- Speaker #0
Regardez-la bien, elle ne tourne pas toute seule, c'est le hamster qui tourne !
- Speaker #1
C'est comme demander à un fumeur d'arrêter la clope, comme demander à un alcoolique de lâcher sa bouteille et demander à Shipper d'arrêter de shipper.
- Speaker #2
Vous savez, moi, je ne bois jamais d'eau. L'eau, c'est pas fait pour boire d'ailleurs. Ça ne sert qu'à deux choses, à arroser les plantes et à diluer le Ricard.
- Speaker #3
Apparaissent alors les créatures de la nuit, aux lèvres maquillées par le feu du péché, emperlousées de haut en bas, emplumées d'éventail et de boa.
- Speaker #4
Ils s'appellent Hugo, Alexis, Lucille, Lilia, Ulysse, Salomé. Ils sont candidats au concours international d'éloquence de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Ils sont 200 sur la ligne de départ, mais nous serons plus que 8 en finale. Mais au fond, qu'est-ce qui pousse ces étudiants à prendre la parole, à se confronter aux autres ? Qu'est-ce qu'on vient chercher dans un concours d'éloquence ? Ce concours est une compétition, oui, mais pas seulement. Il est question de la puissance des mots et de la richesse de la langue française. Il est question d'une discipline très ancienne et pourtant plus vivante que jamais. Alors, comment devient-on orateur ? Est-ce que l'éloquence s'apprend ou est-ce qu'elle se révèle ? Et pourquoi, aujourd'hui encore, a-t-elle toute sa place au cœur de l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne ? C'est ce que nous allons découvrir ensemble. Pendant quatre épisodes, nous allons suivre les candidats, étape après étape, jusqu'à la finale, sous la coupole du Panthéon. Nous irons aussi à la rencontre de celles et ceux qui font vivre ce concours, mais aussi l'éloquence au quotidien, pour mieux comprendre ce qu'est l'art oratoire et comment il s'inscrit dans une tradition humaniste de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Bienvenue dans la saison 2 de Convaincre et émouvoir, le podcast de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Premier épisode, un concours pas comme les autres.
- Speaker #5
Le langage, c'est notre interface principale avec le monde, en dehors des sens. Donc forcément, la capacité à bien parler, à entraîner par la parole, à persuader, à convaincre, à être capable de représenter précisément et clairement ce qu'on ressent, ce qu'on vit, c'est vraiment essentiel. C'est cette capacité à trouver un terrain commun finalement avec les autres humains. C'est ça qui se joue.
- Speaker #4
Pour démarrer cette exploration de l'éloquence, nous sommes allés à la rencontre de Guillaume Simien. Il est professeur agrégé à l'école de droit de la Sorbonne. C'est aussi un fin connaisseur de l'art oratoire. Comme il le rappelle, la parole est fondamentale dans la relation aux autres. Et l'éloquence est une discipline millénaire. Cicéron, au premier siècle avant notre ère, l'a défini ainsi. C'est l'art de plaire, émouvoir et convaincre. Etos, patos, logos. Si l'art oratoire a paru un temps quelque peu désuet, il retrouve ces dernières années ses lettres de noblesse. Il n'y a qu'à voir le nombre de concours d'éloquence, de pitchs de projets business ou la multiplication des keynotes des patrons de la tech et des conférences TED. Les sorties ciné de ces dernières années, avec le brio, le discours d'un roi ou un voix haute, témoignent aussi de cette appétence pour la discipline. En 2010, Guillaume Simian, avec le soutien du président de l'université de l'époque, décide de relancer l'enseignement de l'éloquence qui préfigure le concours. Il nous raconte cette genèse.
