- Juliette BROSSARD
Et si une simple roue pouvait raconter mille vies ? Bonjour et bienvenue dans la roue, je suis Juliette Brossard. Ici, je tends l e micro à celles et ceux qui vivent le vélo dans leurs défis, leurs souvenirs, au quotidien ou dans leurs échappées. Je recueille des voix, des fragments de vie, intimes et universelles, qui racontent le cyclisme. d'hier et d'aujourd'hui. Une culture, un mouvement, un lien entre nous, parce que le vélo, ce n'est pas qu'une pratique, c'est un patrimoine. Dans la roue, c'est l'histoire racontée par celles et ceux qui la font avancer, à la pédale, mais pas que. Abonne-toi et rejoins-nous !
- Brice Giacone
Salut à toutes, salut à tous, j'avais envie de prendre le micro parce qu'il y a toujours une petite latence entre le moment où on enregistre et le moment où je publie l'interview. Aujourd'hui, vous allez écouter le premier invité que je reçois et avec qui je fais connaissance pendant l'épisode. Et j'ai trouvé ça très drôle parce qu'il y a une certaine familiarité finalement qui s'installe très rapidement parce qu'on partage un certain nombre de références, de plaisirs, de joies, qui sont rattachées au cyclisme. Et je crois que c'est un des éléments aussi qui va traverser le podcast. Je suis en train de conscientiser que possiblement c'est quelque chose qui va se passer assez régulièrement. Je voulais aussi prendre le micro parce que c'est étonnant et drôle de voir que certains des éléments qui ont été partagés pendant le podcast par Brice sont aujourd'hui d'actualité. La canicule était terminée, en tout cas pour ce qu'il en est d'aujourd'hui, mais ça m'interroge l'écosystème au global et pas uniquement sur les problématiques des organisateurs, qui sont des choses qui me sont un peu plus familières. Je me demande dans quelle mesure les sportifs peuvent communiquer sur des messages de prévention vis-à-vis des populations qui, elles, pratiquent moins ou différemment. Il y a eu plusieurs morts sur notamment des pistes d'athlétisme. C'est des choses qui s'intensifient, qui sont de plus en plus prégnantes. Et Brice mentionnait ce sujet et je crois que c'est nécessaire que la réflexion avance encore un peu plus vite que ce qu'elle n'a commencé à émerger. C'est un peu mes takes de là, ces derniers temps, depuis qu'on a enregistré avec Brice. En raison de la canicule, et ça, c'est bien évidemment tout à fait normal, les rendez-vous se sont annulés, et je vais essayer de vous produire des contenus, si ce n'est créatifs, au moins explicatifs, du cyclisme pendant le Tour de France. Les choses se consolident petit à petit, je me questionne sur la nécessité d'investir davantage ou pas. Tout ça est un projet personnel. Et je voulais aussi passer un... coucou et un merci général que je n'ai pas forcément fait à toutes les personnes qui répondent à mes petites boîtes à questions. Il se pourrait aussi que juillet soit l'occasion d'un deuxième enregistrement de mes aventures sur le Tour de France. Je vous souhaite d'ici là une très bonne écoute, un bon moment avec Brice. Je vous dis à bientôt. Je vous embrasse. Prenez soin de vous. A très vite.
- Juliette BROSSARD
Bonjour Brice.
- Brice Giacone
Bonjour Juliette.
- Juliette BROSSARD
Est-ce que tu veux bien te présenter ?
- Brice Giacone
Je m'appelle Brice, j'ai 36 ans, grand fan de vélo. Je travaille dans l'e-sport actuellement, père d'une petite fille, pour me décrire très rapidement.
- Juliette BROSSARD
Cette passion, elle vient d'où ?
- Brice Giacone
Je pense qu'elle vient d'une télé qui aurait pu être allumée pendant des étés quand j'étais plus jeune, que ce soit en famille, maison de campagne, de mes grands-parents. Tout ce qui concerne le vélo... J'ai des souvenirs qui sont plutôt très précis. Tour de France 2000, il y a une étape qui arrivait à Otakam. Il faisait un temps horrible. Je suis sur le canapé et je vois une attaque de Lance Armstrong. Et là, je me dis « Waouh ! » Et ça a commencé ce jour-là. J'avais 10 ans. Quelques jours plus tard, il y avait une arrivée au Mont Ventoux. Je me rappelle encore une fois d'une attaque de Lance Armstrong. Et d'un coup, emporté par ce que je voyais à la télé, c'est là, évidemment avec le recul, où je me dis « Il n'y a qu'un... » quelque chose qui s'est créé pendant cet été. Et on est là plus de 25 ans après. Et j'en parle toujours avec autant de passion. Et c'est toujours le sport qui m'anime au quotidien.
- Juliette BROSSARD
Ce double waouh, qu'est-ce qu'il dit de l'enfant que tu étais ?
- Brice Giacone
J'étais un enfant plutôt turbulent, qui avait beaucoup de mal à se concentrer. Le fait de voir ces sportifs qui se dépassent, ça m'a tout de suite donné envie de faire la même chose, rassembler une énergie pour faire quelque chose de constructif ou d'efficace. Peut-être que certains, en écoutant, pourront décrier le personnage en disant, on ne se pose pas toutes ces questions, on a le regard d'un enfant. Je me suis dit, il faudrait que j'arrive à faire ça aussi.
- Juliette BROSSARD
Tu t'es projeté dans le métier de coureur ?
- Brice Giacone
Peut-être pas de coureur, mais me dire, moi aussi, je vais aimer la montagne. Je viens de Lyon, donc j'ai toujours eu cette relation un peu particulière avec la montagne. J'ai eu la chance de beaucoup fréquenter les Alpes. Et je me suis dit, je vais faire pareil, pas forcément en tant que coureur cycliste, mais moi aussi, je vais grimper. Moi aussi, je vais être en danseuse. Moi aussi, je vais mouliner. Moi aussi, je vais avoir ma casquette en arrière. Le fait de vouloir ressembler à Alain Samstrong ou à ces coureurs-là était quelque chose d'assez facile, finalement.
- Juliette BROSSARD
Qu'est-ce que tu dirais aujourd'hui à une personne qui critiquerait Alain Samstrong ou qui te dirait, écoute, ton propos, il est naïf ?
