- Speaker #0
Bienvenue dans DanceLab, le podcast dynamique et éducatif où la passion de la danse rencontre le monde de l'entrepreneuriat, du bien-être, de la santé mentale et bien plus encore. Des conseils, des histoires, des conversations captivantes avec des experts et des personnalités, où recommandations et partages d'expériences enrichissent le quotidien des danseurs et pas que. Je suis Maywen Bramoulé, danseuse professionnelle aux multicasquettes, passionnée de danse depuis toute petite, ayant pour objectif de lever les voiles sur les fantasmes et les clichés du métier, en vous partageant toutes les facettes, les difficultés, les richesses et les challenges que ce métier comporte. Si cet épisode t'a plu, n'hésite pas à le partager autour de toi, à me laisser une note et un commentaire sur Spotify ou Apple Podcast, et si tu souhaites participer au podcast, écris-moi ! Tu parlais d'Instagram, du coup, un peu, enfin, des réseaux sociaux. Il y a quoi derrière les photos qu'on peut voir sur Insta, les spectacles et les tournées ? Parce qu'on le sait, tu vois, tu disais, on parlait des paillettes. On a un métier d'image. Donc le but, c'est aussi de vendre ce qu'on sait faire le mieux. Et en même temps, on sait bien que parfois, on ne fait pas un contrat dans l'année. Celui-là est le seul qu'on monte sur Instagram, on en fait d'autres. Et donc, il y a quoi aussi derrière cette réalité ?
- Speaker #1
Instagram, c'est un peu notre deuxième CV. En tout cas, le CV auquel tout un chacun a accès hyper rapidement. Deux clics, c'est bon, tu es sur la page de la personne et tu vois tout ça. Donc, je pense que ces postes-là, effectivement, ils sont faits pour être aussi le plus attractif possible et puis pour montrer, faire une petite vitrine. Donc, je pense que c'est important. Instagram, c'est un média important aujourd'hui. Et puis, si on l'utilise, il faut l'utiliser bien, je pense. Mais il faut... pas se leurrer sur ça, sur les à-côtés, les jobs que tu montres moins, qui sont plus alimentaires parfois, ou parce que non plus, on n'est pas... Enfin moi, Instagram, c'est une petite vitrine pour moi, mais je ne suis pas du tout accroché, c'est pas du tout un truc qui me... J'aime bien le voir comme une petite capsule, comme ça, mais commencer à faire des... Comment on dit ça ? Des...
- Speaker #0
Oui. Calculer,
- Speaker #1
tu vois, à quelle heure je vais poster, combien de postes il faut que je fasse par semaine pour que mon algo soit... Moi, je suis déjà fatigué de ça. Moi, j'ai 37 ans. Donc, en fait, je vais encore de la génération qui... Moi, je n'ai pas commencé avec Instagram. Il n'y avait rien. Moi, quand j'étais au Ballet Junior à Genève, il y avait quelques sites d'audition. C'était tout. Et pour voir le travail des personnes, il fallait connaître le nom de la personne, le taper sur YouTube, voir des vidéos, alors tu tapais le nom des grosses compagnies pour lesquelles j'allais auditionner à l'époque, et tu pouvais aller sur leur site, t'avais leur répertoire, tu prenais les noms du répertoire, ok lui, tu tapais sur Youtube, enfin, c'était tellement complexe pour avoir accès, tu vois, à du contenu, et voir ce qui te plaît, donc en fait, il y a beaucoup, tu vois, sur Instagram aujourd'hui, je trouve qu'il y a, enfin... je vais faire mon vieux con, mais je trouve qu'il y a trop, il y a un peu trop pour moi de danse. Il y a un peu trop, c'est tellement simple pour du devoir de la danse, c'est trop bien qu'elle soit démocratisée, qu'elle soit visible par beaucoup de personnes, parce que ça fait aussi qu'il y a plein de gens qui s'y intéressent plus, ça c'est génial, mais du coup, je trouve que tu vois, on perd un peu en individualité, je trouve. Il y a plein de choses qui se ressemblent, plein de profils qui se ressemblent, et du coup, derrière ces posts, derrière ces photos sur Insta, Euh... Des fois, je trouve qu'on peut parfois un peu manquer d'authenticité sur certaines choses.
- Speaker #0
Tu trouves que les réseaux ont changé la manière dont on regarde la danse ?
