- Speaker #0
Bonjour à tous, je suis Hortense Leluc et vous écoutez Décodeur, le podcast dans lequel j'échange avec des pros de la déco. Il y a plusieurs formats d'émissions qui tournent, stylé, archi-cool, le club ou les rencontres comme l'épisode qui va suivre, dans lequel un architecte ou un designer, une marque que vous aimez ou que vous allez découvrir, un entrepreneur ou un créatif va nous parler de sa manière de travailler, de ses produits, de son savoir-faire, sa vision, ses inspirations. Bref, de l'envers du décor qu'on ne soupçonne pas toujours. Et c'est ça la force du podcast, on prend le temps, on va plus loin, on décortique, on apprend, on comprend. Il y a une forme d'intimité, de complicité et d'authenticité à laquelle je tiens beaucoup. Merci d'être si nombreux à écouter. Si vous venez de découvrir le podcast, bienvenue. N'oubliez pas de cliquer sur s'abonner pour ne pas rater les prochains épisodes. Et si mon invité vous plaît, surtout n'hésitez pas à partager. l'épisode en story ou à mettre 5 étoiles. Tout ça m'aide beaucoup à me faire connaître encore plus. Bonjour à tous. Aujourd'hui, dans Décodeur, je reçois un designer qui cultive la discrétion autant que l'exigence. Samuel Akosébéry est designer et directeur artistique. Formé entre la France et l'Italie, passé par de grandes maisons, il collabore aussi bien avec des marques internationales. que pour des projets en son nom, avec des artisans. Il a d'ailleurs reçu de nombreux prix en France et à l'international. Mobilier, design industriel, luminaire, aménagement d'espace. Depuis plus de 20 ans, il développe des activités, une créativité, un design à la fois sobre, sensible et profondément ancré dans la matière. Chez lui, pas d'effet spectaculaire gratuit, mais une attention presque silencieuse aux usages, aux savoir-faire, aux territoires même. Le Pays Basque, où il a grandi, n'est jamais très loin. L'Italie non plus. Enfin, je crois, on va en parler tout de suite. Bonjour Samuel.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Je disais, vous avez grandi au Pays Basque.
- Speaker #1
J'ai grandi en Sud-Ouest, Pays Basque entre autres.
- Speaker #0
Ah, alors attendez, c'est l'occasion de tout de suite recadrer. Moi, je dis Pays Basque, mais Sud-Ouest, allez-y, recadrez le débat.
- Speaker #1
J'ai grandi à Bordeaux, après j'ai la famille au Pays Basque, donc on a alterné souvent les vacances au Pays Basque, et puis les Landes, tout ça. Donc ça a été, voilà, vraiment grandir à Bordeaux, étudier à Bordeaux, et après pas mal sillonner dans le Sud-Ouest, et puis là où j'ai de la famille là-bas, ouais.
- Speaker #0
Et est-ce que, donc cette région, elle est encore, je crois que vous travaillez entre les deux, entre Paris et là-bas ? Oui,
- Speaker #1
j'ai toujours quelques clients là-bas. Il y a Alki, entre autres, qui est dans les Landes. Monthé avec... et qui j'avais fait du linge de table, qui a une appellation d'origine contrôlée, alors c'est pas la même chose sur les savoir-faire, mais c'est un peu du même type. En fait, pour le pendant, il y a une autre entreprise, enfin un autre savoir-faire qui est identifié en France, c'est les Charentaises, pardon. Et donc voilà, ils ont eu cette appellation, il y a juste au moment du Covid. Après, je fais du mobilier urbain aussi sur la zone BAB, Bayonne Anglaise de Biarritz. Et puis, je collabore avec une galerie qui est là-bas, entre autres.
- Speaker #0
Et en quoi, du coup, ces origines, elles ont peut-être un peu façonné votre regard sur la matière, l'artisanat, la couleur ? Est-ce que ça a eu des influences, vous pensez, dans votre travail d'aujourd'hui ou pas ?
- Speaker #1
Oui, je pense, parce que c'est une région qui est assez, comment dire, rustique. Il y a une façon de valoriser la matière plutôt de façon un peu brute, un peu comme dans des régions assez simples, rurales. Et il n'y a pas d'artifice. Il y a toujours un aspect qui est travaillé un petit peu sur le côté de la couleur, sur des formes qui sont quand même assez simples. Il y a une forme d'authenticité. C'est assez épuré, c'est assez fonctionnel en fait. Et après, il y a beaucoup de choses qui sont autour de... savoir-faire vernaculaire, etc. Il y a un héritage, un ancrage qui est assez séculaire sur certains savoir-faire, et puis il y a une identification forte, que ce soit sur les sports, la pelote basque, sur diverses pratiques, sur le chant, au niveau artistique, artisanal, etc. Donc il y a une singularité qui est intéressante, et donc ce côté simplicité, rusticité, matériaux... qui choisit pour remplir sa fonction, qui travaille avec une certaine forme d'économie. On retrouve ça un peu dans les pays nordiques, cette culture un peu protestante où on utilise un savoir-faire matérial. matériaux et on essaie de le mettre en avant tel qu'il est pour ses capacités intrinsèques. Et dans le design, c'est plutôt contemporain, ce sont des marqueurs forts que l'on apprend à l'école et vers lesquels on veut tendre pour s'émanciper un peu d'un côté un peu décoratif. Il y a plusieurs courants dans le côté design plutôt industriel, de mobilier contemporain, c'est plutôt ce côté épuré qui prédomine en général et qu'on recherche.
- Speaker #0
Quand je disais, juste avant de commencer l'interview, est-ce que ça vous va si je dis que vous êtes designer et directeur artistique ? Vous m'avez dit designer, oui, bien sûr, les deux. Mais designer, vous avez plusieurs champs. Est-ce que vous voulez nous expliquer en fait ?
- Speaker #1
Déjà à l'origine, je me suis toujours questionné sur ce que je voulais faire dans la création. Donc j'ai commencé assez tôt par le lycée et j'ai une terre diversée entre, je voulais être typographe ou à un moment donné. Après j'ai commencé à faire de l'architecture, donc j'ai commencé un peu des études d'archi à Bordeaux. Et après, le design m'intéressait parce que je trouvais que c'était un peu à la croisée de tout ça et ça permettait pas mal de choses. C'est une sorte de spécialité non spécialisée. Et à l'époque, quand j'ai commencé ma formation dans le design, en France, c'était assez clivé. Il y avait deux chapelles, soit c'était design industriel, donc très technique, donc on était un technicien pour dire, pour caricaturer. Et il y avait une autre école, une autre approche. Une autre chapelle qui prétendait que le design était plutôt artistique. Et donc les formations, c'était soit l'une, soit l'autre. Donc j'ai fait la première, design industriel, je trouvais ça intéressant, mais ça manquait un peu de liberté, de création, d'approche plus artistique, donc j'ai fait après une autre école, l'école supérieure d'art de Nancy. Et donc pour moi, en fait, il n'y a pas une réponse qui soit la plus idéale, je trouve que quand on est créateur, si on a la possibilité de couvrir différents champs, c'est là où c'est le plus intéressant.
- Speaker #0
Et ça s'apprend d'être créateur ? Parce que vous dites que vous avez fait des formations, où est-ce qu'on est quand même comme ça ?
- Speaker #1
Je pense que ça s'apprend, c'est comme toute chose, comme un musicien ou autre, après on peut se permettre d'improviser. Mais je pense qu'il faut créer un contexte et après il y a un apprentissage qui est avant tout une démarche qui est personnelle. Donc on est un petit peu autodidacte dans un contexte qui est un petit peu cadré de formation, ce qui signifie qu'on nous met à disposition des outils. d'outils, des moyens, des médiums. Et après, c'est à chacun un peu de les choisir, de les explorer. On est des tuteurs dans les écoles qu'on peut choisir. On peut avoir une démarche tout à fait personnelle et profiter de la structure pour développer son expression.
