- Speaker #0
Salut Jean-Pierre.
- Speaker #1
Salut Valentin.
- Speaker #0
Merci d'être chez nous à Cube, à Angers, pour enregistrer ce podcast et échanger sur ton parcours entrepreneurial. On a plein de choses à se dire. Focus sur l'entrepreneur, le chef d'entreprise, le repreneur, le fan de France que tu es. On va en discuter durant une petite demi-heure ensemble sur ce podcast. de Cube. Tu as eu l'occasion d'ailleurs de voir certaines des startups qu'on avait, des start-up. C'est ce que tu dis, toi.
- Speaker #1
Des start-up, exactement. Donc, j'ai même fait ton émission phare. C'est plus que d'arbitre.
- Speaker #0
Exactement. Tu as décidé d'investir un peu d'argent dans une des startups que tu vas nous présenter. D'ailleurs, pourquoi c'est elle qui a recueilli ton approbation et ton argent. Merci, Jean-Pierre, d'être encore une fois avec nous. Allez, présente-toi en 30 secondes. Je sais que les gens te connaissent, mais c'est toujours bien de remettre le décor.
- Speaker #1
OK, si tu veux. Donc, Jean-Pierre Nadir, donc 60 ans. entrepreneur et depuis l'âge de 16-17 ans, ça varie selon les biographies, et investisseur depuis une quinzaine d'années, on va dire, mais de manière un peu sérieuse depuis 10 ans. Donc, j'ai une vision assez concrète et de l'intérieur de l'entrepreneuriat français et en France, et avec toutes ses évolutions et notamment donc... l'apparition de la French Tech et de tout ce qui a fait le succès du modèle startup tel qu'on l'a connu depuis Macron. Grosso modo, c'est l'avènement de Macron à la présidence et avant même quand il était avec Hollande, où on avait déjà commencé à amorcer depuis le mouvement des pigeons, où les startups sont devenues vraiment un vrai modèle de développement économique pour le pays.
- Speaker #0
Et on en parlera de tout ça parce qu'effectivement, dans les startups, Investisseur évidemment emblématique de Keyvoid, on a associé sur M6 et maintenant des inventeurs sur cette même chaîne. Mais aujourd'hui, ton credo, c'est plutôt de dire faut-il pas plutôt reprendre l'entreprise que la recréer ? On va parler un peu des lignes d'investissement que tu as faits. Et tu es d'ailleurs investisseur dans Cube. Nous sommes associés et merci encore pour ta confiance, Jean-Pierre. Là, tu as 90% des boîtes qui vont au tapis en 5 ans. Tu as fait mieux, tu es comme tout le monde. Tu en es où ?
- Speaker #1
Oui, alors c'est une attaque qui est un peu sévère, parce que je crois qu'on est plutôt à 50% des créations de reprise, ce qui ne dépasse pas le cadre des cinq premières années. Ceci dit, là où tu as raison, c'est que dans celles qui restent, il y en a plein qui vivotent et qui ne sont pas des succès. Donc globalement, on sait que la stat, c'est une boîte qui réussit pour neuf, ou en tous les cas, sur dix investissements, tu en as une qui réussit. Voilà, c'est ça la vraie stat. Bon écoute, moi pour l'instant j'ai la chance de faire mieux, donc on va dire que je surperforme la stat en question, pas parce que je suis génial, au contraire je pense que parce que je suis plutôt laborieux, et que globalement en fait moi j'ai une thèse d'investissement qui est assez simple, c'est que 1, j'investis que dans des boîtes que je comprends, déjà, alors ça paraît tout bête, mais n'empêche qu'il y a un tas de gens qui pensent le contraire, c'est-à-dire que plus c'est complexe, moins ils comprennent, plus on a l'impression que c'est brillant, J'essaie de comprendre de quoi il en retourne. à la fois avoir une vision acérée de l'entreprise dans laquelle je vais investir, mais aussi pour pouvoir aider l'entreprise dans laquelle je vais investir. C'est-à-dire que l'acte d'investisseur, ce n'est pas un acte passif. Si tu ne mets que de l'argent, globalement, ton impact sur la boîte, que ce soit toi ou un autre, c'est évidemment la même chose. Quand tu investis en tant qu'entrepreneur investisseur, tu vas dire je mets de l'argent, mais je vais aussi essayer d'apporter une plus-value. Et cette plus-value, elle peut parfois être décisive parce qu'à un moment donné, tu peux avoir la bonne idée, tu peux avoir le bon contact qui va changer la vie de la boîte parce que tu vas trouver de la distribution, parce que tu vas trouver un mode de financement. Tu peux galvaniser l'entrepreneur parce que tu partages une partie de la vision et tu peux co-construire la vision avec lui. Tu peux parfois l'alerter sur des modèles d'agilité et tactique. en lui expliquant pourquoi il est urgent de faire un pas de côté. Bon, bref, pour tout ça, il faut pouvoir être crédible. Et pour être crédible, il faut comprendre de quoi il en retourne. Donc, il faut comprendre le marché dans lequel, effectivement, on va se situer. Ça, c'est l'acte 1. Et l'acte 2, c'est que je joue assez confort très souvent parce que je reste dans le monde du tourisme et dans des modèles que je connais bien. Et donc, quand on m'expose des modèles et que je suis familier de ces modèles, j'ai une compréhension qui est bien meilleure. Et deuxièmement, j'ai... un réseau mécanique qui se met en œuvre. Parce que quand j'investis sur 25 boîtes dans lesquelles je dois être investi à l'heure actuelle, peut-être même 30, donc en dehors des 4-5 que moi je dirige et je développe, donc je dois en avoir 80% qui sont dans le tourisme. Et donc mécaniquement, il y a des synergies entre elles, il se passe des choses, voilà. Et donc je pense qu'une bonne thèse d'investissement, c'est une thèse qui s'abuit sur un secteur, une expertise. un réseau et une volonté, une ambition.