- Brice Giacone
J'ai plus la phrase exacte. Christian Prudhomme, le directeur du tour, qui disait « Les héros de votre enfance sont un petit peu les héros de votre vie. » C'est un peu ce qui m'est arrivé avec ce coureur-là. Je ne cautionne en rien ce qui s'est passé. Ça ne me fait pas kiffer ces sujets-là, comme je pense bon nombre de suiveurs. À partir du moment où c'est lui qui m'a mis le pied à l'étrier, qui m'a fait découvrir ce qui est une véritable passion, qui m'anime plus de 25 ans après, j'ai peut-être un regard différent, pas du tout dans l'excuse. Mais j'ai un regard peut-être un tout petit peu plus tranquille. Je suis plutôt neutre, c'est-à-dire que ça n'a pas changé ma vie qu'il soit pris pour dopage. Ça a changé la vie de beaucoup de gens. Il a foué beaucoup de monde et ça, je pense que c'est impardonnable. C'est grâce à lui que j'ai commencé à vibrer et c'est ce que je veux retenir du personnage.
- Juliette BROSSARD
Pas tant la personne en elle-même que l'inspiration que ça t'a offert à cette période-là ?
- Brice Giacone
Et j'aurais du mal à me dire, oh là là, moi je jette tout à la poubelle, sachant que c'est lui qui m'a ouvert les portes de ce sport, entre guillemets. Je le retiens beaucoup plus pour ça. Et vu que je retiens très peu de choses de ma jeunesse, le fait de me rappeler de ces moments en 2000, et puis tout ce qui a suivi derrière, si on va un petit peu plus dans le détail, après quand je sortais avec mes copains, il fallait que je sois rentré pour la dernière ascension. Quand mes grands-parents m'emmenaient à la plage, mon grand-père me ramenait avant mes cousins pour que je puisse voir l'arrivée. Donc ça a un petit peu conditionné pas mal de choses. En fait, ça m'a construit. Donc je ne peux pas, par rapport à ce personnage, être totalement négatif. Voilà comment je le perçois, c'est plus le côté inspirant.
- Juliette BROSSARD
Et 25 ans après, on se retrouve aujourd'hui autour d'une table pour en parler. Ça représente quoi 25 ans ?
- Brice Giacone
Beaucoup d'heures passées à regarder la télé ou le smartphone maintenant. J'ai eu la chance de travailler sur le Tour de France à de nombreuses reprises. Et à chaque fois, je me disais, quand on passait dans des endroits que je ne connaissais pas, des endroits qui me plaisaient, qui étaient un peu insolites, à chaque fois je disais je reviendrai. Je n'ai pas encore tout fait, mais je suis revenu à certains endroits. J'ai pu approfondir ma connaissance des Alpes, des différents massifs. Ce que je dirais 25 ans après, c'est tout ce que ça m'a amené à connaître notamment en termes de géographie, une meilleure compréhension des villes de France, d'apprécier notre patrimoine, de s'émerveiller de quelques lacets. Et je trouve que ça offre une lecture un petit peu différente des lieux.
- Juliette BROSSARD
Tu dirais que tu as une cartographie Tour de France ?
- Brice Giacone
Plutôt dans l'autre sens, quand du coup je me trompe, ça m'agace. Ça m'a ouvert l'esprit. Je pense que si je n'avais pas eu cette appétence ou passion pour le sport cycliste, je ne pense pas que je me serais émerveillé à aller découvrir plein d'endroits en France. Et le Tour de France m'a apporté cette curiosité. Je pourrais parcourir de nouveau des cols, des routes qu'on a fait avec le Tour de France ou que le Tour de France fait. Et je trouve que ça donne une connotation qui est extraordinaire.
- Juliette BROSSARD
Est-ce que ça offre un décor supplémentaire à ta vie ?
- Brice Giacone
Ah, complètement parce que c'est quelque chose qui m'anime, qui me prend aux tripes, qui me donne de l'énergie, qui me motive. Il y a ce petit truc, en plus, qui me conditionne.
- Juliette BROSSARD
Émotionnel ?
- Brice Giacone
Ouais, très, très. Le fait d'avoir eu ma fille il y a à peu près deux ans m'a aussi apporté à prendre de la distance. Avant, je prenais les choses très à cœur comme un grand fan. Je pouvais être un peu chafouin quand un cours que j'ai envie de suivre ne performe pas ou se fait coiffer sur la ligne. C'est pas grave. prendre une certaine distance et pas rester accroché sur un résultat.
- Juliette BROSSARD
Tu dirais quoi aujourd'hui à un jeune qui serait fan et qui serait super accroché au résultat de ses coureurs ?
- Brice Giacone
Je pense que c'est bien. Après, il ne faut juste pas oublier que c'est du sport. Et c'est la beauté du sport. On le dit assez souvent, il y a des défaites, il y a des victoires, il y a des bonnes surprises, des mauvaises surprises. Ça donne autant de matière à analyser pourquoi, pourquoi c'est arrivé, comment. Qu'est-ce qui peut expliquer cette contre-performance et de ne pas se limiter juste aux résultats et ne pas donner plus de corps à ce résultat-là ?
- Juliette BROSSARD
Tu fais ce travail d'analyse dans une émission que tu animes sur un célèbre réseau social en direct. Qu'est-ce qui t'a amené à créer ce format-là ? Est-ce que c'est finalement ta capacité, toi, à avoir pris du recul et donc à avoir projeté peut-être cette frustration ou alors ce questionnement vers une réponse ? Est-ce que ça, ça a motivé la création de l'émission ?