- Speaker #1
Oui, dans les deux sens. Je trouve que pour le public, pour le grand public, c'est du coup une fenêtre d'accès plus simple, plus direct. Et ça, c'est cool parce que du coup, je pense qu'il y a beaucoup plus de gens aujourd'hui qui ne sont pas du milieu et qui vont voir de la danse parce qu'elle leur est plus accessible via les réseaux. Mais pour nous en tant que danseurs, j'ai l'impression que c'est un peu plus dur de développer ce côté très personnel qu'on a. Le mimétisme, il est normal. C'est complètement normal quand tu kiffes ce que tu vois, de se faire un peu... Ça rentre dans ton corps et en fait, t'as envie de tester ça. Et naturellement, tu te mets à bouger comme ça. Comme quand t'es sur un gros contrat pendant je sais pas combien de temps avec un chorégraphe. La gestion de ce chorégraphe, tu la travailles tellement que du coup, quand tu te mets à improviser, elle rentre dans ton corps et après, tu la traînes avec toi pendant un moment, ce qui est super. Mais du coup, on voit à quel point ça peut changer ton mode de fonctionnement. Et donc du coup, sur les réseaux, c'est ça, je pense qu'il y a aussi ce côté-là qui est du coup un peu moins positif pour moi, même si ça fait naître des danseurs extraordinaires plus jeunes, plus tôt. Parce qu'à force de manger de la danse toute la journée, ton corps se forge avec ça. et Puis tu vas en studio et puis tu travailles beaucoup plus tôt, enfin plus tôt que nous à l'époque quoi. Donc ça fait naître de belles choses. Mais je trouve que c'est un peu plus dur maintenant de différencier des fois les interprètes et les danseurs. J'ai l'impression qu'on voit beaucoup de gens bouger un peu pareil. Et ça fait vieux con ce que je dis.
- Speaker #0
Non mais je suis d'accord avec toi, il y a des effets de mode aussi.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Tu vois on parlait du Hills tout à l'heure, c'est une très belle danse, c'est trop bien, ça permet de peut-être retrouver confiance en soi. ou d'aller travailler, mais au-delà de tout ce qu'on peut voir, de dire « Waouh, tu déchires, tu slay, etc. » Derrière, il y a les positions, il y a avoir une bonne technique jazz et classique si tu veux faire des tours proprement. Faire une jolie descente au sol, ça demande un certain gainage, une certaine position de ton corps. Et je pense qu'il y a tout ça aussi qu'on ne voit pas. Et donc on est là, on se dit « Ouais, trop bien, je vais prendre ce cours. » Super, va, fonce, éclate-toi, mais n'oublie pas que derrière, si tu ressors de ce cours en n'ayant pas « slay » la chorégraphie, C'est peut-être qu'il y a des choses aussi techniquement à travailler. Et je pense qu'il y a cette partie-là un peu aussi qu'on oublie avec ce qu'on peut voir sur les réseaux, un peu le produit qu'on a envie de consommer. Mais en fait, derrière, il y a un vrai travail.
- Speaker #1
C'est ça, il y a un vrai, vrai travail. Et puis, il y a des passages, je n'ai pas envie de dire des passages obligés parce qu'après, tous les parcours sont différents. Mais il y a quand même, comme tu disais, c'est très important, des bases à avoir pour faire tout un tas de choses et pour plein de styles différents. Et ça, c'est important, je pense.
- Speaker #0
Oui, je parle du hills, mais ça peut être, je sais pas, moi, les accros, ça peut être la casquette, ça peut être le contemporain, ça peut être le break. Tout paraît. On est tellement, comme on dit, dans un métier d'image que du coup, il faut qu'on montre que ça a l'air facile. Et c'est trop bien parce que du coup, ça veut dire que nous, en tant qu'interprète, on a tellement travaillé pour que ça ait l'air facile que ça marche. Mais quand on est spectateur ou qu'on a envie d'essayer une discipline, il ne faut pas oublier que ce n'est pas si simple que ça, que pour certains danseurs-danseuses, il y a 20 ans derrière de travail.
- Speaker #1
Mais c'est clair.
- Speaker #0
Pour réussir des figures, par exemple.
- Speaker #1
Ah, mais complètement. Même en contemporain, je le vois. Maintenant, le contemporain, c'est tellement large, tu vois. C'est un spectre hyper large. Et donc, du coup, t'as plein de gens. Et t'as des gens aussi, t'as des autodidactes qui arrivent et qui sont fabuleux parce que c'est des poètes finis. Ils ont un truc en eux. C'est magnifique et c'est génial. Mais, tu vois, maintenant, tout un chacun veut bouger. Et puis, le gaga a tellement pris de place. Il y a tellement de mode avec ça, qui est super. Mais, du coup, il y a plein de gens qui bougent pour eux comme ça, qui développent une matière et qui... Tu les vois, c'est très beau. Mais des fois, après, quel est le bagage derrière ? Elle est où la force ? Et puis, il y a vraiment un certain background qui se forge et qui est hyper important. Des fois, on peut faire sans, c'est clair. Mais je pense qu'il ne faut en tout cas pas... C'est quoi le mot ? Il ne faut pas...
