- Speaker #0
Bienvenue dans DanceLab, le podcast dynamique et éducatif où la passion de la danse rencontre le monde de l'entrepreneuriat, du bien-être, de la santé mentale et bien plus encore. Des conseils, des histoires, des conversations captivantes avec des experts et des personnalités, où recommandations et partages d'expériences enrichissent le quotidien des danseurs et pas que. Je suis Maywen Bramoulé, danseuse professionnelle aux multicasquettes, passionnée de danse depuis toute petite, ayant pour objectif de lever les voiles sur les fantasmes et les clichés du métier, en vous partageant toutes les facettes, les difficultés, les richesses et les challenges que ce métier comporte. Si cet épisode t'a plu, n'hésite pas à le partager autour de toi, à me laisser une note et un commentaire sur Spotify ou Apple Podcast, et si tu souhaites participer au podcast, écris-moi ! Je trouve qu'il y a vraiment des parallèles à faire entre les Etats-Unis et la France parce que je trouve que les Américains s'inspirent de nous autant que nous on s'inspire d'eux. Et il y a vraiment des choses peut-être sur lesquelles on n'est pas encore très établi en France, notamment les agences, le fait de peut-être avoir des syndicats ou d'être un peu plus protégé, je dirais, dans notre milieu en France.
- Speaker #1
Oui, je pense qu'il y a beaucoup de progrès à faire là-dessus. pour en tout cas que ce soit un milieu qui soit beaucoup mieux protégé, que les danseurs soient protégés, mais les chorégraphes aussi. Donc à partir du moment où le danseur est protégé, le chorégraphe est protégé, et bien ça fait que forcément le milieu, déjà on est mieux rémunéré, on a peut-être des protections quand on se blesse, ce qu'on n'a pas forcément en France, on est vite remplacé, puis on n'a plus d'argent, on n'a plus de cachet. Et forcément, ça enlève aussi toute cette toxicité de ce milieu. Enfin, je ne pense pas que ça enlève tout, mais une grosse partie. Parce qu'en fait, on est mieux dans notre peau, on est mieux dans notre métier, on est mieux rémunéré, on vit mieux. Donc, on est peut-être moins... Il y a moins cet esprit de... Il y aura toujours cet esprit de compétition, mais en tout cas... Plus de considération. Oui, voilà.
- Speaker #0
A savoir qu'on a quand même un système où on est protégé nous en France pour les personnes qui nous écoutent, c'est-à-dire que quand on est engagé avec un contrat, du coup il faut un contrat, il faut être sur un lieu de travail, il faut faire un accident du travail pour être protégé. Il y a des protections mais c'est vrai que bon nombre de fois on ne nous envoie pas le contrat, on signe le contrat le jour même ou après et donc tu n'es pas forcément protégé sur tes droits. Je fais un parallèle avec les épisodes de podcast que j'ai pu faire avec le Centre National de la Danse, avec notamment les juristes. Et on aborde justement les questions de sécurité et c'est très intéressant, je recommande d'aller écouter. Après, c'est vrai qu'il y a une réalité, il y a les lois, enfin il y a les lois, pardon, et il y a la réalité. Et c'est vrai que tout n'est pas respecté, quoi.
- Speaker #1
Ouais, ouais. Et puis souvent, enfin moi j'ai eu ça, je chorégraphiais pour une série télévisée, juste pour un épisode, vous avez besoin de danseurs. Et en fait, en lisant le contrat... Il y avait bien marqué chorégraphe et pour mes danseuses, danseuse. Déjà j'ai dû me battre pour que leur cachet soit élevé. Et puis on arrive sur le lieu, on nous fait rentrer par l'entrée des figurants. Moi on ne me montre pas le lieu où on va danser en avance. Et donc j'ai dû me battre, j'ai dû leur dire pourquoi on nous fait rentrer avec les figurants. Parce qu'on n'est pas figurante en fait, danseuse et chorégraphe. On n'avait pas de catering prévu. Et j'avoue que je n'étais pas préparée à ça. Je n'avais pas préparé, je ne m'étais pas assez bien préparée en tout cas, parce que c'était un de mes premiers jobs je crois en tant que chorégraphe, à me dire, il faut que je pense à, est-ce qu'il y aura ce catering ? Est-ce que je peux aller voir le... Parce qu'on devait danser en talons sur un ring de boxe, mais c'était impossible. Le ring de boxe c'est hyper mou, donc on a fini par danser pieds nus. Et ils nous ont dit, ce ne serait pas très long. Mais finalement ils nous ont fait faire de l'acting. Donc ouais, c'est des choses comme ça en fait, je pense qu'il faut préparer tout le monde à ça.
