- Speaker #0
Hello, bienvenue sur mon podcast Danse avec l'Histoire. Moi c'est Val, archiviste de métier, très curieuse de tout, et plus particulièrement d'histoire. Si vous êtes comme moi, alors suivez-moi, prenez ma main, je vous emmène dans cette folle danse qu'est l'histoire.
- Speaker #1
Suivons l'exemple, c'est ça.
- Speaker #2
Je n'ai pas que je me sois excité comme ça à propos du don d'un sang.
- Speaker #3
Le roi est mort, vive le roi.
- Speaker #0
Bonjour à tous. Aujourd'hui, je me fais reporter, non pas de guerre, mais d'un événement dont nous avons déjà tous entendu parler lorsque nous étions jeunes, à travers une comptine.
- Speaker #3
Il était un petit navire, il était un petit navire qui n'avait jamais navigué, qui n'avait jamais navigué, oui,
- Speaker #0
oui. Cette chanson que nous avons chantée à tue-tête ou que nous chantons encore gaiement avec nos enfants, renferme un événement qui a malheureusement vraiment eu lieu. Et aujourd'hui, nous avons rendez-vous avec l'histoire. Oui, c'est un peu pompeux dit comme ça, mais je trouvais ça accrocheur. Donc aujourd'hui, nous avons rendez-vous avec un personnage du nom d'Owen Chase. Owen comptait parmi les matelots de ce navire. Quelle était sa fonction ? Quel rôle a-t-il joué dans cette aventure ? Nous allons le découvrir dès à présent à travers cette interview exclusive.
- Speaker #3
Ohé ohé matelot, matelot navigue sur les flots. Ohé ohé matelot, matelot navigue sur les flots.
- Speaker #0
Owen Chase, bonjour. Vous avez écrit un livre après tout ce qui vous est arrivé, expliquant jour après jour ce drame.
- Speaker #4
Bonjour, oui c'est exact.
- Speaker #0
Mais avant de plonger ensemble dans cette histoire, je souhaitais aborder la question de la pêche à la baleine au XIXe siècle afin de permettre à nos auditeurs de mieux comprendre le contexte. Car en effet, Owen, sachez que pour nous, cette pêche est interdite depuis les années 80. Même si certains pays continuent à la pratiquer au nom de la tradition, la baleine a un rôle crucial dans l'écosystème marin et nous devons tout faire pour la préserver. Au XIXe siècle, cependant, il en est tout autre. et d'ailleurs, cette pêche à la baleine est très simple. et bien plus anciennes encore dès le IXe siècle, certains textes en font mention. Cette chasse va s'intensifier au fil des siècles, au point de devenir une véritable industrie, forçant inévitablement les baleines à quitter les côtes et les baies qu'elles fréquentaient pour fuir vers d'autres espaces. Cette espèce était recherchée pour plusieurs raisons. Vous allez pouvoir me le confirmer Owen, pour sa viande bien sûr, mais également pour ce que l'on nomme le blanc de baleine. Pouvez-vous nous expliquer de quoi il s'agit exactement ?
- Speaker #4
Oui bien sûr ! C'est de l'huile qui est contenue dans son crâne. Ça s'appelle aussi l'acétine. On l'utilise pour la fabrication des bougies et en médecine également.
- Speaker #0
Si pour ces explications, cette huile avait donc une forte valeur commerciale, vous vous en doutez. Et en quoi consiste exactement cette pêche au 19e siècle ? Comment cela se déroule ? J'ai un peu de mal à l'imaginer.
- Speaker #4
Eh bien, c'est assez simple à expliquer. Nous naviguions sur ce qu'on appelle des balainiers, un gros bateau pour le faire court. Lorsque nous partions pour la chasse, c'était généralement pour une période assez longue, qui pouvait durer jusqu'à deux ans et demi. C'était un métier difficile, dangereux et fatigant, où nous devions constamment être à l'affût jour et nuit. Sur mer, lorsqu'une ou plusieurs baleines étaient repérées, les hommes à bord du navire mettaient les canaux à l'eau et se dirigeaient directement vers l'animal.
