- Speaker #0
L'énergie de la danse amène une approche différente dans comment on ressent la musique. La musique, c'est une vibration, donc ça vient forcément résonner dans le corps. Je joue des sons qui me font danser. Quasiment les trois quarts, c'est de l'improvisation. C'est beaucoup aussi basé sur l'audience qu'on a en face de soi. Donc le travail de DJ, je pense que c'est beaucoup l'adaptabilité. Un DJ comme Tijot, en allant en soirée atmosphère, en allant en June, c'est des personnes qui m'ont aussi beaucoup influencées, où je me suis dit « Waouh, c'est trop bien ! » J'ai envie de faire ça moi aussi. Je veux faire danser les gens. Et créer mon univers musical. Créer du lien social aussi. Le club, c'est quand même un endroit de sociabilité.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu cherches à transmettre à travers la musique ?
- Speaker #0
Le partage, la liberté aussi. De pouvoir s'autoriser à être vraiment soi. Les danseurs, c'est impressionnant. On ne se rend même plus compte. contre, mais c'est super impressionnant. Quand on est dans une culture, je trouve qu'on a une responsabilité. C'est aussi de se dire comment les danseurs, ils arrivent aussi à inclure les non-danseurs et à faire que tout le monde se sent super à l'aise de communier ensemble, de pas forcément séparer. Moi, je trouve ça trop bien d'avoir un public mixé. Et en fait, c'est que tout ça crée une formule un peu magique tous ensemble. Et c'est cette alchimie-là, en fait, que moi, je trouve trop cool.
- Speaker #1
Bienvenue dans DanceLab, le podcast dynamique et éducatif où la passion de la danse rencontre le monde de l'entrepreneuriat, du bien-être, de la santé mentale et bien plus encore. Des conseils, des histoires, des conversations captivantes avec des experts et des personnalités où recommandations et partages d'expériences enrichissent le quotidien des danseurs et pas que. Je suis Maywen Bramoulé, danseuse professionnelle aux multicasquettes, passionnée de danse depuis toute petite, ayant pour objectif de lever les voiles sur les fantasmes et les clichés du métier, en vous partageant toutes les facettes, les difficultés, les richesses et les challenges que ce métier comporte. Si cet épisode t'a plu, n'hésite pas à le partager autour de toi, à me laisser une note et un commentaire sur Spotify ou Apple Podcast, et si tu souhaites participer au podcast, écris-moi ! Salut Mabiche ! Salut ! Merci de m'offrir un petit peu de ton temps pour cette interview. Merci, avec plaisir. Écoute, pour commencer, je vais te présenter. Donc, tu t'appelles Mabiche, Isabelle. Ouais.
- Speaker #0
Tu es artiste française basée à Bruxelles, à la fois DJ, productrice,
- Speaker #1
danseuse et chorégraphe. Tu es co-directrice du label Beat &
- Speaker #0
Changers. Beat & Changers.
- Speaker #1
Beat & Changers. Et tu défends une culture club inclusive et créative à travers tes soirées Tap Water Jam à Paris et Rise & Shine à Bruxelles.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Et avec également tes projets persos. Sur scène, tu mélanges musique, danse et tes DJ sets sont pensés comme de véritables expériences collectives. Tu continues également à développer des projets artistiques comme Oswella en tant que pianiste et danseuse, ainsi que ta performance musique-dance Cosmic Circle que tu as développée en partenariat avec Yadu et La Villette, là où nous sommes aujourd'hui. Exactement. Et ce soir, tu vas nous partager ton univers house où le rythme et le corps ne font qu'un.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Et avant de partager ton univers house, tu vas nous partager un petit peu tes pensées. Let's go. Ce que je disais, c'est que tes DJs étaient aussi profondément liés à la danse quelque part, parce que tu es danseuse.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Est-ce que pour toi, la musique a toujours été pensée pour le corps avant d'être pensée pour l'écoute ?