- Brice Giacone
Je pense. Ton angle d'approche est très intéressant parce que je pense que c'est le cas. J'ai grandi dans une famille où la radio tournait constamment. La radio est un média qui a toujours fait partie de mon quotidien. Je ne suis pas forcément fan de l'image, et je me suis toujours dit, c'est dingue ce qu'on peut faire derrière un micro. Quand il y a eu le Covid, j'ai créé un podcast qui a fonctionné pendant deux ou trois ans qui s'appelait La Soquette Légère. L'objectif, c'était de décrypter, via des personnalités du milieu, le cyclisme. Et très rapidement, en suivant les courses, quand il y a une... perf ou quand il se passe quelque chose, on a envie de savoir le pourquoi du comment. Quand on est juste fan et qu'on a quelques relations mais qu'on n'est pas dans le milieu, c'est pas forcément très simple d'aller avoir toutes les réponses qui sont liées à un entraînement, qui sont liées à une préparation, qui sont liées peut-être à des choses en interne qui se passent pas très bien. Il y a des gens qui ont un regard sur le sport, qui ont des infos, qui ont parfois des hypothèses ou des explications. Sur les réseaux sociaux, j'avais remarqué très rapidement deux, trois profils où je me disais qu'ils ont une vision. Ça ne veut pas dire qu'ils ont toujours raison. Ils ont une manière d'approcher les choses qui est intéressante. Et donc, j'ai voulu essayer de créer un concept où on pouvait leur donner la parole. Je préfère être un peu en chef d'orchestre, de proposer ce contenu, parce que déjà, moi, ça me plaît, et me dire que ça va peut-être intéresser certains auditeurs ou certaines personnes qui sont fans de vélo d'avoir une grille de lecture différente. Il y a un petit claim à ce live. pour prendre un petit peu de hauteur sur l'actualité du vélo. En n'essayant pas juste d'analyser un fait, mais essayer de le contextualiser. Il y a des ramifications, potentiellement essayer de remettre les liens nécessaires. C'est pas être dans l'analyse parfois un petit peu impulsive. Prendre de la hauteur pour générer un contenu qui soit qualitatif pour la compréhension. Tenter d'expliquer, d'aller proposer des grilles de lecture, ça, ça me motive de fou. Donc là, en ce moment, il y a deux compères qui m'accompagnent dans ce projet-là, qui s'appellent Tib et James. Et je les trouve parfaits dans ce rôle. Souvent, à la fin des lives, je me dis « Waouh ! » Ils m'ont apporté aussi une grille de lecture que moi-même, je n'avais pas. Et je trouve ça très enrichissant. Ça permet de suivre l'année cycliste.
- Juliette BROSSARD
Les participants à ces lives ou les gens qui consomment ce contenu, qu'est-ce qu'ils vous donnent comme feedback ?
- Brice Giacone
Il y a le chat où on peut relayer les propos et les avis de chacun. Les retours, qu'ils soient en MP... ou avant quand on utilisait d'autres plateformes, ça nous est arrivé. C'est beaucoup du « merci pour le contenu » . On nous reprend parce que des fois on dit des saucisses. On a créé une communauté qui est plutôt saine. On ne vient pas se faire soulever quand on se trompe dans des dates ou quand on se trompe sur le programme d'un cours ou autre. Ici, ça ne s'invective pas. Peut-être qu'on préserve encore un peu cette part de respect, d'écoute, d'échange d'idées. L'idée, c'est de donner vie à nos passions, parce qu'on est tous des passionnés. via des discussions qu'on veut constructives. Le pari est réussi.
- Juliette BROSSARD
Tu dirais qu'aujourd'hui, il y a de moins en moins d'espaces de discussion ?
- Brice Giacone
On parle de polarité des avis, que ce soit dans le sport ou ailleurs. Dans cette recherche de notoriété, la polarité des avis est destructrice. Il n'y a pas de fond, juste des avis posés comme ça, pas de contradictions, mais qui est aussi révélateur de notre société actuelle. Attention, tout le monde n'est pas obligé de vouloir mentaliser un sport, le comprendre, l'approfondir. Quand on aime un sport, quand on veut lui donner un petit peu de fond, j'inclus ceux qui nous accompagnent sur ce projet, sur ce live, c'est ce qui nous importe. C'est assez agréable, c'est assez agréable.
- Juliette BROSSARD
Est-ce que tu dirais que vous êtes une communauté de contributeurs ?
- Brice Giacone
Contributeur, le mot est peut-être un petit peu fort. On arrive peut-être à avoir un angle... Un brin différent, une petite bulle de respiration d'une heure par semaine, les lundis soirs. Cette petite bulle d'analyse me plaît bien. Il y a énormément de contenus dans le monde du vélo qui existent aujourd'hui, et tant mieux, qui sont super qualitatifs. J'en consomme beaucoup, J'ai presque envie de dire que l'ensemble de ces contenus, qui apportent un petit peu de profondeur, oui, on pourrait se dire qu'ensemble, on peut être contributeur de démocratiser la pratique, ou en tous les cas, on approche.
- Juliette BROSSARD
C'est quoi les angles qui t'intéressent dans les contenus que tu consommes ?
- Brice Giacone
Dès qu'il y a une grille de lecture ou un semblant d'explication, ça m'intéresse. L'origine de cette envie de tout analyser, de contextualiser, elle m'est venue de Nicolas Pertuis, qui est le journaliste phare de Vélomagazine. C'était le premier à me faire confiance. Pour ça, je lui en serais redevable tout le temps. C'est pas facile quand on débute. Il y a des personnes de ce standing-là qui prennent du temps. Dès que je lui pose une question... une question, vous pouvez faire un podcast. Il avait trois avis de trois entraîneurs, parce qu'il avait interrogé le coureur en début d'année, parce que pour avoir une réponse, il avait ressolicité un des membres de la famille. Et donc en fait, ce qu'on voyait ensuite... à la télé ou les performances d'une équipe ou d'un leader, c'était la résultante de toutes les infos que lui avait pu amasser. Et je me disais, c'est fou de consommer un sport en ayant un petit peu le passif et en essayant de savoir tous les dessous de l'entraînement, de la préparation, quel est le contexte. Et en fait, c'est ce gars-là, Nicolas Pertuis, qui m'a donné envie de faire tout ça, finalement.
- Juliette BROSSARD
C'est son travail de journaliste.
- Brice Giacone
C'est son travail de journaliste. Quand on se mettait d'accord sur un sujet de podcast, podcast qui devait 20-25 minutes, qu'on faisait ensemble, qu'il le bossait à fond. Il avait des infos qui dataient de deux heures. Donc en fait, il avait les pièces du puzzle, il dévoilait pas de dinguerie qui allait à l'encontre de ses sources, etc. Bien évidemment. Mais il offrait une analyse. Il interroge 3-4 personnes. L'entraîneur lui avait dit ça, qu'est-ce qui a évolué depuis, et donc on faisait du contenu sur du réel, du tangible, et en fait ça changeait tout.
- Juliette BROSSARD
Tu penses qu'il y a une nécessité de réhabiliter la place du journaliste et le contenu et la qualité de ce qu'il apporte aujourd'hui versus les réseaux sociaux ?
- Brice Giacone
On devrait avoir des consultants aussi consciencieux. J'aimerais, quand je consomme un contenu, que les consultants viennent nous expliquer les choses. De pouvoir s'appuyer sur des profils comme ça, c'est de plus-value quand on est fan d'un sport et qu'on veut aller au-delà que d'une simple récitation de ce qui se passe, dès que je peux me poser avec des profils comme ça. qui ont ce travail minutieux de récolter des infos. C'est formidable.
