Speaker #0Et si une simple roue pouvait raconter mille vies ? Bonjour et bienvenue dans la roue, je suis Juliette Brossard. Ici, je tends le micro à celles et ceux qui vivent le vélo dans leurs défis, leurs souvenirs, au quotidien ou dans leurs échappées. Je recueille des voix, des fragments de vie, intimes et universelles qui racontent le cyclisme d'hier et d'aujourd'hui. Une culture, un mouvement, un lien entre nous, parce que le vélo, ce n'est pas qu'une pratique, c'est un patrimoine. Dans la roue, c'est l'histoire racontée par celles et ceux qui la font avancer, à la pédale, mais pas que. Abonne-toi et rejoins-nous ! J'avais des idées, puis là j'ai l'impression que mon cerveau est complètement vide, mais je crois que ça va revenir. Je sais pas si ce sera frais en mon podcast, j'essaye et on verra si le montage donne quelque chose. Salut à toutes, salut à tous ! Je me suis dit que j'allais tester cette... prise de micro spontanée, mon idée de faire le parcours de ces moments qui m'ont menée jusqu'à ce podcast et à mon lien à cet écosystème. J'aimerais expliquer comment sorti de nulle part, on en vient à s'intéresser à un sujet qui semble très éloigné de soi. Je vous souhaite une très bonne écoute. Dans mon enfance, le Tour de France, c'était probablement un fond sonore dans le salon. parfois celui de mes parents, parfois celui de mes grands-parents, sûrement mon père assis devant la télé seul, des foules acclamant des coureurs, Jean Samstrong, mais j'aimais surtout Yann Ulrich, il avait son maillot rose T-Mobile, et puis il y en avait d'autres, mais je crois qu'à l'époque, je ne me souvenais pas de grand-chose de plus, ou en tout cas, je ne comprenais pas grand-chose de plus. En 2012, j'ai eu l'opportunité de... partir sans savoir à quoi m'attendre sur le Tour de France pour travailler sur la caravane. J'étais très animée d'autres sujets, de sujets de culture, d'art et puis le sport, malheureusement, avait quitté ma vie alors que c'était une passion, ça occupait énormément de place quand j'étais plus petite. Je ne savais pas ce que j'allais découvrir et ce que j'ai découvert a dépassé l'entendement ou ma capacité, en tout cas, d'imagination de l'époque. Et c'est sûrement ce choc-là émotionnel où cette rencontre qui m'a littéralement attachée à cet événement et j'ai découvert le reste plus tard. Les autres événements, le cyclisme au sens plus large, la compétition, parce qu'à l'époque, vraiment, à part le Tour de France et peut-être même Paris-Roubaix, mais encore, c'était à peu près le seul événement qui existait dans ma tête. Ce géant juillettiste occupe quand même une place, un espace. On l'aime, on ne l'aime pas. Il est partout. Je suis donc arrivée à Liège en 2012, un peu avant le grand départ, J'étais en chambre avec Charlotte, si tu m'écoutes, coucou Charlotte. Et déjà, j'ai eu cette rencontre amicale qui a été rapide, fusionnelle et drôle. Et on a partagé beaucoup de choses avec Charlotte ensuite. C'était un premier pas dans cette expérience incroyable. On a donc fait ces quelques jours de grand départ et sans connaître l'environnement dans lequel on était arrivés. Ce grand rassemblement, maintenant je le sais, certains faisaient autre chose que moi et à l'époque. Je représentais donc une marque et j'animais un stand, en l'occurrence BIC, proposé à des enfants de venir dessiner. Puis il y avait plein d'autres choses, un salon, des exposants à peu près. Et déjà ça, je trouvais ça chouette. Mais ça, c'était très loin d'être le quotidien des trois semaines qui ont suivi. En fait, dans cet espace, il y avait bien plus. Des lieux de retrait des accréditations, des bancs de véhicules. Il y avait un garage, des bureaux, des réunions de coordination. Bref, tout un ensemble logistique. Une salle de presse aussi, bien sûr, que je découvrais en 2013. Beaucoup de choses qui m'étaient invisibles, mais qui pourtant étaient là. Se sont passés quelques jours et puis il était presque l'heure de partir. Et les caravaniers le savent, chaque année il y a une grande messe, une grande réunion, qui est le briefing. Ça concerne l'ensemble des personnes qui vont travailler sur la caravane. Et se retrouver dans cette salle... avec des centaines de personnes de mon âge. Ça m'apparaissait être une grande réunion de vingtenaires, contents, ayant envie de découvrir la France et de faire la fête. Il y a eu cette réunion. On a écouté quelques messages, évidemment, sur les attentes, la prévention, la sécurité, mais je crois qu'à