- Speaker #0
Vous, vous avez d'abord travaillé, collaboré pour d'autres, pour des agences de design. À quel moment vous avez décidé de vous lancer, de créer votre propre studio ?
- Speaker #1
En fait, je me demandais ce que c'était exactement le design, comment ça marchait, comment on en vivait, comment ça fonctionnait, qu'est-ce qu'un client, qu'est-ce que c'est que livrer un dossier technique, quelles sont les étapes d'un projet. Donc j'ai cherché au début, je n'étais pas comme certains designers qui se sont lancés de suite après l'école. Donc je me suis dit que c'est peut-être pas mal de faire une sorte de compagnonnage, d'aller chez des gens ou des structures qui font. de comprendre un peu comment ça marche, d'apprendre une méthode, peut-être plusieurs méthodes, et puis après, en fonction de ça, peut-être j'aurai une idée de ce que je veux faire, ou quel est le type de design qui m'intéresse, et puis d'avancer dans ce sens-là. Au début, quand j'ai commencé, j'ai toujours eu cette... dans le travail, même encore aujourd'hui, mais à l'époque, quand je faisais... j'ai fait des études de design industriel, et après quand j'ai fait mes études d'art, à chaque fois, j'ai fait des stages dans ces formations, à chaque fois que je cherchais euh Quand j'étais dans une formation, dans un stage, j'allais chercher, il me manquait l'opposé. Donc si j'étais dans une formation ou une expérience de stage professionnel technique, il me manquait le côté artistique. Donc souvent ce que je faisais après, je contrebalançais avec un besoin naturel d'aller faire une autre expérience plutôt à l'opposé artistique. Et quand c'était artistique, d'aller faire une expérience plutôt technique. Quand j'étais au Beaux-Arts, j'ai pas mal travaillé sur des produits industriels pour salle au monde, niveau sportif par exemple. Et après, quand j'ai fini mon diplôme, j'ai eu la possibilité de faire un stage de diplôme dans une structure qui faisait des téléphones portables, qui était un fleuron français à l'époque, qui s'appelait Alcatel, mais qui maintenant n'existe plus.
- Speaker #0
Il s'est paru des radars.
- Speaker #1
Exactement, mais on était sur des approches assez intéressantes sur de l'anticipation des usages du téléphone, qui sont les pratiques d'aujourd'hui, mais c'était il y a 20 ans. Donc on travaillait avec des... des philosophes, des sociologues, des gens à différents niveaux, techniques ou scientifiques, très intéressants, et on essaie d'imaginer les usages de demain. Et ça a été extrêmement intéressant, et on m'avait proposé... de poursuivre là-dedans, mais plutôt dans une approche un peu plus sur le digital. Et ça m'avait intéressé, mais je trouvais ça un peu trop clivant. Donc suite à ça, je voulais un peu... J'étais intéressé par ce qu'est le design de mobilier. Donc j'ai choisi de partir à Milan. Je me suis dit, en étant sur place, je trouverais quelque chose. Donc j'avais une opportunité pour rester quelques mois dans un studio. Et puis après, j'ai profité pour prolonger ce séjour et avoir des expériences professionnelles plus longues. Donc ça a toujours été un peu une recherche, une curiosité en fait. Le parcours me semble linéaire comme ça, mais c'est toujours suite à des opportunités ou une envie de découvrir un secteur ou un champ du design qui pouvait m'intéresser, qui me questionnait. Donc après, au bout de quelques années, au bout de dix ans, on a un peu l'idée d'avoir fait... pas le tour, mais d'avoir un peu une expérience. On commence à se projeter en se disant qu'on peut, qu'on en a une expertise, un peu un savoir-faire. Soit on le met au service d'une autre structure, d'un autre champ peut-être à découvrir. Ou alors on tente peut-être l'aventure de s'exprimer peut-être, ou d'avoir quelque chose peut-être à dire, voir si ça peut fonctionner.
- Speaker #0
Et alors, ça fonctionne ?
- Speaker #1
Je dirais oui, ça marche. Après, on est dans un contexte pour être... Très pragmatique et réaliste, en ce moment c'est assez compliqué. Le contexte est assez compliqué de par le contexte économique, les tensions diverses et variées. Il y a des opportunités, mais là en ce moment on est un peu ralenti.
- Speaker #0
On va revenir sur un peu plus votre métier de designer, mais vous avez aussi cette casquette de directeur artistique. Est-ce qu'on devient directeur artistique parce que justement on voudrait dire quelque chose au-delà de l'objet ? Quelle est la différence entre les deux en fait ? Les grandes différences et les grandes similitudes peut-être même ?
- Speaker #1
Moi j'y suis arrivé par le biais de l'expérience. C'est-à-dire que souvent au début on a des expériences professionnelles où on a des entreprises qui souhaitent une réponse à un savoir-faire ou un produit qui leur manque dans le catalogue ou je ne sais pas, un autre besoin, donc ils font appel à un designer pour avoir cette réponse-là matérialisée dans un projet ou un produit. Et en fait, ce qui se passe souvent, c'est que quand on a fait le produit, objectivement, on se dit, bon, il n'est pas intéressant, enfin, il n'est pas trop mal, enfin, en tout cas, il répond aux besoins et il est ancré dans une actualité, dans une problématique qui prend en compte pas mal d'aspects au-delà du côté esthétique, mais commercial, de logistique, de réalisation, etc. Et quand on voit la marque, on trouve que les produits qui sont à côté... ils sont un peu en décalage. L'identité de la marque, elle ne colle pas du tout. Il y a un décalage. Des fois, c'est un peu comme être habillé en haut, on a un costard et en bas, on a un short. On se dit que le produit est bien, mais tout l'environnement autour ne va pas. On propose de les aider un peu, peut-être à coordonner tout ça, soit sur l'identité de la marque. Ça commence par les photos. Après, on a envie de changer le logo. Et puis après, la façon de présenter ses photos et ce logo, on arrive vite sur la présentation, la communication, le site Internet, etc. Mais en fait, de manière tout à fait empirique, on accompagne la marque et on devient un peu directeur artistique. Donc après, en multipliant un peu les expériences de ce type-là, on commence à préciser un petit peu cette expertise. Et voilà, c'est assez intéressant. Donc je ne suis pas comme un directeur artistique, comme certains qui ont cette posture, ou qui sont par expérience vraiment, qui développent une identité, un style, ou comment dire, qui ont une ligne d'électrice assez marquée, qui sont uniquement dans cette posture, dans ce type de travail. Moi j'arrive plutôt par le biais de la... par le fond, on dirait, par le produit en soi, et après l'idée c'est de créer l'univers autour. Donc, c'est une autre approche différente.
- Speaker #0
Vous faites en tant qu'indépendant, vous n'êtes pas forcément intégré à la marque. Non,
- Speaker #1
exactement. Mais ça, il y en a beaucoup de directeurs artistiques qui sont de ce type-là. Alors après, je vais chercher des compétences parce que je ne fais pas tout. Je vais chercher des photographes, des gens qui font de l'aménagement, ou des stylistes, ou des graphistes, etc. Donc après, on a une équipe un peu vertueuse. Et puis, en fonction des projets, ce ne sont pas les mêmes personnes que l'on va chercher.
- Speaker #0
Tenez des exemples de marques pour qui vous avez fait ça ? Ou vous faites ça ?