- Speaker #0
Sous-estimer ?
- Speaker #1
exactement sous-estimer il ne faut pas sous-estimer la force d'une formation la formation elle t'apprend tellement de niveaux rien que le corps, comment se forger le corps des appuis solides, comment tes articulations elles sont travaillées pour vraiment te permettre de faire plein de choses et puis le mental je pense que c'est pareil pour certains acteurs aussi ceux qui sont passés par un parcours conservatoire etc ou des grandes écoles et et Et quelqu'un qui arrive un peu comme ça, un peu fabuleux, qui prend la light comme personne, mais tu vois, est-ce qu'à un moment donné, il n'y a pas quelque chose qui se... Tu vois, est-ce qu'il ne faut pas réguler quelque chose ? Parce que je pense qu'il y a des gens, des bêtes sur les deux parcours. Mais en tout cas, je pense qu'il ne faut pas sous-estimer ça, parce que même en termes de mental, de mindset, de comment, moi, tout au long de ma format, que ce soit à EPC ou au Ballet Junior, tu apprends aussi cette rigueur. Cette rigueur-là, cette rigueur d'être là tous les jours, de ne pas louper les cours, de ne pas... tir au flanc, tu vois, de vraiment de construire ce truc-là, de voilà, ok, ma vie professionnelle, si je veux y arriver, moi, c'est quelque chose que j'ai compris, en tout cas que je me suis dit très tôt, vraiment de chaque jour, chaque cours, chaque conseil, chaque retour de la part de que ce soit un prof, un chorégraphe, quelqu'un qui vient te solliciter en atelier ou quoi, il faut le prendre, il faut le garder et il faut... ça va te suivre, ça te suit après.
- Speaker #0
Complètement. Je viens d'avoir la chanson de à l'envie, chaque jour... J'ai une chanson qui a débarqué dans ma tête Pardon Et évidemment j'ai écouté tout ce que t'as dit après
- Speaker #1
Je t'en rajouterai J'ai fait une sortie de corps là pendant deux secondes
- Speaker #0
Pardon Oui moi je voulais faire Juste un point sur les réseaux On est pas en train de dire attention faut faire ça Ah ouais pas du tout Pas du tout. On fait juste un constat et vous faites ce que vous voulez, évidemment. C'est juste que vous ne commencez pas à attraper notre veste à dire...
- Speaker #1
Ah ouais, non. Et puis les réseaux, c'est trop bien. Instagram, c'est génial. Et puis heureusement qu'on peut bouffer de la danse comme ça, tu vois. Je pense qu'il faut juste se poser, j'en reviens à ce petit truc d'avant, se poser la question de pourquoi. Qu'est-ce que je veux et pourquoi je le veux ? Et ça te donne les meilleures cartes et les meilleures armes pour aller justement percer dans cette lignée, quoi.
- Speaker #0
Complètement.
- Speaker #1
Et pour te démarquer.
- Speaker #0
Tu me parlais du... Le corps, tu vois aussi de cette rigueur qu'il faut avoir, en plus je viens de sortir un épisode de podcast avec ma kiné Laura Mali-Leclerc, on parlait de prévention, parce qu'on se dit ouais à 20 ans trop bien, je lève la jambe comme ça sans m'échauffer, et puis à 40 tu te dis tiens, pourquoi j'ai des micro-traumatismes de déchirure au niveau de l'ischio-jambier ? Non ! Alors, du coup comment, est-ce que toi ton rapport au corps il a changé avec les années ?
- Speaker #1
J'essaie d'en prendre beaucoup plus soin maintenant. Après, je me suis toujours bien échauffé. Je pense à cause de cet accident qui n'était pas facile. Du coup, j'ai quand même pas mal pris soin de mon corps. Mais aujourd'hui, je l'écoute plus. À l'époque, c'était tête baissée. Il y a le lendemain. Oui, vraiment. Et puis, c'est vrai que tu peux faire plus de choses. Quand tu as 20 ans, ton corps peut aller à des endroits. Je pense qu'aujourd'hui, je l'écoute plus. je suis plus à l'écoute et je l'étire beaucoup plus surtout même sans travail, avant j'étirais mon corps juste quand je devais, tu vois je l'étirais je l'échauffais quand je devais bosser, quand j'étais en journée de travail tout ça, maintenant non maintenant je m'étire, tous les matins je fais un petit stretch, tu vois un petit basique le soir avant de me coucher c'est 5 minutes mais je me fais toujours un petit stretch parce que j'ai des des douleurs de peau oh désespoir mais c'est les aléas 37 ans ! 37 ans ! Let's go !