- Speaker #0
Et justement, c'est ce qu'on dit beaucoup, nous, à nos startups qui rejoignent le club, c'est bien sûr, on va aller chercher du financement, mais le plus important, c'est d'aller chercher des gens qui vont marcher et se battre avec vous. Et toi, je sais que c'est une condition sine qua non. Quand tu mets un euro dans la boîte, tu es avec elle, tu réponds au téléphone, même à minuit. Oui,
- Speaker #1
alors quand je ne dors pas, je réponds à minuit. Mais globalement, j'accompagne les boîtes dans lesquelles j'investis, c'est vrai. Pas toujours à la hauteur qu'elles aimeraient, parce qu'il faut être franc. C'est-à-dire que quand tu as 30 boîtes, de toute façon... et que tu en diriges déjà 5 ou 6 de ton côté, mécaniquement, tu ne peux pas, si en plus tu es un peu dans le sommeil, un peu du familial et du sport à l'occasion, tu ne peux pas, et puis en plus, moi, j'aime bien bouclier, etc. Donc, très franchement, je suis disponible, mais pas toujours disposé. Ou disposé, mais pas toujours disponible. D'ailleurs, ça marche même dans l'autre sens, à la vérité. Mais en tous les cas, je suis toujours concerné. Et donc... On m'envoie un SMS, je vais répondre. Et quand il y a besoin de se mobiliser, par exemple, là, tu vois, j'ai un cas concret. Une start-up qui m'a contacté aujourd'hui, qui a un besoin rapide de discussion. Bon, je ne pouvais pas aujourd'hui, je ne peux pas demain parce que je voyage une partie de la journée. Donc, on a pris rendez-vous dimanche soir à 18h. Voilà, et moi, je n'ai pas de problème pour ouvrir les créneaux horaires. Parce que de toute façon, la conséquence de tout ce que je viens de raconter, c'est que, évidemment, que tu vas bosser le samedi. Moi, je consacre beaucoup le samedi matin. aux startups, d'ailleurs, elles se marrent tout le temps en disant, bon, j'imagine que c'est samedi, elle me dit, on pourrait se parler, donc on arrive toujours à la conclusion que ça va être samedi, pourquoi ? Parce que la semaine, c'est dédié à mes boîtes et donc, je suis à fond là-dedans et il y a un truc qui est très important, c'est que c'est compliqué, en fait, de se défocusser et d'être bon immédiatement dans le sujet, tu vois, voilà, et donc, moi, j'aime bien, en fait, qu'il y ait des phases, quand je suis sur Fairmove, je suis à fond sur Fairmove, Double Sens et Traces Direct que je viens de racheter maintenant, etc., je vais, Je suis à fond là-dedans. Et me sortir de ça pour me mettre dans la pâtisserie numérique qui fait des imprimantes 3D pour produire des fonds de tarte et passer de ça à Palomano qui développe de la franchise ou à Ciao Ciao qui transforme des véhicules utilitaires en minivan. C'est à chaque fois des problématiques différentes, des prix, des niveaux de marge, des complexités de distribution, de production. qui sont très différents, il faut quand même 5 minutes pour se mettre dedans.
- Speaker #0
Il ne faut pas se défocusser tout le temps.
- Speaker #1
Et puis switcher, si tu veux, moi je suis très bon dans la capacité à switcher, mais ça nécessite quand même, encore une fois, ça nécessite un temps d'adaptation et une remobilisation de ton énergie pour une raison assez simple, c'est qu'on attend de toi des choses précises. Quelqu'un qui te pose une question, il attend une bonne réponse. Et donc, tout de suite, voilà, et c'est pas juste répondre, tu vois, en fait, si la réalité c'est de dire Je m'occupe de mes startups parce que je réponds à tout le monde. Ok, mais ce n'est pas, si tu veux, ce qui est important, c'est la qualité de la réponse. Ce n'est pas juste le fait d'avoir répondu.
- Speaker #0
Complètement. Et justement, tu as une histoire un peu amusante parce que tu as démarré dans le milieu des médias traditionnels, dans la presse papier. Ensuite, justement, tu as connu plutôt la presse numérique. Tu disais hier dans le discours justement de lever à Cube que tu croyais aujourd'hui beaucoup à l'incarnation par les entrepreneurs, un petit peu ce qu'on porte nous sur la Creator Economy.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Quelle est justement l'importance aujourd'hui que... que doit avoir un chef d'entreprise dans l'incarnation de sa marque, d'après toi ?
- Speaker #1
Moi, je pense que c'est fondamental. Je pense qu'aujourd'hui, tous les grands exemples de réussite qu'on connaît, donc récents, notamment dans les cosmétiques, dans un premier temps, donc Respire, et puis plus récemment, on pourrait y mettre aussi les secrets de Loli, donc de la Micheli. Donc voilà, c'est les boîtes qui ont été, dont tout le branding finalement, donc a été porté par l'entrepreneuse. qui a réussi à développer du storytelling autour de sa marque et à avoir des prises de parole de plus en plus importantes, de plus en plus médiatisées, qui ont donné une aura et un écho à des marques qui, sans ça, n'auraient pas eu, évidemment, ce rayonnement. La capacité de l'entrepreneur ou de l'entrepreneuse à incarner et à porter les valeurs de sa marque et à porter la parole de la marque, Voilà, donc... à donner la parole à la marque et à porter la parole de la marque en permanence, c'est un élément fondamental aujourd'hui de réussite à des coûts marketing moindres. Parce qu'évidemment, quand tu es L'Oréal et que tu mets beaucoup d'argent pour le lancement d'une marque, je pense que tu finis par y arriver. Mais si tu es Rihanna et que tu lances ta marque, tu as besoin de beaucoup moins de marketing que L'Oréal. Et du reste, L'Oréal va s'associer avec Rihanna. Parce qu'en plus, ils vont mettre tous les bons dans la même équipe. Et donc, quand toi, tu es en face de ça et que tu dois effectivement essayer de, si ce n'est de rivaliser, en tous les cas, d'exister et de développer, la prise de parole est évidemment un bon élément. Et donc, en fait, il y a un écueil important, c'est que. Un influenceur qui se lance dans le business, ce n'est pas la même chose qu'un entrepreneur qui prend la parole. Là, il y a une vraie frontière qu'il faut essayer d'expliquer. Il y a une ligne de démarcation qui est très claire. Moi, quand j'étais dans le tourisme, quand j'étais dans le tourisme de manière encore plus forte avec Easy Voyage, à une époque, j'ai commis un ouvrage qui s'appelle L'Esprit du Voyage. Je suis devenu écrivain. Des gens disaient, C'est formidable. Donc, tu vois, tu es un écrivain voyageur. Je ne l'ai pas du tout. Je suis un voyageur qui a écrit ce qui n'est pas la même chose. Tu vois, donc, entre l'écrivain voyageur et le voyageur qui a écrit un truc, ce n'est quand même pas la même chose. Donc, la réalité, c'est qu'aujourd'hui, on mélange un peu tout, tu vois, et que tout le monde, en fait, s'autoproclame dans toutes les positions et dans tous les rôles. Voilà, comme étant d'ailleurs aussi excellent partout. Tu vois, alors que moi, j'ai non pas l'humilité, mais je dirais la sagesse. Donc... d'avoir compris depuis longtemps que globalement, donc on n'était pas bon partout, qu'on ne pouvait pas avoir toutes les qualités, mais que par contre, on ne peut pas, on peut, entrepreneur en fait, c'est être pas forcément bon partout, mais c'est être nul nulle part. Voilà, ça c'est un élément très important de ma conception de ce que doit être un chef d'entreprise, c'est que je pense que tu ne peux avoir aucune impasse. Et donc, tu es plus ou moins à l'aise à l'oral, tu es plus ou moins en capacité de porter une marque, voilà, mais porter une marque, c'est pas seulement donc c'est pas seulement avoir de belles lettres, faire des beaux discours, etc. C'est surtout donc réussir à partager une sorte d'énergie vitale autour effectivement de ton projet et de ton produit qui va engager les gens derrière toi au travers effectivement d'une dynamique qu'on pourrait qualifier d'empathique autour effectivement de ton projet ou de ton produit.