- Speaker #0
Complètement.
- Speaker #1
Ouais, parce que moi j'étais pas prête, on m'avait jamais dit tout ça.
- Speaker #0
Puis là en ce moment il y a un gros sujet sur les figurants danseurs, je vois beaucoup passer ça sur les réseaux sociaux. Souvent on est pris en tant que figurant et après on nous dit ah tu danses, bah vas-y fais 2-3 mots, fais tout. Oui mais c'est pas le même budget, c'est pas les mêmes tarifs. C'est comme si tu demandais à un figurant de...
- Speaker #1
Faire une cascade.
- Speaker #0
Voilà, tu vois. Non, il y a des cascadeurs qui sont pris en tant que figurants quand il y a besoin de faire ce genre de... Parce que parfois, pour des questions de sécurité, ils sont obligés de prendre des cascadeurs. Mais il y a chaque métier, mérite, salaire et sa condition qui va avec. Je reviens sur le sujet qui était New York. Et notamment, tu parlais qu'il y avait énormément de bienveillance chez Charlene Quigley. J'en ai passé deux minutes tout à l'heure à essayer de prononcer le nom de famille. Je suis désolée, j'écorche. C'est pas grave, t'en voudras pas. Qu'est-ce qu'elle t'a transmis qui va bien au-delà de la danse ?
- Speaker #1
Charline, je pourrais en parler pendant des heures de cette femme. C'est quelqu'un de très lumineux, juste pour le contexte. Et c'est quelqu'un qui a le CV le plus prestigieux de l'industrie de la danse. Je mets ma main à couper pour ça parce que j'ai vu son CV. Il finit pas. Et c'est des grands noms, quoi. Rihanna, Beyoncé, Missy Elliott et tout ça, quoi. Et pourtant, quand on la voit et quand on la rencontre, c'est la personne la plus humble de la danse, du milieu. Quand on prend son cours, on voit qu'elle a une extrême bienveillance envers ses élèves. Et elle les met à l'aise en fait et elle les pousse à réussir. Moi, elle m'a envoyée en audition, elle m'a fait faire mon showreel, elle m'a fait faire mon CV, elle m'a poussée à enseigner. En fait, elle a été tellement là pour moi, ça a été vraiment une grande sœur et ça l'est toujours aujourd'hui. Elle a fait... Elle a participé au succès de beaucoup, beaucoup de personnes dans sa vie. Et je pense vraiment que cette personne-là, c'est une personne d'une extrême rareté. Et je pense qu'on en a besoin dans ce monde-là. Parce qu'elle va tout faire avec authenticité, ça ne va pas être des encouragements forcés. Et puis, elle va le faire pour les autres, au service des autres. Et je pense que quand on est professeur, on est censé... transmettre à ses élèves, mais on est censé les accompagner. Je pense que c'est hyper important. Professeur de toute discipline, même hors danse, mais je pense que c'est vraiment un requis. Et on n'est pas tous faits pour être professeur de danse. C'est ma croyance, en tout cas.
- Speaker #0
Je suis d'accord, et puis il y a aussi un autre sujet qui est que... J'ai pu aussi entendre en cours de danse que par exemple le professeur, t'as l'impression qu'il est là juste pour briller et pas forcément pour faire briller ses élèves. Alors c'est un sujet sensible mais qu'on va quand même aborder parce qu'il faut aussi en parler et je pense que c'est pas pour ça qu'on donne des cours de danse. C'est pas pour briller soi, normalement c'est pour faire briller ses élèves. Je pose ça là.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai. Tu veux que je réponde ?
- Speaker #0
Non, non, voilà, c'est une information comme ça. Une petite parenthèse finalement. Du coup, je vais continuer sur l'enseignement. Quand tu rentres en France, tu vois, tu as commencé toi aussi à enseigner. Tes cours, ils ont explosé très vite. Comment on vit un succès un peu soudain ? Tu sais, quand on débute, on se dit, bon, je vais avoir quelques élèves et puis ça va se faire comme ça. Comment tu l'as ressenti, toi ?
