- Speaker #0
Ce qui a vraiment changé, c'est la fragmentation. C'est que, et ça a un impact économique et socio-culturel, c'est qu'on sera beaucoup moins nombreux à avoir vu la même chose et à partager les mêmes choses au même moment. Ça devient plus générationnel, en fait. Et c'est le cas aussi sur la musique. Si on fait ce même cheminement, il y a 40 ans, la radio était très puissante, on pouvait tous entendre un même titre. Maintenant, à l'intérieur même d'une génération, il y a des cloisonnements très forts.
- Speaker #1
Bienvenue dans Deep Media, le podcast qui décrypte les médias à l'heure du numérique. Je suis Julien Bougeot, consultant social médias et IA générative, mais avant tout passionné et curieux de l'univers média depuis plus de 15 ans. Dans un écosystème en perpétuelle transformation, comment les médias s'adaptent-ils ? Comment se réinventer face aux nouvelles technologies et aux géants du numérique ? Quel avenir pour l'information et ceux qui la produisent ? Si ces questions vous intriguent, alors vous êtes au bon endroit. Deep Media, c'est un temps de réflexion et d'échange avec celles et ceux qui façonnent l'avenir du secteur. Jérôme Dutoit, bonjour et merci de participer à ce podcast et d'être le 13e invité au micro de Deep Media. Si les informations sont exactes, vous êtes fondateur et dirigeant de Dutoit Media, une société de conseils indépendants spécialisée dans les médias, le streaming, les plateformes ainsi que les industries de l'entertainment. Auparavant, vous avez également occupé plusieurs postes stratégiques auprès de Melody TV, Paramount Skydance, Canaplus ou encore TF1 notamment. Pour commencer cette interview, bien que je vous ai succinctement présenté, je vous propose de nous décrire un peu plus précisément votre champ d'intervention.
- Speaker #0
Bonjour Julien, merci de votre accueil déjà, j'apprécie beaucoup votre podcast et ce que vous écrivez, c'est très très sympa. Merci. Moi en fait, en effet, j'ai eu un long parcours plutôt dans l'univers des chaînes de télévision, d'abord gratuite à TF1, puis... payante à Canal+, où j'ai évolué aux études, puis à la stratégie, au business développement. J'ai eu une première vie de consultant salarié dans une société qui s'appelait IMCA et notre boulot c'était d'accompagner les producteurs et de faire le pont entre les projets des producteurs et les chaînes de télé en fait. donc c'était de de bien comprendre les besoins des chaînes et d'essayer de faire en sorte que l'un et l'autre se rencontrent. Et on a mis beaucoup de projets à l'antenne, aussi bien en fiction, en documentaire, en jeux télé qu'en programmes jeunesse.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et en effet, après, j'ai été directeur général d'une très belle chaîne qui s'appelle Melody, une chaîne patrimoniale vintage, qu'on a reliftée, repositionnée, et on a redonné de l'énergie. On a même pu créer une... Une déclinaison dédiée aux musiques africaines, en fait, une chaîne qui s'appelle Mélodie d'Afrique. Et on l'a aussi lancée la chaîne en radio, c'est le cœur de la musique des années 70 à 90, en fait.
- Speaker #1
Ok, un parcours assez éclectique et en tout cas qui va me permettre d'avoir une bonne vision sur l'écosystème média. On va déjà poser une première question qui va être assez généraliste, mais quel est selon vous le changement le plus profond ? que vivent actuellement les médias ? Si on peut arriver à en lister un vraiment profond et un principal.