- Speaker #0
Moi, il y a une phrase que j'aime beaucoup, que tu avais dit justement dans un de tes discours, c'est que ce qui est mieux que de vouloir son succès soi-même, c'est que les autres le veuillent.
- Speaker #1
Oui, ça c'est fondamental. Moi je pense qu'effectivement... entrepreneur, c'est la capacité à créer des supporters. Donc, à un moment donné, tu dois être porté par tes supporters. Moi, j'ai eu l'occasion d'assister à un match de Coupe d'Europe de l'OM, il y a des années, vers un tapis, et on a descendu les marches vers le coup d'envoi du match. Le stade tremblait, ça hurlait, etc. Et je me suis dit, donnez-moi un short et je vais courir, je vais rentrer sur le terrain. C'est-à-dire qu'il y avait une telle énergie, tellement portée, etc. Et je me suis dit, mais finalement, le business, C'est un peu ça. Le business, c'est créer autour de ton projet ou de ton produit la dynamique positive et de surfer cette dynamique. Mais avant de la surfer, il faut d'abord la créer. Et donc, ces supporters que certains appellent ambassadeurs, donc tu vois maintenant, il y a même un statut, donc des gens qui sont derrière la marque, c'est comme des militants dans un parti politique. Un parti politique sans militants, c'est un parti qui n'existe pas. D'ailleurs, c'est le gros problème des gens qui se lancent en politique. sans partie, c'est qu'ils mettent 10 ans à créer les gens qui vont aller mettre des affiches, porter la bonne parole, faire du porte-à-porte, etc. C'est ça, en fait, créer une communauté. C'est ça, créer des gens qui sont autour de ton produit. C'est finalement, aujourd'hui, considérer que la consommation, c'est un acte militant, que tes achats, c'est quasiment un bulletin de vote, et que tu peux orienter autour de valeurs la consommation en question.
- Speaker #0
Et cette créatoire économique, c'est l'un des piliers de l'accélération de Cube. Moi, je dis souvent... les startups elles meurent plus de manque de visibilité que de manque de cash et le manque de cash est corollaire à de manque de visibilité c'est ce qu'on se dit là mais en tant qu'investisseur qu'est-ce que tu réponds aux entrepreneurs qui ont peur de se montrer en se disant mais j'ai pas envie de devenir l'homme clé de ma boîte au point que du coup je puisse pas la revendre parce que je pourrais pas être passé.
- Speaker #1
Je leur dirais que Michel et Augustin ont vendu leur boîte à Danone quoi voilà et que Michel et Augustin c'est l'incarnation totale et complète parce que c'est même le nom des deux gars les prénoms des deux gars qui sont effectivement sur les barres chocolatées. Et aujourd'hui, est-ce que les biscuits à Michel et Augustin sont moins consommés depuis qu'ils n'y sont plus ? La réponse, elle est non. Donc, on peut être le trubillon de sa marque, on peut être l'incarnant de sa marque, et ça n'empêche pas la marque d'exister. Une bonne marque, c'est une marque qui va aussi, tel un enfant, à un moment donné, développer ses propres valeurs. Et donc, à un moment donné, tu peux aussi te dépasser par ta marque. Donc là, ce qu'on est en train d'expliquer, c'est qu'il faut une impulsion initiale. Et l'impulsion initiale, c'est effectivement l'énergie que toi, tu vas y mettre. Et je pense, pour répondre à ta question... que la vraie réponse, c'est t'as pas le choix, mon gars. C'est comme quelqu'un qui dirait moi, j'aime pas la comptabilité, mais on te demande pas d'être bon comptable, on te demande quand même, effectivement, d'avoir un compta organisé, de connaître tes chiffres. Donc, c'est comme quelqu'un qui dirait, moi, en fait, la production, ça me fait chier. Et si t'as des... Quand tu produis quelque chose, t'es bien obligé quand même de savoir comment il est produit et de t'intéresser à la mise en oeuvre de cette production. En fait, entrepreneur, encore une fois, tu ne peux être mauvais nulle part. Il faut, tu peux... C'est une forme de décathlon dans lequel tu n'as peut-être pas de niveau d'excellence dans les différentes disciplines qui te permettraient d'être que dans une seule, mais dans tous les cas, tu dois effectivement toutes les comprendre. Et pour être un bon chef d'orchestre, encore faut-il connaître les différents instruments. Tu ne dis pas d'un seul coup au contrebassiste, dis donc mon gars, ce n'est pas comme ça qu'il faut attaquer, etc. Tu vas lui dire pourquoi on ne peut pas attaquer le morceau comme ça, ou la symphonie comme ça, et donc pour ça, il faut évidemment s'y connaître aussi en contrebasse.
- Speaker #0
Et tu nous parleras dans quelques minutes. De la manière dont tu investis, tu disais hier justement que tu préférais investir sur les jockeys que sur les chevaux, parce que tu connais moins les chevaux que les jockeys. Juste avant ça, intéressant d'avoir ta vision sur la santé mentale des dirigeants. Tu dis, il faut être bon partout, ça tire beaucoup sur la corde, il y a beaucoup d'entrepreneurs qui finissent par être en burn-out et autres. Comment tu fais toi pour faire attention ?
- Speaker #1
Moi d'abord, j'ai la chance de ne jamais avoir été dans cette configuration-là, c'est-à-dire que j'ai connu des moments de souffrance entrepreneurial. important, où j'ai été dans des situations compliquées financièrement, et au point même de ne pas savoir si j'allais m'en sortir ou pas. J'ai même été contraint à une époque, il y a très longtemps, de racheter toutes les créances de la boîte avec un pourcentage de décote. Et donc, j'ai rencontré 330 créanciers à qui j'ai expliqué que j'allais racheter leurs créances avec une décote allant de 25% à 50%, avec des gens qui s'énervaient. qui certains même voulaient en venir aux mains physiquement, etc. Et donc, c'était un moment assez douloureux. Maintenant, je pense que les qualités que j'ai exprimées à ce moment-là sont celles qu'il faut exprimer quand c'est dur. C'est-à-dire que quand c'est dur, accélère. C'est-à-dire que la réalité, quand c'est dur, accélère. Et ça veut dire quoi, accélère ? Ça veut dire affronte les réalités. Je pense que le pire, en fait, c'est quand tu décroches. À un moment donné, le burn-out, c'est le fait, effectivement, de ne plus être en capacité d'affronter les choses. et quand tu commences à décramponner, c'est très dur de se remettre dans le jeu. Donc, quand c'est dur, affronte effectivement les réalités.
- Speaker #0
Comme un avion, il ne faut pas qu'il décroche.
