- Speaker #0
Quand la terre tremble ou que les vents dépassent 200 km heure, tout vacille. Les lignes électriques, les réseaux mobiles, parfois même les repères géographiques. Mais au milieu du chaos, certains continuent à faire circuler l'information. En Guadeloupe, en Haïti ou à Saint-Martin, des bénévoles tracent des routes sur des cartes, montent des antennes de fortune, rétablissent des liens radio. Parmi eux, un visage revient souvent, Gaël Musquet. Hacker, météorologue, radio amateur, il a fait du numérique un outil de solidarité. Mais au-delà de l'urgence, son parcours interroge notre rapport à la technologie. Faut-il tout confier aux géants du numérique ? Peut-on hacker pour le bien commun ? Et que veut dire innover à l'heure où la planète brûle ? Trois thèmes, trois facettes du même homme. Le cartographe, le hacker, le bâtisseur low-tech. Bienvenue dans l'œil de la cyber, le podcast qui donne la parole aux acteurs du numérique. Je suis Anne-Laure de Larivière, directrice de la communication de Gatefletcher, et je vous propose aujourd'hui un épisode surprenant avec Gaëlle Musquet. Retrouvez tous nos podcasts sur www.gatefatcher.com, catégorie podcast Si vous aimez ce qu'on fait, pensez à vous abonner au podcast en l'air de la salle de cyber pour ne pas rater la sortie du prochain épisode Bonne écoute ! Bonjour Gaël !
- Speaker #1
Bonjour !
- Speaker #0
Gaël, tu es météorologue de formation, radio amateur et aussi hacker éthique Tu es cofondateur de l'association OpenStreetMap France et tu as ensuite lancé HAND, un réseau de hackers Bye bye. et de makers qui développent des outils open source pour prévenir et gérer les catastrophes naturelles. Tu es aujourd'hui fellow HOK. Je rappelle pour nos auditeurs, les fellows HOK, ce sont des entrepreneurs sociaux visionnaires qui développent des solutions nouvelles afin de transformer en profondeur le fonctionnement de notre société. Tu accompagnes aujourd'hui collectivités et entreprises dans la culture du risque et la résilience. Tu es également une figure de l'open source. Tu défends une vision humaniste et citoyenne de la technologie, des outils simples, transparents et accessibles au service de tous. On va revenir sur chacun des éléments de ton parcours tout au long de ce podcast. Mais tout de suite, j'aimerais qu'on entre dans le vif du sujet avec un premier focus sur ton engagement autour d'OpenStreetMap. Je rappelle qu'OpenStreetMap, c'est un projet mondial créé en 2004 par Steve Coast. Il s'agissait de créer un Wikipédia des cartes. En clair, c'est un projet collaboratif de cartographie en ligne qui vise à constituer une base de données géographiques libres du monde, permettant par exemple de créer des cartes sous licence libre. Et donc en utilisant le système GPS et d'autres données libres. Et pendant les crises humanitaires, OpenStreetMap devient un réflexe. Donc après le séisme d'Haïti ou la guerre en Ukraine. Des milliers de contributeurs ajoutent routes, hôpitaux et abris en temps réel. Les ONG l'utilisent pour orienter les secours, les habitants pour trouver un chemin. Gaëlle, tu as créé l'association Open Street Map France de 2011 à 2014. En quoi consiste cette association par rapport au projet global ?
- Speaker #1
L'objectif d'un chapitre local, d'une association nationale, c'est de porter et d'avoir une représentation juridique pour que la communauté puissent avoir auprès des autorités, des ministères, des entreprises, un représentant légal qui permette à la fois de recevoir des subsides, donc de l'argent pour organiser des conférences, des déplacements, acheter du matériel, financer et co-héberger les serveurs, mais aussi avoir légalement auprès des autorités, des maires, des élus, des différentes collectivités, aussi une entité à laquelle peuvent Merci. On peut faire des drones, on peut interagir et pouvoir évidemment derrière développer le projet. Et donc c'était un peu la volonté, notre volonté quand on a cofondé OpenStreetMap en 2011, OpenStreetMap France, c'était de permettre au niveau légal en France, le meilleur outil pour ça, c'est une association. Donc on a créé une association à gouvernance collégiale, tous présidents. Vous êtes nombreux ? On a été à l'époque 11 administrateurs, 15 possible, et on est quelques dizaines de milliers en France, contributeurs actifs en plus. Qu'il y ait des contributeurs, c'est une chose, mais qu'ils soient actifs, c'est encore mieux. OpenStreetMap France fait partie d'un des trois chapitres locaux les plus actifs avec l'Allemagne et les États-Unis. Donc, c'est dire à quel point notre pays contribue énormément au projet. Et c'est surtout, ça a été pour moi un moyen de financer aussi très tôt des missions humanitaires et des projets. La Fondation de France nous a fait confiance très tôt, dès la première année, en donnant 65 000 euros. Ça n'est pas rien quand on a à peine un an et qu'on est une jeune association pour pouvoir aider les contributeurs en Haïti et sur le continent africain.
- Speaker #0
Bravo.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Alors, comment est-ce qu'une carte libre, justement, faite par des... Les citoyens peuvent devenir un outil d'intérêt général mondial. Et qu'est-ce que cette expérience t'a appris sur la puissance, voire les limites de l'intelligence collective ?
- Speaker #1
Alors, ce qui est impressionnant, c'est que quand on fait de la cartographie, on parle à tout le monde. C'est tout le monde, et même quand on regarde la manière dont sont sculpturées aujourd'hui les recherches, les moteurs de recherche, ou même quand on discute parfois avec des TLM, des liages génératifs, on veut savoir... En général, on veut avoir une information, mais elle est souvent associée à une localisation. Et ça, c'est quelque chose que je découvre à ce moment-là, une très forte montée en puissance. OpenStreetMap est né pratiquement en même temps qu'au Google Maps, qui est aujourd'hui à date l'application et le service le plus utilisé au monde, ce service de Google. Donc, c'est dire à quel point la cartographie est importante. Elle était l'apanage et c'est aussi comme ça qu'est né le projet OpenStreetMap. En Angleterre, c'est le fruit d'une défiance. En Angleterre et en France d'ailleurs. Le sujet c'est pourquoi nos impôts qui financent un service public cartographique ne permettent pas d'avoir accès librement, peut-être pas toujours gratuitement, mais au moins librement aux données cartographiques produites par la puissance publique. Quand j'ai créé cette association, quand je l'ai cofondée, j'étais moi-même un serviteur de l'État. Moi j'étais au ministère de l'écologie et donc mes collègues de l'hygiène étaient sur un campus juste à côté. Et pourtant ils étaient aussi les primo-contributeurs parfois sur des intérêts liés à la concertation, au VTT, etc. Et je découvre à ce moment-là effectivement qu'on a des blocages administratifs, parfois aussi des blocages financiers qui ne nous permettent pas. de profiter librement des données cartographiques qui sont produites à la fois par la puissance publique, collectivité et IGN. Et donc ce projet, il naît de ça, il est vraiment issu de cette réflexion. Et les limites, évidemment, c'est ce que je disais souvent à des personnes qui ne voulaient pas libérer leurs données, c'est de se dire, écoutez, avec ou sans vous, on le fera, ça mettra juste plus de temps. Et un de nos premiers champs de bataille, ça a été les données adresses. OpenStreetMap France, on peut le dire vraiment avec fierté, a été un des acteurs qui a fait bouger les lignes sur la production de points d'adresse. C'est-à-dire faire correspondre à un oedonime, le 14 rue du général de Gaulle à Putot, à une latitude et longitude. C'était un acte trivial. Il y avait trois producteurs d'adresses, la Poste, qui distribue le courrier, les impôts, qui lèvent l'impôt et qui ont intérêt à avoir les surfaces habitées, et l'IGN, sur le métrique, sur la mesure et la... mesurer le territoire. Avant nous, c'était très compliqué. Les sénateurs demandaient et enjoignaient évidemment ces trois acteurs à se fédérer pour produire une base de données d'adresse commune globale. OpenStreetMap, créée en 2014 avec les services des impôts, grâce aux données cadastrales, la BANO, la Base Adresse Nationale Ouverte. Alors, les limites, c'est qu'on n'avait pas de données exhaustives. C'est qu'il a fallu qu'on se batte, il a fallu qu'on justifie, il a fallu aussi parfois qu'on se fasse menacer. Ça s'est arrivé parce qu'on bousculait des intérêts particuliers, privés et même publics parfois.
