- Speaker #0
Aujourd'hui, nous allons parler de la force des mots et de la résilience. Vous savez ce moment où la vie vous impose des épreuves que l'on croit insurmontables, surtout quand on est enfant ? Mon invité du jour a fait de ces cicatrices une encre indélébile. Je reçois Mathilde Cornai, écrivaine de Lame. Mathilde a connu très tôt la maladie et l'enfer du harcèlement scolaire, mais au lieu de se laisser enfermer dans le silence, elle a choisi de prendre la parole et la plume. Dans cet épisode, nous allons voyager de son enfance aux salles de classe où elle a donné des conférences pour sensibiliser les jeunes. Nous partirons aussi en Corse, sa terre de cœur qui a inspiré son roman L'Ancre de l'Oubli. Avant d'aborder avec pudeur et courage son dernier ouvrage, Le Soleil ne meurt jamais, qui traite de la maladie de Charcot. C'est une discussion sur l'amour des livres, le plaisir des salons littéraires, mais surtout sur la capacité que nous avons tous de nous reconstruire.
- Speaker #1
Installez-vous confortablement, on est ensemble avec Mathilde Cornaille.
- Speaker #0
Mathilde, tu as été découverte dans le monde de l'écriture. très jeune, sur les conseils d'une psychologue que j'ai lue. Tu as déposé tes pensées par écrit, puisque tu as vécu quand même, en tant qu'enfant, une jeunesse un petit peu atypique et pas très facile non plus, je vais dire. De cette nécessité est née une vocation qui t'a amenée à l'écriture d'un roman assez captivant, d'après les critiques. C'est un roman autobiographique. Ça s'appelle La vie continue. C'est un véritable message d'espoir, puisque tu y retraces justement ta jeunesse et ton vécu. Ensuite, tu enchaînes avec des romans un peu plus sombres comme L'encre de l'oubli et Le soleil ne meurt jamais. À seulement 30 ans, je pense, Mathilde Cornel, tu es l'incarnation un petit peu de la résilience et aussi du pouvoir de la transformation. On peut dire que tu te renais. J'essaie ? Oui, tu essaies. mais quand même, c'est chapeau vu le profil. Nous, aujourd'hui, on va un peu parler justement de ton cheminement, de ta reconstruction de toi et comment tu as réussi justement à trouver un peu ta lumière grâce à l'écriture et à ton propre chemin. Voilà. Bonjour et bienvenue sur Côté Canap'.
- Speaker #1
Bonjour et merci.
- Speaker #0
Oui, on est un peu comme à la maison, on est sur le canapé aujourd'hui donc ça ne nous change pas. Et justement, puisque tu en parles, j'avais envie de commencer avec une question. un peu plus légère, une petite confidence légère. Voilà, toi tu es écrivaine. Je voulais savoir aussi tes moments off ou tes moments d'écriture. Quels étaient un peu tes rituels canapés à toi ?
- Speaker #1
Alors moi mes rituels canapés j'en ai pas. Les seuls moments où je suis dans mon canapé c'est quand je lis. Ah oui ! Je ne lis jamais dans mon canapé, je suis toujours dans ma salle à manger où c'est une sorte de véranda et je suis là parce qu'il y a la lumière, parce qu'il y a l'extérieur et que ça peut m'inspirer plus facilement en fait.
- Speaker #0
Donc t'es pas du style à écrire dans ton canapé ? Tu lis à la nuit ou dans ta vie ? Non.
- Speaker #1
C'est vraiment que dans ma salle à manger.
- Speaker #0
Ok, tu as besoin plutôt d'un cadre plutôt formel. C'est ça,
- Speaker #1
exactement.
- Speaker #0
Oui, c'est particulier. Je vais revenir un petit peu sur justement ton processus d'écriture, parce que comme je l'ai dit, tu as commencé l'écriture jeune. Tu as, je pense, lancé ton premier livre quand tu avais 16 ans. Tu peux nous en dire plus un petit peu sur ton histoire ? Qui tu es ? Qu'est-ce que tu fais exactement dans la vie ?
- Speaker #1
Donc j'ai commencé à écrire quand j'avais 15 ans. parce que j'étais harcelée à l'école et que je n'avais pas de passion en fait, j'étais enfermée chez moi et je ne sortais pas. Et donc quand j'entrais de l'école mon seul plaisir c'était d'écrire. Et donc j'ai commencé à écrire comme un journal intime et quand j'ai eu terminé d'écrire ce journal intime je me suis dit : "il pourrait bien tourner en livre pour des ados qui vivent la même chose que moi" et donc je l'avais envoyé en maison d'édition.
- Speaker #0
Ah oui !
- Speaker #1
Et vraiment dans le dos de tout le monde personne ne savait rien du tout.
- Speaker #0
En tant qu'adolescent c'est une fameuse démarche.
- Speaker #1
Mais c'est plein de challenges et comme en fait Tout le monde sortait à cette époque-là et moi, je ne sortais pas. Je me disais « mais qu'est-ce que je vais faire ? » Moi, ça m'intéressait ce monde du livre. Donc, j'ai commencé comme ça et j'ai été prise par une petite maison d'édition, pas très bien réputée, mais bon, à cet âge-là, on n'y connaît rien. Et j'ai dit à ma maman « écoute, je viens d'avoir une réponse d'une maison d'édition. Je suis prise. » Ma maman m'a regardée d'un air… Elle ne s'y attendait pas, quoi. Vraiment, c'était pour elle. Elle ne savait même pas que j'écrivais, donc pour elle, c'est tout. Elle est tombée des nues. Et donc, j'ai commencé comme ça. C'est vrai que… C'est venu comme ça d'un coup et je n'ai pas continué à écrire après. J'écrivais des petites pensées, des petites poésies, des petits trucs. Mais un livre, je n'en ai jamais écrit d'autre après ça jusqu'à mes 25-26 ans où je suis partie en Corse. Et là, en revenant de Corse, j'ai voulu écrire un autre roman sur la Corse. C'est comme ça que l'ancre de l'oubli est arrivée.
- Speaker #0
Tu disais que tu as écrit ton premier livre et ensuite tu as enchaîné, tu as fait une pause. Ce n'était pas vraiment dans l'idée de continuer à faire de l'écriture ? Et tu as enchaîné avec un deuxième livre quand tu es partie en Corse et tu avais eu ce besoin d'écrire sur la Corse, qui n'est pas du tout finalement dans le lien de ton premier livre, qui est plus un livre autobiographique sur un vécu comme un journal intime. Pourquoi ce besoin d'écrire alors une fiction ?
