Speaker #1Pourquoi notre cerveau déteste perdre le contrôle ? Imaginez que je vous annonce que dans 5 minutes, votre vie va littéralement changer, mais que je suis incapable de vous dire si ce sera pour le meilleur ou pour le pire. Que ressentez-vous ? Peut-être une boule dans le ventre, peut-être une accélération du cœur. Peut-être cette envie irrésistible de me poser une seule question. Mais qu'est-ce qui va se passer ? Pourquoi ? Parce que votre cerveau déteste une chose plus que tout, ne pas savoir. Et si je vous disais que ce n'est pas seulement une question de personnalité, que ce besoin de tout prévoir, de tout anticiper, de tout contrôler n'est pas forcément. Un défaut, mais l'une des stratégies de survie les plus sophistiquées que notre cerveau ait inventé. Aujourd'hui, on ne va pas parler d'organisation, on ne va pas parler de perfectionnisme, on va parler de peur, d'une peur que nous partageons tous. Même si elles ne portent pas le même visage. Hello à toi et bienvenue sur Déconstruire Ensemble, le podcast qui explose les clichés sur le handicap. Je suis Nathalie Gênes, fondatrice de ce média et auteur de ma revanche sur la vie. Je vis depuis ma naissance avec un spin-up du dame Yélo Mélangossel. Je suis unijambiste et porteuse d'une neurostomie. Pendant longtemps, j'ai cru que mon histoire était exceptionnelle. Puis j'ai compris que quelque chose. Les épreuves que nous traversons sont différentes, mais les mécanismes humains qu'elles révèlent sont souvent les mêmes. C'est la raison d'être, de déconstruire ensemble, utiliser une expérience vécue, non pas pour parler de moi, mais pour comprendre ce qu'elle nous apprend sur l'être humain. Parce qu'au fond, ce podcast ne parle pas seulement du handicap, il parle de nous, de nos peurs, de nos croyances, de nos réactions. Et de la même manière dont nous pouvons construire une société plus humaine lorsque nous commençons enfin à comprendre ce qui se passe derrière les comportements. J'aimerais que vous imaginez une scène. Il est 6 heures du matin. Votre réveil sonne, vous ouvrez les yeux. et avant même de poser un pied par terre votre cerveau travaille déjà est ce que j'ai bien pensé à ce rendez vous je crois que j'ai oublié quelque chose et si je fais une erreur et si tout ne se passe pas comme prévu vous n'êtes même pas encore levé et pourtant vous êtes déjà fatigué parce que votre cerveau ne vit pas Dans le présent, il vit déjà dans les dix prochaines heures. Il imagine, il anticipe, il calcule, il prévoit des solutions à des problèmes qui n'existent peut-être même pas encore. Et ce qui est fascinant, c'est que beaucoup de personnes considèrent cela comme une qualité. On leur dit, tu es tellement organisé, heureusement que tu penses à tout. Avec toi rien n'est laissé au hasard mais personne ne voit ce qui se passe à l'intérieur personne ne voit cette tension permanente cette vigilance de chaque instant cette impression qu'il ne faut surtout rien oublier comme si la moindre erreur pouvait avoir des conséquences immenses et c'est C'est là que j'aimerais déconstruire une première idée reçue. Nous pensons souvent que les personnes qui veulent tout contrôler aiment le pouvoir. En réalité, très souvent, elles cherchent simplement à se sentir en sécurité et cette nuance change absolument tout. Il y a quelque chose de fascinant. Nous passons notre vie à croire que nous prenons nos décisions de manière rationnelle en réalité notre cerveau prend souvent une décision avant même que nous en ayons conscience son objectif n'est pas de nous rendre heureux son objectif est beaucoup plus simple, nous maintenir en vie. Imaginez un détecteur de fumée. Il est programmé pour sonner dès qu'il détecte un risque. Peu importe qu'il s'agisse d'un véritable incendie ou d'une simple vapeur qui sort d'une casserole. Pour lui, mieux vaut déclencher l'alarme pour rien que ne pas la déclencher lorsqu'il y a un vrai danger. Notre cerveau fonctionne exactement de la même manière. Il préfère une fausse alerte à un danger ignoré. C'est un héritage de millions d'années d'évolution. A l'époque de nos ancêtres, une seule erreur pouvait être fatale. Aujourd'hui, les dangers ont changé. Ce n'est plus un prédateur caché derrière un arbre. C'est un entretien d'embauche, un résultat médical, une fin de contrat. Une dispute, une séparation, un retard de travers ou parfois un seul message auquel quelqu'un ne répond pas. Pourtant, notre cerveau réagit souvent comme si notre survie était un jeu. Pourquoi ? Parce qu'il ne fait pas toujours la différence entre une menace physique et une menace émotionnelle. Pour lui, être rejeté. humilier, abandonner