Description
Le mouvement nationaliste corse a muté.
Des conférences de presse clandestines du FLNC, dans le maquis, sous les lumières bleutées des lampes à gaz, aux sièges capitonnés de la Collectivité de Corse, de l'Assemblée nationale, et même du Sénat.
Aux dernières territoriales, 68 % des suffrages.
Cette hégémonie électorale n'est pas tombée du ciel. C'est le résultat d'un long processus de politisation.
D'un côté, les actions de terrain. De l'autre, la culture.
Des associations, des militants, des acteurs culturels, rassemblés derrière un mouvement : le Riacquistu.
Les années 70. La langue qu'on réapprend, les chants qu'on remet debout, un imaginaire, des codes, une manière de se tenir.
Cinquante ans plus tard, leur vocabulaire est devenu celui de tout le monde. Décentralisation, corsophonie, protection du foncier.
On en tire une formule facile : tout le monde est nationaliste, donc plus personne.
La formule sonne juste. Elle est fausse.
Le vocabulaire s'est diffusé, pas le projet politique.
Dans les 68 %, la conscience nationale au sens politique reste probablement minoritaire.
Premier revers de l'hégémonie : gagner, c'est se fondre.
Second revers : ce vocabulaire devient récupérable.
L'extrême droite française, longtemps centralisatrice et hostile à tout régionalisme, s'y est mise.
Elle parle identité, enracinement, préférence. En juin, à l'Assemblée, le Rassemblement national a combattu la clause d'égalité inscrite dans le texte d'autonomie, au motif qu'elle interdisait la préférence régionale.
Défendre une identité régionale peut servir de marchepied à un projet qui n'a rien à voir avec elle.
Pour en parler, Jean-Louis Fabiani, sociologue, directeur d'études à l'EHESS, ancien directeur régional des affaires culturelles de Corse de 1988 à 1991, auteur de plusieurs ouvrages sur la société corse.
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