- Speaker #0
Alors, si on prend vraiment un recul sur les tendances de fond, je dirais que c'est vraiment le... On est passé très rapidement, finalement, en 30 ans, c'est l'époque d'une génération, de la rareté. On était, dans les années 80, à une quinzaine de chaînes thématiques. Canal+, c'est créé en 84-85. TV6, la 5, dans la foulée. Avant ça, on était dans un univers à trois chaînes de télé qui diffusaient, même pas 24h sur 24, de 18h à 23h, qui captaient plus de 50% de l'audience disponible. Et donc tout le monde regardait. Dans les cours de récré au boulot, on commentait tous un numéro 1 des Carpentiers avec Johnny Ridé ou une fiction qu'on avait pu voir la veille. Et ce monde-là, il a changé et il est fini. Pour moi, c'est une anomalie qui ne se reproduira plus. C'est qu'on est passé dans une ère de la profusion totale, aussi bien en télé, évidemment, qu'en streaming. Je pense que les équipes de Canal annoncent qu'il y a à peu près plus de 100 000 heures disponibles quand on est abonné à Canal à un instant T, en intégrant les offres avec les plateformes Disney+, Netflix, Canal, Paramount+, HBO Max. Et à ça se rajoute la profusion incroyable sur YouTube. Et donc, pour moi, ce qui a vraiment changé, c'est la fragmentation. et ça a un impact économique et socioculturel, c'est qu'on sera beaucoup moins nombreux à avoir vu la même chose et à partager les mêmes choses au même moment. Ça devient plus générationnel, en fait. Et c'est le cas aussi sur la musique. Si on fait ce même cheminement, il y a 40 ans, la radio était très puissante, on pouvait tous entendre un même titre. Maintenant, à l'intérieur même d'une génération, il y a des cloisements très forts, en fait.
- Speaker #1
C'est qu'en fait, on a conservé le mot de masse média, mais finalement, dans ces masses médias, il y a plein de tuyaux. Il y a toujours des gros médias piliers. Et dans ces médias, auparavant, on avait un tuyau qui diffusait en gros un contenu unique et qu'on regardait à peu près tous. Et maintenant, si je comprends bien, en tout cas, la réflexion, c'est plutôt d'avoir cette multitude de tuyaux au cœur de ces gros masses médias.
- Speaker #0
Oui, tout à fait, absolument.
- Speaker #1
Est-ce que vous, dans les rapports que vous pouvez avoir avec toutes les entités dans les chaînes, etc., est-ce que vous avez le sentiment que ça y est, maintenant, la bascule a clairement été comprise à tous les niveaux dans les chaînes ? Ou est-ce que certains se battent encore pour la logique, par exemple, d'une chaîne de télé en tant que telle ? Ou est-ce que maintenant, on est passé à autre chose et on a compris que l'enjeu n'était plus forcément à ce niveau-là ?
- Speaker #0
Je pense qu'en fait, la réponse, elle n'est pas tout blanc, tout noir, en fait. La logique de chaîne, elle continue. Je parlais de radio, il existe toujours des radios, on en a relancé récemment. Le cinéma, ça fait 60 ans qu'on dit que le cinéma va mourir. Il aurait pu mourir avec l'arrivée de la télévision et en fait, qu'est-ce qu'il a fait ? Il ne s'est rien renté. Les formats changent et les formats plus longs, mais surtout il s'est premiumisé. Il a été en Cinémascope, il est en Ultra Haute Définition, il est en Dolby Vision. C'est la même chose pour les chaînes de télévision. Alors évidemment, le secteur se transforme fortement et il faut vraiment être capable de se l'inventer. C'est certainement... Il faut noter qu'il y a énormément d'arrêts de chaînes thématiques. Je dirais, j'en avais recensé une trentaine ces dix dernières années. Ça s'est amplifié en fait.
- Speaker #1
Il y a vraiment amplifié ces derniers mois. Il y a même des menaces encore sur d'autres chaînes thématiques. le prochain mois, c'est pas le secteur qui est le plus dynamique, effectivement.
- Speaker #0
Et pourtant, il y a toujours de la place pour trouver un média qui a son positionnement, qui sait parler à son public avec un ton juste, en fait. En revanche, lancer une chaîne uniquement en linéaire dans un écosystème seul, ce serait peut-être un peu compliqué.