- Speaker #0
Et maintenant les trois acteurs que tu as cités, les impôts, la poste, se servent de ça ? Aujourd'hui, la FEMM,
- Speaker #1
c'est devenu un service public.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
C'est-à-dire qu'il y a un site, adresse.gouv.fr, sur lequel... Vous pouvez télécharger des CSE, vous avez des API, des formats, des fichiers séparés par des virgules, où vous avez une correspondance entre les adresses et une latitude et une longitude, et l'inverse. Vous donnez une latitude et une longitude, et ça vous donne l'adresse. Mais ça va permettre de pousser la réflexion beaucoup plus loin. Par exemple, les services de secours, vous faites un AVC dans un train. En fonction de l'endroit où se trouve le train, vous n'avez pas d'adresse. Vous êtes au milieu de la forêt, vous êtes entre deux gares, il n'y a pas d'adresse. Et c'est important de pouvoir rapidement laisser les coordonnées de ce train. Et donc la SNCF aujourd'hui... les compagnies aériennes, les compagnies malaritimes, les personnes en situation de handicap, la SNCF avec Bénédicte Thillois à l'époque transilien, qui se battent pour que les personnes en situation de handicap puissent avoir des données cartographiques fiables. pour pouvoir se déplacer en tenant compte de leur situation. Tout ça, ça a été un troubillon pour moi d'intérêts qui parfois étaient divergents, mais qu'on arrivait à faire converger autour d'une carte. Et évidemment, l'aspect communautaire, on peut casser ses serveurs, ils peuvent disparaître. On ne fera pas disparaître la communauté. C'est aussi ça que j'ai appelé l'humain. C'est ce qu'on a de plus précieux.
- Speaker #0
Bravo pour ce projet. Cette carte participative n'est pas qu'un symbole. elle t'a inspiré un autre projet qui est né d'un constat simple, face aux catastrophes naturelles, l'État ne peut pas tout. Les citoyens doivent aussi savoir comment faire pour qu'ils puissent faire ce qu'ils veulent. pouvoir agir. Donc en 2016, tu as créé Hackers Against Natural Disasters, HAND, donc pour nos auditeurs. HAND, c'est un projet qui réunit les hackers, des bénévoles, des radioamateurs face aux catastrophes pour développer des outils d'alerte, de cartographie et de communication d'urgence accessibles à tous et testés notamment dans les Caraïbes. Alors pourquoi est-ce que tu as créé HAND et comment est-ce qu'on transforme la peur du risque en culture de la préparation collective ?
- Speaker #1
Alors, j'ai créé cette association qui, pour moi, est maintenant un état d'esprit. C'est une association. Parce qu'on arrive aussi aux limites légales. On peut être projeté sur tous les territoires. Et les territoires qu'on a besoin, l'idée, ce n'est pas à chaque fois, nous, depuis l'Hexagone, se projeter par moi et par vous. Récemment, Mélissa, par exemple, sur l'Oregon Mélissa. Je ne veux pas aller en Jamaïque. L'idée, c'est de préparer les territoires que l'on sait vulnérables. Où l'on sait qu'il va y avoir des cyclones, on sait qu'il va y avoir des séismes, on sait qu'il va y avoir des épidémies de dingue, de chikungunya, de zika. Bref, on a des territoires, et l'Hexagone n'y échappe pas. Où l'on sait qu'il va se passer quelque chose de grave. Est-ce qu'on peut juste anticiper ça ? Je suis le pire produit de ça. Moi, je voulais être météorologue et être chef de centre météo quand je serai à la retraite. C'était ça, mon rêve d'enfant. Pouvoir revenir chez moi en Guadeloupe. Après avoir été victime de l'ouragan Hugo en 1989, j'avais 9 ans, mais je suis un enfant dont on a pris soin. Je suis un enfant qu'on a fait rêver de ce métier. Et en grandissant, on a eu des nouveaux métiers qui ont émergé. Et pour moi, HAND, c'est un peu ça. C'est comment, à l'échelle de la société civile, arriver à faire le lien entre des personnes qui font des cartes, des personnes qui produisent de l'eau potable, des personnes qui font de la radio et qui utilisent les réseaux de télécommunication et qui savent, même en mode dégradé, communiquer. Des personnes qui savent trouver, produire, distribuer de la nourriture. comment toutes ces personnes-là, des personnes âgées qui ont l'histoire du territoire des préfets, des maires, des députés qui connaissent les territoires, qui connaissent leurs usagers qui connaissent des entreprises aussi qui ont des plans de quantité d'activité, des plans de reprise d'activité qui sont responsables, qui ont des salariés qu'il faut épargner des chefs d'établissement qui sont responsables d'enfants qui sont responsables de jeunes qu'il faudra peut-être évacuer, confiner Merci. Tout ça, quand on lit, et c'est un peu mon regret, c'est une des erreurs que j'ai faites, on a beau dire et montrer une évidence à une population, si on n'est pas reconnu comme légitime, si on ne parle pas la langue des gens. Alors on est un pays francophone, mais chez moi on est créolophone. Un message va avoir plus de portée, va peut-être être mieux reçu en créole qu'en français. Parce que la personne qui portera le message parle la langue maternelle, la langue naturelle en fait. des gens en local, et vont parfois utiliser une expression qui sera plus appropriée face à l'aléa, aux risques encourus.
- Speaker #0
Et donc, HEN, c'est quoi ? Ça permet d'anticiper le risque et de gérer, par exemple, les stocks de vivres en amont ?
- Speaker #1
C'est ça. En fait, on a commencé par faire des exercices comme Cari Wave, un exercice de tsunami. Et en fait, ce qui est hyper intéressant pour moi, c'est de voir qu'en 2016, puis 2017, le premier exercice que j'ai fait in situ, on a évacué des dizaines de personnes. D'année en année, on évacue de plus en plus. À l'échelle des 48 États et territoires de la Caraïbe, c'est 500 000 personnes cette année. Et avant le Covid, on évacuait jusqu'à 800 000 personnes pendant l'exercice face à un tsunami. D'accord. Et c'est un exercice, donc c'est un faux tsunami, mais on apprend aux gens à réagir comme s'il y avait vraiment un tsunami. Et en fait, ce qui a été impressionnant pour moi, un des premiers retours sur l'investissement, si je peux m'exprimer comme ça, en 2017, ça a été Irma. Oui. l'ouragan qui a frappé Saint-Martin, où les réseaux de solidarité qui se sont spontanément mobilisés, ce sont ceux qui se sont exercés, qui se sont entraînés pendant l'exercice de tsunami. En fait, les gens, pendant l'exercice, se sont rendus compte de ce qu'ils étaient capables les uns les autres, qu'ils étaient capables d'affrêter un avion, un bateau, récupérer de l'eau.
- Speaker #0
Ça permet de s'organiser, en fait.
- Speaker #1
Pour lui, l'énergie, vraiment s'organiser, mais avant la crise, en temps réel. Parce que ce n'est pas un moment où l'aléa sera bien concentrée. Oui,
- Speaker #0
on ne peut pas réfléchir, bien sûr. À l'heure où je préparais le podcast, le 27 octobre 2025, j'ai justement reçu cette fameuse alerte média qui m'indiquait un séisme de magnitude 6,5 en Guadeloupe détecté par l'Institut américain de géophysique. Comment est-ce que l'Inde s'inscrit dans ce type de détection et de diffusion de l'information, justement ?