- Juliette BROSSARD
Est-ce que je me trompe si je dis d'un côté, il y a des gens qui viennent raconter le réel, puis il y a effectivement ce qu'on pourrait appeler des consultants externes ou alors de la compétence qui vient donner la profondeur dont tu parles, qui pourraient peut-être cohabiter sur des temps de différentes antennes ou sur un autre format, une autre façon d'animer. faire vivre une course ?
- Brice Giacone
Complètement. Avec les plateformes digitales, il y a cette possibilité de faire différentes bascules et avoir des grilles d'analyse différentes. Eurosport a très bien saisi le sujet. Je consomme un peu moins, mais l'équipe également. Les consultants, aujourd'hui, ils existent. Souvent d'anciens coureurs pro, etc. À l'antenne, peut-être qu'en tant que grand fan de cyclisme, je ne sais pas si moi, je trouve mon compte avec ces explications-là. Ça ne veut pas dire que ce qui est fait n'est pas bien juste. Des fois, j'aimerais me dire, ah, j'ai rencontré des profils qui apportaient des explications très profondes, et ça en fait je ne le retrouve pas, ça existe, mais peut-être pas au niveau où je l'attendrais. Est-ce que ça ne correspond pas forcément à l'audience ? Il y a plein d'explications à cela. Je donne un exemple, des fois il y a des coureurs qui peuvent être performants sur les classiques ardennaises ou flandriennes, qui peuvent avoir la double casquette. L'année précédente, il y avait un coureur qui performait un peu sur les Flandriennes. Puis l'année suivante, il n'a pas performé sur les Flandriennes. Ah, il a fait une saison moins bonne que la précédente. Mais en fait, en discutant un petit peu avec certains journalistes du milieu, ils m'ont dit, oui, ce coureur, il préparait les Ardennaises. Effectivement, sa période des Flandriennes, déjà, elle n'a pas été complète. Elle a été faite différemment et son pic de forme était attendu un mois plus tard. Quand on a cette grille de lecture, en fait, le coureur, son mois de mars, on le comprend mieux et on l'attend au mois d'avril.
- Juliette BROSSARD
Il y a deux choses qui m'intriguent dans ce que tu dis. La première, c'est la difficulté de compréhension à l'entrée et à l'inverse, à l'autre bout du spectre, tu me dis, tout ce qui est dit, oui, me semble pertinent dans la majorité du temps, mais je n'ai pas eu besoin du commentateur pour le comprendre en regardant la course. Il y a un sujet d'approche qui est questionnant sur l'ensemble du spectre des spectateurs. Comment on fait pour faire émerger cette globalité d'informations ? Comment on lui donne de la circularité pour qu'il y ait un espèce de parcours progressif qui ne soit pas un élément de frustration pour des gens qui n'arrivent pas ou à entrer ou à consommer davantage ou à comprendre mieux ? Et ce que tu dis sur la structure de l'entraînement avec l'exemple que tu donnes, Ça relève d'une des complexités qui n'est pas forcément comprise de tous. Le cyclisme est un sport collectif, certes, mais il reste un sport individuel à l'entraînement, puisque c'est de l'hyperspécialisation. Une fois qu'on s'est dit ça, sur une course, chaque individualité dans un peloton n'est pas au même moment de sa saison et pas au même endroit de son entraînement. Est-ce que tu peux nous expliquer ça pour les gens qui nous écoutent ? Ça veut dire quoi, en fait ?
- Brice Giacone
Déjà, Juliette, je pense qu'on va créer un contenu de débrief. des courses la complexité d'entrée la difficulté d'entrée dans ce sport effectivement bon nombre de personnes ne comprennent rien il y a des maillots différents, il y a un maillot jaune ah mais c'est une équipe L'année est tellement longue, la saison est tellement longue, janvier quasiment jusqu'à octobre désormais. Les coureurs ont des phases ou en tous les cas des périodes où ils doivent atteindre leur pic, comme on dit. Et ces phases sont définies avec l'équipe, sa direction sportive. Et toutes les périodes d'entraînement sont travaillées, conditionnées pour atteindre ce pic à un certain moment de la saison.
- Juliette BROSSARD
Ce que tu dis, c'est qu'il y a un coureur, il a un staff. Et ce staff-là, il va déterminer à un moment précis dans le calendrier où est-ce qu'il doit être le meilleur et organiser tout ça en fonction de cette échéance-là. Et ça, ça vaut pour tous les coureurs.
- Brice Giacone
Ça fonctionne en grande partie comme ça. Il y a des coureurs qui n'ont plus forcément beaucoup de barrières et qui peuvent être bons tout au long de l'année. Des propos sont vrais pour certains, pas forcément pour d'autres. Par exemple, on a effectivement des coureurs, déjà des typologies de coureurs. Et si un coureur doit être performant sur un grand tour qui est le Tour de France au mois de juillet, ça peut être compliqué de lui demander d'être très performant. dès le début de saison. La même chose, un coureur qui va faire le Tour d'Espagne à la fin de l'année, il aura peut-être un très grand pic au début de saison, une période de repos au printemps, voire à l'aube de l'été. De nouveau, une grande période de forme à l'approche de la Vuelta. Le sport est devenu tellement exigeant qu'il faut être à 100%. On ne peut pas aller tout au long de l'année. Il y a certaines phases, principalement des leaders, mais on va avoir aussi des coéquipiers, ceux qui vont venir épauler les grands leaders sur le Tour de France. Pour certains, il faut qu'ils soient très performants sur cette période-là. Ça ne veut pas dire qu'ils n'ont pas été avant. Et c'est surtout qu'il y a certains coéquipiers de certaines équipes qui sont bons tout le temps. Ça rebat un peu les cartes.
- Juliette BROSSARD
Quand tu soulèves un sujet, c'est comme si tu avais un millefeuille en face de toi.
- Brice Giacone
Complètement.
- Juliette BROSSARD
Il faut avoir la curiosité de soulever chaque feuillet pour arriver à une compréhension presque écosystémique.
- Brice Giacone
Complètement. On est dans un cyclisme où les phases d'entraînement sont devenues beaucoup plus... intensives et même aussi exigeantes que la course. Dès que les coureurs sont au départ d'une course, c'est-à-dire qu'ils sont en capacité de la gagner, ce qui n'était absolument pas le cas dix ans en arrière. On n'arrive pas forcément à avoir les duels souhaités tout au long de la saison, hormis les grands tours, mais ça fait partie de cette grande évolution du cyclisme ces dernières années.
