Speaker #1Vous savez ce qui me fait toujours sourire quand quelqu'un monte dans ma voiture pour la première fois ? Il ne regarde presque jamais la route, il regarde mes commandes adaptées et très souvent j'entends cette phrase « Moi, je serais incapable de conduire comme ça » . Au début, je pensais que cette phrase parlait de ma voiture. Aujourd'hui, je crois qu'elle parle surtout de notre cerveau. Parce que cette personne ne sait pas conduire avec mes commandes. Elle ne les a jamais essayées. Elle ne sait même pas comment elles fonctionnent. Et pourtant, elle est déjà persuadée qu'elle en serait incapable. Pourquoi ? Parce que notre cerveau adore compléter les blancs, quand il ne connaît pas quelque chose, il imagine. Et malheureusement, il imagine beaucoup plus facilement le pire que le meilleur. Je crois qu'on fait exactement la même chose avec la peur. On imagine l'accident, l'échec, le ridicule, le rejet, la douleur et la force. D'imaginer tout ce qui pourrait mal se passer, notre cerveau finit parfois par réagir comme si tout cela était déjà en train d'arriver. Pourtant, il ne s'est encore rien passé. Hello à toi et bienvenue dans Déconstruire Ensemble, le podcast qui explose les clichés sur le handicap. Je m'appelle Nathalie Gênes, je suis atteinte d'aspinabifida avec hydrocéphalie valvée et je suis unijambiste. A travers Déconstruire Ensemble, j'utilise mon vécu pour déconstruire les idées reçues sur le handicap, mais surtout sur notre manière de penser, parce que très souvent, ce qui nous enferme, ce n'est pas la réalité, c'est l'histoire que notre cerveau nous raconte à propos de cette réalité. Et aujourd'hui, j'aimerais qu'on déconstruise ensemble une idée que l'on entend depuis toujours, une idée tellement répétée qu'on finit par la croire vraie. que les personnes courageuses n'ont jamais peur. On admire quelqu'un en disant « Elle est forte, il est courageux, moi à sa place je n'aurais jamais pu. » Comme si ces personnes avaient réussi à éliminer définitivement leur peur. Comme si le courage était un endroit où l'on finit par arriver. Je ne crois plus du tout à ça. Et je vais vous expliquer pourquoi. Parce que je suis convaincue que cette croyance fait énormément de dégâts. Elle fait croire à ceux qui ont encore peur qu'ils manquent de courage. Elle fait croire à ceux qui hésitent qu'ils ne sont pas prêts. Et surtout, elle fait croire que le courage commence quand la peur disparaît. Moi, je pense exactement l'inverse. Je crois que le courage commence le jour où l'on comprend que la peur fera peut-être toujours partie du voyage. mais qu'elle n'est pas obligée de choisir la destination. Avant de vous raconter mon histoire, j'aimerais qu'on comprenne une chose, parce qu'on utilise tous ce mot. On dit « j'ai peur » , « ça me fait peur » , « je suis quelqu'un de peureux » , mais au fond, qu'est-ce que la peur ? Pendant longtemps, je croyais que la peur était un défaut, un manque de courage, un manque de confiance en soi. Aujourd'hui, je sais que ce n'est rien de tout ça. La première chose que je vais vous dire, Peur est une émotion, au même titre que la joie, la tristesse ou la colère. Et contrairement à ce que l'on pourrait croire, elle n'a jamais été créée pour nous empêcher de vivre. Elle a été créée pour nous permettre de survivre. Imaginez un monde où personne n'aurait peur. On traverserait la route sans regarder, on s'approcherait du bord d'une falaise sans réfléchir, on prendrait des risques insensés si l'être humain est encore là aujourd'hui. aujourd'hui, c'est aussi grâce à la peur. Elle est notre système d'alarme, un peu comme un détecteur de fumée. Quand il y a un vrai danger, il sonne. Et c'est une bonne chose. Mais parfois, il