- Speaker #1
Il ne faut pas décrocher. Et donc, tu as une vitesse de base à avoir et si tu commences à être sous la bonne vitesse, tu tombes et tu te scratches. Donc, ça veut dire quoi ça en d'autres termes ? Ça veut dire que tu dois analyser la situation, prendre les bonnes mesures et les mettre en œuvre. Et les mettre en œuvre, c'est douloureux. Licencier des gens, c'est douloureux. couper avec des fournisseurs à qui t'as promis mon émerveille, c'est douloureux. Moi, j'ai été en situation, des fois, d'appeler des gens et de dire, écoute, je vais me parjurer. Je ne me dis pas j'avais dit ça. Je sais ce que j'avais dit. Mais je ne peux pas tenir ma promesse. Voilà. Je suis... C'est quoi quelqu'un qui est en difficulté ? C'est quelqu'un qui ne peut pas tenir sa promesse. Il a engagé plein de gens. Il a promis à des salariés de les augmenter. Il a promis à des fournisseurs de pouvoir, effectivement, peut-être augmenter leur marge. dans les années qui vont venir, ou les quantités que tu vas pouvoir acheter, ou de maintenir une exclusivité avec eux. Et puis à un moment donné, tout ça ne marche pas. Ça veut donc dire que tu vas changer des choses. Et quand tu vas changer des choses, ça veut dire que tu vas renoncer à des promesses que tu as faites. Tu vas donc te parjurer. Accepter de se parjurer, accepter de revenir en arrière sur des choses qu'on a promis, ça fait partie effectivement du jeu, à condition d'être capable de l'expliquer. On en revient encore à la prise de parole. Tu vois, c'est-à-dire que tu appelles quelqu'un et tu lui dis, écoute... Voilà, aujourd'hui ce ne sont pas compliqués, ou effectivement donc j'arrête tout, ou je continue, ou j'essaye de passer, de m'en sortir, de sauver ce qui est sauvable, mais voilà les conditions auxquelles on va pouvoir le faire, tu vois, et toi, tu es partie prenante de ça. Le gars peut dire, mais attendez, moi je n'ai rien à voir là-dedans, moi vous m'avez demandé de vous livrer des trucs, etc., et puis finalement, des produits, et puis finalement, donc maintenant vous me dites que je dois, tu dis, d'accord, mais dès le départ, tu savais que je créais une boîte, je partais de rien, tu as cru en mon discours, tu as cru en ma vision. tu as cru en ma capacité à développer, je te demande de continuer à y croire. Simplement, il y a un passage qui est plus compliqué. Et ça, on le sait. On parlait ensemble ce matin du fait de réinvestir dans les startups, du réinvestissement. Quand on met 100 dans une startup, il faut toujours prévoir une poche de 50 pour remettre un peu plus tard. Parce que même si le business plan t'explique que tu n'auras pas à remettre, très souvent, le business plan s'est trompé. Et le business plan n'est pas une menteuse. Le business plan est une proclamation optimiste. d'un déroulé parfois contrarié.
- Speaker #0
C'est bien dit. Et alors justement, si tu continues d'investir dans des boîtes, c'est que tu crois dans les personnes qui les portent. Quelle est la qualité essentielle que tu regardes dans une émission comme Kevma, où il y a 3-4 minutes pour vous convaincre, dans un format comme Plan Cube, où ils avaient 1 minute 30 pour te convaincre, et que tu choisis d'investir dans Bounty, qui fait de la fidélisation client. C'est quoi la qualité du bonhomme, du jockey que tu regardes pour investir ?
- Speaker #1
Hier, j'ai dit qu'effectivement, en ce qui concerne Cube, dont j'ai investi donc euh avant tout sur toi plutôt que sur le projet parce que on peut se dire qu'effectivement donc que ton projet est un projet qui existe déjà qu'on a vu dans plein d'endroits et qui n'a pas un caractère d'originalité que de dingue et donc la réalité c'est que c'est pas l'originalité du projet qui est porté c'est son exécution dans ce que t'arrives à très bien faire, c'est à exécuter avec moins de moyens que d'autres des choses de grande qualité. Et donc, cette exécution-là, en fait, elle vaut, elle a une valeur fondamentale, mais elle est très liée effectivement à ta personne. En tous les cas, pour l'instant, on en revient, effectivement, est-ce qu'on peut se mettre en avant et à un moment donné s'éloigner ou en tous les cas faire vivre les marques indépendamment de toi. Encore une fois, il y a un très bon exemple dans l'histoire du business, c'est Branson. les marques s'appellent Virgin, c'est Branson qui les a popularisées mais on achète, elles continuent à vivre toutes et à se développer, certaines d'ailleurs meurent, donc indépendamment de lui donc il a donné l'impulsion initiale et puis après effectivement les boîtes ont leur vie donc en ce qui vous concerne, c'est effectivement l'exécution, parce que faire des vidéos il y a plein de gens qui peuvent en faire, trouver des formats et des programmes, il y a plein de gens qui peuvent en faire mais par contre, les tenir sur la durée et tenir de la qualité sur la durée c'est ce qu'il y a de plus compliqué, c'est-à-dire que être très bon trois mois, il y a plein de gens qui peuvent le faire. Faire en sorte d'être très bon trois ans plus tard, ça c'est beaucoup plus compliqué parce que ça correspond à des process, ça correspond à de l'investissement personnel, ça correspond à des sacrifices personnels, ça correspond à une exigence personnelle et l'exigence elle est avant tout vis-à-vis de soi et ensuite vis-à-vis de tes collaborateurs. L'exigence est souvent effectivement driver d'exemplarité. Quand le dirigeant est exigeant Merci. et à un niveau d'exigence intelligent et acceptable, les salariés ou les parties prenantes ont envie aussi de délivrer comme lui. Autrement dit, c'est rare qu'un dirigeant négligent arrive à engager des gens pour exécuter parfaitement, parce qu'il va dire « Attends, mais si lui ça n'intéresse pas, pourquoi moi je devrais porter le sujet ? » Donc, dans cette logique-là, se dire comment on identifie un bon entrepreneur, L'entrepreneur, c'est celui qui va... avoir le niveau d'exigence qu'on vient d'évoquer, qui va avoir la détermination pour passer les étapes les plus difficiles. Et donc, évidemment qu'il y a des moments compliqués. Donc, il faut se dire, mais est-ce qu'il aura les épaules ? Et dans « est-ce qu'il aura les épaules ? » , ce n'est pas qu'une question de charge mentale ou de capacité de résistance à la douleur ou à la difficulté. C'est une question... de priorisation des choses et de capacité à considérer que ton acte de développement de ta boîte est l'acte fondateur de ton existence et que c'est donc lui qui va être celui qui va être privilégié pendant un certain nombre d'années. Moi, je ne crois pas aux gens qui font 15 trucs. À un moment donné, il faut être capable de se dire, OK, pendant 3-4 ans, peut-être que je n'aurai pas une vie sociale qui sera celle que j'aurais pu espérer. Peut-être que je n'aurai pas des enfants tout de suite. Peut-être que je n'aurai pas les vacances que j'aurais voulu avoir, etc. Parce que pour l'instant, mon driver, c'est ma boîte. Et quand ma boîte va commencer à se développer et que c'est elle qui me portera et non plus moi qui la porterai. Parce qu'il y a ça aussi. Au début, tu portes ta boîte et après, on peut espérer que c'est elle qui va te porter un peu. À ce moment-là, il y a un point de bascule et là, tu peux commencer à raisonner un peu différemment. Et donc moi, ma question fondamentale, c'est à toute chose, il y a un prix à payer. Est-ce que cette personne qui est en face de moi est prête à payer le prix ? de ce qu'elle est en train de me raconter. Parce qu'en fait, des postures, des chiffres, tu vois, donc un storytelling, tout ça, donc, est bien gentil. Mais ensuite, il va falloir rentrer dans le dur. Voilà, et rentrer dans le dur, donc, c'est accepter d'affronter des difficultés, de passer, de traverser des moments difficiles et de renoncer, donc, à des choses positives qui peuvent te tendre les bras. Voilà, et donc, moi, je pense que l'entrepreneuriat, donc, ce n'est pas l'addition de plein de choses. positif, ce n'est pas l'accumulation de bonheur positif, c'est l'acceptation et le renoncement à pas mal effectivement de plaisir au profit d'une chose, le développement de ta boîte,
- Speaker #0
comme des parents se sacrifient pour que leurs gosses fassent des études Il y a une phrase que j'aime beaucoup dans un livre que tu connais sans doute qui est l'art subtil de s'en foutre, qui est très connu dans l'entrepreneuriat, qui dit la question ce n'est pas de savoir quel bonheur je veux atteindre parce qu'il est tellement éphémère et compliqué à comprendre que c'est plutôt pourquoi je veux souffrir, c'est un peu ce que tu dis là C'est ça. C'est une version de Schopenhauer. Exactement, il y a un peu de Schopenhauer là-dedans.
