Speaker #1Je vais vous dire quelque chose que je n'ai jamais vraiment dit comme ça. Pendant longtemps, je ne me suis pas sentie complètement femme. Pas parce que je n'avais pas d'amour autour de moi, pas parce que je ne ressentais rien, mais parce qu'adolescente, un médecin m'a expliqué qu'une grossesse pourrait être trop dangereuse pour moi. Et quand on entend ça, à l'âge où on apprend à devenir femme, ça laisse une trace immense. Hello à toi et bienvenue dans Déconstruire Ensemble, le podcast qui explose les clichés sur le handicap. Moi c'est Nathalie, je suis atteinte d'un spina bifida myelomélingocelle avec hydrocéphalie valvée. Je vis avec une neurostomie, je suis amputée transtibiale. Je me déplace principalement avec des béquilles, parfois en fauteuil roulant, selon les situations. Mais aujourd'hui, je ne vais pas seulement parler de handicap, je vais parler de féminité, de désir, d'amour. du regard qu'on porte sur son propre corps quand ce corps est médicalisé, cicatrisé, différent. Et surtout, je vais parler de cette question que beaucoup de femmes handicapées portent en silence. Est-ce qu'on peut encore être aimé quand notre corps ne ressemble pas à ce que la société appelle un corps normal ? L'adolescence, c'est déjà une tempête quand on est valide. Alors, quand on grandit avec un handicap physique, c'est encore plus violent. Parce qu'à cet âge-là, on commence à découvrir son corps, le regard des autres, la séduction, la féminité, la comparaison. On regarde les autres filles grandir, on regarde leur corps changer, on écoute leurs conversations et parfois, on se demande discrètement est-ce que moi aussi je serais regardée comme une femme et puis un jour pendant une consultation chez mon neurologue le sujet de la grossesse est arrivé je portais déjà tout mon parcours médical le spina bifida l'hydrocéphalie valvé les interventions chirurgicales passées les soins les contraintes physiques et là on m'explique qu'une grossesse pourrait. représenter un danger important pour ma santé je crois que les médecins ne réalise pas toujours ce que certaines phrases provoque chez une adolescente parce que moi ce jour là je n'ai pas seulement entendu attention médicale j'ai entendu tu ne seras peut-être jamais une femme comme les autres Et ça, c'est quelque chose dont on parle très peu. Le handicap ne touche pas seulement la mobilité, il touche aussi l'image de soi, la confiance, la sensualité, le rapport au miroir, le rapport au désir. Quand votre corps est constamment médicalisé, quand il porte des cicatrices, des appareillages, une neurostomie, des béquilles, parfois vous finissez... Par croire que ce corps ne pourra jamais être vu autrement qu'à travers le handicap. Comme si vous étiez devenu un dossier médical avant d'être une femme. Et aujourd'hui, j'ai envie de dire quelque chose de très important. Même avec un handicap, une femme peut être désirée, aimée, séduisante et vivre une vie sentimentale. Ça paraît simple dit comme ça, mais pour beaucoup de femmes handicapées, ce n'est pas évident de tout parce qu'on grandit souvent avec l'idée qu'on devra déjà être reconnaissante qu'on nous aime malgré notre handicap et ça c'est terrible comme si nous étions condamnés à être choisis par compassion au lieu d'être choisis par amour comme si notre corps ne pouvait plus inspirer le désir la tendresse la sensualité la passion Moi aussi, pendant longtemps, j'ai douté. Je me demandais qui pourrait aimer un corps comme le mien. Et je sais que beaucoup de femmes handicapées se posent cette question en silence. Alors je vais vous répondre aujourd'hui avec toute mon honnêteté. Oui, nous avons le droit à l'amour, pas un amour de pitié, pas un amour où l'on supporte un vrai, un véritable amour. Nous avons le droit d'être regardé avec désir, d'être embrassé sans gêne, d'être choisi, d'être séduit, d'être touché avec tendresse, d'être pleinement femme. Le problème c'est que la société nous montre encore très peu de corps handicapés dans la féminité. On montre des corps parfaits, des corps lisses, des corps jeunes, des corps sans cicatrices. Autant vous dire qu'avant... Avec mes béquilles, mon neurostomie et mes opérations, je n'étais pas exactement dans les standards des magazines. Et pourtant, notre corps mérite lui aussi le respect, la douceur, la sensualité, le désir. Un corps différent reste un corps humain, un corps vivant, un corps capable d'aimer et d'être aimé. Pardon. Des années, j'ai associé la féminité à la maternité, comme beaucoup de femmes finalement. Et puis avec le temps, j'ai commencé à comprendre qu'être femme ne se résume pas à porter un enfant. Ça ne veut pas dire que la blessure disparaît, ça ne veut pas dire que le manque n'existe plus. Mais ça veut dire qu'on peut arrêter de mesurer notre valeur uniquement à ce que notre corps peut produire. Et malgré tout ce que je viens de raconter aujourd'hui, il y a aussi quelque chose d'important que je veux dire. La vie m'a énormément gâtée, je n'ai pas eu d'enfant, mais j'ai cinq merveilleux neveux et nièces, trois neveux de nièces, et je les aime profondément. Ils me remplissent d'amour d'une manière que je n'aurais jamais imaginé quand j'étais jeune. Et vous savez quoi ? Contrairement aux parents, moi j'ai souvent la partie la plus sympa, la plus cool, les câlins. Les confidences, les discussions, les moments de complicité, les fous rires, les souvenirs heureux. Et honnêtement, ça vaut tout l'or du monde. Pendant longtemps, je pensais que je ne pourrais jamais transmettre quelque chose. parce que je ne serai pas mère mais aujourd'hui je comprends qu'on peut transmettre autrement on peut transmettre de l'amour de la présence de la tendresse des valeurs de la force des souvenirs et parfois les liens du coeur sont tout aussi puissants que les liens du sang Alors si une femme handicapée écoute cet épisode aujourd'hui, j'aimerais lui dire quelque chose que j'aurais aimé entendre adolescente. Ton handicap ne t'enlève pas ta féminité. Ton corps mérite l'amour. Tu peux être désiré. Tu peux séduire. Tu peux vivre une grande histoire d'amour. Tu peux être choisi sincèrement. Et surtout, tu n'as pas besoin d'avoir un corps parfait pour mériter d'être aimé profondément. Aujourd'hui encore, certaines blessures restent sensibles. Mais avec le temps, j'ai compris quelque chose d'essentiel. Le handicap change un corps, il ne retire pas notre humanité, il ne retire pas notre sensualité, il ne retire pas notre droit à l'amour. Merci d'avoir écouté cet épisode de Déconstruire Ensemble. Si cet épisode t'a touché, partage-le parce qu'il y a énormément de femmes qui se sentent invisibles dans leur féminité à cause du handicap. Et parfois, entendre enfin quelqu'un poser des mots sur cette douleur, ça peut changer une vie. et surtout, reste fière de qui tu es.