. Le premier sujet qui ressort, c'est notamment l'attractivité et l'impact sur la marque employeur. C'est vraiment le sujet numéro un pour notamment attirer les nouvelles générations et fidéliser les salariés qui sont très sensibles au sujet. La deuxième raison qui les pousse à élaborer des actions en matière de durabilité, C'est l'action positive sur l'environnement. Donc là, on parle vraiment de conviction personnelle du dirigeant et de la direction. Le troisième levier, c'est une question d'image et de réputation pour l'entreprise. On le voit bien d'ailleurs avec l'essor des labels. Et le quatrième levier qui nous évoque, c'est l'impact business, forcément, pour pouvoir aller derrière, répondre à des appels d'offres ou, comme le disait Aurélie, pouvoir répondre aux obligations des grands donneurs d'ordre.
- Laurent David
On évoque souvent ces enjeux d'attractivité, de com, de business avec les grands donneurs d'ordre notamment. On évoque moins des enjeux de financement. Est-ce que vous pouvez nous en dire davantage sur ce sujet ? Les relations avec les banques.
- Grégory Gallé
Et c'est ce qui nous a frappé d'ailleurs dans les réponses de nos clients, c'est que l'accès au financement n'a pas été identifié aujourd'hui comme une nécessité. D'ailleurs, quand on interroge les partenaires financiers et les banques, ils partagent ce constat-là avec nous. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, la sensibilité des clients n'est pas encore grande sur le sujet. Donc ils vont s'employer dans les prochains mois à faire découler les obligations qui s'imposent à eux auprès de leurs clients, justement en les questionnant sur les trajectoires et les engagements que prennent les entreprises. Donc on va passer d'une démarche où les banques et les différents financeurs, par exemple les fonds d'investissement, aujourd'hui ils voient plutôt un avantage à financer des projets qui ont une responsabilité engagée. avec notamment des incitations comme les prêts à impact, à une nouvelle dimension demain qui va être plutôt le définancement, où les financiers n'iront plus sur des projets qui ne présentent pas d'intérêt en matière RSE.
- Laurent David
Clairement, ça veut dire que moi, chef d'entreprise, si je m'engage dans une démarche RSE, je trouverai plus facilement des financeurs et j'obtiendrai de meilleures conditions.
- Grégory Gallé
Exactement. Aujourd'hui, vous aurez de meilleures conditions et demain, vous aurez accès au crédit.
- Laurent David
Aurélie ?
- Aurélie Guiguen
Alors oui, d'ailleurs, les banques se sont emparées de ce sujet, puisque aujourd'hui, dans... les critères d'octroi de crédit, elles incorporent des critères ESG. Puisque simplement, dans les projets immobiliers par exemple, les critères ESG sont des facteurs de risque conséquents pour les différents acteurs et aussi pour les banques. Et notamment, les grandes banques françaises ont déjà mis en œuvre et incorporé dans leur pratique ces éléments ESG.
- Laurent David
Alice, vous vouliez ajouter quelque chose, je crois ?
- Alice Deprouw
Oui, très concrètement. Par exemple, une entreprise peut avoir besoin de structurer sa démarche pour accéder à des financements. Par exemple, dans le cas d'une levée de fonds. Nous, on a un client dans le secteur des biotech qui est venu nous chercher afin de maximiser la recherche de financement. Il voulait qu'on l'aide à structurer une démarche RSE cohérente. Donc, on a pu lui proposer un diagnostic, un accompagnement incluant des formations. C'était une mission d'une vingtaine de jours avec trois ateliers clients qui a pu être pris en charge en partie par son organisme de compétences, l'OPCO. Ce qui en faisait une mission intéressante pour lui, co-financée et ensuite qui lui permettait d'accéder à des financements. Et on voit actuellement qu'il y a beaucoup d'aides autour de la décarbonation qui sont là vraiment pour amorcer ou accélérer la stratégie RSE de l'entreprise. Ces aides sont de plus en plus soumises à des conditions et c'est celles qui s'engagent dans la RSE qui vont pouvoir y accéder à l'avenir.
- Grégory Gallé
Grégory ? Oui, d'ailleurs, on peut peut-être justement mettre l'accent là-dessus. Aujourd'hui, on est dans une politique incitative avec des aides qui sont mises en place justement pour lancer des démarches. On peut très bien supposer que quand on sera dans un rythme où ça s'imposera à tous, on bénéficiera pas d'autant d'aides. Donc je pense qu'il y a quand même un effet instantané qui doit aussi pousser à être dans les premiers à agir pour pouvoir justement avoir des financements qu'on n'aura peut-être pas demain.