- Speaker #1
J'avais fait ça pour Bosque, entre autres, qui est une marque dans les Landes. On avait développé une identité autour de... C'était une marque qui faisait des chaises qui était basée dans les Landes au début. Et l'idée, c'était de développer une identité de marque un peu de mobilier qui soit ancrée dans la région, identifiable. Donc, c'était différent d'Alkime. Un peu dans la même lignée, qu'ils soient un peu reconnus comme immobilier rustique, assez simple, mais quand même bien réalisé, avec une petite touche design, c'est-à-dire sur un petit détail, c'est une façon de faire. Là, c'est du mobilier qui était tapissé, donc des assises et des banquettes, donc ça c'était intéressant. Après, sur un autre principe, sur une autre société qui s'appelle Lodécher, qui est en Normandie, qui travaille le parement mural avec des solutions en bois, donc des solutions acoustiques. Là, on est arrivé avec une... Ils avaient un besoin, c'est intéressant, c'est une autre approche, avec un besoin pour designer un peu leurs produits qui sont des clins en bois, comme des barreaux en bois qui sont alignés. C'est assez décoratif dans différentes couleurs et dans lequel derrière ils mettaient une sorte de mousse acoustique. Ils avaient une machine qui avait un gros potentiel et ils souhaitaient faire des choses un petit peu plus poussées parce qu'en fait ils avaient un problème, ils subissaient pas mal la copie. Et donc, ils voulaient un peu pousser cette machine pour faire des choses techniquement un peu plus élaborées et qui soient plus difficiles à plagier ou à copier. Et donc, en fait, leur machine, on l'a hackée. C'est-à-dire qu'on a techniquement modifié sa capacité à travailler. Du coup, on a sorti des pièces un peu spéciales. Et à partir de là, ça a donné vraiment un vocabulaire design assez intéressant et assez poussé. Et donc, forcément, après du produit, il fallait donner ce... retranscrire ce côté innovant tout autour du travail du bois, etc. Donc après, on a coordonné l'ensemble de la marque, que ce soit du logo, sur la photo, etc. pour la mettre à un niveau de positionnement qui dégage quelque chose d'assez pointu, assez haut de gamme.
- Speaker #0
Oui, parce que quand on est D.A., d'un côté, on vient vous chercher peut-être un peu pour réveiller la marque et en même temps, il faut garder l'âme de la maison. C'est votre challenge un peu à chaque fois ? Moi,
- Speaker #1
on vient plutôt me chercher pour d'abord faire le produit. Et après, je rentre par le produit et puis après, j'essaie de leur expliquer que pour que le produit puisse fonctionner, il faut que l'univers autour soit suffisamment cohérent pour porter celle-ci et faire en sorte que le client final ou autre qui s'intéresse à la marque, il sente qu'il y a une forme de cohérence intrinsèque à tout ce qu'il peut retranscrire à celle-ci. En termes d'innovation, de sérieux, de qualité. Et les mettre dans des standards d'expression qui sont reconnus aussi à l'étranger. Parce que des fois, les entrepreneurs, c'est un autre sujet, mais beaucoup d'entrepreneurs n'ont pas une vision complètement globale de leur marque, peu le sont. Et donc souvent, il faut les accompagner, c'est-à-dire aussi psychologiquement, parce qu'ils ne sont pas sûrs des champs où ils veulent aller. Et comme on a, ils sont un peu limités, certains sur le secteur dans lequel ils sont, Ils peuvent être un petit peu cloisonnés, ils ne s'intéressent qu'à leurs problématiques commerciales. Donc nous, en tant que créateurs et en faisant des salons, en allant voir différentes choses, étant inspirés par l'architecture ou d'autres champs, on a une vision globale qui est, je pense, intéressante à leur proposer pour qu'on les accompagne pour positionner leur marque sur ce type de standard.
- Speaker #0
Et vous, alors ? Donc là, on a compris que vous rentrez par le design, par l'objet. Quelles sont les étapes aujourd'hui de votre métier ? Vous pensez, on va expliquer même à quelqu'un qui ne connaît pas forcément, c'est quoi être designer aujourd'hui en 2026 ? Vous devez imaginer des produits que vous allez proposer à des marques. Vous faites des produits, on va revenir, vous pour vous. Comment ça se passe en fait ?
- Speaker #1
C'est une bonne question. Comment ça se passe ? en fait, il y a... plusieurs choses. Ça dépend déjà du designer, je pense, ou du créateur. Donc certains sont très spécialisés. Je pense à des confrères qui sont plutôt sur des... qui sont très spécialisés dans l'assise, par exemple. Leur truc, c'est l'assise, donc ils vont... Ils sont assez performants là-dessus. C'est un sujet en soi, c'est une architecture à la chaise, c'est une vraie problématique. Et après, donc en fait, on est inspiré par ce milieu-là et on... par l'approche technique ou l'approche des matériaux, etc. Moi, en ce qui me concerne, je suis assez curieux, donc il y a pas mal de champs qui m'intéressent. Et j'avoue que des fois, c'est un peu... Comment dire ? C'est un peu aliénant parce que j'essaie de me canaliser, mais tout peut être sujet à projet, en fait. Donc autant je peux être inspiré et admiratif de... d'entreprises qui font par exemple des chaises et qui ont des techniques assez poussées, donc je vais étudier ça et j'avoue que ça me stimule pas mal l'esprit et créativement, et après comme je m'intéresse depuis toujours un peu à l'histoire du design, côté narratif, aux arts, etc., j'arrive à le recroiser avec pas mal de choses. Mais après, ça peut me lasser, en fait. Donc, en général, comment ça se passe pour en revenir au sujet ? On regarde un peu ce qu'il y a, on voit un peu les savoir-faire. Des fois, ça peut être un sujet historique ou une pièce qui a déjà été réalisée. Je ne sais pas, il y a un siècle ou deux qu'on souhaite revisiter. Donc, ça peut être des idées qui dorment ou qu'on a un peu dans un coin, qu'on esquisse souvent comme ça, des idées à faire un jour. On a plein les tiroirs, souvent plein les carnets. Et puis un jour, il y a un éditeur qui arrive et qui nous propose par exemple une assise ou un projet qu'on a mis dans un coin de sa tête ou sur un carnet. Moi, c'est plutôt les post-it en fait. Et qu'on a en tête et un jour, il y a le client, on se dit ça peut matcher cette idée-là avec ce client-là finalement. Parce qu'il a le matériau ou parce qu'on a envie d'exprimer ci ou ça. Et donc là, on rentre techniquement dans des formes de propositions qu'on lui soumet par des dessins. ou des illustrations en 3D à partir de logiciels, etc. Ou des maquettes aussi, tout simplement en papier. Voilà, donc ça peut être par ce biais-là. Et puis après, on a des intentions. Quand on est un créatif, enfin, je ne sais pas, c'est un peu... On approche après d'autres fois autrement, mais en général, on a plein d'idées. Ce qu'on réalise, c'est peut-être 5% de ce qu'on a le temps et ce qu'on pourrait faire. Donc on a toujours plein d'idées, donc quand il y a une opportunité, où on a un peu de temps, où on trouve que c'est le moment de le faire, on se dégage un peu de temps pour pousser une idée, qu'on réalise, qu'on fabrique, des fois, parce qu'on a envie de la coucher, parce que des fois il y a des éléments, comment dire, il y a des impulsions un peu prégnantes, où on a des projets qu'il faut qu'on accouche, parce que ça peut être un peu obsédant par moments. Donc il faut qu'on les sorte d'autres un peu moins, mais d'autres, on se dit c'est une bonne idée, il faut la sortir maintenant et puis peut-être qu'il y a un truc à faire. Donc après, soit parce qu'on a déjà rencontré quelqu'un où il y a une opportunité derrière, on se dit c'est le moment de le faire vraiment. Ou soit parce que c'est bien aussi de faire des projets qui ne sont pas forcément dans une attente commerciale ou autre. Et même d'avoir des approches un peu plus artistiques, donc faire des dessins. Donc c'est souvent... Ce qui est compliqué, c'est d'arriver à gérer le temps créatif avec des opportunités concrètes.
- Speaker #0
Oui, parce qu'après, vous allez le proposer, votre petite obsession. Vous avez un exemple, par exemple, de votre dernière obsession ?