- Speaker #1
Là, tu vois, j'ai eu très peur ce jour-là. Parce que j'ai reçu moins l'alerte. directement depuis les capteurs qui sont posés en Martinique et en Guadeloupe. On a des capteurs sismiques, c'est aussi ça. On a du matériel. qui est installée, qui est entretenue par des élèves, par des enseignants, par des personnes et des bénévoles, des citoyens, qui ont des capteurs sismiques, des stations météo, des détecteurs de sulfures d'hydrogène, d'ammoniaque, enfin tout un tas de capteurs possibles et imaginables. Et moi, je reçois cette alerte directement. J'étais en train de conduire la première chose. Et j'entends, j'ai une synthèse vocale qui me permet de recevoir l'alerte sans avoir à lire mon... sur mon téléphone et j'ai une double alerte qui vient cette fois-ci du centre de sismologie euroméditerranéen, il y a une application qui s'appelle Lastquake, qui est un institut français qui dépend du commissariat à l'énergie atomique et qui me dit non seulement qu'il y a un séisme, parce que ça je le savais, mais que c'était en Guadeloupe et que c'était une magnitude 6-8. Et là j'ai le cœur qui bat la chamade et mon premier réflexe c'est en favori appeler ma petite ça. J'ai pas pris ma mère. Je n'ai pas appelé mon père, parce que ma mère, je la connais. J'ai appelé ma petite sœur qui est au Thèse de l'Air, qui a l'habitude de gérer des urgences, des situations de crise. Et elle me dit non, mais ça va, tout va bien. Elle venait à peine de se réveiller, je fais un petit tour, je dis ok. Vu sa voix, vu son intonation, vu le fait aussi que j'ai pu la joindre, ce n'est pas grave. Mais juste après ça, j'ai une autre alerte. Là, pour le coup, c'est le ragant Mélissa qui a frappé la Jamaïque, qui m'a occupée beaucoup la même semaine. Et c'est vrai que là, pareil, on a évidemment des capteurs, on a des alertes, on a les avions de l'armée américaine et du NOAA qui font des passages dans ces ouragans pour pouvoir mesurer et mieux modéliser ce qui se passe. Et là, j'ai eu un nouveau pain, mais pour mes amis jamaïcains, les journalistes, les personnes que je connais là-bas. Et si tu veux, aujourd'hui, comme je te dis, c'est un état d'esprit. C'est la meilleure manière que j'ai trouvée pour combattre le sentiment d'impuissance. Tu vois, je suis en voiture, je ne peux rien faire pour mes parents. Je ne peux rien faire pour ma soeur. La seule chose que j'ai pu faire, c'est appeler et prendre des nouvelles. Je vais pouvoir traverser ce moment d'impuissance en me disant, hanté, avant que ça arrive, j'ai fait ce que j'ai pu. C'est ça, hante, pour moi.
- Speaker #0
Donc, hante, ça se diffuse aussi jusqu'en Jamaïque et partout dans le monde ?
- Speaker #1
Tout à fait. En fait, les gens, plutôt que d'essayer de créer des chapitres locaux, je fais des exercices avec eux. Et en fait, pour moi, même si l'association n'est plus active au sens où on l'entend, là, je pars à la réunion. Je prépare une série de crises avec les professionnels du tourisme de La Réunion. Tout ça, c'est en... En fait, ces collectivités, ces associations, ces professionnels, quand ils m'appellent, c'est parce qu'ils ont vu ce qu'on faisait en Martinique et ou en Guadeloupe, et qu'ils se disent « Waouh, on veut faire la même chose, mais... » on veut structurer le truc et tout. Je ne vais pas leur dire, mais non, il faut des statuts, il faut ça. Non, il faut diffuser ce savoir, cette connaissance, adaptée au contexte. Là, ce sont les professionnels du tourisme et qui puissent, à leur tour, construire de la résilience. Moi, je suis juste une incarnation, la petite graine quelque part qui essaie de s'aimer et j'essaie de sortir aussi, même si parfois il faut des associations, mais ce n'est pas le seul moyen. de pouvoir transmettre ses savoirs et pouvoir continuer à travailler à la légion des territoires.
- Speaker #0
Au fond, derrière Hand et OpenStreetMap, il y a la même conviction. Ouvrir le code, c'est ouvrir la société. Quels sont les avantages de l'open source ?
- Speaker #1
Déjà, c'est la liberté. C'est une des choses qui me caractérise aujourd'hui, c'est que j'ai du mal avec l'autorité. Au-delà de la blague, ce qui est intéressant, et je reçois énormément d'enfants, c'est de leur dire, voilà, aujourd'hui, j'ai réalisé tous mes rêves d'enfant. Mes rêves que j'avais quand j'étais enfant, ils sont tous réalisés. Maintenant, je dois transmettre. Et le meilleur moyen de transmettre, c'est... Du code source, ce sont des plans, ce sont des schémas techniques, ce sont des documentations qui vont aider ces jeunes qui ont l'impression que tel réseau social, c'est l'alpha et l'oméga de leur vie quand ils se réveillent le matin. Ben non, en fait, il y a des hommes et des femmes qui ont suécent et haut avant vous pour que vous ayez accès à des réseaux de télécommunications, que vous puissiez vivre en sécurité, que votre nourriture soit saine, que votre eau soit potable, etc. C'est pas la peine de réinventer la roue, d'accord ? Voilà tout ce qui est disponible. et accessibles sur l'étagère. Beaucoup de ces enfants que j'ai eus en stage, j'en ai eu 62 en 5 ans. Je vais en avoir 4 là au mois décembre. Elles s'en feront 66. 16 au total au campus cyber. Beaucoup de ces enfants n'ont pas accès à la culture avec un grand C. Et quand je parlais d'une de mes erreurs, c'est qu'on a beau dire aux gens qu'il y a un danger, qu'il y a quelque chose de grave qui va se passer, tant qu'ils n'ont pas vécu dans leur chair, parce que ça va leur demander d'évacuer, ils ne peuvent pas savoir. Et donc ces enfants, Pendant le stage, ils bougent avec moi, ils vont sur les médias et ils font les plateaux télé, ils peuvent parler de plateaux radio et des chroniques dans les médias. Ils soudent, ils montent, ils assemblent, parce que je veux qu'ils sachent avec leurs mains faire, reproduire et éviter les erreurs comme ma génération. Parce que c'est aussi ça l'objectif, c'est que leur génération soit meilleure que la nôtre. Et donc le code source pour moi, c'est un peu l'ADN de résilience qu'on transmet à cette future génération, en lui disant, voilà où on s'est planté, voilà ce qu'on a su faire. En état actuel des connaissances, voilà ce qu'on sait faire de mieux. Et donc partez de là,
- Speaker #0
et au-dessus,
- Speaker #1
rajoutez vos idées, soyez créatifs, soyez transgressifs, mais allez-y,
- Speaker #0
ça fait plaisir. Et justement en France, 60% des administrations utilisent encore des logiciels propriétaires. Pourtant les solutions open source offrent plus de contrôle et de sécurité à moindre coût. Pourquoi selon toi l'open source n'est-il pas encore au cœur des politiques publiques ? Et comment en faire un levier de souveraineté, pas seulement un choix technique ?
- Speaker #1
Alors, il y a un gros lobbying économique, il ne faut pas se raconter d'histoire. On a des sociétés capitalistiques, et elles ont le droit d'exister, elles existent, mais qui savent très bien appliquer ce qu'on appelle le paradigme du dealer de crack. La première dose est gratuite et on devient tout de suite dépendant, accro. Et ça commence dès l'école, ces histoires-là, avec des licences, etc. On a un paradigme aussi de la propriété intellectuelle et de la distribution de l'histoire et de la connaissance, l'industrie musicale, l'industrie cinématographique, où tout est licence, tout est propriété, etc. Donc c'est vrai que culturellement, et parce qu'on a aussi en face des intérêts capitalistiques phénoménaux, on n'a pas forcément, de manière triviale, cette culture d'aller vers des solutions produites par nos pères. libres et pas toujours gratuites, mais au moins libres et qui nous permettent en fait d'être indépendants et d'être souverains. C'est à mon tour aujourd'hui, parce que je fais quoi ? Plusieurs centaines d'ingénieurs tous les ans et je fais aussi ces stages de troisième. Comme on l'a fait pour moi, il y a quelqu'un qui, quand j'avais 13 ans, m'a expliqué ce qu'était Gnou Linux, ce que c'était qu'un logiciel libre, etc. C'est à mon tour de transmettre ça à ces enfants et que très tôt, le plus tôt possible, ils aient connaissance de l'existence de ces solutions et que derrière, ça puisse, à mon humble échelle et à l'échelle des associations de promotion du logiciel libre, comme l'April, comme Framasoft, pouvoir continuer, comme Mozilla, pouvoir continuer à s'aimer et à montrer qu'il y a d'autres voies possibles pour pouvoir utiliser ces logiciels, ces standards et ces protocoles libres.