- Speaker #0
Je pense que la musique, c'est une vibration, donc ça vient forcément résonner dans le corps et c'est tout de suite la vibration qui nous touche dans le corps. Donc je pense que c'est quand même vraiment pensée pour le corps. Après, on ne l'extériorise pas forcément par la danse, mais en tout cas, je pense que c'est pensée pour le corps. Je pense que dans beaucoup de cultures... Le rapport entre musique-dance, il est très, très fort. Et ce qui n'est pas forcément le cas dans des cultures occidentales, comme en France métropolitaine, en tout cas. Et voilà, je pense que nous, des fois, on est un petit peu déconnectés de ce lien musique-dance, alors qu'il est finalement hyper organique. Et voilà, je pense que c'est vraiment un lien très organique.
- Speaker #1
Et est-ce que tu mixes avec ton corps autant qu'avec tes oreilles ?
- Speaker #0
Je crois que je mixe beaucoup avec mon corps, ouais. En fait, j'aime beaucoup, je joue des sons qui me font danser. donc en fait forcément Quand je mixe, je danse parce que c'est des sons qui me font kiffer et qui me donnent envie de danser. Donc j'aime bien danser derrière les platines et avoir ce petit brun.
- Speaker #1
Ça transmette l'énergie.
- Speaker #0
Je pense que oui, en plus, ça transmet beaucoup. Quand on prend du plaisir et qu'on danse, mais aussi juste qu'on prend du plaisir, ça se retranscrit et ça donne envie aussi aux gens d'avoir cette énergie-là aussi. En tout cas, ça donne de l'énergie.
- Speaker #1
de s'exprimer, de lâcher prise, de mettre des gens à l'aise ouais exactement, de s'autoriser ça en tout cas je pense que c'est une bonne manière de montrer ça alors il faut savoir que nous sommes à la Villette en plein milieu de la soirée et que vous entendrez peut-être des gens passer derrière ou de la musique, ne vous inquiétez pas ça fait partie du monde du club exactement les backstage est-ce que chez toi tu testes parfois les morceaux en les dansant chez toi ?
- Speaker #0
ouais j'essaye de... je prépare mes sets, je me fais des... petite sélection et j'aime bien tenter, voir un peu comment ça... Qu'est-ce que ça me procure chez moi. Après, bon, chez moi, c'est pas un club. On n'est pas dans le noir avec des lumières. Donc, des fois, c'est pas tout à fait le même ressenti aussi quand on est en club. Mais il y a quand même souvent une expérience de tenter. Déjà, qu'est-ce que moi, ça me procure ? Est-ce que ce son, est-ce que ce set, il me fait danser ? Et puis de tester des transitions aussi, de comment match deux sons ensemble et de tester des choses et de se dire « Ah, en fait, ça, c'est trop bien, ça va vraiment amener aussi. » Parce que c'est ça le travail d'un DJ aussi, c'est de matcher des sons ensemble et de voir qu'est-ce qu'on crée de différent que le son tout seul aussi.
- Speaker #1
Ça t'arrive de parfois faire un peu en freestyle, on va dire, en soirée ?
- Speaker #0
Oui, oui, en fait, je disais, je prépare mes sets, je prépare ma playlist et je prépare quelques transitions, mais beaucoup, c'est beaucoup. quasiment les trois quarts, c'est de l'improvisation. C'est parce que c'est beaucoup si basé sur l'audience qu'on a en face de soi. C'est-à-dire que des fois, on prépare des choses et puis au final, ça ne prend pas comme on avait prévu. Je ne sais pas, il y a plus de monde, moins de monde. On projette des choses des fois sur une soirée et ce n'est pas ce qu'on imaginait. Le travail du DJ, je pense que c'est beaucoup l'adaptabilité de l'audience, de qu'est-ce qui se passe et comment je m'adapte à ça. Qu'est-ce que je ramène aussi moi. Et je rebondis avec tout ça.
- Speaker #1
L'adaptabilité, finalement, c'est aussi une grande qualité quand on est danseuse. Est-ce que c'est facile ? Est-ce que c'est un avantage ?
- Speaker #0
D'être danseuse aussi, d'avoir cette capacité d'adaptabilité, je pense que ça joue. En plus, en étant danseuse, je pense qu'on a une écoute de la musique un peu différente. Et donc, du coup, forcément, ça résonne un peu de manière différente. On n'a pas la même écoute, je pense, de la musique. Et ouais, on a cette capacité d'improvisation aussi, je pense, dans la danse hip-hop, qui est très, très fort, et dans la house dance. Et donc, je pense que ça joue aussi sur ça.