- Speaker #1
Mais je ne sais pas, ça m'est arrivé comme ça d'un coup parce que vraiment j'ai mis presque 10 ans entre les deux. Et j'avais plus besoin d'écrire des pensées ou des choses comme ça mais pas d'écrire un roman. Et en fait les romans moi j'en lis tous les jours, je suis tous les jours dans un livre. Je me disais moi j'aimerais bien aussi avoir d'autres romans et donc j'ai commencé à me dire bon allez il faudra peut-être y penser. Et en revenant de Corse j'ai tellement aimé ce voyage qui était sublime avec des gens, j'ai fait des rencontres merveilleuses. Je me suis dit en fait il faut que je parle de l'amour corse. et de la vie là-bas, des paysages, pouvoir les décrire et en parler. Et faire rencontrer ça aux gens qui ne peuvent pas forcément aller en Corse ou qui n'ont pas vécu. Et donc j'ai commencé à écrire vraiment une histoire qui sortait de nulle part et ça en a découlé. En six mois, j'avais fini mon livre. Oui,
- Speaker #0
je l'ai demandé justement. Tu as mis six mois pour l'écrire.
- Speaker #1
Ça a été super vite. Mon retour, le lendemain du retour, j'ai commencé à écrire et je ne me suis plus arrêtée.
- Speaker #0
Donc celui-là, c'est L'encre de l'oubli. Ici, ton dernier roman s'appelle Le soleil ne meurt jamais. Et dans ce roman-là, par contre, tu décris... en détail la région de La Rochelle. Je t'avoue qu'en l'ayant lu, j'ai envie d'aller y voir La Rochelle. Je n'y ai jamais été. Donc ça donne envie. Là aussi, est-ce que tu es tombée en amour de cette région ? Comment ça s'est passé pour décider d'agir sur cette région ?
- Speaker #1
Alors vraiment, ça a été à pouf. J'ai déjà entendu parler de La Rochelle. Et quand on en parlait, c'était toujours « Ah, c'est une belle ville, c'est un bel endroit, il faut aller le voir » . Je me suis dit « Pourquoi pas ? » Et en fait, c'est tombé pile à La Rochelle. Je me suis dit « Allez, j'ai besoin d'une histoire qui se passe quelque part en France » . Et en fait, j'ai commencé à faire vraiment un travail. Comme tu le dis, je décris vraiment La Rochelle. Je n'y suis jamais allée. Avant d'écrire le roman, je n'y étais jamais allée. Et j'ai pris des notes. J'avais des cartes partout dans ma salle à manger, sur ma table. J'avais les cartes pour les piétons. J'avais les cartes pour les voitures, les bateaux, tout. Et j'ai tout étudié.
- Speaker #0
C'est un devoir d'enquête que tu fais comme un guide touristique.
- Speaker #1
Oui, mon personnage principal. Principal ? Oui. a en fait été guide touristique. Et donc, dedans, il fallait que je puisse vraiment rentrer dans La Rochelle et savoir tous les petits recoins qui sont connus ou pas connus, en disant « bah oui, mais s'il y a quelqu'un de La Rochelle qui le lit, je veux qu'il se repère vraiment dans sa ville » . Et donc, ça a été le but ultime, c'était de tout connaître de La Rochelle.
- Speaker #0
C'est un challenge en plus de l'écriture. Oui, c'est ça.
- Speaker #1
C'était vraiment un travail et ça a pris plus de temps, ça, que d'écrire mon livre et de juste... ne pas réfléchir et écrire. Il fallait que je travaille derrière là-dessus. Et quand je l'ai terminé, je me suis dit, là, il faut que j'aille à La Rochelle. J'y suis allée juste après quand j'ai fait le point final. Je suis allée à La Rochelle.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Pour vérifier en fait.
- Speaker #0
Et alors ?
- Speaker #1
C'était plutôt bon. Il y avait... Ce qui m'a le plus embêtée, c'était les tours de La Rochelle parce qu'elles sont vraiment... Elles sont immenses et il y a plein de petites salles à l'intérieur avec des escaliers un peu partout. Et en fait, quand on n'y est pas, on n'arrive pas bien à visualiser où est l'escalier, etc. Mais dans mon livre, je suis obligée d'en parler. il fallait vraiment que je sache où se trouvait l'escalier par rapport à telle salle. Donc j'ai vraiment tout visité de A à Z, j'ai pris quatre jours de visite quoi.
- Speaker #0
C'est excellent parce que t'as un double challenge comme ça et puis ça te pousse à connaître une autre région et un autre challenge. Je vais revenir un petit peu sur ton parcours depuis le début. Donc ici tu disais, tu as écrit ton premier livre autobiographique qui s'appelait "La vie continue". Donc à seulement 16 ans c'est quand même un titre assez lourd. Comme tu dis, tu as vécu le harcèlement scolaire. Tu peux nous expliquer un petit peu justement de quoi parle ce livre-là ?
- Speaker #1
Alors, ce livre-là, il retrace ma vie de ma naissance à mes à peu près 25 ans parce que je l'ai refait en fait. Donc, il est sorti une première fois quand j'avais 16 ans et il est ressorti quand j'avais, je pense, 25 ans à peu près. Je l'ai réécrit en fait et réédité de moi-même par la suite parce que ça n'allait pas avec la maison d'édition. Et donc, je l'ai grossi avec le reste de ma vie qu'il y avait après ce harcèlement scolaire Mais à la base, il parle de ma naissance où j'ai eu des petits problèmes à la naissance déjà de base. Et puis après, j'ai eu un cancer. Donc, j'ai eu le sémi quand j'avais deux ans et demi. Donc, je parle de l'avant du pendant et de l'après maladie et du harcèlement qui en a découlé parce qu'il a commencé à cause de ma maladie. Ah ouais ? Ouais.
- Speaker #0
C'est possible de vivre du harcèlement parce qu'on est malade ?
- Speaker #1
Oui. En fait, je ne l'étais plus, mais j'étais guérie. Mais j'ai fait un exposé à l'école. pour parler de cette maladie. Les professeurs me l'avaient demandé et il y a des photos qui se sont retrouvées affichées partout dans l'école de moi, avec son cheveu en grosse, ils avaient pris des photos, des photos pour les imprimer et les mettre sur les murs de l'école.