l'époque, ça nous paraissait davantage une formalité que la nécessité qui était réelle de comprendre tous ces enjeux. Des jeunes adultes surexcités de comprendre que quelque chose se passait sans savoir. quoi, en tout cas pour les novices. Ensuite, le premier jour, évidemment depuis, nous avait rejoint l'ensemble qui était cette caravane bic. Cette première journée, c'est celle où on comprend ce qui va se passer ou en tout cas on aperçoit. Je ne sais plus si c'était un prologue ou un contre-la-montre, je crois un prologue. Donc c'est une petite déambulation dans la ville. C'est cette première journée où, dans les véhicules, on remplit les goodies, on trouve son organisation, on teste son nouveau métier. J'étais donc ce qu'on appelle distributrice, celle qui jette des cadeaux, le long des barrières ou des routes, avec des gens qui sont surexcités, en train de crier, heureux, contents, avec de la musique à fond dans les oreilles, au soleil ou presque. J'ai une photo aussi de cette première journée qui a été faite par Gauthier, je crois, Gauthier de Mouaux. Merci Gauthier pour ce souvenir-là. Et c'est parti, mais pour l'instant, ça fait une semaine qu'on est à Liège et on n'a pas encore compris ce que l'itinérance allait nous imposer. On déambule dans la Belgique et puis après, on rejoint la France. Je vais essayer de retracer les grandes étapes parce que pas nécessaire de détailler le quotidien. Finalement, c'est assez routinier. Les souvenirs particuliers que j'ai sont divers. Dans le désordre, découverte des Pyrénées, absolument magique. C'était vert, c'était moins abrupt que les Alpes. C'était loin, surtout, je n'y avais jamais été. de ma petite Normandie natale. Et c'était très beau, comme un paysage de... J'ai pas le mot. De rêve, d'abondance. Après, le deuxième souvenir qui me vient, évidemment, c'est les fameuses soirées caravanes. On a fait la fête, c'était chouette. C'était festif. À l'époque, j'étais pas très à l'aise, je crois. J'avais la perception d'un monde superficiel que je connaissais pas du tout, avec des gens qui étaient très centrés sur leurs apparences. Donc cette soirée caravane, puis il y en a eu deux cette année-là, je crois. Je me souviens d'une journée de distribution dans les Alpes sous la pluie. en descendant d'un col, je ne saurais plus dire lequel, où j'étais frigorifiée. Et j'étais à l'époque dans une C3, je m'étais je crois détachée de mon harnais, puisqu'on était obligé d'être attachée au véhicule. J'avais donc le buste et le haut du corps à l'extérieur de la décapotable, avec un objet téléphonique factice, mais une espèce de décoration sur le véhicule, qui était au-dessus de ce toit. Et je m'étais repliée à l'arrière du dispositif pour essayer d'avoir un peu plus chaud. Et puis finalement, le fait de re-rentrer la tête dans le véhicule m'avait manqué le sentiment de l'air sur mon visage. Et ça m'amène à un souvenir suivant qui est un souvenir en pleine sur une journée de très grande chaleur, où il y avait peu de gens sur les routes, il y avait des champs, sûrement de blé. Et c'est ce genre de moment où on se sent seule au plein milieu des campagnes. Il fait beau, il fait chaud, la musique chante. Et en fermant les yeux, j'ai eu cette grande respiration de liberté. et cette sensation de vent qui était en fait la même que je ressentais quand j'étais sur un bateau enfant quand je faisais de la voile. Aujourd'hui, je l'ai toujours si je me remets dans ces conditions à peu près et que je ferme les yeux, c'est une douce madeleine de Proust que je dois assez souvenir très heureux de ma vie. Sur le Tour de France 2012, il y a eu aussi d'autres moments comme l'arrivée sur les Champs-Élysées, la bataille d'eau avec les caravaniers qui à l'époque étaient garés entre le Grand Palais et le Petit Palais. Il y a eu un téléphone décédé à ce moment-là qui avait pris trop l'eau. Il y a eu la soirée de clôture aussi. C'est vrai qu'à l'époque, on faisait davantage la fête qu'aujourd'hui. Et puis, je n'avais pas appelé mes parents pendant trois semaines ou quasiment pas. Je ne répondais pas au téléphone. En fait, je m'étais laissée porter par cette bulle magnifique, intense. Beaucoup de fatigue aussi, bien sûr. Et puis, cette nécessité de conduire qui impliquait aussi d'être concentrée. après de longues amplitudes. Et en rentrant à la maison après Paris, il y a eu ce que beaucoup vivent, une première décharge émotionnelle, une envie de ne pas rentrer chez soi, de continuer dans ce microcosme et de