- Laurent David
Malgré tout ce que nous venons d'évoquer, on observe pas mal de réticences en cœur de la part de beaucoup de dirigeants. Ils évoquent par exemple le risque de greenwashing. Est-ce que vous pouvez nous dire ce que vous entendez comme objection et comment vous y répondez Aurélie ?
- Aurélie Guiguen
Oui, il y a des réticences, il y a des objections. Le greenwashing, alors juste pour bien préciser en fait ce qu'il y a derrière, c'est simplement qu'aujourd'hui, par peur justement d'en dire trop ou de ne pas le dire bien, eh bien certaines entreprises ont peur en fait de le dire tout simplement et de dire ce qu'elles font, alors qu'elles le font concrètement. Donc c'est parfois... Dommage. C'est dommage. Donc par peur qu'on leur reproche en fait de publier certaines informations, elles préfèrent ne rien dire. Donc c'est effectivement dommage. Mais dans les autres formes de réticence ou dans les autres objections, on a des objections qui sont tout à fait aussi, bien sûr, légitimes. On va voir, bien sûr, en termes de priorisation, de priorité, de temps, le budget, bien sûr, est un frein. Et puis aussi la compétence, parce que comme je le disais tout à l'heure et comme on en a parlé, ce sont quand même des éléments qui évoluent. Donc, il y a un cadre réglementaire qui évolue. Et puis, lorsqu'on parle de réglementation, il y a aussi des audits. Donc, on doit avoir une compétence aussi dans le cadre réglementaire, moins sur la partie volontaire, mais en tout cas sur la partie réglementaire. On doit avoir une compétence que les entreprises n'ont pas forcément aujourd'hui au sein des équipes existantes.
- Laurent David
Grégory ?
- Grégory Gallé
Oui, le plus grand mal, je pense, pour les entreprises qui sont réticentes et qui ont peur de mal faire, finalement, c'est de ne pas agir. Donc, j'encourage tous ceux qui n'hésitent pas, qui n'osent pas se lancer à ne pas hésiter.
- Laurent David
On va maintenant... Passer à l'acte et évoquer l'organisation de la démarche RSE dans l'entreprise. Pour commencer, Grégory, comment on définit ces objectifs ?
- Grégory Gallé
Avant de définir ces objectifs, je pense que la première chose à faire, c'est surtout de regarder tout ce qui existe. Comme je le disais au début, les entreprises n'ont pas nécessairement attendu d'avoir des obligations ou d'être incitées à avancer sur les sujets de durabilité. Elles ont engagé des actions, elles ont engagé des démarches. Il y a déjà beaucoup de choses qui sont faites dans les entreprises. Donc la première étape, si on devait en définir une, c'est effectivement de pouvoir faire cette phase de diagnostic.
- Laurent David
Ce qui est motivant d'ailleurs, parce que c'est là où on s'aperçoit qu'on fait déjà des choses. Alice ?
- Alice Deprouw
Oui, tout à fait. C'est important de pouvoir démarrer par un état des lieux à 360 sur les différents sujets. Sur les pratiques RH, par exemple, on va analyser la politique de recrutement, où on en est sur les sujets d'égalité entre les hommes et les femmes. sur la transparence des salaires, est-ce qu'on est prêt aux futures obligations qui pourraient avoir lieu sur ce sujet ? Qu'est-ce qu'on propose comme partage de la valeur aussi au sein de l'entreprise ? Sur l'aspect gouvernance, on va regarder la gouvernance mise en place, sur les sujets d'éthique des affaires, sur les pratiques de paiement par exemple des fournisseurs. Et sur le volet environnement, ce qui est bien c'est de commencer par réaliser un bilan carbone. Ça va permettre de faire le point sur les émissions de gaz à effet de serre et d'identifier des pistes d'amélioration. Et c'est souvent demandé par les clients et les financeurs comme une première étape. Ça permet de poser des ordres de grandeur et puis de cibler les marges de progression pour l'entreprise.