- Speaker #1
Là, par exemple, c'est cette collection de lampes que j'ai lancée il y a deux ans, deux, trois ans. En fait, pour raconter le cheminement, j'avais un client qui était venu pour faire des accessoires autour de bougies parfumées. Une marque un petit peu connue en France. Je fais pas mal de propositions, je suis un peu productif en termes de... Quand j'ai un client qui souhaite un projet, je ne sais pas faire un seul projet, j'en propose beaucoup, parce que ça me stimule, parce que je suis un peu submergé par pas mal d'idées, elles ne sont pas toutes bonnes. Mais il faut que je sorte un peu tout ça, et ce que je fais en général après, je suis assez critique par rapport à mon travail, je ne me suis pas... Congratuler ou moi satisfaire. Donc en fait, j'ai besoin de sortir tout ça pour me dire qu'à la fin, je prendrai le moins pire. Et donc dans le moins pire, je me dis qu'il y a deux, trois idées qui sont peut-être pas trop mal à explorer, tout en sachant que des fois, je lui en soumets même certaines que je ne trouve pas forcément intéressantes. Mais des fois, ça provoque aussi, dans l'échange avec le client, ça peut provoquer une discussion qui peut être intéressante et dans laquelle il peut s'approprier le projet. Et après, on peut le revoir, on peut le travailler. Et donc pour en revenir au départ, j'avais proposé plusieurs projets à ce client et très peu ont été pris. Puis il y en a d'autres qui sont restés, que j'ai prototypés, qui sont restés. Et puis voilà, en travaillant sur un autre projet, j'avais la maquette qui était à côté de moi. Et puis en la retournant, en changeant le pied, en mettant un autre truc par-dessus qui traînait sur mon bureau, je me disais peut-être que ça pourrait faire une lampe. Et puis, après, je cherchais un matériau translucide. Or, le verre, ça ne permettait pas de faire des formes assez radicales, assez marquées. Et je me suis dit, il faut que je trouve un matériau qu'on puisse tourner, qui soit assez facile. Et là, j'avais vu un truc autour de l'albace, je trouvais que c'était un matériau assez pertinent. Et donc, à partir de là, de cette idée, de cette maquette, je me suis dit, il faut que je trouve un autre registre, pas qu'elle ne soit pas toute seule, qu'elle ne soit pas orpheline, parce que j'aimerais bien la proposer, qu'il y en ait plusieurs. J'en avais dessiné deux, trois. J'ai regardé un peu le savoir-faire, un peu comment on pouvait fabriquer des pièces tournées. Donc il y a un registre, un vocabulaire. Et je voulais quelque chose qui soit assez radical par rapport au matériau. Il y a ce côté organique. Il y a du veinage. Oui, c'est assez organique. Et donc je voulais une forme assez radicale qui contraste. avec ce type de forme. Donc j'ai fait quelques pièces, et puis je les ai exposées, je trouvais que c'était pas trop mal, ça donnait un truc qui était assez intéressant, et puis surtout je voulais voir les réactions, donc c'était assez bien reçu. Puis voilà, j'en ai fait d'autres, et puis je me suis dit, là, il faut faire une collection, et comme ça je peux le présenter d'une certaine façon. Et donc voilà, je suis parti avec ça, et je me suis dit, j'avais déjà lancé une sorte de marque avec un ferronnier d'art dans une collaboration, là je voulais faire quelque chose où le monde. Je gérerais ça seul et avec un monomatériau pour des raisons de process, de fabrication. C'est plus pratique d'avoir un seul matériau dans un objet que d'en avoir plusieurs.
- Speaker #0
Ce n'est pas pour le style qu'il n'y a que de l'albâtre.
- Speaker #1
Non, il y a une raison pratique.
- Speaker #0
Et là, ça s'appelle obsarae, c'est ça ?
- Speaker #1
Obscurae.
- Speaker #0
Obscurae, n'importe quoi. Mille excuses. Obscurae. Obscurae comme Obscure Obsarae d'accord
- Speaker #1
Mon nom vous a peut-être perturbé Non je sais pas désolé
- Speaker #0
Et là donc vous préférez lancer Votre propre marque finalement De luminaire, c'est pas une collection C'est une marque
- Speaker #1
C'est une sorte de marque collection
- Speaker #0
Alors pourquoi pas la présenter à une marque Justement Il y a des raisons économiques
- Speaker #1
La plupart des objets Que je fais en termes d'objets ils sont... Chez des éditeurs, on est rémunéré avec des royalties et donc on touche un petit pourcentage. Donc j'en ai pas mal de projets comme ça qui sont chez des éditeurs où je touche un petit peu de royalties. C'est pas foufou mais bon. Et puis l'idée d'avoir quelque chose qu'on développe soi-même, c'est aussi une aventure d'être dans l'édition entrepreneur dans ce registre-là. Ça paraît assez simple comme ça mais c'est un petit peu complexe parce qu'on fait... plusieurs métiers en même temps, il y a à faire la partie créative et une petite petite partie, après il y a le suivi de production, il faut aller voir les fournisseurs, après surtout la partie logistique, après il y a toute la partie économique et surtout commerciale, l'identité, les photos, le site internet, donc c'est assez intéressant, c'est assez prenant, mais en même temps il y a une satisfaction de gérer un produit du début jusqu'à la fin, jusqu'à le livrer ou à collaborer avec des architectes. et faire des projets sur mesure, donc ça c'est intéressant. Bon, ça prend du temps, mais la rétribution aussi, elle est plus conséquente. Donc, c'est la curiosité, je dirais, de tenter une aventure créative et à la fois entrepreneuriale autour d'un produit. Parce que souvent, en fait, si on fait un produit qu'on va destiner... Sur un bureau d'études ou un truc comme ça, il y a toujours quelqu'un qui va prendre le relais de la réalisation avec un éditeur, la commercialisation, etc. C'est bien, mais je trouve que c'est intéressant de se confronter à cette forme de réalité plutôt que d'être un designer un peu hors-sol.
- Speaker #0
Donc c'est vous qui faites le commercial de vous-même ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et comment ça se passe ?
- Speaker #1
Ce n'est pas évident parce qu'en fait, ce n'est pas mon métier. Il faut être honnête. Et puis surtout, il faut... c'est un travail de longue haleine, de réseau. Donc il faut avoir les clés, passer par les bonnes personnes pour accéder aux bonnes opportunités. Mais ça s'apprend. Après, je commence à travailler avec des gens qui m'aident sur cette partie-là. Donc ça complète et ça permet de me présenter un petit peu mieux aussi également.
- Speaker #0
Ce sont des luminaires qui sont vraiment très beaux. Je mettrais des photos sur un. Ils sont éteints. ils sont très beaux éteints ce qui est quand même sympa aussi pour un luminaire qui soit beau éteint et en fait il vient d'où l'albâtre parce que l'albâtre ça fait passer la lumière c'est plus translucide que du marbre c'est ça ?
- Speaker #1
Oui c'est une pierre, c'est un gypse, c'est un basse calcaire et c'est on en trouve dans l'antiquité il y en avait des objets qui étaient les premiers réalisés c'était à venir d'Egypte surtout des petites statuettes c'était assez facile à travailler, c'est pour ça en fait au début Merci. Après, les étrusques, ils ont fait pas mal d'objets, de petites figurines aussi également. Parce qu'en fait, là où il y a le savoir-faire, c'est très simple. C'est parce qu'il y a du matériau. En fait, les gens travaillent du matériau, ils ont sous la main. Donc les étrusques ont fait pas mal d'objets en albate parce qu'il y en a en Toscane. Mais elle est un peu particulière, elle est un peu dure, etc. Moi, je ne l'ai pas vue, mais c'est ce que les spécialistes m'ont raconté. Et après, dans la région en Espagne, Saragosse et Aragon, Catalogne, Il y a aussi de l'albâtre et c'est la plus blanche et la plus pure, la plus intéressante à travailler. Alors là où je suis allé, j'ai trouvé les artisans, c'est dans une région en Aragon où en fait ils ont extrait de par le passé l'albâtre, mais elle n'était pas d'aussi bonne qualité que celle qui vient de Saragosse qui est à 200 kilomètres. Donc, celles-ci se la font ramener. Et en fait, le savoir-faire qu'il y a dans cette zone-là, ça remonte au Moyen-Âge où ils faisaient pas mal d'objets, de figurines aussi, ou des conques ou des vasques pour beaucoup de ce qui était religieux. Et après, en étant plus contemporain, plutôt des luminaires quand c'est arrivé à l'après-guerre et tout ça.