- Speaker #1
Je ne m'en suis pas rendue compte sur le moment parce que j'étais un peu happée par l'après New York en fait. J'avais envie de transmettre ce que j'avais après New York, oui. Maintenant, je n'étais pas forcément prête, c'était un peu trop rapidement, trop rapide pardon pour moi. Ça s'est passé trop vite en fait, j'ai eu directement plus de 30 élèves. Déjà ça, c'est dur à gérer parce qu'on commence, quand on commence tout métier, On t'attende un petit peu. Surtout quand j'ai assisté à Paris quand elle faisait ses stages, mais je n'avais pas tant d'expérience que ça. Et elle m'a dit, quand tu rentres à New York, tu enseignes. Sauf que je pense que j'aurais pu peut-être attendre. Du coup, j'ai eu énormément d'élèves d'un coup. Et il y a eu énormément aussi de choses qui se sont passées derrière, qui m'ont affectée. Des coups dans le dos, de l'hypocrisie. Et en fait on n'est pas préparé à ça même si Shirlene m'avait quand même plus ou moins expliqué un peu sa carrière et ce qu'elle a vécu elle aussi quand elle a eu beaucoup de succès.
- Speaker #0
Quand tu parles d'hypocrisie ou des choses auxquelles on ne s'attend pas, est-ce que c'est par exemple des gens qui viennent prendre ton cours en se disant peut-être qu'il y a moyen qu'on devienne potes et qu'après il y a mettre sur des plans ? Alors il y a eu ça,
- Speaker #1
il y a eu de l'opportunisme. L'opportunisme forcément il y en a dans la danse. Parce que dès qu'une personne est assez, qui a un peu de succès ou un peu qui commence à être reconnue, en fait tu le sens, il y a des personnes qui ne sont pas forcément là pour prendre ton cours, mais plutôt pour les opportunités qui arrivent. Ce n'est pas forcément mauvais. On va dire à quelqu'un, écoute, si tu veux travailler, prends ce cours-là. Moi-même, je peux le dire à quelqu'un qui veut réussir dans la danse. Maintenant, c'est juste qu'il y a des personnes qui ont des mauvaises intentions. Et je pense que ça, le problème, c'est que ça va arriver quoi qu'il arrive. dans ce milieu-là, de la jalousie, de la haine, pas forcément expliquée. Et puis, entre professeurs, malheureusement, il y a beaucoup parfois de... de jalousie, de haine qui n'est pas forcément fondée en fait et je pense que c'est parce qu'un professeur c'est d'abord aussi un artiste qui travaille avec son ego et forcément quand ça va mal d'ailleurs je ne pense pas que ça aille forcément mal mais quand il y a quelqu'un qui arrive et qui menace un peu son entreprise son art forcément c'est l'ego qui est touché donc c'est l'ego qui parle,
- Speaker #0
malheureusement malheureusement parce qu'en vrai quand tu regardes Je prends un exemple tout bête, mais des cours de pilates à Paris, il y en a 15 000. Ça ne veut pas dire que tu as une meilleure prof ou une autre. Chacun trouve entre guillemets sa porte aussi. Et si tu remplis tes cours, c'est trop bien. Et si tes élèves, ils ont envie d'aller prendre d'autres cours, c'est peut-être parce qu'en fait, les deux professeurs les plus, j'en sais rien, qui ont la côte sur le marché, vont permettre de faire évoluer les élèves. Parce qu'encore une fois, on est dans une histoire et dans une question d'évolution et de transmission. donc oui je pense que quand c'est Quand il y a des choses comme ça, c'est des questions d'ego et peut-être de se dire... En fait, tu te doutes un peu trop peut-être sur ton business ou des choses comme ça, quoi.
- Speaker #1
Mais c'est dommage. Ça ne devrait pas être le cas parce que je pense que déjà... Alors, il y a un truc qui est important à dire et ça, je voulais en parler, mais les élèves n'appartiennent pas aux profs. Et ça, je l'ai vu en étant élève, mais je l'ai vécu aussi en étant professeure très souvent. Le professeur pense que ses élèves l'appartiennent et dès qu'ils vont prendre un autre cours c'est mauvais. Sauf qu'il faut se rappeler qu'on a été élève avant et qu'on a eu besoin de prendre plusieurs cours parce qu'on est tous différents en tant que professeur, on ne se ressemble pas forcément tous dans ce qu'on transmet, dans ce qu'on enseigne. Et c'est important pour l'évolution d'un danseur de prendre des cours différents. Moi en tout cas ça m'a aidé. Donc je pense clairement que tu as besoin de ça pour évoluer et sinon tu vas ressembler à la personne avec. qui t'a pris ton cours et t'aurais appris que ce cours-là.