- Laurent David
On évoque souvent les parties prenantes à la démarche. Alors, de quoi on parle exactement et d'une manière plus générale, comment on organise avec eux cette démarche RSE ? Alors, les parties prenantes, ce qu'on appelle parties prenantes,
- Grégory Gallé
c'est tous les acteurs qui sont soit au sein de l'entreprise ou autour de l'entreprise qui vont être directement ou indirectement impactés par les décisions que pourrait prendre l'entreprise en matière de durabilité. Donc, les parties prenantes, on va retrouver en premier lieu les salariés, les actionnaires. On va retrouver également tous les acteurs de la chaîne de valeur, donc les fournisseurs, les clients, mais aussi les tiers, comme les partenaires financiers. Et l'idée d'intégrer les parties prenantes dans la démarche, c'est tout simplement aussi de recueillir la sensibilité des uns et des autres aux différentes actions qu'on va mener, afin justement d'être très pertinent dans notre démarche et de pouvoir aussi cibler un éventuel attendu des uns et des autres. Alice ?
- Alice Deprouw
Oui, sur les étapes, c'est important de pouvoir mettre en place un plan d'action qui soit bien précis, opérationnel et qui puisse s'accompagner d'outils, qui puisse se décliner en indicateur pour pouvoir vraiment mesurer les avancées et les progrès.
- Laurent David
Véritable gestion de projet.
- Alice Deprouw
Oui, tout à fait. C'est quelque chose d'assez classique, on va dire. C'est vrai que c'est important de pouvoir en tout cas mesurer les avancées. Nous, notre raison d'être, c'est In Extenso Innovation Croissance. c'est dynamiser la transformation durable des organisations et des territoires par l'innovation. Donc ce qu'on se dit, c'est qu'on a besoin d'accompagner cette transformation. Il ne suffit pas d'avoir une bonne idée, c'est ce qu'on dit aux acteurs de l'innovation qui viennent frapper à notre porte. Aujourd'hui, il faut se démarquer, il faut démontrer l'impact bénéfique de notre projet sur les aspects environnementaux et sociaux. Ça, c'est vraiment crucial. Et pour cela, il faut avoir défini les bons indicateurs et les suivre, mettre en place tout. toute cette mécanique pour obtenir de l'information, pouvoir l'analyser et ensuite pouvoir mettre en valeur les résultats. Il y a des indicateurs qui sont quantitatifs. On peut être sur des émissions de gaz à effet de serre, par exemple, pour mesurer la décarbonation. On va regarder où on en est de l'utilisation des transports en commun, par exemple, pour les trajets domicile-travail, si on a pu électrifier la flotte automobile, etc. Et il y a aussi des indicateurs plus qualitatifs. Donc, par exemple, est-ce que j'ai pu mettre en place un recrutement sur la base de CV anonymisés ?
- Laurent David
Grégory, on entend dire que certaines entreprises se sont essoufflées, elles sont restées un peu au milieu du guet. Comment on relance un chantier de durabilité à l'arrêt ?
- Grégory Gallé
Oui, je crois qu'on nous a fourni suffisamment de matière pour trouver de bonnes excuses, pour mettre effectivement ces chantiers en pause. Il y a d'autres sujets, effectivement, qui sont venus déprioriser les sujets de durabilité. on voit bien qu'aujourd'hui les entreprises ont comme principale source d'interrogation le développement de leur modèle d'affaires, le business bien entendu, la gestion de trésorerie, l'instabilité politique et fiscale qui n'aide pas. Mais une fois qu'on a dit ça, effectivement, on a toutes les bonnes raisons de ne pas y aller. Ce qui pour moi est une erreur puisque la durabilité, comme son nom l'indique, ça ne se fait pas du jour au lendemain, ça se construit. Et donc forcément, il faut planifier, il faut rentrer dans une gestion de projet. comme le disait Alice, et planifier. Donc planifier, ça veut dire effectivement ne pas attendre d'être face à l'échéance pour agir, et donc anticiper. Et pour anticiper, le mieux, c'est de s'entourer, c'est d'aller chercher la compétence là où elle est, et de pouvoir effectivement partager la démarche pour pouvoir l'initier. Donc la première action de relance, en tout cas, c'est de se renseigner, c'est de l'évoquer, et notamment avec son expert comptable. de manière à pouvoir travailler à la fois l'adéquation des actions et de la volonté de durabilité avec les moyens et la performance de l'entreprise.
- Laurent David
Alice, on le disait, certaines entreprises s'arrêtent en chemin, d'autres vont plus loin et elles oeuvrent pour le statut d'entreprise à mission. Alors, qu'est-ce que ça signifie et dans quelle hypothèse cela a un sens ?