- Speaker #5
On avait lancé en 2010 ces cours d'éloquence et plaidoirie à destination des étudiants juristes. Ça marchait très bien, les étudiants adhéraient beaucoup. Il y avait des associations étudiantes aussi qui travaillaient ce domaine-là. Vraiment, il y avait quelque chose qui montait et on a eu une opportunité. C'était à l'occasion d'un festival qui est organisé ici dans le 5e arrondissement qui s'appelle Quartier du Livre. qui met un peu en valeur l'héritage littéraire du quartier. On cherchait avec le président de l'université de l'époque à participer à ce projet-là, et on s'est dit, on va faire un concours d'éloquence pour montrer un peu tout ce qu'on a fait en interne, qui était encore très nouveau à l'époque, il n'y avait pas des concours d'éloquence comme on en trouve un peu partout, et montrer qu'on avait remis un peu à jour cette compétence à la fois essentielle, et en un sens presque oubliée du point de vue de son enseignement en tout cas. On avait lancé ça vraiment très très près de la date et c'était dans des conditions vraiment un peu extrêmes. Littéralement, c'était sur une caisse retournée dans la cour d'honneur du centre Panthéon. Et voilà, on avait les étudiants, on n'avait pas eu le temps de faire une grande sélection. On avait une poignée d'étudiants qui se succédaient et on s'est lancé comme ça dans des conditions qui étaient vraiment artisanales.
- Speaker #4
L'ampleur du concours est tout autre aujourd'hui. Chaque édition demande une importante organisation, orchestrée par l'université. et ses cinq associations d'éloquence. L'ISIAS Paris 1, Sorbonne-ONU, Révolte-toi Sorbonne, Sorbero et le Parlement des étudiants. En chiffres, ça donne pour cette édition 2026, 200 candidats au départ, trois tours de qualification, un de plus par rapport à l'année précédente, une demi-finale, une finale et plus de 200 duels. Les 150 candidats de ce deuxième tour vont s'affronter deux par deux. En attendant leur passage, certains patients casquent sur les oreilles pour mieux se concentrer. D'autres font les 100 pas en répétant leur texte. Préparer un tel concours suppose beaucoup de travail, quelques insomnies et bien sûr du stress. Alors, qu'est-ce qui motive ces étudiants à épargner ? participer.
- Speaker #6
C'est la première fois que tu participes à un concours d'éloquence ? Oui, j'avais déjà fait un peu des prises de parole au lycée, mais pas un concours formel comme ça. Je me suis vraiment inscrite sur un coup de tête, c'est-à-dire que je ne connaissais pas le concours, j'ai reçu les mails deux jours avant l'inscription, je me suis dit, pourquoi pas. Qu'est-ce qui te plaît dans l'éloquence ? Je trouve que c'est assez valorisant d'être écoutée, de pouvoir parler devant un public, d'avoir la place de s'exprimer, etc.
- Speaker #1
j'avais déjà participé C'était un concours d'éloquence, donc je me suis dit pourquoi pas. Et quand j'ai vu que la finale se faisait dans le Panthéon, j'ai fait ouah ! Dans le Panthéon ! Plaider dans un si bel endroit, ça me fait vraiment rêver. Donc je me suis dit allez, ça vaut le coup, même si je suis dépassé par les cours et toutes mes autres activités. C'est pas grave, il faut que je tente le coup parce que c'est un souvenir unique si j'y arrive.
- Speaker #7
Alors c'est mon tout premier concours d'éloquence de ma vie. La chose qui m'a poussé à m'inscrire à ce concours d'éloquence, c'est peut-être... l'envie d'avoir un rôle qui soit actif. Dans le sens où je suis étudiante en droit, toute la journée, j'écoute des personnes parler, j'écoute des personnes qui ont des choses à m'apprendre. En fait, le concours d'éloquence, c'est quatre minutes où ce sont des personnes qui sont plus qualifiées que nous, donc des jurys d'éloquence, qui, eux, vont nous écouter. En fait, c'est un petit peu... Pour moi, ça représente une opportunité, mais dans le sens de... On est tous égaux à un concours d'éloquence, peu importe les études qu'on fait. peu importe notre âge, peu importe notre sexe, on se retrouve tous à un moment donné devant une feuille blanche, avec seulement un stylo ou un ordinateur, on part de zéro. Et c'est ça que je trouve magnifique aussi dans le concours d'éloquence.