- Juliette BROSSARD
Tu as le sentiment que ça va permettre de voir émerger le pack ultime, parce que tout le monde va aller chercher des spécificités Merci. et donc on va avoir cette chance d'avoir une pluralité encore plus importante de vainqueurs. Ou est-ce que tu penses que ça va cadenasser toutes les courses, effectivement avec des profils hyper performants tout au long de la saison ? Pour toi, qu'est-ce qui se profile demain ? La question du spectacle sportif que Louis évoquait dans un autre épisode, elle se pose aussi.
- Brice Giacone
La prédictabilité de manque de suspense lié au résultat des courses majeures, elle peut générer un vrai agacement. Chacun pourra ressortir les stats, mais sur les grands tours, sur les monuments, sur les classiques, majeurs du calendrier ou les courses d'une semaine, les noms qui reviennent des vainqueurs, c'est toujours les mêmes. Si ce n'est pas le leader, ça va être le deuxième leader de l'équipe favorite. Après, il y a deux choses. Hormis chute, maladie, le suspense est mitigé sur le résultat final. Ça ne m'atteint pas trop, parce que tant que la course est belle, Après, il y a une logique qui est imparable. Quand il y a des équipes qui sont surarmées sur une saison avec les autres équipes, ça peut un petit peu s'équilibrer. Mais sur le moyen terme, quand des équipes viennent surarmer financièrement, d'accès à l'innovation qui a un coût monstrueux, les écarts se font à un moment donné. L'équilibre ne peut plus fonctionner. On pourra toujours se dire, c'est toujours les mêmes, on aimerait bien que ça change. Mais vu que l'économie, la structuration de ce sport, est tel qu'il est, il peut toujours avoir des belles surprises. On peut retrouver des podiumables avec des belles surprises sur les plus grandes courses, les plus complexes, là où il faut se préparer le plus précisément possible. On sait qui va gagner. C'est aussi comme ça qu'on le veuille ou non qu'on crée des personnages. D'avoir un Mathieu Van Der Poel qui potentiellement sort un petit peu du scope juste du vélo. Je trouve que ça fait du bien, ça permet de rajeunir l'image de ce sport, ça permet d'avoir une audience différente, je suis très sensible à ça. Ce qui est drôle, c'est qu'il y a 25 ans, quand j'étais fan de vélo, le Tour de France était ringard, il fallait subir ces petites critiques, on les subit. Aujourd'hui, c'est hyper hype et tendance, donc on ne peut que s'en féliciter. Les athlètes, ils sont beaux, ils sont bien équipés, des belles tenues, des beaux casques, des beaux vélos, donc tout ça fait que ça donne des sportifs élégants, ce qui n'était pas forcément le cas il y a quelques années. qu'on a des jeunes qui performent, qui ont aussi cette fraîcheur sur les réseaux sociaux, face aux médias. Il y a des belles histoires, des beaux duels qui sont créés aussi autour d'eux. Donc ça crée des personnages. profitons de ces personnages-là pour donner une dimension encore supérieure au sport cycliste.
- Juliette BROSSARD
Tu trouves que le sport n'est pas considéré à sa juste valeur ?
- Brice Giacone
Il y a un lourd passif. Quand on parle vélo, il y a forcément un mot « dopage » qui revient. Donc pour créer une hype, c'est compliqué. Je ne sais pas si les soucis de dopage sont résolus. Je n'aurais jamais la prétention de dire quoi que ce soit sur ce sujet-là. Par contre... Il y a eu un vrai virage qui a été pris sur ces dernières années à travers les personnages qui incarnaient le sport et la réussite dans ce sport-là. Le fait que certains médias type Netflix se sont emparés de ce sport-là, j'ai jamais accroché avec cette série. Mais je me dis heureusement qu'elle existe parce que c'est une manière différente de raconter le sport. On crée des petites histoires, des petits dramas et c'est comme ça aussi qu'on accroche une certaine audience. Très content de voir que... tous ces contenus permettent aussi de rajeunir l'audience.
- Juliette BROSSARD
Tu vois, j'ai envie de me dire est-ce qu'un jour on aura une Serena Williams, du cyclisme qui permettra d'être une icône du sport international ? Le sport effectivement souffre de certaines images mais je pense qu'il y a des personnalités qui peuvent aussi...
- Brice Giacone
Peut-être qu'en France, Paul Sexas pourrait incarner ce Dupont au rugby, Léon Marchand en natation, on a ces personnes qui incarnent Merci. de la discipline dans laquelle il performe.
- Juliette BROSSARD
Qu'est-ce qu'il incarne ?
- Brice Giacone
Pour le grand public, il incarne celui qui va enfin gagner le Tour de France. À la fin du Tour, on connaîtra Paul Seixas à 80 voire 90%. On aura écumé ses entraîneurs, ses parents, sa famille, ses amis. On aura tout écumé, au-delà de sa affaire très intime, évidemment. Donc, il faut être prêt. Comment, à 19 ans, sur ce qu'il a montré, on peut être aussi intelligent en course ? Jusqu'où va-t-il aller ? qui a encore 5, 10, 15, 20% de marge, c'est peut-être celui qui va pouvoir accrocher les meilleurs actuellement. Mais je me dis qu'on a un Français qui est capable de ça et que c'est déjà exceptionnel. Profitons de ça, regardons comment il se développe, regardons comment il use de sa force pour aller contrecarrer les plans des fameuses têtes d'affiches dont on parle depuis tout à l'heure qui cannibalisent tous les résultats depuis plusieurs années. Pogacar, Vingegaard... On fait passer Pogacar pour un mec un peu désordonné, qui s'entraîne un petit peu à la volée. Non, non, non, c'est l'image qu'on veut lui en donner. Il a une belle tête face à la caméra, un comportement un petit peu désinvolte qui fait que. Mais je pense que c'est tout sauf laxiste du côté de son équipe. Moi, je suis 100% team Vingegaard. J'aime ce côté bosogneux, ultra carré. Romain Bardet avait ce profil-là, c'est-à-dire un féru de travail. de minutie, ce mec incroyable. Alors qu'on était peut-être plus sur l'histoire de Thibaut Pinot, coureur qui peut faire monter très haut dans le kiff et aussi très bas dans la déception. C'était tout sauf un encéphalogramme plat, Thibaut Pinot. Romain Bardien était peut-être sur quelque chose de constant, consistant, meticuleux. Si on parle de ce coureur-là, vu que c'était pas très démonstratif, on n'a jamais reconnu, je trouve, à sa juste valeur, tout le travail, les efforts consentis par ce coureur-là.