- Speaker #0
Ah oui,
- Speaker #1
ça a été loin.
- Speaker #0
Et tu t'es relevé de ça et j'ai lu que dans un article que tu avais même fait des interviews et des conférences sur le sujet du harcèlement scolaire. Comment on tourne la page ? D'autant de moqueries, comment on se construit avec déjà un passé lourd d'une maladie en tant qu'enfant ? On est censé être dans l'ignorance, dans la joie de vivre et toi tu subis les hôpitaux. C'est déjà pas un cadre normal pour un enfant. Et en plus, si t'as pas de soutien à l'école, que t'as pas de joie de vivre une fois que tu grandis, comment tu te relèves en tant que femme de ça ? Au niveau de la confiance en toi, au niveau de la confiance dans les autres ?
- Speaker #1
On se relève pas forcément. Moi je le dis toujours, j'en ai jamais guéri du harcèlement scolaire parce qu'en fait moi j'ai toujours peur du regard des gens. Ça c'est jamais parti en fait. C'est quelque chose qui est très difficile à oublier je pense. Et le pire ça a été vraiment mes conférences en école Je l'ai fait parce que je trouvais que c'était une revanche entre guillemets d'aller à l'école et dire ok j'étais harcelé mais regardez je vais bien je suis là. Et montrer en fait aux enfants qu'on peut s'en sortir et y arriver parce que les ados sont perdus quoi quand ils sont harcelés ils savent pas vers qui se tourner et comment faire. Moi juste j'ai changé d'école et ça a été hyper difficile parce que même en changeant d'école les personnes qui m'ont harcelé m'ont retrouvé. Donc il venait juste que j'ai changé de ville, j'ai changé d'école, j'ai tout changé. Mais en fait ils m'ont quand même retrouvé. Ils revenaient m'embêter à la gare le matin, dans le centre commercial près de l'école où j'étais.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que légalement tu peux faire pour stopper ça en fait ? Tes parents étaient conscients ou alors tu gardais tout pour toi ?
- Speaker #1
Non, en fait mes parents sont divorcés, mon papa je le vois très très peu, donc lui n'était pas vraiment au courant de quelque chose. Ma maman voyait que je n'allais pas bien parce que c'était au point où j'avais beaucoup maigri, je mettais des vêtements très larges, je me maquillais très noir au niveau des yeux, j'étais vraiment pas bien. Et en fait, quand je l'entendais, c'était « Oui, mais de toute façon, c'est une ado. Ça va passer. Ça va aller. »
- Speaker #0
Elle mettait ça sur le compte de l'adolescence.
- Speaker #1
Exactement. Et donc, je me suis toujours dit « Ce n'est pas grave. Ça va passer. Comme elle le dit, ça passera. » Mais elle ne savait pas, en fait. Je n'avais vraiment pas parlé de tout ça. Puis j'ai commencé à sécher les cours parce que je ne me sentais vraiment pas bien. Puis l'école appelait ma maman en disant « Oui, mais votre fille, elle n'est pas à l'école. » Donc, je me faisais disputer après.
- Speaker #0
C'est un cercle vicieux, en fait.
- Speaker #1
Et puis, un jour, je lui ai dit « Maman, ça ne va pas. Je suis embêtée par telle personne. » Mais je n'ai pas trouvé les mots pour lui dire. Je suis quelqu'un qui minimise toujours tout. Et donc, je disais « Oui, mais ça ne va pas. On m'embête à l'école. » Mais j'exagérais jamais dans ce que je disais. Et donc, elle dit « Oui, ça va. Ne traîne pas avec eux et ça va passer. » Et en fait, elle ne se rendait pas compte parce que je ne lui expliquais pas. Et donc, à cette époque-là, je l'en voulais en tant qu'adolescente de me dire « Non, je suis toute seule. Je n'ai personne pour m'aider. » Et puis, j'ai voulu en parler à un professeur qui, lui, a essayé d'arranger les choses en faisant pire parce qu'il nous a convoqués tous ensemble. Et c'est pire que tout, en fait, parce qu'après, ils se sont vengés. Et puis, un jour, en fait... Ça a été très mal parce que c'est un éducateur qui m'a vu sortir de l'école et je ne voulais pas passer cette grille. Parce qu'en fait, les personnes qui me harcelaient étaient juste devant et attendaient pour me frapper. Je me suis dit « si je passe la porte, je suis morte » . Pour moi, c'était « je suis tabassée, je sais pas, mais il va y avoir quelque chose qui va arriver » . Et donc, je suis restée de l'autre côté de la grille et cet éducateur est arrivé et m'a dit « mais qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce que tu fais ? Pourquoi t'avances pas ? T'as un train à prendre ? » J'ai dit « je peux pas, vraiment je pouvais pas » . Et il me dit « mais explique-moi » , et je voulais pas lui expliquer. Et je pense qu'il a compris de lui-même, il a pris ses affaires, il m'a dit « viens avec moi » , il m'a emmenée en voiture à la guerre. Et en fait, il m'a amenée sur le quai de la guerre, il m'a fait monter dans le train et il est ressorti du train, il a attendu que le train démarre. Et quand le train est parti, en fait, moi j'étais soulagée, je me suis dit « il y a quelqu'un qui m'a aidée » . C'était un vendredi et le lundi, quand je suis revenue à l'école, il m'a dit « tu vas devoir me parler » , et je lui ai dit « non, je ne peux pas » . Et puis il m'a dit « si, si » . Et donc en fait, je lui ai parlé et ça a été cette petite ange gardien, je vais dire ça comme ça, parce qu'en fait, s'il n'a jamais été voir ces gens-là… Il était à ton écoute. Voilà, et en fait il m'a surveillée, enfin c'est un grand mot, il n'était pas toujours là, mais dès qu'il était là, il surveillait que j'aille bien et qu'il n'y ait pas quelqu'un autour de moi qui m'embêtait. Donc ça a été ce soutien un peu dans le dos de tout le monde, mais qui m'a vraiment aidée. Et en fait après j'ai changé d'école et ça a été terminé, mais sur le coup j'avais cette personne-là et ça me faisait du bien parce que c'était la seule personne. C'est un peu chouette en fait. Oui, il y avait la psychologue de l'école qui elle, pareil, je lui en ai parlé, elle en a parlé à tout le monde et donc... Il y a eu des paroles qui ont été aux élèves, qui ont été aux professeurs et au final ça a été pire.