- Speaker #0
Et ouvrir, c'est aussi exposer. Et certaines données mal partagées peuvent devenir dangereuses. Cartographier des abris, des réseaux électriques, des hôpitaux, c'est précieux, mais c'est aussi sensible, notamment en temps de guerre. Comment est-ce qu'on concilie la transparence citoyenne et la sécurité des territoires ? Où placer la limite entre open data et données critiques ?
- Speaker #1
Alors, les données, on va commencer par les données privées, évidemment, elles échappent à ce champ-là. Ensuite, c'est... C'est un débat qu'il y a eu dès le début, dès la jeunesse d'OpenStreetMap, notamment sur les réseaux électriques. Et on en est arrivé avec des grands opérateurs à la conclusion parfois que ces données, elles existent déjà dans des bases plus ou moins distribuées, elles existent dans différentes bases de renseignements, de services de renseignements qui sont tout aussi, voire plus puissants que nous. Et trois, ça se voit un petit peu. En hôpital, ça ne se cache pas. Une ligne électrique avec un pylône, ça ne se cache pas. On a même parfois, sur la voirie, des petits chapeaux jaunes ou blancs qui indiquent des réseaux gaz enterrés et des réseaux d'hydrocarbures enterrés. Donc, en termes de visibilité d'accès, une personne qui est malveillante n'a pas besoin d'OpenStreetMap, elle n'a pas besoin de données libres pour pouvoir commettre un acte malveillant. Une fois qu'on se dit ça... Ça ne veut pas dire qu'on ne doit pas, à notre tour, développer des solutions et des contre-mesures pour lutter contre les actes malveillants. Et souvent, on se rendait compte, avec OpenStreetMap, que les premières victimes du manque d'informations, ça n'était pas l'infrastructure en elle-même ou les personnes qui géraient l'infrastructure, mais l'infrastructure elle-même était victime. La première victime, pardon, c'est bien l'infrastructure, c'est bien les gestionnaires de l'infrastructure. C'est-à-dire que dans une même entreprise... on se retrouvait parfois avec des gens qui ne se transmettaient pas, ils ne se partageaient pas d'informations, ce qui conduisait à des retards, des incidents, voire des morts.
- Speaker #0
Et donc,
- Speaker #1
nos premiers travaux avec le SAMU, avec Enedis, avec des grands énergéticiens, avec la SNCF, qui a été exemplaire. Aujourd'hui, un des services les plus utilisés par les cheminots de la SNCF, c'est graou.info.sncf, je crois maintenant, ou tutumab, je crois. C'est un cheminot qui a créé un web-service, un service cartographique ferroviaire avec la position des trésoriers, t'imagines la sensibilité quand même des choses, avec les appareils de voie. donc les aiguillages, la signalisation, c'est une maquette ferroviaire.
- Speaker #0
Un boulot titanesque.
- Speaker #1
Titanesque. C'est un projet perso. C'est un projet perso de la Cheminot,
- Speaker #0
ça lui a pris des années.
- Speaker #1
Et donc, aujourd'hui, s'intégrer aux différents services et web-services de la SNCF, c'est un des services les plus utilisés par le Cheminot quand il y a des désordres, quand il y a des problématiques, des grèves. Et pour avoir un tableau de bord aujourd'hui. du matériel roulant et de ce qui se passe sur le réseau ferroviaire français, c'est ce qu'ils savent mieux. Les néerlandais l'avaient déjà fait, les japonais l'avaient déjà fait. Et c'est que l'UIC, l'Union Internationale des Chemins de Fer, s'inspire énormément aujourd'hui de ces projets libres et collaboratifs pour normaliser, pour cartographier, pour accompagner les gestionnaires d'infrastructures ferroviaires à améliorer la sécurité des chemins de fer. Donc comme quoi, on parle de quelque chose qui a priori est sensible et pourrait être un vecteur d'attaque. mais qui devient un vecteur de résilience pour les gestionnaires d'offres structures.
- Speaker #0
Gaëlle, si tu parles d'open source avec autant de passion, c'est parce que tu viens de là. Avant d'être un conférencier, tu as d'abord été un hacker, au sens originel, quelqu'un qui démonte les systèmes pour mieux les comprendre. Le mot hacker évoque encore la peur, piratage, ransomware, espionnage. Pourtant, le hacking, c'est aussi réparer, détourner, innover autrement. Comment est-ce que tu expliques ce malentendu persistant autour du mot hacker ? Et qu'est-ce qu'être hacker éthique veut dire en 2025 ?
- Speaker #1
Alors, pour moi, ce qui fait qu'on a encore mauvaise presse, c'est la presse. Dans l'imaginaire populaire, on parle des hackers que quand il y a des attaques, et très peu quand il se passe des choses bien. En fait, un hacker éthique qui travaille bien, il évite. Des incidents, et donc un incident qui n'existe pas, par définition, il n'existe pas. Et donc, du coup, on ne parle pas, et la presse ne fait pas d'éloge de ce qui se passe bien. Les médias parlent de ce qui va majoritairement. On peut parler de solution, c'est encore un autre sujet, mais c'est important pour moi de tenir la corde et de continuer à porter ce titre. de hackers parce que c'est important qu'on change les images lières dessus.
- Speaker #0
C'est un peu comme des chevaliers blancs qui sont dans l'ombre. C'est ça,
- Speaker #1
exactement. Mais heureusement, on est plus nombreux hackers éthiques, hackers malveillants, pirates, pour utiliser le mot en l'occurrence qui va bien. Ce sont des pirates. Et aujourd'hui, quand je fais cours, j'essaie d'amener ces jeunes, ces enfants de la quatrième... J'ai même fait des fiches actions pour des crèches.
- Speaker #0
Ah oui, d'accord.
- Speaker #1
Je suis curieuse de voir ce que tu leur montres. Ça, je fais dans mon observatoire, parce que je fais aussi de l'astrophysique dans l'observatoire de Vernon, qui était en fait la première fille dont je suis tombée amoureuse. C'est quand même l'astrophysique. Je voulais être astrophysicien, astronome ou astronome. Et j'ai fait météo parce que c'était le seul moyen de retrouver chez moi, en fait. Maintenant, je dirige un observatoire, mais je suis un cœur. Donc forcément, mon observatoire, il est teinté de ma passion. rempli d'ordinateurs, de télescopes robotisés, etc. Et ce que j'essaie de transmettre à ces enfants, c'est que, exactement ce que tu viens de dire, je détourne les objets de leur usage premier pour regarder les étoiles, pour observer et mesurer des séismes, des humidités, des températures, etc. Et quand on lit le hacker lifestyle, c'est quoi en fait la vie, la journée type de hacker ? Une des premières choses que j'ai adoré, il y a quatre Maxime, mais là... La première, c'est celle que j'aime retenir, c'est qu'il y a énormément de problèmes à résoudre dans ce monde. Donc le boulot premier de hacker, c'est régler et résoudre des problèmes. Et la troisième, Maxime, je crois, qui définit le hacker, c'est tout ce qui est ennuyeux, répétitif, rébarbatif, c'est mal, c'est pas bien. Il faut qu'on arrive à automatiser et à simplifier. Les machines, elles sont là pour nous aider, en fait, à la base. Donc ça, c'est hyper important. Les deux autres, je ne les cite pas, elles sont moins importantes, moins structurantes pour moi sur ce qu'est la vie, la journée type dans la cœur. Donc, quand je fais cours, je fais cours comme je suis là. J'essaie de transmettre cette passion aux jeunes, aux enfants. Là, j'ai un cours Computer Science que je fais à des dizaines, des centaines d'élèves en école d'âge. Computer Science ? OK, mais on va construire des computers. Qui commencent avec les barrettes de numéros en ville, la mémoire, la carte mère, l'alimentation, les connecteurs de disques durs, les... Il doit tout monter.
- Speaker #0
Et ils passent tous à l'unité, chacun, sur ma table de bain. J'ai une table pour monter le lundi. Et ils montent et ils démontent ces ordinateurs. Ils installent les illustrations, donc FreeBSD, OpenBSD, Linux, etc. sur cet ordinateur qu'ils ont monté de leur main. C'est supervisé, c'est sous mon contrôle. Et tu sais, ce qui est hyper... Ce qui est génial pour moi, c'est de voir quelqu'un qui fait un plaisir à faire ça.