- Alice Deprouw
Oui, tout à fait. Un petit cadrage. La société à mission, c'est un dispositif qui a été créé par la loi Pacte en 2019, donc c'est assez récent, pour répondre à une attente forte. celles d'entreprises qui veulent aller plus loin que la seule performance économique. Donc on passe vraiment d'une logique d'engagement volontaire à quelque chose de plus structurant et engageant. Donc on a un observatoire des sociétés à mission qui publie un baromètre qui montre qu'il y a maintenant plus de 2500 entreprises qui ont passé ce cap et sont devenues sociétés à mission. Ça fait à peu près 500 par an depuis 4 ans. Et parmi ces structures, 83% sont des PME. Il y a des beaux noms comme Doctolib, La Poste, Harmonie Mutuelle. Et aussi, ça touche aussi des distributeurs tels que Back Market, BioViva, des acteurs industriels, des acteurs de la logistique, des agences de voyage, etc. Donc ça touche vraiment tous les secteurs et toutes les entreprises qui ont vraiment cette volonté d'avoir une mission et de la défendre. Par exemple, nous, on a accompagné un cabinet RH et de formation qui souhaitait révéler le potentiel et la place de chacun dans un monde qui bouge. Pour vous citer un petit bout de sa raison d'être. par exemple, et donc c'est important pour montrer quelle est sa vision. C'est un choix d'entreprise, dans quelle configuration on se positionne. C'est un choix de l'entreprise de l'inscrire dans ses statuts, d'affirmer sa mission. Ça permet de partager sa vision à long terme, pour structurer sa démarche. Ça peut être utile pour se démarquer de la concurrence. En tout cas, c'est un gage d'engagement qui est fort. Après, toutes les entreprises n'ont pas intérêt à devenir société à mission. Ça dépend aussi de leur maturité. On peut distinguer trois cas. Le cas où l'engagement est déjà réel, l'entreprise fait déjà beaucoup de choses, mais ce n'est pas formalisé. Donc là, ça peut être très utile pour structurer et puis rendre crédible. Là, la société à mission vient aligner ce qui est déjà fait avec ce qui était affiché. Le deuxième cas, c'est quand il y a un enjeu de transformation stratégique. Là, la mission, c'est vraiment de levier de transformation, pas juste de communication. Par exemple, dans l'industrie, une PME qui doit faire évoluer son modèle vers des produits plus durables ou réparables. elle va pouvoir utiliser le fait de devenir société à mission pour ancrer cette transformation. Ça lui permet de donner un cap clair, de justifier des choix qui ne sont pas toujours les plus simples à court terme à mettre en place. Et le troisième cas qu'on peut identifier, c'est quand il y a un enjeu de différenciation forte. Ça peut être pour donner un signal qui engage. Par exemple, un acteur de la logistique qui a du mal à recruter, qui souhaite attirer des talents, peut faire ce choix de devenir société à mission. Et l'avantage vraiment à chaque fois, c'est que ça devient un filtre de décision. Ça aide à arbitrer quand tout semble prioritaire. On peut se raccrocher à cette mission et ça peut aider à dire non aussi à certains choix à faire.
- Laurent David
On voit bien l'intérêt de ce statut. Pour autant, on se demande, est-ce que c'est compliqué à mettre en place ?
- Alice Deprouw
Alors, ça implique de changer les statuts, d'inscrire la raison d'être dans les statuts de l'entreprise. De fixer des objectifs, ça demande un mode de gouvernance de la mission spécifique. Là, on a ce dépôt de statut auprès du greffe du tribunal de commerce avec la mention de la qualité de société à mission qui se retrouve après sur l'extrait KBIS. Et donc, ça nécessite un certain nombre d'obligations, comme un rapport de mission à rédiger tous les ans, et la nécessité d'avoir une vérification de la démarche par un organisme tiers indépendant qui est accrédité par le COFRAC. Chez In Extenso Innovation Croissance, on dispose de cet agrément pour réaliser ces vérifications, mais on peut aussi accompagner les entreprises qui souhaitent devenir sociétés à mission dans ce changement. Ce qui est important en tout cas, c'est que des études récentes montrent qu'une société à mission est plus résiliente. Il y a eu moins de cessation d'activité parmi les entreprises à mission que celles qui ne le sont pas ces derniers temps. Donc c'est vraiment cette capacité à se projeter dans le temps, à se poser les questions de... pourquoi est-ce que mon entreprise existe ? Quelles sont les valeurs ? Qu'est-ce que je veux défendre ? Ce qui permet aussi d'aligner tous les projets, d'aligner en interne les collaborateurs, de savoir où on va, de rassurer tous nos partenaires, les clients, les fournisseurs, mais aussi les partenaires financiers de ma démarche. Et voilà, ça montre des effets intéressants en termes de résilience.