- Speaker #0
Est-ce que c'est elle qui t'avait conseillé de noter, de mettre sur papier ? Non,
- Speaker #1
ça c'était la psychologue en fait quand j'étais malade. Donc mes parents ont divorcé un peu après ma maladie, le début de ma maladie. Et donc j'avais cette maladie, j'avais le divorce de mes parents. Et donc elle a dit mais il faut écrire. Mais moi j'avais peut-être 4 ans, je ne savais pas écrire. En fait je faisais des vagues. Je le dis dans mon livre mais je faisais des vagues. Pour moi c'était l'écriture en fait. Et puis un jour, quand j'ai commencé à écrire, j'ai vraiment continué à écrire. J'avais moins de cahiers. Mes parents m'achetaient toujours des tout petits carnets, des petits trucs avec des dessins, des Ausha, des trucs. Et j'en avais tout plein. Et en fait, au fur et à mesure que je commençais à écrire, j'écrivais vraiment de moi-même tout ce que je ressentais sans que personne ne soit derrière en me disant « mais écris, ça va te faire du bien » .
- Speaker #0
Tu n'avais pas, quand tu as grandi, une amie, une confidente qui comptait ?
- Speaker #1
J'en ai eu à l'école. J'ai ma meilleure amie qui est toujours là maintenant, depuis la première secondaire. Mais en fait, moi j'ai changé d'école et quand j'ai commencé à être harcelée, ce n'était pas dans l'école où elle était. Et donc on se voyait beaucoup moins en tout cas. Et quand on se voyait, je profitais de ces moments-là et donc je n'en parlais pas. Et donc j'ai vraiment été plus proche d'une autre amie qui vivait à peu près la même chose. Et là en fait, en en parlant à deux, on s'est rendu compte qu'on ne vivait pas totalement la même chose, mais presque. Et donc on arrivait à soutenir. Mais on ne pouvait pas se céder.
- Speaker #0
Son propre lot, son propre pardon. Une écoute c'est important en fait dans ce que tu vis. Et donc tu vis ce harcèlement, tu écris ce livre. Comment dans ta vie de femme quand tu grandis, tu te dis je vais aller ensuite témoigner dans des écoles parce que c'est quand même un gros traumatisme ce que tu as vécu. On a envie parfois de se dire les écoles moi je ne mets plus un pied dedans. Tu as eu envie un peu de faire un pied de nez ? En faisant ça, est-ce que tu t'es dit vraiment je vais le faire pour ceux qui vivent la même chose ? Peut-être un peu comme tu dis ton ange gardien. Est-ce que c'était cette volonté-là d'aider les autres ? Oui,
- Speaker #1
derrière il y a ça. Et alors quand j'ai fini l'école, je suis devenue assistante maternelle. Et donc j'étais toujours dans les écoles, pas secondaire. Mais voilà. Et je voyais déjà des enfants en primaire se faire harceler. Et même parfois en troisième maternelle, bon ce n'était pas du harcèlement comme on vit en secondaire, mais il y avait quand même... Ils étaient quand même embêtés par d'autres. Et je me disais, mais allez, ce n'est pas possible que même si jeune... Et j'ai continué à aider ces enfants-là qui venaient vers moi, qui me disaient « Madame, on m'embête » . Bon, j'ai essayé de les aider comme je pouvais. Et puis, je suis passée dans le journal avec mon bouquin et il y a une professeure qui m'a contactée de là et qui m'a dit « On aimerait bien parler du harcèlement, ça fait partie de notre cours » . J'ai dit « Oui, oui » , ils m'ont dit « Vous voulez bien venir ? » Et en fait, moi, ça a été compliqué. Au début, je ne voulais pas. Et je leur ai dit « Écoutez, je ne pense pas que je vais y arriver. » Et alors on partait sur une trentaine d'élèves. Je me suis dit « Bon allez, ça peut aller, c'est une grosse classe, vas-y fais-le. » Et je me suis dit « Déjà c'est pour aider les enfants et moi c'est aussi un pied de nez comme tu disais et ça peut m'aider aussi moi à aller mieux et à me reconstruire en fait. » Je me suis dit « Pourquoi pas ? » Donc j'y suis allée sauf qu'en fait c'est passé de 30 élèves à 200. Quand je suis arrivée ils m'ont dit « Ah mais en fait tu veux aller dans la grande salle là-bas, c'est un amphithéâtre quasiment. » Et ils m'ont dit : "Tu vas faire ça devant 200 élèves." En fait, c'était toutes les classes de 1ère et 2ème secondaire, si je dis pas de bêtises.
- Speaker #0
Mais c'est quand même un fléau actuellement. Moi j'ai 36 ans et j'ai connu tout ce qui était harcèlement scolaire à mon époque. Mais de notre époque, il y a tout ce qui est réseaux sociaux, il y a tout ce packaging avec qui est un peu incontrôlable. Donc je pense vraiment que dans les écoles, c'est une conscientisation qu'ils ont besoin. La démarche, elle était top. de cette école-là, en fait. Oui, oui. Maintenant, pour toi, c'est un fameux challenge de te retrouver face à autant d'enfants avec cette projection que dans le lot, tu peux retrouver des harcelés, mais aussi des harceleurs et des gens qui n'ont pas envie d'écouter ce que tu dis. C'est ça. Comment ça a été reçu, ton accueil ?