- Speaker #1
Le fait d'être danseuse, ça influence ta manière de mixer.
- Speaker #0
Bah ouais, c'est ce que je te disais, je pense. Moi, à la base, je suis danseuse. J'ai commencé par la danse. Et c'est parce que je diguais beaucoup de musique sur SoundCloud, que je passais mes nuits à diguer, que vraiment, je me suis plongée dans l'univers de la musique. Et j'ai vraiment été très curieuse. Et c'est comme ça aussi que j'ai commencé à mixer. Après, on m'a offert des platines et je me suis entraînée toute seule et j'ai commencé à mixer. Mais forcément que l'énergie de la danse amène une approche différente dans comment on ressent la musique, je pense.
- Speaker #1
Tu me disais que tu diguais beaucoup sur Soundcloud. Et est-ce que c'est ça qui t'a donné envie de devenir DJ ou il y a d'autres choses ?
- Speaker #0
Je pense que c'est la curiosité de la musique. et de vouloir partager la musique, parce qu'après, ce n'est pas juste d'avoir la musique dans ma bibliothèque musicale, c'est aussi de se dire, j'ai envie de partager ça avec les gens, j'ai envie de créer mon univers musical et de le partager aux gens, de les faire danser. Après, j'ai été aussi beaucoup influencée par des DJs aussi, en allant moi-même en soirée, me dire, un DJ comme Tijo, en allant en soirée Atmosphère, en allant au June, c'est des... personnes qui m'ont aussi beaucoup influencée où je me suis dit « Waouh, c'est trop bien, j'ai envie de faire ça moi aussi, je veux faire danser les gens et créer mon univers musical et de faire danser les gens et de créer du lien social aussi. Je pense que c'est aussi ça, être DJ, le club, c'est quand même un endroit de sociabilité.
- Speaker #1
Et c'est quoi tes valeurs justement ? Qu'est-ce que tu cherches à transmettre à travers la musique ? Tout à l'heure, on a parlé d'inclusion. Il y a le partage aussi.
- Speaker #0
Le partage, bien sûr. le partage, la liberté aussi. Je pense qu'on a besoin de ces espaces-là dans le club aussi, de se sentir, ce qu'on disait, dans le lâcher-prise et de pouvoir s'autoriser à être vraiment soi, en fait. Et c'est vraiment des... Voilà, on essaye de toucher ça, en tout cas. On essaye d'atteindre ça.
- Speaker #1
Est-ce que toi, tu préfères mixer pour les danseurs ou pour un public peut-être un peu plus lambda ? Est-ce qu'il y a une différence entre mixer entre les deux ?
- Speaker #0
Oui, clairement. Ouais, ouais, clairement, en vrai, c'est quand même super agréable de mixer pour les danseurs et les danseuses, parce qu'on sent qu'ils comprennent, voilà, dès que t'as un instrument, un autre élément qui arrive dans la musique, bam, ils vont prendre le truc, ils vont comprendre, enfin, je pense qu'il y a une sensibilité, et aussi parce que je suis danseuse, je pense, ou j'ai l'impression de parler le même langage vraiment que les danseurs et danseuses, quoi. Après, moi, je trouve ça trop bien d'avoir un public mixé, parce qu'en fait, c'est aussi trop bien. Il y a à la fois des danseurs et des danseuses, mais en même temps, il y a d'autres personnes qui n'ont peut-être pas la même lecture, mais qui ont une autre lecture. Il peut y avoir des musiciens, des musiciennes, des gens en lambda même. Et en fait, c'est que tout ça crée vraiment quelque chose, une formule un peu magique tous ensemble. Et c'est cette alchimie-là que je trouve trop cool.
- Speaker #1
Est-ce que tu as déjà remarqué, j'ai une question qui vient en tête, que parfois en soirée, il y a tellement de danseurs qui s'expriment librement que ça peut intimider parfois des... entre guillemets non danseurs ?