- Juliette BROSSARD
C'est l'esthète du cyclisme français des dix dernières années. Et qu'est-ce que tu penses de son arrivée prochaine annoncée en 27 chez Décathlon CMA, CGM ?
- Brice Giacone
Un peu mitigée, c'est un job hybride qui est créé et qui est très cool, c'est-à-dire que les équipes aussi s'adaptent aux besoins des coureurs, se modernisent. Si dans les faits, il y a une vraie plus-value d'aller épauler Paul Seixas sur comment se comporter, comment gérer l'extra-vélo, l'environnement, les alentours, j'ai envie de dire très bien. Quand il y a des gros noms qui reviennent comme ça, je suis rarement tout de suite emballé.
- Juliette BROSSARD
Prudence.
- Brice Giacone
Ouais, prudence. Mais tu vois, par contre, c'est bizarre que je dise ça à Lucroix, un ancien coureur dans l'équipe britannique, Ineos, qui a pris sa retraite récemment, et dans le staff de l'équipe française des 4 longs CMACGM. Mais à la lecture de ce transfert, où en tout le cadre c'est arrivé, je me suis dit, c'est exceptionnel. C'est exceptionnel ce transfert. Ce gars a vécu toutes ces récentes évolutions du vélo, donc il est encore très connecté. J'ai été très excité de le voir à l'œuvre dans cette équipe française. Donc je pourrais me dire la même chose pour Romain Bardet, mais sur cette info et sur cette annonce, je n'ai pas le même regard. Peut-être que j'aurai dans un an, je dirais, c'est exceptionnel la cohésion que ça amène au sein de l'équipe et tant mieux. Si c'est fait, c'est qu'il y a une bonne raison. J'attends de voir comment tout ça peut s'harmoniser. Et si c'est un plus pour Paul, c'est que ça, let's go.
- Juliette BROSSARD
Toi, tu vois ça uniquement comme une décision tournée vers Paul Texas ? On l'annonce, il y a un poste hybride, donc il y aura aussi une responsabilité au niveau de la direction de course. Après, comment est-ce que ça s'incrémente et comment ça se traduit dans les faits ? Comment il est positionné par rapport aux directeurs sportifs, par rapport à la direction de course, par rapport aux responsables de la structure ?
- Brice Giacone
Ton questionnement, il est davantage relatif au fonctionnement et à la réelle intégration, plus qu'à l'apport qu'il peut avoir. Ce que tu dis, c'est, est-ce que les conditions seront réunies pour que... l'apport soit réel. Est-ce que finalement, l'annonce va apporter autant de bénéfices que l'effet médiatique ?
- Juliette BROSSARD
Exactement, parce qu'on sait faire une belle annonce, le retour d'un gros nom.
- Brice Giacone
Ils le font très bien en tout cas.
- Juliette BROSSARD
Ils le font très bien dans le marketing sportif ou dans le sport business, on sait très bien raconter les histoires. C'est comme ça qu'on crée aussi de la tâche, une fanbase. Au-delà de l'annonce, il faut qu'il y ait des résultats derrière. Et donc, c'est ça, moi, qui me motive. OK, est-ce que ça va être à la hauteur de tout ce qu'on va, du coup, en attendre ? Parce que plus on raconte une histoire, plus on va la narrer, on va la romancer, plus derrière, les attentes seront fortes et légitimes, faisant en sorte que les choses marchent, quoi.
- Brice Giacone
Ça rejoint l'analyse, finalement, que tu as envie de mettre en avant dans les formats que tu animes. Et ça rejoint cette... globalisation de l'accès à la data, à la donnée, et donc que les choses se traduisent dans les faits.
- Juliette BROSSARD
Complètement.
- Brice Giacone
Oui.
- Juliette BROSSARD
Guérin-Thomas, qui prend sa retraite et qui prend des fonctions au sein de son équipe, dans laquelle il a performé, dans laquelle il a gagné le Tour de France, c'est une richesse énorme et un atout énorme pour les coureurs de cette équipe. La question, c'est toujours de se dire, ok, tout Guérin-Thomas qui l'est, est-ce qu'il va être bon là-dedans ? Pour le moment, ça a l'air de plutôt bien se traduire, et tant mieux, ça reste un nom énorme du peloton. Est-ce que ça peut marcher, pas marcher ? On pouvait aussi se poser la question. Ce qu'on applique en termes d'exigence pour Romain Bardet et son arrivée, ça peut aussi s'appliquer sur d'autres profils. C'est pas donné à tout le monde de réussir sur ces postes-là une fois qu'on a raccroché le vélo.
- Brice Giacone
Ça replace aussi la question de l'humain et de la compétence sociale et relationnelle au cœur de la performance, au-delà de la data. On a le sentiment que la data va tout résoudre ou va apporter toutes les solutions. Là où, avant tout, ça reste des gens qui ont un projet commun, un objectif de gagner et qui cherchent à s'aligner collectivement.
- Juliette BROSSARD
Complètement. L'exemple de Nicolas Portal, qui a été un coureur, somme toute, modeste, mais qui a surperformé en tant que directeur sportif au sein de Sky slash Ineos dans la foulée. Et tout le monde est unanime sur le sujet, à qui on doit bon nombre de succès des coureurs de cette équipe. pendant qu'il était directeur sportif. Colaportal est depuis malheureusement décédé. La trace qu'a laissé le français dans cette équipe-là, c'était fou. Les victoires qu'on lui a attribuées dans sa manière de diriger l'équipe, meneur d'hommes hors pair. Il a eu un rôle qui a été extrêmement fondateur pour cette équipe britannique qui a performé, qui a remporté des grands tours à la volée à cette époque-là.
- Brice Giacone
Il continue de vivre chez les passionnés en tout cas. Ce sont des souvenirs qui sont tristes. Ça fait aussi partie de l'histoire du cyclisme et c'est sa trace, c'est son héritage. Ces 25 ans de cyclisme, on se rend compte que la passion et ce qui t'anime, c'est finalement les humains, c'est la performance des humains, comment chaque coureur arrive à son plein potentiel. Est-ce que le petit garçon d'il y a 25 ans ou plus devant sa télé, il pensait être là un jour ?