- Speaker #0
Alors je vous coupe juste un instant pour nos auditeurs. Je souhaitais simplement rajouter que ces canaux ressemblaient à des sortes de pirogues. Je vais vous mettre une illustration sur le compte Instagram Danse avec l'Histoire. Je vous laisse reprendre Owen.
- Speaker #4
Alors, une fois proche de l'animal, l'un des hommes lançait son harpon.
- Speaker #5
Une fois blessée,
- Speaker #4
la baleine cherchait à fuir et donc elle plongeait pour se protéger. Lorsqu'elle refaisait surface pour respirer, c'est là que les pêcheurs attaquaient à nouveau à coup de lance. Petit à petit, les forces de la baleine s'éteignaient. Et une fois morte, cette dernière était remorquée sur le navire.
- Speaker #0
Bon, je ne vous cache pas que votre histoire fait froid dans le dos. Parfois, les baleines blessées peuvent également se montrer furieuses, et à juste titre. Et un événement comme le vôtre, monsieur Wenshays, n'est pas un cas isolé. En épluchant les archives et les journaux de votre époque, nous découvrons des scènes terribles. En 1761 d'ailleurs, le Boston News Later faisait état d'un incident. Le navire du capitaine Clark avait repéré un cachalot près de George Banks. Le navire décida de le prendre en chasse, sauf que l'animal furieux fonce à tête la première sur l'une des pirogues où se trouvaient les harponneurs. Le choc projeta le fils du capitaine dans les airs. Lorsque ce malheureux retomba, le cétacé l'attrapa dans sa bouche. Les autres matelots l'entendirent. hurler lorsque le cachalot ferma la mâchoire et s'en alla. Plus jamais nous ne revîmes le fils du capitaine. Incroyable. Owen, pouvez-vous nous parler en quelques mots du navire sur lequel vous vous trouviez, s'il vous plaît ?
- Speaker #4
Il s'agissait de l'Essex. Le navire venait justement de bénéficier d'un bon coup de neuf. Notre capitaine était George Pollard Junior, et moi j'étais son second. Nous étions en tout 20 hommes de tout le pays.
- Speaker #3
Il partit pour un long voyage, il partit pour un long voyage Sur la mer, mais méditerranée, sur la mer, mais méditerranée, ohé ohé Êtiez-vous des habitués de la pêche à la baleine ?
- Speaker #4
Oui madame, nous connaissions très bien et savions quoi faire. Quand on est là-dedans, les risques, on les connaît. Et tout avait pourtant bien commencé. On avait quitté le port Nantucket le 12 août 1919 et nous nous dirigeions vers le Cap Horn où, je m'en souviens très bien, nous avons subi de gros coups de vent et de forts courants.
- Speaker #0
Je mettrai la carte de leur trajet sur le compte Instagram Danse avec l'Histoire pour que chacun puisse se rendre compte.
- Speaker #4
Cela faisait environ... cinq mois que nous naviguions lorsque nous avons fait une petite escale pour nous ravitailler sur une île proche du Chili, avant de reprendre la mer. Nous avons réussi à pêcher quelques cachalots et continuons notre route sans trop d'embûches. Et c'est en novembre le 16, je me souviens très bien, qu'un événement se produisit. J'étais sur un canot avec d'autres hommes autour d'un banc de baleines. Je suis d'ailleurs celui qui tenait le harpon sur le devant de l'embarcation. Nous étions là, silencieux, à attendre qu'une baleine apparaisse devant nous pour nous lancer à l'attaque. Dans tout un coup, l'embarcation s'est mis à bouger. Et nous fûmes Tous projetés en l'air. Une baleine venait de passer sous le canot, et d'un coup de queue, il nous a littéralement projetés par-dessus bord. Le canot était en piteux état. Heureusement, nous avons tous réussi à nous accrocher à l'épave, et avons patienté jusqu'à qu'un autre canot vienne à notre secours.
- Speaker #0
Incroyable Owen, seulement 4 jours avant le drame, comme s'il s'agissait d'un avertissement de la part de ce peuple de l'océan.