- Speaker #0
En fait, je pense qu'il y a plusieurs cas de figure, mais il y a cette chose-là où ça se voit des fois. Les danseurs, c'est impressionnant. Nous, on ne se rend même plus compte, mais c'est super impressionnant de voir quelqu'un faire des super bien danser. Et puis, il y a des gens qui peuvent se dire « Moi, je n'y vais pas, je n'ose pas. » « J'ai peur, je vais être ridicule. » Dans le jugement, surtout, je pense, avec les téléphones maintenant, où tout est filmé, du coup, c'est que tout est quelque part. Oui,
- Speaker #1
je ne sais pas où ça va.
- Speaker #0
mais en même temps moi je vois par exemple sur les soirées Rise and Shine qu'on fait il y a beaucoup de danseurs et de non-danseurs et en fait c'est aussi de se dire comment les danseurs ils arrivent aussi à inclure les non-danseurs et à faire que tout le monde se sent super à l'aise et a envie de communier ensemble en fait je pense que c'est vraiment ça ce truc de communier ensemble et de pas forcément se séparer et ouais je pense que c'est chouette quand on arrive à ça ça fait partie du coup de tes valeurs ?
- Speaker #1
Merci. qu'il n'y ait pas de différence entre tout le monde. Oui,
- Speaker #0
on disait l'inclusion. Oui, et vraiment, je pense que la communion ensemble, c'est ce truc de communion et d'élévation aussi. Je trouve qu'il y a quelque chose de très spirituel dans le club, dans la house music surtout, et qui est aussi lié à la musique qui est très répétitive et qui crée quelque chose un peu de trance, et qui rentre aussi avec le cypher en plus qu'elle a, et tous les cercles qui se forment. En fait, c'est ce truc d'élévation. de spiritualité, d'élévation qui est trop belle dans le clubbing.
- Speaker #1
Est-ce que toi, en tant que DJ, tu ressens une responsabilité dans ce que tu transmets aux autres, au public, aux jeunes, aux danseurs,
- Speaker #0
même aux autres DJs ? Oui, je pense que quand on est dans une culture, je trouve qu'on a une responsabilité de transmettre cette culture parce qu'il y a des gens qui nous l'ont transmis avant et que nous, on a cette responsabilité de transmettre aussi à des nouvelles générations. Donc, ça passe aussi par jouer des classiques, des choses qui font partie de l'héritage aussi qu'on a. Et aussi de jouer des nouveautés pour jouer son identité à soi et de se créer sa propre identité. Et ouais, en tout cas, je pense que c'est une responsabilité pour la culture.
- Speaker #1
Et il y avait un petit sujet que je voulais aborder aussi, c'était DJ et DJette. Ouais. L'appellation, tu vois. Qu'est-ce qu'on en pense de cette appellation ?
- Speaker #0
bas Moi, je trouve qu'on est tellement encore à un endroit où il n'y a pas encore une égalité entre les hommes et les femmes dans le monde du DJing. Pour moi, je trouve ça super qu'il y ait une égalité dans le nom et qu'on ait le même terme. Et le suffixe « être » a un côté un peu rabaissant, mignon, mignonnette, majorette. Et du coup, ça dévalorise un petit peu, en tout cas, je trouve, le terme de DJ. qui n'est déjà pas facile en tant que femme de se faire une place dans ce monde-là. Donc je trouve ça... Moi, en tout cas, je suis pour qu'on ait le même terme pour les hommes et pour les femmes.
- Speaker #1
C'est très, très clair. Et je pense qu'on termine ça. Sauf si tu as quelque chose à rajouter ?
- Speaker #0
Ben non, aller en club. Je pense que c'est important de continuer à se sociabiliser. On est dans une ère de temps où je trouve que ce n'est pas facile. Il y a eu le Covid, il y a eu... Il y a les réseaux sociaux. Et je trouve que c'est... on est dans une ère où c'est pas évident et ouais j'invite tout le monde à continuer à aller en club et surtout quand on porte une culture comme la house c'est vraiment une culture c'est la culture du clubbing donc il faut aller en club pour danser donc venez j'espère
- Speaker #1
que vous serez là ce soir oui, merci beaucoup à bientôt