- Speaker #1
C'est clairement Schopenhauer. J'ai lu Schopenhauer avec délectation très tôt et ça m'a tout de suite convaincu que de toute façon, toute ma vie, je serai en décalage avec mes ambitions, mes envies et non pas mes besoins. J'ai des besoins assez modestes, mais j'ai des grandes ambitions. Je passe mon temps à être un frustré entrepreneur. Ça aussi, une leçon importante. L'entrepreneuriat, c'est l'école de la frustration. On passe notre temps à être en décalage avec ce qu'on aurait voulu être. Ça, c'est un élément extrêmement important à comprendre puisqu'on délivre toujours trop tard par rapport à ce qu'on aurait aimé. On ne lève jamais le montant d'argent qu'on aurait voulu avoir. On n'a jamais la valo qu'on aurait voulu avoir. On n'a jamais le nombre de pays qu'on aurait voulu avoir, le nombre de collaborateurs, etc. Et donc, globalement, on est toujours, toujours en décalage. Tu vois ? et ce qui est intéressant là-dedans, c'est que peu de gens comprennent ça, en fait, tu vois, donc j'intervenais une fois dans une école de commerce, et donc, à la fin... C'est le moment des questions. Quelqu'un dit, un garçon dit, mais comment on fait pour être Jean-Pierre Nadir ? Moi, je veux être Jean-Pierre Nadir. Je lui écoute. Quand tu es Jean-Pierre Nadir, tu aurais voulu être Marc Simoncini.
- Speaker #0
Pourquoi ? Parce que beau gosse, etc. Donc, les cheveux bien placés, etc. Et donc, le t-shirt boulant. Donc, t'aurais voulu être Marc Simoncini. Quand t'es Marc Simoncini, tu voulais être Xavier Niel. Parce que tu voulais, par exemple, être Jacques-Antoine Grandjean. Parce que c'était son pote, ils ont investi ensemble dans les startups. Et Grandjean, aujourd'hui, a mieux réussi que Marc, si on regarde d'un point de vue financier. Quand t'es Grandjean, t'aurais voulu être Niel. Parce que de leur bande, c'est Niel qui a la plus grosse réussite. Quand t'es Niel, tu voudrais être Bernard Arnault. C'est bon. Son beau-père est beaucoup plus riche que lui. Quand t'es Arnaud, t'aurais sans doute aimé Steve Jobs, parce que non seulement t'étais riche, mais en plus t'avais une portée mondiale, et t'étais une figure du business, donc éternellement reconnue. Mais quand t'es Steve Jobs, t'aurais voulu être Mandela, parce que t'aurais voulu avoir une portée haute que le business, t'aurais voulu avoir un impact sur le monde et sur la société. Quand t'es Mandela, t'aurais voulu être Gandhi, parce que là, Gandhi, ça restera le référentiel. Et quand t'es Gandhi, t'aurais voulu être le bon Dieu. Eh bien, comme j'ai compris que je ne serai jamais le bon dieu, je vais essayer de me contenter d'être Nadir.
- Speaker #1
Et cet étudiant, il s'est contenté d'être étudiant ?
- Speaker #0
Écoute, je lui souhaite en tous les cas d'être devenu lui-même, comme on dit, comme le veut maintenant la formule. C'est-à-dire que moi, je trouve que c'est bien d'avoir des, si ce n'est des héros en tous les cas, donc des images inspirantes, parce que c'est aussi un des termes de l'époque. Donc voilà, je pense que d'avoir des images inspirantes, c'est important. Maintenant, je pense qu'il ne faut pas les cantonner à une personne. Il faut les cantonner, il faut les additionner pour le coup. Et en plus, il ne faut pas les cantonner. uniquement à un domaine qui serait le business, il faut regarder partout. En fait, partout, il y a des images de gens performants et moi, j'ai toujours voulu, effectivement, ressembler à des gens comme ça, en sachant que je ne pourrais jamais atteindre l'excellence dans ces niveaux-là, mais que peut-être il y avait des sources d'inspiration intéressantes à reproduire. Donc, ce n'est pas infamant de se sentir attiré par des profils, par des parcours. Maintenant, je pense qu'effectivement, on considérait que c'est un absolu, c'est idiot, parce que comme je viens de l'expliquer, il n'y en a pas d'absolu.
- Speaker #1
Et c'est une quête permanente. Et aujourd'hui, ce qui t'amuse de plus, c'est plutôt de regarder du côté de la reprise d'entreprise. C'est ton grand combat. C'est là-dessus qu'on a beaucoup échangé ces dernières semaines, où on se dit, voilà, il y a 700 000 entreprises en France d'ici cinq ans qui vont devoir changer de main. C'est la plus grosse vague de transmission de richesse de l'histoire de l'humanité en France. C'est vrai. Ça représente des sommes astronomiques d'argent et d'enjeux économiques, des points importants de PIB. Pourquoi aujourd'hui tu te dis, OK, effectivement, j'ai vu aller 15 ans de Startup Nation, 10 ans actifs avec le président Macron. et aujourd'hui c'est peut-être... plus sympa de commencer à parler de reprise d'entreprise ?