- Speaker #4
Oh vous savez, moi je n'y crois pas trop aux avertissements et aux prédictions. Dans ce métier, il faut être solide, et même en l'étant... il n'est pas rare de voir des poignées ou des chevilles cassées, des canots retournés, des lignes, des harpons ou même des bateaux défoncés. C'est le jeu, et en effet, on connaissait les risques. Et en effet, le 20 novembre a été et restera pour nous et notre équipage un jour bien funeste. Pourtant, il avait plutôt bien débuté, le temps était clément, il faisait beau et clair, et compte de la perfection, nous venions de croiser un banc de baleines. C'est aux alentours de 8h du matin qu'un homme nous donna le signal.
- Speaker #0
Souffle-la !
- Speaker #4
Ni une ni deux. Une fois les canots chargés, nous nous sommes lancés à sa poursuite. Je me trouvais dans la seconde baleinière et le capitaine dans la première. Nous étions excités à l'idée de repartir à la chasse. Cette adrénaline qui nous pousse à avancer vers le danger. J'ai l'impression de la sentir encore aujourd'hui en vous parlant. Sauf qu'une fois sur place, plus rien. Pas un souffle, pas un bruit, pas une baleine. Mais nous savions qu'il nous fallait être patients. Et cela ne manqua pas. Après quelques minutes interminables, une première baleine apparut enfin, tout proche de mon canot. J'en ai donc profité pour l'attaquer. Lorsque le harpon frappa sa chair, la baleine se lança à toute vitesse sur notre embarcation en y donnant un violent coup de queue. Un trou de taille moyenne se formate alors, dans lequel l'eau s'engouffra instantanément. Pas de perte de temps, j'ordonnais aux hommes d'écoper sans discontinuité pendant que je tentais de boucher le trou avec des vestes. Pendant que le capitaine et les autres canaux se chargeaient de continuer cette attaque, notre petite pirogue se dirigeait vers le balainier, afin que nous puissions voir l'étendue des dégâts. Nous l'avons hissé et j'ai rapidement vu qu'il était possible de le réparer sans trop de difficulté. On s'est donc mis directement à la tâche. C'est là que j'ai vu, arrivant droit devant nous et à toute vitesse, une énorme baleine. Elle frappa le navire avec sa tête. La violence du choc fut telle que nous avons failli tomber à terre. Le bateau a même tremblé quelques instants.
- Speaker #0
Avez-vous tout de suite compris la gravité de la situation ?
- Speaker #4
Nous étions un peu abasourdis. Personne ne parlait. Nous étions purement et simplement stupéfaits. Après vérification, les dégâts étaient conséquents. Il y avait un gros trou sous le bateau et nous n'avions pas le choix que d'actionner les pompes et de mettre les canaux encore sur le bateau à l'eau. Nous étions attelés à ces affaires lorsqu'un compagnon hurla.
- Speaker #0
« La voilà qui fonce à nouveau sur nous ! »
- Speaker #4
C'est alors que mon regard s'est à nouveau posé sur l'animal. Elle allait beaucoup plus vite que la première fois. Je sentais le malheur arriver droit sur nous.
- Speaker #0
« Comment pouvez-vous nous expliquer son comportement ? »
- Speaker #4
Vous savez, en la regardant fonçant droit sur nous, j'ai cru déceler une colère extrême, une espèce d'esprit de vengeance.
- Speaker #0
« Avez-vous peur ? »
- Speaker #4
« Vous avez peur ? » Évidemment, rendez-vous compte de la situation. Nous étions perdus au milieu de l'océan, le choc fut encore plus terrible que le premier. Cette baleine détruisit purement et simplement l'avant du bateau. L'animal s'est enfui, nous ne l'avons jamais retrouvé. Faut dire qu'elle a dû être sacrément secouée elle aussi.
- Speaker #0
Qu'avez-vous fait ensuite ? Vous avez été vérifier les dégâts ?
- Speaker #4
Pas besoin d'être forçant pour comprendre que la situation était catastrophique. L'eau s'engouffrait à une vitesse incroyable. Pas rapidement, nous sommes montés dans les canaux qui étaient déjà à l'eau, car nous avions vite compris que le navire allait couler. En dix minutes. Seulement dix petites minutes.