- Speaker #0
J'ai rejoint la dizaine donc j'ai pas trop faim la maline. Ton corps c'est seulement ton outil de travail ou c'est quelque chose de plus intime que ça ?
- Speaker #1
Ah ben non, au début je pense que ça a longtemps été un peu un outil de travail. Aujourd'hui c'est beaucoup plus intime, ouais. C'est beaucoup plus intime parce que tu te rends compte au fil des années que... Après une petite thérapie, tu vois, que les facias, tout ça, tout ce que tu as en magazine et tout ce qui reste en toi, que ton corps absorbe depuis la petite enfance. Et ça, au début, je pense que je ne me posais pas la question et ça, je me suis rendu compte au fur et à mesure que oui, c'est le cas. Et donc, du coup, il faut lui parler, il faut l'apprivoiser, il faut être bon avec lui. C'est ton partenaire de tous les jours. Donc, c'est vraiment une relation beaucoup plus intime aujourd'hui, c'est clair.
- Speaker #0
et... T'as déjà poussé ton corps trop loin ?
- Speaker #1
Trop loin, je sais pas si je pourrais dire que je l'ai poussé trop loin parce qu'il m'est... Bah ça m'est arrivé, j'ai une dislocation de la rotule il y a quelques années, deux trois ans de tort, c'est des choses comme ça. Mais quelque part, des fois c'est un peu la faute à pas de chance, tu vois, le sol de la journée, une fatigue un peu plus importante là. Mais je dirais pas que je l'ai poussé... J'ai eu des gros challenges. J'ai eu des gros challenges. Je traîne des choses aujourd'hui que je pense que je n'aurais peut-être pas si je n'avais pas fait tel spectacle, telle pièce à un moment donné. Mais bon, c'est les aléas aussi. C'est des projets que j'ai adoré faire. Donc oui, ils m'ont mis un peu à mal aujourd'hui. Je traîne des petites choses à cause d'eux. Mais j'ai vécu aussi des très beaux moments sur scène et des belles histoires grâce à eux. C'est un donnant-donnant, je pense.
- Speaker #0
C'est ce que disait Makine. Notamment, c'est ce que disait Makine. Ce que je dis, oui, quand je te dis pousser son corps loin, c'est que souvent, on a des blessures. Mais une semaine après, on est sur scène, on a le job de notre life. Donc, comment tu fais aussi pour te dire, je m'arrête, je danse.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Il y a des enjeux aussi dans notre métier qui font que, oui, il faut savoir s'arrêter et s'écouter. Mais il y a la réalité qui fait que parfois, tu ne peux pas t'arrêter parce qu'il y a l'opportunité de ta vie que tu as attendue peut-être depuis 10 ans.
- Speaker #1
C'est ça. C'est ça, il faut faire, je pense que c'est vraiment une balance à trouver et c'est pour ça qu'il faut être conscient quand on démarre ce métier qu'il y a des situations comme ça qui vont se passer. C'est qu'à un moment donné tu vas avoir le job de tes rêves, tu vas être là genre ça je le veux mais à tout prix. Si tu l'obtiens, il peut encore t'arriver des galères au sein du contrat parce que tu ne sais pas comment ça va passer le corps, on n'est pas des robots. Donc tout peut t'arriver à tout moment et quand il y a une blessure qui arrive ou quoi, il faut croiser les doigts très fort déjà pour que ce ne soit pas quelque chose de grave. Et puis il faut savoir prendre le truc, ok, combien de temps je peux m'arrêter ? Est-ce que je peux m'arrêter un petit peu ? Est-ce que je peux adapter ? Est-ce qu'on peut adapter le show ? Ça c'est très important aussi, de tomber sur des gens qui sont prêts à adapter un show pour toi ou un rôle pour toi. Ça c'est le feu parce que du coup ça veut dire que si tu es en mesure de faire des choses et pas d'autres et que cette personne-là elle est vraiment prête à adapter ce rôle ou ce show pour toi, Ça c'est royal !