Speaker #1Je vais vous dire quelque chose de très personnel. Je suis hypersensible. Je peux rire et avoir les larmes aux yeux quelques minutes après. Je peux prendre une remarque à cœur pendant des jours. Je peux sentir qu'une personne est froide avec moi. avant même qu'elles ne disent quoi que ce soit. Et pendant longtemps, j'ai cru que j'avais un problème. Hello à toi et bienvenue dans... déconstruire ensemble le podcast qui explose les clichés sur le handicap. Moi, c'est Nathalie. Je suis atteinte d'un spina bifida avec hydrocéphalie valvée. Je suis unijambiste, mais aujourd'hui, ce n'est pas vraiment de mon handicap physique dont j'ai envie de parler. Aujourd'hui, j'ai envie de parler de quelque chose d'invisible. Mon hypersensibilité est honnêtement... Je pense que cet épisode va parler à énormément. de personnes, parce qu'il y a des gens qui vivent les choses et d'autres qui les ressentent jusque dans leur poitrine. Je crois que mon hypersensibilité, je l'ai portée depuis toute petite. Quand j'étais enfant, on disait souvent « mais qu'est-ce que t'es chiante ! » « Mais t'as un sacré caractère, tu pleures pour rien, tu prends tout mal ! » Et je crois qu'à ce moment-là, personne ne comprenait vraiment ce qui se passait dans ma tête. Parce qu'un enfant hypersensible n'est pas juste un enfant qui pleure facilement, c'est souvent un enfant qui ressent le monde beaucoup plus intensément que les autres. il ressent les tensions dans la maison, les disputes, les regards, les changements d'ambiance, les remarques, les injustices, les émotions des adultes. Et le problème, c'est qu'un enfant n'a pas encore les outils émotionnels pour comprendre ce qu'il ressent. Donc quand cet enfant ressent énormément de choses, mais qu'on lui répète constamment qu'il exagère, il finit par croire que ses émotions sont un problème. Et je crois qu'il y a quelque chose qui marque énormément un enfant hypersensible, ce sont les étiquettes qu'on lui colle. Quand on entend souvent « tu es chiante » , « tu as un sale caractère » , « tu fatigues tout le monde » , « tu es trop émotive » , on finit par construire une image négative de soi. Parce qu'un enfant se construit énormément à travers le regard des autres, des adultes. Donc si les... Les adultes lui renvoient constamment l'image d'un enfant compliqué. Il finit par croire qu'il doit se défendre contre le monde. Et ça, ça change énormément la façon dont on grandit. Parce qu'un enfant hypersensible qui se sent incompris devient souvent un adulte. en hyper vigilance émotionnelle l'hyper vigilance émotionnelle qu'est ce que c'est c'est quand le cerveau apprend très tôt à surveiller constamment l'environnement émotionnel pourquoi parce qu'enfin il a souvent eu peur de décevoir d'être jeté d'être critiqué d'être humilié de ne pas être aimé alors le cerveau développe un réflexe de protection il commence à analyser tout le monde Les regards, les silences, les changements de ton, les micro-réactions. Parce qu'au fond, il essaie d'éviter la douleur émotionnelle. Et honnêtement, je crois que beaucoup d'hypersensibles passent leur vie à essayer de se protéger. Mais le problème, c'est que chacun développe sa protection différemment. Et puis, il y a les hypersensibles comme moi, ceux qui deviennent silencieux. Souvent les gens pensent que les personnes silencieuses n'ont rien à dire, qu'elles sont effacées, qu'elles manquent de conversation. Alors qu'en réalité, elles observent énormément, elles analysent tout. Parce qu'un hypersensible analyse constamment son environnement émotionnel, il observe les réactions, les regards, les changements de ton, les tensions, les silences, les comportements. Donc souvent, il parle moins, mais il ressent beaucoup plus. Moi, par exemple, je déteste les conflits. Et pendant longtemps, j'ai cru que c'était une faiblesse. Je me disais, mais pourquoi je n'arrive pas à répondre ? Pourquoi je préfère me taire ? Pourquoi je laisse parfois les gens me marcher dessus ? Et avec le temps, j'ai compris quelque chose. J'ai compris que quand on est hypersensible, le conflit peut être vécu comme une énorme surcharge émotionnelle. Parce qu'un hypersensible ne reçoit pas seulement les mots, il reçoit le ton, la colère, la tension, l'agressivité, l'ambiance émotionnelle entière. Et son cerveau traite tout ça très intensément. Donc beaucoup d'hypersensibles développent un mécanisme de protection. Ils évitent le conflit, ils se taisent, ils prennent sur eux. Ils préfèrent parfois souffrir en silence plutôt que de vivre une confrontation émotionnelle. Parce qu'au fond, ce n'est pas qu'on ne sait pas se défendre, c'est qu'on ressent le conflit beaucoup plus fort. Et le problème, c'est que quand on fonctionne comme ça, on finit parfois par laisser les autres dépasser nos limites parce qu'on veut éviter les disputes, les tensions, les ruptures, les conflits émotionnels. Et souvent, ça vient de très loin. Quand on a grandi dans un environnement où les émotions étaient compliquées, ou quand on a souvent eu peur du rejet, le cerveau apprend que le conflit est dangereux émotionnellement. Alors il développe des stratégies. Se taire, éviter, apaiser, disparaître émotionnellement. Et je pense que c'est pour ça que j'ai longtemps eu énormément de mal à dire non, parce qu'au fond, j'avais peur de déplaire. Quand un enfant grandit avec la peur de déranger émotionnellement, il peut devenir un adulte qui fait tout. pour préserver les relations. Alors parfois il dit oui alors qu'il pense non. Il accepte des choses qui le blessent. Il évite les conflits. Il prend sur lui, pas parce qu'il est faible, mais parce qu'il a peur de perdre l'amour des autres. Et malheureusement, certaines personnes comprennent très bien ce fonctionnement. Elles savent qu'un hypersensible culpabilise vite. Elles savent qu'il a peur du rejet. Alors parfois, quand l'hypersensible pose enfin une limite, la personne devient froide, elle s'éloigne, elle ne répond plus. Et pour un hypersensible, ce silence peut être vécu comme une énorme rupture émotionnelle. Alors parfois, on recommence à dire oui, pas parce qu'on a envie. Mais parce qu'on veut éviter cette douleur. Et honnêtement. Je crois que j'ai parfois tellement voulu être aimé que je me suis oublié moi-même. J'ai parfois donné plus que je ne pouvais. J'ai parfois voulu sauver des relations à moi toute seule. J'ai parfois accepté des choses qui me faisaient souffrir. Parce que beaucoup d'hypersensibles ont énormément d'empathie. Ils ressentent profondément les émotions des autres. Ils veulent réparer, apaiser. Aider. Mais le problème, c'est qu'à force de porter les émotions de tout le monde, on finit par abandonner les siennes. Aujourd'hui, j'apprends doucement quelque chose. Être hypersensible, ce n'est pas être faible. C'est avoir un cœur qui ressent énormément. Et le vrai travail, ce n'est pas d'arrêter de ressentir. C'est apprendre à ressentir sans se détruire. Et aujourd'hui, je crois que les bonnes personnes ne nous demandent pas d'être moins sensibles. Elles apprennent simplement à être moins sensibles. A nous aimer avec douceur. Dis-moi en commentaire, est-ce que toi aussi, tu as longtemps eu peur de déplaire ? Et surtout, protège ton cœur sans l'éteindre. A très bientôt dans Déconstruire Ensemble. Et surtout, reste fier de qui tu es.