- Speaker #0
Monsieur, souhaitez-vous faire une pause ?
- Speaker #4
Non, poursuivons. Nous étions là, comme de pauvres malheureux sur nos canaux, avec simplement ce que nous avions sur le dos. C'en était fini pour nous. De mon côté, j'ai tout de même pu emporter mon compas, ainsi que les instruments de navigation.
- Speaker #0
Et où était le capitaine à ce moment-là ?
- Speaker #4
Le capitaine et un autre canot étaient restés proches du bain de baleine. Ce n'est que lorsqu'ils ont compris qu'un accident s'était produit qu'ils sont revenus vers nous. Je revois encore le visage du capitaine, si pâle, assis dans son canot, plus aucun mot ne pouvait sortir de sa bouche face au désastre. Une fois la sidération passée, il a repris son rôle de capitaine avec brio, nous indiquant les gestes à suivre, c'est-à-dire tenter d'extraire le maximum de provisions. Ainsi que nous avons pu récupérer deux coffres de pain et un peu d'eau fraîche. Puis la nuit est arrivée. Une nuit agitée, une nuit sans repos. C'était comme si nous entendions les inquiétudes intérieures de chacun des vingt matelots disposés dans ces trois petits canaux. Une nuit noire d'angoisse et de silence pesant.
- Speaker #0
C'est le lendemain que vous avez pris la décision de partir pour chercher une terre ?
- Speaker #4
Non, nous avons fait le choix de tenter de récupérer des affaires sur le navire. Mais malheureusement, mis à part quelques tortues à manger, nous n'avons rien pu sauver de plus. Nous savions pertinemment que nous partions pour une errance sur l'océan. et il était nécessaire d'estimer au mieux nos moyens et nos réserves. C'est durant cette deuxième journée que nous avons décidé d'utiliser les voiles légères du bateau pour nos canaux. Le troisième jour, nous avons à nouveau tenté de sauver des choses, mais il fallait se faire une raison, nous n'avions plus rien à faire ici. Ainsi, le capitaine décida que nous allions abandonner l'épave pour tenter de rejoindre la terre ferme. Mais la tâche s'avérait fastidieuse, ces canaux n'étaient pas du tout faits pour ça. Faits en matériaux légers pour permettre de se déplacer rapidement, ils n'étaient pas du tout adaptés pour une longue navigation en mer. Nous étions ainsi répartis. 6 dans mon canot, 7 dans celui du capitaine et 7 dans celui du premier lieutenant. Nous sommes donc partis à la recherche d'une terre, même si secrètement, j'espérais que nous allions croiser un autre navire pour nous porter secours avant. Nous avions calculé qu'en se rationnant, nous pouvions tenir une soixantaine de jours.
- Speaker #0
Et que mangez-vous du coup ?
- Speaker #4
Chaque ration contenait un peu de pain, un peu de biscuits et un peu d'eau.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui a été le plus dur pour vous durant ces premiers jours en canot ?
- Speaker #4
La nuit, sans aucun doute. Dès que le soleil se couchait, la tourmente nous gagnait. Nos pensées étaient déchaînées et si nous parvenions à trouver le sommeil, c'était seulement pour accueillir des cauchemars encore plus sombres. Mais l'espoir revenait chaque matin. Parfois les journées pouvaient être aussi difficiles que la nuit. Le plus important pour nous était de protéger nos vivres de l'eau salée. D'ailleurs, un jour, avant que nous ayons eu le temps de les protéger, une énorme vague s'est déversée sur la nourriture et une bonne partie fut endommagée. Quel coup dur moralement !
- Speaker #0
Mon Dieu, comment gérer une telle situation ? Avez-vous perdu cette nourriture ?
- Speaker #4
Non, heureusement. Nous avons fait sécher le pain mouillé. Il était évidemment hors de question que cette nourriture finisse pour les poissons. Mais le pire, c'était que notre eau diminuait à une vitesse impressionnante. La soif commençait à se faire ressentir. Et cette sensation était augmentée par la consommation du pain mouillé par l'eau salée et desséchée par le soleil. Nous avons alors compris que cette privation d'eau serait pour nous la pire des souffrances.