- Speaker #0
Oui, alors ce n'est pas une question de plus sympa, c'est une question effectivement d'importance des enjeux en fait. C'est-à-dire que je pense qu'il était important de démocratiser l'accès à l'entrepreneuriat pour que tout le monde puisse considérer que c'était ouvert à tous. Pendant très longtemps, on a considéré que c'était un monde fermé, qu'il n'y avait que les gosses d'entrepreneurs qui pouvaient être entrepreneurs, au même titre qu'il n'y avait que les gosses de médecins qui pouvaient devenir médecins. Les gosses de profs devenaient profs, et donc on était dans la reproduction des élites de Bourdieu. où globalement, il fallait être né et bercé par un environnement pour pouvoir avoir le droit de s'y épanouir. Bon, moi, j'ai toujours pensé le contraire, parce que j'ai créé ma première boîte il y a maintenant très longtemps, et qu'à l'époque, les startups n'existaient pas, et qu'entreprendre dans les années 86, qui était le début de l'entrepreneur, 80-88, c'était évidemment... beaucoup plus compliqué parce que ça n'existait pas des jeunes qui entreprenait toi je sais que tu es très jeune donc j'ai appris de faire ton âge donc ça m'a ça m'a épaté je pensais que tu avais au moins dix ans plus donc ça mais c'est très bien de prendre très jeune comme ça et donc c'est mais c'est parce qu'aujourd'hui il ya des exemples et que donc c'est possible moi à mon époque c'était quand même très très compliqué quand je donnais mon âge vous voulez pas ouvrir de comptes en banque c'était une époque assez...
- Speaker #1
Il n'y avait pas de vidéo sur Youtube pour comprendre il n'y avait aucune vidéo,
- Speaker #0
il n'y avait rien il n'y avait même pas il n'y avait pas internet donc les gens ne s'imaginent pas ce que c'est que la vie sans internet ou avant internet, pas sans parce que c'est autre chose la vie avant internet c'est-à-dire l'accès à l'information c'était à chemin de croix et donc c'était très compliqué de pouvoir effectivement de devenir expert dans un domaine parce qu'il te fallait aller dans une bibliothèque Merci. rassembler effectivement toute la documentation, en faire une synthèse, c'était un boulot comme ça, et puis il fallait aller dans plein de bibliothèques, parce que quand tu t'adressais à un sujet qui était assez diffus, et bien il fallait aller parfois même à l'étranger, etc. C'était à l'époque, les thésards, donc les gens qui faisaient des thèses, ils passaient parfois, moi quand j'étais à la fac, donc j'avais, ma première année, quand j'étais, j'ai eu ma chambre à la CTU, qui était ma deuxième année d'école de pub à Paris, Il y avait un gars qui avait 40 ans, qui était en doctorat d'État, Gérard Bigré, s'il nous écoute, je le salue. Donc, il faisait une thèse d'État en philo. Le mec, il avait 40 balais. Alors, il faisait un truc hyper ponctu, etc. Mais très bien, mais globalement, tout ça, effectivement, était hyper compliqué. Aujourd'hui, on a facilité l'accès à l'information. Et donc, c'est vrai que quelqu'un qui se débrouille, qui est alerte, donc avec tous les outils à disposition, il peut très vite rassembler énormément de data. Donc ça, c'est vrai que c'est très différent et ça permet évidemment de commencer à développer une expertise sur un certain nombre de sujets et d'approfondir des sujets. Et donc moi, ce qui m'intéresse dans cette idée de la reprise d'entreprise, c'est que globalement, maintenant qu'on a démocratisé l'accès aux startups et qu'on a débridé le modèle et qu'on l'a popularisé, en fait, je pense que... On a peut-être été un peu trop loin dans l'idée qu'on a rendu très sexy. à création d'entreprise, parfois au détriment de pas mal d'autres modèles. Moi, je fais beaucoup d'interventions dans des clubs entre réseaux entreprendres, donc clubs de business type Rotary ou Ronald Business Club, etc. J'ai intervenu d'ailleurs à Angers au congrès UPI, donc un peu dans un cadre similaire. Et donc, j'échange avec des dirigeants et j'interviens, je partage mon expérience. en même temps je... Je l'échange avec des dirigeants. Et j'étais à Saint-Etienne récemment, pour les 25 ans du réseau Entreprendre Loiret. Je suis intervenu devant, je crois qu'il y avait 500 dirigeants d'entreprise. Et je chantais bien au départ une salle qui était un peu hostile. Pourquoi un peu hostile ? Parce que j'incarnais les startups, le côté paillette un peu de l'entrepreneuriat, la télé avec M6. Tout ça était un peu mélangé. Et quand je leur ai parlé de Sueur, de Labeur et de Freyeur, Là, ils se sont un peu reconnus. Ils ont dit, mais il parle comme nous, ce gars-là. Et on est arrivé assez rapidement à la reprise d'entreprise. C'est-à-dire qu'en moyenne, ces gens-là, ils ont entre 55 et 65 ans. La plupart n'ont pas préparé leur succession. Ils n'ont pas de successeur parce qu'ils n'ont pas réussi à convaincre leurs enfants que c'était intéressant de reprendre leur boîte et parfois à dessein parce que l'un d'entre eux me disait, ma fille est médecin. mon fils fait de la musique ou je ne sais pas quoi, très bien, donc ils n'avaient rien à voir avec le reprendre la boîte, ça ne leur plaisait pas, et donc l'offre qu'il proposait n'était pas du tout adaptée, et donc il n'a pas de successeur. Il travaillait avec sa sœur, sa sœur n'avait pas non plus de descendant, en capacité de reprendre la boîte, et donc il se pose des questions, il dit mais qu'est-ce que je dois faire ? Et donc si à la fin, la réponse c'est, Bah écoute... tu vas arrêter parce qu'en fait, il n'y a personne pour reprendre ta boîte. Donc, c'est un pont de l'économie française qui peut disparaître. Tu as rappelé les chiffres, 700 000 entreprises. On sait qu'il n'y en a pour l'instant qu'une sur trois qui trouvent un repreneur. Alors évidemment, il y a plein de caractéristiques. On sait que dans ces 700 000 entreprises, il y en a 600 000 qui ont moins de 10 salariés. Donc, on est plutôt sur des entreprises petites. On est sur de l'ETI, donc on n'est pas encore sur de la PME. Mais ça veut dire quand même que s'il y a 750 000, il reste 150 000. PME, qui, elle, c'est un destin, tu vois, et qui devrait, effectivement, donc, le trouver, à défaut de quoi ? Ben, c'est des territoires, donc, qui sont en danger, hein, on l'a bien vu aujourd'hui avec la ruralité, donc, tous ces commerces qui ont fermé, donc, dans diverses communes, ben, c'est un peu la mort des villages, quoi, donc, et les mairies vont essayer de réinstaller, donc, de l'énergie, donc, en remettant un café, donc, en essayant de créer des... des moments de rencontres, des lieux d'animation, etc. Et donc, à ce titre-là, on a un vrai sujet aujourd'hui qui est comment préserver ces boîtes dans un pays où on t'explique que non seulement il faut plutôt en créer et que maintenant, il faudrait les créer ailleurs. Moi, je suis dans une dynamique où je me dis, il vaut mieux en reprendre et les reprendre ici. Alors évidemment, c'est un challenge. Mais en tous les cas, c'est une posture qui est un peu excitante parce que finalement, c'est le contre-pied de tout ce que les gens t'expliquent. Voilà. Et que j'ai contribué à expliquer, puisque moi-même, je le trouvais très sympathique, donc d'investir dans des startups. Donc je ne dis pas qu'il ne faut pas le faire. Je dis que ça ne doit pas se faire au détriment d'eux. Voilà.