- Speaker #1
Quelle fierté d'avoir réussi à monter un ordinateur. C'est ça.
- Speaker #0
Et comme je disais, beaucoup de ces enfants n'ont pas accès à la culture. Et donc c'est important pour moi de leur montrer mon terrain de jeu et de leur dire, tout ça, ce n'est pas génération spontanée. Vous devez maîtriser les sous-jacents physiques et techniques, les technologies que vous utilisez. Alors c'est vrai qu'un téléphone comme celui-là, ça vaut quelques centaines d'euros, on ne va pas le démonter, c'est difficile. Un ordinateur portable, c'est peut-être le son de la famille parfois. On ne va pas le démonter. vous avez les pièces en éclaté sur la table faites vous plaisir, posez les questions que vous voulez, cassez abîmez, c'est pas grave ça coûte pas cher, on pourra remonter, on pourra remplacer, c'est derrière l'objectif de l'exercice, c'est que vous puissiez être maître des machines autonome,
- Speaker #1
ouais, voilà alors être hacker c'est aussi s'interroger interroger le pouvoir, certains dévoilent des failles, d'autres dénoncent des dérives, on parle de Snowden à Wikileaks Salut ! Les hackers oscillent entre héros et hors-la-loi. Jusqu'où un hacker peut-il aller au nom de l'intérêt général ? Et faut-il parfois désobéir pour protéger la démocratie numérique ?
- Speaker #0
Oui, il faut désobéir. Il faut parfois désobéir. Je le dis avec beaucoup de gravité. Je suis partie du ministère de l'Écologie en 2012. Je me suis mis en disponibilité après deux suicides sur le menu de travail. Et la médecine du travail pensait que je serais le troisième.
- Speaker #1
Ah oui, d'accord.
- Speaker #0
Je ne me serais pas suicidé, mais mes conditions de travail faisaient que j'avais des problèmes cardiaques, des problèmes d'hypertension.
- Speaker #1
En termes de désobéissance, je voudrais qu'on aille un petit peu plus loin sur ce concept et parler du dark web. On parle même de dark net au pluriel. C'est un réseau superposé à Internet qui intègre des fonctions d'anonymat. Certains Darknet se limitent à l'échange de fichiers, d'autres permettent la construction d'un écosystème anonyme complet avec des web, blog, mail, IRC. Les Darknet concentrent aussi bien des marchés illicites que des forums de journalistes qui cherchent à être lanceurs d'alerte ou bien des ONG sur régime autoritaire. Donc ce sont des lieux de fantasme, de peur, mais aussi de résistance. Toi qui défends la transparence et la liberté numérique, Comment est-ce que tu regardes le dark web ? Est-ce qu'il faut le craindre ou est-ce qu'il faut le comprendre ?
- Speaker #0
Alors, on sait qu'on met beaucoup de choses dans ce mot-là qui permettent, en fait, moi, de faire prendre un peu de recul et bien séparer les usages, puisque c'est ceux-là qu'il faut qu'on allait. Ce sont les usages qu'il faut qu'on allait. Et si tu me permets, je fais un petit pas de côté sur du fameux stagiaire de troisième pour répondre à ta question. Beaucoup de ces enfants cherchent des stages, en troisième, en seconde, en quatrième. qui aiment parfois pouvoir rejoindre nos filières, nos réseaux, nos métiers. Et j'en vois parfois qui demandent des stages dans des médias. Ces enfants ne trouvent pas de stage. On leur refuse des stages, on ne leur répond même pas. Des fois, quand ils en trouvent, ils sont cantonnés à la machine à café ou à la photocopieuse. Pourquoi je raconte ça ? Parce que les réseaux criminels rivalisent l'imagination. Ils sont vétans, ils ont de l'argent, ils ont de la ressource humaine. Et quand on est un enfant en troisième à qui on refuse un stage, alors que l'enfant veut s'inscrire pleinement dans la société et rejoindre en fait, et jouir de sa pleine citoyenneté, un groupe criminel est prêt à rémunérer cet enfant pour des actions criminelles. Là où je veux en venir, c'est que pour moi il faut bien distinguer, et c'est pour ça qu'on a besoin de ces enfants, des activités criminelles en ligne qui ne sont pas... moins criminelles parce qu'elles sont en ligne que des activités criminelles dans le domaine physique, parce que ces groupes criminels n'ont aucun problème à recruter nos enfants. Aucun. Et la Cour des comptes a même publié l'année dernière ce que rapporte aujourd'hui chaque poste dans ces activités criminelles, qu'on fasse le guet pour prévenir sur un point de deal l'arrivée de la police, à nourrir pour pouvoir stocker de l'argent pour... les trafiquants de drogue, l'hôtel-litoire qui m'a vu naître, la Guadeloupe aujourd'hui, la Martinique, c'est 22 tonnes de cocaïne saisie depuis le 1er janvier 2025. Ce sont ces groupes criminels qui aussi sont sur ces protocoles, ces réseaux qui permettent de garantir l'anonymat et qui ont eux les moyens d'investir. Nous, hommes et femmes de bien, On est entravés pour pouvoir faire nos métiers. Les journalistes sont menacés pour pouvoir faire leurs métiers. On a toutes les complexités possibles et imaginables, administratives et financières, pour pouvoir faire nos métiers. Et nos enfants ont toutes les peines du monde à trouver des stages. Ce que je veux faire aujourd'hui, et ce que j'essaie de faire à mon noble échelle encore une fois, c'est d'arriver à, dès la plus tendre enfance, expliquer à ces enfants ce que leur confère comme pouvoir. le talent qu'ils peuvent avoir en matière de cybersécurité ou en matière de numérique. Shakespeare, ça ne leur parle pas. Maupassant, pour l'instant, ça ne leur parle pas. Mais la maxime du tonton de Peter Parker, où je leur dis, vous vous souvenez ce qu'il dit, le tonton de Peter Parker, vous vous souvenez ce qu'il lui disait ? Oui, oui, oui, monsieur, moi, Au grand pouvoir correspondent de grandes responsabilités. Ton talent, ton savoir, te donne un pouvoir. Ce pouvoir te donne... aujourd'hui une responsabilité. Tu peux l'utiliser pour faire le bien et tu peux l'utiliser pour faire le mal. Pour moi, Internet, je ne parle pas de barbe, j'évite d'utiliser ces mots-là, c'est ça. Ce sont des protocoles à la base qui sont neutres. Mal utilisés par des personnes malveillantes, bien utilisés pour des personnes bienveillantes, mais c'est à nous dès la plus tente d'enfance d'expliquer à ces enfants... pilule bleu, pilule rouge, qu'est-ce que tu veux faire ? Est-ce que tu veux gagner ta vie en ayant toutes les menaces possibles et imaginables sur ta sécurité, celle de ta famille, ta probité, etc. Ou est-ce que tu veux être un hacker éthique, une hacker éthique ? Est-ce que tu veux embrasser des filières qui vont permettre de te protéger, protéger ta famille, protéger la société ?
- Speaker #1
Je voudrais prendre un exemple particulier d'une opération en 2024, l'opération Kronos. qui est une opération de police internationale qui avait saisi l'infrastructure de Lockbit, dont je rappelle qu'il est un groupe de pirates. Donc les policiers internationaux avaient saisi l'infrastructure, ses serveurs, ses comptes cryptos et exposé ses coulisses. Mais aujourd'hui, ils se réorganisent. Comment est-ce qu'on peut passer d'opérations chocs à une érosion continue des revenus criminels ? L'open source et les collectifs citoyens peuvent-ils compléter l'action des États ?