- Speaker #0
Et sur le procédé créatif, là, on est dans votre, comme on dit... atelier chaud. Mon antre. Votre antre. Mon atelier, oui. Tout se passe ici ?
- Speaker #1
Non, pas tout, ça j'ai fait, parce que l'albate, ça dégage une poussière de dingue. Non, ça, c'est réalisé là-bas, je les reçois ici. Je les assemble parce que ce sont plusieurs parties, donc je les fixe ensemble, puis je les équipe électriquement. Et les seules choses que je réalise ici, ce sont des maquettes ou alors le miroir qui est au mur, là, qui est en métal, que je reçois en plusieurs parties et que j'assemble ici aussi.
- Speaker #0
Et comme vous dites, vous êtes multicasquette, donc quelle est la part créative qui reste dans votre vie ? C'est quel pourcentage à peu près, ou dans une journée même ?
- Speaker #1
C'est beaucoup.
- Speaker #0
Ça reste important ?
- Speaker #1
Oui. Je ne sais pas, je pense que tous les créatifs c'est un peu ça, on pense son métier au quotidien. Parce que dès qu'on sort, tout est lumière, couleurs, architecture, formes, un projet qu'on a en tête, que l'on... On le travaille de manière passive, mais en tout cas, on y pense tout le temps. Un musicien, je pense que c'est pareil. Tout est musique ou un écrivain, il pense à des formules, il prend des notes. Donc, on vit son métier, c'est une passion.
- Speaker #0
Et à quel moment vous savez que votre projet est juste et qu'il faut s'arrêter de faire des effets ?
- Speaker #1
Je ne sais pas, certains sont convaincus, moi je ne suis jamais sûr que mon projet... Il est bien à un moment donné.
- Speaker #0
Donc vous n'êtes jamais satisfait ?
- Speaker #1
Non, sur le moment, non. Après, un peu, des fois, je me dis, ouais, c'était pas si mal. Mais c'est pas... Ça me vient pas... C'est une histoire d'éducation, mais ça me vient... Il y a deux, trois projets, je me dis, ouais, je me dis des fois, là, je vois que ça... Il y a un truc qui claque, là, ça marche bien. Mais c'est pas souvent, quoi. Voir, il faut du temps.
- Speaker #0
Mais c'est quoi ? C'est une question de confiance ? Ou c'est une question que tous les créatifs, de toute façon, ils ont envie de pousser, Oui, c'est ça, je pense.
- Speaker #1
C'est jamais assez bien. C'est le challenge qui fait qu'on se pousse au plus haut ou au mieux. On voit quand on a une pièce. Des fois, c'est la première idée la bonne, mais pour en être sûr, il faut essayer de prospecter un petit peu autour. Et après, on y revient, on se dit finalement, la première idée n'est pas trop... Mais je n'en suis jamais convaincu, jamais satisfait ou jamais sûr.
- Speaker #0
Et c'est là qu'en travaillant avec une marque, peut-être elle, elle permet de mettre un cadre et de s'arrêter et de dire on retient cette idée-là ? Ou pas forcément ? C'est quand même vous qui avez le dernier mot quand vous présentez que vous travaillez avec une marque ?
- Speaker #1
C'est compliqué avec une marque parce que ça ne dépend pas. En fait, on travaille avec une marque, mais on travaille avec des gens surtout. Et alors là, c'est un vaste sujet parce que ça peut être un entreprise. qui a une vision qui est intéressante et qui est innovante et on comprend là où il veut aller. Et donc là, on a une vision, on adhère à sa vision et on va dans le même sens. Après, on peut voir des gens qui sont spécialités, on ne va pas les nommer, mais marketing, qui ne connaissent pas forcément. Enfin, ils sont des problématiques très terre-à-terre et court-termistes et ils sont influencés par ce qu'ils ont vu et ils essaient de nous orienter dans ce sens-là. Et au bout d'un moment, ils font un peu plus. Presque plus la partie créative, ils pensent que ça veut de l'affaire que nous. Donc en fait, ils vont nous brider, tout en souhaitant avoir quelque chose qui soit dans notre propre expression, mais qu'ils ont complètement contraint. Du coup, on essaie d'apporter une solution qui est un espèce de mouton à cinq pattes et qui n'est pas forcément idéale. Et en général, je ne suis pas convaincu qu'elle fonctionne parce qu'ils ont tellement bordé en cherchant à avoir une solution sécurisée. et alors qu'ils voudraient quelque chose qui soit le produit innovant d'après eux-mêmes, ils ne mettent pas les éléments qui permettent d'atteindre ces objectifs-là. Donc souvent, c'est la rencontre qui fait le projet. Et j'avais fait des projets, j'avais fait quelques résidences par le passé avec des artisans, et donc c'était intéressant, et ça m'avait appris sur moi-même ma façon de travailler aussi. Et donc j'étais sollicité au début par pas mal d'artisans qui souhaitaient qu'on fasse quelque chose ensemble. Et donc ce que j'ai fait au début, avant de leur présenter un projet, spontanément, j'avais envie de passer du temps avec eux. Donc on avait mangé ensemble, on s'était baladés, on a pris des coups, on a bu des coups ensemble, etc. Et je voulais voir un peu au-delà de la... motivation et des attentes, comment ils étaient en termes d'individus, voir s'ils étaient assez malléables, pas pour les adapter à ce que je voulais, mais voir s'ils étaient capables d'accepter un challenge et s'ils avaient la capacité de pouvoir se questionner et de pouvoir imaginer, avoir la capacité d'imaginer autre chose et de laisser entre... On s'est ouvert des portes vers lesquelles on aurait pu... On peut tenter l'aventure à deux, quoi. Parce que c'est vraiment une aventure... Faire le design, en fait quand je fais des lampes je suis assez libre, je peux faire un peu ce que je veux, mais quand je travaille pour une marque, il faut qu'on ait une collaboration et il faut qu'on ait une entente commune. Et je trouve que c'est important qu'il y ait une forme de respect du créatif, tout comme le créatif avoir un respect pour la marque, faire quelque chose qui soit cohérent. Et ce lien il est important et le projet il doit ressortir de cette résultance, il faut qu'il soit tangible. Donc c'est un peu tout ça, l'aspect humain est hyper important, et en général je me fais vite une idée de la personne, maintenant par expérience au début, c'était pas le cas mais j'ai appris, de la personne que j'ai en face et je sais à peu près jusqu'où on va pouvoir aller ou pas. Donc des fois il y en a, certains c'est un peu un bras de fer, ce qui est un peu dommage je trouve, parce que ça des fois on dépense comme dans toute relation professionnelle. On va dépenser beaucoup d'énergie pour arriver à un résultat, alors qu'on pourrait le faire tout simplement en se faisant confiance.
- Speaker #0
Et en même temps, vous travaillez beaucoup seul ?
- Speaker #1
Oui, enfin, j'ai des assistants, mais en fait...
- Speaker #0
Et tout ça, vous avez besoin... Vous travaillez comment ? En musique, concentré ?
- Speaker #1
Ah oui, oui, oui. Parce qu'il faut que ce soit... Je ne sais pas, c'est stimulant. Toujours, tu es habitué à travailler avec de la musique, écouter de la musique. Ça permet de... Je ne sais pas si ça libère l'esprit, ça permet d'être dans un univers un peu... C'est agréable, quoi.
- Speaker #0
Et à des horaires de travail, ou comme vous dites, vous y pensez tout le temps, donc vous pouvez aussi y penser à 22h et...
- Speaker #1
Il n'y a pas d'heure.
- Speaker #0
Le week-end, le dimanche, à 15h.