- Speaker #1
Mais c'est vrai que c'est plutôt cohérent avec ce que tu disais, à savoir que moi, j'ai pu lancer mes boîtes, j'avais entre 15 et 18 ans quand j'ai commencé à faire bidouille. Et puis à 20, 21, quand j'ai commencé à pouvoir gagner un ou deux euros et sortir des salaires plus tardivement, je pouvais parce que j'habitais chez mes parents. Ce n'est pas la même tâche de maturité de vouloir reprendre une entreprise. Un bonhomme de 40 piges peut le faire en étant payé tout de suite.
- Speaker #0
C'était une technologie qu'on avait intéressante. Et donc, ce que tu viens de dire, c'est qu'en fait, si tu veux, il y a toute une expertise aujourd'hui qui n'est pas à disposition, parce que globalement, elle est cantonnée à essayer d'assurer un train de vie plutôt qu'effectivement d'assurer une réalisation personnelle, donc une capacité à mettre en œuvre des sujets peut-être plus ambitieux. Et donc... il faut qu'on explique à ces gens-là de 45 ans qui ont des bons salaires et qui ont un train de vie que créer une boîte, évidemment, c'est du risque et c'est parfois deux, trois années sans se rémunérer. Alors que reprendre l'entreprise, c'est déjà rentrer dans un environnement où il y a déjà des salaires à distribuer. L'entreprise qui gagne de l'argent rémunère déjà son dirigeant. Donc peut-être que le salaire est moins important que celui que tu peux toucher dans une entreprise du CAC 40, mais tu vas vite effectivement te... te refaire, si je puis me permettre de parler comme ça, tu vois, donc ainsi, en développant l'entreprise et en créant de la valeur. Et donc, quelque part, tu vas à la fois avoir un train de vie minimal qui te rassurait, et en même temps, effectivement, créer de la valeur sur les actions de la boîte que tu vas faire fructifier. Voilà, et donc, je pense qu'en plus, aujourd'hui, il y a tout un tissu économique, donc français, autour de ces entreprises PME, de banques, de fonds d'investissement, etc. qui sont intéressés pour investir dans des boîtes aux côtés de repreneurs. Il leur faut le repreneur. Eux, à la limite, ils ont l'argent. Tu as les repreneurs qui ont la boîte. Ce qui nous manque maintenant, c'est les repreneurs. Créons une génération de repreneurs. On a créé des générations de start-upeurs dont tu es l'incarnation. Créons maintenant des générations de repreneurs.
- Speaker #1
Et justement, ta vision pour finir sur ce podcast, Jean-Pierre, de l'entrepreneuriat français. Il est souvent adulé des fois, critiqué par d'autres en disant le pognon de dingue qu'on a mis de l'État pour amorcer des licornes qui aujourd'hui ne sont plus des licornes et des valorisations absurdes versus les États-Unis et tout. Je sais que toi, tu aimes bien la France, il y a plein de réussite en France. Quel regard tu portes, disons, après ce mouvement-là sur l'écosystème francophone ?
- Speaker #0
Moi, je pense que ça a été une bonne chose, encore une fois, de décloisonner le monde de l'entrepreneuriat et de le rendre effectivement sympathique. et surtout possible aux yeux des Français. Maintenant, je pense qu'on a été trop loin dans le possible, parce qu'en fait, on est parti d'un principe que, en fait, si tu veux, tu peux. Malheureusement, non. Et donc, il y a plein de gens qui veulent, mais qui ne peuvent pas. Et c'est mieux de le savoir assez vite. Ça évite effectivement de perdre du temps, et surtout donc beaucoup d'argent. C'est-à-dire que, grosso modo, tous start-upeurs, c'était aussi bête que de dire que personne ne peut l'être. Donc, il y a une voie intermédiaire, et je pense qu'on est en train de rééquilibrer. Ensuite, il y a eu Tous en France. Et maintenant, il y a tous hors de France. Et donc ça, je trouve aussi que c'est tout à fait excessif. La France, évidemment, donc un certain nombre de défauts qu'on connaît et qui sont en train peut-être de s'accentuer. Donc il ne faut pas le nier. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, l'environnement politique instable nuit évidemment à la confiance et à la motivation des entrepreneurs. C'est une évidence. Et donc aux investissements, puisque le corollaire, c'est quand tu n'as pas confiance, tu n'investis pas, tu es prudent. Et donc il y a un tas d'entrepreneurs que je connais qui coupent. leurs investissements en disant j'attends de voir ce qui va se passer. Moi, je pense malgré tout que la France reste un grand territoire pour créer et développer et donc aussi reprendre des entreprises. Pour quelles raisons ? La première, c'est qu'on a un très bon niveau de formation. Et donc, des pays où il y a un très bon niveau de formation, il n'y en a quand même pas avec Tivon tant que ça. Alors on dit oui, on recule dans les classements PISA, etc. Très bien, mais la vérité, c'est qu'on forme quand même des esprits chaque année, des esprits plutôt bien faits, structurés. et qui ont envie, effectivement, d'avancer. En France, il y a une belle énergie. Elle s'exprime parfois mal quand les mecs brûlent des bagnoles le 31 décembre, mais globalement, cette énergie-là, franchement, elle ne demande qu'à s'exprimer positivement. Moi, je pense que quand on parle des gens de banlieue, des jeunes qui seraient en rébellion, etc., faisons de cette colère un vecteur positif. Transformons la colère en énergie positive. arrêtons effectivement de nous apitoyer le problème c'est qu'on passe notre temps à expliquer que les pauvres chéris mais non il faut dire aux gens allons-y on se bouge les gars on a les moyens d'y aller et prenons les bons trains et suivons les bons exemples et il n'y a pas de gens qui doivent être disqualifiés tout le monde a le droit de rentrer dans le game d'ailleurs des boîtes comme la tienne permettent ça parce que dans l'audiovisuel tu peux rentrer avec des codes différents d'ailleurs on voit bien que Merci. Plein de grandes figures aujourd'hui qui incarnent la France et sont plus visitées par les Français. Ce sont des gens qui sont rentrés avec des codes très différents. Jamel a incarné l'humour à la française. Il est rentré, si je ne m'abuse, sans diplôme et sans réseau. Juste, effectivement, avec son culot. Donc, Omar, Omar. Omar et Fred sont aussi des bons exemples et donc on voit que on peut arriver de partir de pas grand chose et arriver très haut, y compris dans les carrières internationales, donc voilà, je pense qu'il y a plein de gens qui, on peut citer Yannick Noah qui est toujours dans les classements des français préférés des français préférés, si tu veux Goldman, donc voilà, on voit qu'en fait on a la société française qui est représentée dans ces classements Donc finalement, la France est un pays où justement, on voit bien que tout le monde a sa chance. Et en plus, ça plaît aux Français que les gens réussissent. Donc l'idée que la réussite finalement n'était pas une valeur française, là aussi, me semble être totalement