- Speaker #0
Quand on entre dans l'arène, c'est toujours un peu impressionnant. Moi, je me rappelle de la demi-finale, surtout, où on arrive, les lumières sont braquées sur nous. Il y a l'amphithéâtre Richelieu qui fait 500 places, qui est quasiment rempli. Tout le monde nous regarde et en même temps, nous, on ne peut pas trop voir le public. Donc, on a ce moment un peu de solitude et en même temps d'apaisement. On est maître du silence, c'est-à-dire qu'on arrive sur scène et tout le monde est un peu pendu à nos lèvres.
- Speaker #1
Nous voilà en demi-finale au sein du majestueux amphithéâtre Richelieu de l'Université Paris-Importéon-Sorbonne. Ce moment de l'épreuve est un peu particulier. Pour la première fois du concours, les candidats plaideront devant un public et en direct sur YouTube. Ça fait quoi de se présenter ainsi devant toutes ces personnes et de prendre la parole ? Marie Charlieu, finaliste de l'édition 2024 de ce concours, se souvient parfaitement de ce moment. où elle est entrée en scène.
- Speaker #0
Et donc, il y a cette adrénaline. Et puis, en même temps, on arrive au dernier tour, on a vraiment un texte qui est préparé et on a répété, Donc, on a envie de le dire et de voir la réaction du public. Et une fois que c'est passé, il y a un sentiment un peu de vie de « Ok, je viens de le dire et tout le monde vient de m'écouter. »
- Speaker #1
Vous écoutez convaincre et émouvoir le podcast de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Épisode 3, entrée dans l'arène.
- Speaker #2
Chers publics, mesdames et messieurs, la présidente du jury, madame Sophie Pratt.
- Speaker #3
Je voudrais m'adresser aux 16 demi-finalistes du concours. C'est pas parce qu'on est en demi-finale qu'on va faire les choses à moitié. Il ne s'agit pas pour cette demi-finale d'être à demi-concentré, à demi-convaincant, à demi-incisif, à demi-éloquent. Pour être dans les 50% présents à la grande finale, il faudra être à 100% présents aujourd'hui. Bonne chance à toutes et à tous.
- Speaker #1
Aujourd'hui, ce sont les 16 demi-finalistes de cette 8e édition qui vont entrer dans l'arène et s'affronter en duel. À ce stade du concours, les candidats maîtrisent les codes de l'éloquence. Ils savent construire une thèse, poser leur voix, utiliser les silences, varier le ton et le flux de leurs paroles. Désormais, il est attendu d'eux d'embarquer le public et de dire leur vision du monde, quand bien même le sujet et leur position, affirmatives ou négatives, leur sont imposées. Alors peut-on prendre la parole si on n'a rien à défendre ? Nous avons posé la question à Erin Martin, finaliste en 2025.
- Speaker #2
Je pense que c'est compliqué de participer à ce concours, y compris la demi-finale et la finale, sans avoir rien à défendre, dans le sens où c'est des sujets qui sont assez philosophiques, et quand on démêle les sujets, on se rend compte que c'est lié à beaucoup de sujets de société. Pour incarner son discours, pour le porter jusqu'au bout, il faut défendre quelque chose obligatoirement. Enfin, ça peut être tout et n'importe quoi, mais si on n'a rien à défendre, selon moi, Dans ce cas-là, la prise de parole, elle devient un peu vaine parce qu'elle n'est pas motivée par un besoin ardent. On tomberait dans le travers de « je prends la parole juste pour satisfaire mon égo et me dire « j'ai parlé, les gens m'ont écouté » . Alors que quand on a quelque chose à défendre, on se dit « j'ai parlé, les gens m'ont écouté et j'espère que ça les a fait réfléchir, que je les ai touchés et que peut-être ils repartiront en se disant « ok, ce soir j'ai appris quelque chose ou ce soir je me suis rendu compte de quelque chose que je ne savais pas avant » .