ne pas avoir à retrouver la réalité. Ce lien avec les gens sur le bord de la route, d'entendre des choses positives, d'être en équipe, c'est une sorte de shoot de dopamine continu sur trois semaines et demie ou quatre, j'inclus hors des trois semaines du tour. la préparation qui a eu lieu. Et ça, c'est resté gravé. Et à l'époque, je faisais un double cursus droit économie, gestion, communication des entreprises. Et donc, à la fin de ma dernière année de licence, j'ai fait un stage à la presse chez ASO. ASO qui est l'organisateur du Tour de France. Et là, s'est ouvert un autre univers. Maintenant, vous le savez, cet autre univers, il a ouvert ses portes le 22 avril 2013. jeune normande arrivée à Paris après avoir découvert la ville à Lille. Le changement a encore été surprenant. J'ai un peu monté les marches venant de ma campagne et de mes 3000 habitants. J'ai atterri à Issy-les-Moulineaux et j'ai commencé aux côtés de Fabrice, à la presse. Bref, c'était l'entrée dans la vie du monde professionnel et rien que de passer la porte, de monter les quelques marches, passer cette porte vitrée avec mon badge en ayant salué... L'accueil et de monter dans l'ascenseur jusqu'à, je crois, le troisième étage. Tourner à droite, tourner à gauche. Et arriver dans cet espace, c'était déjà beaucoup. Il a fallu prendre ses marques, découvrir ce qui était attendu. Je travaillais aux accréditations de la presse. La première épreuve sur laquelle je suis partie en 2013, c'était le Crétarium du Dauphiné en juin. Et c'était donc un mois et demi après mon arrivée dans les bureaux. Là, j'ai commencé à découvrir ce que c'était le cyclisme et pas uniquement le Tour de France. Mais j'étais encore loin d'avoir compris ce que c'était le Tour de France et je ne suis même pas sûre qu'un jour... une personne soit en capacité de saisir ça. Donc ça a été les premières salles de presse, les premiers journalistes. Et ce rapport aussi à des journées très étendues, parce que les journées se travaillent très tard, après les fins d'étape. On avait des transferts entre les villes départ et arrivée en fin de journée. Et ça a été aussi l'occasion, sur ce premier déplacement, de faire mieux connaissance avec Fabrice. Il était diplômé de géographie, il connaissait bien le territoire du Dauphiné. Donc j'ai appris plein de choses à l'époque que j'étais loin de soupçonner. Ce dont je me souviens de ce premier événement, c'est un contre-la-montre au Parc des Oiseaux. Ça, c'était assez dingue. On était en salle de presse dans le Parc des Oiseaux et j'avais beaucoup aimé cette journée. Je me souviens d'une salle de presse dans laquelle il faisait froid. C'était dans une station qui allait rouvrir et on était les tout premiers à la visiter. C'est une arrivée. Je me souviens évidemment du 8 juin 2013, qui est la date de mon anniversaire. Et on était en épreuve ce jour-là. Je crois que c'est Chris Froome qui gagne l'étape. Le vainqueur de l'étape, il se rend en salle de presse à l'issue de son travail de coureur cycliste pour répondre aux questions des journalistes. Et cette salle de presse-là, c'était dans un gymnase et on y accédait par un escalier. J'étais descendant et Chris Froome me redescendait de la ligne de départ avec son vélo. Et donc, il m'a laissé descendre son vélo. Évidemment, je n'avais jamais soulevé un vélo de ce poids. Je crois que j'ai eu une des plus grandes peurs de ma vie de casser le vélo. me faire tomber. Et ce qui s'est passé, c'est qu'en arrivant en bas, Mathieu, je crois, et Fabrice qui s'étaient amusés à faire chanter, je crois, joyeux anniversaire à la salle de presse. Chris Froome m'avait également souhaité mon anniversaire. C'était complètement irréel, complètement insensé. À l'époque, je n'avais pas d'admiration, je crois. Je n'ai jamais été une fangirl, mais j'étais quand même très reconnaissante de ce moment-là. Et puis, je me souviens aussi que Gilles, qui conduisait probablement la voiture de Christian, Le dôme avait encore une bouteille de champagne à l'arrière de la voiture rouge et donc il avait pété le bouchon de champagne pour fêter ce qui était ma 21e année. Ça, c'est mes premiers souvenirs à vélo. Enfin, de vélo. Et donc, retour au bureau, évidemment fatigué. Et là, c'est la préparation de 2013. Et 2013, c'est le centième du tour avec le grand départ en Corse. Et c'est une succession de cent... centaines et centaines d'accréditations à valider, des réunions. À l'époque, les réseaux sociaux, c'est quasi inexistant, il n'y