fausse. Donc moi, je pense que si tu veux, d'ailleurs, quand on reprend effectivement le clem de la France, liberté, égalité, fraternité, tout ça est très bien, mais il manque un mot, c'est responsabilité. Voilà. Il suffirait de rajouter ce mot et on change complètement la logique des choses. C'est-à-dire qu'évidemment, on peut donner de la liberté, on peut être à égalité, on peut fraterniser à condition que tout le monde soit dans un sentiment de responsabilité. Voilà, parce qu'il ne s'agit pas de prendre... de décraser les autres. Il ne s'agit pas effectivement de ne pas donner sa chance à tout le monde, bien au contraire, mais à condition qu'on soit dans un jeu qui soit à peu près cohérent et que l'on évite un certain nombre d'effets collatéraux négatifs qu'on connaît aujourd'hui. Et donc, quand on revient aux bénéfices de la France, j'ai dit effectivement la formation, on a aujourd'hui tous les leviers d'accompagnement quand on veut créer ou reprendre l'entreprise, donc entre les CCI, les CMA, les LL. la BPI, les banques régionales qui sont aussi extrêmement actives, les différents clubs qu'on a déjà évoqués, tel le réseau Entreprendre, etc. Donc on peut être accompagné. On peut trouver des investisseurs assez facilement sur des premiers tours grâce au modèle de réemploi qui a été mis en place, où en fait, il faudrait expliquer le réemploi. Donc lorsque tu fais des plus-values, tu peux être exonéré d'une partie de ces plus-values. Il faudrait l'expliquer à Zugman. Voilà, donc, les plus belles, qui ne sont pas imposables, c'est parce qu'on va devoir réinvestir dans des boîtes. Et donc, on prend des risques et ce n'est pas gagné. Et jusque-là, on n'a pas encore gagné de l'argent. Puisque l'argent, si tu veux, tu ne l'as pas utilisé pour t'acheter un yacht. Contrairement à une espèce de mythe urbain qu'on nous a aussi vendu. Troisième élément, quand tu es en France, tu peux exploiter la marque France. Et moi, je pense que ça, c'est une chose qu'on ne fait pas assez. C'est un élément qu'on ne met pas assez en avant. Il y a un entrepreneur en France qui a tout compris de ce point de vue, c'est Bernard Arnault. Eh bien, moi, j'invite tous les autres à faire de même et à dire je produis en France. Donc, je bénéficie de l'expertise française, du niveau d'excellence français, du supplément d'âme poétique français, de toute une école française qui s'exporte très bien à l'étranger. Voilà, donc le... La France, ce n'est pas que les French fries et le French kiss, c'est aussi effectivement le French business qui peut tout à fait s'exporter partout dans le monde. Et d'ailleurs, tous ceux qui critiquent la France en étant partis ailleurs, exploitent leur business en France. Donc, il serait quand même à un moment donné assez rééquilibrant de se dire que, OK, on doit améliorer les choses en France, mais ça, ça s'appelle la politique. Et donc, n'ayons pas peur en tant qu'entrepreneur de prendre la parole. Aujourd'hui, il y a une espèce aussi de mouvement d'entrepreneurs qui pensent qu'un président entrepreneur serait bien meilleur. Mais je pense que moi, je pense complètement que le contraire. Je pense qu'en rien, il serait meilleur parce que le lendemain, il se rendrait compte que c'est impossible de faire avancer les choses. Et donc, globalement, ce n'est pas l'entrepreneur qu'il nous faut. Donc, c'est quelqu'un qui va réussir. Donc, c'est un Churchill. C'est quelqu'un qui va dire qu'un programme qui sera du sang et des larmes et qui va réussir sur un programme comme ça à engager le pays. sinon ce sera la guerre civile donc prendre des mesures c'est facile et dire on coupe ici, on coupe là etc mais le lendemain les conséquences vont faire que les gens vont pas l'accepter et que tu crées les conditions d'une guerre civile donc prendre des mesures n'est pas suffisant dire c'est facile je couperai mais tout le temps c'est où, il faut couper mais comment mettre en oeuvre sans chaos social ça c'est un vrai sujet, en France aujourd'hui c'est pas l'entrepreneur qui peut qui peut réparer 30 ans ou 40 ans d'absurdité. C'est un vrai politique, alors qu'il n'est peut-être pas issu des rangs de la politique. Ça, c'est un autre, effectivement, d'Odea. Mais c'est quelqu'un qui vient avec une vision, effectivement, suffisamment forte pour se faire élire. Ce qu'il faut, c'est avoir la force de ton élection. Et donc, il faut se faire élire avec un programme qui ne soit pas un programme de concession permanente et de redistribution, parce que ça, c'est effectivement facile. Alors, moi, je suis étonné que Elephi, ne fasse pas plus d'attention de vote. Puisque dire à tout le monde on va redistribuer, on va redistribuer, on va redistribuer, à la fin, il devrait vraiment... Je trouve que Mélenchon, finalement, on dit qu'il est bon. Finalement, il n'est pas si bon que ça. Parce qu'avec un tel programme de distribution, il devrait déjà avoir dépassé les 35%. Tu vois ? D'ailleurs, c'est ce qui fait que l'ERN, lui, a intégré ce programme un peu socialiste, donc sur le modèle économique, pour dire mais nous aussi, on redistribue, on redistribue. On redistribue. Et au milieu... Moi, je cherche l'homme providentiel qui va m'expliquer que non seulement on ne va pas redistribuer, on va moins redistribuer, mais on va effectivement couper en essayant de préserver un certain nombre de choses, mais en mettant aussi ce pays dans la bonne dynamique, c'est-à-dire en remettant le mérite au cœur du débat. Aujourd'hui, on est dans la politique de l'excuse permanente, alors que moi, j'ai toujours privilégié le mérite. Je trouve que la beauté de l'individu, c'est sa capacité à s'élever. par l'effort. Aujourd'hui, on est dans une espèce de renoncement où tu as même effectivement des éléfices qui t'expliquent maintenant, on va faire la semaine de 15 heures. C'est-à-dire qu'on a créé les conditions, en fait, pour expliquer que le travail, ce n'était pas beau, que le travail, c'était infamant, que le travail, c'était une servitude, alors que pour moi, le travail, c'est une élévation. Moi, je dois tout au travail. Et tous les sujets qui m'intéressent, je considère qu'il faut travailler pour s'améliorer. Donc, voilà ma France. Voilà la France que je défends. Voilà la France que j'aime. Et voilà la France qui me semble être un bon terreau pour pouvoir reprendre des boîtes, les développer en France, mais aussi à l'export, en bénéficiant d'une marque très forte, la marque France.
- Speaker #1
Et d'ailleurs, tu as une super anecdote sur la marque France, France.com. Tu en parles sur les réseaux. Je mettrai les réseaux de Jean-Pierre en description pour ceux qui veulent creuser un peu le personnage. Merci d'avoir, de t'être assis sur ces fauteuils à cube, Jean-Pierre. Et de toute façon, on se revoit très vite.
- Speaker #0
À très bientôt. C'était un peu court.