- Speaker #4
Une semaine avant leur passage, tous les candidats ont reçu une liste de sujets parmi lesquels ils devaient en choisir un. Il y avait par exemple « doit-on s'excuser pour hier soir ? » Leur position, affirmative ou négative, elle, leur est imposée. Oui, on doit s'excuser pour hier soir. Non, on ne doit pas s'excuser pour hier soir. C'est ce qu'on appelle la controverse. C'est un des formats de l'éloquence parmi le débat, le discours, l'éloge ou la plaidoirie. Guillaume Simian nous explique que cet exercice est très ancien et qu'il est à l'origine d'une formulation qui va certainement vous rappeler des souvenirs de lycée.
- Speaker #5
En fait, cet exercice de la controverse, il s'ancre dans les traditions de la Sorbonne médiévale. C'est une reprise, en tout cas, d'un mode pédagogique qui était le mode dominant pour les étudiants avancés, ce qui pouvait être l'équivalent du master aujourd'hui, à l'époque, il y a 7 siècles. à peu près, tout le monde a déjà entendu l'expression thèse-antithèse-synthèse. Il y a des gens qui pensent que c'est un plan, par exemple. Ce n'est pas un plan. En fait, ce qui pouvait se passer au Moyen-Âge à la Sorbonne, c'est qu'un étudiant avancé sur un sujet, le sujet de la semaine, eh bien, on allait lui confier le fait de soutenir la thèse. On allait confier à un autre étudiant, que des étudiants à l'époque, le soin de soutenir l'antithèse, le point de vue inverse. Et puis à la fin, une fois que pendant la séance on avait entendu les deux thèses explicitées, l'enseignant allait proposer une synthèse, c'est-à-dire un dépassement de la contradiction apparente de la question. Donc à cette époque, là aussi, les étudiants ne choisissaient pas le point de vue qui leur tient très à cœur. Il y a un autre aspect, c'est que l'autre tradition de laquelle vient cet exercice, c'est l'exercice de la plaidoirie. Et là aussi, quand vous êtes un avocat, vous ne choisissez pas forcément les causes que vous avez à défendre, vous défendez parce que la défense est un principe, un principe de droit, un principe de liberté, si vous voulez. Et donc du coup, dans le fait même de ne pas choisir ce qu'on défend, il y a un apprentissage profond. C'est le fait qu'on va se mettre à la place de l'autre. Ça veut dire qu'il n'y a pas de point de vue qui est absolument illégitime ou qui est inaudible. Simplement, il faut être capable de comprendre pourquoi quelqu'un peut être amené à formuler ce point de vue. ça c'est C'est un exercice d'humanité qu'on n'a plus l'habitude de faire.
- Speaker #0
Au niveau des règles, vous passerez donc l'un après l'autre. La politique commence, la négative ensuite. Quand au premier tour vous avez 4 minutes de plaidoirie en théorie, à 3 minutes 30 on tapera sur la table pour vous indiquer qu'il vous reste 30 secondes.
- Speaker #8
Mesdames, messieurs, si la vie est une cordée, l'ennui en est le nœud mal fait. Il glisse, il serre, et soudain, vous voilà suspendus.
- Speaker #5
Les gens gardaient en tête que l'éloquence, c'est une qualité, la qualité de celui qui est éloquent. Et en fait, ils avaient un peu oublié que c'était une compétence. C'était très intéressant et c'est très intéressant. intéressant de voir qu'aujourd'hui ce sens-là, il a refait surface si l'on peut dire. Mais l'idée c'est qu'effectivement c'est quelque chose qui peut s'apprendre et s'enseigner. Les grecs avaient un modèle de l'apprentissage à la dure de l'éloquence et c'était le plus grand orateur grec d'Hémocène qui avait aucune capacité naturelle pour ça au départ. Et je crois que si leur plus grand orateur c'est aussi celui qui partait peut-être du plus loin, il y a une leçon là-dedans qui est très importante. Mais ce que j'ai observé en enseignant l'éloquence à des public très divers. c'est qu'il y a l'idée que tout le monde est propriétaire du langage oral. Un langage écrit, il y a des étudiants qui s'en sentent parfois très loin, ceux qui sont le plus loin de la culture académique, du capital culturel, appelons ça comme on veut, mais que tous, ils ont le sentiment que l'oral leur appartient un petit peu. Et ça, c'est un levier très puissant, parce que persuader, convaincre, c'est littéralement un acte quotidien pour nous, et là, je crois qu'il y a une voie possible à explorer.