- Juliette BROSSARD
Pas du tout. Il y a 25 ans, je ne me voyais absolument pas composer. mes activités ou mes passions autour de ces deux roues de vélo. Peut-être que ce sera le cas encore pour les 25 prochaines années parce que je n'arrive pas à voir ou à lire de mon côté une lassitude, mais plutôt une excitation. Par exemple, dans un des lives qu'on réalisait ces derniers temps, la question était posée de savoir ce vers quoi on tend en tant qu'épreuve de vélo. On va avoir de plus en plus d'épreuves qui vont se dérouler sur des boucles. pas forcément le terme circuit mais sur des boucles, point de départ, point d'arrivée au même endroit. Ça a été ce qui s'est passé avec le Tour de Suisse qui a pris un virage à 180 degrés pour organiser moins d'étapes. Ça, ça me passionne en fait. Est-ce que c'est ça l'avenir ? Quel est le retour des coureurs ? Est-ce que ça permet au public d'avoir une expérience différente ? Au lieu de me dire ça change de ce qui se faisait avant donc c'est forcément moins bien, j'ai pas trop envie. Comment ce format ? qui va peut-être devenir beaucoup plus récurrent et peut-être à terme la norme. Comment est-ce qu'on l'appréhende ? Comment est-ce qu'il est vécu de l'intérieur ? Comment est-ce qu'on va pouvoir nous s'adapter ? Qu'est-ce qu'on va perdre ? Qu'est-ce qu'on va gagner ? Les 25 ans qui sont passés, on a vu beaucoup d'évolutions. Il y a encore beaucoup de choses qui se présentent devant nous, des données ou des constituantes qui nous dépassent, notamment potentiellement les questions de climat. Je n'ai pas l'impression que les 25 prochaines années vont être moins passionnantes. Beaucoup de défis à relever dans cette discipline-là, particulièrement parce qu'il y a une notion d'extérieur, il y a une notion d'itinérance, une notion d'équilibre économique à trouver. Le sport qu'on connaît là en 2026, il y a de fortes chances que dans 25 ans, on soit sur une toute autre discipline. Et c'est ça qui est excitant.
- Brice Giacone
J'ai quelques petites questions pour toi. Ta course préférée ?
- Juliette BROSSARD
Évidemment, le Tour de France parce qu'il représente. J'ai une attirance toute particulière pour le Tour d'Espagne. J'y ai participé deux fois auprès d'un partenaire. J'ai trouvé l'ambiance, l'atmosphère incroyable sur cette course. J'ai eu une accroche particulière avec la Vuelta.
- Brice Giacone
La plus belle étape que tu aies jamais regardée ?
- Juliette BROSSARD
Je dirais Tour de France 2007. Il y avait l'ascension du Galibier. Je me rappelle d'une petite tactique de course qui avait été mise en place où il y avait un échappé devant qui s'appelait Jaroslav Popovic. Son leader, qui était à l'époque Alberto Contador, attaque dans le Galibier. pour le rejoindre et pour qu'ils essayent de rallier l'arrivée tous les deux. Ils se font rattraper à quelques kilomètres. Cette tactique à l'ancienne d'envoyer un coureur en éclaireur devant qui serve de relais au leader qui attaque derrière et en plus sur le galibier. J'avais beaucoup apprécié ce mouvement de course parce que le galibier, parce que Contador, c'est un coureur que je suivais déjà depuis quelques temps. On va dire que c'est des tactiques très classiques dans le vélo. Je ne sais pas si elles existent un petit peu moins maintenant, mais elles sont peut-être moins évidentes à mettre en place, peut-être plus téléphonées. Et je me rappelle, dans ce décor du Galibier, à 2600 mètres d'altitude, je me disais « ça c'est beau ça, ça c'est très très beau » . Ça ne va pas au bout. Donc l'incertitude du sport qui se révélait également sur cette fin d'étape. De mémoire, c'était la rivière Brionçon.
- Brice Giacone
Et l'esthétique que tu mentionnes ?
- Juliette BROSSARD
Oui, l'esthétique, parce que déjà le col du Galibier, il faut y aller, c'est superbe, c'est magnifique. et voir un coureur. Comme Contador en danseuse, moi ça suffit à mon bonheur. Je me rappelle de cette étape où je me disais, mais c'est trop beau ce que je suis en train de vivre. Je trouvais ça élégant, je trouvais ça fluide, dans un paysage magnifique. La tactique de course, je trouvais ça culotté, osé, un peu téléphoné, mais ça avait presque fonctionné.
- Brice Giacone
Cette incertitude, t'es pas le premier à m'en parler. C'est une rétention d'attention qui fait que le tour n'est pas dépassé par les réseaux sociaux eux-mêmes.
- Juliette BROSSARD
Complètement. Exactement.
- Brice Giacone
Est-ce que tu as un souvenir de ton premier vélo ?
- Juliette BROSSARD
Tout premier vélo, oui, qui était le vélo de mon père, qui était un vélo rouge avec les tests qu'on passait encore au cadre. Trop grand pour moi, pas du tout à l'aise pour grimper. On a tous démarré par là. J'ai surtout le souvenir du vélo avec lequel je grimpais pour l'école quand j'étais un petit peu plus jeune dans les Alpes. C'était le fameux Trek Madone 5.1 qui a très mal fini parce qu'il était rangé dans une cave sous un... Une armoire fixée au mur. Il se trouve que l'armoire s'est effondrée. Et elle a cassé le vélo, qui était juste dessous. J'avais mis beaucoup d'énergie et de dépenses dans ce vélo-là. Ça a cassé le cadre en carbone. Il a été bon à jeter. Alors à l'époque, c'était un des vélos phares classiques. Et je ne me suis plus jamais racheté de vélo à la suite de ça. Un vélo performant. Un deuil pour moi. Et mes activités derrière ont fait que j'ai beaucoup moins pratiqué. C'est un peu scellé ma pratique sportive, cette histoire.
- Brice Giacone
En tant que papa, tu as envie de transmettre ta passion ?
- Juliette BROSSARD
Oui, je suis déjà allé à deux départs de Paris-Roubaix et ma fille dormait dans la poussette. Je me suis dit qu'elle allait avoir plein de vélos, les bus. Ça n'a pas fait l'effet escompté, elle est un peu trop jeune. J'ai clairement envie de transmettre ma passion. Au-delà du vélo, du sport en général, le goût de l'effort, le fait de faire bien les choses, de se donner à fond. Si c'est le vélo, ce sera superbe. On fera quelques étapes au bord de la route, ça c'est obligatoire. Si c'est un autre sport, ce sera très bien. Ça fait partie de ma vision pour éduquer ma fille.
- Brice Giacone
Le coureur anonyme actuel dans le peloton qui te plaît le plus ou pour lequel tu as plus d'affection ou d'attention ? Attention, anonyme pour le grand public.