- Speaker #1
Alors, ça a été compliqué parce que quand je suis arrivée, ils sont rentrés comme des ados, en courant, en criant. Je me suis dit, j'y arriverai jamais. Quand j'ai vu le troupeau arriver, je me suis dit, j'y arriverai pas. Et puis... La professeure a pris la parole d'abord et puis après elle m'a dit : « Bon ben maintenant c'est à toi » . Donc j'ai commencé. J'avais de la chance, c'est que derrière j'avais mon diaporama. Et donc je peux me recentrer là-dessus pour pas trop penser à ce qu'il y avait devant moi avec tous les yeux comme ça face à moi. Et c'était compliqué parce qu'il y avait des harceleurs dedans comme tu le dis. Et on les a vus directement parce qu'ils se sont mis dos à moi. Et en fait c'était vraiment tout le monde était en rangée et eux ont retourné leurs plaies pour ne pas m'écouter. Et même moi, en étant adulte, je l'ai très mal vécu. Et je me suis dit, mais allez, ce n'est pas vrai. En fait, c'est comme si c'était un schéma qui revenait. Je me disais, mais ce n'est pas vrai, on va encore m'embêter alors que je suis adulte. Ce qui était faux, c'est juste que c'est des enfants qui viennent nous embêter, ils pensent avoir du pouvoir en fait. Et donc à un moment, la professeure l'a vue. Comment ça dire ? Vous retournez vos chaises, sinon vous sortez quoi. Donc ils ont retourné leurs chaises, mais ils parlaient entre eux. Et en fait, à un moment, on a fait une pause pour boisson, pipi, etc. Et quand une enfant est arrivée près de moi, je lui ai dit, mais ça va ? Pourquoi tu viens près de moi ? » Il me dit « Parce que moi, je suis harcelée et j'ai besoin d'aide. » Et en fait, il y en a plein qui sont arrivés comme ça à me dire « Mais oui, moi, j'ai un problème. » Et ils m'ont demandé « Mais qu'est-ce que je peux faire ? » Donc, moi, j'avais 10 minutes, je leur ai un peu parlé, mais il n'y a pas de grand conseil. En fait, c'est très difficile de donner un conseil à quelqu'un qui est harcelé parce qu'il n'y a pas de solution, à part l'échanger d'école. Et encore, moi, on m'a retrouvée, donc je veux dire, il n'y a pas tant de solution que ça, en fait. Je vais peut-être exclure ces enfants de l'âge d'école, mais totalement ceux qui harcèlent, pas ceux qui sont harcelés évidemment, mais c'est la solution.
- Speaker #0
- Le problème de harcèlement, c'est qu'on peut très vite basculer d'un état à un autre.
- Speaker #1
- Ah oui, oui.
- Speaker #0
- L'harceler peut devenir un harceleur aussi, c'est très complexe comme cas et puis... Comme tu dis, je pense que ça doit vraiment être étudié par des psychologues ou avoir un encadrement particulier. À l'heure actuelle, je ne sais pas si les profs sont vraiment bien formés sur ce genre de problème et s'il y a vraiment une haine venant de l'extérieur sur laquelle ils peuvent se baser pour régulier les parents qui vivent ce genre de choses. C'est assez complexe. Du coup, on va continuer dans ton parcours ici. Tu as vécu ça, tu as été affrontée à... les écoles et justement, on ne va pas dire t'es harceleur, mais une projection de t'es harceleur. En fait tu dis que tu as écrit un livre sur la Corse qui était complètement une fiction. Pourquoi ce besoin d'écrire plutôt une fiction et pas quelque chose de plutôt réaliste ?
- Speaker #1
Parce que je voulais changer et que je voulais voir si j'étais capable d'écrire autre chose que ma vie ou quelque chose qui existe. Parce que c'est facile en fait d'écrire quelque chose qui existe ou qu'on a vécu, c'est juste poser des mots comme ça les uns après les autres en disant bah oui il y a eu ça puis ça puis ça mais écrire une fiction c'est beaucoup plus compliqué parce qu'on démarre d'une histoire qui n'existe pas et il faut la finir et ça c'est vraiment un travail qui est très compliqué et je pensais pas y arriver
- Speaker #0
Je suis quelqu'un qui me challenge beaucoup. Et donc, je me suis dit, OK, là, je vais voir si je peux arriver jusqu'au bout. Et bon, ça a été une fierté quand il est sorti parce que je me suis dit, OK, j'ai quand même fini, ça va. Et les retours étaient plutôt positifs.
- Speaker #1
Est-ce que tu as fait des études en littérature ou quoi pour savoir peaufiner ton écriture ?
- Speaker #0
Pas du tout. Je me suis vraiment lancée comme ça. C'était après mon premier roman où c'était mon récit de vie. Je me suis dit, je vais essayer, j'adore ça. Donc, je me suis lancée et puis on verra.
- Speaker #1
Comment tu t'es formée pour ça ?
- Speaker #0
Je ne me suis pas formée du tout.
- Speaker #1
Pas du tout ?
- Speaker #0
Pas du tout. À force de lire, en fait, je pense que comme je lis... Je suis à une centaine de bouquins par an, donc je pense que j'en lis plutôt pas mal. Et je me dis, au final, je sais bien lire les mots, je sais bien les écrire, je pense. Et je me suis dit, je vais essayer.
- Speaker #1
C'est vraiment l'instinct chez toi. Est-ce que tu fonctionnes avec des relecteurs ? Oui,
- Speaker #0
quand même. J'ai quand même des gens derrière qui me... C'est des bêta lecteurs et tout ça. Mais j'en ai deux, trois qui viennent à chaque fois pour lire mes bouquins et... qui me font leur retour et qui me disent pas trop fan, on change ça. Et moi je suis ouverte à tout ça, donc c'est pas un problème si on me dit qu'il y a un truc qui va pas là, je vais le retravailler. J'aime bien me remettre aux questions.
- Speaker #1
Ton livre ici, Le soleil ne meurt jamais, traite d'un sujet assez lourd, qui a vécu justement la maladie. Tu es revenue sur le sujet de la maladie de Charcot, qui est quand même une maladie très dure. Pourquoi ce sujet-là ?
- Speaker #0
Je ne sais pas. Moi j'ai toutes des choses qui débarquent comme ça dans ma tête et je ne sais pas quoi en faire. Et donc, je les écris. Et un jour, j'étais chez le médecin et j'ai vu cette affiche sur la maladie de Charcot. Et je me suis dit, tiens, je vais me renseigner sur cette maladie. Et en fait, ça en a découlé de là. Et je suis allée sur des groupes Facebook de maladies de Charcot. J'ai voulu discuter avec des personnes qui le vivent ou qui l'ont vécu par la famille ou autre. Et j'ai des personnes adorables, en fait, qui ont pris du temps pour moi, qui m'ont fait des fichiers Word pour m'expliquer par quoi ils étaient passés. Et comme ça, moi, j'avais en fait l'explication... de cette maladie, comment on le vit avec un parent malade ou soi-même. Et donc j'ai pris tous ces petits témoignages et j'en ai fait le roman. Évidemment ça n'a pas fait mon roman mais ça m'a aidée en tout cas à créer mon personnage.