- Speaker #6
Je pense qu'on part avec plus ou moins de facilité selon qu'on a été habitué à parler correctement, à lire, mais mis ça de côté, je pense qu'on peut apprendre pas mal au lycée ou au collège justement, à se familiariser avec d'autres modes d'expression, et surtout je pense que ça peut vraiment être très valorisant pour des personnes qui n'ont pas l'habitude de prendre la parole, de faire ça.
- Speaker #1
Avec tous les retours des jurys, on essaye d'affiner un peu notre méthode, et c'est assez plaisant parce qu'on a aussi cette impression de progresser. A travers les épreuves, non, je pense que c'est pas du tout inné et que c'est un exercice qui se travaille avec des gens passionnés et constructifs.
- Speaker #0
C'est très bien de mettre beaucoup d'images parce que ça nous sert et effectivement c'est des phrases chocs et à chaque image que tu dis on fait « waouh le mec est trop intelligent, il écrit super bien » . Mais là, c'est-à-dire que j'ai moins eu ce côté argumentaire, donc j'ai moins bien compris ta thèse. Accompagne. Ton fond du ton qui va avec, c'est à dire que tu nous dis au tout début je vais vous le clamer, ton ton il ne suit pas du tout.
- Speaker #3
Le point un petit peu négatif de votre discours, c'est que vous êtes tout le temps énervé. Et comme vous êtes tout le temps énervé, et bien ça ne fait pas forcément très naturel.
- Speaker #0
En fait tu as fait un vrai effort de dé... définition sur ce que c'est s'excuser et c'est super. Donc, bravo pour ça. T'as une super voix. Tu parles très bien.
- Speaker #5
Ce concours me semble très important et pour moi, il y a quelque chose qui le met nettement à part. C'est le poids. et la force des étudiants. L'université fait un travail formidable d'organisation, mais la force vitale, j'allais dire, sans laquelle tout ça ne pourrait pas exister, c'est les nombreuses associations étudiantes à Paris 1 qui font de l'éloquence. Que ce soit par le débat, que ce soit par le discours, la plaidoirie, il y a plein de formes. À mon dernier décompte, il y a six ou sept associations étudiantes différentes qui, spontanément, se sont mis à faire de l'éloquence. En tant que prof, c'est extraordinaire. On se dit, voilà, on essaye de leur enseigner ça, et eux prennent le ballon, si je puis dire, et partent loin devant nous. Ça, cette force et ce besoin, en fait, que ça trahit, me semble vraiment quelque chose d'unique, quelque chose dont on a fait la preuve ici à Paris 1, mais qui n'a pas fini d'infuser, à mon avis, dans l'enseignement à la fois secondaire et universitaire en France.
- Speaker #4
Comme vient de le dire Guillaume Simian, le concours de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne se caractérise par la vitalité des étudiants. Il se distingue aussi à d'autres égards. D'abord, par la liberté donnée aux candidats qui ont toute l'attitude pour explorer les sujets comme ils le souhaitent. Ensuite, le concours est ouvert aux étudiants francophones de toutes les universités, qu'elles soient françaises ou étrangères. Et cet aspect international du concours est fondamental.
- Speaker #5
C'était une dimension à laquelle le président de l'université de l'époque était très attaché. On s'est dit que ça pourrait être vraiment intéressant d'avoir cette ouverture, à la fois à notre université qui est très parisienne, très centrale dans Paris, et puis cette idée que finalement... on pouvait s'ouvrir sur le monde. Et ça aussi, ça retrouve des vieilles idées de la Sorbonne universelle, en quelque sorte, et ça nous semblait intéressant de promouvoir tout ça. Quand des étudiants d'un peu partout, on a eu des étudiants qui sont passionnants, qui sont d'excellents francophones, qui amènent toute la richesse en plus de leur culture locale, de Haïti, de partout, eh bien, ils participent un peu de cette tradition, de cette grande tradition oratoire, qui représente aussi, qui est une petite partie de l'identité de la France.
- Speaker #4
Dans le prochain épisode, nous suivrons les candidats qualifiés au troisième tour. Nous aborderons aussi un autre aspect de l'éloquence. Et ce qu'on peut vous dire, c'est qu'il va y avoir du sport !