se déclenche alors qu'il n'y a pas d'incendie. Et c'est exactement ce qui peut se passer avec notre cerveau. Parce que notre cerveau ne réagit pas seulement à ce qui est réel. Il réagit aussi à ce qu'il imagine. Et c'est là que tout devient fascinant. Vous regardez un film d'horreur, vous savez que c'est du cinéma. Pourtant, votre cœur bat plus vite, vos muscles se contractent, vous sursautez. Pourquoi ? Parce que votre cerveau réagit à ce qu'il croit possible, pas uniquement à ce qui est réel. C'est pareil avant un examen, un entretien d'embauche, avant une intervention chirurgicale ou avant de prendre la voiture. Le cerveau anticipe, il imagine, il veut éviter que vous souffriez une nouvelle fois. Et parfois, il en fait un peu trop. Il vous protège d'un danger qui n'est pas encore arrivé, voire qui n'arrivera peut-être jamais d'ailleurs. Cette peur de conduire porte un nom. On l'appelle la maxophobie. C'est une peur intense de conduire un véhicule ou parfois même d'être passager. Certaines personnes développent cette peur après un accident. d'autres après une succession d'expériences difficiles, et parfois sans qu'il y ait un événement précis. Contrairement à ce que l'on imagine, la maxophobie ne se résume pas à une simple inquiétude. Le corps tout entier peut réagir, le cœur s'emballe, la respiration change, les muscles se tendent, le ventre se noue, des maux de tête peuvent apparaître. Certaines personnes dorment mal. la veille d'un trajet. D'autres repoussent le moment de partir ou changent complètement leurs habitudes. Et très souvent, elles disent « Je suis ridicule, je manque de courage. » Alors qu'en réalité, leur cerveau est simplement en train d'activer son système d'alarme et je crois que c'est une phrase importante donner un nom à une peur ne le fait pas disparaître en revanche cela permet souvent d'arrêter de croire qu'on est seul ou qu'il y a quelque chose chose qui ne va pas chez nous. Et si je vous raconte tout ça aujourd'hui, c'est parce que je connais cette peur de l'intérieur. La peur que je cachais, je vais vous faire une confidence, je ne suis même pas certaine que mes amis le sachent et je ne suis pas certaine non plus que toute ma famille en ait réellement conscience. Pendant très longtemps, j'ai gardé cette peur pour moi parce que, comme beaucoup de personnes, je pense. Je sais que si j'en parlais, on me verrait autrement. On me trouverait moins forte, moins courageuse. Alors j'ai appris à faire ce que beaucoup d'entre nous feront. J'ai appris à cacher, à sourire, à dire que tout allait bien. Et à monter dans ma voiture malgré tout. De l'extérieur, personne ne voit rien. Pourtant à l'intérieur, il se passe tout autre chose. Quand je sais que je dois prendre la route le lendemain, la veille, il m'arrive de mal dormir. Mouah ! Mon cerveau commence déjà le voyage avant moi. Il imagine le trajet, les intersections, les imprévus, les situations compliquées. Et pendant qu'il imagine, mon corps lui réagit. Mon cœur bat plus vite, mon ventre se noue. Je peux avoir mal à la tête. Je suis encore chez moi. Je ne suis même pas encore dans la voiture. Et pourtant, mon organisme se comporte déjà comme si le danger était là. C'est ce qu'on appelle la peur. anticipatoire. On ne réagit pas à ce qui est en train de se passer, on réagit à ce que l'on imagine qui pourrait se passer. Et je trouve ça incroyable, parce que ça montre à quel point notre cerveau cherche avant tout à nous protéger. Le problème, c'est qu'à vouloir trop nous protéger, il peut finir par nous empêcher de vivre certaines choses. Pendant longtemps, je me suis dit si j'ai encore peur, c'est que je ne suis pas assez courageuse. Aujourd'hui, je ne pense plus ça. Je