Speaker #0En garde, prêt, allez ! Au bord des pistes, on entend souvent dire qu'un tireur n'a pas le mental quand il craque sur la dernière touche, qu'il se fait remonter par son adversaire ou qu'il joue en dessous de son niveau. Mais c'est quoi exactement avoir le mental ? Bienvenue dans Derrière le masque, le podcast qui touche à ce qui se joue dans la tête des esprits humains. J'ai longtemps tiré sans confiance et en subissant mes émotions, sans savoir que ça pouvait changer. Je m'appelle Ambroise Berthaud, je suis préparateur mental. Et maître d'art, si t'as envie de passer un cap et que t'es prêt à entraîner ton mental comme t'entraîne ta technique, suis-moi et je vais te donner les plus pour que tu aies accès à ta haute terre. Il y a quelques semaines, j'ai reçu un mail à propos du podcast qui m'a beaucoup touché. Il m'a donné envie de faire ce nouvel épisode pour aider les parents à mieux soutenir leurs jeunes athlètes et aussi pour aider les tireurs à mieux comprendre et communiquer avec leurs parents. Je te lis le mail. Mille merci pour l'épisode numéro 7. Au-delà de toutes les magnifiques transmissions, Jade Maréchal aborde un thème que je souhaitais vous soumettre, les parents. Quelle place complexe ! Que l'on ait soi-même pratiqué ou non, il est très difficile de se tenir au bord des pistes pour soutenir son mentir, accompagner sans assister, dédramatiser sans démotiver, être présent sans prendre la place du maître d'armes. Serait-il possible de faire un épisode spécifique ? A bientôt en écoute, une maman qui rentre de compétition. Depuis plusieurs années, j'accompagne des jeunes en compétition, du trajet en minibus le matin jusqu'à la dernière touche de la journée. Et les parents sont souvent là, présents, investis, avec une vraie volonté de soutenir. Mais est-ce que ce qu'ils font aide vraiment ? Parce que parfois, sans le vouloir, on ajoute une pression qui freine plus qu'elle n'aide. Dans cet épisode, je vais partager les 5 erreurs que j'observe le plus souvent chez les parents, au bord des pistes. et des choses concrètes à mettre en place pour éviter ces pièges. Première erreur, donner des conseils non sollicités qui ressemblent à des ordres. Fais-ci, fais-ça, fais pas-ci, fais pas-ça. L'intention derrière ce genre de discours est toujours bonne. L'adulte a une certaine expérience de la vie, qui fait qu'il sait que certaines choses ont un impact positif sur la performance. Comme se coucher tôt la veille de la compétition, s'alimenter en quantité et en qualité idéale, Bien préparer ses affaires et contrôler que son matériel fonctionne, limiter le temps d'écran, bien s'échauffer, se mettre dans sa bulle plutôt que de rigoler avec les copains jusqu'à 5 minutes avant le début des poules, etc. Et bien souvent, quand on est parent, on n'a qu'une seule envie, c'est que notre enfant se donne tous les moyens possibles pour atteindre ses objectifs, pour qu'il soit fier de lui et n'ait rien à regretter. Alors, lorsqu'il ne fait pas ce qu'il faut, on a envie de le remettre sur les rails. Je repense à un papa, assis dans les gradins à côté de son fils de 15 ans, qui est en train de s'habiller tranquillement alors que tout le monde dans la salle est déjà sur les pistes, en plein échauffement. Allez, dépêche-toi, va t'échauffer, tu vas pas être dedans sinon ! L'effet de cette intervention, c'est que le jeune s'est à peine dépêché, s'est dirigé vers une piste, a fait quelques touches histoire d'eux, puis s'est mis à rigoler avec son meilleur pote. Sans surprise, il a été loin de tirer à son meilleur niveau lors des poules. Et le reste de la compétition a été très tendu entre le papa et ce jeune. Les deux étaient très énervés l'un contre l'autre. Le papa lui reprochait son manque de sérieux, et le jeune, en plus de s'en vouloir à lui-même, avait juste envie que son père lui fiche la paix. Le tableau n'a pas été brillant non plus, et j'imagine l'ambiance dans leur voiture au moment du retour. En fait, le problème, c'est qu'à 15 ans, l'ordre déclenche souvent la résistance et l'opposition. Quand le parent pense « je l'aide » , Le jeune se dit, il me casse les couilles, il pense que je sais pas gérer seul. Résultat, il ne s'échauffe pas parce qu'il a compris pourquoi c'est important. Il s'échauffe parce qu'on lui a dit de le faire. Donc il le fait mal et sans réelle intention. En fait, au lieu de dire, va t'échauffer, tu peux dire, t'as prévu quoi pour ton échauffement ? Et déjà, ça change tout. Parce que là, tu le responsabilises, tu l'invites