- Speaker #0
C'est vrai. C'est vrai que quand on sort des fois, je repense à... Tu vois, quand on est jeune, qu'on sort d'école de formation, on était peut-être dans nos MJC, et oui, forcément, tu prends la matière de ton professeur. Et c'est génial, tu vois, et c'est cool aussi de se dire quand ton professeur t'a réussi à transmettre une matière. Quand je parle de matière, je parle de mouvement. Mais oui, c'est important pour pas qu'on devienne des clones, finalement, dans le milieu, de se diversifier, parce qu'on est aussi...
- Speaker #1
il faut le dire dans un milieu professionnel donc on recherche des identités c'est important de trouver son identité il ne faut pas oublier que c'est un art en fait et que souvent on nous dit il faut que tu rentres dans ces codes, il faut que tu fasses ça il ne faut pas que tu fasses ça mais en fait tu essayes de te trouver donc il y a beaucoup ce discours de attention il faut prendre secours et secours et secours mais pas secours et secours et secours, d'accord mais alors tu dis à la personne de ne pas te copier quand je dis tu c'est en général Tu dis à la personne de ne pas être ta copie, mais tu lui dis de ne pas prendre d'autres cours. Donc la personne n'a pas forcément cette liberté d'être elle-même. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire.
- Speaker #0
Je sais ce que je veux dire. On en revient à quelque chose qui enferme finalement l'élève.
- Speaker #1
Oui, totalement.
- Speaker #0
Dans un style stylistique. Toi, tu as une vraie volonté. On parlait de bienveillance, c'est ce que Tara t'avait ressenti avec Charlene. tu avais une vraie volonté de créer un environnement bienveillant. Pourquoi c'est si important pour toi aujourd'hui de créer ça dans des cours et pas que dans des cours ? Quand je parle de bienveillance, je parle avec une vraie définition de la bienveillance parce que c'est un peu un mot aujourd'hui qui est galvaudé et qu'on entend beaucoup. Voilà, pourquoi c'était important pour toi de le faire ?
- Speaker #1
Parce que ça me ressemble. Je pense que je suis quelqu'un qui a beaucoup d'empathie. Et parce que ce que Shirley m'a transmis, pour moi, c'était hyper important que... Dans ce monde-là où j'ai vu des personnes évoluer, vivre des choses assez traumatiques, même mes élèves qui ne veulent pas forcément devenir professionnels, il y a des vrais traumatismes et on ne choisit pas la danse par hasard, je pense. Donc pour moi, c'est hyper important qu'il y ait une safe space. Et j'avais décidé que dans mon cours, ce serait une safe space, que mes élèves se sentiraient valorisés. Bien sûr, je leur apprends la danse. mais je veux aussi qu'ils prennent confiance en eux. Et pour moi, c'était hyper important. C'est-à-dire que, par exemple, je pense que mes élèves te diront, mais pour moi, c'était important de connaître leur prénom. Même si c'est leur premier cours, je demande toujours le prénom de l'élève au fond de la salle. Et c'est marrant parce que les élèves ressemblent souvent aux profs, parce que mes élèves sont souvent des personnes qui sont très empathiques aussi, très sensibles. Et je pense que tu as besoin de tout pour faire un monde. Et moi, en tout cas... Le milieu que je voulais créer, l'espace que je voulais créer, c'est un espace où ces personnes-là, je vais les encourager, je vais faire sortir d'eux le meilleur. Parce que je pense que c'est important. Parce qu'il peut y avoir une autre personne qui n'a pas forcément cette empathie-là et qui ne va pas réussir à forcément atteindre ces personnes-là. Alors que dans d'autres cours, il y en a qui ne vont pas avoir besoin de ça. Donc ils vont aller peut-être se diriger vers d'autres professeurs. C'est pour ça que je dis qu'il faut vraiment un peu de tout. En tout cas dans mon cours c'était vraiment ce que je voulais transmettre