- Speaker #1
Non. Le meilleur truc, je trouve, c'est... Je ne dors pas beaucoup, je suis comme ça, ce n'est pas une contrainte, j'étais un petit dormeur. L'idéal, c'est dès que je me réveille, je suis assez opérationnel. Et en gros, je ne sais pas, la nuit, ça laisse décanter pas mal de choses. Et au réveil, je suis assez efficace. Donc, tout arrive un petit peu organisé et synthétisé. Ça, c'est pas mal. C'est le meilleur moment. Le soir, je suis un peu saturé, mais le matin, c'est...
- Speaker #0
Et tout à l'heure, vous avez dit que vous n'avez pas de carnet. Vous écrivez sur des post-it, beaucoup de post-it. En fait, j'aime. C'est ce que vous faites après pour les... En fait, j'aime. Vous avez des cahiers de post-it.
- Speaker #1
Non, mais en fait, j'ai un carnet en me disant, il faut que je sois organisé, c'est bien. On en fait comme tout le monde. Enfin, quand je vois certains, ils dessinent dans les carnets. Je suis assez admiratif. Ils dessinent, ils sont propres, nickel et tout. Et en fait, donc, j'ai un carnet pour essayer de me rassurer par rapport à ça. Mais en fait, je gribouille le moindre papier que j'ai sous la main. J'ai une idée, je gribouille dessus. Et donc, j'ai plein de bouts de papier. Et finalement, le carnet, il me sert à mettre les bouts de papier ou les post-it ou autre dedans, mais il ne sert pas à dessiner à proprement le décor. Je pense que c'est plus un classeur le carnet. Mais sinon, beaucoup d'idées que je dessine. Souvent, ce n'est pas pour dessiner l'objet que je dessine sur un post-it, mais c'est pour me le remémoriser. En fait, elle fait beaucoup plus de conception plutôt mentale. Je dessine aussi, mais c'est plutôt dans la tête que ça se fait, je trouve.
- Speaker #0
C'est quoi SB26 ?
- Speaker #1
SB26 justement c'était ce que j'avais créé avec un ferronnier d'art. C'était une marque, on s'était rencontré sur un projet, une rencontre lors des D-Days. Les années précédentes, un designer choisissait un artisan pour réaliser un objet. Et là quand je l'avais fait, ça faisait 5 ans déjà qu'ils avaient lancé ce projet, cette initiative, c'était l'artisan qui choisissait un designer. Et donc il s'appelait Bruce, enfin il s'appelle toujours Bruce. Et donc, on s'est rencontrés sur ce projet-là et on a fait une lampe. Donc SB26, on a travaillé ensemble comme ça au début. Et après, on voulait avoir une identité qui nous rassemble. Et donc SB26, c'était Samuel, Bruce. Et 26, c'est le numéro atomique du fer.
- Speaker #0
Pardon, je ne le savais pas.
- Speaker #1
Oui, ça fait compliqué quand ce n'est pas facile à retenir. Mais bon, voilà, c'est ça l'explication de ce terme technique.
- Speaker #0
Vous avez certaines pièces qui sont rentrées au mobilier national. comment on rentre au mobilier national ? comment ça se passe ?
- Speaker #1
il y a deux possibilités il y a les acquisitions chaque année qui ont été lancées par Hervé Lemoyne et qui a bien rafraîchi la maison et qui l'a rendue plus accessible qui a ouvert les portes et tout ça et donc il a lancé des acquisitions qui permettaient d'acheter des pièces Est-ce de créateurs, des jeunes, des moins jeunes, des confirmés ?
- Speaker #0
Vous êtes jeune ou moins jeune ?
- Speaker #1
Je ne sais pas. Moi j'ai l'impression que je suis jeune encore, mais d'autres me disent qu'il y a une réalité, il faut accepter au bout d'un moment que le temps passe. Mais quand on est créatif, on ne voit pas le temps passer, on a toujours des idées. Je pense que ça maintient dans une forme de... de stimuli, de dynamisme, etc. Donc ça, je trouve que c'est un des avantages du métier. Mais après, on a des idées qui sont marquées par les inspirations par lesquelles on est passé. Mais non, il y a deux aspects pour entrer au Mouvement National. Il y a les acquisitions, donc c'est une sorte de concours qu'ils font chaque année. C'est actuellement jusqu'au printemps. On propose des pièces. Après, il faut que ce soit des pièces en édition limitée, celles-ci. Et puis après, pour les besoins du mobilier national, d'usage, ils ont besoin de pièces pour équiper les ambassades, les bâtiments institutionnels, etc. Donc ils peuvent acheter des pièces d'édition ou à des designers, des pièces uniques sur certains éléments. Donc je suis rentré par les deux biais.
- Speaker #0
Vous êtes fier ? Oui,
- Speaker #1
c'est sympa. Le mobilier national, c'est une institution assez singulière. D'État, c'est assez unique. Je pense qu'on doit être le seul pays à avoir ça. Et ça, c'est une forme de mécénat. Et puis, ça permet d'équiper des bâtiments prestigieux. Donc, c'est bien. C'est une forme de reconnaissance, je pense. Ça veut dire qu'on arrive à faire quelque chose qui puisse rentrer là-dedans. C'est un peu le métier dans la profession. Je ne savais pas trop mal.
- Speaker #0
Je fais du coup une parenthèse. autopromo, mais j'ai interviewé Hervé Lemoyne en décembre et j'invite les auditeurs, s'ils découvrent le podcast grâce à vous, d'aller l'écouter. Franchement, c'est un super épisode où il explique justement comment il rafraîchit le mobilier national. C'est une vision hyper intéressante.
- Speaker #1
C'est quelqu'un qui est très intéressant et une vision sur pas mal de savoir-faire français et l'écouter parler quand il a plein de références, c'est extrêmement passionnant.
- Speaker #0
On parlait là des jeunes, la nouvelle génération un peu, le mot durable est un peu partout, pour vous c'est quoi ? C'est du marketing ou c'est vraiment un vrai sujet de conception ? Qu'est-ce que vous en pensez ?
- Speaker #1
Au début c'était du marketing et puis maintenant c'est évident, donc il faut qu'on en parle tous les jours, qu'on puisse se recycler, savoir ce qu'on va faire des matières, des déchets etc. mais c'est un... Par moments, on l'oublie un petit peu. Puis après, le sujet, c'est un peu fourre-tout. C'est-à-dire qu'on veut vraiment faire du durable. Il faut vraiment faire une analyse de fond sur les produits, sur les procédés, etc. Des fois, on ne regarde que la finalité. On ne regarde pas comment ça a été fait à différentes étapes. Donc déjà, quand on en parle, c'est déjà pas mal. Aller au bout des choses, c'est un sujet qui encore n'y est pas. Mais d'avoir la problématique ou d'en parler, c'est déjà... Même si ce n'est pas... complètement satisfaisant, c'est déjà beaucoup je pense, il faut aller un peu plus loin
- Speaker #0
Est-ce qu'on consomme trop de design ? Il y a un peu un débat aussi autour de ça, de finalement on produit beaucoup aussi
- Speaker #1
Ça dépend quel type de design, si c'est du design jetable, c'est une problématique si c'est du design qui peut être fait avec des produits qui ne sont pas hyper clean, des résines, des plastiques, mais la pièce on va la garder pendant 30-40 ans et puis elle a une valeur où elle peut être revendue et donc on va perdurer Merci. On n'est pas dans un produit de masse, on est dans un produit qui peut être un peu hétiste ou un peu singulier, mais l'impact sur l'environnement est plus modéré que des choses qui sont jetables. Le plastique qu'on va retrouver un peu partout, dans la mer, etc. Et puis après, certains plastiques, on les travaille pour qu'ils soient plus facilement réintégrables dans d'autres types de produits ou de matériaux.
- Speaker #0
par ici c'est pas non plus dingue mais c'est déjà un petit peu mieux on parle aussi beaucoup de l'IA est-ce que ça a un impact dans votre métier ou pas du tout ?