- Speaker #1
Et même, on voit ça limite aussi pour des chaînes qui sont plus locales, qui sont plus modestes. Même des chaînes modestes ont clairement aussi fait la bascule et se disent, elles ne sont plus seulement une chaîne, elles essayent de proposer du replay quand elles ont un catalogue suffisant ou aussi de diversifier largement leurs interactions sur les plateformes.
- Speaker #0
Oui, ce qui compte, c'est de considérer que le média, c'est un support en mutation. et qu'il faut se l'approprier et qu'évidemment, il y a des innovations technologiques. La force, c'est quand le public s'approprie les innovations, il les détourne. Je pense que si on revient encore en arrière, moi j'aime bien le temps long, personne, les ingénieurs qui avaient inventé le SMS, les messages courts à 140 caractères, n'auraient jamais imaginé à quel point ça a pu avoir une place sociale. et que ce soit ensuite repris dans le concept de feu X de Twitter en fait. Donc une technologie qui fonctionne c'est quand elle est détournée.
- Speaker #1
Effectivement, c'est une manière de voir l'évolution de tout ça. Petite question, par exemple, est-ce que demain une marque média, selon vous, elle devrait être une marque éditoriale, une communauté, un univers distribué un peu de partout, ou plutôt qu'une simple chaîne ? Est-ce qu'on sera vraiment dans cet éclatement-là ?
- Speaker #0
Vous avez pointé les trois choses très justes. En fait, il faut être évidemment une marque avec une proposition éditoriale qui soit bien capable d'identifier ce qu'elle fait, quel est son ADN, quelle est sa patte, son fil rouge, son identité et en quoi elle correspond à son public. Et ensuite le décliner dans une capacité à parler à cette communauté et à la faire interagir. Ça, c'est vraiment essentiel.
- Speaker #1
vraiment là on va avoir quand même une disparition du modèle, on aura toujours les marques qui seront présentes, qui auront leur notoriété etc, mais dans le fonctionnement et surtout dans le rapport à la marque qu'on aura, effectivement ça sera profondément différent et c'est vrai que ça va énormément jouer aussi sur la manière dont on consobe, dont on interagit avec les programmes, auparavant c'était un système vraiment descendant, mais là on est vraiment sur un système... bidirectionnel un petit peu. Petite réaction sur une phrase, alors je n'ai plus la phrase exacte, mais en tout cas, l'essence de la phrase, je l'ai, c'est Stéphane Sydebon-Gomez, l'un des patrons de France Télé, qui annonce, qui dit, fan de la télé linéaire, il a donné une échéance en 2030. On a rangé cet épisode, on est fin mai 2026. Qu'est-ce que ça vous inspire, cette réflexion-là ? Avec, en plus, on peut le mettre en parallèle de la nouvelle organisation qui a été annoncée il y a quelques jours. le nouvel organigramme de France Télé intitulé Streaming First.
- Speaker #0
Je pense qu'il faut lire cette phrase avec le contexte que vous venez d'indiquer. C'est probablement une phrase qui a un message à passer dans le cadre d'une transformation de France Télévisions pour inciter aussi bien l'externe mais déjà l'interne, les équipes, à se préparer à une révolution qui est absolument nécessaire pour s'adapter. Peut-être qu'elle est un tout petit peu exacerbée, parce qu'est-ce que la télévision sera totalement arrêtée dans 4 ans ? Je ne suis pas tout à fait certain, surtout quand on regarde la moyenne d'âge du public de France Télévisions. Je pense que la moyenne d'âge des Français est assez élevée, je pense qu'elle est à 48 ans. La moyenne d'âge d'un téléspectateur au service public, il est à plus de 65 ans.
- Speaker #1
Oui, je crois, oui, c'est ça.
- Speaker #0
ça ne veut pas dire qu'on n'est pas sur un public qui n'utilise pas les réseaux sociaux au contraire, Facebook est vraiment super utilisé mais la grande messe du 20h reste clé cette capacité à créer des rendez-vous c'est essentiel c'est la force d'un média en fait ça a été la force de la radio, ça a été la force de la presse aussi, les rendez-vous du matin Ça, ça a quelque chose qui a une valeur très forte. Ce serait dommage de s'en priver complètement.
