- Candice
Bienvenue sur Igo'Micro, le rendez-vous des dirigeants qui transforment les émotions en data stratégique. Parce qu'une émotion, c'est une donnée aussi décisive qu'un chiffre de vente. Je suis Candice, docteur en neurosciences et chaque jour je l'observe. Dans un monde qui va si vite, les entreprises qui font la différence sont celles qui ont compris que l'émotion est la clé. Vous avez tous vécu ce moment. Le client a dit oui et le marché a dit non. Parce qu'entre ce qu'on déclare et ce qu'on ressent vraiment, il y a un écart. Alors ici, je vais à la rencontre de dirigeants qui nous partagent les coulisses de leurs entreprises et nous expliquent pourquoi décrypter les émotions aide à la prise de décision. Installez-vous, c'est parti ! Et aujourd'hui, on est particulièrement bien placé pour en parler. On enregistre depuis VivaTech, au milieu de tout ce que la tech invente en ce moment. Bonjour à tous, aujourd'hui on se retrouve avec Arnaud Montet. Arnaud, tu es VP Insight et Innovation Fine Fragrance chez IFF. Déjà, est-ce que tu peux nous dire un petit peu IFF, c'est quoi ? Parce que je ne suis pas sûre que tout le monde connaisse, mais pourtant vous êtes partout. Et un peu ton parcours depuis bientôt 18 ans, un peu plus de 18 ans chez IFF, explique-nous.
- Arnaud
Oui, tu as raison, IFF, on ne nous connaît pas et pourtant on nous sent tous les jours. IFF est un des leaders de création de parfums et d'arômes mondiaux. Nous parfumons une grande partie des parfums que vous portez tous les jours, des shampoings que vous utilisez, des gels douche que vous utilisez, et des autres produits dans vos lessives, sur vous. Donc forcément, l'un des produits que tu as utilisés est parfumé par IFF.
- Candice
Probablement ce matin j'ai utilisé... C'est pas improbable qu'aujourd'hui j'ai croisé un produit à vous. Et du coup, toi ton rôle chez IFF, qu'est-ce que tu fais ? Je sais que tu as commencé par le consumer science, le consommateur. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ?
- Arnaud
Oui, tout à fait. Alors en fait, mon rôle est, comme partout aujourd'hui dans l'industrie, de ramener une centricité consommateur pour pouvoir guider nos créations, pour suivre les goûts des consommateurs qui évoluent extrêmement rapidement aujourd'hui, qui sont divers. Nous avons des clients qui travaillent et qui vendent des produits dans le monde entier. Donc on se doit vraiment d'être à la fois sur la compréhension de ce qui plaît, mais sur l'anticipation. sur ces trends, sur ces signaux émergents, et donc sur l'ensemble des nouvelles méthodologies qui nous permettent de capturer tout ça.
- Candice
Super. Et toi, dans ta carrière ou dans tes débuts, à quel moment tu t'es dit, l'émotion, le business, ça fait sens ?
- Arnaud
Alors, j'ai envie de dire très tôt, parce que j'ai commencé ma carrière dans les arômes, et chez Nestlé, à travailler dans l'analyse sensorielle, et les sens, forcément, sont reliés à l'émotion. On le sait, les capteurs olfactifs, les récepteurs olfactifs sont directement liés à la partie la plus primale de notre cerveau qui est le siège des émotions. Donc quand on parle de goût, l'odeur, le goût c'est l'odeur, ça fait tout à fait immédiatement appel aux sens et aux émotions.
- Candice
Oui, donc pour vous chez IFF, c'est évident que l'émotion est cruciale.
- Arnaud
C'est évident. Et d'ailleurs, IFF avait développé dès 1982 un département de la R&D dédié à la compréhension des émotions et justement l'impact des odeurs, des ingrédients, de ce que l'on fait sur les émotions avec des outils historiques qui s'appelaient Scentemotions et qui permettent de mettre à la disposition de nos parfumeurs le lien, la compréhension du lien entre ingrédients et émotions. Donc oui, c'est vraiment au cœur de nos préoccupations et donc 82 outils depuis 46 ans.
- Candice
Le temps passe vite, le temps passe vite.
- Arnaud
C'est une formalisation scientifique depuis 46 ans. Le parfum, c'est de l'émotion. Depuis des siècles et des siècles.
- Candice
Et émotion est fortement reliée à science chez vous.
- Arnaud
Exactement, c'est ça. C'est vraiment la science de l'émotion, la capacité à aller comprendre ces mécanismes et pouvoir mettre ça à la disposition de nos parfumeurs pour qu'ils sachent effectivement comment susciter des émotions. En tout cas, qu'ils sachent quelles émotions ils vont pouvoir susciter, comment se susciter des émotions, ils le font.
- Candice
Et du coup, je sais que vous avez fait La vie est belle, qui est un... Je pense qu'ici, tout le monde connaît La vie est belle. Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu comment ça se construit chez vous, un parfum comme ça ?
- Arnaud
Alors, effectivement, on a un outil chez nous qui s'appelle Scentemotions. C'est l'émotion du parfum qui nous permet... Justement de caractériser les différents ingrédients dans la palette du parfumeur et non pas de créer le parfum pour lui, bien entendu.