- Speaker #5
Parfois,
- Speaker #4
nous arrivions à tuer une tortue que nous avions réussi à récupérer de notre navire. Et nous en buvions le sang. et nous en mangeons le reste. Cela nous soulageait instantanément le corps et les seins.
- Speaker #0
Et comment gériez-vous les provisions ? Comment se déroulait la distribution ?
- Speaker #4
C'est moi qui en avais la charge, avec le consentement de chacun, bien sûr.
- Speaker #0
Il n'y a pas eu de contestation, de bagarre ?
- Speaker #4
Si, il y a eu un incident un jour. D'habitude, je gardais toujours un oeil sur le coffre. Et même en dormant, il y avait toujours une partie de mon corps en contact avec. Et je gardais un pistolet chargé sur moi également.
- Speaker #0
Attendez, un pistolet ?
- Speaker #4
Oui. Le capitaine avait réussi à en sauver deux dans le naufrage. Une nuit, où ma surveillance n'était pas optimale, l'un des hommes en profita pour prendre un morceau de pain. Sans réfléchir, j'ai sorti mon pistolet et je lui ai dit de nous le rendre. Sans quoi, je tirerais immédiatement. Le pauvre homme perdait la tête. La faim nous rendait vulnérables et fous. Il tremblait de peur, le pauvre. Dans le fond, je le comprenais un petit peu. Et puis, le 20 décembre, nous nous tenions assis dans nos canaux quand soudain, quelqu'un s'est mis à hurler.
- Speaker #0
« Terre ! Terre en vue ! »
- Speaker #4
Laissez-moi vous dire que ce fut une renaissance pour moi de voir ce bout de terre. Nous avons foncé droit sur la plage. Cette île, d'après nos estimations, faisait environ 10 km de long et 5 de large.
- Speaker #0
Quel bonheur pour vous !
- Speaker #4
Oh oui, une nouvelle espérance vous voulez dire. Nous ne savions pas si l'île était habitée ou pas. Nous sommes trois à nous être aventurés dans trois directions différentes. Notre mission principale était très simple. Trouver de l'eau douce. Mais après avoir tenté de grimper le plus haut possible, m'être écorché sur les rochers, me blesser dans les sous-bois. J'ai vite compris qu'il nous serait bien trop difficile, vu notre état de fatigue, de monter plus haut. Mais avec la marée montante, il fallait que je redescende rapidement pour rejoindre le rivage et les canaux. Mes deux compagnons n'ont eu guère plus de chance. Nous avons passé la nuit sur l'île et avons pu manger du poisson, des crabes. Un repas, ma foi, fort agréable après ces journées et ces nuits en canaux. Cependant, la soif était toujours bel et bien présente. Nos lèvres craquelaient et gonflaient. Nos corps s'étaient transformés. Nous n'avions plus que la peau sur les os. Nous nous aidions les uns les autres pour chaque tâche à réaliser.
- Speaker #0
Avez-vous finalement trouvé de l'eau ?
- Speaker #4
Oui, heureusement. Elle était difficilement accessible, mais nous y sommes parvenus. Entre temps, nous avons également réussi à attraper des oiseaux tropicaux, qui nous fournissaient d'excellents repas, ainsi qu'une plante dont le goût s'apparentait à de la moutarde et que l'on mâchait avec la chair des oiseaux. Grâce à la source d'eau, nous avons rempli à nouveau nos barils. Puis une question s'est posée. Fallait-il rester et attendre de l'aide d'un navire, ou au contraire, reprendre la mer pour tenter de trouver une autre terre ? Le choix a été fait de rester encore 4 ou 5 jours, pour reprendre des forces. Après avoir pillé tous les recoins de notre espace, il n'y avait plus rien à manger. Ni oiseaux, ni oeufs, ni plantes.
- Speaker #0
Et tout le monde était d'accord pour reprendre la mer ?