- Speaker #1
Effectivement, c'est peut-être plus dans le flux un peu quotidien, etc. Les moments qui sont un peu plus de basse intensité sur ces médias-là qui risquent de pâtir, mais peut-être effectivement sur de l'événementiel. Là, on voit effectivement un événement, on peut parler d'événements sportifs, on peut parler d'événements culturels. Là, on sort tout juste de l'Eurovision qui a été diffusée, qui est quand même un gros moment de rassemblement et qui fait à peu près 5 millions de personnes, je crois, sur l'audience qui a été faite. Et on n'a pas encore les chiffres consolidés avec le replay. Donc ça reste effectivement sur des gros temps forts, ça reste encore un outil qui peut être communautaire et rassembleur. Plus sur toute la journée, mais sur certains points. D'ailleurs, cette grande bascule de France TV vers une logique streaming first, ça nous amène aussi aux plateformes de streaming. Est-ce qu'on sous-estime encore l'impact culturel et l'impact global de YouTube sur les usages audiovisuels ?
- Speaker #0
Ça, c'est un très bon point. Je pense qu'en effet, on l'a sous-estimé vraiment très longtemps. Pour moi, ça a été une erreur de la part des médias télé. mais aussi de la presse, de ne pas se rendre compte de à quel point YouTube devenait un phénomène de masse. C'est depuis l'an dernier le premier média consommé en télé aux États-Unis, en fait en audience télé uniquement, sans comptabiliser les audiences mobiles et autres écrans, avec une disruption qui est très forte parce que qu'est-ce qui se passe ? C'est dans le domaine de la création. L'énorme différence entre YouTube, le modèle des chaînes de télévision, ou même de toutes les plateformes payantes, comme de Netflix à Paramount+, c'est que ce sont des plateformes qui achètent des contenus. Soit qui les commissionnent, c'est-à-dire qui les commandent auprès d'auteurs, de producteurs, soit qui les achètent quand il s'agit d'une nouvelle diffusion. YouTube, on en a dans un modèle différent. C'est un modèle de partage de revenus. aux créateurs de prendre le risque. Il y a un système de reversement annoncé par YouTube qui est très impressionnant, qui est de l'ordre de 17 milliards reversés au contenu, donc un tout petit peu en dessous de Netflix. Mais en revanche, le modèle est différent. Les risques sont à prendre du côté des créateurs. Et évidemment, ça a un impact dans toute la chaîne de fabrication et dans tout l'écosystème.
- Speaker #1
Oui, effectivement. Et c'est vrai que ça chamboule beaucoup l'écosystème. Là, on voit qu'il y a eu pas mal de tensions quand même entre des... Alors à la fois, il y a eu des tensions, à la fois, il y a eu des accords. On revient à France Télé qui a signé un accord aussi de diffusion, donc à partir de juin, je crois, mettre à disposition énormément de contenus d'information et aussi une partie de son catalogue sur ses plateformes. On va parler de YouTube, en l'occurrence, c'est YouTube. Il y a aussi une bascule qui est assez intéressante à analyser. Tout à l'heure, on parlait des événements pour les grandes chaînes. Mais on voit quand même que YouTube signe énormément d'accords pour distribuer maintenant et même à l'avenir des grands événements. On pense aux Oscars. Ils ont signé à partir de 2029 les Oscars. Sauf erreur de ma part, la prochaine Coupe du monde de foot qui aura lieu dans quelques jours, je crois qu'ils ont signé aussi des accords pour en distribuer une partie. ils ont fait aussi tout un dispositif spécial pour le festival de Coach là il y a quelques temps donc c'est vrai que cette accélération comment est-ce que vous la voyez sur YouTube parce que finalement on a dit que tout à l'heure YouTube c'est le diffuseur avec les créateurs qui prennent le risque mais là on voit aussi que YouTube investit quand même sur des projets qui sont assez structurants et qui commencent quand même à la positionner parfois un petit peu comme les médias d'antan j'ai l'impression oui
- Speaker #0
je pense que ce qui Et... Quand vous parliez de YouTube sous-estimé, c'est qu'en effet, je pense qu'en France, mais en Europe en général, on a sous-estimé à quel point la toute-puissance de YouTube allait être un rouleau compresseur. Évidemment, ça répond à un besoin, ça c'est certain. Mais il faut le voir dans un écosystème avec Google qui fait que Google, c'est aussi Android TV. C'est-à-dire que sur les télé-Android, YouTube est... par défaut présents sur la télé. Quand on fait des recherches, on arrive assez facilement dans l'écosystème passé de Google à YouTube. Et donc, là, il y a une imbrication très forte entre la distribution, le lien avec le public et le média. Et c'est en ça que c'est une disruption très très forte. On peut comprendre que un diffuseur national soit vraiment fortement challengé. Ça, c'est certain.