- Speaker #1
j'avoue que ça me questionne énormément sur déjà l'avenir de mon métier déjà je vois que ça grignote sur pas mal d'autres métiers créatifs le mien oui c'est utilisé j'ai des amis qui l'utilisent moi je l'utilise pour l'instant que sur le texte pas trop sur les visuels et tout ça et j'ai regardé en décembre dernier j'ai un ami qui fait beaucoup de visuels qui commence à faire des visuels avec de l'IA et j'avoue que j'étais assez bluffé donc il utilise des outils qui vont plus loin que Nanobanana et Chachpiti il a un ordinateur On pourrait filer à monter tout un truc. C'est assez dingue.
- Speaker #0
Et sur quels aspects ça pourrait prendre votre métier ?
- Speaker #1
Tout. Ça peut permettre de dégager des concepts, des idées, des Ausha de projets. En fait, l'IA, c'est un peu comme avoir une équipe autour de soi. Donc on peut l'utiliser comme un conseiller juridique, un conseiller comptable, un conseiller en style. une équipe de stagiaires qui peuvent faire dégrossir des idées, des concepts, faire des tendances, etc. Donc, quel que soit le besoin, on peut être aidé et poulé par l'IA. Après, on est une génération, on en parlait avec mon confrère et consoeur de designer, nous on est une génération un peu charnière parce qu'on a commencé... Par le crayon, les aplats gouachés, les feutres, etc. Et tout ça. Il y a eu l'ordinateur, donc on a commencé à travailler l'illustration digitale. Après, la construction en 3D, faire des images photo-réalistes. Maintenant, elles se font toutes seules, quasiment. Et on suit toute cette étape de processus de création, du côté organique jusqu'au côté digital et à la qualité de l'intelligence artificielle. Là, je me questionne, ça va être la génération suivante ou les prochaines. Qu'est-ce que ça va être créé ? Est-ce qu'il y aura encore vraiment une émergence ou une intention humaine derrière ? Je me dis, le seul truc pour résister à tout ça, c'est peut-être un peu ce que je fais à travers les lampes, c'est peut-être de faire quelque chose qui est avec ses mains et avec de la matière. C'est le seul truc où on peut encore résister par rapport à ça. Encore un petit peu, peut-être avant que ce soit fait par des machines intégralement, avec des bras robotisés. Mais peut-être faire des choses avec les mains, c'est ce qui peut encore authentifier la création. En fait, elle utilise ce qu'on lui donne. Donc elle a une capacité à retranscrire assez facilement les choses. Elle synthétise, il suffit juste qu'on lui demande ce que l'on souhaite, ou on l'oriente et elle fait des propositions. Donc si on la pilote assez bien, on peut aller précisément sur des choses. Mais voilà, après il faut... Est-ce que c'est... Est-ce qu'au bout d'un moment, elle va pas être suffisamment intelligente pour peut-être être force de proposition elle-même ? Parce que c'est ça la question, quoi. Pour l'instant, on est un peu au début. Ça marche, des fois il y a un peu des ratés, mais c'est quand même pas trop mal. Qu'est-ce que ça va être l'IA dans 5 ans, quoi ? Dans 10 ans, dans 15 ans ? Mon fils, il a 12 ans. Bon, je le mets pas trop pour chercher des trucs sur l'IA quand il se pose des questions, encore, mais il va y arriver assez vite. Et... Il y a des scientifiques qui mettent en avant que les générations de demain vont être complètement débiles. Parce qu'en fait, elles vont être nourries par ce truc-là. Elles n'auront pas le besoin d'aller chercher ou de se poser des questions. Tout sera déjà, dès qu'on a une question, tout est prédigéré, présolutionné. Il n'y a pas de contraintes. Donc, je ne sais pas.
- Speaker #0
Grand sujet. Et en parlant de dans 5, 10, 15 ans, quelle est la pièce que vous rêveriez de faire, d'imaginer ?
- Speaker #1
de dessiner ? Je ne sais pas. Mais en tout cas, j'espère que j'aurai encore la capacité de pouvoir faire des choses, justement, s'il n'y a pas trop d'IA.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que vous ne feriez jamais ?
- Speaker #1
Qu'est-ce que je ne ferais jamais ? Après, l'armement, tout ça, c'est un autre sujet qui ne me branche pas trop. Même si c'est d'actualité, je peux comprendre que ça puisse, de manière pragmatique, je ne sais pas ce que peut faire l'Isaïe, mais ça peut amener en termes d'usage. Non, ce que je ne ferais pas... Il y a des chambres sur lesquelles je n'ai pas travaillé, je n'ai jamais fait de véhicule. Ce n'est pas un truc qui me passionne. Et puis, le vêtement, ça pourrait m'intéresser, mais je n'ai jamais eu l'opportunité. Mais non, sinon, tous les sujets sont intéressants.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui vous passionne ? Vous faites quoi à côté ? Vos loisirs ?
- Speaker #1
Qu'est-ce que je fais à côté ? Je m'intéresse pas mal aux arts, donc pas mal d'expos. On peut tout, la peinture, l'architecture, tout y passe. Ça permet de nourrir le travail. Puis de voir les savoir-faire, c'est passionnant. De voir les gens qui ont une expertise, une passion, ça m'alimente. Et puis après, j'aime bien le sport, donc j'ai toujours du surf dès que je peux. Ça me permet de déconnecter. Je trouve que c'est un élément d'équilibre. La mer, c'est une dynamique. ça change tout le temps il faut être humble parce que ça peut être assez dangereux dans certains cas c'est bucolique ça permet de se sentir libre aussi malheureusement à Paris je ne peux pas le faire tout le temps mais j'y vais la semaine prochaine je descends souvent dans le sud-ouest donc j'en profite à ce moment là je prends ma dose vous prenez quoi ?
- Speaker #0
ma dose je bascule sur vos goûts perso tranquillement quel objet chez vous raconte le mieux qui vous êtes ? est-ce que vous avez des objets préférés ?
- Speaker #1
chez moi en fait non pas trop parce que vous êtes matérialiste ah si des objets que j'ai chez moi si que j'aime bien ce sont des masques Merci. Mais ce n'est pas des objets que j'ai faits.
- Speaker #0
Quel genre de masques ?
- Speaker #1
Des masques comptant pour un. J'ai un masque de Bertrand Pott, qui est un designer néerlandais qui avait fait des... Il avait fait des masques à partir de tricotins ou de fils qu'il avait tricotés ensemble. Il avait fait des masques d'une collection qui était assez... Créativement, c'était assez dingue. On trouvait des inspirations un peu primitives, africaines, etc. Et puis on a fait des choses qui étaient très colorées, très modernes. J'avais pas assez d'argent pour en acheter un il y a quelques temps, mais j'ai finalement réussi il y a quelques années, donc j'en ai un chez moi. Et puis d'autres créateurs qui font des masques, mais qui sont très contents pour un aussi. Un designer qui est à Milan, que j'ai eu comme élève quand j'étais prof dans une école à Paris, qui maintenant est designer de mobilier et tout ça, il avait fait une collection de masques qui était sympa, que j'ai acheté aussi. Et voilà, une autre créatrice qui travaille des masques pour l'opéra. Donc j'ai oublié le nom, ça ne me revient pas, je pourrais vous le donner. Et qui fait des masques avec des cheveux et des fibres synthétiques. C'est assez intéressant. Pourquoi le masque ? Je ne sais pas, je trouve que c'est un sujet d'expression. Je trouve que c'est quelque chose qui a traversé les siècles. Il y a toujours l'idée de... je sais pas, c'est assez... le côté expressif je pense.
- Speaker #0
Il y a... comment ?
- Speaker #1
C'est intriguant.
- Speaker #0
C'est intriguant, oui, c'est mystérieux, un masque. On n'a pas parlé des prix, je voulais quand même le souligner parce que vous avez reçu pas mal de prix. Vous avez commencé par le Grand Prix de la Création de la Ville de Paris pour l'ensemble de vos créations, de votre travail, on va pas tout lister mais c'est important cette reconnaissance.