- Candice
Chacun son métier.
- Arnaud
Voilà, mais de réduire le champ du possible. C'est-à-dire, voilà, si tu dois créer un parfum qui évoque le bleu, comme ça a été le cas de Polo Blue dans les années 90, à un parfum qui fait ressentir une sensation de bonheur comme ça a été le cas dans Happy, et bien voilà les ingrédients avant tout que tu as tout intérêt à utiliser, parce que ceux-là, on peut t'assurer que oui, ils vont provoquer telle émotion. La vie est belle, c'était le parfum du bonheur. Donc là, nos parfumeurs ont su jouer dans la palette avec les ingrédients dont on savait que globalement, ça donnait un sentiment de bien-être au consommateur.
- Candice
Oui, donc en fait, vous associez une émotion à un ingrédient et derrière, en fonction de ce que le parfumeur a envie de faire ressentir, ça va lui permettre d'avoir des suggestions et de pouvoir tester des choses, de créer, d'avoir toute cette espèce de créativité.
- Arnaud
Exactement, tout à fait. Ça laisse toute sa créativité, mais on est certain qu'effectivement, ça lui permet plus rapidement d'arriver à l'émotion qu'il cherche à véhiculer.
- Candice
Super. Et on a aussi parlé juste avant de ce monde va toujours plus vite. On le voit bien à VivaTech, on a vu plein de choses, beaucoup de robots, tout un tas d'IA, bref, plein de nouveaux. Ça va toujours plus vite. C'est quoi chez vous, dans votre métier, l'impact de ce monde qui va toujours plus vite et comment vous gérez ça ?
- Arnaud
Alors, effectivement, le monde qui va toujours plus vite, ça veut dire aujourd'hui des tendances qui traversent le monde, avec les réseaux sociaux, des tendances qui traversent le monde en un éclair. Et comme vous je te le disais, nous on a des clients qui sont des multinationales et qui se doivent toujours de se différencier sur les marchés. Donc il faut plaire aux consommateurs. Et donc notre rôle est effectivement de déployer les méthodes et les technologies aujourd'hui qui vont nous permettre de capturer cette diversité et de la ramener le plus rapidement possible dans la palette de nos parfumeurs. Ce qu'on pouvait faire en quelques mois, quelques années auparavant, maintenant il faut le faire en quelques semaines. Il faut être là, il faut être dessus. On voit, quand on fait de l'écoute de réseaux sociaux, on entend les gens parler du houd, qui est une note du Middle East, et très rapidement on a entendu parler jusqu'au Brésil. Avant, ça aurait pris des années. Et avant, c'était les marques qui poussaient les tendances. Aujourd'hui, les marques courent derrière le consommateur. Donc on écoute pour savoir quelles sont ces tendances et comment elles voyagent. Elles voyagent vraiment d'elles-mêmes et très rapidement. Donc tout ça, ça veut dire que nous, l'espèce de chaîne de création, ou en tout cas de chaîne de compréhension, C'est considérablement restreint. Il faut capturer l'information beaucoup plus vite. On verra après la capturer de manière plus fiable, plus robuste. Et il faut être capable de transformer ça très très rapidement. On est comme tout le monde, on capture beaucoup plus d'insights, beaucoup plus de données, beaucoup plus de data, qu'il faut transformer beaucoup plus rapidement pour amener ça justement dans les palettes de nos parfumeurs.
- Candice
Des parfumeurs, pour répondre aux attentes du marché le plus vite possible.
- Arnaud
Exactement.
- Candice
Et alors justement, comment on fait ça ? Comment on capture une émotion ?
- Arnaud
Alors ça, c'est la partie intéressante.
- Candice
Le reste aussi est déjà intéressant.
- Arnaud
Comment capturer ce qui est indescriptible parfois ?
- Candice
Oui, c'est ça l'enjeu.
- Arnaud
L'évanescence, c'est compliqué. Et en fait, déjà la première chose, c'est justement ne pas être trop directif, ne pas être trop dans l'induction, ne pas chercher à dire « alors, tu te sens bien, tu es content, tu es heureux » .
- Candice
Oui, je suis super heureux.
- Arnaud
Voilà., je dirais que... Le premier challenge, c'est la manière dont on va pouvoir collecter l'information. Le second, c'est le moment auquel on va capter l'information. Parce que bien souvent, il existe des méthodes neuroscientifiques, mais qui sont des conditions limite cliniques de laboratoire. Donc parler de bonheur, de sensualité, d'énergie, de relaxation, quand on est avec un casque dans un labo, c'est jamais très évident. Donc en fait, il y a la manière de le capturer. Il y a les conditions dans lesquelles on capture le contexte, et ça ce sont les choses qui ont toujours été très compliquées, et c'est ce qui nous a amenés à travailler depuis quand même assez longtemps avec vous, avec Igonogo, pour réussir à aller vers ces approches qui apportent à la fois la robustesse scientifique, la caution scientifique de la mesure, tout en étant dans des conditions qui restent justement très user-friendly et proche de l'expérience client. Et c'est ça le plus important, c'est être au plus près de l'expérience parce que l'émotion, elle arrive là, elle n'arrive pas dans des conditions recréées, artificielles.