- Speaker #1
Et d'ailleurs, tout ça, c'est peut-être aussi à mettre en parallèle des plateformes SVOD, finalement, qui se sont beaucoup développées ces dernières années, mais on voit que tout le monde a essayé de lancer... Alors, les plateformes, elles perdurent. Bon, MyCanal... Alors, je ne sais plus, maintenant, ça doit être tout à fait MyCanal. Bon, alors, il faut encore MyCanal. une plateforme extrêmement puissante, on a France.tv, on a TF1+, on a M6+, etc. Mais est-ce que finalement, tout le monde qui voulait sa plateforme de SVOD aujourd'hui, est-ce qu'on va pas plutôt vers un modèle de l'agrégation ? Parce qu'on voit que France.tv a signé un partenariat avec Amazon, pour être distribué sur Amazon. TF1 a signé un partenariat avec Netflix aussi, pour être diffusé sur Netflix. Et puis, en plus, ils ont conclu pas mal de coproductions ensemble. Est-ce que ce modèle des SVOD ne bascule pas vers l'agrégation face à des géants du streaming ? On va être assez cash, ils ont un peu mangé.
- Speaker #0
C'est très juste, c'est un sujet que j'ai vécu de l'intérieur. J'étais chez Paramount au moment où l'entreprise décidait de pivoter et de se lancer dans le streaming. Paramount, c'est la fusion de deux groupes. dans les années 2000 qui était Viacom CBS d'un côté qui éditaient les chaînes thématiques emblématiques comme MTV, Nickelodeon, Game One, BET et en France G1 également par exemple. Ces chaînes très très puissantes présentent dans plus de 180 pays avec un écosystème de modèles économiques où elles sont distribuées par des opérateurs en France par exemple par Canal+, par les telcos. Et c'est dans les années 2000 où le groupe a décidé, enfin en 2020, où le groupe a décidé de pivoter, faire le streaming et de lancer sa plateforme de streaming, mais vraiment en dernier, bien après Disney+, bien après Amazon Prime Vidéo, Apple TV ou HBO, HBO Max. Ce qui est intéressant, c'est que 2021-2022, on était encore, il n'y a pas si longtemps, c'est il y a trois ans, on était... Encore dans la course aux abonnés. Et le métrique principal, c'était le nombre d'abonnés dans le monde, en fait. Tout simplement parce que c'était un pari sur l'évolution des cours de bourse. En fait, la bourse attendait la puissance. Et en réalité, très vite, le marché s'est retourné. Parce que recruter un abonné, ça coûte très très cher. Le fidéliser, ça coûte encore plus. Quelques grands indicateurs, en fait. Un abonné à un service de streaming, un très bon service de streaming, va avoir un taux de désabonnement mensuel de l'ordre de 5%. 5% tous les mois, en fait. Ça veut dire que si on force un peu le trait, on a pu dépenser... quelques dizaines ou centaines d'euros pour recruter un abonné qui était sur des prix assez attractifs il y a quelques années. Et à la fin de l'année, on l'a perdu. Oui, c'est ça. Tous les indicateurs ont changé. On se rend compte qu'évidemment, la course à la puissance a gagné et qu'on rentre dans une phase où à la fois il faut fidéliser les abonnés et surtout on est rentré dans une phase de concentration très forte. Netflix, avec plus de 300 millions d'abonnés, s'est imposé largement. En face, ce sera intéressant de voir probablement la constance d'Amazon Prime Vidéo qui lance son service pour d'autres raisons. Parce