à réfléchir et t'essayes pas de prendre le contrôle. Et surtout... Tu lui montres que tu lui fais confiance. Et si tu constates que son échauffement était vraiment mal fait, c'est parfait. Parce que maintenant, c'est plus juste un argument. C'est son expérience. Et quelques jours plus tard, à froid, tu pourras lui demander « Qu'est-ce que t'as pensé de ton échauffement de dimanche ? Est-ce que tu t'es senti prêt en poule ? » Et c'est lui qui fera le lien, pas toi. L'objectif, c'est pas de lui montrer que t'avais raison. L'objectif, c'est qu'il l'apprenne. Deuxième erreur, célébrer les victoires, mais pas les défaites. Alors quand je parle ici de célébrer... Je ne parle pas de déboucher une bouteille de champagne à chaque victoire et à chaque défaite. Je parle plutôt de communier avec les émotions de ton enfant, de leur donner leur importance, de l'aider à verbaliser et de le soutenir en se mettant au même niveau émotionnel que lui, pour l'accompagner progressivement vers une remontée ou vers une redescente. Célébrer, c'est reconnaître ce qu'il ressent et ajuster sa posture en fonction pour l'aider à mieux se rééquilibrer pour la suite. Une erreur... qu'on fait presque tous un jour, mais qui fait beaucoup de dégâts, c'est de tout de suite chercher à relativiser la défaite au lieu d'attendre que l'émotion soit retombée. C'est pas grave. Entendre ces mots juste après avoir perdu est encore plus douloureux que la défaite elle-même. Parce que pour le jeune, à ce moment-là, c'est grave. Dire « c'est pas grave » à ce moment-là, c'est nier l'importance de ce que le jeune est en train de vivre. Et pire. c'est même lui envoyer le signal qu'il ne devrait pas être triste, pas frustré et pas en colère, que ce qu'il fait ne compte pas vraiment et n'a pas vraiment d'importance, ou en tout cas ne devrait pas en avoir. Alors que bien souvent, au moment où tu dis « c'est pas grave » , le ton de ta voix, l'expression de ton visage et ta posture expriment exactement l'inverse de la tristesse, de la frustration, de la tension. Et c'est là qu'on tombe dans la troisième erreur. Être incohérent entre ce que tu dis et ce que tu démontres. Fais ce que je dis, pas ce que je fais. T'as sûrement déjà entendu cette phrase, et ce concept fonctionne malheureusement pas en éducation. Il y a quelques temps, j'ai fait une séance de préparation mentale avec une maman, qui était préoccupée et en colère contre son fils, parce qu'il ne faisait aucun effort à l'école alors qu'il devait passer son bac à la fin de l'année. A la toute fin de la séance, elle finit par m'avouer, « Bon, tu sais... » ni moi, ni mon mari, on a eu notre bac. En fait, tous les deux sont des entrepreneurs épanouis qui gagnent très bien leur vie. Et elle s'inquiétait que son fils n'ait pas le bac et commence déjà à s'intéresser à l'entrepreneuriat lui aussi. En prenant conscience de ça, elle s'est apaisée et elle a décidé de soutenir son fils dans son projet, quitte à ce qu'il n'ait pas le bac. Et en fait, en compétition, c'est pareil. Tu peux dire, reste calme, ne t'énerve pas, gère tes émotions. Mais si toi, pendant le match... Tu cries sur l'arbitre, tu changes d'humeur à chaque touche, tu t'énerves contre l'adversaire et tu fais la tête quand ton fils est mené. Alors, ton enfant n'entend pas tes mots. Il apprend ton modèle. La réalité, c'est que ce que t'incarnes a beaucoup plus d'impact que ce que t'expliques. Ton enfant apprend comment gérer la frustration, comment réagir à l'injustice, et comment vivre une défaite et comment célébrer une victoire en te regardant, pas en t'écoutant. Ton enfant ne fait pas ce que tu lui dis, il fait ce que tu es. Quatrième erreur, comparer ton jeune ou ce qu'il a produit à ce que sont ou font les autres. En fait, il y a une différence fondamentale qui existe entre comparer et aider à s'inspirer. Comparer, c'est se mesurer. Et le résultat de cette opération, c'est toujours le même. On se sent soit inférieur, soit supérieur, mais jamais équilibré. Quand un parent compare, L'enfant entend « je suis pas assez » ou bien « je dois être meilleur que » . Dans les deux cas, ça crée de la pression et parfois même un sentiment de ne pas être aimé pour ce qu'on est déjà. S'inspirer, c'est autre chose. C'est regarder quelqu'un et se dire « ok, qu'est-ce que je peux apprendre de lui ? Comment je peux devenir aussi bon, voire meilleur que lui ? » Et là, ça produit de la motivation, de la curiosité et de l'énergie. La comparaison, ça crée de la hiérarchie, mais l'inspiration, ça