- Speaker #1
Je pense que ça permet de crédibiliser, de donner un sens crédible, tangible un peu à son travail. Je ne sais pas si j'y cours après, mais en tout cas, par rapport aux clients, ça donne une garantie. Et puis, je pense qu'on a besoin d'être assuré aussi, donc ça permet de s'évaluer. Mais souvent, les prix sont attribués aussi parce qu'ils sont présentés sur des concours, sur des choses comme ça. naturellement parce qu'on se propose après d'autres arrivent parce qu'ils sont ils ont été élus en tant que meilleur produit ou autre donc c'est mais je sais pas, oui ça fait ça fait plaisir je fais une parenthèse,
- Speaker #0
vous me direz si vous avez envie d'en parler ou pas, mais moi vous m'avez fait rire quand vous savez, pour le AD100 AD100 qui, je l'ai expliqué aux auditeurs, a une liste de 100 designers, créateurs qui sont soi-disant pour AD les personnalités à suivre. Et vous, cette année, vous avez mis AD. Vous l'aviez eu déjà. Et cette année, vous avez fait un post Instagram. Vous avez mis AD sans S-A-N-S. Genre sans, vous ne l'avez pas eu. Non,
- Speaker #1
AS sans.
- Speaker #0
AS sans ?
- Speaker #1
Ça, c'est un autre architecte.
- Speaker #0
Ah oui, alors vous avez fait ?
- Speaker #1
Moi, j'ai fait AS sans, mais AS Kousseberry Samuel sans.
- Speaker #0
Oui, voilà, d'accord.
- Speaker #1
Et après, c'était AS 100, c'était... Merci. Je ne sais plus ce que j'ai raconté, mais c'était pour dire que j'étais à fond sur l'année 2026, sur la création. Mais non, parce que c'est un magazine qui est un beau magazine avec une belle sélection. Je trouve que les sélections précédentes étaient plus larges et où il y avait beaucoup de métiers créatifs comme des architectes, architectes d'intérieur, plasticiens, designers et tout. Et puis là, je ne sais pas, c'est à descendre. Je ne sais pas s'ils sont au centre, mais je trouve qu'ils ont réduit vachement leur champ. Et il y a moins de créatifs représentés. Donc bon, après, ça, c'est une histoire de... Il y a une direction artistique et puis ils décident qui doit rentrer dedans ou pas.
- Speaker #0
C'est un petit milieu.
- Speaker #1
Oui, voilà, je pense que c'est un petit milieu. C'est un réseau. C'est là où c'est un vrai sujet. c'est que maintenant On parlait du design, maintenant on met plus en avant la décoration que le design. Le design est représenté par un seul magazine qui est Intramuros, à la rigueur, on voit un peu du design produit. On ne les éduque pas suffisamment par rapport à ça. Maintenant, le design est devenu mobilier, déco, bougie. Et ce n'est pas que ça, le design.
- Speaker #0
Et quoi d'autre, alors ?
- Speaker #1
Le design, c'est ce qu'on voit au quotidien. Ça peut être du mobilier urbain, ça peut être des éléments techniques, ça peut être de la déco, mais ce n'est pas que ça. Maintenant, on communique beaucoup sur cet aspect déco. Et encore dans la déco, on ne montre maintenant que des architectes d'intérieur que je trouve qui sont plus des assembliers. Peu sont de vrais décorateurs. La plupart, beaucoup, en fait, prennent des choses, font une espèce de, comment dire, de direction artistique où ils coordonnent, comme un ensemblier, ils coordonnent des éléments, des pièces avec des vocabulaires, soit des pièces d'art, soit des mobiliers, avec une palette chromatique qui a été travaillée, avec un mood board. Et puis, voilà, donc je trouve, créativement, je ne trouve pas ça hyper... Dingo quoi. Et je trouve que des designers qui travaillent un petit peu certes hors sol et qui doivent créer des propres choses avec une propre expression, ça demande une démarche un peu plus approfondie parce que nécessairement ça demande de connaître un petit peu ce qui s'est fait avant, surtout dans le mobilier puisque dans le design industriel, il faut être un peu acculturé et des fois je trouve que c'est pas suffisamment mis en avant.
- Speaker #0
Il y a des personnalités que vous admirez ?
- Speaker #1
Oui, il y en a plusieurs, oui. Comme ça, c'est toujours un peu le sujet. J'ai du mal à sortir les noms, mais il y a pas mal... Entre autres, on parlait de Bertrand Pott, il y a pas mal de designers à l'étranger, en France aussi, et pas que des designers, des plasticiens ou des architectes.
- Speaker #0
Bon, alors, si vous me dites ça, j'arrive à ma dernière question culte que je ne vous ai pas donnée en avance, mais qui est, si vous faisiez un dîner avec six personnalités, qu'elles soient vivantes ou pas, qu'elles soient du milieu ou pas, qu'elle soit connue ou pas, qui serait-elle ?
- Speaker #1
Alors là, c'est la colle.
- Speaker #0
On va y rester deux heures, je ne pars pas tant que je ne vais pas l'écouter.
- Speaker #1
Qui ça pourrait être ? Alors, Noguchi, c'est admiratif, j'adore son travail. Je trouve le travail, tout ce qui est autour de la pierre et du métal, plus que les objets design que je trouve moins intéressants. Qui c'est qu'il y a d'autre ? David Lynch. C'est une personnalité assez complète et assez... En tant que réalisateur, il est fait du cinéma, mais à la base, c'était un peintre, donc c'est quand même assez intéressant son approche et je trouve qu'il a apporté vraiment quelque chose au cinéma. Qu'est-ce qu'il y a d'autre ? Moi, je vais chercher des trucs qui sont un peu éloignés, qui sont un peu... Je trouve un peu comme des mythes. Philippe Glass, j'adore. Brian Eno. Et après, dans le design, Enzo Mari, je l'ai rencontré une fois à Milan, par hasard, j'étais sur un stand, j'étais en train de regarder un objet, je ne savais pas trop ce que c'était. Et il y a un type qui m'a arraché l'objet des mains, de manière assez vive, j'étais un peu choqué. Et là, je trouve que la tête était en face de moi et il était en train de me montrer, sans m'expliquer avec des mots, comment ça marchait. Et alors, j'étais un peu scotché, j'étais vraiment clairement étonné. Et après, je connaissais son travail et j'ai trouvé son approche assez intéressante. Et justement, mon terme de design qui va à l'essentiel dans la simplicité et avec une expression assez dépouillée. Donc ça reste un peu des modèles comme ça. Andrea Branzi aussi, j'ai fait un workshop avec lui. C'est assez intéressant, un peu des théoriciennes du design à l'époque, les années 70. Donc ça, vous voyez, avec des gens aussi un peu du passé, comme ça, qui ont une vision d'une autre époque. et ça sera intéressant sur le contexte d'aujourd'hui, comment on verra les choses voilà,
- Speaker #0
après non mais je pense qu'on en a six on en a largement six déjà ? merci beaucoup Samuel pour tout ce que vous avez partagé j'étais très contente de faire plus connaissance avec vous,
- Speaker #1
merci merci bien
- Speaker #0
Décodeur c'est terminé pour aujourd'hui merci beaucoup d'avoir écouté en entier Si vous avez aimé, n'oubliez surtout pas de vous abonner au podcast pour ne pas rater les prochains épisodes et retrouver tous ceux qui ont déjà été enregistrés. N'hésitez pas non plus à le partager en l'envoyant à vos proches qui pourraient être intéressés ou en story Instagram. D'ailleurs, on peut se retrouver sur le compte Décodeur où je poste très régulièrement. Et si jamais vous avez 15 secondes, n'oubliez pas de laisser 5 étoiles ou un avis. C'est juste sous la liste des épisodes. Non seulement ça me fait très plaisir, évidemment, mais dans la jungle des podcasts, plus on a de notes, plus on se fait remarquer, ce qui est très important pour moi. Voilà, merci beaucoup et à très bientôt alors, ici ou ailleurs.