- Laurent David
Grégory, on le voit, le sujet de la durabilité est vaste, ambitieux, parfois complexe. Les TPE-PME ne disposent pas toujours de la compétence en interne. Est-ce que ça signifie qu'il faut se faire accompagner dans sa démarche de durabilité ? Oui, nécessairement.
- Grégory Gallé
Je pense qu'aucune entreprise aujourd'hui qui souhaite s'engager sur le sujet de durabilité ne dispose de toutes les compétences en interne. Donc nécessairement, ça traduit la nécessité de s'entourer pour pouvoir justement aller chercher ses compétences. Ça permet également d'avoir un regard extérieur. C'est toujours important de ne pas regarder que par le prisme de l'entreprise. Ça permet aussi d'embarquer, ce qu'on disait, toutes les parties prenantes. Ça commence par la direction. De toute façon, cette démarche, elle soit initiée sur le plus haut échelon de l'entreprise, puisque toutes les décisions qui doivent être prises derrière... doivent être prises en considération des objectifs qui sont fixés en matière de durabilité. Donc on voit bien qu'on a la nécessité d'avoir de l'huile dans les différents maillons de la chaîne et donc d'avoir un peu une sorte de chef d'orchestre qui permet d'harmoniser toutes les pratiques au sein de l'entreprise. Ça donne des bonnes raisons de se faire accompagner quand on est dans une optique volontaire, mais également je pense que c'est important de le faire quand on ne sait pas par quoi commencer. Il y a aussi cette... On l'a dit tout au long du podcast, je pense qu'il y a beaucoup de choses qui sont déjà faites. Et il y a une nécessité aussi à rassembler tout ça, à collecter et à pouvoir s'emparer des différents sujets et de les mener les uns après les autres. On a interrogé, comme je vous le disais, nos clients sur quels sont leurs freins aussi aujourd'hui sur l'action en matière d'une politique plus durable. L'écueil numéro un, c'est le manque de temps à 63%. Et le second écueil, c'est le manque de moyens. Donc moyens humains, moyens financiers, moyens de compétences, à hauteur de 55%. Donc on voit bien que dans ce type de cas de figure, quand on a moins le temps et pas les compétences, il faut aller les chercher ailleurs.
- Laurent David
Alors justement, ça m'amène à une question. On évoque les compétences. Vous, Grégory, vous êtes expert comptable, commissaire aux comptes. Est-ce que ça signifie que dans un cabinet comme In Extenso, certains experts se sont spécialisés en durabilité ?
- Grégory Gallé
Oui, c'est un engagement qu'on prend dans le groupe. C'est de pouvoir, autant aujourd'hui, on est le premier conseiller du chef d'entreprise sur les actions sur la partie financière, autant on souhaite pouvoir adresser autant la performance financière que la performance extra-financière. Pourquoi ? Parce qu'il y a finalement une porosité extrêmement forte entre les deux sujets, puisque toutes les actions qu'on va vouloir mener dans le cadre d'une politique plus durable, il faut bien pouvoir les financer. Donc forcément, on va imbriquer la partie financière dans l'extra financier. Et donc sur cette notion d'évaluation, de mesure de la performance, c'est quelque chose qu'on est en train de mettre en place et qui fasse partie finalement de la mission d'accompagnement que viennent chercher nos clients en frappant à notre porte. Et puis après, il y a d'autres sujets qui sont très spécifiques, qui nécessitent des expertises pointues. On parlait du bilan carbone, on parlait de la mise en place de reporting extra financier. Là, dans le groupe, effectivement, on va... Vraiment s'appuyer sur nos expertises, conseils en la matière.
- Laurent David
Avec des spécialistes.
- Grégory Gallé
Avec des spécialistes.
- Laurent David
On arrive au terme de cette émission. Je ne peux pas la terminer sans dire qu'on traverse une séquence très particulière depuis l'élection de Donald Trump. Droits de douane, conflit au Proche-Orient. Est-ce que son arrivée n'a pas mis un coup d'arrêt un peu terrible à la dynamique RSE, Aurélie ?