- Speaker #4
Non, pas ce coup-ci. Trois de nos compagnons nous ont alors annoncé leur intention de s'installer sur l'île. Je m'en souviens très bien. Il s'agissait de William Wright, Thomas Chappell et Seth Wicks. Ils avaient même commencé à construire leur abri. Nous avons donc repris la route le 27 décembre. Et dès le 4 janvier, nous avions déjà consommé tous les poissons, tous les oiseaux de notre réserve.
- Speaker #3
Au bout de cinq à six semaines, au bout de cinq... Y a six semaines, les vivres vins, vins, vins retent manqués, les vivres vins, vins,
- Speaker #0
vins retent manqués, oui, oui. Et comment allait votre moral à ce moment-là ?
- Speaker #4
Pour sûr, il était meilleur qu'avant d'arriver sur l'île. Cependant, il commençait rapidement à s'effondrer à nouveau. La situation devenait de plus en plus compliquée à mesure que la chaleur se faisait de plus en plus présente. Et malheureusement, le premier décès ne tarda pas. Matthew Joy souffrait beaucoup à cause de toutes ses privations. Il mourut subitement. Malgré la tristesse, nous l'avons cousu dans ses habits, puis jeté à l'eau pour le confier à l'océan. Les jours suivants furent très tristes. Et je me souviens, le 12 janvier, tout bascula. Dans la nuit, il y eut beaucoup de pluie, d'éclairs, de vent. Les canaux étaient sacrément secoués. Je ne voyais plus les deux autres embarcations à cause de l'orage. Lorsque le jour apparut à nouveau, force était de constater que nous avions perdu les deux canaux. Nous étions alors seuls. face à nous-mêmes. Les jours suivants se sont déroulés de la même façon, dans la mélancolie et la tristesse. Le 14 janvier, cela faisait 19 jours que nous avions quitté l'île. Les deux autres canaux étaient-ils encore sur l'eau ? Les trois compagnons sur l'île étaient-ils encore vivants ? Il fallait rester concentré sur notre propre situation pour ne pas devenir fou. Ainsi, nous avons décidé à l'unanimité de diminuer nos rations. Nous gardions la même quantité d'eau, mais avions limité le pain. Évidemment, ce n'était pas suffisant d'un point de vue nutritionnel et nous savions que nous étions en train de courir à notre perte. Comble du malheur, le 20 janvier, Richard Peterson se sentit très mal. Ça faisait trois jours qu'il restait allongé. Il lui était impossible de participer aux quelques tâches du canot. Ce matin-là, il perdit la tête et décida de ne plus se nourrir et de se laisser mourir. Malheureusement pour lui, c'est ce qu'il se produisit et nous avons confié son corps à la mer. Nous n'avions plus d'espoir. Nous étions à bout de force. Toute vigueur nous avait quittés pour de bon.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui, selon vous, vous a permis de ne pas sombrer dans la folie ?
- Speaker #4
Pour ma part, c'était cette espérance de voir un navire arriver. Il me semble qu'il nous restait alors seulement 14 jours de vivre. Pour moi, c'était 14 jours d'espoir. Cependant, la fin devenait si intense que nous délirions de plus en plus. Nous n'arrivions presque plus à parler tellement notre corps était en souffrance. Isaac Cole a alors perdu pied. Et nous avons assisté à un spectacle du grande tristesse. Il s'était mis à parler de façon incohérente. Il demandait en hurlant une serviette et de l'eau. Puis, se couchant dans le fond du bateau, il devint complètement muet. Après de grosses convulsions effrayantes, il décéda dans l'après-midi. C'est après son décès que nous avons évoqué la possibilité de nous servir de son corps pour nous nourrir. Et tout le monde a approuvé sans objection.
- Speaker #0
Souhaitez-vous nous expliquer comment vous avez procédé ? Ce n'est pas un fait facile à raconter, alors nous comprendrions si cela était beaucoup trop douloureux pour vous.