- Speaker #1
Parce que c'est assez dur d'écrire sur une maladie où on sait que la finalité t'as pas vraiment d'espoir de survie avec cette maladie-là. En ayant déjà en plus vécu une leucémie, c'était très beau. Après j'ai l'impression que chez toi c'est quelque chose... tu te challenges sur des choses que tu ne connais pas et tu les creuses. C'est ça, j'adore. Les paysages ou... C'est ça, d'accord.
- Speaker #0
Je faisais de la photo avant et pareil, la photo, j'ai commencé la photo sans prendre de cours et j'ai fait ça pendant des années. Puis après, j'ai quand même été à l'école en photo mais à un moment, j'ai fait ça sans avoir pris de cours et j'adorais ça. En fait, j'adore apprendre de moi-même et me challenger sur plein de choses.
- Speaker #1
Et quel a été le retour lecteur sur ces derniers livres ?
- Speaker #0
Pour l'instant, je suis plutôt contente. J'ai pas eu de retour négatif, franchement. Il y a parfois des gens qui disent : « Ah ben là, j'aurais peut-être mis autre chose. » Mais bon voilà, je veux dire, ça ne peut pas plaire à tout le monde. Et pour les personnes en tout cas qui m'ont lu, ils étaient tous à peu près satisfaits donc... Et la plupart me disaient : « J'attends le prochain avec impatience et bon là c'est un petit... t'as une petite pression en plus où tu te dis : « Bon il va peut-être falloir se dépêcher » . »
- Speaker #1
Est-ce que tu es ton leader comme écrivaine ou est-ce que tu as un peu le syndrome de l'imposteur ?
- Speaker #0
Non, je n'ai plus ce syndrome de l'imposteur. Je suis pas... J'adore faire des salons du livre. Ça, aller là-bas et pouvoir parler de mes écrits, j'adore ça. Mais par exemple, quand on va me demander c'est quoi ton métier, je vais dire que je suis auteur. Je n'ai pas l'impression de l'être et dans ma famille, en fait, on n'est pas forcément des artistes. Et donc moi, le fait d'écrire, alors ça passe bien, je ne vais pas dire le contraire, mais on me dit bah oui, c'est ta passion. Et donc moi, ça ne rentre pas non plus dans ma tête de me dire que j'écris et que je suis vraiment auteur parce que pour ma famille, c'est une passion et donc pour moi, ça l'est aussi quoi.
- Speaker #1
Souvent, les regards de la famille, ce n'est pas toujours le regard de l'extérieur. C'est beaucoup plus critique, donc ce n'est pas toujours évident. Tu parlais justement des salons de l'écriture. Comment ça s'est passé les premières fois où tu t'es installée là avec tes livres ? Tu as eu l'occasion de rencontrer des gens qui t'avaient lu ou qui te découvraient justement au salon ? Oui,
- Speaker #0
c'était stressant. Super stressant parce que vraiment, moi j'étais là, je me disais pourquoi je me suis inscrite ici ? C'est avec mon tout premier. Et quand je suis arrivée là, j'avais ma table avec juste un livre et les gens autour de moi en avaient deux, trois, quatre. Je me disais « Qu'est-ce que je fous là ? Ce n'est pas mon endroit, ce n'est pas pour moi » . J'avais 26 ans peut-être, donc j'étais encore plus jeune. Et quand je suis arrivée là, les gens venaient et me disaient « Vous pouvez me parler de vos livres, de votre livre ? » Parce qu'on avait qu'un. Et je ne savais même pas quoi dire parce que c'est un travail de faire ça réellement, de se vendre et de vendre nos infos. Donc j'ai expliqué comme je pouvais et je remarquais que ça marchait quand même, les gens étaient intéressés. Je me suis dit, mais ça pourrait en fait fonctionner. Donc, j'ai fait quelques salons et puis au fur et à mesure, il y a des gens qui arrivaient. Il y a une femme qui est arrivée qui m'a dit « Je vous cherche depuis des mois en salon du livre. Je vous suis depuis deux ans sur les réseaux sociaux et je voulais vraiment avoir une dédicace dans un de mes livres. » Je ne savais plus où me mettre. J'ai l'impression d'être un franctilier alors que je ne suis que moi. Et je me suis dit « Allez, pourquoi pas ? » Donc, j'ai commencé à faire des dédicaces. C'était mes premières dédicaces. C'est un truc où on se dit « Mais ce n'est pas possible. Pour nous, c'est trop grand. On a l'impression de vivre un rêve. » Au fur et à mesure, on se rend compte que ce n'est pas forcément un rêve. Parce qu'il faut se battre vraiment. Mais c'est chouette. C'est plutôt sympa de rencontrer plein de lecteurs. Et que ces lecteurs reviennent quand on a un deuxième livre ou un troisième. Ils disent « Ah j'ai adoré celui-là, je vais lire celui-là » .
- Speaker #1
Il y a un peu comme un système de fans qui s'attachent aux tes livres.
- Speaker #0
Oui, ils me reconnaissent parfois dans un autre salon. Et ils disent « Ah merde, j'ai acheté tous ces livres ! » Et moi je dis « Ah oui, c'est vrai ! » Je repère bien les gens. Donc je me souviens de ces gens-là qui sont venus. Et ils sont étonnés que je me souvienne d'eux aussi.
- Speaker #1
Toi, tu es un peu de nature introvertie. Oui, quand même. Et donc oui, c'est quand même... Il y a un challenge aussi. Tu dois prendre sur toi pour être sur les salons comme ça. Mais malgré tout, j'ai l'impression que tu l'apprécies finalement ce contact bienveillant. J'adore.
- Speaker #0
Ça fait m'ouvrir justement à plein d'univers et aussi de moi-même parce que j'étais quelqu'un de vraiment timide. Quand j'étais enfant, adolescente, c'était même dire bonjour à un inconnu. Je n'y arrivais pas. C'était vraiment compliqué. que maintenant j'aborde les gens, j'arrive à discuter vraiment de tout et de rien. Parfois je bafouille encore mais ça fonctionne super bien et je me dis en fait ça m'a aidé à avancer dans ma vie aussi, à avoir plus confiance en moi en même temps quoi et en ce que je fais surtout.
- Speaker #1
Tu pourrais peut-être rééditer alors La Vie Continue avec un passage de fin.
- Speaker #0
J'ai plus trop envie de le revoir et de le réécrire.