- Candice
Oui, être au plus près du consommateur pour aller capter l'émotion sans recréer quelque chose, une salle blanche ou autre, même colorée, peu importe, avec des capteurs et tout ça.
- Arnaud
Exactement.
- Candice
Super. Et donc ça, l'idée, c'est finalement, tu parlais beaucoup d'international, etc. Ça a aussi cet intérêt-là pour vous d'aller...
- Arnaud
Oui, tu as raison. Le troisième facteur, c'est l'agilité. Parce que nous, ce qui se passe, c'est que souvent, on va dans le monde entier. Aujourd'hui, il y a des focus énormes sur les pays émergents qui l'étaient. L'Inde est vraiment au cœur de toutes les préoccupations, l e Moyen-Orient, l'Asie du Sud-Est, l'Afrique. Donc, il faut être capable d'aller justement capturé ces informations dans ces endroits-là et au bon moment, ce qui reste extrêmement compliqué. Il y a la barrière de la langue, il y a autre. Et ça aujourd'hui, toutes les méthodes, tout ce qu'on note qu'on voit arriver en NLP, tout ce qui nous permet d'avoir du speed to text et des solutions agiles, est en train de totalement révolutionner l'accès que l'on peut avoir aux consommateurs du monde entier et la capacité qu'on a à capturer, je dirais, What matters when it matters.
- Candice
Oui, et du coup, c'est vrai que ce qu'on a mis en place, ça permet d'aller chercher cette spontanéité liée à l'émotion à partir d'un simple smartphone, finalement, sans donnée de biométrie.
- Arnaud
Exactement et on a montré à travers nos travaux communs, dans le cadre de notre partenariat, tout ce qu'on a mis en place, que oui, on arrivait à accéder à une information extrêmement pertinente et à accéder à des dimensions qu'on n'avait pas par ailleurs. Donc c'est extrêmement prometteur.
- Candice
Et justement, je sais aussi que, comme on l'a dit au début, chez IFF, vous avez ce caractère très scientifique aussi. C'est quoi l'intérêt de mettre en place ce type d'approche à la fois plus agile, mais aussi en conservant cet aspect scientifique, en réunissant finalement ces deux mondes-là, pour vous, chez IFF ?
- Arnaud
Alors, je dirais que pour notre industrie, il y a un enjeu qui est énorme. Ce qui pour moi, et tu le sais, est une des choses les plus importantes, c'est quand on parle d'émotion, on n'a pas d'autre solution que de se fier à ce que nous disent les consommateurs. Et ça, en général, c'est la force de l'émotion, mais c'est la faiblesse de ce que l'on mesure, parce qu'il y a toujours un doute quant à la véracité, ce qu'on appelle le déclaratif. Le déclaratif en termes d'émotion est toujours compliqué. Et le fait d'arriver à amener des méthodes beaucoup plus scientifiques, robustes, l'enjeu est énorme. en termes de validation, nous dans notre cas auprès de nos clients. Tout ce qui est allégation, ça permet vraiment de soutenir des types d'allégations, on n'est pas dans des médicaments, mais en tout cas de revendications sur le bénéfice du parfum qui apporte vraiment une caution sérieuse et indispensable. Donc oui, ça permet justement encore une fois de capter ce qui est très difficile, ce qui est relativement diffus, l'émotion.
- Candice
Super, merci beaucoup. Le temps file. Une dernière question. Deux, en réalité, mais déjà une dernière question. On est à Vivatech, comme tu le sais, pour les 10 ans. Tiens, t'as vu quelque chose qui t'a marqué ? Là, t'as fait un tour ce matin.
- Arnaud
Conférence avec Igonogo x L'Oréal.
- Candice
On va croire que je t'ai payé pour dire ça. Non, je ne sais pas. Un robot, quelque chose de surprenant.
- Arnaud
Moi, je n'ai pas vu les robots qui cassaient les télés, j'aurais adoré.
- Candice
Bon, d'accord. Et sinon, est-ce que tu as un message à passer au monde de l'innovation, de la tech en 2026 ? Ton conseil, c'est quoi ?
- Arnaud
Mon conseil, ça se rapporte de tout ce dont on a parlé, c'est n'oublions pas l'humain, n'oublions pas l'émotion. Donc, la technologie, c'est bien, mais c'est le service de tout cela. Tout ce que l'on fait, ça l'illustre parfaitement. Donc, restons humains.
- Candice
Restons humains, c'est bon ça. Et justement, j'aime bien poser cette question-là. Le but du jeu, ça va être que tu termines ma phrase. Si je te dis, un client satisfait revient, un client qui vit une connexion émotionnelle, il...
- Arnaud
Moi, je dirais reste, parce que celui qui revient, il est parti.
- Candice
Super, merci beaucoup Arnaud et à très bientôt. Et n'hésitez pas à repartager pour démocratiser toujours ce sujet des émotions dans l'entreprise comme étant stratégique. Merci à tous.
- Arnaud
Merci Candice.
- Candice
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