- Speaker #1
Browns et Mongo est demi-finaliste de cette édition. Pour cet étudiant de l'université de Kinshasa en République démocratique du Congo, ce concours est plus qu'une compétition. C'est une véritable tribune pour porter la voix de ses compatriotes congolais.
- Speaker #2
Et pour lui répondre à la négative sur cet écran, veuillez applaudir Browns et Mongo.
- Speaker #4
Je ne prépare pas un concours pour remporter les grands prix. Non, ma seule ambition est de porter la voix de mes frères et sœurs. Voilà, c'est très important pour moi de faire entendre ma voix dans les différents sujets de ce concours, parce qu'en étant éloquent en participant à cette compétition, je me dis que nous sommes aussi ambassadeurs. En fait, je me suis lancé dans cette compétition cette année, c'est pour une mission diplomatique de l'âme. Faire entendre la voix de mes frères et sœurs qui ne cessent de mourir à l'est de la République démocratique du Congo et de tous ceux qui vivent dans les régions ravagées par les conflits armés, que ce soit en Ukraine, que ce soit à Gaza, que ce soit en Iran.
- Speaker #5
Vivez pleinement, que ceux qui vous manqueront puissent dire un jour, elle, au moins, elle a vécu, et à tous ceux comme moi, qui ont voulu déclarer forfait avant ce soir. Dédicace à Browns, et moi ne me tuez pas trop tôt, car je vous dédie ceci, réussir sa vie, c'est peut-être simplement rester humain jusqu'à la fin.
- Speaker #1
Pour Amélie Hénard, une autre demi-finaliste de cette année, La nécessité de défendre un point de vue est telle qu'elle pourrait tout abandonner si elle ne trouvait pas les mots justes pour exprimer ses idées.
- Speaker #5
Là pour la demi-finale, j'ai pensé à déclarer forfait parce que je n'arrivais pas à trouver les mots et juste parler pour ne rien dire ou pour divertir, je ne vois pas trop l'intérêt. Donc oui, il faut toujours avoir quelque chose à raconter et qu'on soit dans une salle de bain ou au Panthéon. C'est le contenu de la discussion qui nous marque. Donc si je n'ai rien à raconter au Panthéon, je ne dirai rien. Et mieux vaut se taire que de raconter des bêtises.
- Speaker #1
Prendre la parole, ce n'est pas seulement dire sa vision du monde. C'est aussi donner un peu de soi. Sans quoi, le discours sonne creux. Se dévoiler, c'est difficile. Mais c'est souvent ce qui touche le plus. Marie Charlieu le rappelle. Il faut être soi-même.
- Speaker #0
Faut pas hésiter à prendre la parole sur un sujet qui me tient à cœur. Moi j'avais rien à dire, aucun sujet politique, mais par exemple j'ai fait une plaide sur ma maman, qui était très importante pour moi, des choses que je n'aurais jamais dites sans le concours international. Et donc même si on ne se sent pas légitime, parce qu'on n'a pas de message fort à faire passer, parce qu'on est des personnes privilégiées, on a toujours quelque chose qu'on veut dire, pour quelqu'un, pour nous. Je pense à Alice qui avait fait l'éloge du corps, il y a deux ou trois ans, où c'était une plaidoirie très personnelle. à tous les candidats qui le feraient. C'est vraiment un temps à prendre pour parler de soi, mais parler de quelque chose qui nous tient à cœur, surtout, et en étant vraie.
- Speaker #1
Lors de la finale au Panthéon en 2025, c'est typiquement ce qu'a expérimenté Erin Martin. Elle a choisi de quitter son registre habituel pour un hommage profondément personnel.