- Speaker #1
Est-ce que tu as des projets pour la suite d'écriture ? Oui,
- Speaker #0
j'en ai plein. plein. Le problème, c'est qu'encore une fois, ça fuse trop dans ma tête et du coup, je pense que j'ai sept ou huit manuscrits ouverts et parfois il y a cinq phrases et parfois il y a soixante pages de faits. Mais je n'arrive pas à rester dedans. Pour l'instant, avec mon déménagement et tout ça, c'est encore plus compliqué, mais je n'arrive pas à rester concentrée dans un tellement j'en ai dans ma tête qui se forme. Là, je suis vraiment concentrée sur un. Pour l'instant, normalement, ça devrait aller, mais je pars dans tous les sens en fait.
- Speaker #1
Donc pour le moment, pas un projet en particulier précis ? plusieurs petits discours que tu auras envie de développer. Tu disais donc, toi, tu t'es auto-édité pour le premier livre quand tu l'as réédité. Les livres suivants étaient aussi en auto-édition. Pourquoi ce choix ?
- Speaker #0
Alors déjà parce que j'ai beaucoup de mal avec le fait d'être cadré, le fait d'avoir des règles et des lois. Et en fait, moi, j'aime bien faire ce que je veux. Et par exemple en maison d'édition, on ne choisit pas sa couverture. On doit changer des phrases de notre texte parce que ça ne plaît pas ou parce que ça n'est pas assez vendeur. Et moi j'aime bien juste je fais ce que j'aime et c'est tout. Mais j'ai quand même un livre qui va sortir en maison d'édition en 2026. J'ai un concours de nouvelles que j'avais gagné avec les éditions Panthère. Et donc là j'ai une nouvelle aussi qui est dans le recueil. Mais sinon, pour le reste, je me suis auto-édité parce que vraiment, je préfère faire ce que je veux, avoir une couverture que j'adore, pouvoir vendre mon livre comme je l'aime. C'est difficile, je trouve, de vendre un livre qui ne nous plaît pas. Et donc la couverture, par exemple, en tout premier, quand j'avais 16 ans, la couverture ne me plaisait pas du tout. Et donc je l'avais sur ma table et je me disais « Ouais, mais c'est pas mon truc » .
- Speaker #1
Ce n'était pas ton choix ?
- Speaker #0
Non, ce n'était pas mon choix. J'ai pu donner mes idées, ils en ont fait ce qu'ils voulaient. Et en fait, par exemple, je les ai dit « Je ne veux pas de rose dans ma couverture » , j'en avais que du rose. Des roses mauves. Et je me suis dit « Allez, ce n'est pas possible ! » Et en fait, on a l'impression qu'ils font tout ce qu'on ne veut pas. Mais pour nous, c'est difficile de vendre un truc qui ne nous plaît pas. C'est vraiment...
- Speaker #1
Il y a la deuxième auteure que j'interview et qui justement s'est auto-édité. Et je vois que tu as exactement le même discours. C'est un peu ce côté obligation qu'on a avec l'édition, imposition. Et ce n'est pas évident d'effectivement toucher à son bébé. Tu le crées de A à Z, tu as envie qu'il soit conforme au moment de l'apparition, j'imagine.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Ce n'est pas évident. Ah, donc aussi tu fais des concours ?
- Speaker #0
Oui. Très peu. J'en ai fait quelques-uns, pareil, un sans challenge, parce que c'était du thriller en plus. Donc, bon, c'était meurtre au cinéma et je me suis dit, allez, pourquoi pas ? Le thème, il m'inspire un peu. Donc, j'ai commencé finalement, j'ai fini troisième. Je me suis dit, bon, c'est déjà pas mal. Et puis voilà, j'ai adoré le faire. Et j'ai deux manuscrits dans tous mes manuscrits en attente où il y a du thriller, mais je n'arrive pas à le continuer. Donc voilà, je continue, je me dis, ce sera un challenge et peut-être qu'un jour j'y arriverai.
- Speaker #1
Et tu aimes changer un peu vraiment pour te développer toi-même ? Dans ton style aussi. Tu participes parfois à des rassemblements d'écrivains ou des regroupements d'écriture pour t'inspirer ?
- Speaker #0
Non, je ne le fais jamais. Je ne fais que des salons du livre ou marchés artisanaux ou autres. Mais je n'aime pas faire ça. En tout cas, pas pour écrire. C'est-à-dire qu'il y a des... Je ne sais plus comment ils appellent ça, mais ce n'est pas une maison d'écriture, mais c'est un endroit où on peut se retrouver. Mais je n'y arrive pas parce que moi, quand j'écris, j'ai besoin qu'il n'y ait pas de bruit et pas de mouvement autour de moi. Donc s'il y a quelque chose qui bouge, je suis complètement déconcentrée.
- Speaker #1
Pas besoin d'être vraiment dans l'isolement, pas de démarche ? Certains, peut-être que ce sera dans le bruit. Ah oui,
- Speaker #0
il y a des gens qui m'écrivent avec un casque ou des choses comme ça. Moi, si la musique c'est fini, je suis totalement perdue. J'adore la musique, donc moi je danse tout de suite ou je chante. Donc c'est fini, je sors vraiment de mon écrit. Mais non, j'ai vraiment besoin qu'il n'y ait pas de bruit du tout. Si quelqu'un fait de la tronçonneuse dehors, moi c'est fini, je ne peux pas écrire. C'est vraiment... Il me faut un truc un peu...
- Speaker #1
Juste pour revenir encore sur... Donc, tu as eu ce parcours plutôt privé, un peu compliqué. Tu... Est-ce que tu as encore des démarches auprès de ce harcèlement scolaire que tu aimerais développer sur la prévention ?
- Speaker #0
J'aimerais bien refaire des conférences, mais pas dans des écoles, mais dans des classes. Donc pas avec 200 élèves, parce que même eux n'osent pas parler. Oui, parce que moi déjà je me sens mal à l'aise et eux n'osent pas parler. Donc ils ont un problème, ils ne vont pas oser en parler et ceux qui s'en fichent, ils le montrent. royalement devant tout le monde, alors qu'aussi on est en petit groupe. Je me dis que ça serait peut-être plus facile de faire rentrer dans les têtes comment on le vit et comment on peut s'en sortir. C'est ce que je pense après, peut-être que je me trompe. Donc j'aimerais bien refaire ça mais dans juste des classes. Et alors mon prochain livre qui sort en maison d'édition, là ce sera vraiment sur le harcèlement scolaire. Donc c'est vraiment mon histoire qui a été romancée pour les élèves en fait. Donc ça va être pour les 13-16 ans je pense si je ne dis pas de bêtises. Et donc c'est vraiment cibler ce public-là pour qu'ils se rendent compte de l'impact qu'ils peuvent avoir en étant harceleurs, mais aussi en étant harcelés. Est-ce que ça peut... Est-ce qu'on peut subir ?