- Juliette BROSSARD
Bien sûr. Henrik Maas, coureur espagnol. Petite équipe 2015-2016. Sur une des Vuelta qui a suivi, il avait montré de belles aptitudes. Et je m'étais dit, ça va être le prochain coureur que je vais suivre. Il a performé pas mal sur la Vuelta, jamais ailleurs. Je caricature un petit peu. Tout sauf un coureur frisson, mais plutôt efficace, en montagne notamment. Par contre, après, je me suis un peu lassé parce qu'il y avait une stagnation. Il n'est pas très vieux, je pense qu'il doit avoir 30 ans, 31 ans. Il se fait complètement submerger par les nouvelles forces en présence. Et du coup, il est inexistant. Un coureur qui, il y a quelques années, a accroché un podium d'un grand tour. s'il fait un top 10 d'une Vuelta et pas d'un Tour de France ce serait un très très bon résultat continuer en se disant qu'il y a quelques années on visait le podium d'un grand Tour psychologiquement ça allait être un peu dur et ils sont nombreux comme ça je trouve ça assez violent j'en parlerai jamais en mal c'est surtout de la déception qui prime il y a aussi un sujet dans le monde du sport et dans le vélo un coureur quand il est transféré il préfère l'argent à Ausha sportifs ou aux plans sportifs. Je me dis qu'on a ces réflexions-là jusqu'à ce que ça nous arrive à nous, quels choix on ferait. On est beaucoup tombé sur un coureur français qui s'appelle Lenny Martinez quand il a décidé de partir. Il avait sans doute ses bonnes raisons, qu'elles soient financières, qu'elles soient sportives ou quoi. Vu que la roue tourne très vite, cohérent, lucide, d'essayer de prendre tout ce qu'il y a à prendre. Et si ça passe par l'argent, je pense que la question se pose, vraiment. Ce propos ne l'engage que moi. Parfois, les critiques vivent qui sont émises ou qui ont été émises. Si nous, on était dans cette même situation, quand on sait qu'une carrière peut se terminer dans un ravin avec un fémur cassé, si ce n'est pire, si on a l'opportunité en tant que sportif d'essayer de concilier les deux, argent et carrière sportive, pourquoi s'en priver ? Il y a aussi un petit peu de démagogie sur ces sujets-là. Si on peut mettre à l'abri sa famille ou soi-même... connaît la difficulté d'une carrière, même si elle n'est pas sur chute. Autant prendre ce qu'il y a à prendre, comme on dit.
- Brice Giacone
Steve Schenel a été très clair récemment sur ce sujet-là. C'est sain aussi de pouvoir ramener ces enjeux au-delà du quotidien. Le sport, c'est une carrière courte, en fait. Donc, on s'intéresse peut-être moins à l'après, mais c'est vrai qu'un peloton, c'est conséquent. Et si on pense au peloton à toutes les échelles de course, ça fait beaucoup, beaucoup, beaucoup de sportifs. et qui après ont une vie après leur carrière. Est-ce qu'il y a une question que je ne t'ai pas posée, que tu aurais aimé que je te pose ?
- Juliette BROSSARD
Quelle est toi ta vision du cyclisme actuel, notamment d'un point de vue profil féminin ?
- Brice Giacone
Tu veux que moi je réponde à cette question ?
- Juliette BROSSARD
Oui.
- Brice Giacone
Je suis ravie qu'il y ait un tour de François. Ça change la donne, pas uniquement pour le cyclisme féminin, mais pour la représentation. Les chiffres aujourd'hui montrent que le pari est gagnant. J'aimerais voir les choses se structurer progressivement. Je crois qu'il faut donner du temps au temps. J'ai une interview prévue avec une jeune fille de 15 ans qui fait du vélo. Je pense qu'elle sera encore mieux placée que moi pour répondre à cette question. En tout cas, je me régale autant de regarder du cyclisme féminin que du cyclisme masculin. Je vois la nécessité de continuer à parler de... des enjeux de la place des femmes dans le sport. Dans le cyclisme, qui est un milieu assez sexiste, il faut mettre des mots, on est loin d'avoir conquis, en tant que femmes, des places qui sont cohérentes avec les capacités, les compétences, y compris pour les sportives en reconversion. Ce cyclisme féminin qui est en train d'émerger, il apporte de la fraîcheur, il apporte pour certaines l'envie. d'être des icônes et d'inspirer des générations. Ça démontre qu'on peut vivre le sport en tant que femmes. J'espère que les croisements entre femmes et hommes continueront et je suis ravie qu'il y ait des équipes, des sponsors qui financent les deux. Il y aura des synergies différentes à l'avenir. Je me suis surprise moi-même à retrouver vraiment de l'appétit à ça et ça me donne aussi envie de remonter sur mon vélo un peu plus.
- Juliette BROSSARD
ça c'est une bonne conclusion ça ça c'est la bonne conclusion voilà donc je crois que beaucoup de positifs et il faut voir comment l'écosystème continue d'évoluer comment on se disait pour le cyclisme masculin je pense que dans 25 ans le cyclisme féminin on sera pas du tout à ce point là et pour les bonnes raisons ouais ouais je l'espère grandement les équipes qui sont un tout petit peu moins structurées avec des moyens qui sont un petit peu plus complexes pour le moment je suis pas sûr que la pérennité soit assurée en tous les cas tu le disais tout à l'heure les chiffres sont bons Merci. que des jeunes filles puissent s'identifier, c'est... La base, c'est le frémissement de quelque chose. Cependant, ce n'est pas parce qu'il y a ce Tour de France qui est la vitrine. Ça ne veut pas dire que derrière, tout va bien et que les équipes se développent toutes à vitesse égale et dans les mêmes conditions.
- Brice Giacone
Je te remercie pour cet échange qui pourrait encore durer quelques temps.
- Juliette BROSSARD
On est bien installés là. On est bien installés.
- Brice Giacone
Il y a mille sujets à débattre. On en a balayé déjà un certain nombre et je te remercie pour ce regard que tu as posé dans cette discussion.
- Juliette BROSSARD
Merci pour ton écoute.
- Brice Giacone
J'espère que nos auditeurs prendront autant de plaisir que nous.
- Juliette BROSSARD
Je l'espère.
- Brice Giacone
On attend leur retour et on se dit à bientôt pour un prochain épisode. Salut.
- Juliette BROSSARD
Merci Juliette. A la prochaine.
- Brice Giacone
Vous venez d'écouter. le dernier épisode de Dans la Roue. Et si vous voulez continuer à soutenir le podcast, merci de le noter 5 étoiles sur les plateformes d'écoute et de continuer à suivre nos activités sur les réseaux sociaux. A très vite !