- Speaker #2
Je pense que l'éloquence, c'est... C'est clairement une façon de se livrer aux autres, parce que notre discours, c'est un petit peu un bout de nous, et c'est quelque chose qui est particulièrement effrayant, parce qu'on peut arriver sur scène, prendre la parole, on ne connaît pas ceux qui vont nous écouter, et on se dit, là je vais parler de moi à des personnes qui ne m'ont jamais vu avant, et je pense que c'est quelque chose qui m'impressionne beaucoup, et ça me fait toujours penser à la finale l'an dernier, ce soir. Je range un peu mon sarcasme, je laisse tomber le masque pour laisser paraître quelques miettes. Parce que ce soir, sous la coupole, devant ceux qui comptent, c'est à toi que je pense, maman. J'ai parlé de ma mère dans ma plaidoirie. C'est un sujet que quand je l'aborde au quotidien, même pas dans l'éloquence, juste avec mes amis, c'est un sujet avec lequel j'ai beaucoup de difficultés à en parler sans sarcasme. Je fais toujours des blagues tout le temps. Et donc j'ai essayé pour cette finale-là de me livrer vraiment aux autres. Et en fait, je crois que ça m'a fait du bien. C'est pour ça que je dis que j'aimerais poursuivre et continuer de cette façon-là. Parce que l'éloquence, il ne faut pas juste l'utiliser comme un prétexte. C'est aussi une manière de se connaître soi-même. Et en écrivant cette plaidoirie et en parlant vraiment pour une fois de mes expériences et en me livrant vraiment au public, j'ai appris à me connaître également et je me suis dit, ok, je suis capable de traiter avec sérieux un sujet de A à Z sans me dissimuler par du sarcasme.
- Speaker #3
Le peuple, un certain divisé, un certain divisé qui se laisse aveugler par le discours simplet d'un homme aux cravates beaucoup trop longues et aux cheveux péroxydés. Mais la bêtise séduit plus que la loi, et l'éclat du tumulte a des charmes de roi.
- Speaker #6
Tout seul, dans la maison du succès, le menteur aura le cœur qui bat, les oreilles qui sifflent et le mental perturbé par une pensée agonisante. Car réussir par le mensonge, c'est se mentir à soi-même.
- Speaker #7
La réussite suppose donc trois éléments, un individu, une action et une abdication totale de notre autosuffisance pour convaincre autrui.
- Speaker #1
Donner son avis, défendre ses opinions devant une audience, d'accord, mais au nom de quoi ? Qui plus est, dans ces lieux chargés d'histoire, comme l'amphithéâtre Richelieu ou le Panthéon, sur le fronton duquel on peut lire, aux grands hommes, la patrie reconnaissante. Comment acquiert-on la légitimité pour le faire ? Marie Charlieu nous livre sa propre expérience.
- Speaker #0
Moi j'étais un tout bébé, je suis arrivée à la fac, j'avais 16 ans, et donc du coup, se sentir légitime c'était très compliqué, parce que... Ça vient aussi d'un manque de confiance en moi, mais je trouvais que j'avais un manque de culture, un manque de vocabulaire. Et donc c'est difficile de se sentir légitime. C'est pas tant moi qui me suis donné cette légitimité, c'est plus les autres qui me l'ont donnée. Parce que ne serait-ce qu'arrivant en finale du concours international de Paris 1, personnellement je n'ai pas compris pourquoi, mais en fait c'est un fait, je suis arrivée en finale, ça veut dire que mes plaidoiries ont aussi plu aux gens. Et donc c'est voir aussi ce retour du public ou des jurés au premier tour. qui fait qu'on se sent de plus en plus légitime. En fait, mon texte, il peut être compris par certains. En fait, je ne dis pas n'importe quoi. J'arrive à faire passer mes idées, j'arrive à faire rire, j'arrive à émouvoir aussi.
- Speaker #1
Axelle Doursa, déjà finaliste en 2025 et de nouveau dans la course cette année, pointe le rôle important des associations d'éloquence qui peuvent permettre à tout un chacun d'oser se lancer.