ou perdre ses repères peut déclencher les mêmes circuits d'alerte. Alors il cherche une solution et cette solution porte un nom, le contrôle. Contrôler son agenda, ses finances, son image, ses émotions, ses proches. Parfois même essayer de contrôler ce que les autres pensent de nous parce qu'au fond... Si tout est prévu, on a l'impression que rien de grave ne pourra arriver. Mais c'est une illusion, une illusion profondément humaine, car la vie ne nous a jamais promis qu'elle serait prévisible. Et c'est là que commence le piège. Plus on cherche à tout contrôler, plus notre cerveau reçoit des messages. soit un message étrange. Il comprend, s'il faut que je contrôle autant, c'est que le danger est partout. Alors il augmente encore son niveau de contrôle, son niveau de vigilance. On surveille davantage, on vérifie. davantage on anticipe davantage et l'on finit par vivre dans un état d' alerte presque permanent c'est un cercle vicieux le contrôle apaisent quelques instants puis l'inquiétude revient alors on contrôle encore encore plus et sans s'en rendre compte on devient prisonnier de ce qui était censé nous protéger voilà pourquoi certaines personnes sont épuisés sans avoir couru un marathon leur corps est immobile, mais leur cerveau, lui, ne s'arrête jamais. Il travaille même la nuit, il rejoue les conversations, il imagine les scénarios du lendemain, il cherche la faille, il prépare la prochaine bataille. Comme si le repos était devenu un luxe, et peut-être qu'en m'écoutant aujourd'hui. Vous ne pensez pas à vous, peut-être pensez-vous à votre conjoint, à votre mère, à un collègue, à cette personne qui semble toujours tout vouloir maîtriser. Avant de la qualifier d'autoritaire, de maniaque ou de perfectionniste, posez-vous une autre question. Qu'est-ce que son cerveau essaie de protéger ? Parce que derrière un comportement, il y a souvent une histoire. Et derrière cette histoire, il y a parfois une peur qui n'a jamais trouvé les mots pour se raconter. J'aimerais vous raconter quelque chose. Pendant longtemps, je ne me suis jamais demandé pourquoi j'avais autant besoin de tout contrôler de tout anticiper pour moi c'était normal prévoir organisé toujours avoir une solution de secours toujours imaginer ce qui pourrait mal se passer je pensais que c'était simplement mon caractère et puis un jour j'ai compris ce n'était pas seulement mon caractère c'était mon histoire je suis né avec aspina bifida Très tôt, j'ai découvert que mon corps ne fonctionnerait jamais comme celui de la majorité des gens. Les opérations se sont enchaînées, les hospitalisations aussi. Très jeune, j'ai appris qu'une journée pouvait basculer sans prévenir, qu'un projet pouvait être annulé, qu'un rendez-vous médical pouvait tout changer, que la douleur pouvait surgir sans invitation. Et plus tard, il y a eu... Mes deux amputations. Encore une fois, il a fallu réapprendre. Réapprendre à marcher, réapprendre à conduire, réapprendre à vivre autrement. Avec le recul, je comprends que mon cerveau n'essayait pas de tout contrôler, parce qu'il aimait contrôler. Il essayait simplement de m'éviter une nouvelle souffrance. Il faisait ce que tous les cerveaux font lorsqu'ils ont connu des épreuves répétées. Il essayait de prévoir l'imprévisible, mais savez-vous ce que j'ai découvert ? Cette histoire n'est pas seulement la mienne. Vous n'avez peut-être jamais connu une salle d'opération. Vous n'avez peut-être jamais porté. une prothèse et pourtant votre cerveau a peut-être appris la même leçon peut-être parce que vous avez grandi dans une maison où tout pouvait exploser d'un instant à l'autre peut-être parce que vous avez vécu un divorce un deuil un harcèlement une maladie une faillite ou une trahison, peut-être parce qu'un jour quelqu'un vous a fait comprendre que vous deviez être parfait pour être aimé. Alors sans même vous en rendre compte, vous avez commencé à anticiper, à vouloir tout faire parfaitement, à éviter les erreurs, à dire oui quand vous pensiez non, à tout porter sur vos épaules. Parce qu'au fond, vous ne cherchiez pas la perfection. Vous cherchez la sécurité et cette différence est immense parce qu'on ne soigne pas la recherche de sécurité en demandant aux gens de lâcher prise. Soyons honnêtes, combien de fois avez-vous entendu cette phrase ? Tu devrais arrêter de te prendre la tête ou encore lâche prise. Si c'était aussi simple, tout le monde le ferait. On ne demande pas à un cerveau qui se sent en danger d'arrêter d'avoir peur par un simple conseil. On commence par comprendre pourquoi il a peur. C'est là que le regard change. On cesse de juger, on commence à écouter. Et c'est exactement