Speaker #1Le handicap fatigue le corps, mais ce dont on parle beaucoup moins, c'est à quel point il peut épuiser le cerveau. Parce qu'il y a des personnes handicapées qui ne souffrent pas seulement physiquement, elles pensent trop, absolument tout le temps. Bonjour à toi et bienvenue dans... déconstruire ensemble le podcast qui explose les clichés sur le handicap. Moi, c'est Nathalie, j'ai 50 ans. Je vis avec un handicap physique depuis ma naissance. Et aujourd'hui, j'avais envie de parler d'un sujet dont on parle très Très peu. La fatigue mentale liée au fait de trop penser quand on vit avec un handicap. Parce qu'on parle souvent des douleurs, des opérations, du fauteuil roulant, des béquilles, des soins, des difficultés physiques. Mais très peu de gens parlent du cerveau. De ce cerveau qui anticipe tout, qui analyse tout, qui prévoit tout, qui ne se repose presque jamais. Et honnêtement, je pense que beaucoup de personnes handicapées vivent dans des situations avec une charge mentale énorme que les personnes valides ne voient même pas parce qu'elles vivent souvent dans la spontanéité alors que nous nous vivons énormément dans l'anticipation il y a quelque chose que beaucoup de personnes valides ne réalise pas quand on vit avec un handicap physique le cerveau travail en permanence même pour les choses les plus banales sortir de chez soi par Par exemple, pour beaucoup de gens, sortir veut simplement dire Prendre ses clés et partir. Mais quand tu es handicapé, le cerveau commence immédiatement à calculer. Est-ce qu'il y aura des marches ? Est-ce que ce sera accessible ? Combien vais-je devoir marcher ? Y aura-t-il des toilettes adaptées ? Est-ce que mon corps va tenir ? Et si j'ai mal ? Et si je tombe ? Et ça, c'est avant même d'être sorti de chez soi. Le handicap oblige souvent à penser à l'autre. avant de vivre et cette fatigue mentale là, elle est immense. Je crois sincèrement que beaucoup de personnes handicapées deviennent des experts de l'anticipation parce qu'on apprend très tôt une chose, si on n'anticipe pas, on peut vite se retrouver en difficulté. Alors on prévoit tous les trajets, les douleurs, les accès, les toilettes, les rendez-vous, le matériel, la fatigue, le temps de récupération, même les rendez-vous médicaux. demande une organisation mentale énorme et ça les gens ne le voient pas parce qu'un rendez vous médical pour beaucoup de personnes valides c'est j'ai rendez vous à 14 heures point mais pour beaucoup de personnes handicapées c'est organiser le transport prévoir l'énergie physique nécessaire anticiper l'attenté préparer les papiers prévoir les douleurs après gérer le stress penser au retour et parfois rien que penser à tout ça fatigue déjà avant même d'être parti quand on vit avec un handicap physique on développe souvent une hyper vigilance permanente le cerveau scanne tout Les trottoirs, les sols, les obstacles, les distances, les regards, les dangers possibles. Moi par exemple, quand je marche avec mes béquilles, je regarde constamment le sol, les trous, les surfaces glissantes, les pentes, les petits détails que beaucoup de gens ne remarquent même pas. Parce qu'une chute... Pour certaines personnes handicapées, ce n'est pas juste tomber, ça peut vouloir dire douleur, hospitalisation, immobilisation, perte d'autonomie. Donc le cerveau reste en alerte tout le temps et honnêtement, être en vigilance permanente, ça épuise psychologiquement. Et puis il y a une autre fatigue mentale énorme, le regard des autres. Quand tu es handicapé, tu analyses souvent, immédiatement l'espace quand tu arrives quelque part. Est-ce qu'on me regarde ? Est-ce que je vais déranger ? Est-ce qu'on va me prendre pour quelqu'un d'incapable ? Est-ce qu'on voit mon handicap avant de voir qui je suis ? Et à force, tu réfléchis même à la façon dont tu occupes l'espace. Tu essaies parfois de ne pas ralentir, de ne pas déranger, de ne pas attirer. L'attention et honnêtement cette charge mentale, sociale et épuisante parce qu'on finit parfois par surveiller sa propre existence en permanence. Je pense qu'il y a énormément de personnes handicapées qui dorment mais dont le cerveau continue à travailler parce qu'il faut penser aux soins, aux douleurs, aux papiers administratifs, aux remboursements, aux appareils, aux transports. aux imprévus et parfois même demander de l'aide, demander une préparation mentale énorme parce qu'on a peur d'être un poids, de déranger, de dépendre. qu'on nous remballe, alors beaucoup deviennent hyper indépendants, même quand ils sont épuisés. Et ça honnêtement, ça peut conduire à un épuisement psychologique profond. Trop penser en permanence peut provoquer énormément de choses. Anxiété, fatigue mentale, troubles du sommeil, irritabilité, burn-out émotionnel, et parfois même une incapacité à profiter du moment présent. Parce que le cerveau reste bloqué dans l'anticipation, la préparation, la survie mentale. Et je pense sincèrement qu'on ne parle pas et de la santé mentale des personnes handicapées parce qu'un handicap physique ne touche jamais uniquement le corps. Il touche aussi la façon de penser, la manière de vivre, la sécurité intérieure. Aujourd'hui, il y a une chose que j'essaie d'apprendre. Je n'ai pas besoin d'être en contrôle permanent pour mériter d'être en sécurité. Et ce n'est pas facile. Parce que quand tu as passé ta vie à devoir anticiper pour éviter les problèmes, ton cerveau finit par croire que se détendre est dangereux. Mais aujourd'hui, j'essaie d'écouter davantage mon corps. De ralentir sans culpabiliser, de comprendre que demander de l'aide, ce n'est pas être faible. Et honnêtement, je pense que beaucoup de personnes handicapées auraient besoin qu'on reconnaisse enfin cette fatigue mentale invisible. Parce qu'elle existe vraiment. Alors aujourd'hui, si toi aussi tu as l'impression... que ton cerveau ne s'arrête jamais j'aimerais te dire une chose tu n'es peut-être pas trop stressé tu n'es peut-être pas trop compliqué tu es peut-être simplement fatigué d'avoir dû anticiper tout ta vie et parfois les personnes les plus fortes mentalement sont surtout celles qui n'ont jamais eu le luxe de baisser leurs gardes dis moi en commentaire est ce que toi aussi tu as l'impression de toujours devoir tout anticiper à cause de ton handicap ou de ta santé. Je pense sincèrement qu'on est beaucoup plus nombreux qu'on ne le croit à vivre ça en silence. Et si tu veux continuer à parler avec moi de handicap, de santé mentale, de charge mentale invisible, de résilience et de vérité sans filtre, abonne-toi. Parce qu'ici, on parle du handicap autrement, avec profondeur, avec humanité et surtout avec vérité. Merci d'avoir écouté Déconstruire Ensemble et surtout reste fier de qui tu es.