- Aurélie Guiguen
Alors, vaste question. Pour le marché national, c'est-à-dire les États-Unis,
- Laurent David
oui,
- Aurélie Guiguen
on peut dire que clairement, il y a en tout cas forcément une déstabilisation, puisque sur les éléments, que ce soit environnementaux et sociaux, les incitations étaient plutôt pour un arrêt, voire un rétropédalage, qu'une progression. Mais en dehors, en tout cas, du marché américain, en Europe, il y a eu probablement aussi une perche qui a été tendue aux détracteurs de la RSE et de toutes les contraintes que cela implique, d'un point de vue réglementaire, comme on l'a dit. Donc, je pense que l'élan qui avait été créé, qui avait été initié, l'élan a été peut-être pas rompu, mais en tout cas ralenti. C'est aussi pour ça qu'on a eu des projets type Omnibus, où on a eu bien sûr des ambitions beaucoup moins fortes au niveau européen sur un certain nombre de sujets et sur la partie réglementaire. Mais il y a aussi des vents contraires à ça, et notamment tous les conflits internationaux que l'on vit actuellement, au-delà bien sûr du conflit en tant que tel, a des répercussions sur la souveraineté énergétique des États. Et la France peut vraiment miser aussi sur les forces qu'elle a, justement d'un point de vue souveraineté énergétique. et en profiter pour électrifier davantage son énergie. Donc, quelque part, oui, dans un premier temps, on peut considérer qu'il y a eu une forte déstabilisation. Alors, c'est un peu difficile de dire que c'est directement lié à Trump, mais on peut imaginer qu'en tout cas, ça puisse être le cas. Mais dans un second temps, le relais que l'on constate aujourd'hui sur les conflits internationaux va permettre quand même d'intensifier, d'accélérer aussi une transition écologique par le biais de l'énergie.
- Laurent David
Alice ?
- Alice Deprouw
Oui, on voit qu'il y a ce sujet de ne pas rajouter des contraintes réglementaires aux entreprises, mais ça n'est pas forcément dans l'intérêt de l'entreprise. C'est ça qui est un petit peu difficile à appréhender. Actuellement, il y a des situations concrètes, comme les inondations, qui restent des réalités à gérer dès à présent. Donc là, toutes ces crises, ce contexte actuel, c'est vraiment de bonnes occasions aussi de modifier sa stratégie. Se poser les questions de comment est-ce que je peux faire évoluer mon modèle, mon fonctionnement. vers plus de souveraineté, de maîtrise des chaînes d'approvisionnement pour augmenter ma résilience.
- Laurent David
Je disais qu'on arrivait au terme de cette émission. Là, on attaque la dernière ligne droite. On entrevoit la ligne d'arrivée. Et pour finir, je voulais vous poser une question toute bête. Si vous n'aviez qu'un conseil à donner en matière de durabilité, quel serait ce conseil ? Peut-être Aurélie, si vous voulez commencer.
- Aurélie Guiguen
Alors, mon conseil serait d'oublier, et ça va être en rupture avec ce que je vous ai dit probablement avant, mais c'est vraiment d'oublier tous les aspects extérieurs et réglementaires, mais vraiment de réfléchir lorsqu'on n'a pas engagé de démarche, vraiment de se poser la question honnêtement sur la raison pour laquelle on aimerait s'engager dans une démarche RSE. Qu'est-ce que ça va apporter comme élément positif, mais aussi négatif ? Qu'on soit très honnête sur la démarche en se disant, en dehors de toute contrainte, est-ce que je veux y aller ? Est-ce que j'ai envie d'y aller ? Et je pense que c'est par ce biais-là qu'on pourra imaginer des actions cohérentes.
- Laurent David
Alice, un conseil ?
- Alice Deprouw
Je vais faire court. Je pense que le plus dur, vraiment, c'est de démarrer. Donc moi, je vous encourage vraiment à vous emparer de ce sujet qui est stratégique et à y aller.
- Grégory Gallé
Grégory ? Oui, je vais reprendre une citation que j'aime bien d'Hubert Reeves qui dit « Regarder loin, c'est regarder tôt » . Donc effectivement, je rejoins Alice sur la nécessité de s'emparer du sujet rapidement.
- Laurent David
Belle conclusion. Merci à tous les trois pour vos éclairages et vos conseils. Merci à toutes et tous d'être restés avec nous. Et si vous avez apprécié ce podcast d'In Extenso, n'hésitez pas à le partager et à vous y abonner. Et à très vite pour une prochaine émission.