ce que j'aimerais transmettre avec Déconstruire Ensemble. Parce que derrière un comportement, qui nous agace. Il y a parfois une stratégie de survie. Derrière une personne qui veut tout contrôler, il y a parfois un enfant qui a grandi dans l'insécurité. Derrière quelqu'un qui vérifie tout dix fois, il y a parfois une histoire que personne ne connaît. Et je crois que c'est là que nous faisons une erreur collective. Nous jugeons les comportements alors que nous devrions essayer de comprendre les blessures qui les ont façonnées. Imaginez ce que deviendraient nos familles, nos entreprises, nos écoles, nos hôpitaux, si avant de coller une étiquette sur quelqu'un, nous nous demandions simplement qu'est-ce que cette personne a vécu pour que son cerveau fonctionne ainsi ? Cette seule question ne résout pas tous les problèmes, mais elle change profondément notre manière de garder les êtres humains. La liberté commence là où le... Le contrôle s'arrête. Alors, est-ce que cela signifie qu'il faut arrêter d'organiser sa vie ? Bien sûr que non ! Prévoir, s'organiser, anticiper, ce ne sont pas des problèmes. Le problème commence lorsque notre paix intérieure dépend du fait que tout se déroule exactement comme nous l'avions prévu. parce qu'à ce moment-là, nous ne contrôlons pas. Je ne dirais même plus notre vie. C'est notre besoin de contrôle qui commence à nous diriger. Et c'est épuisant. Vous connaissez peut-être cette sensation. Moi, je la connais. Je peux être coupable, j'aime contrôler. Vous êtes enfin en vacances, mais votre cerveau continue à travailler. Vous êtes en train de dîner avec les personnes que vous aimez, mais vous pensez déjà à demain. Vous recevez un message, vous imaginez immédiatement le pire. Vous faites une erreur et vous avez l'impression... qu'elle remet toute votre valeur en question. Le contrôle nous promet la sécurité, mais il nous vole souvent le présent. Et parfois, cette tension devient tellement difficile à supporter que certaines personnes cherchent un moyen de l'éteindre. Certains vont se réfugier dans le travail, d'autres dans la nourriture, d'autres dans l'alcool, les achats compulsifs, les jeux, les réseaux sociaux, ou d'autres comportements qui procurent pendant quelques instants l'illusion d'un apaisement. Attention, je ne dis pas que toutes les addictions viennent du besoin de contrôle, ce serait faux. Les addictions sont des phénomènes complexes avec des causes multiples. Mais chez certaines personnes, lorsque le cerveau reste trop longtemps en état d'alerte, il peut chercher désespérément un moyen de faire baisser la pression. Et cela mérite notre compréhension autant que notre vigilance. Voilà pourquoi je crois que nous devrions changer notre façon de parler des êtres humains. Au lieu de demander qu'est-ce qui ne va pas chez cette personne, demandons-nous plutôt qu'est-ce qui lui est arrivé. Cette question ne justifie pas tous les comportements, mais elle ouvre une porte. La porte de la compréhension est souvent celle-là que commencent les véritables changements. Pendant longtemps, j'ai cru que la force consiste à tenir, à tout prévoir, à ne jamais montrer mes peurs, à toujours trouver une solution. Aujourd'hui, je crois que la force ressemble à autre chose. La force, ce n'est pas vivre sans peur. La force, c'est avancer, même lorsque la peur est là. La force, ce n'est pas tout contrôler. c'est accepter qu'une partie de la vie nous échappera toujours. Et malgré cela, continuez à aimer, continuez à construire, continuez à faire confiance. Parce que finalement, la vie n'a jamais demandé que nous soyons capables de tout maîtriser. Elle nous demande seulement d'apprendre à traverser ce que nous ne maîtrisons, mais ne maîtriserons jamais. Si ce podcast vous a permis de regarder autrement votre propre besoin de contrôle ou celui d'une personne qui vous est chère, alors nous avons déjà commencé à déconstruire quelque chose. Parce que c'est la mission de déconstruire ensemble, déconstruire les idées reçues, comprendre les mécanismes humains qui se cachent derrière les comportements et montrer que derrière un handicap, une maladie, Une différence ou une fragilité, il y a toujours un être humain qui essaie, comme chacun d'entre nous, de trouver sa place dans un monde incertain. Merci d'avoir partagé ce moment avec moi. Si cet épisode vous a fait réfléchir, abonnez-vous, partagez-le autour de vous. Dites-moi en commentaire dans votre vie, qu'est-ce qui vous donne le plus envie de tout contrôler ? parce que c'est souvent là que commence notre prochaine conversation à très bientôt sur déconstruire ensemble et surtout reste fier de qui tu es