- Speaker #0
Oui, on est tout à fait complémentaires. Il n'y a pas d'opposition. Je n'oppose pas OpenStreetMap à l'hygiène, par exemple, la cartographie. On a vraiment un rôle complémentaire. Et les conférences, le campus cyber, tout un tas de lieux, de tiers-lieux doivent être créés, animés, habités. C'est ce que je fais ici. Le meilleur moyen encore pour moi, alors c'est une utopie peut-être, mais sur les 45 à 50 années qu'il me reste à vivre, puisque j'ai réalisé tous mes rêves d'enfant, tout ce qui me reste aujourd'hui, c'est transmettre ce savoir. Ce que je dis souvent à mes jeunes que j'ai en stage ou auprès desquels j'interviens, c'est qu'il faut qu'on arrive à avoir pas un équilibre, mais qu'on pèse suffisamment dans la balance en termes de masse critique de personnes qui travaillent à la sécurité, à la cybersécurité, versus des personnes qui travaillent malheureusement à menacer, à... menacé à voler, à harceler. Et pour ça, peut-être que c'est utopique, mais pour moi, le meilleur moyen, ça reste encore l'éducation.
- Speaker #1
Oui, bien sûr.
- Speaker #0
Faire rêver ses enfants. Je te dis encore, l'erreur que j'ai faite, c'est parler de sujets techniques, montrer l'évidence aux gens sans jamais expliquer ce que ça va leur demander dans leur chair de faire, d'apprendre, de mettre en œuvre, etc. Et c'est pour ça qu'il faut utiliser la culture, stimuler les imaginaires. On est sur des sujets qui sont très anxiogènes, criminels, etc. Il y a des morts, des blessés, du harcèlement. C'est dangereux, c'est dangereux. Et donc, il faut qu'on arrive à créer des séries, à faire de la littérature, de la poésie, comme pour les risques majeurs que j'adresse dans d'autres parties de mes journées. Mais il faut qu'on arrive à stimuler les immeubles. On a réussi à le faire sur d'autres sujets. Ce n'est pas parfait. Les Restos du cœur, je cite souvent comme exemple. Les Restos du cœur, c'est quoi ? C'est le monde de la culture. qui se mobilisent pour lutter contre l'infirme. Bon, ben voilà. Il faut que le monde de la culture arrive aussi. Et que nous aussi, techniciens, on aille dans ce monde de la culture, qu'on arrive à expliquer nos quotidiens, et derrière, qu'on crée des vocations, comme je le disais. Des gens qu'on a fait rêver. Donc, plutôt que de faire peur à ses enfants, même à ses adultes, est-ce qu'on peut produire du contenu, ton podcast en fait partie, qui permette aux gens de découvrir nos métiers et d'avoir envie derrière d'embrasser nos filles. Bien sûr,
- Speaker #1
vulgariser tout ça. En 2024-2025, la CNIL a constaté plus d'alertes et de fuites méga volumes nourrissant des marketplaces où une carte bancaire vaut entre 5 à 100 euros, un accès bancaire entre 200 à 2 000 euros environ et des identités complètes. On négocie à bas coût un supermarché du crime, en quelque sorte. Est-ce que c'est possible de dévaloriser durablement ces marchandises ?
- Speaker #0
On va réussir à faire ça, pour moi, encore une fois, si on arrive à avoir les budgets en face. C'est-à-dire que je dis souvent quand je sors du campus cyber, c'est que vous savez, une fois qu'on sortira d'ici, en face, dehors, les groupes criminels sont souvent beaucoup plus créatifs. et agressifs que nous. C'est à nous aussi, de notre côté, à être créatifs et agressifs. C'est-à-dire qu'on ne peut pas juste se contenter de faire nos heures ici, dans nos bureaux, nos start-ups, nos entreprises, nos ministères, nos forces de l'ordre.
- Speaker #1
Et comment on fait ? On propose des récompenses à ceux qui dénoncent ça ? Exactement.
- Speaker #0
C'est un, évidemment, l'argent, c'est un moteur, mais pas que. La valorisation des filles, moi, je rencontre des jeunes ici qui surperforment, qui sont bris. qui ont des idées, qui ont envie de faire des choses. Moi, souvent, j'ai 45 ans, j'arrive à un moment de ma vie, ma carrière, où je me retrouve exactement où étaient ceux qui m'ont aidé quand j'avais 25-30 ans. J'ai commencé au country de Marbe, d'ailleurs. Je me retrouve, parce que j'ai accès à un réseau médiatique, parce que j'ai accès à un réseau économique, à pouvoir, aujourd'hui, donner leur chance à ces jeux. En exemple, cette année, je suis partie avec... Cinq de mes étudiants, il y a toi, vous créez vos valises, la semaine prochaine, vous partez faire un exercice avec moi au Martinique. Le premier effet que ces enfants, ça a été d'appeler. Ils ont 22 ans, d'appeler leurs parents, de leur demander l'autorisation. Je trouve ça mignon, mon fils a à peu près le même âge. Je lui dis, ok, moi j'aurais sauté au plafond, lui pareil, il aurait su le jour même. Il faut qu'on arrive à gratifier ces enfants. Ce n'est pas qu'une question d'argent. Quand je suis revenue ici au campus Sibler avec mes étudiants, on est parti une semaine avant le Martinique faire l'exercice, on a évacué 400 gamins. Ils ont tout monté. La cellule de crise, les réseaux radios, ils ont tous passé par les réseaux radioamateurs. Ils sont tous radioamateurs aujourd'hui. Ce n'est pas l'argent, le moteur. Un, ils l'ont fait pour nous faire plaisir. Deux, ils se sont fait plaisir. Ils ont pris plaisir à faire ça. Trois, ils se sont fait utile.
- Speaker #1
C'est l'utilité pour toi. Comment dévaloriser les marchandises qui sont vendues sur le Darknet durablement ? C'est rendre... En fait, c'est... Donner l'impression de rendre un service à la communauté.
- Speaker #0
Beaucoup de personnes travaillent dans nos métiers, dans nos filières, en cyber, sans forcément se rendre compte en quoi ils sont utiles et quel est le sens de leur journée à part des jouets, telle vulnérabilité. Si on a des indicateurs où on dit attention, ça, ça va permettre de sauver tant de personnes, ça, ça va permettre d'éviter tant d'argent dépensé. Un scoreboard, comme dans un jeu vidéo, très important pour moi. Et encore une fois, ça passe pour l'éducation. Parce qu'on a aussi des vulnérabilités qui viennent de l'intérieur. J'ai un atelier qui marche très bien en banque d'assurance qui s'appelle « M'échivou de vos ex » , ex-conjoint, ex-salarié, ex-partenaire, ex-associé. C'est très important aussi de se rendre compte qu'une menace, elle ne vient pas que des groupes criminels, elle vient aussi de l'intérieur. Mais sauf que quand on donne du sens, quand on valorise les gens, quand on valorise les activités, les entreprises, les filières, les profils, et qu'on parle de diversité... la présence des femmes, je n'en ai pas beaucoup parlé, mais c'est très important que ces femmes, pas juste pour être politiquement correctes, mais parce que c'est nécessaire et que c'est vital d'avoir des profils différents qui ont une vision différente des problèmes et de la manière dont on va les résoudre, tout ça, ça participera à la dévalorisation de l'activité commune.
- Speaker #1
C'est ce que fait l'association Women for Cyber France dans laquelle je suis membre du bureau et qui s'attache effectivement à... à promouvoir la place des femmes dans la cyber et la cyber auprès des femmes dès le plus jeune âge, dès le collège et le lycée, finalement. Je voulais du coup finir sur ce sujet, Darknet, Dark Web, le côté obscur de la force. Au-delà du vol de données, la désinformation et la sextortion, ils exploitent le même terreau de fuite et d'outils d'amplification. Comment est-ce qu'on éduque aux preuves, à la vérification, aux sources ? Et comment les logiciels libres, les communs comme l'OSINT ouverts, peuvent-ils nous protéger ?