- Speaker #4
Non, pas de problème. Je l'explique dans mon livre. Nous avons séparé les membres du corps puis détaché les chairs des os. Nous avons également sorti le cœur, que nous avons mangé avec précipitation et avidité. Une fois cette pulsion passée, nous avons tout découpé en fines bandes que nous avons accrochées au bord du bateau pour les faire sécher. Et nous les avons fait griller à l'aide d'un petit feu pour que la viande reste consommable le lendemain. Nous sommes parvenus à conserver la viande durant une semaine. Malgré l'horreur de ce geste, cela nous a redonné une certaine vigueur et nous nous sentions en quelque sorte régénérés.
- Speaker #0
« Votre récit est tout bonnement incroyable, Owen. Que s'est-il passé ensuite ? »
- Speaker #4
« Eh bien, le 18 février, alors que je m'étais assoupi, mon compagnon s'est mis à crier. »
- Speaker #0
« Voile ! Voile en vue ! »
- Speaker #4
« Me redressant le plus vite possible, je vis l'incroyable. » « Un vaisseau ! » « Seigneur, rien que d'en parler, j'ai des frissons. » « Une fois proche de notre canot, le capitaine du navire nous porte à secours. » « Le 25 février, nous arrivions à Valparaiso, dans un état grave de dénutrition, mais vivant. »
- Speaker #0
Avez-vous eu des nouvelles du capitaine Polar avec lequel vous étiez sur l'Essex ?
- Speaker #4
Oui, le capitaine Polar a survécu, ainsi qu'un autre matelot de son canot. Le troisième canot malheureusement, qui composait notre flotte, n'a jamais été retrouvé. Le capitaine a lui aussi subi de grands drames. Lorsque son stock de nourriture s'est épuisé, ils ont, de la même façon que nous, commencé à manger les morts. D'après ce qu'il m'a raconté, le 1er février, ils n'avaient plus rien à manger. Ils étaient alors 4 matelots sur le canot. C'est là que l'horrible décision fut prise. Tirer au sort celui qui serait tué, puis mangé. Et le sort décida de tomber sur le plus jeune, Owen Coffin, qui accepta son destin avec force et courage.
- Speaker #3
On tira à la courte paille, on tira à la courte paille, Pour savoir qui, qui, qui serait mangé, pour savoir qui, qui, qui serait mangé, Oui, oui, le sort tomba sur le plus jeune, le sort tomba sur le plus jeune, C'est donc lui qui... Qui fut désigné, c'est donc lui, lui qui fut désigné,
- Speaker #0
oui, oui.
- Speaker #4
Un deuxième tirage au sort eut lieu pour savoir qui le tuerait. C'est Charles Ramsdell qui dut effectuer la sentence. Lorsque l'on a retrouvé leur canot, il ne restait plus que le capitaine et Charles Ramsdell, deux êtres cadavériques probablement hantés à vie.
- Speaker #0
Et qu'en est-il de vos compagnons restés sur l'île ?
- Speaker #4
Eh bien, ils survécurent également. Un navire a été les chercher. Ils étaient certes extrêmement affaiblis, mais bien vivants.
- Speaker #0
Vous avez pu retrouver vos proches rapidement ?
- Speaker #4
Je m'en souviens parfaitement. C'était le 11 juin que j'ai enfin pu retrouver ma famille.
- Speaker #0
Quelle histoire Owen ! Merci de vous être livré à nous de la sorte. Cela n'a pas dû être simple pour vous. Grâce à votre témoignage et aux archives, votre triste aventure traverse les siècles. Cette histoire popularisée au travers d'une comptine a également été reprise dans la littérature en influençant certains auteurs. C'est le cas notamment d'Herman Melvin. qui a écrit Moby Dick. Un grand merci à vous, auditeurs. Le tien a remercié particulièrement mon con loin qui a accepté de participer à ce podcast et je sais à quel point ça n'a pas été simple pour lui. Et je remercie également mon ami Melou pour avoir prêté sa voix sur ce podcast pour la chanson. Un grand, grand merci à toi et à ta voix magnifique. Je vous laisse avec Luce, 2 ans, qui a voulu vous interpréter un petit passage de cette comptine. A très bientôt !
- Speaker #5
Oui, oui, Matolone, Matolone avec dessus les flots. Et t'as pas une autre chance ? Non.