que c'est dans un écosystème qui permet de générer de l'abonnement à Amazon Prime. Et on sait que les abonnés à Amazon Prime consomment davantage. Apple aussi, pour d'autres raisons. Tim Cook avait dit que c'était du marketing money. Apple TV, et ça renforce les valeurs de la marque. Et pour revenir à votre question, en effet, certains groupes se sont très bien positionnés, comme Canal+, en France, Sky un tout petit peu après, dans l'agrégation de ces plateformes, agrégation de chaînes de télé et en plus de plateformes, ce qui a plein d'avantages pour eux dans leur modèle économique, plein d'avantages pour les abonnés évidemment, mais un des avantages principaux, c'est que ça limite le churn, ça limite le désabonnement. Quand je viens de terminer une série sur Paramount+, et que j'ai un line-up un petit peu plus faible, je peux tout de suite aller voir HBO Max par canal ou du sport,
- Speaker #1
en fait. C'est comme ça qu'on est perpétuellement rattrapé. Mais c'est vrai que ça brouille aussi un petit peu la perception, parce que ces plateformes ont les marques médias classiques, et c'est vrai qu'elles sont un agrégat, je pense par exemple à TF1+. Je sais que sur TF1, ils distribuent des contenus de Lina. Ils distribuent des contenus d'Arte. Récemment, ils ont distribué des contenus de Nouveau 19. Le champ est complètement éclaté. Donc, c'est vrai que venir sur la marque TF1 en se disant « Ah, je viens sur la marque TF1, je vais consommer » , mais en fait, on peut consommer des contenus qui ne sont pas du tout dans l'ADN et dans la promesse initiale des médias. Donc, c'est vrai qu'il y a aussi cette espèce de... de sentiments un peu de troubles que je trouve avec ces plateformes, avec l'agrégat parce qu'on agrège avec une marque ombrelle, mais vraiment des conclus qui sont une disparité qui sont assez impressionnantes.
- Speaker #0
Oui, alors c'est un équilibre à trouver parce qu'en effet l'enjeu c'est du point de vue du distributeur, de l'opérateur en effet l'enjeu c'est d'être le point de passage le référent, de pouvoir avoir une interface unique et on voit bien tous les avantages pour le... le téléspectateur ou l'abonné, en fait. Il a ses habitudes. Il a un algorithme qui est plus pertinent, entre guillemets, parce qu'il a l'usage de toute sa consommation. En revanche, on voit bien les limites quand il n'y a pas une promesse éditoriale assez claire, en tout cas.
- Speaker #1
C'est la fin de la première partie de cette interview de Deep Media avec Jérôme Dutoit. fondateur et dirigeant de Dutoit Média, société de conseils indépendants spécialisée dans les médias, le streaming, les plateformes ainsi que les industries de l'entertainment. Je vous donne rendez-vous prochainement pour la suite de cet échange où l'on va continuer d'explorer le futur des médias à l'heure du numérique. En attendant, pour ne pas manquer les prochains épisodes, abonnez-vous à ce podcast et mettez les commentaires étoiles adéquates. DeepMedia, c'est désormais une newsletter mensuelle pour poursuivre les sujets majeurs, un outil d'exploration du podcast. explore deep media ainsi qu'un chatbot de veille IA et média appelé IA Media Lab pour accéder gratuitement à ces 3 outils je vous mets les liens en commentaire d'épisode à très bientôt