- Speaker #0
Alors, ce que je fais ici, je fais souvent un événement qui s'appelle le hacking show entre médias. Je fais ça à table parce qu'on est en France, qu'on est un pays de la gastronomie. Je ne fais pas ça dans un amphi ou dans une salle de cours de manière très formelle. Je le fais à table parce que c'est un moment où on peut discuter, on peut échanger. J'ai fait comme un spectacle de stand-up, donc je me sens exprimée. inspiré de l'industrie culturelle pour pouvoir, toutes les deux semaines, à midi... Au campus, discuter avec les résidents, avec les personnes qui transitent ici, sur l'actualité, sur les sujets physiques, matériels de la cybersécurité, parce que c'est mon sujet et c'est ma compétence. Donc moi, c'est très important, sur ces jeunes et ces résidents qui passent, qui me sollicitent régulièrement. Normalement, je suis censé être dans le lab, mais sans vouloir blasphémer. Je dis souvent que le lab cyber, c'est un peu comme l'esprit, ça, il est en nous. autour de nous. Donc, j'essaye vraiment, ici au campus et ailleurs, au moment des conférences, de parler de voiture parce que c'est un objet si bien qui parle à tout le monde, qui est physique, mais qui est aussi réseau, qui est aussi électronique. Ça me permet de parler de tous ces sujets-là et de mettre dans la main des résidents, dans la main des clients, dans la main de mes partenaires, dans la main de mes étudiants, le matériel. Il faut vraiment, parce que ça, c'est ma frustration actuelle, que l'on apprenne. aux personnes qui travaillent dans la cybersécurité, que ce n'est pas magique. Tout ça tourne sur du matériel. Donc, il faut maîtriser les sous-jacents physiques et techniques, les sujets que l'on traite, et ça passe par soudés, dessoudés, démontés, et le LabCyber est là pour ça. Les associations aussi sont là pour ça, au Union for Cyber, mais c'est aussi important. Là, j'ai reçu une jeune femme, vendredi, ici au campus Cibéa, qui a 36 millions d'idées sur des outils d'attaque et d'entraînement. cyber, vraiment faire un outil physique. C'est génial pour moi d'avoir dans les mains aujourd'hui les capacités d'aider ce type d'initiatives individuelles, mais qui demain, je l'espère, sera déployée à l'échelle d'une entreprise, à l'échelle nationale et internationale pour qu'on puisse s'entraîner. Il n'y a que ça qui vaille. Comme pour les risques majeurs, dits naturels, les risques cyber, c'est pareil. Si on ne s'entraîne pas, si on n'est pas capable de partager entre nous et de se confronter en pleine diversité de genre, culturel, ethnique, social, etc. On n'y arrivera pas.
- Speaker #1
Et comment transposer tes méthodes Open Resilience au monde de l'entreprise, justement ?
- Speaker #0
Alors, là, ce que je vais faire le 19 mars 2026, c'est que je vais embarquer à la fois mes étudiants. Sur place, en Martinique, on aura des stages à votre troisième et des médias. Ça, j'ai l'habitude de le faire. Ce que je vais rajouter, c'est des... salariés d'entreprises qui ont envie de sponsoriser, qui ont envie de soutenir, c'est des petits tickets, mais des salariés qui viennent avec moi. C'est-à-dire qui viennent et qui découvrent comment on peut, à l'échelle de l'océan Pacifique, le 30 juillet 2025 dernier, évacuer 2 millions de personnes. Une société, et dont 1,4 million que pour le Chili, une société qui est capable d'évacuer 1,4 million de ses citoyens en une heure dix, pour moi, témoignent de sa bonne santé démocratique et aussi technique et technologique.
- Speaker #1
Oui, d'un point de vue cyber, en fait, comment est-ce que tu prépares l'entreprise ? En fait, est-ce que c'est possible de se sécuriser à 100% en tant qu'entreprise ? Et quelle métrique placer en comité de direction, par exemple ?
- Speaker #0
Eh bien là, tu vois, ces exercices-là, pour moi... les exercices de tsunami c'est des exercices qui nous permettent de simuler un peu toutes les crises qu'on peut avoir c'est quoi une cyberattaque ? c'est un tsunami d'attaques d'ordinateurs qui tombent en panne ou qui répondent et en fait cet exercice de tsunami pour moi il m'a servi à théoriser un peu tout ce qu'on pouvait avoir comme problème parce que souvent les gens imaginent des trucs très compliqués en couple courant premier pilier de la cybersécurité c'est la disponibilité et c'est plus disponible je veux vraiment amener ces personnes avec moi sur les territoires qui sont très fragiles et leur montrer qu'on peut vite être très seul. Comment on gère ça ? Comment on gère ce qui est important de ce qui est urgent ? Comment humainement on va faire équipe pour pouvoir surmonter un truc qui pourrait nous tuer, nous blesser, rendre les serveurs de l'entreprise inopérants ? Pour moi, il n'y a pas les catastrophes naturelles d'un côté et la sidère de l'autre. Les Québécois utilisent un mot, préventeur.
- Speaker #1
Préventeur.
- Speaker #0
Préventeur. En fait, la prévention, elle est globale, peu importe le risque. Un tsunami, un feu de forêt, c'est un tsunami de feu. Une avalanche, c'est un tsunami de neige. Une cyberattaque, c'est un tsunami d'attaque. Donc, on doit pouvoir appliquer les mêmes méthodes. Il y a des normes, 22301, sur les organisations. Il faut savoir ce qu'on a de précieux. Et l'homme, l'humain, est la première des choses à protéger. Nos infrastructures, évidemment. Et donc, j'apprends dans ces entreprises à communiquer par d'autres canaux que la messagerie, le mail, la radio, par exemple. ou d'utiliser des réseaux type MeshTastic. En fait, j'apprends à la fois tes entreprises et sur leurs doctrines et en même temps, je leur transmets les doctrines qu'on utilise dans le domaine d'inaturales ou des risques magins pour qu'ils puissent s'inspirer de ça, pour apprendre à faire équipe, à faire société et arriver demain, ça m'est arrivé, créer des salles de sieste pour pouvoir permettre aux gens de dormir dans l'entreprise parce qu'au moment d'un épisode négatif, personne ne peut repartir ou au moment d'une innovation comme Avalance Merci. Plutôt que de mettre les gens sur la route et de les exposer à leur mort, est-ce qu'on ne peut pas imaginer des temps où on va dormir ensemble dans la boîte ?
- Speaker #1
C'est comme pendant une crise cyber, effectivement, il faut que quelqu'un 24-7... Alors tu ne te contentes pas d'analyser Gaël, tu fabriques aussi des drones, des capteurs, des radios, des serveurs solaires. Ton atelier c'est un laboratoire d'innovation low-tech, où la technologie retrouve sa simplicité première. C'est drone open source construit à partir de pièces... accessibles, permettent de cartographier des zones sinistrées ou isolées. Pourquoi est-ce que tu as choisi cette approche low-tech et qu'est-ce que ça change dans ta manière d'innover ?
- Speaker #0
Quand on a une crise majeure, la première chose qui vient manquer, c'est l'énergie. La deuxième, et ça arrive très vite, c'est les moyens de communication. Toutes les crises que j'ai pu traverser récemment, c'est ça. Et évidemment, en travaillant avec les forces spéciales, avec le ministère des Armées, avec des militaires, des hommes et des femmes qui... qui sont prêts à donner leur vie pour notre sécurité. l'eau potable. Et donc, ces hommes et ces femmes, ils m'ont appris à sacraliser ma ressource en eau, parce que c'est la première chose qui vient à manquer. Évidemment, la nourriture, mais si on n'a pas d'eau, on ne va pas très loin. Utiliser tout le temps et l'énergie dont on dispose pour faire les choses les plus complexes, parce que les choses les plus complexes sont les plus fragiles. Un système d'information, un système complexe, par nature, plus il est complexe, plus il est fragile. Et donc, si on veut pouvoir passer à l'échelle, si on veut... pouvoir aider un maximum de gens, il faut des choses simples. Donc, c'est pour ça que je suis devenu un radioamateur, parce que je me suis rendu compte, les ordi, c'est sympa, les téléphones, c'est sympa, mais s'ils ne sont pas chargés, s'il n'y a pas d'énergie, on ne peut pas les faire fonctionner. Et ces systèmes-là consomment beaucoup d'énergie. Donc, il faut à la fois que l'on puisse avoir des choses pas chères, rapides à déployer, simples à utiliser massivement pour plein de gens, plutôt que d'être une personne ou une équipe ou une association capable de faire des trucs très complexes, mais qui au final n'y arrivera pas parce qu'on ne pourra pas couvrir tout un grand état. Ça, ça m'a forcé à faire simple, à faire fonctionnel, beau, parfois aussi, on parle du monde de la culture. C'est important aussi que les gens, dans l'approche qu'ils vont avoir, dans le rapport qu'ils vont avoir avec l'objet ou avec la technologie ou la procédure qu'on va leur donner, que ça les inspire et que ça les fasse rêver. Et donc ça, Ça revient au final à se dire qu'au moment où ça va garder, la seule chose que les gens sauront utiliser, c'est ce qu'ils utilisent au quotidien, ce qu'ils ont l'habitude de faire. Plutôt, on les forme à devenir des radiomoteurs, avoir des radios des talkie-walkie, des radios mobiles, des antennes, etc. Plus simple, ça sera pour eux de remettre en place tout ça.