- Speaker #1
On peut savoir le nom du livre ?
- Speaker #0
On ne l'a pas encore.
- Speaker #1
On n'a pas encore.
- Speaker #0
On a un travail éditorial et le titre est pour l'instant provisoire.
- Speaker #1
2026, mais on ne sait pas exactement. Exactement. On a hâte. On va suivre les régions. Si tu devais choisir un des livres que tu as écrits, à conseiller vraiment aux personnes qui nous écoutent, lequel tu te dis « Celui-là, vraiment, c'est mon petit chouchou » .
- Speaker #0
C'est « Le soleil ne meurt jamais » , c'est le dernier. Pourquoi ? Parce que j'en suis fière quand même d'avoir autant travaillé dessus. Je pense que vraiment, j'ai fait un travail monstre là-dessus, c'est vraiment ce qui m'a pris le plus de temps. Puis j'ai même été à La Rochelle pour vraiment le finir. Et je trouve que l'histoire, je l'ai plutôt bien tournée. Alors je ne suis pas quelqu'un qui se vante, mais je trouve que je l'ai bien tournée et j'aime mettre le suspense dans mon livre.
- Speaker #1
Il y a un suspense sur la fin qu'on ne s'attend pas.
- Speaker #0
C'est ça. Donc je voulais vraiment que tous mes livres, même L'Encre de l'Oubli comme tu ne l'as pas encore fini... La fin, c'est pareil. Je l'explique au lecteur quand j'en parle en salon. Je veux absolument que le lecteur se perde dans mon livre et qu'à la fin, ils disent « Waouh ! » Je ne m'attendais pas à ça. Et je veux vraiment que ça arrive dans tous mes livres ou quasiment tous mes livres. C'est vraiment le petit suspense que j'aime mettre, même si c'est des romans doux.
- Speaker #1
Est-ce que c'est quelque chose que tu recherches, toi, en tant que lectrice dans tes livres ? Oui,
- Speaker #0
j'adore ça, les fins où je me dis « Waouh ! » Ok, j'imaginais toutes les fins possibles et en fait, ce n'était pas celle-là.
- Speaker #1
Donc, tu es ta première fan finalement dans le style...
- Speaker #0
Dans le style là, oui. Peut-être pas pour l'écriture en final, mais parce que j'aime ce que j'écris, mais je ne suis pas bon juge par rapport à ce que je fais.
- Speaker #1
Est-ce que... J'ai encore une question aussi, c'est dans le livre Le Soleil ne meurt jamais, tu prends la position d'un homme.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Est-ce que c'est facile pour toi de te mettre dans la peau d'un homme ?
- Speaker #0
Oui, je préfère me mettre dans la peau d'un homme qu'une femme. Pourquoi ? Je suis très bien en tant que femme, mais je ne sais pas, j'adore me projeter en tant qu'homme dans un livre. Est-ce que c'est la personne que je recherche dans ma vie, que j'écris ? Je ne sais pas. Ou si c'est juste le frère que j'aurais aimé avoir, le meilleur ami, ou j'en sais rien.
- Speaker #1
C'est vrai qu'il est très charmant. Oui,
- Speaker #0
c'est vrai que...
- Speaker #1
Le personnage principal est très, très charmant. On aurait tous envie d'être son ami.
- Speaker #0
Mais c'est vrai qu'en fait, je cherche cet ami que je n'ai peut-être pas forcément, ou que j'ai, mais que j'ai envie d'idéaliser, je ne sais pas. Mais même dans l'encre de l'oubli, mon personnage principal est un homme. À chaque fois, mes romans, j'ai beaucoup plus de facilité à l'écrire en tant qu'homme que femme.
- Speaker #1
C'est moins évident pourtant ?
- Speaker #0
Eh bien, quand je parle avec les autres auteurs, ils me disent la même chose. Ils me disent « Non mais c'est compliqué, moi j'écris en tant que femme en étant femme » . Et je dis « Non non, moi écrire en tant que femme, j'ai beaucoup de mal. J'ai essayé, mais je n'y arrive pas. » Donc mes personnages secondaires sont souvent des femmes, mais le principal c'est un homme.
- Speaker #1
Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour la suite ?
- Speaker #0
Que ça marche pour les livres. C'est vrai que j'aimerais bien travailler là-dedans. En fait, j'aimerais bien être indépendante dans les bouquins. être un Franck Thillier, être un Guillaume Musso.
- Speaker #1
C'est chouette d'avoir des challenges.
- Speaker #0
J'aurais vraiment aimé ça. Je veux dire que ça se passe bien, niveau santé, niveau relationnel. Ça se passe bien, je pense que c'est ce qui est en vente la plus.
- Speaker #1
Oui, je pense,
- Speaker #0
effectivement.
- Speaker #1
Merci beaucoup pour le temps que tu m'as accordé. C'est ainsi que se referme cette parenthèse sur notre canapé. Ce que je retiens de mon échange avec Mathilde, c'est que même quand le destin semble s'acharner, Il reste toujours une place pour la création et la transmission. Si le parcours Mathilde vous a touché, et je n'en doute pas, je vous invite vraiment à découvrir son univers, à aller explorer les paysages corses de l'Ancre de l'Oubli, ou laissez-vous porter par l'humanité de son dernier livre, Le Soleil ne meurt jamais. Mathilde est présente également sur les réseaux sociaux, n'hésitez pas à aller la suivre pour découvrir son quotidien d'écrivaine. Ses livres sont des compagnons de route précieux pour quiconque cherche un peu de lumière. Quant à nous, on se retrouve très vite pour un prochain épisode. Si ce moment vous a fait du bien, n'oubliez pas de laisser 5 étoiles sur la plateforme d'écoute préférée. Ça aide énormément le podcast à grandir. Prenez soin de vous et à bientôt sur Côté Canap'.