crée de la progression. Tiens, pour garder notre exemple de l'échauffement de tout à l'heure, comparer, ce serait dire, regarde, il s'échauffe comme il faut, lui. Alors que, aider ton enfant à s'inspirer, ce serait lui demander, tiens, selon toi, qu'est-ce qu'il a fait qu'il l'a aidé à être à fond dès le début des poules ? Tu n'es plus en train de mettre ton enfant en dessous, tu l'invites à réfléchir. Et ça change complètement la dynamique. Parce que pour être... pleinement investi dans son projet sportif, un jeune a besoin qu'on l'encourage à prendre au maximum ses responsabilités. Et pour qu'il les prenne, il faut que les rôles de chacun, tireur, parent, coach, soient clairs. Sinon, chacun empiète sur le terrain de l'autre. Ce qui nous amène à la cinquième erreur. Ne pas clarifier les rôles et les attentes de chacun avant la compétition. Et c'est peut-être le point le plus important de tous. Un compétiteur... a besoin de savoir à quoi s'attendre. Le jour J, il est déjà sous pression. Il gère le score, le temps, l'arbitre, l'adversaire, ses propres émotions. Et s'il ne sait pas comment son parent va réagir, quoi lui dire, à quel moment il va intervenir, alors ça devient juste une source d'incertitude supplémentaire. Et l'incertitude, ça crée de l'anxiété. Même pire, s'il redoute certains comportements, ça peut générer des tensions qui exploseront plus tard. Mais c'est vrai dans l'autre sens aussi. Un parent a besoin de pouvoir faire confiance à son enfant. Accompagner son enfant en compétition, c'est un investissement important, en temps, en énergie, en argent, en émotions. Et s'il part en doute de l'engagement du jeune, il devient naturellement plus contrôlant, plus nerveux, plus exigeant. Et les erreurs qu'on a vues précédemment commencent à apparaître. En fait, la solution est assez simple. Avant la compétition, discutez. Pas sur le parking, pas 5 minutes avant les poules, mais des jours avant, en amont. clarifier vos rôles et établissez une stratégie. Posez des questions comme Comment veux-tu que je t'encourage quand tu mènes et quand t'es mené ? À quel endroit tu veux que je me place quand tu tires ? Qu'est-ce que tu veux surtout pas entendre ? Dans quel cas est-ce que tu veux que j'intervienne ? Comment tu vas te préparer ? Comment tu vas t'échauffer ? Comment tu vas gérer les temps de pause entre les matchs ? Etc. Et quand les rôles sont clairs, La pression diminue parce que chacun sait ce qu'il a à faire et surtout ce qu'il n'a pas à faire. Le jour d'une compétition, votre enfant n'a pas besoin d'un deuxième coach. Il a besoin d'un repère stable et soutenant quoi qu'il arrive. Pour conclure, aujourd'hui on a parlé de 5 erreurs. Donner des ordres au lieu de responsabiliser. Relativiser trop vite les défaites. Être incohérent entre ce qu'on dit et ce qu'on montre. Comparer au lieu d'aider à s'inspirer et ne pas clarifier les rôles avant la compétition. Si tu t'es reconnu dans l'une d'elles, c'est normal. Être parent d'escrimeur, c'est aussi un sport de haut niveau. Personne ne vous a appris à gérer la pression d'un tableau d'élimination. Personne ne vous a appris à rester stable quand votre enfant est à deux touches de la victoire ou de l'élimination. Mais voici ce qui compte vraiment. Votre enfant n'a pas besoin d'un parent parfait. Il a besoin d'un parent conscient. conscient de son impact, conscient de ses émotions, conscient de sa posture. Parce que le jour d'une compétition, vous êtes bien plus qu'un accompagnateur logistique. Vous êtes un repère. Et un repère, ça ne met pas de pression, ça rassure. Ça ne contrôle pas, ça soutient. Et ça ne juge pas, ça accueille. La performance se joue sur la piste, mais la sécurité émotionnelle se joue dans les tribunes. Et ça, c'est votre match. Alors en garde ? Prêt ? Allez ! C'était un épisode de Derrière le masque, le premier podcast qui parle spécifiquement du mental en esprit. En l'écoutant, tu viens d'affûter un peu plus ton esprit. Bien joué ! Mon ambition, c'est que chaque tireur ait accès à des bases mentales solides pour oser exprimer son jeu, apprendre à se faire confiance, affronter ses peurs et se forger une vraie identité sur la piste comme dans la vie. Si ça t'a plu, pense à mettre ce podcast en favori pour ne pas rater les prochains épisodes et à laisser un avis sur ta plateforme d'écoute. Et si tu connais un tireur que ça peut aider, pense à lui partager cet épisode. Ça m'aidera énormément à faire connaître le podcast et à continuer à t'apporter de la valeur. A très vite !