- Speaker #1
Aujourd'hui, on se pose beaucoup la question jusqu'où la technologie est capable d'aller, qu'est-ce qu'elle peut faire. On se pose moins la question à quel prix. Le numérique pèse déjà à 4% des émissions mondiales de CO2. Est-ce qu'on peut encore parler d'innovation sans parler de sobriété ? La vraie rupture n'est-elle pas dans la modération plutôt que dans la course à la puissance ? Alors,
- Speaker #0
c'est un sujet effectivement. L'industrie du numérique doit réduire ses émissions de gaz à une fenêtre. Ça, c'est évident. Ça pousse malheureusement à une réaction qui est parfois contre-productive où on se dit qu'il suffit de... moins utiliser ou de ne pas faire ou de ne pas installer pour pouvoir atténuer ces émissions de gaz à effet de serre. On ne pourra pas résoudre les problèmes qui sont liés au réchauffement climatique sans numérique. Ça aussi, il faut qu'on se le dise. Parce que le numérique, ce sont aussi des satellites. Il y en a un qui part ce soir au monde enregistré, c'est la VIA 265, donc un fusée Ariane 6 qui emporte avec elle le satellite Sentinel-1D. C'est l'état de l'art de ce que c'est faire de mieux l'humanité en matière de technologie pour anticiper, diagnostiquer des catastrophes qui pourraient nous tomber dessus. Et c'est aussi grâce à cette technologie qu'on sait ce qui va nous arriver, ce qui va se passer. Donc, sans passer, ce n'est pas possible dans le sens où on en a besoin pour optimiser nos déplacements, de moyens de communication, d'anticipation, de prévention, les bulles à météo, les mesures d'activité sismique, les volcans. Tout ça, ça sauve des vies et tout ça, ça contribue évidemment à l'évolution des espèces. C'est aussi Darwin quelque part, on a su fabriquer, nous, espèces humaines, des outils qui nous permettent de traverser des temps difficiles. Mais une fois qu'on s'est dit ça, effectivement, ça nous oblige à nous remettre en question. Est-ce qu'on a besoin effectivement du dernier téléphone ? Là, il y a un sujet. Est-ce qu'on a besoin du dernier serveur ? On a des grandes sociétés de diffusion de films en ligne qui ont réussi. à préserver l'infrastructure, l'optimiser logiciellement et techniquement pour pouvoir conserver les serveurs, les routers et ne pas avoir les systèmes d'exploitation aussi et ne pas avoir à acheter du nouveau matériel et tout avec la même infrastructure arriver à faire mieux d'année en année plutôt que de remplacer l'intégralité de l'infrastructure. Je pense que c'est un très beau modèle euh euh Ça, ça a été publié. C'est des publications à la fois scientifiques et techniques où des grands opérateurs aujourd'hui servent du divertissement, montrent un peu la voie qu'on est capable, si on améliore le logiciel, et ce sont des logiciels libres, si on améliore les protocoles réseau, et ce sont des protocoles libres, on est capable de conserver et de continuer à prolonger la durée de vie du matériel. sans consommer plus, voire même consommer moins pour faire les mêmes tâches, voire faire plus de tâches avec beaucoup moins d'énergie. C'est ce à quoi on doit attendre. Effectivement, à l'orée et à l'aune de chaque événement climatique ou sismique ou crise majeure, c'est aussi une occasion de se rendre compte, c'est ce que je fais souvent en exercice et dans les entreprises, on coupe le courant et on voit combien de temps on dispose en termes de résilience énergétique. Et donc, si on consomme beaucoup plus que ce qu'on a besoin, au moment de la crise, ça va être compliqué. Je vois une arme dans la chanteur à Mayotte ou en Bois-de-Loup. Ce sont des cuves de fioul de deux semaines. C'est-à-dire que les cuves, aujourd'hui, de fioul des data centers en Guadeloupe et à Mayotte ont entre 11 jours et deux semaines d'autonomie. Donc c'est dire à quel point, aujourd'hui, ces crises majeures forcent les opérateurs techniques, et je pourrais citer d'autres exemples, à tenir compte des spécialités locales et du matériel qu'ils vont installer, parce que s'ils surconsomment, ils ne pourront pas, de facto, continuer à assurer la continuité de service.
- Speaker #1
Dernière question pour toi, Gaëlle. Est-ce que tu penses que la France ou l'Europe peut devenir un modèle de low-tech de pointe ?
- Speaker #0
Bien sûr. Moi, je rencontre tous les jours des gens qui innovent, qui portent des solutions en Europe. On a une richesse infinie grâce à nos régions ultra-périphériques en Europe, les territoires d'outre-mer. qui sont de formidables laboratoires, qui sont les sentinelles, que ce soit sur les risques majeurs sismiques et zoologiques, sur lesquels, je le rappelle, on a le plus grand nombre de morts ces 20 dernières années. Ce qui a le plus tué ces 20 dernières années en matière de risques majeurs, ce sont les séismes et les volcans et les tsunamis. 58% des morts, c'est ça. On a sur ces zones, malheureusement aussi, des ouragans, des cyclones, des typhons. qui montrent à quel point la nature peut se déchaîner, on a vu récemment avec Mélissa, on a des problématiques d'accès à l'énergie, de décarbonation, de blanchiment des coraux, de reboisement à faire dans nos mangroves, et réutiliser la nature, la remédiation naturelle pour pouvoir protéger notre société et reboiser des zones humides pour qu'elles retrouvent leurs fonctions. On a tout sur la table. On a l'argent, on a les capitaux, franchement on est un continent hyper riche. On a la ressource humaine, on a des universités, des écologiens qui forment l'excellence. Tout le monde nous les invite, tout le monde nous les recrute. On a un port spatial en Guyane, avec, c'est pas parfait, mais on peut y arriver. On a encore un accès à l'espace souverain. On a des enfants, la Guyane est un des territoires les plus jeunes de ce pays, Mayotte aussi, des enfants qui ne demandent que ça, à s'exprimer, à exprimer leur... leur savoir, leur compétence, leur énergie pleinement dans leur citoyenneté. On a tout sur la table maintenant. Il faut une gouvernance. Il faut mesurer. Mesurer, c'est savoir, disait Lord Kelvin. Il faut investir sur nos jeunes en priorité. C'est le sujet. On parle de budget en ce moment encore. Mais la priorité, c'est quand même l'éducation. On l'oublie, mais c'est quand même le meilleur investissement. Et un euro mille, je le rappelle, dans la prévention, y compris en cyber. C'est 7 à 15 euros évités au moment de l'aléa. Ça, c'est l'effet. Si on met 1 euro dans la prévention et l'éducation aujourd'hui, c'est 7 à 15 euros qu'on évite plus tard. Pourquoi ? Parce que les 15 euros, pourquoi on parle du simple au double ? Parce que quand on intègre le coût de la santé mentale des populations qui sont attaquées et qui sont menacées, on multiplie pratiquement par deux ce que nous coûtent ces catastrophes, qu'elles soient technologiques, cyber ou naturelles.
- Speaker #1
Merci Gaël pour cette interview passionnante.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Du code à la radio, des cartes aux drones, Gaël Musquet trace un sillon rare, celui d'un hacker humaniste. Ses outils sont modestes, mais sa vision est immense. Faire du numérique une force de lien et de résilience. Et si le futur de la technologie n'était pas dans les tours de la Silicon Valley, mais dans un garage, une île ou une salle de classe, là où naissent les idées libres. Merci à tous qui nous avez écoutés. J'espère que cet épisode vous a plu. Retrouvez les clips vidéo de cet épisode sur LinkedIn, Anne-Laure Delarivière. N'hésitez pas à nous suivre et à commenter sur toutes les plateformes d'écoute. À très vite dans l'œil de la cyber.