a pas d'influenceurs. Et il y a des blogs, on appelle ça les nouveaux médias, il y a des journalistes qui demandent des accréditations sur des supports qui ne sont pas toujours animés par des gens en disposition de cartes de presse, qui était l'un des critères pour obtenir une place en salle de presse. Donc il y avait toutes ces discussions-là sur... la possibilité d'attribuer ou non un accès, une accréditation à ces nouveaux médias. Je rencontre aussi mes collègues. On fait ces listes interminables, on fait des nocturnes pour essayer de boucler tout ça. Et je me souviens d'avoir utilisé une chanson de Mac Miller à l'époque, qui venait de sortir et qui était assez rythmée. Ça me donnait l'entrée de finir ces soirées. J'avais un logement qui n'était pas très loin des bureaux et je crois que ça a été une bonne idée sans le savoir. Et puis il y a eu ce départ pour la Corse, il y a eu cette descente de la France pour rejoindre je crois le bateau à Toulon, ça serait à vérifier. Et on est parti en bateau et j'ai quasiment pas mis pied à terre avant d'arriver à Nice et de reprendre la route du Tour de France puisqu'on a été logé, nourri, hébergé sur le méga Smeralda en 2013. Je me souviens du capitaine du bateau qui était très sympa. A l'époque, j'étais pas très en forme, en tout cas mon corps me disait que j'étais fatiguée. Il avait fallu que j'aille sur le continent faire un aller-retour en passant par des chemins de montagne exceptionnels et magnifiques. Je ne connaissais pas la Corse, donc ça avait été mon petit échappatoire pour obtenir un traitement et revenir sur le bateau. Je crois que c'était à Portovecchio. Après, je suis retournée en Corse pour faire le GR20. Ça m'avait donné envie de découvrir cette île. Il y a eu cette année-là, en 2013, l'affaire du portique, dans lequel un bus avait foncé, qui était en retard, qui devait passer la ligne en Chitleux. Le portique d'arrivée devait être descendu, en tout cas la traverse de l'arche. Et c'était malheureusement rencontré l'un l'autre et la course était lancée. La question était, les coureurs vont-ils pouvoir passer la ligne ? Ça a été assez intense, dense. Finalement, tout s'est bien passé. Je me souviens de l'arrivée à Nice, il faisait beau. C'était un matin très tôt. On est arrivés en salle de presse et puis il n'y avait pas de réseau. Ça, c'était un peu délicat. Les petits aléas des choses qu'on ne voit jamais, mais qui font une journée de métier compliquée à réaliser. Et puis après, on a parcouru la France. Il y a eu des longs transferts avec ce camion-là, dans lequel on déposait nos affaires. Et puis on repart. Je me souviens de la salle de presse un jour de repos à Saint-Malo, avec un petit aléa d'arrivée de matériel. Ceux qui étaient présents s'en souviennent. En tout cas, c'était improbable. Ensuite, on est redescendus en diagonale vers les Alpes, après avoir fait Nice, Pyrénées, Pyrénées, Bretagne, et diagonale vers les Alpes. Et là, je me souviens d'un cochon grillé à Saint-Poncin-sur-Sioul, à la salle de presse, dans cette espèce de pyramide. Marion, j'ai oublié de citer Marion. Et ensuite, ce qui m'a marquée, c'est l'arrivée à Annecy, au Semnoz, l'arrivée de Quintana. C'était la fin, on était fatigués. Mais cette arrivée-là, elle m'a attrapée. Je crois que j'ai commencé à aimer progressivement le cyclisme comme ça, en le voyant retransmis sur les écrans en salle de presse. Et puis, en tête aussi, j'ai gardé quelques comptes de journalistes et photographes qui m'ont réservé un accueil que je n'oublierai pas. Moi, cette petite jeune fille un peu perdue entre ses rangées, à qui ai-je distribué en fin d'étape les résultats. Parce qu'à l'époque, on imprimait encore tout ça. D'ailleurs, je crois que c'est toujours imprimé. En finissant le montage et en me réécoutant, je me rends compte que j'ai oublié plein de souvenirs importants. Je n'ai pas parlé de ma première arrivée sur les Champs-Élysées, je n'ai pas parlé du retour au bureau après le premier stage, ou sur les snacks, sur les aires d'autoroute, sur plein de choses d'ailleurs. Mais je vous laisse avec cela. Je vois que j'ai déjà enregistré quelques minutes, et je me dis que je pourrais peut-être découper ce récit, et puis en faire un épisode complet une fois que les morceaux seront rattachés. Si. particulier, cet exercice. C'est un vrai plaisir de me remémorer ces souvenirs. C'est pas simple de parler seul. Je vous dis un grand merci pour votre écoute. À très vite, sur les routes ou dans la roue.