crois même que cette idée est profondément injuste parce que le courage n'est pas l'absence de peur. Le courage, c'est parfois de faire un pas. Alors que la peur nous souffle de rester immobile. Et je vais vous dire quelque chose qui m'a longtemps fait réfléchir. Il est très facile d'admirer quelqu'un de l'extérieur. On le voit conduire, travailler, sourire, prendre la parole. Et on se dit, cette personne n'a peur de rien. La vérité, c'est qu'on ne sait jamais quel combat quelqu'un est en train de mener à l'intérieur de lui. Comme quoi... On peut voir quelqu'un conduire sans imaginer une seule seconde le combat silencieux qu'il est en train de mener. Et je crois que ce n'est pas vrai seulement pour la peur de conduire, c'est vrai pour beaucoup de peurs invisibles. Celles que l'on cache par honte, par pudeur ou simplement parce qu'on pense qu'on devrait être capable de les surmonter seuls. Aujourd'hui, Je ne cherche plus à faire disparaître ma peur. J'ai compris que ce n'était pas le vrai objectif. Le vrai objectif, c'est de ne plus la laisser décider à ma place. Et ça, ça a complètement changé ma façon de vivre. Aujourd'hui, je ne cherche plus à faire disparaître ma peur. Reposez-vous. Prendre le volant de sa vie, au fond. Je crois que cet épisode n'a jamais vraiment parlé de conduite. Il a parlé de nous parce que si vous y réfléchissez bien, nous avons tous une peur qui essaie de prendre le volant de notre vie. Pour certains, ce sera la peur de conduire. Pour d'autres, la peur de changer de travail, la peur de quitter une relation. qui fait souffrir, la peur de vieillir, d'être jugé, d'échouer, de ne pas être à la hauteur. Aucune de ces peurs ne nous rend faibles, elles nous rendent humains. En revanche, les laisser décider à notre place, c'est là que notre vie commence à rétrécir. Pendant longtemps, j'ai attendu que ma peur disparaît. Je me disais, le jour où je n'aurai plus peur, tout sera plus simple. Aujourd'hui, je sais que j'attendais quelque chose qui n'arriverait peut-être jamais. Alors j'ai changé de question. Au lieu de me demander comment faire disparaître ma peur, je me demande désormais comment avancer malgré elle. Et vous savez, ce simple changement de regard a transformé beaucoup de choses. de choses. Je n'ai pas besoin d'être une femme sans peur. J'ai simplement envie d'être une femme qui ne laisse plus sa peur choisir sa vie. Et peut-être que c'est ça, le courage. Pas l'absence de peur, mais la décision prise encore et encore de continuer à vivre malgré elle. Alors si aujourd'hui vous avez peur de quelque chose, j'aimerais simplement vous laisser avec cette réflexion. N'ayez pas honte de votre peur. Écoutez-la. Essayez de comprendre ce qu'elle cherche à protéger. Puis demandez-vous si elle décrit réellement la réalité ou si elle raconte simplement une histoire que votre cerveau a construite pour vous mettre en sécurité. Parce que parfois la peur a raison et il faut l'écouter. Mais parfois aussi elle se trompe. Et dans ces moments-là nous avons le droit de lui dire avec douceur Merci d'avoir essayé. « J'ai essayé de me protéger, mais aujourd'hui c'est moi qui conduis. » « Ma peur est toujours là. Elle monte encore parfois dans la voiture avec moi, mais aujourd'hui elle voyage sur le siège passager. » « Le volant, lui, est revenu entre mes mains. » « Merci d'avoir pris le temps de déconstruire cette idée ressentie. » reçu avec moi. Si cet épisode vous a parlé, n'hésitez pas à le partager à une personne qui pense peut-être qu'elle manque de courage alors qu'elle est simplement en train de vivre avec une peur qu'elle n'a jamais osé nommer. A très bientôt pour un nouvel épisode de Déconstruire Ensemble. Et surtout, reste fière !