- Speaker #7
Le concours d'éloquence est précisément le lieu où on vous dit « vas-y plaide, de toute façon t'es là pour ça » . et en ajoutant à la fois tout le dispositif pour vous entendre. Donc quelque part, c'est un peu le lieu naturel pour être légitime, surtout qu'en plus, je pense qu'assez clairement, l'éloquence, en tout cas jusqu'à il y a quelque temps, ça s'adressait de toute façon, et c'est assez terrible de le dire, à des gens qui n'avaient pas besoin de cette recherche de l'intimité, parce que petits bourgeois, parce que capital culturel énorme, et des gens qui de toute façon adoraient parler. Et c'est là-dessus qu'en fait les dispositifs d'associations oratoires, de concours organisés par les facs, etc. C'est absolument essentiel, puisque ça vous permet d'amener à la parole des gens qui ne s'en sentaient pas forcément le besoin, et en permettant ça, quelque part, dans le futur, vous aider des paroles qui, pour le coup, portent vraiment des enjeux, type les dorées d'avocat, type ce genre de choses.
- Speaker #1
Quand on parle de légitimité dans la prise de parole, en particulier dans l'espace public, se pose celle des femmes. Pour Marie Charlieu. Il y a encore des progrès à faire sur le sujet.
- Speaker #0
Plus j'avance dans l'éloquence, plus effectivement je me rends compte que c'est un milieu qui est beaucoup dominé par les hommes. En tant que femme, on doit se faire une place. Plus aussi je m'interroge sur ces questions-là et je me rends compte que les hommes, même quand nous on parle, on n'a pas forcément notre place, on nous reprend derrière, on n'est pas jugé au même titre qu'eux. Il y a aussi un style masculin des hommes qui prennent beaucoup de place sur scène, qui hurlent, qui ont la voix, qui portent, qui aussi n'hésitent pas à faire des blagues. Il y a des types de blagues que les hommes se permettent, que les femmes ne se permettent pas. Aussi parce qu'on est exposé à des critiques derrière, je pense notamment aux blagues graveleuses, aux blagues en référence sexuelle, etc. Donc pour moi c'est important aussi de pouvoir donner la parole aux femmes pour entendre nos idées, nos points de vue, et pas avoir seulement celui des hommes.
- Speaker #2
Mesdames et messieurs ! L'heure est venue d'annoncer les 8 finalistes de cette 8ème édition du concours international d'éloquence. Et pour découvrir qui des 16 candidats pourront prétendre à ces titres, nous laissons la parole à la présidente du jury, Madame Sophie Kras, et nous invitons également tout le jury à nous rejoindre sur la scène.
- Speaker #3
Par ordre alphabétique. Tom, Bill, Arthur, Châtelard, Axel, Dursa, Amélie, Énard, Marion, Hilaire, Noé, Lopier, Théo, Migo, Katané, et enfin Anna, Petit.
- Speaker #8
J'étais là pour me faire plaisir, je me suis fait plaisir, et ça a plu, donc je suis très content. Et une pensée, bien sûr, et un mot pour tous ceux qui n'ont pas été sélectionnés en finale, parce qu'ils le méritaient tout autant que les finalistes, et je suis absolument ravi d'avoir fait cette finale avec tout le monde. J'ai trouvé tout le monde impressionnant, et je n'aimerais pas être à la place du jury parce que c'était hyper dur.
- Speaker #7
DUDE Je ne sais même pas quoi dire. Pour être full honnête, je ne m'y attendais absolument pas. Mais franchement, je suis hyper content. Très très heureux. Très très heureux. Très fier d'être arrivé jusque-là et de continuer. Le niveau était ouf. Après, c'est juste extraordinaire comme expérience.
- Speaker #1
À cette étape, ils étaient 16 demi-finalistes. Huit d'entre eux monteront sur la scène du Panthéon. Dans le prochain épisode, il sera question de cette finale, bien sûr, mais aussi de victoires, d'échecs, de dîners de famille, de poulpes. Oui, oui, vous avez bien entendu, d'anniversaires ou encore d'adoptions.